Hermione fixait le plafond de sa chambre depuis déjà trente minutes. Elle s'était couchée très tôt la veille et se retrouvait maintenant éveillée à seulement cinq heures du matin.

C'était là l'un des inconvénients aux récentes modifications qu'elle avait faites à sa recette de potions. L'ajout de passiflore alourdissait son sommeil, mais ne s'adaptait pas aux besoins de son corps. Hermione dormait exactement sept heures chaque nuit, que ses journées soient épuisantes ou non.

Elle ne s'en plaignait pas. Elle dormait et c'était bien là tout ce qui lui importait.

Seulement, cela faisait plusieurs jours de suite qu'après des réveils aux aurores, Hermione assistait à un spectacle des plus difficiles, des plus glauques. L'un de ceux que l'on voulait oublier, ceux qui ne devraient pas exister.

Allongée dans son lit, les couvertures remontées et les yeux grands ouverts, Hermione n'avait pas d'autre choix que d'entendre les cris affreux de son colocataire, de son ami. Drago hurlait à la mort chaque matin, il se débattait tant que son lit frappait contre les murs de sa chambre. On entendait ses pleurs résonner dans toute la maison.

Et chaque matin, Hermione restait là, immobile dans son lit à écouter sans cesse les hurlements de Drago jusqu'à ce qu'enfin, il se réveille et commence sa journée. Alors, le silence reprenait place dans la grande maison, comme si celle-ci était enfin abandonnée par les cris qui la hantaient.

Elle ne bougeait jamais, elle ne faisait rien. Elle subissait, elle encaissait la douleur qu'elle entendait dans ses cris, elle assistait à sa chute peu à peu comme simple spectatrice. Son cœur se brisait un peu plus chaque matin à l'entente de ses gémissements déchirants, mais elle n'agissait pas. Elle en était incapable.

Que pouvait-elle bien faire ? Qui était-elle pour agir ? Personne. Elle n'était personne. Elle n'arrivait pas à sortir de son lit, à agir pour lui venir en aide. Elle était comme paralysée dans son lit, comme si une force l'y retenait, l'empêchait de faire quoi que ce soit. Son esprit s'imaginait des tas de scénarios et elle se décidait toujours trop tard. C'était trop difficile, elle avait l'impression qu'agir empirerait les choses.

Et s'il la repoussait ? Et si elle ne faisait qu'aggraver son état en le réveillant ? Et si… Trop de facteurs entraient en jeu. Elle avait peur, peur de tout gâcher, peur de faire quelque chose de mal.

Alors chaque matin, Hermione descendait prendre son petit déjeuner comme si elle n'avait pas été témoin pendant plusieurs dizaines de minutes des cauchemars qui habitaient Drago. Elle descendait avec un sourire aux lèvres, comme si elle ne se souvenait pas de ses cris, des hurlements d'horreur qui hanteraient probablement ses nuits si elle ne prenait pas de potions. Elle descendait et commençait sa journée sans jamais mentionner quoi que ce soit. C'était simple, tellement plus simple.

Elle n'était pas idiote, elle savait parfaitement pour quelle raison il était retombé si bas. Il avait arrêté de boire ses potions. Il était sobre, pas aussi addict qu'elle. Il avait réussi là où elle échouait depuis des années. Et cela lui déchirait le cœur. Comment faisait-il une chose pareille ? Comment avait-il trouvé la force et l'envie de le faire ? Comment faisait-il pour ne pas retourner dans sa foutue salle de bains pour vider ses fioles après des cauchemars pareils ? Comment faisait-il pour affronter tout ça sans craquer ?

Elle ne comprenait pas, et puis, elle ne voulait pas vraiment comprendre. La réalité était trop dure, elle ne voulait pas entendre raison. Il faisait ce qu'il voulait, ce qu'il pouvait. Grand bien lui fasse, pensait-elle souvent avec colère. Elle lui en voulait autant qu'elle l'admirait.

Alors, elle fermait les yeux. Elle essayait de faire abstraction de ces cris, de ces pleurs. Ils n'étaient plus. Elle ouvrait la fenêtre de sa chambre et se concentrait sur les piaillements des oiseaux à sa fenêtre et le bruit des orages d'avril qui secouaient la région. C'était bien. C'était simple.

oOo

Les jours passaient, leur quotidien restait le même, paisible. Hermione partait chaque matin avec le ventre rempli et rentrait tous les soirs pour dîner avec Drago. Il lui racontait sa journée, lui faisait lire ses écrits, puis elle lui racontait la sienne. Elle lui ramenait chaque jour un nouveau livre, souvent des romans assez courts qu'il lisait le lendemain et dont ils parlaient le soir.

C'était bien.

Hermione faisait abstraction des cernes sur le visage de Drago, elle ignorait la pâleur de son teint et fermait les yeux lorsqu'elle réalisait que ses recettes étaient parfois ratées. C'était bien plus simple.

Albert restait parfois à la maison, avec Drago. Hermione passait alors des journées étranges, agitées d'angoisses qu'elle calmait parfois en dernier recours avec des potions calmantes. Elle se cachait derrière des sourires convaincants lorsqu'il était temps de rentrer, pour ne pas inquiéter, ou pour éviter la réalité. Ces sourires devenaient sincères lorsqu'elle s'attablait face aux dîners que Drago préparait. Ou peut-être était-il la raison de ses sourires. Elle n'en savait trop rien.

C'était bien.

Drago lui racontait ses aventures autour de la maison, il lui parlait du potager et de ses idées pour l'améliorer. Alors, Hermione lui ramenait des ouvrages de jardinage et il la remerciait de ces sourires auxquels elle pensait lorsqu'elle se sentait sombrer dans les méandres de son esprit.

Il avait même commencé à planter de nouvelles graines. Elle l'avait accompagné une fois ou deux, après qu'il l'ait poussée à reprendre la culture de ses légumes. Elle avait grimacé en trouvant des carottes de deux centimètres ou des pommes de terre qui avaient trop longtemps germées. Il avait souri en réponse et c'était bien la seule chose qu'elle retenait.

Il avait fini par lui proposer qu'ils s'occupent du potager ensemble, qu'ils partagent cette activité. Elle avait aussitôt accepté, elle se répétait qu'il était meilleur qu'elle et qu'elle en apprendrait beaucoup grâce à lui. Elle ne savait pas si c'était la réelle raison de ce changement.

Elle aimait jardiner avec lui. C'était simple. Ils le faisaient souvent le soir, ou le week-end lorsqu'elle ne travaillait pas. Elle détestait devoir cacher ses tremblements derrière son dos lorsque Drago levait les yeux vers elle, mais les sourires qu'il lui adressait étaient suffisants pour l'en distraire.

Il lui avait suggéré de couper certains plants avec les ciseaux aiguisés du rangement à outils, mais elle en avait été incapable. Elle avait prétexté vouloir s'occuper des fleurs, ou bien de la plantation des graines. Alors il coupait, elle plantait, et c'était bien.

Elle ramenait des livres, elle mangeait ce qu'il préparait, elle faisait la lessive, ils jardinaient et c'était suffisant. Cela leur convenait. Drago ne se plaignait pas de cette routine, pas qu'il ne se soit jamais plaint de quoi que ce soit.

Elle se couchait chaque soir avec l'envie de faire plus le lendemain, puis se réveillait avec les cris de son colocataire et une lourdeur dans son cœur qu'elle pensait incapable de calmer. Alors elle se résignait. Elle se levait, mangeait, travaillait, mangeait, jardinait, puis dormait.

C'était bien.

oOo

Cela ne s'arrêtait pas. C'était toujours aussi fort, toujours aussi déchirant.

Hermione était réveillée depuis dix minutes et se trouvait déjà accoudée à la fenêtre de sa chambre, une cigarette entre les lèvres, la tête basse et les paupières closes. Peut-être qu'en se persuadant qu'elle n'entendait rien, les cris disparaîtraient.

Les oiseaux. Elle devait se concentrer sur les oiseaux pour ne pas sentir son cœur se briser un peu plus dans sa poitrine.

Pourquoi se retrouvait-il encore dans un tel état ? Il avait pourtant dormi, la veille ! Elle s'était réveillée à la même heure dans le silence complet ! Que s'était-il passé ? Pourquoi est-ce que cela recommençait ?

Elle se passa une main sur le visage. Elle devait attendre, juste un peu, cela finirait par se calmer. Il se réveillerait et la journée pourrait continuer. Le week-end était arrivé, elle pourrait s'occuper à l'extérieur et peut-être même proposer à Drago d'aller se promener aux abords de la forêt. Après tout, il l'avait lui-même demandé la veille, il voulait visiter la forêt. Oui, ce serait bien. Elle pourrait passer des heures dehors pour se sortir tous ces cris de la tête.

Non ! Non ! Hermione ! Non, s'il vous plaît !

Elle se redressa aussitôt, alerte. Que venait-il de dire ? Elle avait forcément rêvé, ce n'était pas possible.

Hermione ! Laissez-la !

Il avait crié son nom. Chaque syllabe de son prénom avait résonné entre les murs de sa maison. Il avait crié son nom. Elle l'entendait encore vibrer dans sa poitrine et dans son cœur. Il avait crié son nom.

Les larmes lui montèrent aux yeux alors que sa respiration s'accélérait. L'envie de le rejoindre et de l'aider à se calmer se faisait soudain plus forte. Elle lutta pour la faire taire. Elle ne pouvait pas, elle ne devait pas.

Hermione serra ses doigts sur le cadre de la fenêtre pour penser à autre chose. Elle serrait si fort qu'elle en avait mal. La douleur était une bonne distraction.

Non ! Hermione !

Les battements de son cœur résonnaient dans son corps tout entier. Elle avait mal à la tête. Elle balança sa cigarette. C'était trop d'un coup.

Elle ne devait pas y aller, elle ne pouvait pas l'aider. Ce serait pire, il lui en voudrait. C'était son intimité, c'était sa chambre et sa vie. Elle ne pouvait pas perturber cela, elle ne devait pas. Elle n'en avait pas le droit. Elle n'était personne, personne d'important.

Elle risquait de tout gâcher, il serait en colère, il lui crierait qu'elle n'avait pas à faire ça, qu'elle aurait dû le laisser tranquille. C'était ce que Harry lui avait si souvent répété, ce qu'elle avait lu pendant sa scolarité. Elle ne devait pas réveiller quelqu'un qui cauchemardait, elle ne devait pas risquer de le perturber encore plus. Si le cauchemar était teinté de magie, elle pouvait déclencher un éclat incontrôlable. Elle le savait.

Harry le lui avait dit. Harry le lui avait si souvent répété. Il avait raison, il savait ce que c'était. Il devait rester endormi, il devait se réveiller par lui-même. Elle ne devait pas. Elle n'avait pas le droit. Elle…

Pas elle ! Non ! Laissez-la ! Hermione !

Elle lâcha le cadre de la fenêtre et s'élança en direction de la sortie de sa chambre. Des larmes coulaient librement sur ses joues tant la panique et la confusion l'envahissaient. Elle ne pouvait pas rester sans rien faire, c'était au-dessus de ses forces. Cela avait assez duré.

La porte de la chambre de Drago s'ouvrit d'elle-même. Hermione ne prêta aucune attention à l'état de la pièce, ni au fait que Wynn couinait depuis son nid.

Elle se précipita au chevet de Drago sans cesser de pleurer. Elle était paniquée. Entendre son prénom être hurlé ainsi réveillait en elle des sensations qu'elle aurait préféré ne jamais revivre. Il fallait qu'elle fasse quelque chose, son esprit, son corps, son cœur le lui hurlaient.

Le visage de Drago était déformé par la terreur, par l'horreur qu'il vivait dans sa tête. Son corps était secoué de soubresauts irréguliers et ses poings étaient serrés dans les couvertures. Il transpirait tellement que son marcel blanc devenait transparent. Ses cheveux étaient en bataille, ils retombaient, bruns, sur son front et se collaient à sa peau à cause de la sueur.

Et surtout, il gémissait comme s'il subissait toutes les tortures possibles et imaginables. Peut-être était-ce le cas, songea Hermione en le regardant avec pitié.

Maman, maman, elle… Hermione…

Ses murmures étaient incompréhensibles. Il alternait entre cris et chuchotements, alors que ses membres se tendaient et s'agitaient dans tous les sens. Hermione ne l'avait jamais vu comme ça. Elle en avait la nausée.

– Drago ? lança-t-elle une première fois, sans oser faire plus.

Il ne réagit pas. Il continuait de secouer la tête et de supplier le monstre qui le torturait dans son sommeil. Hermione ne voulait pas imaginer qui cela pouvait être.

– Drago ? répéta-t-elle un peu plus fort en s'agenouillant près de lui pour être à sa hauteur. Drago, je suis là, c'est moi, Hermione.

Toujours rien. Il pleurait, ses larmes se mêlaient à sa sueur dans un spectacle des plus déchirants.

Elle leva la main jusqu'à son visage, mais se stoppa juste avant de toucher sa peau. Et si elle gâchait tout ?

La peur lui retournait l'estomac. Elle était terrifiée à l'idée de le faire encore plus souffrir, de le perdre d'une manière ou d'une autre.

Elle ferma les yeux lorsqu'il hurla son prénom une énième fois. Elle tremblait légèrement. Elle devait agir.

Elle posa sa paume contre sa joue brûlante et s'approcha jusqu'à ce que leurs visages ne soient séparés que par quelques centimètres. De sa main gauche, elle secoua son bras, tout en murmurant sans arrêt son prénom. Elle voulait faire les choses bien, en douceur.

– Drago, c'est moi, c'est Hermione, répéta-t-elle plusieurs fois.

Elle caressait sa joue avec son pouce, elle fixait ses paupières fermées dans l'espoir qu'elles s'ouvrent enfin. Elle ignorait l'angoisse qui lui serrait l'estomac, elle était concentrée.

– Drago ! fit-elle bien plus fort après quelques minutes d'essais vains.

Cette fois-ci, elle fit face aux yeux gris et torturés qu'elle s'imaginait depuis son arrivée. Son regard était si perdu qu'elle sentit un poids tomber au fond de son estomac. Il était terrifié, complètement perturbé et angoissé. Il s'était redressé vivement, comme pour s'écarter le plus possible de ce qui l'effrayait.

Elle n'arrêta pas ses caresses sur sa joue.

– Drago, murmura-t-elle avec douceur. C'est moi, c'est Hermione. Tout va bien, je suis là.

La respiration du jeune homme était trop rapide, ses yeux balayaient du regard ce qui l'entourait comme s'il cherchait une ancre dans la réalité. Finalement, il fixa le visage d'Hermione, la poitrine tremblante et des larmes coulant sur ses joues.

– Hermione, souffla-t-il d'une voix cassée et rendue rauque par ses cris.

– Je suis là, répondit-elle simplement.

Cela sembla lui suffire. Il ferma les yeux et se laissa tomber contre elle, le corps agité par ses sanglots. Elle passa aussitôt ses bras autour de ses épaules et le serra contre lui. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire, ce qu'elle voulait faire, ce dont il avait besoin.

Elle commença alors à le bercer doucement et passa une main dans ses cheveux pour essayer de le calmer. Il la serra si fort en retour qu'elle se demanda s'il n'allait pas finir par lui faire mal. Mais elle ne dit rien, elle se sentait bien, tout contre lui. Cela la détendait tout autant que lui.

Elle ferma les yeux au bout d'un certain temps. Elle le laissait se reposer contre elle, la tête calée tout contre sa poitrine et les bras serrés autour de ses hanches. Elle n'était pas très à l'aise dans cette position, ses genoux sur le sol étaient plutôt douloureux, mais elle ne voulait briser cet instant pour rien au monde.

La respiration de Drago ralentit petit à petit et bientôt, seul le bruit de leurs deux souffles se fit entendre dans la pièce.

Hermione eut alors une idée. Elle se souvenait de ce que son père faisait pour calmer ses cauchemars trop importants les étés où elle rentrait de Poudlard.

– Que dirais-tu de prendre une douche rapide, puis d'aller nous promener dehors ? chuchota-t-elle à l'oreille de Drago. Il est encore tôt et il ne pleut pas, on pourrait profiter de l'air frais et même voir le lever du soleil ?

Elle l'entendit renifler doucement, avant qu'il ne se redresse de ses bras pour lui faire face. Du bout de sa manche gauche, il essuya ses larmes restantes, puis braqua son regard dans celui d'Hermione.

– Dans la forêt ? demanda-t-il à voix basse.

Le cœur d'Hermione se serra dans sa poitrine face à une telle vulnérabilité. Si elle était habituée à sa douceur, son calme et sa gentillesse, elle n'assistait que rarement à une telle faiblesse. Elle avait envie de le prendre dans ses bras à nouveau et de ne plus le lâcher. Elle voulait lui répéter qu'il n'était pas seul, lui promettre que tout irait bien alors qu'elle n'avait aucune certitude. Elle voulait faire disparaître cet éclat de peur au fond de son regard.

Elle se contenta cependant de hocher la tête et se leva, frottant ses genoux endoloris au passage. Si Drago remarqua son geste, il ne fit aucun commentaire et seul son regard coupable prouva à Hermione qu'il s'en voulait qu'elle ait dû rester dans une telle position.

Elle ne lui laissa pas le temps de se morigéner et lui tendit la main pour l'aider à sortir du lit. Il ne se fit pas prier et la suivit jusqu'à la salle de bains, devant laquelle elle s'arrêta avec un sourire aussi rassurant que possible.

– Je serai en bas, je vais nous préparer de quoi manger en marchant. Si tu as besoin de quoi que ce soit…

– Je saurai où te trouver, continua-t-il à sa place en hochant la tête.

Le sourire d'Hermione ne put que s'agrandir en le voyant déjà reprendre du poil de la bête. Elle lâcha sa main, prête à descendre, mais il la rattrapa par le poignet aussitôt. Elle ouvrit la bouche, confuse, mais il la fit taire en l'embrassant furtivement sur la joue.

– Merci, murmura-t-il avant de, déjà, s'éloigner.

Elle ne lui en laissa pas le temps, touchée par son geste. Elle attrapa son poignet et le tira jusqu'à elle, puis, sur la pointe des pieds, déposa un baiser sur ses lèvres.

C'était comme un remède à son anxiété, à la tension dans ses épaules. Son corps se détendit, alors que Drago s'enfermait dans la salle de bains. Le temps était suspendu, elle n'avait même pas fait attention à la réaction de Drago.

Hermione resta figée, face à la porte, une main levée contre ses lèvres, juste là où celles de Drago avaient été. Son cœur battait plus fort dans sa poitrine et, cette fois, elle savait que cela n'était pas dû au stress. C'était bon, c'était bien.

Une vingtaine de minutes plus tard, Hermione entendit Drago descendre les marches de l'escalier et sortit de la cuisine pour le rejoindre. Elle sourit en voyant qu'il s'était changé et portait une chemise verte, celle qu'elle préférait, ainsi qu'un pantalon noir. Malgré le fait qu'il pioche désormais dans les vêtements du grand-père d'Hermione, cette dernière ne l'avait jamais vu porter autre chose que des chemises ou des pulls élégants. Il prêtait toujours autant attention à son style vestimentaire qu'à l'époque de Poudlard, et cela avait le don d'amuser la jeune femme.

– Je nous ai fait des petits sandwichs avec le jambon que j'ai acheté mardi, lui apprit-elle en ouvrant le sac en toile qu'elle avait préparé.

Les quatre sandwichs étaient emballés dans de l'essuie-tout, accompagnés d'une gourde d'eau et de deux pommes. Cela lui rappelait le genre d'encas que sa grand-mère préparait lorsqu'elle partait avec ses petits-enfants pour des randonnées matinales.

– Je me suis dit qu'on serait contents d'avoir tout ça si on décide de rester plus longtemps dehors. Bon, ce n'est pas parfait, je n'ai même pas mis de fromage dedans, juste du beurre, et puis ce ne sera pas aussi bon que si tu les avais…

– Hermione, la coupa-t-il.

Elle s'interrompit, les joues rouges, et leva les yeux vers lui. Il souriait avec douceur.

– C'est parfait.

Elle resta immobile pendant quelques secondes, avant de déglutir et de hocher plusieurs fois la tête.

– Oui, je… Oui, d'accord.

Elle reposa le sac en toile sur la table à manger, puis essuya ses mains moites sur son jean. Elle s'était changée, elle aussi.

– Je t'ai aussi trouvé des chaussures plus adaptées pour marcher, enchaîna-t-elle en se baissant pour les ramasser par terre. Je me suis dit que tu serais plus confortable là-dedans que dans les chaussures de ville de Grand-Père.

Elle les lui tendit en se mordant l'intérieur de la joue et il les récupéra en la remerciant du bout des lèvres. Il avait rougi, comme gêné de cette attention, et Hermione se demanda si elle n'était pas allée trop loin.

Elle fit cependant taire cette petite voix dans sa tête et s'occupa de récupérer leurs deux manteaux dans l'entrée, pendant que Drago changeait de chaussures.

Albert les avait rejoints lorsqu'ils sortirent dans le jardin. La brise matinale secoua les pans de leurs vêtements, mais cela ne sembla pas les perturber pour une Noise. Drago attrapa sa main et Hermione sentit son cœur accélérer à nouveau. C'était bien.

C'était bien.

Il la mena jusqu'à la forêt de lui-même, motivé à s'y rendre pour la première fois, tout en serrant sa main à intervalles réguliers comme pour s'assurer qu'elle était bien là, avec lui. Elle lui répondait de la même façon.

Albert courait autour d'eux et aboyait joyeusement pour faire s'envoler les oiseaux bavards. C'était paisible.

L'espace d'un instant, Hermione se demanda si un jour, sa vie pourrait être aussi agréable, aussi douce. Si cela pourrait durer éternellement. Elle se surprit à l'espérer.

Une fois arrivés à l'orée du bois, Drago s'immobilisa et fixa les arbres qui leur faisaient face d'un œil anxieux. Hermione leva la tête vers lui et le dévisagea, cherchant sur son visage le moindre signe qu'il était prêt à avancer. Elle attendrait le temps qu'il faudrait.

Après plusieurs minutes, Drago laissa tomber ses épaules et soupira. Il ferma les paupières quelques secondes, comme si un combat avait lieu dans son esprit. Peut-être était-ce le cas.

Finalement, il se tourna vers elle et la fixa en retour. Ses joues étaient rosies par le froid, ou par autre chose.

– Je…

Il se racla la gorge et baissa les yeux.

– Merci, souffla-t-il en se balançant d'un pied sur l'autre. Pour tout à l'heure et pour… pour tout. Je suis désolée que tu aies dû assister à ça. Je pensais… je pensais que Pansy avait laissé les sorts d'insonorisation autour de ma chambre, je…

– Drago, le coupa-t-elle avec douceur.

Il leva aussitôt les yeux vers elle à nouveau.

– Ce n'est rien, répondit-elle avec un sourire aussi rassurant que possible, tout en serrant un peu plus fort sa main dans la sienne. Tu… Je…

Ce fut son tour de rougir et détourner les yeux. Elle se trouvait bien idiote, ainsi intimidée.

– Tu comptes pour moi, murmura-t-elle si bas qu'elle se demanda s'il l'avait entendue. Je ne pouvais pas continuer de te laisser comme ça, j'ai… C'est moi qui devrais m'excuser de ne pas être venue avant.

Il secoua la tête, mais elle leva sa main pour l'empêcher de la couper. Elle souriait doucement lorsqu'elle braqua son regard dans le sien.

– Je ne te laisserai plus comme ça, promit-elle en serrant sa main, encore.

Elle ne lui laissa pas d'autre choix que de hocher la tête, avant de le tirer par la main vers la forêt. Son cœur battait fort dans sa poitrine, mais c'était bien. Ils pouvaient avancer, maintenant.