« Parfois j'ai peur. »
Ce commentaire murmuré, à peine soufflé, poussa Iruka à se redresser sur un coude. Le professeur se réinstalla plus confortablement, son poing fermé venant supporter sa tête lourde de fatigue. Kakashi avait tant de mal à se confier à lui, que lorsqu'il le faisait spontanément, il sentait une joie intense l'envahir. Si intense quelle aurait balayé toute envie de dormir, aussi puissante soit-elle.
Le professeur attendit, son regard chaleureux balayant le visage de son amant. Ce visage qu'il était désormais le seul à connaître. Ce si beau visage que Kakashi lui avait permit de voir, un cadeau, un présent à ses yeux inestimable. La preuve de sa confiance.
Son amant soupira, fermant brièvement les yeux. Il était étendu près de lui, sa tête reposant sur l'oreiller. Un air de lassitude peint sur ses traits. Sans pouvoir s'en empêcher Iruka tendit la main et caressa sa joue. À sa grande surprise, Kakashi vint la retenir.
S'était un moment étrange, de ses instants si fragile qu'un soupir parvient à briser. Iruka l'appréciait d'autant plus qu'il savait la valeur de cette confidence. Le prix qu'elle coûtait à Kakashi et combien il devait lutter avec lui-même pour réussir à avouer une faiblesse, aussi infime soit-elle.
Kakashi ouvrit les yeux, laissant la main captive pour attirer Iruka contre lui. Il avait envie de son contact. Envie et besoin. Une combinaison qu'il avait appris à accepter malgré le trouble confus qu'elle semait en lui.
« J'ai peur de mal faire avec Gen. De suivre les traces de mon père.
Iruka fus surpris. Kakashi ne parlait jamais du grand croc blanc de Konoha, n'y faisait même pas la plus petite des allusions et quittait généralement la pièce si quelqu'un s'y risquait en sa présence. Chagrin ? Rancœur ? Nul ne savait, pas même lui.
- Sakumo était un Shinobi exceptionnel, le junin d'un ton songeur. Quand il se bâtait il dégageait une telle puissance qu'une aura blanche et pure de chakra l'enveloppait. Il était une légende de son vivant, une force de la nature que rien ne semblait pouvoir atteindre, un idéal de ce qu'un vrai ninja devait être. Tout le monde le surnommait le croc blanc de Konoha et il était adulé par tous, même par moi. Mais il avait beau être un grand guerrier, s'était un père médiocre.
Iruka se pressa un peu plus contre lui, comme s'il sentait le froid qui s'emparait de son amant à chaque fois qu'il était question de cet homme à la fois si aimé et tant haïe.
- Il était absent, toujours en mission où loin de la maison. Je suppose que l'absence de ma mère lui faisait trop mal. Même lorsqu'il était là, la plupart du temps il ne faisait pas attention à moi. Pourtant les dieux savent que je faisais tout pour être digne de lui, mais rien ne semblait jamais assez. C'est dur de satisfaire les exigences d'un homme pour qui les jutsu les plus complexes ne sont rien d'autre que des exercices d'échauffements, remarqua-t-il amèrement.
Iruka n'osa pas l'interrompre pour lui dire combien il était désolé, combien il l'aimait, combien il était fier de lui et heureux qu'il ne soit pas resté ce connard arrogant décrit par Genma, combien il admirait ninja, mais surtout l'homme qu'il était. L'instant était trop fragile pour qu'il s'y risque. Il se contenta de prendre sa main et la serrer doucement.
Kakashi répondit à la pression sur sa paume et soupira. Il se sentait tellement fatigué en invoquant ses souvenirs. Mais étrangement en parler à Iruka semblait alléger ce poids qui se rattachait à eux.
- Parfois, il lui arrivait de se rappeler subitement qu'il avait un fils et il tentait de rester chez nous au moins un soir où deux. Alors nous nous regardions sans trop savoir quoi nous dire. Les journées se passaient pourtant relativement bien, mais lorsque je partais me couché s'était différent. Il sortait la bouteille de saké et je me réveillais vers trois heures du matin parce qu'il était en train de casser des trucs dans la maison. Il avait l'alcool mauvais et quand ma mère est tombée malade il est devenu… plus violent. Malgré tout, s'était mon père, et je l'aimais.
Comprenant qu'il attendait de lui une réponse, Iruka se redressa pour bien capter son regard.
- Tu n'es pas comme ça, souffla-t-il en caressant son torse, son épaule, tentant de le rassurer. Tu es présent pour Gen. Tu l'écoutes et même si tu ne lui cries pas ton affection chaque matin, il sait que tu l'aimes comme s'il était ton fils. Il sait qu'il peut tout te dire.
Kakashi soupira.
- Je n'arrête pas de me demander… À chaque fois que je lève le ton ou que je le réprimande, je me demande si j'ai bien fait, si j'ai agit correctement, si je ne suis pas trop exigeant où trop dur avec lui. Je vois cette admiration dans son regard, la même que j'avais pour mon père… et je… je ne veux pas le décevoir, le blessé comme je l'ai été. Je me sais différent de Sakumo, mais il est si facile de briser un enfant.
Il ne prononça pas le nom de Sasuke, s'était inutile. Il flottait près d'eux comme un fantôme. Un gâchis attristant dont certaine mauvaise langue accusait le copy ninja.
- Tu sais, fis celui-ci presque hésitant, mon maître disait que chaque enfant portait en lui un feu couvant, et que, d'une parole, les adultes avaient le pouvoir de l'allumer ou de l'éteindre à jamais.
Iruka sentit le malaise, le doute en Kakashi et déposa ses lèvres sur les siennes avant de le regarder intensément, tentant de le convaincre par la seule force de sa propre certitude.
- Quelqu'un d'autre avait éteint le feu de Sasuke bien avant qu'il ne te rencontre. Itachi l'avait déjà trop fait souffrir. Tu as réussis à le garder sur la bonne voie pendant plus longtemps que quiconque d'autre ne l'aurait pu. Tu n'étais pas, et tu n'es toujours pas responsable de ses choix.
- Je sais, soupira-t-il, mais je ne peux pas m'empêcher de me poser des questions.
- C'est normal. Il n'y a rien de plus terrifiant que de regarder un enfant et de se dire qu'il dépend de nous. Que tout son avenir repose en grande partie sur ce que l'on saura lui transmettre.
- Comment tu fais avec les gamins. Même après avoir eut l'équipe sept, je ne sais toujours pas comment m'y prendre. J'ai toujours l'impression d'être soit trop insouciant, soit trop surprotecteur avec… pourquoi tu souris comme ça ?
Iruka posa la tête sur son épaule, souriant toujours aussi tendrement.
- Tu me fais penser à moi avec Naruto. Je passais mon temps à m'arracher les cheveux de sur la tête. Ce fichu gamin a un don pour se créer les pires ennuis. Souvent, je me demandais si je faisais bien les choses.
- Et comment as-tu fait pour te rassurer? demanda Kakashi avec curiosité.
Le professeur eut un petit rire, il savait que sa réponse n'aiderait pas vraiment son amant.
- Avec le temps, j'ai accepté le fait que je n'arrêterais pas de me remettre en question et que je serais toujours inquiet pour lui. Sarutobi me disait souvent que s'était le lot de tous les parents et des bon sempaï. C'est devenu plus facile quand tu t'es mis à veiller sur lui, puis encore plus aisé quand Jiraya-sama à proposer de devenir son maître. Je savais qu'il avait enfin trouvé un équilibre. Et s'était en grande partie grâce à toi.
Kakashi esquissât un faible sourire.
- L'équilibre… oui. C'est une chose qui me semble si dur à atteindre quand on veut préparer ses jeunes à la réalité de notre vie sans les effrayer. Surtout quand tout change si vite.
Le professeur ne dit rien pendant un moment et son amant senti son changement d'humeur. Au bout d'un instant il vu qu'Iruka portait une main à son visage, effleurant la cicatrice qui le traversait et sentit son cœur se serrer pour lui. Il dégageait cette fragilité des mauvais jours. Ceux où il apparaissait trop vulnérable et se sentait forcé de compenser par des coups de gueule. Sauf que cette fois, à cause de la fatigue sûrement, il n'y eut que sa tristesse.
- Je suis reconnaissant que les choses aient tant changé, souffla-t-il faiblement. Je n'aurais pas voulu que Naruto, ou Gene vivent à l'époque où nous avons grandit.
Cette remarque, innocente de la part du professeur, lui porta un coup vicieux.
S'était bien connu, l'histoire se répétait et il en faisait des cauchemars car le quotidien prenait lentement mais sûrement un tour de plus en plus sombre. Les missions devenaient plus risquées, plus politique, plus ciblé, et plus nombreuses. Les mesures de surveillances étaient passées du deuxième niveau au cinquième en l'espace de quelques semaines. Sachant que l'échelon le plus haut était de dix et qu'en temps normal il se situait au premier, tout cela devenait de plus en plus inquiétant.
Toutefois Iruka n'était qu'un professeur, un genin. Même s'il pouvait juger comme les citoyens de la détérioration de certains liens politique et en tant que son amant de l'augmentation constante du nombre de ses missions, il ne savait rien des secrets d'alcôves de l'état. Et le junin qu'il était ne voulais pas lui en parler. Si Konoha retombait en guerre, ils ne pouvaient rien y changer et Kakashi ne tenait pas à l'inquiéter inutilement avant l'heure.
Il se sentait un peu hypocrite. Son amant avait prouvé à plus d'une reprise qu'il savait faire face au pire. Mais c'était plus fort que lui. Il cherchait à le protéger.
- La guerre, l'obéissance avant l'honneur, les trahisons, les fausses alliances… cela leur aurait fait trop de mal, continua Iruka. Ils ne sont pas comme nous, malgré tout se qu'ils ont traversés, ils ont su conserver une part d'innocence.
- Tu crois qu'on peut resté innocent après avoir pris la vie d'un homme ? demanda doucement Kakashi en caressant son dos.
Ce fut au tour d'Iruka de soupirer.
- Je ne sais pas. Le meurtre ne vous laisse pas inchangé. Mais je crois qu'ils ne seront jamais convaincus que le mal peut gagner sur le bien ou qu'ils peuvent être forcé de tuer pour autre chose qu'une cause juste. Ils ne sont pas de ceux qui peuvent croire que le lendemain sera juste pire que le jour même et que ceux qu'ils nomment amis les tuerons parce qu'ils en savent trop par rapport à leur niveau d'accréditations. Je crois qu'ils continueront toujours d'avoir confiance en la vie. Ce sont des optimistes résolument tournés vers l'avenir. Pas des utopistes, mais des idéalistes, et je prie en voyant ce côté ingénue pour que le jour où ils paieront le prix de cette candeur ne soit pas leur dernier.
Kakashi aurait pu se moquer, dire qu'il dramatisait et tenté de le rassurer. Mais ils en avaient tous deux trop vu pour que ses mots ne sonnent pas creux. La mort était une garce, et comme telle, elle aimait volée à sa compagne vie ceux qui semblaient trop l'aimer, question de lui faire un pied de nez. Les choses tournaient souvent mal pour ceux qui étaient trop confiant, ils étaient bien placés pour le savoir.
- Alors, repris Iruka d'une voix songeuse, quand tu te montre plus autoritaire, je crois que Gene lui-même le prends comme une preuve d'affection. Il sait que si tu ne tenais pas à lui tu ne hausserais jamais la voix. Car tout ce que tu fais, c'est pour que son nom ne se retrouve pas prématurément sur cette fichu stèle au cimetière. Tu es un homme bon et un bon père. Mais si cela peut te rassurer, si un jour tu ne devais pas agir de la bonne façon avec Gene, je te le dirais. »
Sur ce point au moins, il se sentait moins tendu. Iruka avait raison. Se confier pouvait lui faire du bien, même si cela avait réveillé d'autre angoisse pour lesquels aucun d'eux ne pouvaient rien.
Kakashi ferma les yeux, tentant de ravaler ses angoisses et de ne pas penser à la guerre. Il ne servait à rien de trop se projeter dans l'avenir. Au bout d'un moment il crut qu'Iruka s'était endormit, mais quelques minutes de silence plus tard son amant se blottit davantage contre lui.
« Ça va recommencer, pas vrai? demanda-t-il d'une voix éteinte. La guerre.
Il aurait dû se douter qu'Iruka comprendrait. Ce n'était peut-être pas le meilleur élève de sa promotion, mais il avait une intuition impressionnante et il était loin d'être bête.
- Probablement, souffla-t-il, mais pour le moment nous avons atteint un espèce de plateau dans l'escalade de la tension politique. Sauf Suna qui nous a à nouveaux assurés de son soutien, on assiste à un statu quo unanime. À moins d'un acte de Casus Belli incroyable, je doute que les choses change avant que l'Akatsuki ne soit vaincu.
Iruka s'abîma dans un silence lourd et même le géni qu'il était aurait été bien en peine de dire à quoi il pensait.
- Promet moi une chose, demanda le professeur après des secondes qui parurent duré des heures à Kakashi. Promet que tu ne t'éloigneras pas de moi pour me protéger. Ça me ferait trop de mal.
Ce n'était pas le genre de choses qu'il pouvait juré sans y réfléchir. Si la situation se détériorait encore, en tant que Junin et ex-anbu il serait une cible de choix. Iruka était déjà assez en danger comme professeur (1) sans y ajouter la menace d'un assassinat pour l'atteindre. Mais comme il l'avait lui-même dit, une séparation leur ferait trop de mal pour le peu de bien que ça apporterait.
- Je te le promets. À moins d'un ordre direct, je ne tenterais pas de te laisser pour te protéger. »
Kakashi coula une main dans les cheveux soyeux de son amant, savourant leur douceur chaude et le calme de l'instant. Il inspira son odeur, se laissant bercer par le souffle sur son épaule. Il puisait dans cette intimité si simple un réconfort qui supplantait ses craintes pour le moment. Son maître lui avait appris à ne penser ni au passé qu'il ne pouvait changer, ni au lendemain que rien ne lui assurait de voir. Cela ne lui laissait que le présent pour vivre, et à cet instant précis, c'est tout ce dont il avait besoin.
oOo
(1) Pour ceux qui se disent : HEIN! Bien oui, pensez-y un peu. Si vous étiez un méchant Junin qui veut des informations sur les ninja du camps adverse, est-ce que vous essaieriez d'enlever un membre de l'état major balèze et ultra protégé, ou la méthode la plus simple ne serait pas d'enlever un ninja relativement faible et donc facile à capturer qui a enseignés aux sept ou huit dernières générations et a une connaissances général des talents de chacun parce qu'il est en prime membre du conseil d'assignation de mission? Je suis peut-être paresseuse, mais moi j'opterais pour la cible facile qui risque de parler plus vites étant donné qu'il n'a pas reçut la même formation de résistance aux interrogatoires musclé que son pote le gros balèze.
