Hello !
J'ai reçu mon nouvel ordinateur ! Je vais pouvoir poursuivre l'écriture de cette fiction. Pour fêter ça voici un nouveau chapitre.
Bonne lecture,
SoleneSwann
Chapitre 8 - La réception des Delacroix
La fin du mois de mars fut morne aussi bien du point de vue de la météo que du moral d'Hermione.
Elle avait tant à faire et si peu de temps pour le faire qu'elle regrettait de ne pas avoir de Retourneur de Temps à portée de main.
De fait, elle dormait très peu et cela se ressentait grandement sur son humeur.
Autre chose des plus irritantes, Malefoy ne cessait de revenir dans ses pensées aux moment les plus inopportuns.
Hermione repensait à la façon dont il s'était comporté avec elle, prévenant et rassurant, alors qu'elle était au plus mal, dans un moment où ils étaient en mauvais termes.
Peu de gens étaient vraiment attentionnés avec Hermione. Elle était toujours en train de courir entre ses différentes activités et consacrait peu de temps à sa vie sociale.
Certes, elle voyait régulièrement Harry, Ron, Ginny, Neville ou Luna, mais ses amis exprimaient tout au plus leur inquiétude face à son apparent surmenage sans chercher à creuser plus loin.
Le soir, elle était seule chez elle. Personne ne prenait soin d'elle, hormis Pattenrond.
Alors, que quelqu'un se montre gentil avec elle, la borde, la rassure, ça avait été aussi inattendu qu'agréable. Mais le fait que ça ait été Malefoy l'irritait profondément.
Hermione aurait dû être gênée de se retrouver dans une telle position de faiblesse devant lui, elle aurait dû se sentir honteuse d'en être réduite à ce que Malefoy la borde dans son propre lit. Mais non, elle avait trouvé ça plaisant. Et c'était déplaisant.
Était-elle désespérée à ce point ? Non. Enfin, peut-être. Peut-être qu'elle avait besoin qu'on s'occupe un peu d'elle.
Justement, la soirée des Delacroix approchait, il y aurait de nombreux sorciers, dont des français - un peu de sang neuf - c'était une bonne occasion de trouver quelqu'un pour partager son lit le temps d'une nuit.
Et sortir ce foutu Malefoy de sa tête.
Le soir en question, Hermione prit donc grand soin de s'apprêter en conséquence. Elle noua ses cheveux dans un élégant chignon bas, sortit une robe longue vert foncé avec un décolleté qui laissait voir tout son dos, enfila des sandales à lanières, se maquilla.
Hermione gratouilla la tête de Pattenrond, qui lui souhaita une bonne chasse, et transplana au Mitre d'où elle utilisa la Cheminette pour rejoindre le Seneca, hôtel sorcier de luxe qui hébergeait toutes sortes d'événements mondains.
Elle émergea dans le lobby où un jeune sorcier à l'air aussi snob que Malefoy l'aida à épousseter la suie de ses vêtements. Elle se laissa conduire dans la Chambre des Roses où se tenait la réception.
L'endroit grouillait d'une foule de sorciers et de sorcières en tenue de soirée, regroupés en petits cercles. Des plateaux flottants présentaient aux invités diverses collations, allant des petits canapés aux verrines colorées.
Dans un coin de la salle se tenait un comptoir où un barman à l'air guindé servait des cocktails. Sur un balcon qui surplombait la salle, un petit orchestre jouait en sourdine.
L'ensemble était éclairé par des centaines de bougies qui donnaient une ambiance feutrée.
"Guérisseuse Granger !"
Augustin Delacroix, plus en forme que jamais, se précipita vers elle pour lui serrer la main.
"Bienvenue ! Je suis heureux que vous soyez parmi nous ce soir ! Venez, il faut absolument que je vous présente à Mr. Dubois, c'est le Directeur du département de la coopération magique internationale français. Il a lui-même été Guérisseur dans sa jeunesse, vous savez."
Il entraîna Hermione à travers la foule pour rejoindre un petit groupe composé de Percy Weasley, travaillant lui-même au département de la coopération magique anglais, de Cormac McLaggen, membre du conseil d'administration de Sainte Mangouste - qu'Hermione se donnait beaucoup de mal à éviter en temps normal - et d'un sorcier inconnu qui devait être Mr. Dubois.
"Aymeric, voici la Guérisseuse Granger, à qui je dois très certainement la vie." Hermione serra la main du Directeur français.
"Enchantée, Mr le Directeur," dit-elle en français.
"Vous connaissez déjà M. Weasley et M. McLaggen, je présume."
Hermione acquiesça et serra la main de Percy puis de Cormac. Ce dernier retint sa main plus longtemps que nécessaire et fit glisser ses doigts dans la paume d'Hermione quand il la relâcha.
Depuis des années, il essayait de séduire Hermione, de façon de plus en plus insistante.
Elle n'était pas intéressée du tout - même pour se sortir Malefoy de la tête, elle n'était pas désespérée à ce point là - mais ne pouvait l'éconduire de manière trop directe car il faisait partie du conseil d'administration de Sainte Mangouste ainsi que de celui de la Fiducie de Fondation de la MNHS.
Ce qui signifiait qu'il avait son mot à dire sur la façon dont elle exerçait ses compétences de Guérisseuse d'un côté, et sur la mise sur le marché d'un éventuel traitement qu'elle pourrait développer dans son laboratoire d'un autre.
Avec Cormac, Hermione jonglait donc entre les conversations polies et l'évitement, et faisait très attention à ne rien boire qui provienne de lui.
Elle échangea des banalités avec le Directeur français puis s'excusa pour aller saluer Harry qui venait d'arriver avec Ginny. Elle se détourna et commença à se diriger vers ses amis quand elle sentit qu'on la retenait par le poignet. Elle leva les yeux au ciel et se retourna pour se retrouver face à Cormac.
"Attends Hermione, tu m'as à peine salué, laisse moi te proposer un verre."
Il agita sa baguette et deux coupes apparurent devant eux. À contre cœur, elle accepta son verre et le fit tinter contre celui que Cormac lui tendait en faisant un effort pour sourire.
"À toi, la meilleure Guérisseuse de Sainte Mangouste !" dit-il.
"Merci Cormac," dit Hermione. Elle fit semblant de boire une gorgée. "Merveilleuse soirée, n'est-ce pas ? J'espère que la nouvelle aile va pouvoir ouvrir. C'est dommage que l'hôpital manque de fonds pour offrir de meilleurs soins aux patients."
C'était ironique évidemment. Le conseil d'administration de Sainte Mangouste n'y mettait jamais les pieds et l'argent alloué par le Ministère était plus souvent dépensé en dîners d'affaires qu'en investissement pour l'intérêt des patients. Cormac prit un air désolé peu convainquant.
"Oui, hélas, c'est bien dommage. Heureusement que nous avons des Guérisseurs talentueux pour compenser. Mais avec les donations de ce soir, les choses vont changer en bien." Il se pencha à l'oreille d'Hermione et continua sur un ton plus bas. "Peut-être qu'on pourrait discuter toi et moi des nouveaux aménagements à mettre en place, autour d'un dîner, un de ces quatre… "
Hermione fut sauvée par Augustin Delacroix qui envoya des étincelles dorées avec sa baguette pour attirer l'attention. Il était monté sur une petite estrade et s'apprêtait visiblement à faire un discours.
Elle s'excusa auprès de Cormac et rejoignit les sœurs Montgomery, et les Guérisseurs Ackerley et Parnell devant l'estrade.
Elle versa le contenu de sa coupe dans un pot de fleur au passage et déposa le verre vide sur un plateau flottant. Elle ne doutait cependant pas que Cormac reviendrait à la charge au cours de la soirée.
Le discours fut long.
Delacroix commença par remercier tous les invités pour leur présence et leurs futures contributions à l'ouverture de la nouvelle aile consacrée à l'extension du service des blessures par créatures vivantes.
Il remercia ensuite le personnel de Sainte Mangouste qui l'avait tiré des griffes de la mort, et en particulier la Guérisseuse Granger qui était son invitée d'honneur.
Hermione inclina la tête quand les convives applaudirent poliment.
Il s'étendit longuement sur sa vie passée, ses exploits d'aventurier, raconta quelques péripéties qui lui étaient arrivées alors qu'il explorait les régions sauvages de l'Europe, cherchant à découvrir de nouvelles créatures magiques.
Puis il leur confia qu'il prenait de l'âge et que le temps des aventures était peut-être derrière lui, qu'il devait maintenant se consacrer à de nouvelles sortes d'aventures, plus philanthropiques comme ce soir, donner de sa personne et de a fortune pour aider le bon peuple des sorciers etc, etc…
Il conclut son discours en informant ses heureux convives qu'il avait reçu le matin même un message d'un généreux contributeur anonyme qui allait doubler le montant récolté pendant la soirée.
Lui-même ne savait pas qui était cette personne mais il invitait à mener l'enquête pour pouvoir la remercier chaleureusement.
Hermione essaya de garder un visage impassible alors que des murmures excités s'élevaient dans la salle. Pour une fois qu'elle avait l'occasion d'injecter de l'argent pour l'hôpital sans que le conseil d'administration ne se serve au passage, elle avait bien l'intention de donner un maximum.
Les Carnets à Papote était une affaire si lucrative, elle n'avait certainement pas besoin d'autant d'argent.
Elle applaudit poliment comme tout le reste des invités puis s'éclipsa dans la foule. Elle cherchait de nouveau Harry quand une autre très bonne occasion se présenta à elle : Cormac se dirigeait vers les toilettes.
Hermione se jeta un charme de Détourne-Regards et lui emboita le pas. Une fois qu'il se fut enfermé dans le cabinet, elle jeta un sort de Fimum Liquatio informulé à travers la porte.
C'était un sortilège normalement destiné au traitement de la constipation, mais après tout, Cormac avait de toute façon toujours eu un air un peu constipé. Un coup un peu bas mais qui lui garantirait la paix pour le reste de la soirée.
En sortant des toilettes, elle tomba sur Rosalie Delacroix qui lui présenta de façon très volubile et enthousiaste Thésée Lemaire, un Sang-Pur bordelais dont la famille possédait de nombreux vignobles.
Hermione salua Thésée en français et discuta avec le couple. Rosalie s'accrochait à son bras en babillant et Thésée semblait boire ses paroles avec émerveillement.
Quand Hermione reprit sa recherche de Harry, elle aperçut Malefoy en compagnie de Nott et Zabini.
Il portait des robes noires différentes de celles de son uniforme d'Auror, plus élégantes et mieux coupées. Elles étaient décorées de rangées de boutons qui soulignaient les courbes de ses muscles, ce qui était du plus bel effet.
Elle se demanda avec agacement ce qu'il venait faire ici. Elle eut rapidement sa réponse en voyant le regard de Malefoy passer de paire de fesses en paire de fesses. La même chose qu'elle, donc, mais en beaucoup moins discret.
Hermione passa de groupes de convives en groupes de convives. Elle serra de nombreuses mains, croisa de nombreux regards intéressés, mais aucun des sorciers qu'elle rencontra ne l'attira. Ils lui semblaient tous au mieux insipides, au pire ennuyeux.
Elle finit par retrouver Harry et Ginny, en compagnie de Ron et Luna au moment où les lumières s'assombrissaient et qu'au centre de la pièce un espace était libéré pour danser.
"Ah ! L'invitée d'honneur !" dit Harry en la serrant contre elle. Il se recula pour observer Hermione. "Tu as l'air moins épouvantable que la dernière fois."
"Merci. La magie de l'anti-cernes, probablement, je n'ai pas beaucoup dormi ces derniers temps."
"Toujours sur ton projet top secret ?" demanda Ron.
Hermione grimaça. "Absolument, et je tiens à ce qu'il le reste donc chut. Ce qui me vide en ce moment c'est cette épidémie de grippe chez les moldus, j'ai dû faire des heures supplémentaires tous les soirs au cabinet. J'ai même dû y retourner dans la nuit de lundi à mardi pour une urgence. Sans compter l'afflux de patients à Sainte Mangouste, j'ai enchaîné deux gardes plusieurs fois ce mois-ci…"
Elle évita de repenser à quelles extrémités cela l'avait menée.
"Tu travailles vraiment trop, Hermione. Tu tires trop sur la corde, bientôt tu n'auras plus d'autre choix que de prendre des vacances."
Si seulement elle pouvait se le permettre…
"Peut-être l'année prochaine, si mon projet avance comme je veux. Encore quelques mois à tenir, ça va aller."
Hermione fit semblant de ne pas remarquer les expressions dubitatives de ses amis.
Percy Weasley, accompagné d'Hannah Abbott, d'Ernie MacMillan et un sorcier plus jeune qu'Hermione ne connaissait pas, choisit ce moment pour se joindre à eux, ce qui fit rapidement fuir Ron, suivi par Harry.
"Et voici la Guérisseuse Granger," dit Ernie, qui achevait visiblement un tour des présentations. "Hermione, je voulais te présenter William Coote, un petit nouveau prometteur au Département de la Coopération Magique Internationale"
"Guérisseuse Granger," la salua Coote. "Félicitations pour votre travail à Sainte Mangouste."
Hermione lui serra la main et s'enquit de savoir s'il se plaisait dans son nouveau travail. Puis, Hannah, qui avait reprit le Chaudron Baveur et disposait toujours d'anecdotes croustillantes entendues dans son bar, les abreuva des derniers potins du monde sorcier.
"... et d'après elle, Stan Rocade est en train de devenir une étoile montante de la pop péruvienne. Il parait qu'il donne des concerts à salles combles. Evidemment, c'est à prendre avec des pincettes, Doris est…"
"Oh, il faut que je te présente Malefoy aussi," dit Ernie à Coote en l'apercevant visiblement dans la foule. Il agita la main vers Malefoy qui les rejoignit.
"Macmillan," dit Malefoy, lui serrant la main. "Comment vas-tu ? Présente moi à ton a-"
Hermione se tourna vers Malefoy à ce moment-là. Il eut l'air extrêmement choqué de la voir. Il semblait à la fois stupéfait et frappé d'horreur.
"Qu'est ce que tu fais là, toi ?" demanda-il abruptement.
Ernie rapprocha d'Hermione, l'air de vouloir la protéger de Malefoy. Il dit, "Hermione a été personnellement invitée par Monsieur Delacroix, avec tous les Guérisseurs qui l'ont aidé. N'as-tu pas entendu le discours ?"
"Ah," dit simplement Malefoy. Il avait l'air déconfit.
Hermione leva un sourcil interrogateur. "Je ne me serais pas attendue à te voir ici non plus. Je ne pensais pas que le domaine de la santé était en phase avec tes intérêts."
À l'exception de certaines parties de l'anatomie féminine qui étaient indubitablement en phase avec les intérêts de Malefoy.
Ernie s'approcha de Malefoy. Il semblait embêté d'avoir en quelque sorte organisé une confrontation entre ces deux anciens ennemis. "J'ai cru comprendre que les Malefoy avaient donné une contribution plutôt substantielle pour la nouvelle aile."
Il tapota pompeusement l'épaule de Malefoy. "Des bons gars finalement, ces Malefoy, n'est ce pas ?"
Evidemment. Hermione se força à sourire à Ernie alors que Malefoy hochait la tête d'un air peu convaincu. Il avait l'air d'être complètement à côté de ses pompes, chose plutôt inhabituelle chez lui, surtout en société. Peut-être qu'il avait finalement réussi à attraper une de ces paires de fesses qu'il convoitait et que, pas encore remis, tout le sang qui irriguait habituellement son cerveau était… plus bas. Mais il était trop bien coiffé pour un sorcier qui venait prétendument de - Hermione interrompit ses pensées. Elle ne voulait pas penser à Malefoy en train de - stop. Elle sentit l'irritation monter en elle, bien qu'elle ne sache pas vraiment pourquoi - probablement parce que ces pensées parasites étaient irritantes.
"Bien sûr," continuait Ernie, "nous n'avons pas encore trouvé l'identité du contributeur anonyme, qui va doubler le montant récolté ce soir, Gallion pour Gallion. Je parie sur l'un de ces vieux types français de l'entourage de Delacroix. Lemaire possède la moitié des vignobles bordelais…"
Ernie s'interrompit à la vue d'un grand sorcier passant près de leur groupe. "Ah - j'ai repéré Finbok. Excusez-moi, s'il vous plaît. Je dois le harceler à propos d'une nouvelle législation qu'il essaie de faire passer - peut être que si je le fais boire un peu plus…"
Il laissa Hermione et Malefoy seuls, à la limite d'un plus grand cercle de convives. Malefoy avait toujours l'air sous le choc, bouche bée, il regardait Hermione comme s'il n'en croyait pas ses yeux. Qu'y avait-il de si étonnant qu'elle soit présente à une soirée en lien avec Sainte Mangouste ? Ou alors c'était de la voir dans une tenue plus habillée qu'à l'accoutumée ?
Elle le fixa avec un sourcil haussé, ce qui sembla le ramener à la réalité. Il referma la bouche et se recomposa une façade.
"Tu es censée m'informer quand tu te rends à des événements publics. Maintenant je ne peux même plus m'amuser - je dois te surveiller," dit-il sèchement.
Déjà irritée d'être irritée pour aucune raison, Hermione s'emporta.
"Me surveiller ? Qui va m'attaquer ? Mes collègues ? La famille de l'homme que j'ai aidé à tirer des griffes de la mort ? Delacroix a loué les services de la meilleure sécurité qu'on puisse acheter, et n'as-tu pas remarqué les autres Aurors ? As-tu fait autre chose que mater des fesses depuis que tu es arrivé ? Et en plus je t'ai informé que je venais - il y a deux semaines !"
Malefoy accusa sa réaction et, sans surprise, répondit d'abord à la question qui concernait les fesses. "Je suis venu pour mater des fesses - c'est la seule raison de ma présence ici. Et la sélection de fesses, pour ta gouverne, est plutôt nulle, à part quelques-unes - heu - de toute façon, ça n'a été qu'une énorme perte de temps. Et tu ne m'as certainement pas dit que tu venais. Je m'en serais souvenu, parce que ça m'aurait ennuyé, parce que te surveiller interfère avec le matage de fesses."
Pas de partie de jambes en l'air alors. Cette information apaisa l'irritation d'Hermione, ce qui l'irrita d'autant plus. Pourquoi se souciait-elle de la vie sexuelle de Malefoy ? Il pouvait bien s'amuser avec toutes les paires de fesses qu'il voulait, elle n'en avait strictement rien à faire.
Hermione croisa les bras. "Je te l'ai dit de façon tout à fait certaine. Vérifie ton Carnet."
Malefoy sortit son Carnet avec une lenteur délibérée qui acheva d'agacer Hermione. Avec une exclamation d'impatience, elle se pencha vers Malefoy pour tourner les pages elle-même. L'odeur de Malefoy emplit ses sens - les notes maintenant familières d'agrumes et de romarin de son parfum, une touche de savon, de fumée et de martini. La vague idée que Malefoy sentait bon affleura dans son esprit avant qu'elle ne la chasse avec agacement.
Ils tournèrent quelques pages des messages d'Hermione, jusqu'à ce que, entre deux messages d'insultes à cause de la trahison odieuse de Malefoy apparaisse le message qu'elle avait envoyé pour le prévenir.
"Ah," dit Malefoy.
Il ferma le Carnet dans un claquement, l'air ennuyé. Hermione, consciente qu'ils étaient au milieu d'une foule, fit de son mieux pour ne pas avoir l'air fâché malgré son indignation.
"Tu vois ? Comment oses-tu me sermonner comme une enfant pas sage ?" siffla t-elle dans un murmure. "Je suis censée être ici. Je suis une invitée d'honneur !"
Guérisseur Ackerley héla Hermione à ce moment-là pour la présenter à un groupe de Guérisseurs français.
Ravie de l'opportunité de rencontrer des sorciers moins idiots que celui qui lui servait d'Auror - et de peut-être pouvoir trouver quelqu'un pour sa propre partie de jambes en l'air - Hermione s'éloigna en jetant un regard noir à Malefoy par dessus son épaule, l'avertissant qu'elle était toujours fâchée contre lui.
Dans le groupe de Guérisseurs français, Hermione eut la surprise de retrouver Solange, une sorcière avec qui elle avait fait ses études de Guérisseuse à la Sorbonne.
Après avoir pris des nouvelles l'une de l'autre, elles se replongèrent dans leurs souvenirs communs des souffrances qu'elles avaient vécues à l'époque de leurs études - "Tu te souviens quand le cadavre qu'on devait autopsier s'était révélé être un Inferi ? Professeur Lefebvre était vraiment un malade -"
Ces joyeux souvenirs furent interrompus par Harry.
"J'ai parié vingt Gallions avec un Auror français que j'arriverais à obtenir une danse avec la plus belle sorcière de la soirée. D'après lui, il s'agit de toi, Hermione, tu veux bien danser ? Je te laisse 10% des gains."
Hermione rit.
"Je t'échange les gains contre l'identité du sorcier français en question," dit-elle en prenant la main tendue de Harry. Elle fit signe à Solange qu'elle revenait et suivit Harry vers la piste de danse.
Harry haussa un sourcil interrogateur.
"J'ai besoin de me changer les idées," dit-elle en guise de justification. Harry éclata de rire.
"Je ne sais pas si ça vaut des vacances, mais c'est un début ! Tu es sûre que tu ne préfères pas les 10% ? Il n'est pas très beau."
Alors qu'ils commençaient à tourbillonner lentement, Hermione hocha la tête. Le physique n'avait jamais fait partie de ses critères. Et de toute façon, elle ne cherchait qu'un coup d'un soir, pas l'homme de sa vie - ça, c'était Pattenrond.
"Très bien. Je ne suis pas responsable si cette histoire tourne mal."
"Tant que ce n'est pas Cormac," dit Hermione. Ou Malefoy, ajouta-elle en pensée en voyant ce dernier sur la piste de danse avec une sorcière indubitablement Sang-pur. Une blonde aussi impeccablement coiffée que lui, dans de magnifiques robes fushia, un rubis gros comme le poing pendant entre ses seins généreux. Tout en elle criait la richesse, la superficialité et la lignée parfaite. Totalement le genre de Malefoy. Mais Malefoy était distrait, il regardait à peine sa partenaire, son regard ne cessant de revenir sur Hermione. Elle détourna rapidement les yeux.
"Tu vois le canapé vert là-bas, près du bar ?" demanda Harry.
Hermione hocha la tête. Deux sorciers y étaient assis. L'un d'eux était très vieux, il avait une canne en argent richement sculpté et des cheveux clairsemés. L'autre avait l'air d'avoir douze ans. Ni l'un ni l'autre n'était susceptible de lui plaire. Elle essaya de garder un visage impassible.
"Hé bien, il n'est pas assis dessus," dit Harry.
Hermione se relâcha et donna un petit coup sur le torse de Harry.
"Tu m'as fait peur !" dit-elle en riant.
"C'est le sorcier avec ses robes kaki à côté de Ginny," révéla finalement Harry.
Hermione le repéra rapidement. Ce n'était ni un vieillard, ni un adolescent, mais Hermione ne ressentit rien du tout en le voyant. Il lui faisait autant d'effet qu'un meuble, comme à peu près tous les sorciers de cette soirée.
Après tout, peut-être qu'elle n'avait pas besoin qu'on s'occupe d'elle mais simplement de dormir. Que ce qui lui avait tant plu la dernière fois avec Malefoy c'était simplement qu'il l'ait envoyée dans les bras de Morphée. Elle médita sur ces pensées le reste de la danse avant de rejoindre Solange.
"Vous avez des sorciers quand même pas mal en Grande-Bretagne," dit Solange. "Le grand blond là-bas, par exemple."
Hermione se tourna dans la direction qu'elle indiquait. Malefoy discutait à présent avec Nott accoudé au bar.
"Tu veux dire, Drago Malefoy ?" demanda-elle en foudroyant l'intéressé du regard. "Arrête, c'est un imbécile, un traître, un menteur, un coureur de jupons et il se croit au-dessus de tout le monde, y'a rien à sauver chez lui."
"Oh la la, que de ressentiment contre ce charmant sorcier. C'est un ex ?"
Hermione s'étrangla.
"Jamais de la vie. C'est un collègue. On était à l'école ensemble et à l'époque on n'était pas vraiment amis. Je suis forcée de collaborer avec lui et c'est parfois - compliqué."
"J'en ferais bien mon casse-croûte quand même, t'as vu ses muscles ? Et ses yeux ?"
Dubitative, Hermione essaya de voir Malefoy avec le regard de Solange. Il était musclé, elle ne pouvait pas dire le contraire. Mais était-il beau ? Si on enlevait son air hautain, ses pieds trop grands, ses cheveux trop artificiellement coiffés, peut-être.
Elles durent mettre leur conversation sur les atouts de Malefoy de côté car un nouveau groupe de sorciers était venu saluer les Guérisseurs. Hermione se tendit en voyant que Narcissa Malefoy en faisait partie.
La sorcière, petite et frêle, avait été innocentée quinze ans auparavant notamment grâce au témoignage d'Hermione. Mais celui-ci, additionné à beaucoup d'autres, avait également mené Lucius Malefoy à Azkaban, où il était mort prématurément.
Hermione ne savait pas si Mrs. Malefoy lui en tenait rigueur. En tout cas, elle ne laissa rien paraître et serra la main d'Hermione en la saluant et reprit son chemin. Hermione se détendit.
Elle attrapa un verre de champagne qui se promenait par là et en but une gorgée.
"J'ai vu un autre sorcier charmant tout à l'heure," reprit Solange. "Aussi grand et musclé que ton Malefoy -"
"Ce n'est pas mon Malefoy," dit Hermione.
"- mais j'ai bien l'impression qu'il a disparu. Yeux bleus, cheveux châtains bouclés, tu le connais aussi ?"
Il est aux toilettes en train de se vider aurait été une réponse honnête.
"Ça ne me dit rien," dit Hermione évasivement.
"Excusez-moi, mesdemoiselles" dit une voix dans leur dos. Hermione et Solange se retournèrent. C'était Nott, qui avait laissé Malefoy seul au bar et qui tenait deux verres de vin à la main. "Puis-je vous offrir un verre ?"
Il en tendit un à Solange, qui le prit, et l'autre à Hermione qui refusa, son verre de champagne à peine entamé. Nott se tourna vers Solange, prit une grande inspiration et déclara :
"Voulez-vous coucher avec moi ?*"
Hermione et Solange pouffèrent devant cette approche directe.
"Tu as sauté quelques étapes, Nott," dit Hermione.
"Pourquoi ? Qu'est ce que ça veut dire ?"
"Voulez-vous coucher avec moi."
Nott prit un air horrifié. Il se tourna vers Solange. "Je suis désolé, Merlin, je ne parle pas un mot de français, Drago m'a dit que ça voulait dire 'vous avez de beaux cheveux'" dit-il en pointant le coupable du doigt, toujours accoudé au bar. Solange secoua la tête en regardant Malefoy. Hermione jeta à Solange un regard de 'je te l'avais bien dit'.
Malefoy, semblant se rendre compte qu'il était attaqué, attrapa son verre et se dirigea vers eux.
"Ne croyez pas un mot de ce que dit cet homme," dit-il alors qu'il s'approchait d'eux.
"Drago m'a assuré que ça voulait dire que j'admirais vos magnifiques cheveux," dit Nott, la main sur le cœur. "Je ne dirais jamais quelque chose de si indigne, Mademoiselle."
Solange avait l'air amusé par la situation. Hermione ne croyait pas une seconde à cette histoire probablement montée de toute pièce par Nott et Malefoy.
"Comment dit-on, 'veux-tu danser' ?" demanda Nott.
"Voulez-vous danser avec moi*," dirent Hermione et Malefoy en même temps. Elle lui jeta un regard en coin. Depuis quand parlait-il français ?
"Ce qu'ils ont-dit," dit Nott.
Solange jaugea Nott du regard pendant un long moment, se demandant probablement s'il valait un Malefoy ou un Cormac malgré sa taille plus modeste et ses muscles moins saillants. Finalement, elle dit "D'accord*."
Nott tendit galamment son bras, dit quelque chose de gentil à propos des étrangers dans les pays étrangers, et emmena Solange vers la piste de danse.
"Bonne baise" marmonna Malefoy
"Hypocrite, plutôt," dit Hermione. "Je ne peux pas croire que ça ait marché sur Solange."
"Peut-être que Solange veut du bœuf anglais, pour changer," dit Malefoy.
"Il faudra que je lui demande un retour sur la qualité du bœuf demain matin," dit cyniquement Hermione avec un regard vers Nott qui s'éloignait.
"Il faut que tu me le dises si c'est médiocre," dit Malefoy.
"Pourquoi ?" demanda Hermione.
"Munitions."
"Vous êtes des amis lamentables l'un pour l'autre." Hermione étudia les traits de Malefoy par-dessus son verre. Son visage était fin, avec un nez long et droit. La peau de ses joues était lisse, comme toujours rasée de près. Ses lèvres étaient charnues, ses dents blanches et bien alignées, et il avait une fossette quand il souriait. Ses yeux gris étaient perçants, surmontés de sourcils blonds presque invisibles. Solange avait raison, il était objectivement beau. Hermione se ressaisit. "Je suis toujours fâchée contre toi. Va t'en."
"Très bien," dit Malefoy comme si ce fait lui était totalement indifférent.
Il tourna le dos à Hermione et commença à s'éloigner. Prise d'une impulsion soudaine, parce que ça l'intriguait, Hermione lui demanda en français.
"Depuis quand parles-tu français ?"
Malefoy répondit en français également, semblant un peu agacé.
"Depuis quand toi tu parles français ?"
"J'ai de la famille en Haute-Savoie," dit Hermione, concédant de répondre à sa question avant qu'il ne réponde à la sienne.
"Les Malefoy viennent de la région de la Loire," dit Malefoy
"Hm," dit Hermione en reprenant une gorgée de champagne, analysant Malefoy. Voilà donc l'origine de l'attitude des Malefoy, le côté libertin, l'attitude désinvolte, le langage fleuri…
"Quoi ?" demanda Malefoy.
"Ça explique beaucoup de choses," résuma Hermione, repassant à l'anglais.
"Comme quoi ?"
"Juste - " Elle fit un signe qui englobait Malefoy dans son ensemble " - Tout."
Malefoy semblait ne pas trop savoir comment prendre cette remarque. Il opta visiblement pour se sentir insulté car il choisit de riposter en l'attaquant également sur ses origines.
"La Haute-Savoie explique beaucoup également"
"Qu'est ce que c'est censé vouloir dire ?" demanda Hermione, qui pour le coup se sentit immédiatement insultée.
Malefoy fit un geste vers Hermione comme elle avant lui.
Hermione mit une main sur sa hanche. "Possèdes-tu un château ?"
"Oui," dit Malefoy.
"Tu vois," dit Hermione, triomphalement. Il se comportait exactement comme un châtelain français. Sa façon de se tenir toujours raide et à distance convenable, de coller parfaitement à l'étiquette, d'être toujours impeccablement vêtu et coiffé…
"Pff - tu fais probablement cette chose moldue - le truc sur les longues pagaies de pieds."
Hermione regarda Malefoy en faisant mine de ne pas comprendre.
"Arrête de jouer les idiotes. Ça ne te va pas."
"Mais je n'ai aucune idée de ce à quoi tu fais allusion" mentit Hermione.
"Tu sais exactement ce dont je veux parler. Ksier ? Scier ?"
Hermione fit de son mieux pour avoir l'air de ne pas comprendre, mais comme à chaque fois qu'elle lui mentait, Malefoy n'était pas dupe. En même temps, il la transperçait de son regard d'acier, ce qui la déstabilisait. Il semblait pouvoir lire dans ses pensées même sans faire usage de Légilimencie.
"Skier !" dit Malefoy, pointant le doigt vers le visage d'Hermione.
Elle reprit une gorgée de champagne pour ne pas avoir à répondre. Il avait raison bien sûr, Hermione avait passé chaque hiver de son enfance sur des skis.
"Je le savais," dit Malefoy. Il ouvrit la bouche pour continuer son odieuse offensive mais une main se posa sur son avant bras pour attirer son attention.
"Drago, tu as à peine dansé," dit une voix féminine.
Ce qui était tout à fait une invitation. Hermione fut surprise de voir qu'au lieu d'accepter comme la politesse l'imposait, Malefoy resta à hésiter sans répondre. Hermione détailla la nouvelle venue. C'était une des ces sorcière sang-pur tout à fait dans le genre de femmes qu'aimait Malefoy : blonde, aristocratique et pourvue d'une forte poitrine. Pourquoi hésitait-il ?
Percevant les réticences de Malefoy, la sorcière se pencha et remarqua Hermione derrière lui.
"Oh," dit-elle, gênée. "À moins que tu ne sois déjà -"
"Non," dit Hermione, en même temps que Malefoy disait "Oui - nous étions sur le point de..."
"Non, non," dit Hermione, reculant. "Dansez tous les deux. S'il vous plaît, amusez-vous bien."
"Oh, mais je ne pourrais pas vous prendre votre partenaire," dit la sorcière avec un sourire sans conviction. "Je suis tellement désolée de vous avoir interrompus - c'est bête de ma part, je ne vous avais pas vue."
"Mais - "
Elle coupa les protestations d'Hermione d'un geste de la main et se dirigea vers le bar.
"Que fais-tu ?" siffla Hermione alors que Malefoy lui prenait le bras et le plaçait sur le sien. Il lui prit son verre de champagne à moitié fini et le posa sur un plateau flottant. Elle ouvrit la bouche pour protester.
"Tu m'en dois une," dit Malefoy. "Ou as-tu oublié que je t'ai sauvé de ce Dr. Machin ?"
Hermione se laissa conduire vers la piste de danse, prise au dépourvu. "Une danse pour me garder hors de ses griffes."
Malefoy avait complètement perdu la tête. Quel était le problème de cette sorcière pour qu'il tienne absolument à danser avec Hermione pour l'éviter ?
"Ta mère est là," dit Hermione en regardant autour d'eux, très mal à l'aise.
"Et ? Je suis censé faire des choses bien. Créer des liens et toutes ces bêtises."
"Mais - mais nous ne sommes pas censés être en bon terme, normalement - sait-elle seulement que tu travailles avec moi ?"
"Non. Et c'est toi qui travailles avec moi," pinailla Malefoy.
"Tu es assigné à moi."
"Exactement."
Hermione grogna. Ce sorcier était la créature la plus irritante du monde entier.
"Harry est là," fut son objection suivante alors qu'ils arrivaient en vue de la piste de danse.
"Parfait. Je dirais à Potter que je voulais te surveiller de plus près. Quelque chose de suspect était à l'œuvre."
"Qui ?" demanda Hermione, curieuse de voir ce que Malefoy avait derrière la tête.
"Théo," dit Malefoy sans hésitation.
Nott était actuellement en train d'embrasser Solange quelques mètres plus loin. Hermione les observa un instant puis demanda ce que Nott était exactement en train de faire de si suspicieux ?
"C'est une technique de diversion," dit Malefoy, sûr de lui. "Ne le sous-estime pas."
"La seule chose que j'ai sous-estimée était le goût de Solange pour la saucisse du Lincolnshire," dit Hermione, regardant Solange peloter l'entrejambe de Nott.
"Vas-tu la fermer et danser ?" demanda Malefoy. Il glissa ses mains sur la taille d'Hermione. Elle sentit ses doigts froids à travers la soie fine de sa robe. Malefoy pressa brièvement ses mains sur sa taille pour l'inciter à se mettre en position de danse également. Avec réticence, elle plaça ses mains de part et d'autre du cou de Malefoy.
"Mets-y de la sincérité, Granger," grogna Malefoy dans un souffle. "J'ai prétendu être un pilote pour toi pendant six heures dans ce bar. Ce n'est qu'une foutue danse."
"Tu as aimé prétendre être un pilote !" chuchota Hermione. "Je n'aime pas faire semblant d'être ce que je fais semblant d'être pour ton amie et ce à quoi tu joues avec elle."
Hermione essaya de se détendre alors qu'ils commençaient à tourner lentement au rythme de la musique. Chose peu aisée quand on était dans les bras d'un ancien ennemi au vu et au su de toute la société sorcière.
"Ne peux-tu pas te détendre ?" demanda Malefoy. Lui avait l'air tout à fait à l'aise.
"Non, je danse avec Drago Malefoy," gronda Hermione. "Il n'y a rien de relaxant là dedans."
Malefoy fit un grand soupir dramatique. "Aussi, ce n'est pas un jeu. Fais en sorte que ça ait l'air réel. Si ma mère soupçonne que j'ai esquivé une danse avec une sorcière très convenable pour une fausse danse avec toi, j'en entendrai parler pendant des jours."
Hermione les dirigea vers le mur à l'arrière de la piste de danse, utilisant d'autres couples pour les masquer à la vue.
"Pourquoi l'as-tu éconduite ?" demanda-elle. "Elle avait l'air d'être ton genre."
Malefoy sembla trouver la remarque présomptueuse. "Quel est mon type, Granger ?" demanda-il avec un sourire en coin qui fit ressortir sa fossette.
"Riche (j'imagine), sang-pur (j'imagine aussi), blonde, belle à couper le souffle… possédant aussi probablement quelques châteaux dans la vallée de la Loire…"
Malefoy perdit son sourire et ne répondit pas. Elle lui jeta un regard inquisiteur. "J'ai faux ? Tu vas me dire que je fais de très mauvaises suppositions ?"
"Non."
"Alors pourquoi ?"
"Ce ne sont pas tes foutues affaires," dit Malefoy qui semblait maintenant irrité.
"Hum," dit Hermione, à qui la raison de cette irritation soudaine échappait.
Elle regarda Malefoy, songeuse. Peut-être que ce n'était pas la sorcière elle-même le problème mais plutôt lui ? N'avait-il pas mentionné à demi-mots qu'il n'avait trouvé aucune sorcière à son goût ce soir-là ? Sa réputation de coureur de jupon le précédait pourtant. La situation était des plus énigmatiques.
"Arrête de me regarder comme si j'étais un théorème de maths," dit Malefoy.
Sa remarque la fit sourire. Il avait visé juste.
"Le paradoxe de Malefoy," dit Hermione, plus pour elle-même que pour lui.
"Je te demande pardon ?"
"Rien."
Il y avait le Malefoy qu'elle connaissait d'avant, et celui qu'elle apprenait à connaître, qui avait parfois des réactions et des comportements radicalement opposés à ceux qu'elle attendait. Elle se trouvait face à une équation à deux inconnues qu'elle peinait à résoudre : quelle part de chaque Malefoy, à la fois si semblables et si différents, formait sa véritable personnalité ?
Perdue dans ses pensées, Hermione oublia peu à peu où elle se trouvait - ce qu'elle était en train de faire - et se détendit. Des bouffés de l'odeur de Malefoy lui parvenaient de temps à autre, teintant ses réflexions de notes végétales et alcoolisées.
Malefoy tendit soudain les bras pour éloigner Hermione à un bras de distance - sans y prêter attention, elle s'était rapprochée de lui jusqu'à presque se retrouver contre lui. Idée perturbante. Elle revint à elle en fronçant les sourcils.
"Salut," dit la voix de Harry, les faisant sursauter tous les deux. Un moment plus tard, Harry passait la tête entre eux. "Excusez-moi, mais qu'est ce qu'il se passe ici, bordel ?"
Hermione n'eut pas le temps de répondre. "Dégage et laisse-moi faire mon travail, Potter," grogna Malefoy.
Hermione vit l'inquiétude dans les yeux de Harry. "Pourquoi la surveilles-tu de si près ? Tu as vu quelque chose ?"
"C'est not-" commença Hermione pour rassurer Harry.
"Exactement - c'est Nott," dit Malefoy, pointant le menton vers l'intéressé. "Comportement suspect, il fouine."
Harry se tourna pour observer le sorcier en question, dont le visage était quelque part dans le cou de Solange. Il fronça les sourcils. "Je vais m'occuper de lui."
"Harry, c'est not-" tenta de dire Hermione, frustrée.
"C'est Nott, oui," interrompit insupportablement Malefoy.
"Je suis sur le coup, Hermione," dit Harry, en s'éloignant l'air de rien vers Nott. Il se plaça derrière le couple qui dansait toujours.
Hermione eut très envie de resserrer ses mains vers le cou de Malefoy pour l'étranger. "Tu es le pire…" dit-elle dans un murmure exaspéré.
"Tais-toi - je veux regarder ça," dit Malefoy, les faisant pivoter pour qu'ils puissent tous les deux voir Harry. Il semblait s'amuser beaucoup.
"Pourquoi Nott ?" demanda Hermione.
"Pourquoi un aut' ?" dit-il, se croyant drôle.
"Je vais te tuer."
"Très bien," dit Malefoy. "Mais d'abord, laisse-moi savourer ma vengeance."
Dans les cinq minutes qui suivirent, Hermione observa Harry à l'œuvre pour se débarrasser du pauvre Nott. Il lui rentra plusieurs fois 'accidentellement' dedans, renversant sa boisson sur lui et le bousculant, peu importe où il se déplaçait. Harry était une figure plutôt intimidante quand il le voulait, appuyé par les légendes de ses exploits comme héros de guerre et comme Auror. Nott, complètement saoul - de boisson et de Solange - finit par émerger du décolleté de cette dernière et remarquer qui le harcelait. Il lâcha un juron.
Il finit par relâcher sa partenaire et il s'excusa auprès d'elle. Puis il chancela vers Malefoy et lui demanda d'être honnête, car il avait beaucoup bu, mais était-il réellement en train d'embrasser une rousse française ou était-ce la femme de Potter, la fille Weasley, avec qui il se serait retrouvé par hasard ? Et Potter était-il du genre à jeter des sorts à un homme dans le dos, ou pourrait-il quitter la soirée indemne ?
Malefoy, grand seigneur, lui pointa magnanimement la sortie et dit qu'il couvrirait ses arrières de la colère de Potter, ne t'inquiètes pas, mon gars.
"Tu es horrible," commenta Hermione quand tout fut fini et que Théo fut parti, sans sorcière et frustré.
Malefoy dit "Bien joué," à Harry, qui leva les pouces vers lui et disparut dans la foule.
"J'adore Potter," soupira Malefoy. "Tu le chauffes, tu lui pointes une direction et -"
"J'espère que tu me trouves moins facile à manipuler," dit Hermione après avoir levé les yeux au ciel.
Malefoy fit semblant de mal comprendre la question. Il bougea les hanches d'Hermione dans une direction, puis dans l'autre. "Pas trop mal," dit-il. "Un peu raide, peut-être qu'il te faudrait un autre champagne."
"Je voulais dire métaphoriquement, comme tu le sais très bien," dit Hermione en se raidissant.
"Je ne pense pas que tu sois aussi facile que Potter," dit finalement Malefoy. Il semblait trouver ça regrettable
"Mais quand-même un peu."
"Tu es trop nerveuse," dit-il.
"Je ne suis pas nerveuse," dit Hermione, toujours tendue. C'était vrai, avant qu'il ne la traîne sur la piste de danse. C'était lui qui la rendait nerveuse à l'afficher comme ça en public et à la transpercer de son regard froid. Elle corrigea, "Tu me rends nerveuse. Tu es exaspérant."
"Fadaises," dit Malefoy. "Je suis charmant et débonnaire. Magnétique. Je ne peux même pas traverser une pièce sans que des sorcières me tombent dessus."
"Tss."
"C'est vrai. Regarde autour de toi."
Hermione regarda autour d'elle et se rendit compte qu'il y avait du vrai dans cette affirmation. Plusieurs sorcières qui dansaient autour d'eux étaient distraites, oubliant de regarder leur cavalier et lançant de longs regards à Malefoy - et des regards moins sympathiques à Hermione.
"Veulent-elles ton nom, ton argent ou le plaisir innommable de ta compagnie ?" demanda Hermione.
"Les trois. Je suis un trio-gagnant."
"Tout à fait," dit Hermione. Elle compta jusqu'à trois sur ses doigts. "Migraines, palpitations cardiaques et chaos général. Trio perdant plutôt."
Malefoy ricana, loin d'être touché par cette attaque. "Si tu ne t'étais pas amenée avec des abats dans tes poches pour marchander avec des harpies, je ne serais pas si contraignant. C'est toi qui me donne la migraine. Pourquoi tes activités ne peuvent-elles pas te mener à prendre sagement le thé et faire des réunions pour les orphelins ? "
Ce fut au tour d'Hermione de ricaner. "Prendre sagement le thé ? Tu as fui le dernier thé de ta mère, as-tu oublié ?"
"Je n'ai pas oublié, non," grimaça Malefoy. "D'un repaire de harpies à un autre."
Hemione réfléchit à voix haute. "Cependant - si ma prochaine activité implique un thé et des dames, ça me garantirait ton absence, et je pourrais enfin t'éviter."
"C'est quand ?"
"Beltane," dit Hermione.
"Où ?"
"Manoir Malefoy. Le salon du thé."
"Il n'y a pas de salon du thé au Manoir."
"Non ?"
"Non."
Hermione fit un geste de la main. "Un endroit où les dames se rassemblent en grand nombre avec le plus d'orphelins possible. Tu crois que je devrais la breveter ?"
"Breveter quoi ?"
"Ma recette de Répulsif à Malefoy. Je pense qu'il pourrait y avoir un marché pour ça."
"Ce marché serait entièrement constitué par toi. Je crois qu'il y a une plus grande demande pour de l'Attractif à Malefoy, mais bonne chance pour trouver la formule."
Hermione jeta un regard furtif vers la ribambelle de sorcières qui regardaient longuement Malefoy. "Tu pourrais avoir raison."
"J'ai toujours raison."
"Des fesses," dit Hermione.
"Je te demande pardon ?"
"Pour la formule de l'Attractif."
"...oui," admit Malefoy.
"Des fesses, et ne pas t'inviter. Deux composantes majeures pour s'assurer que tu vas te pointer. Et enlever les systèmes de localisation. Et te dire de t'en aller. Tu as un trouble de l'opposition très prononcé. Je me demande toujours comment tu m'as retrouvée dans l'Uffington sans la bague d'ailleurs."
"Avec des baguettes de radiesthésie."
Elle réfléchit un court instant à cette possibilité. Mais la lueur dans les yeux de Malefoy indiquait indubitablement qu'il plaisantait.
"Menteur," dit-elle.
"Parles-moi de Beltane," dit Malefoy.
"Tu es vraiment, extrêmement, intensément invité à te joindre à moi. Je donnerais tout pour que tu viennes. Rien ne me rendrait plus heureuse," dit Hermione, essayant sa nouvelle théorie de psychologie inversée.
"Excellent," dit Malefoy.
"Je vais enlever ma bague pour m'assurer de ta présence."
Malefoy se figea devant cette affirmation, mais en croissant le regard d'Hermione qui se retenait de rire, il se détendit.
"Tu te crois drôle," dit Malefoy. "Si tu casses encore mon travail pour rendre la bague à sens unique, je pourrais me fâcher et ne pas la réparer."
Hermione lui jeta un regard interrogateur. "Tu dis ça comme si c'était une terrible menace."
"C'en est une."
"Comment-ça ?"
"Veux-tu réellement sentir toute altération de mon rythme cardiaque à travers cette bague ?" demanda Malefoy.
"Je pensais que tu l'avais calibrée pour ne sentir que les extrêmes dangereux ?"
"Sais-tu comment calibrer la tienne ?"
"Non."
"Exactement. Tu ne veux pas ressentir chacun de mes efforts et te demander ce que je suis en train de faire - ni avec qui."
"Eurk," dit Hermione, se redressant. "C'est noté."
La chanson sur laquelle ils avaient plus ou moins dansé se changea en silence. La voix amplifiée d'Augustin Delacroix résonna depuis quelque part au milieu de la salle, les remerciant pour leur présence.
"De quoi l'avez-vous soigné, au fait ?" demanda Malefoy.
"Secret médical," répondit Hermione. "Je ne peux pas te le dire."
Elle Occluda pour s'assurer que Malefoy n'irait pas fouiner dans sa tête comme il avait fouiné dans son bureau.
Delacroix continua son discours. Il indiqua, sous le son des applaudissements, qu'entre la contribution philanthropique de sa famille et les bénéfices de la soirée, ils avaient doublé leur objectif initial. L'aile Delacroix allait voir le jour.
Des centaines de verres de champagne se matérialisèrent à hauteur de tête pour que les invités les attrapent et les lèvent parmi les exclamations des Santé !
Hermione attrapa le sien et le fit tinter contre celui de Malefoy, puisqu'il était à côté d'elle.
Ackerley, Parnel et les sœurs Montgomery se joignirent à Hermione et elle célébra la nouvelle avec eux, échangea des bises avec tout le monde, trinquant à la nouvelle aile, exprimant sa joie. Quand quelques instants plus tard elle se tourna de nouveau vers Malefoy, il avait disparu.
