Auteur : Nat, pour changer.
Disclaimer : L'univers, les personnages et les langues elfiques évoqués ici appartiennent à Tolkien. L'idée de ce texte m'est venue d'une pièce de théâtre que j'ai vu et qui traitait entre autres des différentes façons de vivre l'exil. Mais j'ai l'impression que le thème est en train de devenir plus le rapport à la langue que l'exil, en fait.
Warnings : Ce truc est aussi bizarre et court et triste que le premier.
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Ie'falquar en tengwelë
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Maglor chuchote des mots tendres, doux comme des nuages, aux oreilles de ses fils pour les endormir le soir ou quand ils ont besoin de lui parce qu'ils sont tristes ou qu'ils se sont fait mal. Il les murmure, à cause de l'Interdit, mais il le fait en quenya, malgré l'Interdit. Parce que c'est en quenya qu'il les a entendus, c'est en quenya qu'il a appris à aimer, et c'est en quenya que ces mots font sens.
Parler dans une langue proscrite, prendre ce risque, poser ces petits actes de rébellion dérisoires après des siècles d'obéissance lui demande un véritable effort : l'habitude a bien fait son œuvre. Mais il le fait quand même. C'est important pour lui. L'enfant qui pleure en lui l'y oblige, il le force à murmurer à l'oreille de ceux qu'il aime ces mots si doux qu'on ne lui adressera plus jamais.
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Mais Elrond, ces mots-là, c'est en sindarin qu'il a besoin de les entendre.
C'est en sindarin que sa mère les lui a chantés, lorsqu'il était tout petit, sur les longues plages grises et tristes où ils attendaient le retour de son père disparu en mer. C'est en sindarin qu'il a appris à penser, c'est en sindarin qu'il s'est construit. Le quenya n'est rien pour lui, juste une langue perdue, le langage des meurtriers. On ne donne pas la vie en quenya, c'est ce ce qu'on lui a fait croire.
Mais il n'ose pas réclamer. Au début, parce qu'il a encore un peu peur de Maglor, peut-être. Il craint sa réaction. Ensuite, il ne le craint plus. Il craint seulement de lui faire de la peine en le reniant. Alors, il laisse faire. Ce n'est que dans sa tête qu'il remplace les mots quenya par ceux qu'il aimerait entendre, ceux en sindarin.
Ce n'est qu'à l'intérieur qu'il pleure.
Après, bien après, lorsqu'il devient vieux et sage, il comprend qu'il aurait pu demander. Maglor aurait peut-être eu du mal, au début, mais il l'aurait accepté. S'il aimait assez ses fils pour le faire en quenya, alors il les aimait assez pour se forcer à le faire en sindarin. Pour eux. Il aurait du demander. Mais il ne l'a jamais fait. Et maintenant, il est trop tard.
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Pour Elros, rien de tout cela n'a d'importance. Il prend les mots qu'on lui donne, tels qu'on les lui donne. Il les rend de la même manière. Il veut tout savoir, tout connaître, tout toucher, tout expérimenter, et tout oublier. Il veut embrasser l'infini, même pour quelques minutes, quelques secondes.
Et il sait qu'on ne peut pas faire cela dans une seule langue, quelle qu'elle soit.
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…Je dois avouer quelque chose : je n'ai aucune idée de ce que le titre signifie xD Je l'ai su au moment où je l'ai écrit, mais je l'ai oublié depuis.
Je viens de retrouver plusieurs petits textes que je n'ai jamais posté pour une raison qui a dû exister à une époque mais que j'ai depuis longtemps oubliée. Donc voilà, je vais publier ces petits textes les uns après les autres en alternant avec d'autres nouvellement rédigés. Bon week-end !
