Encore merci pour vos différents retours qui me font toujours autant plaisir. Un chapitre un peu plus long que les autres cette fois-ci, avec Zorro enfin en action ! Bonne lecture !


CHAPITRE 9 - L'ATTAQUE

Dans la casita, trois hommes se tenaient debout autour d'une misérable table, principal mobilier de la pièce. L'un semblait particulièrement nerveux : il en était déjà à son dixième cigarillo et tournait en rond comme un fauve en cage.

- Détends-toi, Luiz, lui conseilla un de ses camarades, tout va bien se passer. Zorro va venir et sera tué ainsi que la señorita que Hernandez et Pablo ont apportée ici. Alors, rassure-toi.

- Non, je ne me rassure pas du tout, rugit l'autre. Tu sembles oublier qu'il y a Zorro en face et qu'il a envoyé en prison beaucoup de nos compagnons. Il s'est toujours tiré des pièges qu'on lui a tendu et ce n'est pas parce que l'appât est très gros qu'il va mordre à l'hameçon. Oh, puis, en voilà assez : je vais faire un tour.

Et, attrapant une carabine au passage, il sortit, faisant ensuite claquer la porte derrière lui. Il passa auprès de chacun des guetteurs, s'informant de ce qu'ils avaient vu ou entendu. Même si les nouvelles étaient bonnes, il n'était qu'à moitié tranquille ; son intuition l'avertissait que quelque chose était bizarre. Enfin il arriva près du dernier homme qu'il avait placé lui-même.

- Hé ho ! Tout va bien pour toi ?

L'homme ne se retourna pas et lui fit signe de monter.

- Quoi encore ? Tu as vu quelque chose ?

Le guetteur insista.

- Ça va, grommela Luiz, je monte mais gare à toi s'il n'y a rien.

Parvenu en haut, il n'accorda pas même un regard à son complice.

- Alors ? interrogea-t-il.

Son complice lui montra du doigt l'horizon.

- Eh bien, quoi ? Mais tu n'es pas Ricardo ? s'étonna-t-il en voyant la main gantée de noir.

- Non, Zorro pour vous servir, señor, fit le justicier en prenant sa voix naturelle.

Et il lui sauta à la gorge. Les deux adversaires roulèrent ensemble à terre puis Zorro se releva le premier et administra deux bourrades magistrales au dénommé Luiz qui retomba, définitivement hors de combat. Zorro ne perdit pas de temps et ôta rapidement veste et chapeau, redescendant ensuite du rocher.

Il s'approcha silencieusement de la maison. Il y avait deux fenêtres aux vitres sales : il jeta un coup d'œil à l'intérieur et remarqua avec joie que les deux hommes lui tournaient le dos. Le justicier recula de quelques pas pour prendre son élan, jaugea d'un regard la situation et décida finalement de passer par la porte. Il apposa son oreille contre le bois et n'entendant rien qui lui paraisse suspect, il ouvrit la porte du pied.

Au bruit, les deux bandidos se retournèrent et eurent le même mot à la bouche :

- Zorro !

Lui, sans rien répondre, dégaina son épée et se mit à tourner autour d'eux comme un félin autour d'une gazelle tandis que ses adversaires sortirent leur fer du fourreau. Soudain, le combat s'engagea, rapide, vif où la force était requise autant que la souplesse ou la réactivité. Zorro ne démentait pas sa réputation de fine lame et les attaques des deux hommes étaient toujours renvoyées avec une facilité déconcertante. Il décida d'en finir rapidement car Ana-Maria l'attendait toujours : en deux coups d'épée, il zébra le bras d'un homme qui tomba en gémissant et creusa une entaille dans la cuisse de son deuxième antagoniste, achevant ensuite le travail du pommeau de son fleuret. Il s'assura de leur inconscience, rengaina et sortit en direction de la montagne.

A l'évidence, Ana-Maria n'était pas dans la maison. Et si elle n'était pas non plus retenue dans la montagne... Cette terrible pensée stoppa net son élan. Où la chercher dans ce cas-là ? Que faire ? Ah ! Si seulement il ne la trouvait pas à l'endroit indiqué, plus rien ne l'arrêterait, ni ne l'empêcherait d'étrangler un de ces bandidos qui avaient participé à son enlèvement.

Une fois au pied du mont dont la forme rappelait étrangement celle d'un démon cornu, sa marche se fit plus lente et plus prudente : il s'agissait de repartir avec Ana-Maria, sains et saufs, pas de retrouver simplement la jeune femme. Il n'entendait rien à part le vent qui gémissait à travers les anfractuosités de la roche. Le sentier qu'il avait emprunté était relativement raide et les pierres roulaient parfois sous ses pieds mais il continuait à avancer. Ce n'était pas seulement Ana-Maria qu'il cherchait mais plutôt le fils Varga qui semblait vouloir se débarrasser de Zorro pour pouvoir réaliser le rêve de son père, c'est-à-dire asservir la Californie sous sa domination. Mais le célèbre justicier ne le permettrait jamais ! Il aimait trop sa patrie pour cela.

Il regarda un moment l'horizon pour voir si Bernardo était arrivé puis reprit sa progression pénible quand, tout à coup, au détour du chemin, il se retrouva nez à nez à un homme à la mine patibulaire posté devant une ouverture dans la montagne. Ni une, ni deux, le jeune homme l'agrippa à la veste et l'envoya au sol. Mais le bandit roula et retomba sur ses jambes comme un chat. Il sortit un pistolet et tira ; Zorro n'eut que le temps de se baisser et la balle claqua à deux centimètres de sa tête. Il revint à la charge courageusement mais l'homme qui était robuste, le poussa contre un rocher et se précipita sur lui. Zorro le réceptionna d'un coup de pied qui le renvoya contre un pan de paroi et se baissa aussitôt pour esquiver une nouvelle attaque, attrapant ensuite les deux pieds de son adversaire qui s'étala de tout son long et heurta durement un caillou. Zorro vérifia son état, rajusta son masque et pénétra dans la grotte. Ses yeux mirent un certain temps avant de s'habituer à l'obscurité. Il distinguait deux ouvertures au fond. Il en choisit une au hasard et s'enfonça dans les entrailles de la montagne.


Don Felipe avait entendu le coup de feu, ainsi que quelques-uns de ses hommes. Interloqués, ils restèrent sur le qui-vive, la main à l'épée. Des pas précipités se firent soudainement entendre. Le fils Varga posa vivement à l'épée, prêt à en découdre avec Zorro si c'était lui.

- L'Aigle est mort, le Vautour est son fils, souffla une voix haletante.

Le jeune homme fit un signe bref de la main et l'un de ses sbires alla ouvrir. Un homme entra, titubant comme s'il avait trop bu. Il s'écroula sur une pierre. Don Felipe bondit sur lui et le saisit au col.

- Qu'est-il arrivé ? demanda-t-il d'une voix menaçante, en secouant le malheureux arrivant.

- C'est Zorro, bégaya ce dernier, il est arrivé comme un diable, a assommé plusieurs des nôtres. Il s'était déguisé, je l'ai confondu avec l'un de nos guetteurs et quand je suis arrivé, il m'a ...

Il ne put continuer car, fou de rage, don Felipe l'avait envoyé rouler au sol.

- Vous deux, vous restez ici, ordonna le jeune homme d'une voix qui maîtrisait mal la colère qui s'était emparée de lui. Vous trois, vous vous occupez de Zorro que vous m'amenez poings et pieds liés à la grotte où se trouve la prisonnière.

Sidérés, ses hommes ne réagirent pas tout de suite.

- Exécution ! hurla-t-il.

Les bandidos s'activèrent soudainement comme stimulés par un coup de cravache et sortirent précipitamment.

Don Felipe, sans un regard pour celui qu'il avait injustement frappé, se hâta de rejoindre sa prisonnière. Elle était un otage trop précieux pour qu'on la laissât sans surveillance. Le señor Varga la retrouva là où il l'avait laissée. A son arrivée, la jeune femme tenta de se redresser mais malgré tous ses efforts, elle ne put même pas bouger, engourdie par la trop longue immobilité, la fatigue et la tension accumulées. Elle faillit se laisser aller en pleurant toutes les larmes de son corps. Mais elle n'en avait plus la force et décida de se montrer brave malgré tout. Don Felipe ricana à sa vue et se dissimula du mieux qu'il pût dans le fond de la grotte. Épuisée, Anna-Maria glissa le long de la paroi rocheuse et s'évanouit.


Zorro était partout à la fois. Comme un véritable démon, il renvoyait toutes les attaques, décelait et déjouait tous les pièges ; euphorique, il faisait front à tous avec une facilité décourageante pour ses adversaires. On ne pouvait le suivre du regard : apparaissant soudainement pour disparaître aussitôt, assommant tout d'un coup un bandido, attaquant de front puis surgissant dans leur dos, bref, sa rapidité était telle que l'on eût dit un véritable démon.

Cette supériorité ne dura pas éternellement. Un coup d'épée bien placée lui déchira la manche et fit une profonde entaille dans son bras gauche. Stimulé par la douleur, Zorro accéléra la cadence de ses offensives mais il était clair qu'il ne tiendrait pas longtemps à ce rythme-là. Acculé contre un rocher, il défendait maintenant chèrement sa peau ; on eût dit un renard encerclé par une meute de chiens hargneux. Bientôt, ce serait le hallali !

Quand, soudain, venu de nulle part, un second homme masqué surgit et rétablit en quelques coups d'épée l'équilibre des forces.

- Mais ils sont deux, s'exclamèrent plusieurs bandidos démoralisés.

En effet, c'était Bernardo qui, après avoir mis hors de combat plusieurs guetteurs, était venu secourir son maître. Même si son adresse à l'épée était moindre, son aide fut précieuse à Zorro qui parvint enfin à rompre le cercle de ses adversaires et à reprendre l'avantage du combat.

Découragés, les bandidos rendirent bientôt les armes. Zorro et son acolyte les attachèrent soigneusement puis le justicier masqué partit à la recherche d'Ana-Maria tandis que Bernardo gardait les prisonniers.

Zorro parcourut la montagne, inspecta avec circonspection les moindres recoins de chaque grotte mais pas de trace de la jeune femme. Il serra les poings : et si le fils Varga ne l'avait pas retenue ici ! Tout ce chemin parcouru pour rien, c'était rageant. Et comment la retrouver à présent ? Zorro s'accouda un instant à la roche pour mieux réfléchir. Pour la première fois de son existence, il se sentait fatigué et découragé. Aurait-il trouvé plus fort que lui ? Un gémissement étouffé attira son attention. Il tourna la tête. Le bruit provenait du rocher qui se trouvait sur sa gauche. Díos, serait-ce possible ?

Il s'approcha et découvrit bientôt un petit interstice. Il s'y glissa et attendit un moment que ses yeux s'accoutumassent à l'obscurité. La cache était assez spacieuse à la différence de l'entrée obstruée par de gros rochers. Les gémissements redoublèrent et Zorro distinguait désormais une forme recroquevillée au fond de la caverne. Son cœur battit plus fort. Il s'approcha silencieusement, rasant les murs, tous ses sens aux aguets malgré l'urgence de la situation. Lorsqu'il ne fut plus qu'à deux mètres de la forme, il n'y tint plus et se précipita. Le visage d'Ana-Maria lui apparut alors presque clairement. Ses yeux brillaient d'épouvante ; le renard ne comprit pas tout de suite. Une présence se fit soudainement sentir derrière lui. Il tourna la tête mais il était trop tard : un poids s'abattit sur sa tête. Sa dernière sensation du monde extérieur fut un nouveau gémissement d'Ana-Maria et un rire sardonique.