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22 – Gravitation

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« Potter. »

« Vous refusez décidément de m'appeler par le nom de ma mère. Vous êtes le seul à résister. »

« Levez-vous. »

Severus toisait de toute sa hauteur Harry, allongé sur l'herbe humide du parc. Il n'était pas loin de cinq heures du matin et le soleil peinait tout juste à darder ses tout premiers rayons. Severus porta un instant ses yeux sur le lac qui scintillait comme s'il était parsemé de diamants.

« Dois-je vous relever par la force ? »

« Faites-le. » murmura Harry dans un souffle.

Mais Severus n'en fit rien et se contenta de reporter son regard sur son collègue.

« Qu'est-ce que vous me voulez, Potter ? »

Les yeux d'Harry se perdirent dans le ciel : « L'eau doit être glacée. »

Severus soupira. Il ne comprenait pas où menait cette conversation. Aussi il préféra garder le silence.

Harry continua : « L'eau doit être glacée et la tour d'astronomie est si haute. »

C'était juste du charabia sans queue ni tête.

« Levez-vous. Vous allez attraper la mort. »

Les yeux de Potter étaient vides. « Qu'est-ce que ça peut vous foutre ? »

« Rien. »

« Rien. » répéta Harry d'un air absent.

« Avez-vous passé la nuit dehors ? » Severus observa le visage rougi du jeune homme. Le froid devait mordre sa peau depuis longtemps car de petits cristaux de glace s'étaient formés dans ses sourcils. Les nuits étaient plus que fraîches, à cette période de l'année, et il fallait être inconscient pour ne pas vite retrouver la chaleur du foyer une fois la nuit tombée.

Évidemment, Potter répondit par une autre question : « J'y réfléchis depuis longtemps. Qu'est-ce que vous choisiriez entre les deux, professeur ? »

Snape haussa un sourcil perplexe : « Entre les deux quoi, Potter ? »

« Entre l'eau et l'air. »

Severus mourrait d'envie d'abréger sa balade. Mais il ne pouvait décemment pas laisser un Potter délirant allongé dans le froid. « Levez-vous. Je vais vous amener à l'infirmerie. »

Potter ne fit pas mine de bouger.

Le professeur de potions sentit sa patience s'amenuiser et sa voix gronda sourdement : « Bien. Alors je vous ramène à vos appartements. Levez-vous. » Ça ne sonnait pas différemment qu'un ordre et, cette fois-ci, le jeune homme se redressa lentement. Son dos était trempé. Il devait être gelé et Severus se retint de justesse d'enlever sa cape pour la poser sur ses épaules. Ce n'était probablement pas le genre d'attention que Potter aurait aimé recevoir. Pas de lui en tout cas.

Ils se dirigèrent en silence vers les appartements.

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« Entrez. » La voix de Potter était basse, à peine audible, et Severus dut tendre l'oreille pour comprendre ce qu'il disait. Il hésita sur le pas de la porte. Qu'est-ce qu'il était en train de foutre, bon sang ?

Son collègue leva vers lui un regard indifférent : « Vous comptez rester planté là longtemps ? Même si vous étiez un vampire, je vous ai invité à entrer, alors vous ne devriez pas être bloqué sur le seuil. »

Est-ce que c'était de l'humour ? Severus essaya de capter le regard d'Harry, mais ce dernier s'était déjà détourné pour s'affaler sur le canapé dans un soupir de satisfaction.

Snape fit un pas à l'intérieur et jeta un regard suspicieux autour de lui. Hormis un lit, un sofa, une table et une chaise (mobilier standard fourni par l'école), l'appartement était vide. Aucune touche personnelle n'égayait la pièce. Rien ne laissait deviner que Potter se soit installé de façon permanente. C'était comme s'il n'était ici que pour un séjour temporaire. Ou comme s'il ne vivait pas réellement dans l'appartement.

Le jeune homme sembla lire dans les pensées de Severus car il plaça un bras sur ses yeux et maugréa : « Ça me suffit. Je n'ai pas besoin de plus. – Il désigna vaguement, d'un geste de la main, un recoin de la pièce – Il y a de l'alcool par là-bas. Servez-vous. »

Snape fronça les sourcils : « Monsieur Potter. Vous devriez vous changer. Regardez-vous, vous allez complètement ruiner votre canapé en vous allongeant dessus aussi trempé. »

Un soupir las s'échappa des lèvres d'Harry et le potionniste, plutôt que de s'en agacer, lança un sort discret sur la cheminée dont l'âtre s'embrasa.

Il vit le corps de Potter trembler.

Par Merlin ! Ce garçon était-il à ce point incapable de s'occuper de lui-même ?

Severus se dirigea d'un pas décidé vers la malle de rangement et l'ouvrit d'un coup de pied bien placé. Il n'y avait pas grand-chose ici non plus, mais il réussit à dénicher un t-shirt et un pantalon secs qu'il lança à son collègue sans attendre.

« Changez-vous. Je ne voudrais pas que l'on m'accuse de négligence envers le héros d'Angleterre. »

Un grincement sec lui répondit et Severus mit un instant pour comprendre qu'il s'agissait d'un rire.

« Je suis on ne peut plus sérieux, monsieur Potter. Changez-vous ou je devrais m'en occuper moi-même et croyez-moi, cela risque de vous déplaire. »

Un silence flotta un instant dans la pièce. Enfin, après un moment qui parut une éternité, comme si cette proposition avait nécessité une longue réflexion, Harry se redressa avec lenteur et fit glisser son pull et sa chemise mouillés par-dessus sa tête.

Bientôt, le jeune homme fut torse nu et Severus, qui n'avait pas détourné les yeux, pu voir le corps subtilement dessiné se dévoiler devant lui. Il sentit une pointe de jalousie le transpercer et ne put empêcher un sarcasme de franchir ses lèvres.

« J'ignorais que vous aviez développé un goût pour le strip-tease, Potter. Charmant, vraiment. »

L'homme ne sembla pas honteux, au contraire, il ancra ses yeux dans ceux de Severus et déplaça ses mains sur les boutons de son pantalon. Bien. C'était là le Potter qu'il connaissait. Tout en provocation. Un sourire en coin naquit sur les lèvres du professeur de potions et il se détourna enfin pour se diriger vers la planque d'alcool d'Harry.

Les bouteilles s'entrechoquèrent quand il en tira une pour lire l'étiquette. Une grimace de déplaisir fit frémir ses lèvres. Du bas de gamme. Fort taux d'alcool mais qualité proche du néant. Ceux qui achetaient ce genre de produits ne le faisait que dans une seule optique : sa saouler jusqu'à l'oubli.

Il reposa sans l'ouvrir la bouteille et se tourna à nouveau vers son collègue : « Que faisiez-vous dehors, à cette heure ? »

Harry avait fini de se changer et s'était à nouveau avachi dans le canapé. Cette fois-ci il répondit d'un ton morne : « Je passais le temps. »

« Monsieur Potter, les personnes sensées dorment, la nuit. Elles n'errent pas comme des malheureux dans les parcs. »

« Je ne suis pas tout le monde. »

Ha. Ce genre de commentaire avait toujours profondément exaspéré Severus. Il sentait poindre une arrogance qu'il avait toujours trouvé déplaisante chez le jeune homme, cette certitude d'être au-dessus des règles communes, une sorte de privilège qu'il semblait s'auto-attribuer.

Il aurait fallu être un ermite pour ignorer qu'Harry Potter, le Grand Harry Potter, était différent du bas-peuple. L'élu, l'élite du monde sorcier. Comment aurait-il pu se mettre sur le même piédestal que le reste de la plèbe ?

L'expression sur le visage du potionniste se durcit soudainement, chassant toute émotion autre que la colère. « Vous penserez à jeter vos bouteilles, Potter », lança-t-il d'un ton cinglant.

« Non. – murmura le jeune homme – J'en ai besoin. »

Severus serra les poings, réprimant un soupir de frustration. « Monsieur Potter. Il n'y a rien, absolument rien dans cette pièce, qui puisse vous faire le moindre bien. »

Et, sans attendre de réponse, il tourna les talons et quitta l'appartement dans un claquement sec de cape.

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Le résumé des feignasses. - 22

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SS : *Propose de soulever et de déshabiller Potter.*

HP : Meh. Vous voulez pas plutôt un verre, avant ?

Fin.

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