Chapitre 52 - Noël au Square Grimmaurd
Dans la chambre du Square Grimmaurd qu'elle partageait avec Ginny, Hermione était installée à leur bureau. Même si beaucoup des toiles d'araignées avaient disparu depuis leur dernière visite, l'atmosphère confinée de la maison de Sirius restait plus propice aux révisions qu'aux jeux. Un petit sifflement endormi lui fit relever les yeux de son manuel. Orron somnolait face à elle, dans l'espace étroit entre deux livres.
— Tu en as pour encore longtemps ? demanda soudain Ginny. Tu passes les vacances le nez collé à tes livres.
— J'ai bientôt fini, répondit Hermione en tournant une page du Le Livre des sorts et enchantements, niveau 5.
— Je sais que tu veux t'avancer au maximum avant ce soir, mais tu aurais pu faire un peu plus de pauses. Pattenrond se sent totalement délaissé, regarde-le.
Hermione pivota vers Pattenrond, roulé en boule sur son lit. Comme s'il savait qu'on parlait de lui, il la fixa de ses iris fendus. Puis poussa un bâillement qui dévoila ses crocs avant de reprendre sa sieste.
— Effectivement, il a vraiment l'air de mal le vivre, répliqua-t-elle.
Ginny avait toujours été un peu trop perspicace à son goût. Visiblement, le fait qu'elle soit toujours en train de réviser ne constituait pas une couverture suffisante.
— Il doit arriver ce soir, non ? poursuivit Ginny. Ron n'a pas hâte, lui.
Et elle n'avait pas hâte qu'ils se croisent à nouveau. Ni Harry ni Ron n'avait posé de questions sur Draco et elle, comme s'ils espéraient que toute cette histoire n'existerait plus s'ils l'oubliaient.
— La chambre est prête ? ajouta Ginny.
— Kreattur a préparé la chambre du frère de Sirius, au quatrième étage. Il l'y emmènera directement à son arrivée.
Des coups rapides sur la porte fendirent Ginny d'un grand sourire. Sans même attendre, elle se hâta d'ouvrir. Draco se tenait dans la pénombre du palier. Ginny lui fit signe d'entrer avant que quelqu'un ne les surprenne. Lorsqu'il entra, Kreattur se glissa dans son ombre.
— Je vais prévenir les autres de ton arrivée, dit Ginny avec un clin d'œil pour Hermione.
Le claquement de la porte déposa un silence sur la chambre.
— Si je me base sur le clin d'œil qu'elle vient de te faire, je suppose qu'on a moins quinze bonnes minutes devant nous ? fit Draco.
À cet instant seulement, Hermione remarqua le paquet qu'il tenait sous son bras. Épais comme deux poings, mais de la taille d'un grand livre. Son cœur rata un battement et elle espéra qu'il ne s'agissait pas d'un cadeau de Noël. Rien de ce qu'elle avait vu à Pré-au-Lard ne l'avait convaincue pour lui et passer les vacances au Square Grimmaurd ne lui avait pas donné l'occasion de chercher autre part. Quand il lui tendit le paquet, la curiosité prit un peu le pas sur le malaise. Qu'avait-il bien pu choisir à son intention ?
Le papier cadeau entourait quelque chose de lourd, ce qui la conforta dans l'idée d'un livre. Une théorie que le relief sous l'emballage appuyait. Elle le déchira avec précaution pour découvrir trois ouvrages sur les relations entre sorciers et créatures magiques.
— Oh…
C'était pour la S.A.L.E. De tout ce qu'il aurait pu lui offrir, il avait choisi de viser la S.A.L.E. ? Elle ouvrait la bouche pour le remercier, touchée, mais il la prit de vitesse.
— Très sincèrement, pour faire bouger une cause aussi ancrée que celle des elfes, il va falloir bien plus que des badges et quelques bonnets. Je n'ai aucun doute que tu arriveras à faire évoluer le sujet, par contre je ne pense pas que tu puisses si tu ne t'intéresses pas aux principaux concernés, ajouta-t-il en désignant Kreattur qui les observait en silence.
— Même eux ne se rendent pas compte de la situation.
— Les elfes naissent dans la servitude. Si tu leur retires ça d'un coup, comment vont-ils se sentir à ton avis ? Tu es suffisamment intelligente pour ne pas procéder d'une façon qui leur fasse perdre tout sentiment de sécurité, comme ça a été le cas avec Winky et Croupton.
Hermione qui acquiesçait, attentive, fronça soudain les sourcils.
— Comment tu es au courant de cette histoire ?
— Dobby m'en a parlé.
— Dobby ? Vous avez parlé ? demanda-t-elle avec une pointe d'inquiétude.
— Eh bien, j'ai décidé de lui offrir un cadeau de Noël à lui aussi et de lui expliquer la situation. Après tout son aide a été précieuse l'année dernière.
Son revirement au sujet des elfes de maison était un peu trop soudain pour qu'elle ne se pose pas de questions, mais comme elle tenait par-dessus tout à encourager cette attitude, elle acquiesça.
— Le point que tu soulèves est intéressant. Je vais réfléchir à mon approche, dit-elle enfin en resserrant les trois livres contre elle. Merci, Draco.
Elle se haussa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur ses lèvres et s'écartait quand elle entendit Kreattur caqueter. Draco ferma un bref instant les yeux.
— Oh non, pardon, je n'ai pas réfléchi.
Comme la situation pouvait toujours être pire, ce fut le moment que Ron, Harry et Ginny choisirent pour entrer, alors que Kreattur marmonnait d'une voix tout à fait intelligible « La Sang-de-Bourbe qui ose embrasser… ». Pendant un instant qui sembla une éternité, tous les cinq se toisèrent dans un silence empli des injures de Kreattur.
Ce fut un geste de Draco qui l'interrompit enfin.
— J'ai aussi un cadeau de Noël pour toi Kreattur, pour t'aider dans tes tâches. Prends-le et redescends.
Le vieil elfe se retrouva avec un paquet dans les mains et sembla un moment incapable de se décider entre le dégoût viscéral qui lui donnait l'air nauséeux et la joie immense d'un cadeau inattendu. Finalement il s'inclina très bas et sortit en proliférant ses insultes habituelles à l'égard de Ron et Harry. Hermione soupira alors que Ginny pouffait de rire.
— J'espère que tu n'as pas de cadeau pour nous, dit Ron.
— Certainement pas.
— Alors que même l'elfe en a un ?
— L'elfe a une utilité. Peux-tu dire la même chose de toi, Weasley ?
Harry poussa Ron à s'asseoir sur le lit de Ginny en secouant la tête et Hermione reprit place sur la chaise de bureau, déjà impatiente d'étudier les livres qui pesaient sur ses genoux. Elle capta un regard de Ron vers eux alors que Ginny passait devant elle pour s'asseoir sur son lit, à côté de Pattenrond.
— J'ai pu glaner quelques informations, dit Draco.
Hermione caressa le relief de la première couverture. Elle était toujours un peu mal à l'aise de ne pas lui rendre la pareille. Il n'avait pas l'air d'attendre quoi que ce soit en retour, mais puisqu'il lui avait fait un cadeau aussi personnel… Elle se tourna vers ses aiguilles à tricoter, retint un sourire puis se reconcentra sur la conversation.
— Donc ce n'est définitivement pas une possession ? demandait Harry.
— Non, mais ce n'est pas une bonne nouvelle. Il a un but derrière tout ça, Potter. Ce que je te conseille, c'est de t'entrainer à l'occlumencie.
— Dumbledore m'a déjà dit ça. Il veut que Rogue m'entraine.
— Dans ce cas, réjouis-toi. C'est un des meilleurs du pays.
— Ouais. Génial. J'ai tellement hâte.
Draco leva les yeux au ciel.
— Qu'est-ce que tu préfères, Potter ? Le Seigneur des Ténèbres dans ta tête ou quelques cours avec Rogue ?
À l'expression de Harry, les deux choix lui étaient tout aussi pénibles. Draco grogna et changea de sujet, mais rien de ce qu'il avait appris sur Ombrage ne les avançait tant que ça.
— Alors il ne reste qu'à continuer les réunions de l'AD, conclut Hermione.
— Et faire en sorte que le Ministère admette publiquement le retour du Seigneur des Ténèbres, ajouta Draco. Sans ça la résistance ne pourra se faire que dans l'ombre et elle ne sera pas du tout efficace. Le pouvoir en place doit absolument nous aider.
La discussion qu'ils avaient eu dans la forêt était encore vive dans sa mémoire, peut-être parce qu'il l'avait embrassée l'instant d'après... Selon lui, Lucius et Narcissa ne s'opposeraient pas à la meilleure amie du héros qui venait de sauver le monde sorcier. Évidemment Harry n'allait pas vaincre le plus grand mage noir du pays du jour au lendemain et attendre de lui qu'il réitère son exploit n'avait rien de juste, en revanche, forcer le ministère de la Magie à ouvrir les yeux semblait un bon compromis. Ils pourraient ainsi laisser les Aurors faire leur travail. Qui pourrait s'opposer à Draco et elle ensemble après tout ça ?
— À ce sujet, ajouta-t-elle en attrapant la liste de noms que Draco lui avait transmis quand il avait espionné la réunion des Mangemorts.
Elle la tendit à Harry.
— Ce sont tous les sorciers qu'on soupçonne d'avoir infiltré le ministère au profit de Tu-Sais-Qui. Tu pourrais les transmettre à Maugrey en disant que tu as entendu parler d'eux dans une de tes visions ?
Il prit la liste en acquiesçant et ils continuèrent à réfléchir à ce qu'ils pouvaient faire de plus de ces nouvelles informations. Sauf que le ministère n'allait pas être si simple à faire plier. Ginny se mit bientôt à bâiller et la chaise sur laquelle Hermione était assise se faisait de plus en plus inconfortable. Même Draco vint s'appuyer contre le bureau, les bras croisés. Les silences s'étiraient de plus en plus quand Ron leva la main, l'oreille tendue vers la porte.
Derrière la respiration de Ginny qui avait fini par s'endormir complètement, un second souffle, lourd, semblait provenir de l'autre côté du bois. Ron se leva sans bruit et ouvrit la porte en grand. Ils baissèrent tous la tête vers Kreattur qui les observa tour à tour d'un air mauvais, avant de contourner les jambes de Ron pour s'incliner devant Draco. Son nez s'écrasa contre le sol plusieurs secondes, puis il se redressa pour tendre un petit objet grossièrement emballé dans un mouchoir de soie. Propre, heureusement.
Draco en dénoua le nœud, découvrant un lourd médaillon en or serti de pierres vertes qui formaient un « S » majuscule. Il le fit tourner dans sa main.
— Qu'est-ce que…
— Le bien le plus précieux de Kreattur, monsieur, le médaillon de M. Regulus.
Les yeux injectés de sang de Kreattur s'humidifièrent soudain et quand Draco l'interrogea, il se mit à hoqueter.
— Kreattur n'a pas su… Kreattur n'a pas su exécuter les ordres…
— Les ordres ? demanda aussitôt Harry, les sourcils froncés. Quels ordres ?
— Les ordres de M. Regulus… croassa Kreattur. M. Regulus avait ordonné à Kreattur de détruire le médaillon avant de… de…
Le cœur serré, Hermione glissa à genoux à côté de lui, sans oser le toucher.
— C'est quoi cette histoire ? fit Ron.
Draco continuait d'admirer le médaillon, silencieux.
— La question, dit-il enfin d'un ton lent, c'est pourquoi Regulus Black voudrait détruire le médaillon de Salazar Serpentard ?
Hermione poussa un petit cri. Il tenait une telle relique ?
— Euh… commença Harry.
— C'est une des quatre reliques laissées par les fondateurs de Poudlard. Tu as déjà vu l'épée de Godric Gryffondor. Il y a le médaillon de Salazar Serpentard, le diadème perdu de Rowena Serdaigle et la cou…
Elle agrippa le bras de Draco. Il écarquilla très légèrement les yeux et ses iris gris se tournèrent vers un point invisible. Elle pouvait lire tous les calculs qui le traversaient.
— … la coupe de Helga Poufsouffle, termina-t-elle dans un souffle.
— Celle qui se trouve dans le coffre des Lestrange, à Gringotts, murmura-t-il en revenant au médaillon.
La trouvaille qu'ils venaient de faire lui donnait envie de sautiller, mais le visage humide et le nez de Kreattur qui coulait encore la doucha. Regulus était probablement mort pour récupérer cet artéfact. Une toux l'arracha à ses réflexions.
— Si on ne vous dérange pas trop, ça vous dirait de nous partager un peu ce que vous avez compris ? lança Ron.
— C'est simple, Weasley. Le Seigneur des Ténèbres a demandé à mes parents de contrôler le coffre des Lestrange. Ce qui l'y intéresse vraiment, c'est la coupe de Helga Poufsouffle et je suppose que c'est lui qui l'y a placé. Ma mère est certaine qu'ils ne l'avaient pas avant et qu'ils n'avaient pas l'intention de l'acquérir.
— Et qu'est-ce que ta mère en sait ? insista Ron.
— Elle en sait plus que toi, étant donné que Bellatrix Lestrange est sa sœur. Regulus était un Mangemort et il est mort très jeune. Il devait avoir un ou deux ans de plus que nous, pas plus. S'il a obtenu ce médaillon… Kreattur, ce qui a tué Regulus, ce n'est pas une mort naturelle, n'est-ce pas ?
Hermione se tourna vers le pauvre elfe, le cœur battant. Kreattur acquiesça lentement, les yeux à nouveau remplis de larmes.
— Il l'a volé au Seigneur des Ténèbres ?
Pour la seconde fois, Kreattur acquiesça.
— S'il voulait le détruire, c'est qu'il a renié son allégeance envers le Seigneur des Ténèbres.
Ce fut au tour de Draco de s'agenouiller à côté de Kreattur.
— Ce que tu viens de nous dire est capital. Je sais que Regulus Black était important pour toi, mais il est important que j'ai ce médaillon.
— M. Regulus était…
Les hoquets étranglèrent Kreattur et il fondit à nouveau en larmes. Hermione dut lutter pour ne pas le prendre dans ses bras.
— On peut t'aider à remplir le dernier ordre de ton maître, dit Harry qui observait l'elfe avec un mélange de pitié et de dégoût. Je n'ai pas tout compris, mais si ce médaillon est important pour Voldemort, le détruire ne peut pas faire de mal.
— Reste à savoir en quoi il est important, dit Draco. Kreattur, si tu as la moindre information qui pourrait nous aider, c'est maintenant.
Kreattur se débattit pour parler à travers ses hoquets.
— Q-Quand M. Regulus… a em-emmené Kreattur récupérer… le médaillon... M. Regulus a p-parlé… d'Horcruxe…
Ils échangèrent un regard. Cette fois, aucun d'eux n'avait la moindre idée de ce que « Horcruxe » signifiait.
Review Guest
AmandeEtCerisier, bon ce n'est pas Noël pour nous avant longtemps mais au moins ça l'est pour eux haha, et oui il change petit à petit, bon il est encore loin d'aller faire des bonhommes de neige avec Ron et Harry, d'ailleurs je ne crois pas que cette version de Draco existera un jour.. mais qui sait.
