Auteur : Nat.

Disclaimer : L'univers, les personnages et les langues elfiques évoqués ici appartiennent à Tolkien. L'idée de ce texte m'est venue d'une pièce de théâtre que j'ai vu et qui traitait entre autres des différentes façons de vivre l'exil. Mais j'ai l'impression que le thème est en train de devenir plus la langue que l'exil, en fait.

Warnings : Ce truc est aussi bizarre et court et triste que les premiers, mais il traînait sur ma clé USB depuis beaucoup trop de temps.

°0oOo0°0oOo0°0oOo0°

Pîniellnín

°0oOo0°0oOo0°0oOo0°

Celebrían connaît le quenya. Elle l'a appris depuis toute petite. Son père et sa mère étaient d'accord là-dessus : cette langue, aussi proscrite et oubliée fût-elle, faisait partie de son héritage. Ils ne voulaient pas la couper de ses racines, et ils ont agi en conséquence. Ils ont bien agi.

Mais quelque chose chiffonne Celebrían. Un détail. Trois fois rien. Mais tout de même. Elle ne le remarquait pas, étant enfant, mais cela prend tout son sens maintenant qu'elle est mère à son tour.

Sa mère et elle parlaient quenya, en privé. Son père avait appris la langue, juste pour pouvoir les comprendre et parler avec elles. Il ne s'en vantait pas, évidemment, mais il l'avait fait. Pour elles. Ce n'était pas lui qui dictait les limites. Galadriel pouvait tout dire, en sindarin comme en quenya. Et pourtant…

C'était systématique. Lorsque Celebrían poussait sa mère à bout (ce qui n'arrivait pas souvent, mais arrivait tout de même parfois), c'était toujours en quenya que Galadriel s'énervait. Mais lorsqu'elle lui démontrait son affection, ce n'était qu'en sindarin. Toujours.

Ma chérie ? Mellnín.

Ma petite fille ? Pîniellnín.

Ma princesse ? Rielnín.

Encore et toujours en sindarin. Jamais en quenya.

Jamais.

Galadriel, qui avait vécu la plus grande partie du Premier Age en Doriath, entourée d'elfes hostiles aux Noldor, hostiles à leur langue, ne disait son amour qu'en sindarin. Le quenya semblait devenue la langue de la violence, la langue de la colère. Celebrían ne pouvait qu'imaginer la pression constante et insidieuse qui, même inconsciemment, avait dû s'exercer sur sa mère pour qu'elle en arrive là.

Ils avaient fait fort, ces elfes des temps anciens, très fort vraiment, pour réussir à persuader encore des siècles plus tard une mère qu'elle ne peut aimer sa fille que dans une seule langue –celle que ne parlait pas sa propre mère.

°0oOo0°

Lorsque son époux lui avoue un jour que son père adoptif ne lui disait sa tendresse qu'en quenya, le premier mouvement de Celebrían est de l'envier. Jusqu'à ce qu'elle remarque la douleur dans ses beaux yeux d'orage.

°0oOo0°0oOo0°0oOo0°

J'avais écrit ce texte il y a des années, dans la foulée du précédant chapitre, d'où le ton correspondant. Merci de l'avoir lu ! Bonnes vacances aux vacanciers, bon courage aux autres, et à la prochaine !