Bonjour !
Alors ça y est, c'est enfin l'été chez vous aussi ? Il était temps ! Même dans le sud, on commençait à ranger les shorts et à ressortir les doudounes ahah.
Au programme de ce 12ème chapitre : un dîner sérieux, des doutes, un croissant et une soirée pleine de révélations.
Bonne lecture !
Réponse aux reviews anonymes :
Guest : Ahah, Pansy a un ego assez démesuré et une fierté mal placée, mais elle sait reconnaître ses torts. Quant à Drago et Hermione, je comprends ! Mais ils n'avancent pas au même rythme que George et Pansy. Ils partent de plus loin ;) Et puis, c'est intéressant de développer deux relations totalement différentes. Merci de ta review !
Guest 2 : Merci à toi !
Drago chiffonna le parchemin sur lequel il était en train de rédiger son courrier. Il n'était pas satisfait de ses tournures de phrases, donc le morceau de papier termina dans la poubelle.
Il se saisit d'un nouveau et quelqu'un frappa à sa porte alors qu'il sortait tout juste sa plume de l'encrier.
- Oui, entrez.
Lorsqu'il croisa le regard d'Aleksandar, il l'invita à prendre place sur la chaise en face de son bureau. Drago reposa sa plume. Le courrier pour le Ministre pouvait bien attendre.
- Bonjour, monsieur Karzoff.
- Bonjour, professeur Malefoy. Vous vouliez me voir ?
- Tout à fait.
Drago recula un peu son siège de façon à se mettre plus à son aise. Il s'appuya complètement sur le dossier et croisa les jambes. Ses mains jointes, il regarda son élève. Celui-ci semblait assez serein.
- Vous n'êtes pas sans savoir que la deuxième tâche approche. Nous entamons tout juste le mois de février et elle aura lieu le vingt-quatre. J'aurais voulu savoir comment vous vous sentiez ?
- Plutôt bien, répondit Aleksandar, confiant. J'ai quelques pistes en ce qui concerne cette tâche, j'espère que je ne me fourvoie pas trop.
- Est-ce que vous avez eu vent de l'état d'esprit de vos deux adversaires ?
- Charline est une tombe, répondit-il. Elle ne laisse rien passer, elle est insondable. Izia se confie à sa copine, mais Ludmila est d'une loyauté sans faille, elle ne dira rien.
- Ce n'est pas pour rien que Ludmila est une Sage.
- Ce qui ne fait pas mes affaires, regretta Aleksandar.
Drago sourit du coin des lèvres. Si Aleksandar avait étudié à Poudlard, nul doute que le Choixpeau l'aurait envoyé à Serpentard.
- Ne comptez pas trop sur les failles des autres, Karzoff. Il est bon de les connaître, mais soyez d'abord sûr de vos qualités et de vos compétences. Travaillez ce qui doit l'être. N'hésitez pas à demander des entrevues avec vos professeurs pour des cours particuliers.
- Ça veut dire quoi ? Que je ne suis pas assez bon ?
- Nous ne le sommes jamais assez. J'ai entendu dire que vous négligiez vos cours de vol. Le professeur Loban sera ravi de vous recevoir pour une petite leçon. Le vent souffle fort, aujourd'hui, il pourrait être intéressant de vous améliorer.
Aleksandar se renfrogna. Il était probablement vexé par ce que Drago venait de dire, mais ce n'était rien de plus que la vérité. Nayden Loban, le professeur de perfectionnement au vol, était venu le trouver la veille pour lui confier que leur champion manquait de maîtrise dans des conditions climatiques particulières comme la pluie ou le vent. C'était la raison pour laquelle Drago l'avait convoqué aujourd'hui, afin qu'il comprenne que rien n'était jamais acquis.
Il congédia Aleksandar après s'être assuré que le message était bien passé, puis il reporta toute son attention sur son courrier pour le Ministre de la Magie.
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La pluie battait son plein depuis presque une semaine maintenant.
Lorsque Drago passa devant l'une des hautes fenêtres du hall, il fut ravi de constater qu'Aleksandar était en train de voler sur le terrain de Quidditch. Il distinguait sa silhouette entre les gouttes et celle, au sec, de Nayden protégé par son parapluie-baguette.
Ravi que ses conseils aient été entendus et appliqués, Drago poussa la porte de la salle de réception. Un dîner était organisé ce soir, réunissant les directeurs et leurs accompagnants ainsi que les juges du Tournoi, afin d'échanger à propos de ce dernier.
Drago constata qu'il n'était pas le premier. Apolline et Kenza étaient déjà attablées, tout comme Krum et le Ministre de la Magie qui discutaient chaleureusement ensemble. Drago signala sa présence avec un simple "bonsoir" avant de s'asseoir à côté de l'ancien attrapeur vedette. Curieux, il jeta un œil à la petite étiquette accrochée au verre de la place vide à côté de lui et il sourit lorsqu'il lut le nom de Granger.
- Je me suis permis d'échanger nos places.
Drago pivota sa tête vers Krum qui ne discutait plus avec Maksimov.
- Plaît-il ? voulut le faire répéter Drago.
- Ta place était initialement ici, entre le Ministre et moi, mais j'ai échangé nos noms pour que tu puisses être à côté d'Hermione.
Drago fronça les sourcils.
- D'accord… Je suppose que tu attends que je te remercie, mais j'ignore pourquoi.
- Vous n'êtes pas ensemble ?
Drago ne retint pas son éclat de rire, témoin de sa surprise.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Vous êtes venus ensemble au bal de Noël, expliqua Viktor comme si cet argument justifiait à lui seul de penser qu'il était en couple avec Granger. Et puis, vous semblez passer pas mal de temps tous les deux, il n'est pas rare que je vous vois ensemble quand je viens à Durmstrang.
Drago était déconcerté par les mots de Viktor. Sa relation avec Granger s'était nettement améliorée depuis qu'elle était ici et encore plus depuis le bal, à tel point qu'il leur arrivait de passer des moments l'un avec l'autre, mais cela ne cachait pas une quelconque attirance. Il appréciait sa compagnie et les discussions qu'ils pouvaient avoir, parce qu'elle était devenue son amie. Aussi étrange que cela pouvait paraître.
- Je t'arrête tout de suite, Krum, nous ne sommes pas ensemble.
- Hum, je me disais aussi.
- Pardon ?
- C'est juste que j'avais du mal à vous imaginer comme un… couple.
- Pourquoi ? Tu penses que je ne suis pas assez bien pour elle, c'est ça ? se vexa Drago sans le vouloir.
- Je n'ai pas dit ça, contra Viktor avec un sourire en coin.
- Tu peux bien imaginer ce que tu veux de toute façon, puisque…
- Bonsoir à tous.
Drago fut coupé par la principale concernée. Granger venait d'arriver, accompagnée de Weasley, et ils prirent place là où leurs noms étaient indiqués.
- Nous reprendrons cette conversation plus tard, marmonna Drago entre ses dents. Granger, Weasley, bonsoir.
Elle lui sourit et Weasley lui offrit un signe de tête poli.
Les mots de son voisin de droite lui restaient en travers de la gorge. Drago ignorait s'il s'était mal exprimé, s'il avait mal compris ou s'il avait sur-interprété ses dires, mais toujours était-il que cela ne lui avait pas plu.
Qu'il sorte avec Granger serait-il à ce point déroutant ? Non pas qu'il en ait envie, loin de là, mais Viktor semblait penser qu'ils ne seraient pas du tout assortis. D'accord, leurs caractères étaient aux antipodes l'un de l'autre, mais le proverbe ne disait-il pas que les opposés s'attiraient ? Ils pourraient se compléter, se tirer vers le haut, se challenger.
Drago secoua la tête pour chasser les pensées qui commençaient à envahir sa tête. Elles n'avaient pas lieu d'être.
Koslowski fut, bien entendu, le dernier à arriver. Pour justifier ses retards, il se plaisait à dire qu'il aimait se faire désirer, mais Drago trouvait cela tout bonnement impoli.
Les elfes du château apportèrent l'entrée, une crème de chou fleur à la truffe, pendant que les premières conversations légères s'installaient.
Drago n'osait plus parler. Perturbé par ce que Viktor lui avait dit, il craignait que le moindre de ses agissements puisse être mal interprété. Si Viktor avait pensé une telle chose, peut-être que Granger elle-même le pensait aussi. Malheureusement, elle ne semblait pas en accord avec ses résolutions silencieuses.
- Je ne t'ai pas vu aujourd'hui, lui dit-elle alors que les elfes débarrassaient les assiettes de l'entrée.
- J'ai été occupé, expliqua Drago. Koslowski a passé sa journée au Ministère, donc il m'a délégué toutes ses tâches de la journée. J'ai dû recevoir des parents de Sergei, un Érudit de niveau un, qui a de grosses lacunes en cours. C'est un chouette gamin, il est volontaire, mais il est complètement à la traîne.
- Quelles sont les mesures prises dans ces cas-là ? demanda Granger, curieuse.
- Les professeurs ne peuvent pas s'adapter au niveau de chaque élève. C'est un peu "marche ou crève", malheureusement, même si on essaie de faire au mieux pour qu'il se sente aidé et soutenu.
À la ride du lion qui se dessina entre ses sourcils, Drago sut que sa réponse ne lui avait pas plu. Il s'en était douté, cela-dit.
- On ne va pas entrer dans un débat, Granger, la devança-t-il. Nous sommes là pour passer une bonne soirée, pas pour nous disputer. Et puis, entre nous…
Après avoir rapidement vérifié que personne ne les écoutait, il se pencha pour chuchoter à son oreille :
- Lorsque j'aurai pris la place de Koslowski, plusieurs choses changeront, crois-moi.
Un sourire succéda à la mine contrariée de Granger et Drago s'en félicita.
Les elfes apportèrent le plat de résistance, un risotto au safran, aux asperges et aux pleurotes, que Drago dégusta avec appétit. En grande conversation avec le Ministre, Drago intercepta pourtant une œillade insistante de Koslowski qui lui était destinée. Il comprit tout de suite qu'il ne ferait pas le discours et que ce regard presque menaçant lui intimait de le faire à sa place.
Drago cacha son soupir d'exaspération derrière sa serviette en essuyant sa bouche. Il toussota pour attirer l'attention et, une fois qu'il l'eut, il se leva.
- Merci à tous d'avoir répondu présents à ce dîner, débuta-t-il. J'espère que les mets préparés par nos elfes vous plaisent et qu'il en sera de même pour le dessert. Si ma mémoire est bonne, il s'agira d'une pavlova aux clémentines.
Drago laissa quelques secondes de silence pour que les invités puissent faire leurs petits commentaires, puis il reprit.
- Après le succès de la première tâche, nos champions se sont vus attribuer des objets en lien avec la deuxième. Une hache pour Aleksandar Karzoff, une massue pour Charline Loiseau, un arc et des flèches pour Izia McAlister. Ces objets sont les attributs de Péroun, dieu de l'orage, du tonnerre et des guerriers dans la mythologie slave. Le but de cette tâche sera de retrouver Péroun dans un labyrinthe afin de lui rendre ses attributs. Vous pensez bien que le labyrinthe sera semé d'embûches, mais rien d'insurmontable pour nos champions.
Une nouvelle fois, Drago laissa place au silence.
- Bien entendu, je compte sur votre discrétion durant les deux prochaines semaines, jusqu'au jour de la deuxième tâche. Ah, voici les desserts.
Drago se rassit à la suite de son discours.
- La deuxième tâche n'est pas sans vous rappeler des souvenirs, je suppose, dit-il à l'attention de Granger et Viktor.
- Et des pas agréables, approuva son voisin de droite.
- J'imagine que les organisateurs prennent note des problèmes des années précédentes pour que cela ne se reproduise plus, supposa Granger.
- En effet, confirma Drago. Nous avons tout mis en œuvre pour qu'aucun mage noir ne revienne d'entre les morts dans quinze jours.
- Un véritable soulagement, ricana Viktor.
Drago porta sa cuillère de pavlova à sa bouche.
- Au fait, Malefoy, l'interpella Granger. Je vais avoir besoin d'aller à Poudlard au mois de mars et je me demandais si cela t'intéresserait de m'accompagner ?
Si Drago fut étonné par la proposition, il essaya de ne pas le montrer. Il n'avait pas mis les pieds à Poudlard depuis la fin de la guerre, mais il n'était pas contre l'idée d'y retourner.
- Oui, pourquoi pas, consentit-il. Ça fait des années que je n'y suis pas allé.
Sous la table, il sentit le pied bourru de Viktor écraser volontairement le sien. Drago se retint de couiner de douleur. Cet homme n'était pas délicat pour deux Noises ! Et puis qu'est-ce que ça voulait dire, ce geste ?!
- Super, sourit Granger. Ce sera l'occasion pour moi de te montrer les changements que nous avons opérés au château. Je te présenterai Johanna Faucett, la directrice adjointe qui me remplace cette année.
- Elle est célibataire, Johanna ?
Le pied de Viktor écrasa à nouveau le sien et Drago lui envoya un coup de coude dans les côtes avec toute la discrétion possible.
- Oui, mais tu n'es pas son genre, expliqua Granger, ce qui fit hausser un sourcil à Drago.
- Ah bon, et pourquoi ?
Granger s'essuya la bouche après avoir bu une gorgée de vin des elfes.
- Tu as un truc en trop entre tes jambes.
Sans qu'il ne le veuille, les joues de Drago se mirent à chauffer. Ça lui apprendrait à faire le malin.
- Tant pis. Quoi qu'il en soit, je serais ravi de t'accompagner.
Granger lui sourit et reprit la dégustation de sa pavlova.
Pour le plus grand bonheur de Drago, le dîner ne s'éternisa pas et Viktor arrêta de le chambrer ou de maltraiter son pied.
Drago prit congé des invités et pressa le pas jusqu'à son appartement dans la plus haute tour.
Sans qu'il le veuille, il était perturbé par tout ce que Viktor avait dit et ce n'était pas bon signe. Du moins, il se sentait étrange. Il commençait à se demander s'il n'avait rien dit ou fait qui puisse avoir fait croire à Granger qu'il y avait une quelconque attirance et que celle-ci ait sauté sur l'occasion pour l'inviter à Poudlard.
Le ventre lourd de ses préoccupations et du repas riche, il passa la porte de chez lui et s'y adossa une fois refermée. Comme si ce Tournoi n'occupait pas déjà assez ses pensées et ne lui donnait pas suffisamment de fil à retordre, il fallait que Viktor Krum sème une petite graine dans sa tête et que Drago fournisse l'eau pour la faire pousser.
C'était insensé.
George sortit de la boulangerie du village, un sourire gourmand aux lèvres. Il poussa le bout du croissant hors de son sachet et mordit dedans. Un gémissement de pur plaisir lui échappa, mais il n'en avait pas grand-chose à faire. Cette viennoiserie était un délice pour ses papilles.
La deuxième tâche du Tournoi n'était plus que dans quelques jours et ce matin, il avait eu envie de fuir l'euphorie générale qui régnait dans le château. Il avait besoin de calme, d'entendre les oiseaux gazouiller et d'une bonne dose de sucre et de beurre sur sa langue.
Une fois son croissant englouti, George avisa sa montre à son poignet. Neuf heures et demie. Pansy avait ouvert sa boutique depuis trente minutes, donc il s'autorisa à aller lui rendre visite.
George n'était pas quelqu'un de rancunier. Il ne l'avait jamais vraiment été, mais depuis le décès de Fred, il ne l'était plus du tout. Il avait réalisé à quel point la vie était courte et qu'il était inutile de concentrer son énergie sur des disputes. S'il estimait qu'il pouvait passer à autre chose, il le faisait.
C'était exactement ce qu'il s'était passé avec Pansy. Une fois la déception digérée, il avait fait un pas vers elle pour arranger les choses. Désormais, toute cette histoire était derrière eux et il entendait bien remettre le pied à l'étrier.
- Bonjour, lança-t-il en entrant dans la boutique.
Pansy, occupée à préparer un bouquet pour une cliente qui attendait près du comptoir, lui adressa un sourire. Concentrée dans sa tâche, elle ne lui accorda rien de plus, mais George s'assit sur une chaise installée dans un coin pour la regarder faire.
Elle était minutieuse. Chacun de ses gestes était maîtrisé et assuré. Elle plaçait une fleur à un endroit, puis à un autre, afin de trouver l'harmonie parfaite pour son bouquet. Les couleurs se mariaient si bien les unes aux autres que la cliente ne cacha pas sa joie en découvrant le résultat final. Elle couvrit Pansy de compliments, laissa quelques pièces sur le comptoir et quitta la boutique après avoir salué George d'un signe de tête poli.
- Tu n'as pas les chevilles qui enflent à force d'entendre autant de compliments ?
- Les compliments sont mérités et mes chevilles se portent à merveille, merci de t'en soucier.
George quitta sa chaise et vint appuyer ses deux coudes sur le bois du comptoir. Sa tête reposait dans ses mains et il regardait Pansy ranger sa monnaie.
- Tu es libre ce soir ?
Surprise par sa demande, Pansy se coinça les doigts dans le tiroir-caisse. Elle couina et lui adressa un regard assassin, comme s'il était coupable de sa maladresse.
- Ça dépend pour quoi, répondit-elle, énigmatique.
- Hum, laisse-moi trouver quelque chose qu'il te sera impossible de refuser.
George fit mine de réfléchir alors même qu'il avait déjà préparé son plan pendant qu'il dégustait son croissant. Pansy rangeait son plan de travail pendant ce temps, non sans lui adresser des œillades impatientes de temps à autre.
- Je me suis laissé dire par Ashanti que le Fruit Défendu organisait une soirée spéciale ce soir. Ambiance speakeasy, avec de la musique jazz et des cocktails créés spécialement pour l'occasion.
- On se donne rendez-vous à vingt heures. Et ne sois pas en retard, je déteste les gens qui le sont.
Le coin des lèvres de George s'étira en un sourire satisfait. Il commençait à la connaître, à cerner ses goûts et ses passions. Il savait qu'il allait faire mouche avec cette proposition, tout comme il savait qu'il ne devait pas qualifier cela de rendez-vous auquel cas elle aurait fui en courant.
- Alors à ce soir, Parkinson.
- C'est ça. Allez, oust, j'ai du travail.
George pouffa avant de quitter la boutique. Il avait hâte que la journée passe.
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Il n'était pas tout à fait vingt heures quand George arriva au Fruit Défendu. Des notes de saxophone et des voix étouffées se faisaient entendre depuis l'extérieur. Nul doute qu'une bonne ambiance régnait déjà dans le bar transformé en speakeasy pour l'occasion.
Pansy apparut dans son champ de vision quelques secondes après qu'il soit arrivé. Couverte d'un épais manteau en fourrure, elle semblait lutter contre le froid.
- Tu es à l'heure, constata-t-elle.
- Je n'aurais jamais pris le risque de m'attirer les foudres de Pansy Parkinson. Je tiens à ma vie.
Elle leva les yeux au ciel, probablement un peu exaspérée, avant d'entrer dans le bar.
Il faisait si chaud à l'intérieur que George ôta tout de suite son duffle-coat. Pansy fit de même et il put constater qu'elle s'était habillée dans le thème. Sous son manteau, elle portait une robe flapper à paillettes verte foncée et noire modernisée qui lui allait à ravir. L'espace d'une seconde, George s'en voulut de ne pas avoir fait un tel effort. Il n'eut cependant pas plus le temps de s'appesantir sur sa culpabilité puisqu'Ashanti vint les accueillir. La barmaid portait une robe charleston couleur champagne et ses bras étaient couverts jusqu'aux coudes par de longs gants en velours noir.
- Tu es sublime, Ash ! la complimenta Pansy en prenant un peu de recul pour mieux la voir.
- Tu t'es vue ?! Quelle chance tu as, le p'tit british.
Ashanta envoya un clin d'œil à George.
- Je vous conseille la table du fond, si vous voulez, ça sera plus calme. Installez-vous, j'arrive avec la carte des cocktails de ce soir.
Ils suivirent la recommandation d'Ashanti et prirent place à la table ronde en marbre. Légèrement excentrée des autres, elle leur offrait pourtant une vue imprenable sur l'entièreté du lieu.
Toute la salle avait été décorée de façon à les plonger dans les années vingt. Des clients étaient attablés, comme eux, tandis que d'autres dansaient avec entrain au rythme des sons jazzy joués par le groupe. Ce dernier était composé d'une chanteuse, d'une trompettiste, d'un saxophoniste et d'un violoncelliste. George n'était pas un grand amateur de jazz, mais il devait reconnaître que cela allait parfaitement avec l'ambiance.
- Qu'est-ce que tu as pris, déjà ? demanda George à Pansy après qu'Ashanti eut apporté leurs verres.
- Un Mary Pickford, répondit-elle. De mémoire, c'est du rhum blanc, du marasquin, du jus d'ananas et de la liqueur de grenadine, ça avait l'air pas mal.
- En effet.
- Et toi ? French 75, c'est ça ?
- Oui, il y a du gin, du jus de citron, du sirop de sucre et du champagne, récita-t-il de mémoire.
La déception se lut aussitôt sur le visage de Pansy.
- Merde, j'aurais dû prendre ça !
- Si tu es sage, je te ferai goûter.
- Je suis touj… Hum, non, c'est pas vrai, se reprit-elle. Ça serait mentir, tu as eu la preuve que je ne l'étais pas toujours.
- Tu as de la chance, je ne suis pas rancunier.
Il lui lança un clin d'œil avant de porter son verre à ses lèvres. C'était délicieux, il ne regrettait pas son choix. Les deux alcools se mariaient à merveille et le sirop de sucre venait adoucir l'acidité du citron.
- Alors, il me semble que la deuxième tâche approche, dit Pansy. Comment ça se passe au château ?
George sentit bien qu'elle lui demandait ça pour meubler le silence qui s'était établi entre eux. Il ne lui en voulut pas, il n'aurait peut-être pas trouvé meilleur sujet de conversation à sa place.
- Je le fuis dès que je le peux ! avoua-t-il dans un rire. J'aide Izia dans la mesure du possible, mais la deuxième tâche a lieu dans seulement quelques jours, donc elle est très stressée. Hermione est meilleure que moi pour l'apaiser. À part faire des blagues, je ne sais pas trop quoi faire d'autre et je ne la fais pas tout le temps rire.
- Peut-être que tu n'es pas si drôle que ça, le piqua-t-elle.
George la regarda de travers pour la forme. Il n'était pas vexé.
- Bien sûr que je suis drôle ! C'est juste qu'elle a dix-sept ans et moi trente-six, donc il y a, parfois, quelques petits chocs générationnels. Je me moquais de mes parents quand ils avaient des références de vieux, mais c'est à mon tour, maintenant.
- Tu es une vieille personne, Weasley, se moqua Pansy avant de prendre une gorgée de son cocktail.
George essaya de ne pas se laisser déstabiliser par la sensualité de sa bouche autour de cette paille et par la trace de rouge à lèvres abandonnée autour.
- Ne me dis pas que cela ne t'est jamais arrivé de trouver tes parents complètement has-been ?
Le visage de Pansy s'assombrit. Elle adopta une posture défensive, comme si tout son corps faisait barrage. George se sentit aussitôt très mal à l'aise. Il avait visiblement dit une bêtise, quelque chose qui l'avait blessée sans qu'il le veuille, mais il ne comprenait pas quoi.
- J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? demanda-t-il.
Il voulait à tout prix éviter qu'un silence trop embarrassant ne s'installe.
- Je…
George la vit déglutir et fuir son regard. Il ne voulait pas la presser, la mettre plus mal à l'aise qu'elle ne le semblait déjà, alors il se tut.
Pansy prit une grande inspiration, peut-être pour se donner du courage, avant de le regarder. Malgré l'ambiance tamisée du lieu, George pouvait voir ses yeux qui brillaient d'une émotion forte contenue.
- Tu te souviens du jour où tu m'as demandé pourquoi j'étais en Bulgarie ? lui demanda-t-elle avant de poursuivre suite à son acquiescement. Je t'ai expliqué que j'avais suivi Drago ici parce que je ne voulais pas rester seule en Angleterre, sans lui et sans mes parents.
- Tu avais l'air suffisamment chamboulée par tes aveux pour que j'en rajoute une couche en posant des questions indiscrètes.
- Et tu as bien fait. C'est un sujet à propos duquel je n'aime pas qu'on me force la main.
- Ce que je peux comprendre.
Parler de Fred pouvait être très simple comme très compliqué pour lui, cela dépendait des moments. Il choisissait quand il avait envie de le faire, à qui et de quelle manière, donc il comprenait tout à fait que Pansy ait des sujets personnels dont elle parlait sous certaines conditions.
- Mes parents sont morts pendant la guerre, lâcha-t-elle, ses yeux dans les siens. Des dommages collatéraux, si on peut dire ça comme ça.
Un poids tomba au fond de l'estomac de George. La révélation de Pansy lui fit un drôle d'effet. C'était comme s'il venait de mettre la main sur l'ultime pièce manquante d'un puzzle abandonné depuis des mois sur le coin d'une table. Ils se ressemblaient bien plus qu'il n'y paraissait au premier abord. Ils avaient tous les deux perdu des personnes très proches durant cette guerre atroce, alors peut-être qu'inconsciemment, le deuil les avait attiré l'un à l'autre ?
George n'était pas du genre à croire au destin, mais lorsqu'on lui servait des preuves de ce genre, il pouvait réviser ses convictions.
Il avait, jusqu'à maintenant, justifié son attirance pour Pansy par le fait qu'elle lui plaisait physiquement et que sa personnalité le faisait sortir des sentiers battus. Il n'y avait pas que ça, finalement. Il y avait une connexion émotionnelle plus forte.
George prit son verre qu'il leva dans la direction de Pansy, un petit sourire au coin des lèvres. Il ne voulait pas la prendre en pitié, il savait qu'elle le prendrait mal. Non, il voulait simplement qu'elle comprenne qu'il était là.
- On trinque à eux ? proposa-t-il. À tes parents et à Fred.
Pansy hocha la tête. Elle essuya rapidement le coin de son œil, puis prit son verre et le fit tinter contre le sien avant de boire une gorgée à la paille.
- Tu veux me parler d'eux ? lui demanda George après avoir, lui aussi, bu un peu de son cocktail.
La réponse ne se fit pas attendre. Pansy fit non de la tête, d'une manière ferme et sans appel.
- Rien contre toi, Weasley, je… je suis même contente de te l'avoir dit, mais c'est toujours compliqué pour moi de parler d'eux, même après toutes ces années.
- Je comprends, pas de problème, la rassura-t-il.
George fit fonctionner ses méninges aussi vite que possible pour rebondir sur un sujet qui ne mettrait pas sa voisine mal à l'aise, mais elle le devança.
- Est-ce que tu voudrais me parler de tes enfants ?
George ne put cacher sa surprise face à sa demande. Quelques semaines plus tôt, elle le fuyait comme la dragoncelle à cause de ce sujet précis et là, elle voulait qu'il lui parle d'eux… C'était à n'y rien comprendre, mais en papa plus que fier de ses enfants, George n'allait pas refuser.
- Fred a sept ans, débuta-t-il, un sourire prenant aussitôt place sur son visage. Il ressemble beaucoup à mon frère. Il est malin, espiègle, toujours prêt pour une bêtise mais, à côté de ça, il est très protecteur envers sa sœur, il l'aide beaucoup, il prend sa défense dès qu'il le faut. Ils passent leur temps à se chamailler, mais ils sont les meilleurs amis du monde.
George essaya de ne pas se laisser submerger par l'émotion. La dernière fois qu'il avait vu ses enfants, c'était à Noël, donc bien trop loin pour ne pas souffrir du manque.
- Roxanne est le portrait craché d'Angelina, reprit-il, que ce soit physiquement ou dans le caractère. C'est à se demander si j'ai participé au truc. Elle a eu six ans récemment. Elle est caline, très sensible, mais elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, malgré l'image de petite fille timide qu'elle peut renvoyer. Comme on dit, c'est une fille à papa.
Il aurait pu continuer ainsi des heures, à énumérer tous les traits de caractère de ses enfants.
- Tu as toujours voulu avoir des enfants ? le questionna Pansy.
- Hum… Je ne m'étais jamais posé la question jusqu'à ce que je me mette en couple avec Angelina. J'ai voulu des enfants avec elle, tout simplement.
- Et tu ne regrettes pas ?
- Par rapport au divorce ? supposa-t-il avant de poursuivre puisqu'elle avait acquiescé. Non, pas du tout. Fred et Roxanne sont la prunelle de mes yeux et j'ai toujours beaucoup d'amour pour Angie, d'une certaine manière. On sera liés à vie, tu vois. On a fait les choses bien pour que les enfants ne souffrent pas trop de notre séparation. En ce moment, c'est un peu délicat puisque je ne suis pas en Angleterre, mais le reste du temps, on s'en sort pas trop mal.
- Tu sais, je pense que Drago serait d'accord pour qu'ils viennent te rendre visite.
George fronça les sourcils, étonné.
- Fred et Rox ?
- Non, la Reine d'Angleterre et toute sa cour. Mais oui, tes enfants, idiot ! Alors, peut-être pas tout de suite, mais entre la deuxième et la troisième tâche.
Puisque cela lui paraissait impossible, cela n'avait jamais effleuré l'esprit de George que cela puisse se produire. Évidemment qu'il serait très heureux de faire découvrir à ses enfants l'environnement dans lequel il baignait depuis plusieurs mois ! Durmstrang regorgeait de mystères, de secrets et de recoins qu'ils pourraient adorer.
Ce qui était d'autant plus surprenant, c'était que cette proposition vienne de Pansy. George était touché par ses efforts, par le pas en avant qu'elle faisait vers lui en suggérant que ses enfants viennent.
- Tu m'aideras à convaincre Malefoy au besoin ?
- Il ne peut rien me refuser, affirma-t-elle après une ultime gorgée pour terminer son cocktail. Bon, trêve de bavardages inutiles, passons aux choses sérieuses.
Elle frappa dans ses mains pour illustrer sa détermination et pivota légèrement vers lui. Elle battit des cils d'une manière aguicheuse peu convaincante.
- Tu ne m'as pas fait goûter ton cocktail, Weasley.
George sourit. Il était touché par la Pansy vulnérable qu'elle se révélait être avec lui depuis peu, mais il appréciait encore plus lorsqu'elle lui offrait les facettes de sa personnalité qu'il adorait.
Et voilà !
Alors, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Viktor a semé une graine dans la tête de Drago, vous pensez qu'il va en faire quoi, de cette graine ? Va-t-il l'arroser ou la laisser pourrir ? Ahaha. En tout cas, il semblerait qu'un voyage à Poudlard se profile... Vous imaginez quoi, pour ce moment-là ?
George invite Pansy, sans lui dire que c'est un rendez-vous... Mais c'en est tout de même un, ne nous leurrons pas. Qu'avez-vous pensé de leur conversation à cœurs ouverts ? Vous pensez que Drago va bien vouloir que Fred et Roxanne viennent à Durmstrang ?
J'espère que ce chapitre vous a plu.
Du love pour vous, à mercredi !
