Résumé du chapitre précédent : Alors qu'il est sur le point d'atteindre la maison de ses grands-parents à Eridge Green, Tunbridge Wells, dans le Sussex, Harry voit Draco s'effondrer et l'emmène au Service d'Urgences Médicomagiques. Draco a fait une fausse-couche et, boulversés tous les deux, leur couple en prend un coup avant qu'ils n'arrivent enfin à communiquer.

Un énorme merci à StefffPM pour la toute première béta de toute ma vie, et qui a été d'une efficacité et d'une gentillesse hors-norme. Merci aussi à Lyashura pour m'avoir laissée geindre sur la direction à donner à cette fic. Et merci à elles deeux pour m'avoir aidée à y voir beaucoup plus clair !

Bonne lecture !

Draco

Novembre 2003

Les feuilles dentelées et les fruits du sorbier aux oiseaux qu'ils avaient planté près du portail de la maison d'Andromeda étaient d'un rouge vif dans la lumière morose de l'automne, la seule touche de couleur qu'il pouvait voir depuis la fenêtre de leur chambre. Ses fines branches se balançaient doucement dans la brise. L'arbre était encore petit et mince, mais Draco savait qu'il grandirait assez pour projeter son ombre sur le chemin de gravier, accueillir les visiteurs et héberger quantité d'oiseaux qui viendraient se nourrir de ses baies écarlates.

L'entrée d'un domaine était l'endroit idéal pour un sorbier, là où il pouvait absorber la magie des lieux et les intentions de ses habitants, puis, à maturité, les protéger des indésirables. Il comprenait pourquoi Harry avait voulu le planter là. Mais avaient-ils besoin d'un rappel aussi constant ? N'avaient-ils pas le droit de rentrer chez eux sans être accueillis par un souvenir aussi désagréable, qui grandissait alors que Rowan ne le ferait jamais ?

Draco serra légèrement les dents et acheva d'ouvrir les rideaux de la chambre, puis il laissa glisser ses doigts sur le coffre de Scorpius en sortant de la pièce. Il longea le couloir jusqu'à la porte suivante, entrouverte, et la poussa un peu plus pour voir Teddy faire bondir une figurine d'Hippogriffe dans les airs avant de la faire s'écraser avec un grand renfort de bruitages de bouche sur une reproduction miniature de Pré-au-Lard.

« Votre monture est arrivée, Madame ! » Proclama-t-il à l'adresse d'un petit personnage en équilibre précaire sur un toit pentu. « Vite, le Poudlard express va bientôt partir ! »

Amusé, Draco s'adossa à l'encadrement de la porte avec un sourire pour regarder son cousin jouer. Ses boucles indigo, mouvantes comme dotées de leur propre conscience, s'agitaient en masquant son visage à sa vue. Si les pointes étaient bleues, les racines étaient un dégradé de violet comme si Teddy avait songé à adopter sa couleur favorite avant de voir son attention être détournée par autre chose.

« Tu n'étais pas censé t'habiller ? » fit-il remarquer alors que l'Hippogriffe bondissait avec sa cavalière en direction d'une plus petite et discrète version du Poudlard Express que celle qui avait envahi le salon de ses tchou-tchous et de ses coups de sifflet pendant des années.

Teddy tourna la tête vers lui et son large sourire et ses yeux bleus qui pétillaient de malice lui serrèrent et lui réchauffèrent le cœur à la fois.

« Je peux aller chez Mamie Molly en pyjama. Victoire le fait tout le temps ! » s'amusa-t-il avant de faire atterrir ses figurines sur le train.

« Hmm… Peut-être que je devrais aller à l'hôpital en pyjama. » émit Draco d'un ton faussement songeur en se décollant de l'encadrement. « Et en chaussons, comme ça je pourrai faire des glissades dans les couloirs. »

Teddy gloussa et quitta sa position à genoux sur le tapis pour se redresser au milieu de sa petite chambre.

« Et tu pourrais même prendre la robe de chambre de Mamie à la place de ta blouse ! »

« Ah oui, je suis sûr de ne pas passer inaperçu comme ça. » rit Draco en s'imaginant déambuler en peignoir à fleurs au Service des Microbes et Virus Magiques. Il était presque certain que la cheffe de service, la Guérisseuse Yantar, ne remarquerait absolument rien tant elle était distraite. L'expérience était presque tentante. « Allez, habille-toi, on part dans cinq minutes. »

« Oh, tu peux m'aider à mettre mes chaussettes ? » demanda Teddy en ouvrant un tiroir de sa commode.

Draco haussa un sourcil mais consentit à entrer dans la pièce. Ça faisait bien longtemps que son cousin savait enfiler seul ses vêtements, mais il lui arrivait de faire quelques régressions dans son autonomie, souvent liées à un besoin d'être rassuré dans ses relations avec eux. Ou peut-être était-ce juste de la fainéantise.

« Lesquelles tu veux ? » interrogea-t-il en ouvrant le tiroir de ses sous-vêtements.

« Hmmm… Celles avec des gnomes ! »

Draco l'aida à se débarrasser de son pyjama puis patienta le temps qu'il enfile ses vêtements et un pull tricoté par Andromeda qui représentait un loup hurlant dans la forêt. Il s'accroupit et se retrouva soudain face à des pieds palmés qui le firent rire et relever une expression sarcastique vers son cousin. Teddy gloussa en se mordant la lèvre inférieure.

« J'aurais dû me douter qu'il y aurait une blague. » commenta Draco, les yeux sur l'ignominie de ses orteils roses écartés comme ceux d'un canard. « Ça fait longtemps que tu sais faire ça ? »

« J'ai réussi hier soir. » pouffa son cousin, un pied levé pour l'agiter sous son menton.

« Merlin. » grogna Draco avec un rire. Ill l'attrapa pour l'éloigner de son visage. « Bravo, c'est très impressionnant. »

« Et très moche ! »

« Et très moche. » approuva-t-il avant de faire mine d'étirer une chaussette pour tenter de l'enfiler. « Comment est-ce qu'on va planquer ça ? »

« Il va falloir de plus grandes chaussettes. » rigola Teddy.

« Et de plus grandes chaussures. Je pense que je vais juste les emballer dans un T-shirt. » raisonna Draco en faisant semblant de fouiller un tiroir encore ouvert sous l'éclat de rire de son cousin.

/

Draco déposa chez les Weasley un Teddy trépignant d'excitation à l'idée de montrer son avancée dans sa maîtrise de la métamorphomagie à ses cousins, puis transplana à Ste-Mangouste.

Des élèves de deuxième année discutaient avec animation lorsqu'il arriva dans les vestiaires mais ils se turent dès qu'ils virent qui les avait rejoints. Draco leur adressa un sourire cordial mais sans chaleur et ouvrit son casier pour troquer son manteau contre sa robe verte alors que les autres étudiants reprenaient timidement leur discussion.

Michael apparut à côté de lui, les cheveux relevés et la moitié d'une saucisse dans la bouche.

« Tendancieux. » ne put s'empêcher de remarquer Draco, lui faisant tousser un rire surpris.

« Et il fallait que je tombe sur toi. Pervers. » ricana-t-il après avoir retiré ce qui devait être la fin de son petit-déjeuner de sa bouche.

Draco rangea sa baguette dans la poche de sa blouse avec un petit rire.

« Je pense que tu aurais eu le même commentaire de la part de Hannah ou de Lazare. »

« C'est fort probable. » concéda Corner avant de faire disparaître la saucisse derrière ses dents pour la mâcher en s'habillant.

La relation de Draco avec Michael s'était grandement détendue au fil du temps. Il ne savait pas si c'était parce qu'il l'avait pardonné, ou simplement parce qu'il s'était habitué à sa présence, mais l'ancien Serdaigle était bien moins acerbe et agressif envers lui. Il était toujours très sarcastique, ne s'empêchait pas de rappeler à Draco qui il était et d'où il venait, mais ses commentaires n'étaient jamais gratuits ni cruels. Ils étaient réalistes et francs, et il savait maintenant qu'il pouvait y répondre sans l'offusquer. C'était presque plus confortable pour Draco que la relation qu'il entretenait avec Lazare. Malgré les années, il peinait encore à saisir ses pensées.

« Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu d'affectation ensemble. » fit-il remarquer en refermant son casier dans un grincement alors que les élèves de deuxième année quittaient les vestiaires.

« Pas encore assez. » ironisa Corner, mais l'humour dans son regard contredisait ses mots.

« Avoue qu'on te manque. »

« Hmmm… » fit-il semblant d'hésiter. « Non. Nope. » déclara-t-il en levant le menton. Il dénoua ses cheveux noirs et secoua crânement la tête devant son expression amusée.

Corner n'avait plus que quelques cours en commun avec le reste de leur promotion depuis leur quatrième année, ayant bifurqué vers la maîtrise des potions médicomagiques plutôt que vers un diplôme de guérisseur. Il passait le plus clair de son temps dans les laboratoires du sous-sol de l'hôpital ou au service d'empoisonnements par potions et plantes au troisième étage. Ils le croisaient encore régulièrement dans la bibliothèque réservée aux étudiants et à la cafétéria, et Draco le connaissait à présent assez pour percevoir les preuves de son enthousiasme lorsqu'il les voyait : ses yeux noirs s'ouvraient un peu plus largement, son expression sévère se détendait et il verbalisait excessivement son ennui de les trouver sur son passage.

Ils récupérèrent les quelques dossiers de patients qui leur avaient été mis de côté à l'entrée des vestiaires puis sortirent dans les couloirs pour rejoindre les escaliers.

« Wow, une disparition pathologique ? » lut Michael au-dessus de son épaule alors qu'ils gravissaient les marches. « Tu as déjà eu ça ? »

« Hm, une sorcière qui avait perdu un pied, un petit doigt, et bizarrement une partie de l'os iliaque. » répondit Draco en lui tendant le dossier pour le laisser le consulter.

« Juste l'os ? Pas le reste autour ? »

« Juste l'os. » confirma-t-il. « Yantar a réussi à le faire revenir mais ça faisait disparaître une partie de sa mandibule, c'était glauque. »

« Eurg. » émit Corner avec un frisson. « C'est juste la jambe gauche pour celui-là. Oh, waw, non, fesse gauche aussi. »

« Pas très pratique pour s'asseoir. » commenta Draco en ouvrant le dossier suivant avec un sourire en coin.

« Entre autres. » s'amusa Michael. « Et le deuxième ? »

« Scrofulite en fin de traitement. »

Le patient en question avait déjà perdu toutes ses dents, mais l'infection avait été enrayée avant que ses gencives ne pourrissent.

« Heureusement qu'il y a la disparition pathologique, mais je sens qu'on va s'emmerder. »

« Tu t'emmerdes dès qu'il n'y a pas de chaudron dans la pièce où tu te trouves. » ricana Draco alors qu'ils atteignaient le deuxième étage.

« Consentirais-tu d'ailleurs à te balader avec un chaudron sur la tête ? Ça te rendrait beaucoup plus plaisant. »

« Avoue que tu as peur de tomber sous mon charme. » lança-t-il sournoisement.

« Deux ex en commun avec Potter me suffisent, merci. » rétorqua Michael avec un regard à la fois amusé et désabusé dirigé vers lui.

« Oh, tu ne fais pas la collection ? Moi qui croyais que c'était ton but ultime dans la vie. » rit Draco.

« Heureusement qu'il n'en a pas plus. Vu ses goûts, c'est vraiment trop de boulot pour moi. »

Draco s'esclaffa et s'attira un regard amusé du Guérisseur Denver qui descendait les escaliers. Ils le saluèrent en le croisant puis rejoignirent le service des Microbes et Virus Magiques.

/

Draco leva les yeux de son manuel de contre-malédictions avancées lorsque Andromeda déposa une tasse de thé sur sa gauche, et il la remercia d'un sourire en s'appuyant contre le dossier de sa chaise. Il attrapa l'anse et regarda l'heure sur son autre poignet, puis tourna les yeux vers l'obscurité au-delà des fenêtres du salon.

« Il a prévenu qu'il serait en retard. » lui rappela sa tante en retournant s'asseoir dans son fauteuil au coin de la cheminée, sa propre tasse à la main.

« Il t'a dit pourquoi ? »

« A ton avis ? » ironisa Andy, penchée en avant pour récupérer son roman sur la table basse.

Draco soupira sur la surface de son thé puis fit pivoter sa nuque en fermant les yeux pour tenter de la détendre. Il trouvait stupide son acharnement à connaître les horaires de Harry. Ils n'étaient jamais respectés. A quoi bon lui faire un planning si c'était pour l'envoyer valser dès qu'il était affiché dans la cuisine ?

« Vous avez eu des cas suspects au quatrième ? » interrogea-t-il.

« Tous nos cas sont suspects par définition. » fit-elle remarquer. « On ne se fait guère maudire ou ensorceler par accident. Mais il n'y a pas eu de visite d'Aurors, si c'est ta question. »

« Tu penses qu'ils sont encore sur la mort d'Elisa Cook ? » réfléchit-il à haute voix, les doigts réchauffés par la porcelaine fleurie de sa tasse.

Membre du Magenmagot, la sorcière qui était partisane de la révocation des sièges héréditaires au gouvernement sorcier avait été retrouvée morte chez elle deux jours plus tôt. La Gazette parlait d'un suicide, chose qui n'était pas impossible mais que Draco avait du mal à croire considérant l'ambiance actuelle au Ministère de la Magie. Et quelque chose lui disait que même si elle avait été assassinée, le bureau des Aurors ne parviendrait pas à trouver le responsable.

« J'en sais autant, sinon moins que toi. » murmura Andromeda.

Draco soupira à nouveau et prit une petite gorgée de thé brûlant avant de poser sa tasse à côté de ses parchemins.

« Tu en as entendu plus sur cette brigade de Médicomages au DJM ? »

« Draco… Si une telle chose était mise en place, tu considérerais vraiment en faire partie ? » sembla s'inquiéter sa tante.

Il grimaça légèrement et carra les épaules en faisant mine de se réintéresser à son manuel.

« Même si c'était le cas, le Ministère ne m'embaucherait jamais. »

« Ce n'était pas ma question. »

« Je ne sais pas. » répondit-il d'un ton irrité. « Oui. Non. Je ne suis pas un combattant et je ferais une cible trop tentante. »

« N'importe quel Guérisseur ferait une cible tentante au combat. »

« Mais au moins ça leur donnerait une chance de ne pas finir à la morgue de Ste-Mangouste. » souffla presque rageusement Draco en tournant une page pour tomber sur les méthodes de contre-malédiction face à la surexposition du système nerveux à des impulsions magiques.

« Draco, si je peux juste me permettre… Avec le palmarès de Harry depuis qu'il est entré à l'académie, essaye de l'imaginer en combat avec toi sur le terrain. »

Draco releva le menton puis tourna la tête vers sa tante qui le fixait avec une expression désabusée. Il soupira et dut lui concéder ce point.

« Ça m'a l'air d'être la parfaite recette pour un désastre. »

Si Harry avait certainement appris de ses erreurs et avait été bien moins souvent blessé ces dernières années que dans celle suivant la bataille, il restait néanmoins certain qu'avoir Draco à surveiller et à protéger en combat lui ferait oublier tous ses réflexes et sa propre sécurité. Il s'était jeté sur Weasley pour faire barrage de son corps plutôt que de lancer un Protego, bon sang.

« N'est-ce pas. »

« Je ne dis pas que-… Je ne pense pas être un bon candidat de toute façon, mais j'aimerais juste que le Ministère accélère le mouvement pour les protéger. Que ce soit de cette façon ou d'une autre, peu importe, mais… »

« Tu prêches une convaincue. »

« Je sais… » soupira Draco, son cœur se serrant pour Andromeda qui avait déjà perdu son Auror de fille. « Comment est-ce que tu fais ? » demanda-t-il dans un murmure.

Sa tante baissa les yeux sur son roman ouvert sur ses genoux et prit une lente inspiration.

« Absolument rien ne viendra convaincre Harry de lâcher son travail tant qu'il restera des Mangemorts. »

« Mais il y aura toujours des Mangemorts, ou des équivalents ! »

« Et il sera toujours une cible, Auror ou pas. »

Draco la fixa, interdit, l'estomac noué. Il déglutit et détourna le regard pour observer la vapeur s'échapper de son thé. Il n'avait jamais vu les choses sous cet angle-là, mais c'était la triste vérité. Harry ne serait jamais plus en sécurité qu'au milieu de ses collègues Aurors. Il pouvait vendre des glaces chez Fortarôme, être Attrapeur pour les Tornades ou dédicacer sa biographie chez Fleury & Bott qu'il serait plus en danger qu'au Bureau des Aurors.

Non, ce n'était pas tout à fait vrai… Son métier le mettait dans des situations extrêmement dangereuses, plus que ce que d'autres carrières pouvaient faire, et il en avait vu les conséquences à Ste-Mangouste. Mais il restait un symbole, malgré son fort éloignement de la place publique. Si les Mangemorts voulaient envoyer un message, éliminer Harry était le plus sûr moyen de le faire passer.

« Draco, la situation d'aujourd'hui n'est pas plus ou moins grave que ces dernières années… » lança Andromeda avec hésitation, attirant à nouveau son regard vers son visage à moitié éclairé par le feu de cheminée. « Qu'est-ce qui t'inquiète à ce point ? C'est… le bébé, ou… »

Une sueur froide couvrit le dos de Draco qui braqua son regard sur le schéma d'atteinte des connexions au noyau magique pour l'application de la contre-malédiction, et il fixa les points lumineux dans la colonne vertébrale sans les voir.

« Non. » répondit-il par réflexe. « Peut-être. Je n'ai pas envie d'en parler. » admit-il sans réfléchir et d'une voix éraillée en attrapant sa plume posée sur ses parchemins de cours.

« Ne pas parler d'un problème ne le fait pas disparaître. » nota Andy à voix basse.

Draco serra les dents. C'était pourtant ainsi qu'il fonctionnait, enfouissant ses soucis dans des boîtes pleines à craquer au fond de son esprit pour ne plus les voir. Mais peut-être commençaient-elles à déborder. Depuis qu'il avait vu Scorpius dans la Pensine, depuis qu'il avait vu le détachement et la froideur avec laquelle leur père le traitait, toutes les émotions qui étaient venues l'empoisonner à la mort de leur mère avaient refait surface.

Tout cela était de sa faute. Même s'il entendait qu'il n'était pas coupable des choix de ses parents, il se sentait responsable et terriblement inactif pour tirer son frère des griffes de Lucius. A quoi pouvait ressembler sa vie, dans cet immense Manoir, avec pour seule compagnie celle des elfes et de probables précepteurs plus intéressés par son intellect que par son bien-être ? Lucius ne laissait même pas les elfes lui tenir la main. Avait-il été enlacé une seule fois depuis que leur mère était morte ?

Draco pouvait parfaitement imaginer quelle sorte de personne son frère risquait de devenir s'ils n'intervenaient pas. Un sorcier obnubilé par l'obtention de la fierté de Lucius, incapable de penser par lui-même et reproduisant exactement tout ce qu'il avait appris. Il pouvait blâmer sa mère pour son hypocrisie et son progressif désintérêt, dont la source était probablement dans l'instant où ils avaient dû comprendre qu'ils avaient besoin de lui apposer des runes pour le contrôler, mais au moins lui avait-elle offert les bribes d'affection nécessaire pour l'empêcher de devenir le clone de Lucius. Scorpius n'avait même pas cela.

Et le sentiment d'urgence de Draco n'avait fait que croître. Il s'était stupidement persuadé que même si son frère n'était pas heureux, au moins n'était-il pas en danger. Mais il l'était, psychologiquement en tout cas.

Draco n'avait pas seulement troqué sa liberté contre la vie de sa mère. Celle de son frère aussi se jouait. Et ajouter Rowan à cet état d'esprit déjà pénible l'écrasait. Ses rêves le renvoyaient au sommet de la tour d'Astronomie, avec la responsabilité de l'existence de ses parents et de Dumbledore sur les épaules, celle de toute une école remplie d'enfants dans laquelle il venait de lâcher des Mangemorts. Aurait-il tué le Directeur de Poudlard pour Scorpius ? Sans l'ombre d'un doute, malgré le dégoût qui lui tordait le ventre aussi douloureusement que sur la route d'Eridge Green pour découvrir l'endroit où Harry était né. Et dans ses cauchemars, Dumbledore était Rowan, Rowan était Dumbledore, et ça n'avait aucun sens mais leur sang était sur ses mains.

Andromeda avait raison. La situation actuelle n'était, au moins en apparence, ni plus ni moins grave qu'avant. Mais ses bagages déjà lourds semblaient se remplir de plomb, et cet horrible sentiment d'impuissance le prenait à la gorge. Pourrait-il faire la différence en rejoignant la brigade de Médicomages du Département de la Justice Magique ? S'il ne pouvait pas forcer les grilles du Manoir pour récupérer Scorpius sans compromettre sa famille, c'était là le seul moyen pour lui d'avoir l'impression de faire quelque chose. De ne pas rester en sécurité comme un lâche pendant que Harry s'acharnait à résoudre la situation avec le peu d'armes dont il disposait.

« Draco… » émit Andromeda depuis l'autre côté du salon. Il carra à nouveau les épaules avec le regard brouillé, fixé sur son manuel.

« Je n'ai pas envie d'en parler. » répéta-t-il sans verve mais avec intransigeance.

Sa tante soupira discrètement mais n'insista pas.

/

Draco n'avait pas envie de stresser Harry avec ses questions sur l'état d'avancement de ses enquêtes et de la libération de Scorpius, pas lorsqu'il se guérissait de sa propre enfance auprès de Teddy, pas lorsqu'il plaisantait avec leur mère d'adoption après le dîner, et pas lorsqu'il venait s'écrouler dans leur lit avec un soupir de contentement après une nuit et une journée au Ministère. Mais c'était, s'il était honnête, tout ce qu'il avait en tête, même lorsqu'il était enveloppé de son odeur et de sa magie sous leurs draps.

« Comme le dirait Andy, tu es tendu comme un fil à faire sécher les queues d'Eruptif. » murmura Harry dans ses cheveux. Le cœur de Draco se serra avec culpabilité.

« Ça va, c'est juste… »

« Lucius, Scorpius, Rowan… ? » proposa-t-il lorsqu'il laissa un peu trop longtemps sa phrase en suspens.

Draco soupira contre sa gorge puis s'extirpa de ses bras pour s'allonger sur le dos à côté de lui.

« Désolé… » prononça-t-il en direction du plafond. « Ce n'est pas pour t'accabler mais… C'est long. »

« Oui. »

Draco tourna la tête pour croiser son regard soucieux, et son expression peinée lui tordit les entrailles. Il se réinstalla face à lui et caressa sa mâchoire dans la faible luminosité de la lampe de chevet.

« Si tu savais le nombre de plans que j'imagine pour le sortir de là… »

« Je sais. » lui assura Draco. « Et je sais que tu fais de ton mieux. C'est juste… »

« Long. » répéta gravement Harry.

« Oui… »

Draco suivit sa main des yeux dans sa progression sur la courbe de son cou bronzé, son ascension le long de son épaule large puis son chemin sur son biceps caché sous le tissu d'un T-shirt. Derrière les articulations de ses doigts, il pouvait voir le haut de son ancien coffre de Poudlard, celui qui contenait toutes les affaires et tous les cadeaux mis de côté pour Scorpius, et dont le bois sombre luisait légèrement dans la pénombre. De ses initiales gravées au-dessus de la serrure, il ne restait plus que le D.

« Est-ce que tu veux toujours aller à la réserve de Killarney ? » lui demanda soudainement Harry, l'interrompant dans ses caresses d'une fine cicatrice qui dépassait de la manche de son T-shirt.

« Pas vraiment. » grimaça-t-il.

« Moi non plus, mais… Je pense qu'on devrait y aller quand même. »

« Alors qu'on n'en a pas envie tous les deux ? » souffla Draco avec sarcasme.

« Je pense qu'on en a besoin. » murmura Harry, le visage sérieux.

Draco le fixa sans répondre, le cœur serré, persuadé qu'il avait raison mais incapable de l'énoncer à voix haute.

« Et Eridge Green ? » interrogea-t-il après s'être éclairci la gorge. « Tu veux y retourner ? »

« Non. » répondit Harry sans hésitation. « J'ai déjà une famille et une maison. »

Draco s'agrippa à son biceps comme si sa poigne pouvait l'empêcher d'être balayé par les sentiments qui le traversaient à mesure qu'il intégrait sa réponse. C'était tellement typique de sa part de lui lancer des bombes émotionnelles lorsqu'il n'avait nulle part où se cacher pour réagir. C'était tellement Harry de résumer quelque chose d'aussi puissant en une phrase aussi simple et innocente, d'énoncer une vérité brute sans artifice ni timidité.

Cherchant ses propres mots, Draco pinça légèrement les lèvres, déglutit et ramena sa main sur son beau visage pour focaliser son attention sur les courts cheveux noirs qu'il repoussait au-dessus de sa tempe.

Devait-il comprendre qu'il mettait fin à la quête de ses origines ? Devait-il ressentir du bonheur ou de la tristesse pour lui ? Avait-il le droit d'être heureux de le satisfaire, lui, un membre de leur hétéroclite maison et famille ?

Il ne savait pas si Harry avait compris qu'il n'y avait que des fantômes qui l'attendaient sur ce chemin de campagne où ils avaient perdu Rowan, ou s'il se rebellait contre une quête du passé l'empêchant de se focaliser sur l'avenir. Peut-être était-ce tout cela à la fois. Peut-être Teddy, Andy, et lui, étaient-ils finalement tout ce dont il avait besoin, après des années à grappiller le moindre indice d'une vie qui lui avait été arrachée. Peut-être que Rowan avait été le fantôme de trop.

Il n'y avait pas de mots pour répondre à cela, et trop de pierres douloureuses à soulever. Draco se contenta alors de l'embrasser, sentant sa main glisser sur ses côtes puis dans son dos pour l'attirer contre lui. Il revint dans sa chaleur où son odeur d'orage lui chatouillait les sens et où ses cheveux caressaient les doigts qu'il avait enfoui dedans. Harry soupira contre son visage, un souffle de contentement qui l'aida lui-même à relâcher son corps tendu pour épouser la forme du sien.

S'ils avaient réussi à retrouver l'aisance du contact entre eux après Rowan, leur vie sexuelle n'était toujours pas au beau fixe, et Draco n'arrivait pas à refranchir le pas et Harry ne semblait pas lui-même pressé de le faire.

Mais dans ce moment, la perte d'innocence autour d'un acte aussi naturel et simple entre eux n'eut soudainement plus d'importance. C'était juste Harry et son corps qu'il adorait et connaissait par cœur, abîmé puis réparé de l'intérieur comme de l'extérieur, encore et encore. Il n'était pas une toile moldue, statique, immuable, mais un être en constante mutation, sur lequel il pouvait s'appuyer malgré le tissu cicatriciel physique et psychologique mouvant sous ses doigts. Il était juste Draco, plus blessé dans l'âme que dans le corps mais changeant et s'améliorant sans cesse au gré des épreuves. Et s'ils ne pouvaient pas trouver du réconfort l'un avec l'autre, alors à quoi bon ? Ils étaient leur maison et leur famille, aussi improbable cela puisse paraître. Et ils étaient plus forts que ce que la vie mettait sur leur route.

« Tu me manques. » murmura Harry alors que son nez caressait son visage jusqu'à ce que sa bouche atteigne l'angle de sa mâchoire pour l'embrasser.

« Toi aussi. » expira Draco, sa main s'infiltrant sous son T-shirt pour toucher la peau brûlante de ses reins.

Harry retrouva ses lèvres et se redressa pour se positionner au-dessus de lui dans un geste urgent, puis il glissa ses doigts dans ses cheveux avec possessivité, les coudes de part et d'autre de sa tête. Draco referma ses bras dans son dos et leva son menton avec un soupir mêlé d'un rire provoqué par la dizaine de fugaces baisers de Harry qui s'écarta ensuite juste assez pour le laisser voir son regard espiègle.

« Viens par-là. » ordonna Draco avec amusement en pliant un genou sans néanmoins réussir à le passer sous son corps compact.

« Oui ? » interrogea Harry avec une sorte de joie enfantine dans les yeux qui le fit sourire autant qu'elle lui serra le cœur.

« Oui. » affirma-t-il.

Harry ne se fit pas prier pour s'installer entre ses cuisses, et Draco les referma autour de ses hanches avant de capturer sa bouche dans un baiser féroce en le maintenant contre lui. Sa peau se couvrit de chair de poule en sentant la magie affluer sous celle de Harry avant qu'elle ne s'échappe pour tapisser la pièce d'un puissant sort de silence et son nez de son odeur crépitante. Il frissonna violemment entre les mains de Harry et un gémissement discret s'éteignit dans sa gorge. Mais ce fut surtout le contact de son bassin contre le sien qui l'interpella, si familier et pourtant… Son souffle se coupa et les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'il raffermissait la poigne qu'il avait sur lui.

Pourquoi s'était-il privé d'une telle chose aussi longtemps ? C'était si simple et si réconfortant. Ce poids sur lui, cette chaleur autour de lui, ces mains qui le tenaient précieusement, cette bouche qui lui parlait sans prononcer un mot, cette magie qui faisait pression sur sa peau comme tentant de plonger en lui.

Draco souleva le bassin à la rencontre de celui de Harry et sourit dans leur baiser en sentant ses doigts se crisper sur son cuir chevelu et au son de plaisir qui lui échappa. Il répéta son geste, les mains plaquées sur ses omoplates, cherchant le contact de son érection coincée entre eux. Draco quitta sa bouche pour reprendre de l'air et poser ses lèvres le long de sa mâchoire, sur ses joues, son nez, tout ce qu'il pouvait atteindre alors que Harry ondulait doucement au-dessus de lui. Mais ce dernier se redressa soudainement sur ses genoux et se débarrassa précipitamment de son T-shirt et de ses sous-vêtements, et Draco eut à peine le temps de savourer la vue de son corps musclé qu'il lui faisait lever les bras pour le déshabiller sans cérémonie.

Amusé mais compatissant à son empressement, Draco souleva les fesses avec un rire pour l'aider à retirer le reste, mais eut un hoquet de surprise en sentant un sortilège informulé le toucher. Ses testicules se contractèrent en même temps que ses abdominaux se tendaient pour contrôler un frisson, et Draco eut une exclamation excitée lorsque Harry souleva ses genoux pour les ramener vers lui dans une position qui courba son dos et souleva son bassin jusqu'à presque le plier en deux.

« Tiens-moi ça. » lui demanda-t-il avec un demi-sourire enjôleur qui lui donna des papillons dans l'estomac. Draco s'exécuta en attrapant ses propres cuisses, vaguement embarrassé d'être autant exposé mais trop excité pour s'y attarder.

La tête de Harry disparut entre ses jambes. Draco enfonça ses ongles dans l'arrière de ses genoux et étouffa un gémissement en se mordant la lèvre inférieure lorsqu'il sentit une langue tracer une ferme ligne chaude de son anus à son périnée.

« Merlin. » s'étrangla-t-il en fermant les yeux pour savourer les coups de langue et baisers humides de Harry.

« Merlin non ? » interrogea celui-ci avec un rire dans la voix, son souffle sur sa peau mouillée le faisant frissonner de plaisir.

« Merlin si. » corrigea Draco avec un rire avant de gémir à nouveau lorsque les mains qui le soutenaient écartèrent un peu plus ses fesses et que la langue de Harry vint laper son anus avec abandon. « Merlin tous les jours si tu v-veux, hhnng ! » s'exclama-t-il alors que Harry commençait à lentement pénétrer le muscle détendu par ses attentions.

« Il faut être très sage pour ça. » rit légèrement ce dernier, mais Draco n'eut pas le temps de lui dire d'arrêter de parler qu'il plongeait à nouveau sa langue en lui dans un obscène baiser qui le força à transférer le poids de sa jambe gauche sur le creux de son coude pour attraper son érection négligée qui gouttait sur son ventre.

Une vague de chaleur traversa Draco, un brasier qui quittait son entrejambe pour couvrir sa peau d'une fine pellicule de transpiration, et il haleta en levant le menton vers le plafond. Toute pensée avait déserté son esprit et il n'y restait qu'un vide blanc et un tintement dans ses oreilles qui couvrait presque les bruits humides des baisers de Harry et sa propre bruyante respiration.

C'était trop et pas assez. Draco se retrouva en quelques minutes sur la ligne entre frustration et extrême plaisir, et la tentation de se masturber se fit trop grande pour qu'il résiste. Il ne put pas non plus empêcher son bassin de se mettre à bouger malgré la poigne de Harry sur ses fesses, cherchant à prendre sa langue plus loin et à forcer ce pouce qu'il sentait l'écarter légèrement à se rapprocher.

« Harry. Harry- » essaya-t-il de l'arrêter ou de l'encourager, la main serrée à la base de son érection.

Il sembla comprendre son appel et s'écarta de lui, puis ses doigts le quittèrent après avoir reposé ses fesses sur le matelas. Le visage en feu, Draco rouvrit les yeux et inclina le menton à temps pour le voir passer une main devant sa bouche avec ses beaux yeux plissés dans sa direction dans un mélange d'amusement et d'affection. Une fois le sort de nettoyage terminé, il ouvrit les doigts pour réceptionner sa baguette qui s'était extirpée d'elle-même de sous les oreillers, puis s'assit sur ses talons.

« Vas-y. » l'encouragea Draco en relâchant ses jambes pour reposer ses pieds sur le matelas.

Harry posa sa main libre sur l'un de ses tibias et lui embrassa un genou puis, le sérieux atteignant son expression fiévreuse, prononça exceptionnellement à haute voix la suite de sortilèges qui le préparaient à la pénétration.

Malgré l'habituel plaisir à sentir sa magie s'infiltrer en lui, Draco ne put empêcher un mélange d'émotions, tristesse, soulagement, reconnaissance, d'atteindre son visage. Harry lâcha sa baguette à côté d'eux et se pencha à nouveau sur lui avec un étroit sourire. Draco leva les mains pour caresser ses tempes, sa mâchoire, et se força à absorber l'amour et la douleur qu'il pouvait lire dans son regard nu malgré son réflexe de les fuir.

Il suivit des yeux le glissement de ses doigts dans ses mèches épaisses, passa un pouce sur l'éclair blanc sur son front, déposa un baiser sur le bout de son nez droit, sur ses lèvres pleines, et sur son menton. Les bouillonnements d'amour qu'il ressentait sous sa cage thoracique venaient presque éclipser son excitation malgré le poids tangible de l'érection de Harry sur son aine.

« Moi aussi j'ai une maison et une famille. » murmura-t-il, et il oublia de se sentir ridicule grâce à son expression douce et ses mains qui l'étaient tout autant dans ses cheveux.

« Oui. » répondit-il sur le même ton avant de poser son nez à côté du sien pour l'embrasser.

/

Draco descendit doucement les escaliers quelques jours plus tard et entra dans la cuisine pour voir le reflet de Harry dans la fenêtre devant l'évier. Il attrapa le torchon qu'il avait posé sur le dossier d'une chaise avant d'aller coucher Teddy, puis le rejoignit pour terminer la vaisselle.

« Je finis et je monte le voir. » lui dit Harry alors qu'il soulevait une assiette propre sur l'égouttoir pour la sécher.

« Il dort probablement déjà. » lui confia-t-il. « Il arrivait à peine à garder les yeux ouverts. »

« Il est crevé en ce moment, qu'est-ce qui se passe ? » demanda Harry en posant la fourchette propre devant lui avant de passer aux couteaux.

« L'hiver. Le bruit. Dominique. » lista Draco avec un haussement d'épaules. Il posa l'assiette sèche sur le comptoir et en prit une seconde.

« Dominique ? »

« Molly me disait tout à l'heure qu'elle n'arrivait plus à lui faire faire de sieste et qu'elle avait été obligée d'embarquer tout le monde sous la pluie pour qu'elle se calme dans sa poussette. »

« Ça me rappelle quelqu'un… » souffla Harry avec amusement en trempant les couverts dans l'eau claire avant de les déposer sur le côté.

Teddy avait lui aussi beaucoup lutté pour ne pas dormir en journée à une époque, et même Draco, qui avait été le dernier d'entre eux avec la patience nécessaire pour tenter de l'aider à trouver le sommeil, avait fini par baisser les bras.

« J'espère qu'Andy ne va plus trop tarder… » murmura-t-il avec l'œil sur sa montre.

« Tu as si hâte que ça de voir la copine de Michael ? » s'amusa Harry qui s'attaquait au nettoyage d'une poêle.

« Il faut que je voie quel genre de personne arrive à le supporter au quotidien. Et que je lui donne ton Ordre de Merlin. »ironisa Draco.

Corner les avait surpris la veille en les informant qu'il comptait inviter sa petite-amie, dont ils avaient découvert l'existence à ce moment-là, à leur traditionnelle sortie au Bad Gekko précédant les semaines de révision avant les examens. Ils n'avaient pas obtenu plus d'informations, ne connaissaient même pas son prénom, et Draco était incroyablement curieux d'en savoir plus.

« Pfft. » émit Harry dans un rire. « Il n'est pas si affreux. »

« Non, contre toute attente, je l'aime bien. » avoua Draco avec amusement. « Mais il est insupportable. »

« Peut-être qu'elle est pire. »

« Circée. » fit-il avant de ricaner. « J'ai hâte de voir ça. »

Harry rinça la poêle et la lui tendit avant de prendre un verre sur le côté de l'évier pour le laver à son tour.

« Dis, est-ce que tu connais Cepheus Quinn ? » lui demanda-t-il avec hésitation.

Draco fronça les sourcils, surpris par un nom qu'il n'avait pas entendu depuis au moins dix ans.

« Mh, oui, Serpentard, un peu plus vieux que nous. Pourquoi ? »

« C'est tout ce que tu sais ? »

Draco s'adossa au comptoir en essuyant la poêle et tourna la tête vers lui avec un sourcil haussé.

« Il était préfet en chef quand on était en quatrième année. Sang-pur. Héritier des Quinn. Son père a un siège au Magenmagot. »

Quinn avait été un petit préféré de Snape, une épine dans le pied de Draco pendant sa quête pour ridiculiser Harry pendant le tournoi des trois sorciers. A l'époque, il n'avait pas compris pourquoi un tel rabat-joie incapable de fermer les yeux sur les actes de sa propre maison avait été choisi. Maintenant, il était assez mâture pour réaliser que c'était exactement la raison pour laquelle le badge lui avait été confié.

« Hmm… »

« Pourquoi ? » répéta Draco en changeant la poêle de main pour la poser à côté de lui avant de croiser les bras sur sa chemise.

« J'ai appris aujourd'hui qu'il était sorti avec le frère de Katie Bell. » admit Harry qui lui tendait son verre propre.

Draco décroisa les bras pour l'attraper, sa moue surprise se faisant impressionnée alors qu'il baissait les yeux vers ses mains.

« Lequel ? »

« Heu… Aucune idée. Elle en a plusieurs ? » s'étonna-t-il.

« Elle en a trois. »

« Oh, waw. » murmura Harry.

« Tous chez Gryffondor. Tous plus vieux qu'elle. Et tous poursuiveurs. » poursuivit Draco, surpris qu'il ne détienne pas cette information au sujet de sa collègue.

« Ça explique… Bizarrement beaucoup de choses chez Katie. »

« Et comment tu as su pour Quinn ? Bell te l'a dit ? » interrogea-t-il malgré son malaise à parler de la sorcière qu'il avait envoyée six mois à Ste-Mangouste. Il se surprit à s'inquiéter pour Cepheus, dont la situation d'héritier d'une famille de sang-purs lui était tristement familière. Il risquait gros, si une telle rumeur s'ébruitait.

« Non. C'est lui qui m'en a parlé. » répondit Harry avec les yeux baissés vers le verre qu'il frottait.

« Quinn ? » lâcha Draco avec surprise. « Et dans quel contexte est-ce qu'il t'a parlé d'une telle chose ? » demanda-t-il avec suspicion.

« Il est Langue-de-Plomb. Il travaille parfois avec nous. Et je lui ai demandé pourquoi Katie était aussi froide avec lui. »

« Il en a des choses à dire pour un Langue-de-Plomb… » marmonna Draco en acceptant le troisième verre.

Harry eut un rire surpris et tourna un regard amusé dans sa direction, les poignets posés sur le bord de l'évier.

« Jaloux mon chéri ? »

Draco roula des yeux malgré son petit sourire et se décolla du comptoir pour ranger les assiettes sèches dans leur placard.

« Est-ce que tu réalises que c'est la première fois que tes collègues vont nous voir… ensemble ensemble ? » interrogea Harry d'un ton léger.

Draco referma la porte du placard, les épaules tendues. Ce soir marquait la fin de ses cours du semestre et le début d'une intense période de révisions avant ses examens de mi-année. Harry ne l'avait jamais accompagné à sa traditionnelle sortie marquant le passage entre ces deux périodes, mais maintenant que tout le monde était au courant de leur relation, il ne voyait pas tellement de raison de s'en priver. D'autant que la quasi-totalité des participants étaient des amis et anciens membres de l'Armée de Dumbledore.

« Ça te dérange ? »

« Non. » rit Harry avec surprise. « Crétin. » pouffa-t-il.

Draco lui donna un léger coup de torchon sur la hanche avec amusement, mais il l'ignora en reprenant.

« Ça me fait plaisir, plutôt. Je t'aurais bien proposé la pareille avec mes collègues si les horaires du Département nous permettaient d'aller boire un verre ensemble, mais… » ajouta-t-il avec un petit soupir.

« Londubat sera là. » l'informa Draco en prenant la poêle sur le comptoir pour aller l'accrocher près de la gazinière

« Terry aussi, m'a-t-il dit. »

« Oh. Est-ce qu'il en sait plus sur la copine de Michael ? » demanda-t-il avec curiosité.

« Probablement. Mais on n'en a pas discuté. Je ne savais pas qu'il en avait une avant que tu m'en parles. »

« Hmm… » émit Draco, déçu.

« Patience. » s'amusa Harry en levant les yeux vers leurs reflets dans la vitre.

« Trente minutes. » déclara-t-il après avoir une nouvelle fois consulté sa montre. « Ça te laisse le temps de te coiffer et de retirer l'ordre de Merlin sur ta robe. » plaisanta-t-il et il tira comme toujours satisfaction de l'entendre rire.

/

Draco noua son écharpe autour de son cou et regarda Harry vérifier les poches de son manteau pour s'assurer qu'il avait bien baguette, badge du Ministère et potion de dégrisement sur sa personne avant de partir.

« Prêt ? » lui demanda-t-il en relevant le col de son caban sur sa gorge. Harry hocha la tête. « A demain Andy. » dirigea-t-il alors vers le salon.

« A demain les garçons, bonne soirée ! » leur souhaita-t-elle.

Ils sortirent de la maison dans l'obscurité et le froid humide de cette fin novembre et longèrent le chemin dans le crissement du gravier sous leurs pieds. Draco atteignit le portail et leva une main pour toucher les feuilles dentelées du sorbier aux oiseaux, puis il inspira profondément l'air glacé pour tenter de contrer la désagréable oppression dans sa cage thoracique. A côté de lui, Harry effleura sa taille en ouvrant la barrière et ils sortirent des protections de la maison en silence.

« Tu m'emmènes ? » proposa Harry, arrêté dans la pénombre du chemin de campagne qui bordait la petite propriété.

« Le transport n'est pas gratuit. » sourit Draco, espiègle.

Harry rit légèrement et l'attira à lui pour l'embrasser, son souffle venant réchauffer son visage assailli par le froid. Ses lèvres étaient tièdes, douces et fermes contre les siennes, et la lente caresse de sa langue lui fit lever les mains pour glisser ses doigts dans ses cheveux froids et soyeux, tenir son visage contre le sien et approfondir le baiser. Harry eut un murmure de contentement et resserra ses bras autour de lui pour répondre avec un enthousiasme croissant à l'exploration de sa bouche.

Comme souvent entre eux, les flammes s'attisèrent très vite et Draco se força à rompre le baiser sous peine d'arriver au bar avec une gênante érection.

« Tu peux garder la monnaie. » murmura Harry contre ses lèvres, le faisant pouffer et s'écarter un peu.

« Ta générosité te perdra. » ironisa Draco avant de tirer sa baguette de sa manche et de le transporter à travers l'espace.

Ils s'écartèrent l'un de l'autre une fois leurs pieds posés sur les pavés inégaux de la ruelle et leur chaleur commune fut remplacée par la mordante bruine des abords de la Tamise, près de laquelle le Bad Gekko se trouvait. Draco carra les épaules pour contenir un frisson.

Le petit bar sorcier, repère de Médicomages, était accessible par le fond obscur de l'allée pavée. A la manière d'une entrée de Salle Commune à Poudlard, on ne pouvait y pénétrer qu'en traçant la rune de la vie sous un petit écriteau rouillé et à peine lisible qui était vissé sur les briques. La peinture écaillée laissait difficilement deviner le nom du bar, et son logo, un lézard debout sur ses pattes arrières et tenant deux baguettes dressées dans les autres, avait à moitié disparu.

Les briques s'effacèrent, remplacées par un épais rideau de la même couleur, que Draco repoussa d'une main pour permettre à Harry d'entrer avant lui. Il le suivit et avisa la pièce aux lumières rouges et jaunes et à l'élégant mobilier de bois sculpté. Le bar était sur sa droite, un meuble massif derrière lequel se tenait un sorcier discutant avec des clients assis sur des tabourets. Et derrière le barman se trouvait une quantité impressionnante de bouteilles hétéroclites qui étaient illuminées par derrière et projetaient une lumière de la couleur de ce qu'elles contenaient.

Les tables étaient espacées mais déjà presque toutes occupées, posées sur d'imposants tapis persans qui couvraient un parquet ancien. Les murs de briques et de linteaux en bois étaient décorés de lézards de métal de différentes formes et tailles, et une lourde tapisserie sorcière sur le mur du fond représentait un gekko armé de deux baguettes se défendant contre une armée de ce qui semblait être des rats.

La bataille était grotesque mais le style de la tapisserie était grandiose et élégant, faisant presque oublier l'absurdité de la scène.

« Une Bièrobeurre ? » lui demanda Harry.

« Oui s'il-te-plaît. » acquiesça-t-il en le regardant se diriger vers le bar, avant de scanner les clients du regard jusqu'à trouver Hannah, Londubat et Lazare attablés au fond à gauche. Il les rejoignit au son du murmure du nom de Harry sur son passage entre les tables.

Il fut chaleureusement salué en s'installant dos au mur, et lorsque Harry le rejoignit en déposant une bouteille devant lui, la discussion s'engagea facilement sur des spéculations au sujet de la petite-amie de Michael. Mais malgré leur débordante imagination, ce fut une jeune femme d'apparence tout à fait normale qui entra dans le bar en même temps que Corner et Boot. Ce dernier attrapa son meilleur ami par l'épaule et l'entraîna jusqu'à leur table d'un pas gai.

« Tadam ! C'était moi la petite-amie, surprise ! » tonna-t-il alors que Michael essayait de s'extraire de sa poigne. C'était peine perdue. Face à un Auror aussi entraîné, Corner paraissait très frêle.

« Qu'est-ce que tu- » commença ce dernier avant de s'interrompre de lui-même pour plaquer sa main en plein sur le visage de Boot qui semblait tenter de l'embrasser. « Merlin ! Dégage ! » s'exclama-t-il avec outrage alors que Terry éclatait de rire derrière ses doigts. « Ah mais tu me baves dessus, saloperie ! » dit-il en retirant sa main sous les rires de toute la table.

Michael s'essuya exagérément sur le manteau d'Auror qui n'eut pas l'air d'y accorder une quelconque importance, puis put enfin présenter sa vraie petite-amie alors que son meilleur ami partait chercher à boire d'un pas guilleret.

« Aliyah Porter. Aliyah… Tout le monde. » présenta-t-il brièvement, déjà fatigué à l'idée de devoir lancer un tour de table.

La jeune femme, qui devait avoir dans les vingt-cinq ans, leur sourit largement et les salua, ses yeux sombres et bridés brillant d'humour et de curiosité. Elle s'installa entre Lazare et Michael alors que les autres occupants de la table se présentaient, et l'absence de reconnaissance dans le regard qu'elle posa sur Harry en attendant qu'il lui énonce son nom lui mit immédiatement la puce à l'oreille.

« Heu. Harry. Potter. » énonça-t-il, comme surpris de devoir le faire.

« Draco. » se présenta-t-il à son tour avant de légèrement se pencher au-dessus de sa bouteille. « Aliyah, est-ce que tu ne serais pas la fameuse voisine qui laissait traîner son vélo dans le couloir ? »

« Heu, si. » dit-elle avec un mélange de gêne et d'amusement. A côté d'elle, Michael s'empourpra légèrement.

« Tu es moldue ! » s'exclama Hannah en levant ses mains vers sa bouche, les yeux ronds de surprise.

« Sérieusement, déjà ? » gémit Aliyah malgré son apparente bonne humeur. « Comment vous l'avez su ? J'espérais réussir à faire illusion au moins dix minutes ! » rit-elle.

« Et bien tu ne t'es pas jetée sous la table pour embrasser les pieds de Potter. » railla Michael, faisant s'écarquiller les yeux de sa petite-amie et grimacer Harry. « Et tu n'as pas non plus hurlé d'horreur en entendant le nom de Tonks. »

Draco eut un souffle amusé.

« Et lequel est Tonks ? » interrogea Aliyah.

Draco leva une main pour attirer son attention et souleva sa Bièrobeurre avec l'autre pour en boire une gorgée.

« Okay, donc… Hannah, Lazare, et… Tonks. » résuma-t-elle en désignant tour à tour les trois camarades de classe de Michael.

« Oui, je n'ai pas le droit à un prénom. » plaisanta Draco, sa bouteille à nouveau posée devant lui.

« Tu peux changer de nom de famille autant de fois que tu veux, tu ne m'auras jamais. Je vois clair dans ton jeu. » rétorqua Michael avec humour, les faisant tous rire.

Boot revint à table avec trois verres en lévitation devant lui et s'assit de l'autre côté de son meilleur ami. Après un toast pour célébrer la fin des cours des quatre élèves de Ste-Mangouste et le début d'un marathon de révisions, la discussion se tourna naturellement vers Aliyah, qui répondit avec amusement à la curiosité de Hannah. Ils apprirent que son petit-frère était un sorcier, ce qui expliquait sa connaissance de la magie et la facilité avec laquelle elle avait découvert que son voisin du dessus était un sorcier.

« J'ai cru que c'était un vampire, au début. » avoua-t-elle avec un sourire affectueux en direction de Michael, qui étrécit les yeux malgré la légère coloration de ses pommettes. « Puis un jour je l'ai entendu menacer de transformer quelqu'un en fouine. »

« C'était moi. » acquiesça Terry avec une fausse expression triste pendant que Draco s'étouffait avec sa Bièrobeurre. Riant discrètement, Harry posa sa main sur sa cuisse.

« Ça n'a rien de drôle, c'était traumatisant. » chuchota-t-il, mais il peina néanmoins à masquer son propre amusement.

« C'était très drôle et tu étais un sale petit con. » rétorqua-t-il, les doigts légèrement serrés sur sa jambe comme pour adoucir son propos.

« Connard. Je vais te transformer en fouine, tu vas voir si c'est marrant. » ajouta Draco en masquant son rire derrière sa bouteille.

« Pas de messes basses graveleuses, vous deux. » intervint Michael.

« Oui, vous pouvez les faire à haute-voix, ça ne me dérange pas. » sourit largement Hannah.

/

Infiniment curieux, Draco bombarda Aliyah de questions sur sa relation avec Michael avec la participation de Lazare. A côté de lui, Harry s'était engagé dans une discussion avec Terry et Hannah, quand ils apprirent soudainement que Boot sortait avec Padma Patil depuis quelques semaines.

Harry lui envoya un regard trahi.

« Tu m'avais dit que tu me préviendrais quand tu rencontrerais la future Madame Boot ! »

« Deux secondes, d-deux secondes ! » se défendit son collègue en levant les mains. « Ça fait trois semaines, et on n'a eu le temps de se voir que quatre fois ! »

« Et la connaissant, c'est toi qui vas devenir Monsieur Patil. » commenta doucement Michael. A côté de Draco, Lazare pouffa bizarrement avant de toussoter pour masquer son rire.

Terry tourna brutalement la tête vers son meilleur ami, ses yeux bleus grand ouverts et les sourcils haussés, avant de sembler réfléchir et de hausser les épaules.

« Peut-être. Et alors ? Ne sois pas sexiste Michael. » dit-il avec un sourire moqueur.

« Ouais, ne sois pas sexiste Michael. » répéta Hannah d'un ton faussement mauvais.

L'ancien Serdaigle leva les yeux au ciel avec un souffle amusé.

« Et donc, comment c'est arrivé ? » demanda Harry avec curiosité.

« Et bien tu vois Harry, quand un homme et une femme s'aiment- » commença Terry, faisant éclater de rire ses voisins et le faisant s'empourprer malgré son amusement.

L'autre Auror reprit son sérieux et leur relata, avec un peu d'embarras et quelques bégaiements restants de ses séquelles dues au Maléfice de Mort Lente, sa rencontre fortuite avec Padma sur le Chemin de Traverse, et les échanges par hibou qui avaient suivi avant qu'ils ne s'admettent l'un à l'autre leur intérêt. C'était une histoire tellement simple et innocente que Draco en fut étrangement ému.

« Adorable. » conclut Michael avec une lueur narquoise dans ses yeux sombres. « Vous savez qu'elle corrige ses fautes d'orthographe dans ses réponses ? »

Tout le monde pouffa de surprise, y compris Terry malgré le léger coup qu'il donna dans le bras de son meilleur ami.

« Je ne fais pas de fautes ! » protesta-t-il sans réussir à convaincre qui que ce soit.

« Draco corrige mes fautes aussi, en cours. » soupira théâtralement Hannah. « Je compatis. »

Les regards amusés se tournèrent vers Draco qui se tendit brièvement en recevant soudainement leur attention.

« Ça me stresse. » se justifia-t-il avec un rire crispé.

« C'est de la prise de notes ! » s'exclama Hannah.

« C'est de la prise de notes bourrée de fautes. » contra Draco.

Elle leva un majeur dans sa direction, son regard mauvais trahi par son sourire.

« Ne t'inquiète pas, c'est bientôt terminé. » la rassura Neville avec un rire et une caresse sur le bras de sa petite-amie.

« Oui… » souffla-t-elle. « Merlin que c'était long… »

« Tu regrettes d'avoir continué ? » demanda Lazare.

Hannah était entrée à Ste-Mangouste dans l'optique de devenir infirmière, et elle avait réussi les épreuves qui lui auraient permis de le faire à la fin de sa deuxième année, mais elle avait finalement décidé de poursuivre ses études pour trois ans supplémentaires.

« Non. C'était dur… C'est toujours dur, mais on en voit enfin le bout, et je suis contente. Je pense que j'essayerai un jour de travailler à Poudlard, quand Madame Pomfrey voudra prendre sa retraite, mais en attendant je pense que je vais aimer être Médicomage. »

« Pure folie. » commenta Michael.

« Tu es trop fainéant pour être Guérisseur de toute façon. » fit remarquer Lazare avec un sourire en coin.

« Tout à fait. » approuva Michael sans aucune honte. « Je me demande comment tu fais, du coup. »

« Mon excellente mémoire. » expliqua Lazare avec un rire, ne semblant pas prendre ombrage de s'être repris sa critique dans la figure.

« Ah oui, il fallait choisir entre ça ou une grosse bite, ai-je entendu dire. » fit Corner avec un hochement de tête entendu.

Un ange passa avant que la plupart d'entre eux n'éclate de rire, Boot finissant avec une main devant le visage pour retenir la bière qui lui sortait du nez et Aliyah la bouche cachée derrière ses doigts alors que ses épaules étaient secouées par son hilarité.

Draco avait un peu honte de trouver ça drôle lui-aussi, mais il n'arriva néanmoins pas à masquer son ricanement et s'attira un regard mi-surpris mi-amusé de Harry qui se tourna ensuite vers Hannah.

« C'est le genre d'humour que tu subis depuis quatre ans et demi ? » demanda-t-il avec amusement alors que l'apprentie Médicomage essuyait une larme imaginaire.

« Oui. J'avoue tout, c'est pour ça que je suis restée. » plaisanta-t-elle sous une nouvelle salve de rires.

« Tu t'es bien gardé de partager ça. » fit-il remarquer à Draco qui retira vivement la mousse de Bièrobeurre qu'il avait sur la lèvre supérieure en passant sa langue dessus.

« Désolé. » dit-il platement. « Une fois que je rentre à la maison, je ne me souviens de rien. Moi aussi j'ai choisi la grosse bite. »

« Merlin. » émit Harry, d'abord atterré avant de partager l'hilarité de la table.

/

« Je l'imagine bien grincer des dents dans son sommeil. » réfléchit Lazare à côté de Draco qui ricana.

« Moi je l'imagine plus marmonner potion, potion, interactions, touiller cinq fois dans le sens horaire puis deux fois en anti-horaire. » réagit-il sous le rire d'Aliyah.

« Vous passez beaucoup de temps à l'imaginer dormir ? » se moqua-t-elle. « Je ne saurais pas vous dire, je n'entends rien sortir de son cercueil. » ajouta-t-elle avec une mine sournoise.

Draco s'esclaffa en même temps que Lazare, surpris par son trait d'humour qui lui fit réaliser qu'elle et Michael s'étaient bien trouvés. Il leva les yeux à la recherche de Harry, et le vit se rapprocher de la table avec leurs secondes boissons en main, le regard braqué sur lui. Il n'eut pas le temps de s'inquiéter de sa mine sombre qu'il le vit lui sourire légèrement.

« Bouge. » intima-t-il à Lazare en lui donnant un petit coup d'épaule pour qu'il se décale.

Son camarade s'exécuta non sans un soupir, ce qui le rapprocha de Hannah qui riait avec Terry, leurs cheveux blonds flamboyant dans la lumière rouge. Draco se décala à son tour et Harry s'installa à côté de lui et proche d'Aliyah, puis déposa sa Bièrobeurre devant lui. Ils trinquèrent rapidement alors que la conversation reprenait.

Aliyah et Michael étaient toujours assis côte à côte, mais ce dernier, malgré son visage légèrement rougi par l'alcool, semblait en profonde discussion avec Neville. Compte tenu de l'expression de l'ancien Gryffondor, Draco était prêt à parier qu'ils parlaient de plantes. Et connaissant le goût de Hannah pour les potins, il était persuadé qu'elle tentait de tirer le maximum d'informations de l'Auror sur sa relation avec Patil.

« Et il oublie tout le temps de manger, c'est à se demander comment il a survécu jusqu'ici. » souffla Aliyah avec un regard indulgent en direction de Michael, qui l'ignora complètement au profit de sa propre conversation.

« Je le comprends. Si je n'avais pas mes elfes pour me nourrir, je serais probablement mort de faim à mon bureau. » répondit Lazare.

« Oh, tu as des elfes ? Mon frère m'a parlé d'eux ! J'aimerais bien en voir un, même s'il m'a dit qu'ils faisaient peur. »

« Peur ? » rirent Lazare et Draco en même temps avant de se tourner l'un vers l'autre avec un ricanement. Les doigts de Harry se crispèrent légèrement sur son genou et Draco posa machinalement sa main sur la sienne avant de reprendre une gorgée de Bièrobeurre.

« J'en ai deux. Soi-disant pour la cuisine et le ménage, mais en réalité ce sont surtout les espions de mes parents. » répondit son collègue. « Mais je les aime bien. Ils se chamaillent beaucoup, on dirait un duo comique moldu. »

« Tu regardes la télé ? » s'étonna Aliyah. « Je croyais que les sorciers ne regardaient pas la télé. »

« Peut-être les britanniques, mais les continentaux sont un peu moins frileux autour de la technologie moldue. A tort ou à raison. »

« Notre côté insulaire, sans doute. » commenta Draco.

« Une île sorcière sur l'île moldue. » approuva Lazare en reposant son étrange cocktail. « J'aime bien la télé. J'ai appris l'anglais en regardant Docteur Who. »

« C'est pour ça que tu as voulu devenir Médicomage ? » demanda Draco.

« Heu, Docteur Who n'est pas tout à fait un médecin. » rit Aliyah avant de se lancer avec Lazare dans une explication sur la série qui laissa Draco et Harry complètement perplexes. « J'en conclus que vous n'avez pas la télé. »

« Non. Pas d'elfes non plus. » fit Draco. « Ce sont Harry et ma tante qui me nourrissent. Moi aussi je serais sans doute mort de faim sans eux. » rit-il.

« Tu te nourrirais probablement juste de chocolat. » réagit Harry. Draco eut un bref rire surpris.

« Ça fait longtemps que vous êtes ensemble ? » lui demanda Aliyah avec curiosité.

« Bientôt quatre ans. » répondit-il avant de se tourner avec étonnement dans la direction de Lazare qui semblait être en train de s'étouffer.

« Quatre ans ? » toussa-t-il dans sa serviette alors que les autres convives se tournaient vers eux.

« De quoi quatre ans ? » demanda Michael avec la voix traînante et le regard voilé de celui qui a un peu trop bu.

« Ça fait quatre ans qu'ils sont ensemble. » répéta Lazare en pointant Draco du pouce.

« Heu… » hésita Harry alors que Neville et Hannah, au courant depuis quasiment le début, se mettaient à rire sous cape.

Le regard de Michael passa de lui à Draco sans changer d'expression avant que ses sourcils noirs ne se haussent avec un instant de retard.

« Dont trois longues années à ne pas pouvoir p-partager ce scoop ! » s'exclama Boot avec amusement. « C'était interminable ! »

« Whoa ! » émit bizarrement Michael en se tournant vers son meilleur ami. « Tu étais au courant ? »

Terry haussa plusieurs fois les sourcils avec une expression espiègle. Michael se renfrogna.

« Connard. Qu'est-ce que tu me caches d'autre ? » grommela-t-il.

Boot pouffa de rire et se pencha vers lui pour lui attraper la main avec un sourire aguicheur.

« Rien d'autre mon chéri, promis. »

« Par les burnes de Merlin. » rit Corner en s'arrachant à sa poigne dans un geste qui faillit lui faire renverser sa pinte de bière.

« Je suis surprise que tu aies tenu si longtemps. » gloussa Hannah.

« Comment ça ? Je sais garder un secret. » prononça Terry avec une factice expression trahie.

« Même à Michael ? »

« Surtout à Michael. » rigola-t-il.

« Je ne t'aime plus. » décida Corner en levant le menton. « Je demande le divorce. »

« Ohhh ! » émit Terry avant de pousser sa lèvre inférieure vers l'avant dans une expression boudeuse qui les fit rire un peu plus. Il se tourna alors vers Aliyah et haussa les épaules. « Bon, je te le laisse alors. »

« Oh mais c'est trop de boulot pour moi toute seule. » rit-elle en attrapant le bras de Michael qui lui envoya un faux regard courroucé.

La main de Harry se tourna sur la cuisse de Draco et il lia leurs doigts en dirigeant un sourire dans sa direction pendant que Michael, Terry et Aliyah attiraient l'attention du reste de la table.

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Décembre 2003

Ils avaient probablement choisi la pire époque de l'année pour se rendre à la réserve de dragons de Killarney, mais le temps glacial avait le mérite de faire d'eux les seuls visiteurs du gigantesque parc d'Irlande.

Le nez enfoncé dans son écharpe, Draco écouta patiemment les instructions d'une soigneuse qui, d'abord éberluée de les voir arriver à la guérite d'accueil de la réserve, s'était lancée dans un discours passionné sur les origines de la création de la zone de protection avant de leur donner une foule de recommandations. Les yeux baissés sur le balai qui leur avait été fourni en le tournant dans ses mains gantées, Harry avait complètement décroché. Les années ne semblaient pas l'avoir rendu plus réceptif aux avertissements.

Draco pinça les lèvres pour ne pas rire en le voyant fixer l'arrière du balai puis le soupeser discrètement avec une expression sceptique, avant de réaliser qu'il avait lui-même perdu le fil des explications.

« Vous avez des questions ? » leur demanda la sorcière.

« Est-ce qu'on peut utiliser nos propres balais ? » interrogea immédiatement Harry, et les yeux qu'il avait relevés vers elle se plissèrent derrière ses lunettes à cause d'un glacial coup de vent qui fit frémir Draco.

« S'ils n'ont pas été modifiés après leur achat et qu'ils ont été fabriqués après 1989, oui. » répondit la soigneuse, la tête légèrement inclinée par la surprise.

« Parfait. Je reviens. » déclara-t-il avant de lui tendre le balai prêté par la réserve. Elle l'accepta maladroitement et Harry disparut dans un craquement qui chatouilla le nez de Draco.

La sorcière se tourna vers lui avec une expression vaguement gênée.

« Pourquoi après 1989 ? » questionna-t-il avec curiosité.

« Oh, erm… Les bois n'étaient pas aussi bien traités contre les flammes. » expliqua-t-elle, la main sur son bonnet pour le réajuster. Ses doigts étaient couverts de cicatrices de vieilles brûlures. « Pas que vous risquiez quoique ce soit si vous restez à l'extérieur des dômes… Vous, erm… Vous comptez rester combien de temps ? »

« J'ai lu qu'on pouvait facilement faire le tour en deux jours. »

« Oui, c'est idéal. Mais vous souhaitiez rester sur place pour la nuit ? »

« Heu… Oui. » hésita-t-il. « Sauf si ça pose un problème. »

« Non, non ! » assura-t-elle en agitant légèrement le balai rendu par Harry devant elle. « Tous les cottages sont disponibles. »

« Celui là-haut aussi ? » interrogea-t-il, le doigt pointé vers une ronde maison de bois qui dépassait des arbres à plusieurs kilomètres de là. Le soleil se couchait tôt et ils allaient devoir rapidement rentrer de leurs observations des dragons de la réserve s'ils voulaient profiter de la vue.

Draco avait quelques scrupules à demander ce qui devait s'avérer être le logement le plus cher des lieux mais… Harry avait raison. Ils avaient besoin de se sortir un peu la tête de leur quotidien, et ce n'était pas une nuit à Killarney qui allait les ruiner. Même si c'était un peu hypocrite de sa part, considérant qu'il ne participait en rien aux dépenses de leur famille pour le moment.

« Oui, il est disponible aussi. » sourit-elle.

Harry apparut si soudainement à côté de lui que son cœur rata un battement. Il lui donna son balai qu'il troqua contre celui de la réserve.

« Tiens. » lui dit-il avec un sourire en lui tendant ensuite un morceau de parchemin, et Draco coinça son comète 310 sous son bras pour le déplier avec perplexité.

Alors que Harry échangeait avec la soigneuse, penché sur la carte de la réserve où les enclos dotés de dômes magiques étaient indiqués, il s'esclaffa en voyant un dessin de Teddy qui le représentait en train de cracher du feu dans la direction d'un dragon.

Ça avait été dur de partir sans lui, d'autant qu'il lui avait transmis sa fascination pour ces créatures, et son cœur se serra un peu avec culpabilité en repliant le parchemin pour le ranger dans la poche intérieure de son manteau. Il se rapprocha de Harry et de la soigneuse pour étudier la carte, mais si le terrain était aussi bien balisé et sécurisé qu'elle l'avait suggéré, ils ne risquaient rien.

« Si toutes les mesures échouaient par un mystérieux hasard et que vous vous retrouviez face à un dragon, ce qui n'arrivera pas, n'essayez pas de le distancer, vous n'y arriveriez pas, même avec le meilleur balai du monde. »

Draco vit Harry tiquer et se retint à nouveau de rire. L'envie de lui faire remarquer qu'il avait fait exactement ça avec un gros œuf sous le bras à quinze ans ne devait pas lui manquer, mais il admit que le conseil était valable pour la quasi-totalité des visiteurs de la réserve, y compris pour lui-même. Il doutait que les quelques tours de jardin qu'il faisait mensuellement étaient un entraînement suffisant pour fuir un dragon. Merlin que voler, vraiment voler, lui manquait… Il avait aussi hâte d'enfourcher son balai que de voir de vrais dragons pour la première fois depuis leur quatrième année à Poudlard.

« Votre meilleure chance consiste à transplaner ici le plus rapidement possible. » poursuivit la soigneuse. « L'effondrement de la moindre barrière lance une alerte dans tout le domaine, donc de l'aide arrivera de toute façon très vite dans le cas très improbable où ça arriverait. Mais nous n'avons eu aucun incident impliquant des visiteurs depuis 1990. » tenta-t-elle de les rassurer, bien que Draco ne soit absolument pas inquiet et plutôt très excité de commencer la visite.

« Et pour les dragons qu'on peut approcher ? » interrogea Harry.

« Ça sera à l'appréciation des soigneurs que vous trouverez sur place, car ça dépendra de l'humeur de nos résidents. Ils sont plus tranquilles en hiver, vous devriez être autorisés à entrer dans la plupart des enclos, mais je laisse mes collègues – à chaque balise rouge – vous en informer. »

Harry hocha pensivement la tête puis la tourna vers lui avec un air interrogateur, semblant lui demander silencieusement s'il avait des questions.

« On peut y aller. » assura-t-il, tenté de trépigner comme Teddy devant une nouvelle boîte de crayons de couleur.

« Erm, Monsieur M-…M- »

« Tonks. » corrigea-t-il.

« Pardon. » grimaça la soigneuse. « Monsieur Tonks disait que vous souhaitiez passer une nuit dans le parc ? Désolée, je ne veux rien présumer, mais erm, est-ce que je fais préparer un ou… deux lits ? » Demanda-t-elle, absolument mortifiée.

Harry se raidit légèrement en repliant la carte de la réserve alors que Draco s'éclaircissait la gorge pour masquer son rire mi-amusé mi-gêné.

« Un seul. » répondit Harry avec plus d'aplomb que ce que le rougissement de ses oreilles derrière les mèches folles de ses cheveux noirs ne suggérait.

La soigneuse hocha rapidement la tête puis leur offrit un sourire légèrement tordu.

« Je suppose que vous n'avez pas besoin d'instructions pour l'utilisation de vos balais ? »

« Non. » affirmèrent-ils de concert, et son sourire se détendit.

« Très bien, alors vous pouvez commencer la visite. N'hésitez pas à revenir ici si vous avez des questions ou besoin d'aide pendant votre excursion. »

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Draco ne comprit pas pourquoi la réserve était déserte à cette période de l'année. Le paysage était fabuleux, un mélange de forêts et de landes enneigées, de collines rocailleuses où d'énormes rochers noirs émergeaient d'un tapis de neige, et au loin, des falaises tombant à pic sur l'océan. Mais il faisait certes glacial et il ne regrettait pas d'avoir pris ses lunettes de protection pour isoler ses yeux du vent qui n'aurait pas manqué de les faire larmoyer.

Malgré les énormes dômes magiques qui séparaient les espèces les unes des autres et empêchaient les visiteurs de pénétrer par accident dans le territoire d'une des créatures les plus terrifiantes du monde, voler était aisé et si plaisant dans un tel spectacle. Se courser de balise en balise était trop tentant pour qu'ils résistent, et c'était presque avec regret qu'ils mettaient le pied à terre à la rencontre des différents soigneurs et de leurs protégés.

« Prochaine sortie, la zone magique de Cairngorms. » décida Harry alors qu'ils marchaient en direction du pied de l'immense drapeau rouge à partir duquel ils pourraient aller voir le territoire des Pansedefers Ukrainiens.

Draco sourit légèrement. Cairngorms était une gigantesque zone de l'ouest d'Aberdeen en Ecosse, équipée de puissants repousse-moldus pour protéger la faune et la flore magique et qui n'était visitable qu'à dos de balais. C'était le plus large endroit de Grande-Bretagne où le vol était autorisé, et il s'y était rendu pendant son adolescence mais n'en avait pas compris l'intérêt. Le parc du Manoir était assez grand, aussi large que plusieurs terrains de Quidditch, pour qu'il puisse s'entraîner sans prendre en plus le risque de se faire courser par un hippogriffe. Il en voyait certainement l'attrait à présent.

Mais ce n'était néanmoins pas là qu'il avait envie d'aller au plus vite.

« Prochaine sortie, on revient ici avec Teddy et Scorpius. » osa-t-il exceptionnellement énoncer.

Le pas de Harry ralentit très légèrement, assez pour que Draco le dépasse, mais il corrigea son rythme, changea son balai de main et passa son bras dans son dos pour lui attraper la hanche opposée avant qu'il n'ait le temps de regretter ses propos.

« Ok. » acquiesça-t-il simplement. La neige craquait sous leurs pieds et leur souffle dispersait sa vapeur blanche devant eux alors qu'ils approchaient du drapeau planté entre les sapins. « Mais… Les enfants ne sont pas autorisés dans le parc avant leurs cinq ans. » fit-il remarquer.

Draco déglutit, l'émotion de le savoir espérer récupérer Scorpius avant ses cinq ans lui serrant la gorge.

« Hmm, tu as raison. » Admit-il d'une voix légèrement éraillée. « Un match de Quidditch ? » Proposa-t-il alors.

« Excellente idée. » réagit Harry avec un sourire. Il serra ses doigts gantés sur sa taille et se pencha pour lui embrasser la joue.

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Assis en tailleur sur le canapé du balcon du plus haut cottage de la réserve, Draco sourit légèrement en voyant deux Opaloeils des Antipodes tournoyer l'un autour de l'autre dans le soleil couchant. Le ciel orange était exceptionnellement dégagé et les dragons ainsi à contre-jour avaient perdu leurs beaux reflets nacrés, mais leurs formes sombres et souples qui s'agitaient dans un ballet vertigineux étaient un superbe spectacle.

Harry s'écroula plus qu'il ne s'assit à côté de lui, mais il réussit néanmoins à ne pas renverser la pinte de bière dans sa main droite et le mug de thé qu'il lui tendait de l'autre.

« A ton avant-dernière session d'examens réussie. » trinqua-t-il en cognant son verre contre sa tasse avant de boire une grande gorgée.

« De la bière à seize heures ? » ricana Draco, les yeux sur son thé. Clair et à l'odeur sucrée, comme il l'aimait. Celui que sa tante préparait était toujours trop fort.

« Je suis en vacances. » argumenta Harry avec un haussement d'épaules. Il plia ses jambes et attrapa ses chevilles de sa main libre en s'enfonçant dans le canapé avec un soupir de contentement. « J'en avais besoin. »

« Oui ? » l'encouragea-t-il à poursuivre, absolument pas surpris par cette déclaration. Il n'avait quasiment pas eu de jour de repos depuis le mois d'août.

« Hmm… » se borna néanmoins à émettre Harry en guise de réponse, son épaule appuyée contre la sienne. « Qu'est-ce qu'ils font ? » Demanda-t-il en désignant les dragons du menton.

« C'est une danse nuptiale. » l'informa Draco avec un sourire en coin.

Harry toussa légèrement dans son verre et s'essuya la bouche avant de lui jeter un coup d'œil amusé.

« Vraiment ? Ils ne vont… quand même pas copuler dans les airs, si ? »

« Non. » rit-il, sa tasse tenue entre ses deux mains pour éviter de la faire déborder. Loin devant eux, le dessous bleuté des ailes des Opaloeils captait parfois la lumière déclinante. « Ils se posent et brûlent tout autour d'eux dans leur excitation. »

« Ça a l'air chaud. » s'amusa Harry, le faisant rire à nouveau.

Un silence confortable s'installa dans la tiède bulle magique qui entourait le balcon, et ils observèrent la danse des dragons alors que le soleil se faisait lentement avaler par l'océan. Les flammes qui quittaient ponctuellement leur gueule devinrent de plus en plus visibles dans le ciel qui s'obscurcissait et donna au ballet un caractère à la fois dangereux et magique, les étincelles s'écrasant et se reflétant sur leurs écailles iridescentes.

« Et pendant ce temps, le vif d'or s'est échappé. » murmura soudainement Harry avec amusement.

« Ils te font penser à nous ? » ricana Draco, comprenant l'allusion à leur rivalité au Quidditch.

« Le vol, le ballet nuptial dans le soleil couchant, les flammes… »

« Merlin, tu lis trop le Sorcière-Hebdo. » rigola-t-il, penché en avant pour poser sa tasse vide par terre.

« Ils publient ce genre de trucs ? » s'horrifia Harry.

« Aucune idée, mais ça ressemble au style de Sketter. Leur légendaire rivalité cachait-elle quelque chose de plus profond ? » imagina-t-il en gros titres.

« Rendez-vous à la page 3 pour lire la plus romantique et tragique histoire d'amour du siècle. »

« En exclusivité, le témoignage d'anciens élèves les ayant vu s'insulter dans les couloirs. » renchérit-il dans un rire.

« Découvrez comment et pourquoi Draco Tonks a pris le risque de perdre son nom pour les beaux yeux de Harry Potter. »

« Oh tu as de beaux yeux, hein ? » pouffa Draco avec un petit coup d'épaule dans la sienne.

« Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Sorcière-Hebdo. » blagua Harry qui remonta ses lunettes avec une fausse expression hautaine, accentuant son rire.

Le silence se réinstalla et Draco s'appuya contre lui alors qu'il terminait sa bière. Il regarda les derniers rayons enflammer la mer et l'eau engloutir le soleil, et songea que si les journaux publiaient un jour la vérité à leur sujet, le titre ressemblerait plutôt à Découvrez comment un petit garçon a réussi à rassembler d'anciens ennemis simplement en existant. C'était probablement moins romantique aux yeux de tous, mais tellement plus beaux aux siens.

« Draco… » murmura Harry d'un ton tellement sérieux qu'il tourna immédiatement la tête vers lui avec alarme. « Je vais essayer de devenir un Animagus, mais je ne vais pas pouvoir te dire si je réussis ou pas. »

Son rythme cardiaque s'accéléra alors qu'il le dévisageait dans la faible luminosité offerte par quelques lanternes allumées autour du balcon. Le brutal changement de sujet lui donna presque le tourni.

Il réalisa très vite que ce n'était pas tant sa tentative de devenir un Animagus qui le dérangeait. C'était un processus très difficile mais relativement sûr. Non, c'était plutôt la fin de sa phrase qui résonnait entre ses oreilles comme un sombre avertissement. Il ne voulait pas, ou ne pouvait pas le prévenir d'un échec ou d'une réussite. Parce qu'il ne comptait pas s'enregistrer en cas de succès. Parce que ce qu'il comptait faire de sa forme animale était certainement illégal.

Draco tourna à nouveau les yeux vers l'obscurité percée d'étoiles au-dessus du paysage enneigé. Les dragons avaient disparu, mais il pouvait percevoir la lueur de flammes entre les arbres au loin.

Il était inutile de rappeler à Harry qu'un Animagus non enregistré risquait Azkaban s'il était découvert. Il était un Auror. Il était celui qui intervenait lorsque les lois sorcières n'étaient pas respectées et il n'avait pas besoin qu'on les lui remette en mémoire.

Avait-il besoin de prendre un tel risque ? S'il craignait qu'on questionne Draco à ce sujet, c'était que l'enquête sur son père était concernée. Et il se retrouvait à nouveau face à un choix cornélien. La liberté de Harry contre celle de Lucius.

Draco déglutit et ferma les yeux avec une profonde inspiration. Ce n'était pas une demande de la part de Harry. C'était une information. Délivrée en toute connaissance de cause. Parce qu'il ne doutait pas qu'il ait déjà pesé le pour et le contre, qu'il ait mis l'enquête sur la balance, en face de sa propre vie et de celle de sa famille. Et Draco n'était pas son maître, il était un égal qui n'avait malheureusement aucune idée de ce qui se tramait au bureau des Aurors. Et tout ce qu'il pouvait faire était de le soutenir.

« D'accord… » répondit-il alors à voix basse.

Harry trouva sa main entre eux et la serra dans ses doigts chauds en un remerciement silencieux.

« Je vais mettre une boîte avec la potion dans l'armoire. Ne l'ouvre pas s'il-te-plaît. »

« D'accord. » répéta Draco, la gorge nouée.