La Fin est le commencement
Chapitre 12 - Une idylle ordinaire - Partie 3
Petite note de l'auteur : Bonjour à tous ! Mille excuse pour le retard, pour tous ceux qui sont arrivés jusqu'ici ! Maman de trois enfants, ça prend beaucoup de temps et ça n'en laisse que très peu pour l'écriture ! XD Mais je m'y mets coûte que coûte ! J'espère que vous apprécierez ce nouveau chapitre. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, ça m'encourage à écrire plus vite :p
Bonne lecture !
Assis sur le rebord du lit, coudes sur les genoux et menton appuyé sur ses mains jointes, le jeune homme patientait. Calmement. Tout à fait calmement. Si, si ! Même si son regard était rivé depuis plusieurs dizaines de minutes déjà sur le minuscule radio-réveil vétuste disposé sur la table de chevet, Sephiroth essayait obstinément de se convaincre que l'inquiétude ne le gagnait pas. Après tout, son amie n'avait que quarante-huit minutes de retard. Quarante-neuf maintenant.
Mais "amie" était-il vraiment le terme approprié ? Depuis environ trois mois, leurs rencontres secrètes se produisaient avec une certaine régularité. La jeune femme trouvait toujours un moyen pour lui laisser un message, tantôt sur une vieille carte à jouer, tantôt sur un ticket de train déchiré, avec une discrétion remarquable. Cela était presque devenu un petit jeu entre eux, et dernièrement, il s'amusait sans cesse à deviner quand et comment elle lui confierait un nouveau signe.
À chaque rencontre, son cœur battait la chamade à l'idée de la revoir. En y pensant, il se considérait comme parfaitement pathétique. Jusqu'à présent, leurs rendez-vous n'avaient rien de frivole : seulement quelques timides baisers échangés sur le pas de la porte lorsqu'ils se quittaient, après avoir passé des heures dans cette chambre d'hôtel miteuse qu'elle s'était débrouillée pour louer sur le long terme. Là, ils s'occupaient à résoudre des puzzles, à discuter longuement, ou, parfois, à simplement regarder un film sur le vieux téléviseur qu'elle avait réussi à dénicher, tout en grignotant les snacks qu'elle apportait systématiquement avec elle. Lui qui n'avait jamais eu droit à la moindre sucrerie étant enfant, et qui n'avait donc développé qu'un intérêt dérisoire pour les douceurs, s'était retrouvé à apprécier les différentes friandises qu'elle lui avait fait goûter.
Les snacks qu'elle amenait étaient d'une variété surprenante, allant des barres chocolatées fondantes aux biscuits aux saveurs exotiques. Chaque nouvelle sucrerie devenait pour lui une découverte fascinante. Chaque bouchée, qu'il prenait parfois avec hésitation, parfois avec une curiosité presque enfantine, le rapprochait un peu plus d'elle. Elle observait ses réactions avec une malice tendre dans les yeux, savourant chaque instant où il découvrait une nouvelle saveur.
Pourtant, rien de tout cela ne justifiait l'intensité de ses émotions lorsqu'il savait qu'ils allaient se retrouver. Génésis aurait trouvé cela parfaitement ridicule, et Sephiroth lui-même en convenait. Néanmoins, il lui était impossible de s'en empêcher, incapable de contrôler cette étrange excitation qui le gagnait chaque fois. Plus le temps passait, plus il s'attachait à la jeune femme. Ses pensées revenaient sans cesse vers elle, l'ombre d'un sourire flottant sur ses lèvres à chaque souvenir partagé. Leurs longues discussions, souvent profondes et introspectives, lui permettaient de s'évader de la rigueur de son quotidien. Ils partageaient leurs rêves, leurs peurs, et parfois même leurs espoirs, créant ainsi une complicité rare et précieuse. Ces moments d'intimité, bien que simples en apparence, portaient une signification profonde pour Sephiroth.
Ainsi, lui, le guerrier aguerri, se découvrait des facettes insoupçonnées, des émotions qu'il avait longtemps ignorées ou refoulées. Avec Théïa, il n'était plus uniquement le SOLDAT redoutable, le Grand Héros, mais un homme découvrant les plaisirs simples et authentiques de la vie. À l'abri des regards entre ses quatre murs, il oubliait qui il était pour devenir un homme ordinaire, partageant des moments simples portés par l'affection sincère d'une femme qui illuminait son existence.
Un léger sillon se creusa entre ses sourcils argentés. Cinquante-six minutes de retard. L'attente devenait difficile. Sephiroth se leva enfin, fit quelques pas nerveux dans la pièce exiguë, puis s'approcha de la fenêtre. Il écarta légèrement le rideau et scruta la rue en contrebas, espérant apercevoir la silhouette familière de son amie. L'obscurité était dense, et seuls quelques lampadaires projetaient des halos de lumière vacillants, donnant à la scène un air de mystère. Pas de trace d'elle. Une vague d'angoisse le traversa. Et si quelque chose lui était arrivé ? Il chassa rapidement cette idée de son esprit, refusant de céder à la panique. Elle était SOLDAT, elle savait parfaitement se défendre, il n'y avait donc aucune raison pour qu'il s'inquiète.
Les minutes semblaient s'éterniser. La rue restait déserte. Enfin, il distingua au loin la mince silhouette de celle qu'il attendait "si patiemment".
Un soupir de soulagement, qu'il n'avait même pas conscience de retenir, s'échappa de ses lèvres. Son cœur se calma légèrement en la voyant accourir vers le bâtiment. Néanmoins, sa démarche précipitée et légèrement clopinante l'alerta.
S'écartant des carreaux crasseux, il attendit qu'elle le rejoigne. Dans le couloir, il l'entendit monter les escaliers quatre à quatre dans un brouhaha qui n'avait absolument rien de discret, ce qui renforça son sentiment de malaise. D'ordinaire, elle essayait d'être discrète.
La porte s'ouvrit brusquement, laissant apparaître la petite rouquine. Essoufflée, une fine pellicule de sueur traversait son front tandis que son visage était marqué par la préoccupation. Ses yeux brillaient d'une lueur de détresse. Tout en s'appuyant sur le battant de la porte, elle se tenait le flanc gauche où le sweat-shirt qu'elle portait était éventré.
« Ouf ! Tu es toujours là ! J'ai eu peur d'arriver trop tard ! », haleta-t-elle, soulagée.
Sans plus de cérémonie, elle passa devant lui. En une fraction de seconde, elle déposa un gros sac plastique sur la table et se dirigea d'un pas rapide vers la petite salle de douche. Sephiroth resta muet d'étonnement, clignant des yeux comme pour s'assurer qu'il ne rêvait pas.
« Foutue bestiole ! Si je tenais l'imbécile qui a laissé cette saleté s'enfuir ! » l'entendit-il jurer pour elle-même, sa voix résonnant à travers la porte entrouverte de la salle d'eau.
Hésitant, Sephiroth se leva et s'approcha. Il l'entendit marmonner quelque chose, un juron, avant de se décider à pousser timidement le battant.
« Que s'est-il passé ? chercha-t-il à savoir, la voix pleine de sollicitude.
- Ce n'est rien, juste une égratignure, répondit-elle en grimaçant de douleur. Une créature a dû s'échapper du laboratoire et elle m'a attaquée au beau milieu des taudis du secteur 3 ! J'ai dû l'affronter seule, et je n'avais ni mon arme ni mes matérias, expliqua-t-elle tout en essayant de nettoyer la plaie. J'imagine que tu n'as pas les tiennes, toi non plus ? »
Confus, il hocha négativement la tête. Afin d'être le plus discret possible lorsqu'ils se rencontraient, ni l'un ni l'autre ne prenait leur équipement. Ils s'habillaient tous deux de façon complètement ordinaire, lui prenant toujours soin de cacher sa chevelure sous une casquette agrémentée d'une capuche de sweat-shirt.
Assise à même le sol carrelé, considérablement lézardé de fissures, elle avait ôté son pull, relevé son t-shirt et s'efforçait d'éponger le sang d'une large griffure qui lui entaillait le ventre, juste sous les côtes. Puis, Sephiroth la vit se tordre pour essayer d'atteindre le milieu de son dos.
« Je vais t'aider, » intervint-il.
Sans attendre son approbation, il s'accroupit derrière elle et saisit la mince serviette aux couleurs défraîchies. Avec précaution, il épongea à son tour le sang des trois grandes plaies qui barraient la largeur de son dos. Elle enroula les bras autour de ses jambes et le laissa faire sans broncher.
« Merci, » murmura-t-elle, sa voix à peine audible. Ses muscles se détendirent légèrement sous ses soins méticuleux.
Sephiroth continua son travail en silence, ses gestes, bien que maladroits, étaient toutefois empreints d'une délicatesse inattendue. Lorsqu'il eut terminé, il posa la serviette de côté et constata :
« C'est une blessure superficielle. Une matéria de Soin aurait permis une cicatrisation plus rapide, mais je pense que ça ira. Tu as eu de la chance. De quelle créature s'agissait-il ?
- Un jeune béhémoth. Il n'était pas bien gros, mais comme je n'avais pas d'arme, j'ai eu un peu de mal à l'éliminer. Tu t'rends compte, j'ai dû me battre avec des barres en métal que j'ai réussi à dégoter par terre ! répondit-elle avec une pointe d'exaspération.
- Tu t'en es bien sortie, SOLDAT… », commença Sephiroth, admiratif, avant qu'elle ne l'interrompe doucement :
« Ici, avec toi, je ne veux plus être SOLDAT »,
Elle se tourna vers lui, son éternel sourire espiègle incrusté sur son visage. Sephiroth acquiesça. Les minutes s'écoulèrent dans un silence presque sacré, seulement troublé par le doux murmure de leurs respirations. Puis, brusquement, elle rouvrit les yeux, une lueur d'excitation traversant son regard, et s'exclama :
« Oh ! J'allais oublier ! »
En une fraction de seconde, elle se redressa sur ses jambes, laissant Sephiroth planté là, par terre, l'air décontenancé. Sa spontanéité était pourtant l'une des choses qu'il appréciait le plus chez elle.
Lorsqu'il la rejoignit, il la trouva devant la table, affairée à déballer avec une précision méticuleuse le sac qu'elle avait ramené avec elle.
Théïa, concentrée, sortit un premier gros paquet à demi écrasé, visiblement abîmé lors du combat contre le béhémoth. Elle en extirpa une sorte de boîte en carton, autrefois entourée d'un ruban maintenant déchiré.
« Pfff ! C'est malin ! Elle est complètement écrabouillée ! se plaignit-elle, une moue contrariée sur le visage.
- Qu'est-ce que c'était ? », demanda Sephiroth, intrigué.
Elle tourna vers lui un regard dépité et lui montra l'intérieur de la boîte.
« C'était une tourte à la Pom'sotte ! »
Sephiroth lui renvoya un regard surpris.
« Mais… l'île de Banora, où les pommiers poussaient, a été détruite, il y a quelque temps déjà…
- Il n'y a pas qu'à Banora qu'ils poussaient. C'est un archipel, et les îles alentour ont réussi à se procurer des plants et à faire prospérer leurs propres vergers. Comme les exploitations sont beaucoup plus petites qu'à Banora, elles n'intéressaient pas la Shinra, c'est tout…
- Et… tu as réussi à mettre la main là-dessus, ici, à Midgar ? », s'étonna-t-il.
Elle haussa les épaules avec un sourire malicieux.
« Eh ! Eh ! Mideel n'est pas si loin, et c'est de là que je viens, j'te rappelle ! J'ai mes contacts, et j'ai pu me faire envoyer quelques cagettes que j'ai données à un bon ami qui tient une guinguette dans les taudis. »
Elle sortit les morceaux de la tourte écrasée avec une délicatesse infinie, tentant de reconstituer tant bien que mal la pâtisserie.
« C'est dommage qu'elle soit en miettes, murmura-t-elle, désappointée. Je voulais quelque chose de vraiment spécial pour ce soir.
- Pourquoi cela ? » reprit le guerrier, intrigué par la tristesse dans sa voix.
Théïa hésita un instant, puis prit une profonde inspiration avant de répondre :
« Eh bien, en fait… c'est mon anniversaire aujourd'hui ! »
Sephiroth écarquilla les yeux, visiblement pris de court.
« Oh… je… je l'ignorais…
- Je sais, ne t'inquiète pas », le rassura-t-elle en esquissant un sourire.
Plongeant de nouveau la main dans le sac en plastique, elle en sortit trois autres petits paquets, tous également écrasés. Son expression se fit plus sombre à chaque découverte.
« Oh, le repas aussi est en miettes ! » soupira-t-elle, la voix brisée par une pointe de découragement.
Finalement, elle sortit un dernier carton, celui-ci miraculeusement intact. Son visage s'illumina, soulagé.
« Ah ! Il y a un rescapé ! » s'écria-t-elle avec un regain d'enthousiasme.
Sous le regard curieux de Sephiroth, elle extirpa de la boîte une magnifique boule à neige, ses détails finement sculptés scintillant sous la lumière tamisée de la chambre.
« Le repas sera peut-être loupé, mais nous aurons au moins de la musique ! » affirma-t-elle en remontant le mécanisme de l'objet à fond.
Elle secoua ensuite doucement la boule, la neige artificielle virevoltant autour d'une miniature de Kalm enneigé, et la reposa avec soin sur la table. Une agréable mélodie s'échappa aussitôt de celle-ci et remplit la pièce d'une atmosphère apaisante.
Soudain, la main tendue du jeune homme se présenta devant elle.
« Tu… m'invites à danser ? osa-t-elle, un peu incrédule.
- Eh bien, ça m'en a tout l'air… » répondit-il avec un sourire timide, une lueur paisible dans ses yeux de chat.
Un peu gênée, elle déposa sa propre paume, minuscule à côté de la sienne, dans le creux de sa main. La chaleur de sa peau contrastait agréablement avec le froid ambiant de la pièce et, malgré le maniement constant des armes, elle conservait une douceur exceptionnelle.
« Je… je ne sais pas danser, avoua-t-elle, ses joues se teintant d'un léger rose.
- Ça ne fait rien, je vais te montrer. Tu n'as qu'à me suivre… » conseilla-t-il.
En suivant la mélodie, il entama les premiers pas, sa paume droite enserrant la sienne, la gauche posée délicatement au creux de son dos, là où il n'y avait pas de blessure.
« Comment se fait-il que toi tu saches ? reprit-elle, cherchant à dissimuler sa gêne par la conversation.
- J'ai été obligé d'apprendre. Lorsque la Shinra organise ses galas, ma présence n'est, disons, pas vraiment une option. Surtout autrefois, pendant la guerre. Et accepter de faire tournoyer les demoiselles des plus riches familles n'était pas, non plus, une option… » expliqua-t-il, un brin de sarcasme dans la voix.
- Le Golden Boy doit assumer la propagande, c'est ça ? rétorqua-t-elle, un peu amère.
- Exactement », acquiesça-t-il en esquissant un sourire ironique.
La boule continuait de jouer doucement sa mélodie. La petite rousse se détendit peu à peu, se laissant guider par son partenaire. Leurs mouvements devinrent progressivement plus fluides et harmonieux, ses pieds suivant les siens avec une grâce naturelle qu'elle ignorait posséder. Très vite, elle se rapprocha davantage et nicha sa tête contre le torse du guerrier. Ce dernier resserra légèrement son étreinte, sentant la chaleur de son corps contre le sien.
Ils continuèrent à danser ainsi jusqu'à ce que la boule à neige joue ses dernières notes, les flocons artificiels retombant doucement autour de la miniature de Kalm.
« Joyeux anniversaire, Théïa, » murmura-t-il à nouveau, une pointe de tendresse dans la voix.
Elle s'écarta doucement et lui offrit un sourire radieux, plongeant ses yeux azur dans ses prunelles de jade.
« Merci…z'yeux de chat ! »
Le surnom arracha un léger sourire au guerrier, lui rappelant le jour de leur rencontre.
« Tu ne m'as pas encore donné mon cadeau, ajouta-t-elle, une lueur malicieuse dans son regard.
- Mais je ne…
- Schhh… » susurra-t-elle en posant délicatement son index sur ses lèvres, l'interrompant avec douceur.
Se redressant sur la pointe des pieds, elle quémanda silencieusement le baiser qu'elle espérait en cadeau. Lorsqu'il saisit le sens de sa demande, un léger sourire en coin apparut sur son visage. Puis, lentement, il se pencha et scella leurs lèvres. Pourtant, la tendresse qu'ils échangeaient d'ordinaire se transforma bien vite en quelque chose d'autre. La ferveur dont elle fit preuve en lui répondant était inhabituelle, et il fut progressivement emporté lui aussi par cet étrange tourbillon de sensations.
Sans aller jusqu'à dire qu'elle avait prémédité les choses, avouer qu'elle espérait profiter de l'occasion pour élever leur relation à un niveau supérieur n'était peut-être pas si éloignée de la vérité. Elle avait néanmoins compris que, malgré les apparences, elle s'était choisi un amant pour le moins… compliqué. Sa notoriété et son rôle au sein de la société en général, et de la Shinra en particulier, ne facilitaient déjà pas les choses. Ajoutez à cela son éducation, particulièrement singulière, et la pauvre jeune femme se retrouvait avec un inadapté social qui n'avait visiblement aucune idée de comment s'y prendre dans une relation intime. Pourtant Sephiroth essayait. Vraiment. Elle avait parfaitement senti que, derrière cette façade imposante, cette aura de mystère et de puissance qui l'entourait, il n'y avait qu'un homme qui aspirait à une vie plus ordinaire. Loin d'être égocentrique, il détestait cette image véhiculée par la Shinra. Cette dualité entre son apparence froide et son désir de chaleur humaine le rendait irrésistible aux yeux de la jeune fille. Quelque part, elle se sentait privilégiée d'être celle qui avait percé sa carapace, découvrant un être complexe mais profondément humain.
Par conséquent, si elle souhaitait que leur relation prenne une tournure plus charnelle, il lui faudrait prendre l'initiative. Résolue à agir en ce sens, elle laissa libre cours à son instinct. Délicatement, sa main quitta la paume brûlante du guerrier pour venir effleurer doucement sa nuque. Tandis qu'ils échangeaient des baisers de plus en plus voluptueux, sa langue partit en quête de sa jumelle. À sa rencontre, le frisson qui parcourut l'échine de la jeune femme lui arracha un premier gémissement. Leurs souffles se mêlaient. Leurs cœurs battaient à l'unisson, accélérant à mesure que l'intensité de leur étreinte croissait. Les mains du jeune homme glissèrent lentement le long du dos de sa partenaire, explorant chaque courbe. À cet instant, il ressentit un désir irrépressible monter en lui, un besoin ardent de la connaître plus intimement. Et cela l'effrayait. Peu habitué au contact physique, si ce n'était sanglé à une table d'auscultation, il se sentait déconcerté par la proximité de leurs corps et l'intensité de ses propres émotions. Ainsi, il ne put retenir le léger réflexe de recul au moment où il sentit une main fine s'insinuer courageusement sous son sweat pour venir effleurer son abdomen. S'écartant, le souffle court, il baissa le regard, visiblement troublé.
« Qu'y a-t-il ? s'inquiéta Théïa.
- Je… »
Il chercha ses mots, déstabilisé par l'intensité de ses propres réactions.
« Je n'ai pas l'habitude de ce genre de contact. Et j'ai… j'ai peur de faire quelque chose d'inapproprié, avoua-t-il finalement, sa voix teintée d'une vulnérabilité inhabituelle.
- Inapproprié ? Que pourrait-il y avoir d'inapproprié ? répéta-t-elle en laissant échapper un petit rire cristallin.
- Je n'en sais rien. C'est bien cela qui me gêne. Je ne sais pas ce qui se fait, ou ce qui ne se fait pas… »
Embarrassé, il contourna son amie, fit quelques pas et s'assit sur le rebord du lit avant d'ajouter :
« Tu sais, j'ai souvent entendu les autres SOLDATs parler de ces choses-là…
- Ah oui, moi aussi ! le coupa-t-elle. Ce n'est pas toujours très glamour d'ailleurs ! N'est-ce pas ? »
Sephiroth esquissa un sourire timide.
« Non, en effet. Mais pour moi, c'est différent. Ils parlent avec une telle légèreté, comme si tout cela était naturel… et pour moi, ça ne l'est pas. »
Théïa s'approcha lentement et s'assit à côté de lui.
« Et si je me trompais, si je faisais quelque chose qui te déplaisait ? renchérit-il.
- Ça n'est pas parce que ça n'est pas naturel aujourd'hui, que ça ne peut pas le devenir, tu sais… »
Elle posa délicatement sa main sur la sienne.
« Et, entre nous, je ne vois pas vraiment pas ce que tu pourrais me faire de déplaisant ! »
Il se redressa brusquement et s'empara d'un épais stylo posé près d'un calepin sur la table, avant de revenir s'asseoir à ses côtés. Sans un mot, il leva l'objet et, sans le moindre effort, le brisa en deux entre son index et son pouce. Le regard qu'il lui lança alors valait toutes les paroles du monde. Il venait clairement de lui faire remarquer qu'il pourrait briser ses reins en deux s'il ne se contrôlait pas.
« Je connais très bien ta force, soupira-t-elle. Je t'ai vu combattre des dizaines de fois. Et je sais aussi que tu sais parfaitement la maîtriser… »
Elle prit son menton entre ses doigts, l'obligeant à croiser son regard.
« À moins que… à moins que tu n'en aies pas envie…
- Je n'ai jamais désiré quoique ce soit d'autres avec autant d'ardeur dans ma vie… répondit-il avec intensité.
- Dans ce cas… peut-être devrions-nous essayer une autre approche, suggéra-t-elle doucement.
- Que veux-tu dire ? » demanda-t-il, intrigué.
- Eh bien… si tu crains de faire… quelque chose de déplaisant, peut-être devrais-tu simplement me laisser prendre les devants… »
Avec détermination, elle s'installa sur ses genoux. En lui souriant tendrement, elle lui murmura :
« Tu vois, comme ça, tu ne risques pas de faire quelque chose de "déplacé". »
Elle appuya le dernier mot en tapotant gentiment le bout de son nez avec son index.
« Mais je… » tenta-t-il de protester.
Elle le fit taire d'un baiser, avant de lui chuchoter à l'oreille :
« Cesse de réfléchir. Ferme les yeux. Laisse ton instinct te guider. Imagine que tu es un homme ordinaire… »
Avec une douceur infinie, elle replaça une de ses longues mèches d'argent derrière son oreille.
« Je t'aime, Sephiroth. »
Touché par ses paroles, il ferma les yeux et se laissa porter par ses sensations, se permettant enfin de lâcher prise.
Il sentit le baiser sulfureux qu'elle lui donnait, et y répondit sans retenue. Il sentit ses mains glisser à nouveau sous son sweat, et frémit à ce contact. Il sentit ses lèvres dériver le long de sa mâchoire pour s'égarer avec passion dans son cou, et se permit un premier soupir…
Le fait de côtoyer exclusivement des militaires depuis des années avait sans doute insufflé à Théïa une audace certaine pour la guider dans ses gestes en cette soirée particulière. Rapidement, elle avait fait glisser le sweat-shirt noir du guerrier par-dessus ses épaules, suivi du sien, ses gestes empreints d'une détermination délicate mais résolue. Comme elle l'avait suggéré, Sephiroth l'avait laissé prendre les devants. Chaque baiser qu'elle lui avait donné, chaque caresse qu'elle lui avait prodiguée lui avait enflammé les sens. Écoutant ses conseils, il s'était laissé aller, lui aussi.
Cette nuit-là, ils avaient fait l'amour pour la première fois, et il avait enfin saisi ce que le mot "bonheur" pouvait signifier. Si, lors de leurs premières nuits ensemble, il avait laissé sa compagne le guider, le guerrier avait rapidement acquis l'assurance nécessaire pour parfois inverser leurs rôles. Pourtant, aussi exaltant que cela puisse être, c'étaient les instants d'après qu'il préférait. Lorsqu'il contemplait la jeune femme endormie, tendrement blottie contre lui, une longue mèche d'argent enroulée autour de ses doigts fins, il ressentait un bonheur incommensurable.
Ces moments de calme, empreints de douceur et de sérénité, étaient pour lui des trésors inestimables. Chaque respiration paisible de Théïa, chaque mouvement délicat de ses doigts sur sa mèche de cheveux, le comblait d'une paix intérieure qu'il n'avait jamais connue auparavant. Il savourait ces instants où le monde semblait s'arrêter, où il n'y avait que lui, elle, et le lien profond qui les unissait. Là, dans cette quiétude partagée, il était véritablement heureux.
Il l'avait aimé, profondément. Néanmoins, il n'était jamais parvenu à le lui confesser. C'était toujours trop tôt. Et aujourd'hui, c'était trop tard.
Sephiroth venait de déposer son fils parmi ses multiples peluches, au milieu de son petit lit d'enfant. L'histoire romanesque qu'il lui avait racontée avait porté ses fruits, et Adonis s'était endormi, blotti dans ses bras. Silencieusement, il l'observait dormir paisiblement, se remémorant ce passé révolu qui avait conduit à sa naissance.
« Elle compte sur toi pour prendre soin de lui », avait proclamé Angeal, avant qu'il ne se réveille de son coma. Il ne faillirait pas. Pas cette fois. Gaïa lui en était témoin. Son fils avait très probablement hérité des mêmes caractéristiques génétiques que lui. En d'autres termes, il portait certainement l'ADN de Jenova.
Ces cinq années d'amnésie ne faisaient qu'accroître son inquiétude. Qu'était-il advenu de la créature ? Vincent était resté plus qu'évasif à ce sujet, se contentant de lui raconter brièvement comment une bataille entre ses confrères d'AVALANCHE et le monstre avait abouti à son élimination. Pourtant, sans remettre en cause la parole de son père, il restait méfiant. D'après ce qu'il avait ressenti, Jenova était d'une puissance effrayante, et ses cellules, quasiment indestructibles, représentaient une menace persistante. Quelque chose en lui refusait de croire que la créature avait été définitivement anéantie. Cette dernière avait montré une résilience et une capacité à se régénérer qui dépassaient l'entendement.
Le regard toujours fixé sur son fils, il se remémora les bribes de souvenirs et les sensations confuses de ces cinq années manquantes. Chaque jour, il s'efforçait de rassembler les morceaux épars de son passé, tout en demeurant vigilant face à une menace qui, il en était persuadé, n'avait pas totalement disparu. Ses pensées tourmentées le ramenaient inlassablement à cette inquiétude latente, cette peur que le cauchemar ne soit pas encore terminé.
Sephiroth savait qu'il devait rester sur ses gardes. L'ombre de Jenova planait encore sur lui, et il devait se préparer à l'éventualité de son retour. Ses instincts lui soufflaient de ne jamais baisser sa garde, d'être prêt à affronter de nouveau cette abomination, si jamais elle venait à réapparaître…
À suivre…
