- Que les choses soient claires : nous partirons d'ici dès que Stiles s'en sentira la force, mais nous ne resterons pas un jour de plus que nécessaire.

Les mots de Derek claquaient avec une vigueur pas vraiment surprenante. Il avait beau avoir Magnus dans son champ de vision et se douter que celui-ci ne laisserait pas un affrontement déranger le calme de son grand appartement, il ne lui faisait pas entièrement confiance. Se fier à un inconnu de façon aveugle n'était pas dans ses habitudes. Pour l'instant, il devait accepter certaines choses, dont le fait de passer quelques nuits supplémentaires dans un endroit où il ne se sentait toujours pas à l'aise. Il ne lui appartenait pas et… Était habité par son propriétaire – et son époux, visiblement. Autant le sorcier le dérangeait un peu moins qu'au départ, autant son compagnon… Derek ne pouvait pas croire qu'il soit parfaitement innocent dans cette histoire. Des marques étranges, il en avait. Elles allaient de ses bras à sa gorge et le loup-garou se doutait bien que le reste était caché par ses vêtements. Pour lui, si Stiles avait montré de tels signes de terreur en les voyant, ce n'était pas pour rien.

Et en même temps, il était difficile pour lui de douter de ses paroles tant elles étaient vraies. Son cœur et son odeur lui avaient clairement indiqué que Stiles disait la vérité : et jamais il ne lui viendrait l'idée de plaisanter dans son état. Derek se fit une réflexion amère. Stiles ne rirait sans doute plus avant un moment. Le temps qu'il digère ce qui lui était arrivé, qu'il guérisse du traumatisme que la torture subie lui avait causé. Et même après, rien ne garantissait qu'il retrouverait le même tempérament audacieux qu'il avait autrefois. Ce temps si proche qui paraissait pourtant si lointain à Derek et qu'il regrettait pour ne pas en avoir profité à sa juste valeur. Il aurait dû ne pas hésiter à passer plus de temps avoir lui, mettre de côté les doutes qui l'avaient pris au début de leur flirt. Car si leur relation avait évolué relativement rapidement, le loup-garou l'avait toutefois ralentie à plusieurs reprises. Parce que ce qu'il y avait entre eux était une nouveauté qu'il avait mis un bon moment à accepter, à se dire qu'il pouvait être attiré par cet hyperactif au tempérament de feu et au sourire solaire. Il en vint même à se dire qu'il aurait peut-être pu éviter que Stiles se retrouve seul ce soir-là. S'ils avaient été plus proches, s'il avait accepté que leur attachement puisse prendre une plus grande importance dans sa vie…

Derek s'efforça de ne pas détourner les yeux de cet Alec et de se reconcentrer sur sa présence. Il se méfierait de lui jusqu'à ce qu'on lui apporte une preuve irréfutable qu'il n'avait pas participé à la torture de son amant et craindrait jusqu'alors une attaque surprise de sa part. Il savait que des gens affublés de tatouages de ce genre avaient traumatisé Stiles. Qu'est-ce qui ferait qu'Alec puisse être différent ? Derek trouvait sa propre réflexion fort simpliste, mais c'était en pensant ainsi qu'il avait survécu des années malgré sa solitude. Sa façon de faire et de penser avait fait ses preuves, dans un sens. Il n'était pas contre l'idée qu'on lui montre qu'il se trompait : il n'attendait que ça.

Et bordel, ce qu'il était heureux que Magnus ait trouvé le moyen de renvoyer Stiles dans ce qui était pour l'instant leur chambre. Non seulement il y était momentanément en sécurité, mais en plus, il n'avait pas à entendre ni percevoir davantage toute cette tension violente qui l'animait. Derek détestait parfois cette façon d'être, sans pouvoir la retenir toutefois. Il était furieux. Furieux de n'avoir pas été là lorsque Stiles en avait eu besoin. Furieux que l'on ait tout simplement fait du mal à quelqu'un qu'il commençait à apprécier plus que de raison, suffisamment pour le laisser l'embrasser et le toucher à sa guise.

Un être avec qui il envisageait d'aller plus loin qu'un simple flirt. Une âme dans laquelle il avait l'impression de reconnaître la moitié qu'il cherchait depuis des lustres.

Cette pensée l'apaisa malgré lui, comme si elle signifiait réellement quelque chose et que son sens était plus important que tout. Derek restait très en colère, mais on pouvait plus difficilement déceler cette lueur meurtrière dans son regard.

- Je ne suis pas ton ennemi, encore moins celui de Stiles, finit par lâcher Alec.

Derek fut presque déçu d'entendre son cœur lui confirmer qu'il disait la vérité. Avait-il besoin de laisser parler la bête en lui, d'user de ses griffes pour mettre un terme à la torture intérieure qui le prenait depuis qu'il était courant pour Stiles ? Peut-être. Le fait est qu'il avait de la chance que l'hyperactif l'ait quelque peu calmé et de posséder dans le même temps un semblant de sang-froid… Ou du moins suffisamment pour ne pas sauter sur son vis-à-vis ainsi sans peur ni réflexion. Puis il n'oubliait pas que Magnus était désormais à ses côtés, la main sur l'épaule de son époux : les regards qu'il leur lançait tour à tour étaient sans équivoque. Il y avait de l'inquiétude, oui, mais pas de peur.

Car le sorcier savait qu'il pourrait agir à sa guise en cas de débordement. Et ce simple fait fit comprendre à Derek que les capacités de son hôte dépassaient largement ce qu'il imaginait au départ. Il s'en doutait déjà mais le comprendre lui donnait une toute nouvelle marge de manœuvre… Bien moins large que la précédente.

- Je sais qu'il a peur de mes runes et c'est on ne peut plus normal, soupira Alec. Je ne peux pas effacer le fait que ceux qui l'ont torturé faisaient partie de mes subalternes. Je ne peux pas non plus nier le fait qu'on partage la même nature, le même genre de pouvoirs.

Derek croisa les bras sur sa poitrine et son regard montra à son interlocuteur qu'il l'écoutait pleinement – malgré lui, certes.

- Je savait que cette équipe avait arrêté quelqu'un vis-à-vis d'une affaire de meurtre d'un de nos collègues mais jamais je n'aurais pu imaginer qu'ils avaient agi de cette façon-là. J'ai tout fait pour abolir cette forme d'interrogatoire, l'usage pur et simple de cette technique de torture. C'est Magnus qui m'a montré la rune sur le coup de ton ami et c'est là que j'ai compris qu'en plus d'outrepasser mes ordres, on avait violé les règles de l'Institut. La torture y est purement et simplement interdite.

Jusque-là, il ne lui apprenait rien de nouveau mais Alec semblait tenir à lui dire les choses de cette façon. Il semblait sincère dans son entreprise et dans l'air qu'il se donnait – fatigué, quelque peu désespéré.

Mais pas moins ferme.

Alec était un chef et pas des moindres. Ses erreurs, il les reconnaissait à demi-mots sans se montrer très expansif, pour la simple et bonne raison que la discussion n'était pas véritablement ouverte. La colère de Derek, il la voyait et tout autant qu'il l'entendait et la comprenait tant elle était parfaitement légitime. Lui-même s'imaginait fort bien à sa place… D'autant plus qu'il l'avait vécu. Tardivement, à distance aussi. Mais la souffrance était toujours là, bien réelle, rappelée au front par les ombres qu'il voyait de nouveau dans les yeux de Magnus depuis que ce dernier avait accueilli le terrestre chez lui.

Alec soupira à nouveau avant d'accrocher encore et encore le regard bestial de Derek. Puis de lâcher :

- Magnus, laisse-nous seuls une minute.