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20 – Aurore

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Quand Potter ouvrit les yeux, il hurla.

Il hurla si fort, et avec tant de désespoir, que Severus crut entendre le cri d'une bête à l'agonie.

Puis ce fut le silence.

Et ce ne fut guère mieux.

Severus ne savait pas quoi faire. Il se tenait debout, à quelques mètres du lit, incapable du moindre mouvement, comme un cerf pris dans les phares d'une voiture.

Personne ne lui avait jamais appris à… réconforter quelqu'un. Personne ne lui avait enseigné les mots à dire, ceux qui soulagent les âmes torturées.

Au lieu de l'infirmerie, Potter avait secrètement été déplacé dans sa chambre car Minerva avait souhaité rester discrète sur ce qu'il s'était passé. Officiellement, le professeur Potter était… malade. Snape avait approuvé cette décision, même s'il trouvait que les appartements du jeune homme n'étaient pas… adaptés à une guérison adéquate.

Cet endroit lui donnait le cafard.

Il pouvait entendre sa propre respiration, rapide et saccadée, comme s'il était en train de reprendre son souffle après une longue course. Il se demanda combien de temps cela durerait avant que les rumeurs ne commencent à circuler dans le château.

Potter avait intérêt de se reprendre vite. Pour leur bien à tous.

Il soupira. Ce n'était pas si simple, n'est-ce pas ?

Bien. Il ne pouvait pas rester là, à observer la scène comme s'il était pris au piège d'un cauchemar. Il récupéra sur la table une fiole de potion spécialement brassée et s'approcha de son collègue. Quand ce dernier le vit approcher, il détourna ostensiblement la tête pour mieux l'ignorer.

Severus pinça ses lèvres : « Cette potion vous permettra de récupérer plus facilement. Vous devez la boire, Monsieur Potter. »

Mais le garçon ne fit pas mine de bouger. Pire encore, ses mâchoires se crispèrent imperceptiblement. Le potionniste leva les yeux au plafond et fixa un instant les fissures qui s'éparpillaient dans le plâtre.

« Monsieur Potter, si vous ne buvez pas cette potion par vous-même, je serais dans l'obligation de vous l'administrer. »

Il vit la main de son patient trembler. De colère probablement. Il s'approcha à nouveau d'un pas et tendit la fiole, mais Potter ne lui adressa pas un regard. Severus hésita : devait-il saisir la mâchoire d'Harry pour l'ouvrir et lui administrer le médicament par la force ? D'un côté, cette potion était bonne pour lui, mais de l'autre, ce geste signerait la fin définitive de toute relation cordiale entre eux. Et Severus n'était pas certain de vouloir faire ce choix.

Il s'assit sur le lit, en silence. Que pouvait-on dire à quelqu'un de si désespéré qu'il ne lui restait plus aucune autre solution que la mort ? Comment l'empêchait-on de recommencer ? Il n'avait que des platitudes qui lui venaient à l'esprit. Des mots creux et inutiles. Il avait peur de faire une erreur. Il avait peur qu'agir ne pousse l'autre dans une peine encore plus terrible.

Severus se sentait affreusement seul et perdu face à Potter.

« Dites-moi ce que je peux faire. »

Aucune réponse.

Il se pencha doucement vers Harry et posa une main sur la joue du garçon. Ce dernier ne le rejeta pas. Alors, doucement, il lui tourna la tête de sorte à ce que leur regard se croisent.

« Dites-moi ce que je peux faire. » Répéta-t-il.

Une étincelle de rage s'alluma dans les deux émeraudes et Potter le repoussa sauvagement : « Vous n'aviez pas le droit ! Vous n'aviez aucun droit ! Je vous hais ! Je vous hais tellement ! »

Bien. Même si c'était de la colère, il y avait au moins une réaction. Severus enserra le corps tremblant de ses bras et le jeune homme se débattit avec hargne.

Le potionniste tint bon.

« Monsieur Potter. Je pourrais demander votre pardon pour tant de choses. Mais je ne m'excuserai jamais de vous avoir sauvé la vie. Je recommencerai encore et encore. Autant de fois qu'il sera nécessaire. »

Un hurlement déchira la pièce. Potter le mordit violemment, le griffa de toute part, mais Severus ne le lâcha pas.

Enfin, la colère laissa la place à l'hébétude et Snape sentit le corps de son jeune collègue s'effondrer dans ses bras. Un murmure presque inaudible franchit ses lèvres : « Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ? »

Severus passa une main réconfortante dans les cheveux de Potter : « Il y a beaucoup à faire, croyez-moi. Vous avez tellement de choses à découvrir. Je vous aiderai à trouver une raison de vivre. Je resterai avec vous autant de temps qu'il le faudra. »

Le silence les enveloppa un instant. Mais, alors que Severus pensait que le plus jeune s'était endormi, ce dernier murmura d'une voix pleine de reproches : « Je vous ai appelé. Toutes ces années, je vous ai appelé, mais vous n'avez pas entendu. »

Severus sentit son cœur se serrer. « Oui. Oui, je sais. Je vous entends maintenant. »

Et il espérait juste qu'il ne soit pas trop tard.

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Le résumé des feignasses. - 20

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HP : Prenez ma main.

SS : Oui.

Fin.

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