"Allez! tout le monde debout!"

Kakashi grogna et tenta de rentrer la tête sous l'oreiller. Malheureusement, elle lui fut promptement arrachée. Gene remua un peu contre lui, tout aussi mécontent. Il n'était pas du matin. Contrairement à Iruka et Kakashi eux-mêmes. Enfin normalement. Pour le moment Kakashi ne souhaitait rien autant que de ramper sous ses couvertures et ne plus voir la lumière du soleil pour quelque mois.

"Kakashi senseï, Gene-kun, on se bouge! On va pas rester là, à se morfondre toute la journée!"

Gene jeta sa peluche sur son demi-frère avec une violence et une précision qui rendit Kakashi fier malgré une réaction de sympathie bien naturel pour Naruto qui venait de recevoir la dites peluche dans l'entrejambe. Ce qui résultat bien sûr en un cri à vous glacé le sang de la part de Naruto qui se tordit de douleur un moment avant de se relever et de se jeter dans le lit, Kakashi eut juste le temps d'esquiver un coude en plein ventre.

"Tu veux jouer à ça petite peste! Attend un peu! C'est la douche froide qui t'attend sale morveux!"

"Comment tu m'as appelé? Tête de nid d'oiseaux!"

Kakashi tenta bien de protester, mais le hurlement de guerre de Gene interrompit toute objection alors que Gene se jetais sur Naruto avec furie. Le jeune homme se contenta de l'attraper au vol et de l'empêcher de le toucher. Il se dirigea ensuite vers la salle de bain, Gene gesticulant et pestant sous le bras. Kakashi ne s'était même pas encore complètement redresser quand les cris d'outrage de Gene retentirent en même temps que le bruit de l'eau de la douche.

"C'est toujours comme ça au réveil?" demanda Gaï dont la tête dépassa du pied du lit.

Hier soir avait été la première nuit passé à la maison depuis l'accident, et l'absence d'Iruka lui faisait tellement mal qu'elle créait comme un trou dans sa poitrine. Il n'avait donc pas protesté quand Gaï avait plus ou moins investit sa cuisine et s'était invité à souper. Gene n'avait pas voulu dormir dans son lit, et Kakashi avait été désemparé un moment avant que Naruto ne propose de simplement dormir tous ensemble. Ce que Gaï s'était empressé de réaliser en tirant les futons dans la pièce commune et en aidants Naruto à dénicher couvertures, oreillers et draps en quantité suffisante pour les enterrer tous sous un amas d'une taille impressionnantes. Tout cela s'était passé tellement vite qu'il n'aurait pu protester s'il l'avait voulu. D'un autre côté ne pas avoir à dormir dans la chambre qui était la leur, alors qu'Iruka était dans un lit d'hôpital, était un soulagement. Et bien que, techniquement, Gaï s'était un peu permis de les envahir, concrètement, Kakashi lui en était infiniment reconnaissant. La présence de Gaï n'avait pas comblé ce trou immense de peurs de craintes et d'absence, mais elle l'avait un peu apaisé. Ce que Kakashi supposait être le but de leur petite combine. Car la présence de Gaï n'était pas un hasard.

Depuis l'accident Kakashi n'avait jamais été plus d'une heure sans qu'un de ses amis ou un ami d'Iruka ne soit là, à ses côtés, l'aidant dans toutes les vicissitudes. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre qu'ils s'étaient organisés pour qu'il en soit ainsi. Il se sentait un peu comme une porcelaine qu'on se serait passer le mot de protéger. Mais en même temps, cela lui permettait de concentrer toutes l'énergie qui n'était pas dévoré par l'inquiétude à réconforter Gene. Ce dont il n'allait pas se plaindre.

Il comprenait un peu mieux ce qu'avait pu vivre son père. Il ne lui pardonnerait jamais, mais il comprenait un peu plus. Il était très difficile de faire bonne figure pour un enfant qui vous renvoyait en plein visage les mêmes peurs et les mêmes angoisses que celle qui vous empêchaient de respirer quand vous y songiez pour plus de quelques secondes. Savoir qu'il était de votre devoir de les apaiser pour lui ne rendait pas la tâche plus facile. Surtout quand croire à vos propres paroles rassurantes vous semblaient comme naïf et enfantin.

"Kakashi?"

La voix de Gaï était douce, compatissante, et Kakashi compris que ses pensées avaient dû transparaître dans sa posture, ou alors Gaï commençait à le connaître suffisamment pour pouvoir prédire à peu près son cheminement de pensés.

"Tu vas trouver ça surprenant, mais la figure d'autorité parentale n'a jamais été moi. Je ne... c'est Iruka qui..."

Gaï eut un léger sourire.

"Il a toujours été l'impétueuse flamme de votre feu." Offrit Gaï.

Kakashi se dit qu'il côtoyait vraiment trop les amis d'Iruka puisqu'il venait de comprendre tout à fait ce que voulait dire Gaï alors qu'il était sûr que ça n'en aurait pas eu pour quiconque d'autre que lui ou Iruka.

Dans la salle de bain, les cris indignés et les insultes avaient été remplacé par des rires et le bruit d'éclaboussure. La salle de bain allait prendre des heures à ramassé, il en était sûr.

"Oui. Je... Gaï, Je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir faire si Iruka ne... s'il... Je ne suis pas sûr d'être à la hauteur pour élever Gene seul."

L'air avait soudainement du mal à passer dans ses poumons, ou alors c'est lui qui avait du mal à respirer. Gai se laissa tomber à côté de lui, posant une main rassurante dans son dos.

"Tu es un excellent père Kakashi."

"Pour le moment. Mais je sais ce que perdre la personne qui tiens votre cœur dans ses mains peut faire. Je le sais intimement Gaï. Et je... Je ne veux pas être comme mon père, avoua-t-il en un murmure. Je ne veux pas que Gene perde ses deux parents le même jour, mais je... j'ai l'impression d'avoir laissé Iruka s'approcher trop près. Prendre trop de moi. Et s'il... s'il meurt, je ne sais pas quelle partie de moi mourra avec lui, si je serais assez fort pour faire mieux pour notre fils. Merde Gaï, j'ai toujours pensé... même Iruka... nous avons discutés de ce qu'il faudrait dire à Gene si je ne revenais pas un jour, de ce que je voulais qu'il reçoive en héritage, mais jamais... on n'avait pas pensé que..."

Un étau se resserra sur sa gorge et il dut cligner des paupières pour chasser les larmes. Mais il eut beau tenté de les retenir, elles se mirent à couler sur ses joues sans qu'il ne puisse rien y faire. Gaï passa un bras autour de ses épaules et l'attira contre lui, il n'eut pas la force de le repousser et à sa grande honte, un sanglot passa ses lèvres.

"Pleure un bon coup, Kakashi. Il faut que ça sorte, tu ne peux pas tout garder verrouiller en toi. Ou c'est devant les gosses que tu vas craquer."

Kakashi ne sut pas combien de temps il passa à pleurer contre Gaï, mais son « rival » ne chercha pas à l'apaiser. Il le laissa simplement vider son chagrin jusqu'à ce qu'il se soit calmé.

Le tintement de la vaisselle dans la cuisine lui appris où en étaient rendus les deux frères dans les préparatifs du matin.

"Désolé." marmonna-t-il gêné, en se redressant tout en essuyant ses larmes.

"De quoi? d'aimer Iruka, un homme que j'appelle mon frère?" demanda Gaï doucement. "Je ne crois pas que tu réalises le temps que j'ai chialer comme un bébé dans les bras d'Anko quand j'ai appris qu'il était à l'hôpital et la sévérité de sa condition. Il est ma famille, autant que Lee, autant qu'Anko. Et savoir, avoir cette preuve que quelqu'un l'aime comme tu l'aimes me rassure Kakashi. Il mérite d'être aimé aussi fort."

Kakashi eut un léger sourire en réponse à celui, encourageant de Gaï.

"Il t'avait toi, avant de m'avoir moi."

"Ce n'est pas la même chose, fit Gaï avec un petit hochement de tête, mais merci de reconnaître que j'ai de l'importance dans sa vie. Je sais que j'irrite tes nerfs par moments, que je suis trop flamboyant, mais tu n'as jamais rien dit. Tu as toujours été accueillant."

Kakahsi eut un léger haussement d'épaule.

"Si on en est aux confidences, alors merci de ne pas avoir chercher à me casser la gueule il y a quelques années. Je sais que tu en bouillais d'envie pour lui avoir fait du mal."

Gaï eut un demi sourire.

"Tu méritais qu'on te casse bien plus que ton visage pour la façon dont tu as joué avec lui la première fois. Mais je ne me suis pas empêché de faire quoi que ce soit, pas vraiment. Je suis celui qui a proposé à Ibiki, l'air de rien, de t'envoyer en avant-poste, comme tu avais de l'expérience."

Kakahsi dévisagea Gaï un court moment.

"J'ai encore des cauchemars, finit-il par dire. S'était à la fois une façon subtile et efficace de me casser plus que seulement la gueule en effet."

"Nous sommes quitte?"

Kakashi acquiesça et accepta la main tendue de Gaï. Ils échangèrent une poignée de main pour sceller leur accord.

"Nous sommes quitte. Tu es beaucoup plus retord que je ne le croyais." offrit Kakashi avec précaution, peu sûr de comment son commentaire serait reçu.

Gaï eut un éclat de rire.

"Je suis le meilleur ami d'Iruka." pointa-t-il.

"J'aurais dû m'en douter, marmonna Kakashi pour lui-même, Iruka a toujours l'air plus blanc que neige, pur et sans dissimulation, mais quand on sait que... ouai, j'aurais dû m'en douter! Gaï, si Iruka... Je veux juste m'assurer que si... si je faisais du mal à Gene, tu... tu ne me laisserais pas faire."

"Un jour à la fois mon ami. Iruka a passé la nuit, rien ne dit qu'il ne se rétablira pas."

"Mais s'il... J'ai juste besoin de savoir que quelqu'un m'empêchera de faire subir... Je veux mieux pour notre fils que l'enfance que j'ai eu. Et ce ne sera pas Rin ou Genma qui seront implacable avec moi parce qu'ils ont tendance à me pardonner tout quand je souffre."

Gaï soupira.

"C'est une promesse qui me semble inutile. Tu aimes ce gamin Kakashi, comme j'aime Lee. Tu ne lui feras jamais du mal, tu es quelqu'un de bien."

"Mon père m'aimait aussi, Gaï. Au bout du compte ça aurait été plus facile s'il n'y avait eu que de la haine entre nous. Ce ne sont pas les jours où il levait la main sur moi qui faisait le plus mal. Ce sont les bons jours, ceux où nous dînions ensemble, où il ne buvait pas et qu'on parlait. Parce qu'ensuite, je savais que le père que je voulais, le père que j'aimais existais toujours, mais que je n'étais pas assez, ne serait jamais assez pour qu'il revienne et reste avec moi. Je n'étais pas suffisant pour ça."

Gaï l'observa un moment, Kakashi soutint son regard, même s'il ne savait pas trop ce que Gaï y cherchait.

"D'accord, je serais ton garde fous Kakashi. Je ne te laisserais pas faire du mal à votre fils. Pas parce que je crois que ce soit nécessaire, mais parce que je vois que tu as besoin d'être sûr que quelqu'un pourra remplir ce rôle pour être capable de songer à autre chose."

"Merci."

"En contrepartie je veux que l'on se voit toutes les semaines, comme on le fait maintenant. Je veux savoir qui est l'homme, pas seulement le ninja, qui partage la vie d'Iruka."

Kakashi fut surpris mais acquiesça.

"Tant qu'il n'y aura pas de défis ridicules."

"Marché conclus."