X : Début de campagne


Le lendemain matin, quand son réveil sonna, Marinette se demanda ce qui lui était passé par la tête pour avoir lancé cette idée de tracts. Elle aurait dû vérifier l'heure d'ouverture des marchés avant. Mais qui se levait si tôt pendant les vacances ?

Encouragée par Tikki, elle s'habilla après une toilette rapide. Après un regard aux autres kwamis qui n'avaient pas daigné ouvrir un œil, elle quitta la chambre. Elle passa voir son père dans le fournil. Les viennoiseries étaient encore chaudes et le pain terminait de cuire. Tom insista pour que Marinette mange deux cookies. Quand la jeune fille vit la voiture des Agreste se garer devant la boutique, elle embrassa son père et sortit en courant. Chaque matin, Adrien et Félix allaient être conduits à leur point de rendez-vous par leur chauffeur. Adrien et Félix avaient négocié avec le garde du corps que Marinette et Kagami fassent partie du voyage. Il y avait au moins un sujet sur lequel les deux cousins avaient réussi à trouver un accord.

Kagami se trouvait déjà dans le véhicule, entre les deux garçons. Adrien descendit pour laisser Marinette monter près de son amie et prit la place à côté du chauffeur.

— Vous avez bien les tracts ? vérifia Marinette après les avoir salués.

— Ne t'inquiète pas, répondit Félix d'un ton amusé, nous avons bien pris nos ordres.

Marinette s'apprêta à protester qu'elle ne dirigeait pas leur opération de tractage, avant de réaliser qu'elle avait, tout au long des discussions, distribué les rôles, supervisé chaque étape et insisté sur les détails.

— Je ne veux rien imposer, assura-t-elle humblement.

— Tu es géniale en organisation, la loua Adrien.

— Félix n'a pas dit ça pour te le reprocher, précisa Kagami.

— Je comprends, assura Marinette, mais je veux être certaine que chacun se sente légitime à proposer ses idées.

— Nous n'avons aucune raison de penser le contraire, la rassura Félix.

Marinette nota que ses cheveux blonds étaient dissimulés sous une casquette et qu'il était vêtu d'un pantalon de coutil noir et d'une chemisette à manches courtes d'un blanc éclatant. Toujours très chic, mais beaucoup moins habillé, nota Marinette avec satisfaction.

— Ta tenue est parfaite, lui répondit-elle en retour.

Il lui sourit et Kagami approuva de la tête. Très vite, ils arrivèrent près du marché attribué à Félix et Kagami. Mylène et Ivan étaient déjà au point de rendez-vous. Adrien rejoignit Marinette sur la banquette arrière et lui prit la main.

— Tu as laissé tomber les lunettes ? s'enquit-elle.

— Elles sont dans ma poche, répondit-il. Je les mettrai en arrivant.

— Ton nouveau style te va très bien, assura-t-elle.

— On va vite voir si c'est suffisant, remarqua Adrien. Nathalie a insisté pour que la voiture reste dans le coin aujourd'hui, au cas où. Si ça passe, on allégera le dispositif dès demain.

Un grommellement leur fit savoir qu'ils étaient arrivés à destination. Ils descendirent, sans oublier de remercier le chauffeur, qui leur dit comprendre par signes qu'il allait se garer plus loin. Sabrina et Zoé les saluèrent de la main du trottoir d'en face. Marinette avait choisi de les rassembler les deux jeunes filles, estimant qu'elles pourraient devenir bonnes camarades, maintenant que Chloé n'était plus là pour les dissuader de se parler.

— C'est toi, Adrien ? s'étonna Zoé . Rose avait dit que tu étais méconnaissable, mais je croyais qu'elle exagérait.

— Elle est super forte en relooking, appuya Sabrina clairement admirative.

Ils firent un tour du marché pour choisir où se placer. Très vite, ils se décidèrent pour un croisement assez large pour ne pas gêner le passage. Il était tôt et les acheteurs étaient encore épars dans les allées. Ils commencèrent par faire le tour des étals à proximité pour distribuer les premiers tracts et s'assurer que leur activité était bien perçue.

— Ils les prennent au berceau, maintenant, s'amusa une marchande.

— La candidate était notre professeure principale, nous la connaissons bien, on a voulu faire savoir ce qu'on pensait d'elle, expliqua Adrien.

— C'est très bien de s'investir comme ça, les jeunes, approuva la maraîchère. Revenez me voir à la fin du marché, je vous donnerai quelques invendus. Faut encourager la jeunesse !

Ils la remercièrent et se mirent en place.

— Personne ne m'a reconnu jusque-là, se réjouit Adrien en remontant ses lunettes sur son nez.

— C'est de bon augure, reconnut Marinette.

Ils commencèrent à distribuer leurs tracts. Beaucoup de passants s'étonnèrent de leur âge, ce qui leur donnait une accroche pour parler de leur ancienne professeure. Personne n'identifia Adrien, qui pourtant n'était pas en reste.

Au bout de trois heures, ils firent une petite pause. Ils burent dans les gourdes qu'ils avaient tous pris le soin d'apporter et dégustèrent les cerises que le vendeur le plus proche leur proposa. Ils reprirent ensuite leur tâche, avec un peu moins d'énergie qu'au début, mais autant de désir de convaincre.

Quand les forains commencèrent à empiler leurs cageots, ils étaient épuisés, mais ravis. Ils avaient eu des échanges chaleureux avec les passants, même si certains leur avaient fait comprendre qu'ils réservaient leur vote à l'autre candidat.

Marinette contempla Adrien, qui semblait plus heureux qu'il ne l'avait été depuis des semaines. Se concentrer sur un projet qui lui tenait à cœur et rencontrer du monde lui avait fait beaucoup de bien.

Ils récupérèrent des barquettes de fraises auprès de la marchande du début puis Adrien et Marinette rejoignirent la voiture qui les attendait toujours deux rues plus loin. Le chauffeur passa d'abord récupérer Félix et Kagami, puis raccompagna les jeunes filles, avant de ramener les garçons chez eux.

Après avoir mangé et s'être un peu reposée, Marinette se connecta sur l'espace partagé avec ses amis pour échanger ses impressions avec eux. Toutes les équipes étaient satisfaites de cette première expérience. Il n'y avait que le groupe composé d'Alya, Nino, Kim, Max et Alix qui avaient dû migrer, après avoir compris qu'ils n'étaient pas les bienvenus auprès des forains auprès desquels ils s'étaient installés dans un premier temps. Le second emplacement leur avait été plus favorable.

Ils discutèrent ensuite des arguments qui avaient été les mieux perçus par leur public. Ils ajustèrent en conséquence le contenu des tracts de l'impression suivante, en notant qu'elle devrait intervenir deux jours plus tard s'ils maintenaient le même rythme de distribution.

oOo

Le lendemain commença de la même manière, sur d'autres sites, à l'exception que la voiture des Agreste ne resta pas à les attendre dans les environs. Elle ne revint qu'une fois le marché terminé, pour ramener Félix, Adrien et leurs petites amies respectives.

Une surprise attendait Marinette quand elle remonta dans sa chambre, après avoir déjeuné avec sa mère. Su-Han était assis en tailleur sur son tapis, entouré par tous les kwamis. Une vague de consternation et de honte envahit la jeune fille. Cela faisait presque deux semaines que son combat avec Monarque avait eu lieu, et elle n'avait encore rien fait pour restaurer les Miraculous ni réfléchi au futur. Elle allait en outre devoir avouer à l'ancien gardien qu'elle avait échoué à récupérer le Miraculous du papillon.

— Su-Han ! Quelle bonne surprise ! Puis-je vous offrir quelques cookies ? Mon père vient juste de terminer une fournée. Je vais descendre vous en chercher et…

— Assieds-toi ! dit simplement le bonze en désignant le plancher juste devant lui.

Résignée, Marinette se laissa tomber devant l'ancien gardien. Elle sentit Tikki se blottir contre son cou, en soutien, et se sentit un tout petit peu mieux.

— Eh bien, Gardienne, que prévois-tu de faire maintenant que tu as retrouvé les Miraculous ? demanda son invité surprise, le visage sévère.

Elle chercha désespérément quelque chose à répondre.

— J'ai pensé, euh… voir ce que je peux faire pour recréer les Miraculous. Je ne veux pas qu'ils restent liés au système Alliance.

Su-Han hocha la tête.

— Et le nouveau Papillon, comment comptes-tu le combattre ?

Bien sûr, il était déjà au courant. Luka l'en avait informé ou bien les kwamis l'avaient fait avant qu'elle n'arrive.

— Lui opposer dix-huit porteurs de Miraculous, répondit Marinette, tentant de paraître sûre d'elle.

— D'accord, conclut Su-Han en se levant. Je voulais juste vérifier que tu avais toujours la situation en main. Quand penses-tu avoir terminé de recréer les Miraculous ?

— Ah, euh… d'ici une semaine ou deux ! improvisa Marinette.

— Très bien. Je reviendrai voir ça.

En deux bonds, il avait pris appui sur la mezzanine et était sorti par la tabatière restée ouverte.

— Aaaahhhhhh ! gémit Marinette. Mais comment je vais faire ?

— Tu as le livre des Miraculous pour t'aider, rappela Tikki.

— Tu as raison. J'ai même la traduction. Tikki, transforme-moi !

Sous sa forme de Ladybug, elle ouvrit son yoyo pour retrouver l'envoi de Nathalie dans sa messagerie. Elle le fit suivre à son adresse, puis se détransforma. Elle consulta ensuite ses mails sur son ordinateur. Un message, réexpédié par ladybug l'y attendait. Elle copia le fichier joint sur son ordinateur, y ajoutant un mot de passe pour que personne ne puisse l'ouvrir par erreur. Elle effaça ensuite le message pour ne laisser aucune trace. Enfin, elle ouvrit le fichier .

Deux heures plus tard, elle éteignit son ordinateur, songeuse. La procédure pour rattacher un kwami à un nouveau réceptacle impliquait de fusionner sa matière avec celui du précédent Miraculous. Ensuite, celui qui avait l'autorité sur le Kwami devait lui ordonner de se lier au nouvel objet.

Marinette devrait donc faire fondre les Miraculous créés par Monarque, pour les mélanger à la matière qu'elle allait utiliser pour façonner les nouveaux bijoux. Le hic, c'est qu'elle n'avait pas le matériel adéquat pour rendre malléable le métal dans lequel avaient été forgées les bagues.

Sous le paragraphe explicatif du manuel se trouvait par la phrase suivante : À défaut, utiliser le pouvoir de la Création. Sans autre précision.

— Tikki, tu sais comment je peux utiliser ton pouvoir pour créer de nouveaux Miraculous ?

La kwami secoua la tête.

— C'est toi qui catalyses mon pouvoir. Tu dois trouver toute seule la manière de t'y prendre.

Marinette soupira. Mais pourquoi devait-elle toujours découvrir elle-même la manière d'exercer son rôle d'héroïne et de gardienne ? Cela faisait des millénaires que les kwamis et les Miraculous existaient, mais on lui demandait continuellement de tout réinventer ! D'accord, la création impliquait la créativité, mais elle n'aurait pas refusé un peu d'aide.

— Commençons par créer les nouveaux bijoux, décida-t-elle. Je suppose que je finirai bien par trouver la solution. Après tout, je sais que je serai un jour à la tête d'une bande de héros, donc que j'ai réussi.

oOo

Le lendemain, sur l'invitation des deux cousins, le groupe d'amis se retrouva au manoir Agreste après la fermeture des marchés. Ils devaient refaire le plein de tracts et avaient envie de se revoir, autrement que par l'entremise des écrans.

Après avoir mangé, ils discutèrent gaiement tout en faisant les photocopies prévues. Puis ils montèrent dans la chambre d'Adrien. Ils revinrent sur leurs expériences des deux derniers jours :

— C'est vraiment amusant, s'exclama Rose.

— Mais beaucoup trop tôt le matin, nuança Marinette.

— C'est vrai que c'est fatigant, reconnut Ivan.

— Sommes-nous obligés de le faire tous les jours ? intervint Luka. Trois ou quatre fois par semaine me semble amplement suffisant. Nous pouvons même arriver plus tard si nous sommes trop épuisés. Le gros de la fréquentation est après dix heures du matin.

Marinette songea soudain que si elle voulait aller aux Puces pour trouver des bases de bijoux pour recréer les Miraculous, il fallait qu'elle ait quelques matinées de libres.

— Je vote pour qu'on prenne de temps en temps des jours de repos, fit-elle savoir.

— Je pensais que tu avais du mal le matin seulement durant la période scolaire, s'amusa Zoé, mais je vois que c'est un style de vie.

Marinette prit un air contrit, alors que les autres souriaient avec bienveillance.

— J'avoue que je ne dirais pas non à quelques grasses matinées, reconnut Sabrina.

— Mais on va rater plein d'occasions de rencontrer des gens, opposa Mylène.

— On peut maintenir tous les marchés, tout en se reposant régulièrement, affirma Max. Il suffit de réduire nos équipes à trois intervenants au lieu de quatre ou cinq. Cela nous permettra de prendre du repos chacun notre tour.

— Ce sera sans doute un peu plus fatigant à chaque fois… mais ça me plaît, approuva Nino.

Ils mirent la proposition de Max aux voix et elle fut adoptée à une large majorité. Marinette et Mylène refirent les plannings pour les deux semaines qui restaient avant les élections. Une fois que tout le monde eut récupéré son nouvel emploi du temps, Nino proposa :

— On joue à Action ou Vérité ?

Plusieurs de leurs camarades firent part de leur accord, mais pas Marinette. Elle n'aimait pas vraiment ce divertissement. Ses amis en profitaient généralement pour l'obliger à révéler des choses qui la mettaient mal à l'aise – son engouement à sens unique pour Adrien, par exemple.

— Je ne connais pas ce jeu, fit savoir Félix.

On le lui expliqua. Le cousin d'Adrien sembla perplexe.

— Comment pouvez-vous savoir si je réponds la vérité ? questionna-t-il.

— C'est le jeu, tu t'engages à ne pas mentir, répondit Rose.

— Mais quel est l'intérêt de s'engager à révéler ce qu'on a envie de garder pour soi ou d'accepter un gage pour ne pas y être obligé ? C'est totalement masochiste, trancha Félix.

Marinette eut envie d'applaudir. Elle n'avait jamais osé s'élever contre cette activité que ses amis affectionnaient, mais la réaction de Félix exprimait exactement ce qu'elle ressentait. Leurs yeux se rencontrèrent et elle songea à tout ce qu'il ne voudrait jamais raconter sur son enfance et ses motivations actuelles. Sans doute pensa-t-il aussi à tout ce qu'elle devait taire.

— Vous n'avez rien d'autre à proposer ? insista-t-il.

— Un mensonge et deux vérités, soumit Adrien.

Marinette se réjouit qu'Adrien ne défende pas la suggestion de Nino, pour le seul plaisir de s'opposer à son cousin. Quand Félix comprit que chacun choisissait les sujets soumis à la sagacité des autres, il ne fit plus aucune objection. Le reste des adolescents accepta également et le jeu commença.

Rose révéla qu'elle dormait toujours avec son ours en peluche, qu'elle entretenait une correspondance suivie avec le Prince Ali, mais qu'il ne l'avait pas encore invité dans son palais.

Par Adrien, ils apprirent que son garde du corps était prénommé Placide, que ses premières photos de mode, non publiées, dataient de ses quatre ans, et qu'il n'y avait que six salles de bains dans le manoir, et non huit comme il l'avait prétendu.

Félix daigna confier qu'il avait été inscrit plusieurs années dans un internat, qu'il avait reçu deux médailles d'honneur pour ses résultats scolaires, mais qu'il n'avait jamais été désigné comme préfet.

Alya fit savoir que sa sucrerie préférée était la nougatine, que son héroïne préférée n'était plus Majestia, mais Ladybug et qu'elle avait créé pas moins de sept sites internet.

Quand tout le monde fut passé, il était temps de se séparer, pour prendre un repos bien mérité.

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Deux jours plus tard, Marinette était exemptée de marché. Elle avait réussi à se ménager un samedi, l'un des trois jours d'ouverture hebdomadaires des Puces de Saint-Ouen.

Elle eut du mal à se tirer du lit, mais était cependant pleinement réveillée quand elle sortit du métro à la station Porte de Clignancourt. Elle atteignit sa destination dix minutes de marche plus tard. Elle mit un peu de temps à trouver son bonheur, davantage familiarisée avec les boutiques proposant des matériaux pour la couture que pour la joaillerie.

Elle dénicha dans le marché Vernaison un magasin qui proposait des parures ayant peu de valeur, mais suffisamment stylées et originales pour le but recherché. Il lui fallut écumer trois boutiques semblables pour rassembler les quatorze objets qu'il lui fallait.

Elle fit une pause dans un café pour reprendre des forces, avant d'entreprendre un nouveau tour pour trouver des pierres semi-précieuses à sertir dans les emplacements vides des bijoux incomplets qu'elle avait acquis. Elle avait pris toutes ses économies, ainsi que l'argent que lui avait proposé Alya, à qui elle avait confié son projet. Elle avait hésité à accepter l'offre de son amie, mais cette dernière avait insisté, arguant qu'elle était pressée de retrouver Trixx. Marinette s'était dit qu'elle la rembourserait plus tard.

Elle rentra chez elle épuisée, mais l'esprit en ébullition, focalisée sur le nettoyage et les restaurations à effectuer. Elle se mit à griffonner sur son carnet dans le métro, imaginant l'aspect des objets une fois qu'elle en aurait pris soin. Heureusement que son père était un bricoleur émérite, qui disposait de nombreuses pinces et produits décapants. Elle avait bien l'intention de créer des Miraculous dignes des kwamis dont elle avait la garde.

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Un grand merci à Amélie et Fénice pour leur relecture attentive.

Merci à celles et ceux qui laissent un petit mot en passant. C'est très encourageant pour poster la suite.

On se retrouve dans une semaine pour Les raisons d'intervenir.