Le retour est silencieux et pesant.
C'est Happy qui amène le SUV jusque devant les portes de l'hôpital. Peter s'installe à l'arrière, en marchant lentement, et Pepper s'assoit à ses côtés. Elle tente de lui prendre la main, mais Peter sursaute légèrement quand Tony claque la portière à l'avant et il ramène son bras contre lui, la tête basse.
La culpabilité le ronge de l'intérieur. Son estomac est presque vide, les médicaments qu'ils lui ont donnés étaient presque aussi efficaces que des bonbons, et Tony semble plus en colère contre lui à chaque seconde.
Tony Stark n'a jamais été en colère contre Peter. Jamais ainsi. Jamais au point d'élever la voix et de détourner le regard de fureur. Jamais au point de garder ainsi le silence pendant tout le temps du trajet.
Pepper ne dit rien, mais Peter sent son regard sur lui pendant un bon moment tandis qu'il détourne le regard vers l'extérieur.
Quand la voiture s'arrête, il en descend sans dire un mot. Il se retient de rejeter le toucher de Pepper quand elle pose sa main sur son épaule. Ils grimpent dans l'ascenseur, regardent les étages défiler. Peter sent l'odeur de la maison, entend la respiration de Tony, écoute le bruit des machines derrière les murs.
Son corps l'a trahi. Il a trahi Tony et Pepper.
Le petit « dig » leur indique qu'ils sont arrivés.
— Tu devrais aller te reposer dans ta chambre, Peter, dit Pepper alors qu'il s'arrête au milieu du salon. Je vais t'apporter à manger plus tard.
Il acquiesce. Il acquiescerait à n'importe quoi.
— Tu pourras laisser la porte ouverte ? Je ne suis pas loin, alors si t'as besoin de quelque chose…
Il acquiesce à nouveau.
— La Dr Cho va passer un petit peu plus tard pour vérifier encore une fois que tout va bien. On est jamais trop prudent.
Pepper a le visage bouffi. Ses cheveux sont emmêlés et ramenés en chignon. Peter la trouve toujours belle, mais ça se voit qu'elle a eu peur. Qu'elle est encore inquiète. Qu'elle marche sur ses œufs.
Il baisse les yeux, et acquiesce.
Au moment où il se retourne pour se diriger vers les escaliers menant à son couloir, la voix de Tony le fait se figer sur place.
— J'ai réactivé les capteurs de ta chambre.
Sa voix est tendue. Peter ne le regarde pas.
— Si t'as besoin, tu peux l'appeler.
Il observe ses pieds.
— Et si l'envie te reprend de mettre le bordel dans mes programmes, repenses-y.
— Tony, siffle Pepper.
Peter acquiesce, puis monte les escaliers.
Quand il arrive dans sa chambre, rien ne lui a jamais paru aussi étranger.
Peter ne se lève pas pendant deux jours.
Il reste sous ses draps, sans dire un mot. En rentrant, il s'est déshabillé, a pris une douche en sentant monter une légère panique quand l'eau a mouillé ses cheveux, est resté tellement longtemps sous le jet brûlant que sa peau était devenue sèche et irritée. Il a mis un pyjama propre. A peigné ses cheveux.
Quand il est sorti de la salle de bain, Peter a éteint Karen, a rangé les vieux papiers qui traînaient encore par terre, puis s'est enroulé sous les couvertures.
Il s'est endormi tout de suite.
Il s'est réveillé quand Pepper lui a apporté à dîner. S'est endormi à nouveau.
S'est fait réveiller par Pepper des heures plus tard pour qu'il avale quelque chose. Lui a fait plaisir. S'est rendormi. S'est réveillé. A fixé le plafond pendant des heures. S'est rendormi. FRIDAY lui a dit que Tony voulait qu'il vienne au salon.
Il n'a pas bougé.
Et juste comme ça, deux jours sont passés.
A présent, il sent que sa peau est moite. Que sa gorge est sèche. Parfois une nouvelle toux lui échappe. Sa vessie lui fait mal.
Peter pense à son père. Il s'imagine une vie où ses parents ne seraient jamais parti. Où il serait devenu Spider-man plus tôt, où il aurait été un gentil garçon, où il les aurait écouté. Où il aurait fait plus d'effort pour que ce dernier ne s'énerve pas contre lui. S'il était resté avec eux, alors beaucoup de choses auraient été différentes. Ben et May seraient encore en vie, puisqu'il n'aurait jamais été avec eux. Il n'y aurait eu aucune famille d'accueil. Pas de Barrett et leur pièce qui sent la litière, pas de Skip Wescott qui le terrifiait au point qu'il recommence à faire pipi au lit. Tony aurait pu rencontrer un enfant gentil et doux et intelligent. Pepper aurait pu avoir une fille ou un fils à câliner autant qu'elle le souhaiterait.
Il s'imagine un monde où il n'aurait jamais dérangé autant de personnes. Où il n'aurait jamais été aussi abîmé aussi tôt.
Son téléphone n'arrête pas de vibrer. Il est juste là, à portée de bras, et finalement quand Peter se décide à le tendre il constate que la plupart son de Ned. Quelques uns sont de MJ. L'un d'entre eux est de Harry. Ils s'inquiètent, lui demandent pourquoi il n'est pas en cours.
Peter lit tout ça, puis éteint son téléphone et le range dans sa table de nuit.
Il s'endort.
Quand il se réveille, Pepper est juste là. Elle sent bon, ses mains sont douces, et elle murmure :
— Peter, chéri. Comment tu te sens ?
Il a l'impression d'avoir sept ans. Il a l'impression d'avoir sept ans et de ne plus pouvoir parler. Que les mots sont trop durs à sortir, trop inutiles. Il a l'impression que s'il en dit un, alors on attendra qu'il en dise d'autres. Il a l'impression que s'il en dit un, alors les autres suivront comme un torrent qu'il ne pourra plus arrêter.
Il serre les lèvres, et acquiesce.
— Tu n'as pas pris les médicaments.
Il secoue la tête. Il n'en veut pas. Il ne veut pas prendre ces trucs que son corps (son corps censé être si fort, si incroyable) dissout en quelques secondes. Il a le métabolisme de Captain America, et on lui donne des anti-douleurs pour enfant (parce qu'il est petit ? Parce qu'il n'est pas très lourd ?).
Peter regarde par la fenêtre, et laisse Pepper mettre sa main dans ses cheveux. Elle le caresse, doucement.
— J'ai eu tellement peur, tu sais ? J'ai eu… vraiment très, très peur.
Je suis désolé. Je suis tellement désolé.
Il se demande honnêtement s'il en serait mort. Si Pepper ne l'avait jamais trouvé, est-ce qu'il se serait vraiment noyé ? Ou est-ce que, par magie, l'eau bloquée dans ses poumons aurait disparu s'il avait attendu assez longtemps ?
Il n'en sait rien.
— Il faut que tu manges, chéri. Il faut que tu prennes des forces. Il faut…
Elle renifle, et sa main tremble.
— Il faut que tu nous parles.
Peter se sent incapable de tourner la tête dans sa direction, incapable de réagir réellement.
— Quand tu te sentiras prêt, viens au salon, d'accord ?
Elle se penche, lui embrasse la joue.
Peter cligne des yeux.
— Je t'aime, Peter. Très fort.
Elle se relève dans un bruit de froissement, et laisse la porte ouverte en partant.
Peter s'endort à nouveau.
Quand il se réveille, le brouillard est moins fort. Moins épais.
Sa vessie lui fait vraiment mal, cette fois, mais il se sent capable de se lever pour aller à la salle de bain. Il marche avec des jambes un peu tremblantes, se soulage, puis se nettoie encore une fois.
Quand il est de retour dans sa chambre, il observe la porte ouverte et sent la nourriture depuis le salon. C'est le soir, le dîner. Il déglutit, sent son ventre qui gargouille : il vide la bouteille d'eau sur sa table de chevet en passant, puis s'éloigne pour suivre l'odeur.
Dans le salon, c'est un petit peu le bazar. Une table basse pleine de nourriture asiastique, des vêtements qui traînent, un ordinateur ouvert, des documents.
Peter se rend immédiatement compte que Pepper s'est installée là depuis des jours, et elle redresse la tête en l'entendant approcher. Ses yeux s'écarquillent, ses baguettes se stoppent en plein mouvement. Elle coupe ses nouilles avec ses dents, déglutit, puis repose le tout.
Peter a envie de sourire en la voyant se redresser.
— Peter, chéri. Tu…
Elle parait soulagée, comme si elle était à deux doigts de rappeler l'hôpital pour qu'il se fasse interner.
— T'as faim ? J'ai commandé des nouilles. Et des nems. Et… plein d'autres choses.
Elle rougit.
— Désolée, je mange quand je suis inquiète. Viens par-là, viens t'asseoir.
Elle lui fait une place à côté d'elle, et laisse la TV tourner sur le film qu'elle n'était sans doute même pas en train de regarder. Peter hoche la tête et s'approche.
Quand il s'installe, il se sent capable de dire :
— Merci. Je meurs de faim.
Le sourire de Pepper lui donne l'impression qu'elle semble prête à pleurer. Elle lui met un carton plein de nouilles à emporter entre les mains, et Peter l'avale en quelques minutes. Il mange pendant longtemps, sans s'arrêter, et regarde l'écran de la TV d'un air distrait.
Pepper n'essaye pas encore de parler. Elle le touche comme un animal blessé, ne dit que des choses utiles, et ne comprend pas pourquoi Peter se tend à nouveau, bien plus tard dans la soirée.
Il entend des pas. Il entend la porte du labo qui s'ouvre, puis quelqu'un qui monte les escaliers et qui arrive derrière eux. Il sait très bien ce qui l'attend mais se tend tout de même quand la voix de Tony résonne dans la pièce :
— FRIDAY, mute.
Le son de la TV s'éteint, et il n'y a plus qu'eux. La lumière est diffuse. Discrète. Douce.
Tony s'approche d'eux, traverse le salon, et vient s'asseoir sur la table basse pas encore nettoyée, juste en face de Peter.
Pepper a l'air désespéré.
— Pas maintenant, Tony, s'il-te-plait.
— Il faut que ça soit maintenant. Il faut que je comprenne.
Il a l'air moins en colère. Il observe Peter avec une peur presque viscérale, et serre ses mains entre elles.
— La vérité, Peter. Dernière chance.
Dernière chance ? Peter tremble. Qu'est-ce que fera Tony s'il continue à se taire. Est-ce qu'il pourra encore les voir, est-ce qu'il sera envoyé ailleurs, dans un internat ? Est-ce qu'il sera mis à l'écart ? Happy, Rhodes, Natascha ?
Pepper ? Tony ?
Il ne s'est jamais senti aussi épuisé en ayant autant dormi.
— Je suis désolé de m'être énervé. J'ai eu peur, et c'est vraiment pas une bonne réaction, dit Tony.
Peter continue de regarder ses pieds nus, appuyés contre le sol.
— Donc je m'excuse pour ça. Par contre…
Il soupire. Se frotte les yeux. Ses cernes sont assez impressionnants.
— Tu n'es pas tombé dans la piscine. J'ai fait mes recherches, et tes amis sont formels.
Peter se tend.
— Je pouvais pas simplement me dire « oh, Peter a failli se noyer dans sa chambre, sous notre toit alors qu'on était là ? Pas de soucis, passons à autre chose ». Alors j'ai demandé aux médecins de me donner des extraits de l'eau qui se trouvait dans tes poumons. Je l'ai fait analyser, et le résultat est assez simple, tu vois.
Pepper a l'air de vouloir se jeter sur lui pour le faire taire. Elle a l'air d'avoir envie de crier « on s'en fiche Tony ! Par pitié, arrête » mais Tony ne s'arrête pas et il continue de fixer Peter.
— L'Hudson, Peter. C'est l'eau de l'Hudson qu'il y avait dans tes poumons. Alors je me suis dit « mais où est-ce qu'il a chopé ça ? Comment c'est arrivé ? Pourquoi est-ce qu'il n'a rien dit ». J'ai passé des heures à regarder toutes les vidéos de surveillance possible qui filment l'Hudson. Trois personnes ont plongé dedans, l'autre soir. Trois personnes. J'aurais pas cru que ça arrivait aussi souvent, mais apparemment les New Yorkais sont stupides et boivent trop.
Sa voix monte petit à petit.
— Toujours aucune envie de parler ?
Peter a les lèvres tellement serrées qu'il a l'impression que son cœur va remonter dans sa poitrine. Tout son corps tremble de peur, parce qu'il sait ce qui arrive.
— Tu sais qui est la seule personne qui soit tombé dans l'Hudson ce soir là dont on voit pas le visage ? Tu le sais ?
Il ne secoue pas la tête. Et du coin de l'œil, il voit se visage de Tony se froisser.
— Peter, dis-moi que c'est faux. Dis -moi que je me trompe, essaye de me contredire.
— Quoi ? souffle Pepper. De quoi tu parles ? Tony, de quoi tu parles ?
Un silence, puis Tony déclare :
— Spider-man.
Et là, Peter s'effondre.
Peter se réveille sur le canapé avec les yeux gonflés.
Le salon est sombre, la TV est encore sur mute, et une couverture assez lourde est posée sur lui. Il ne bouge pas, ne fait aucun bruit, et met un instant à se souvenir de ce qui s'est passé avant qu'il ne s'endorme.
Peter cligne des yeux
— Je ne l'ai jamais vu comme ça, souffle la voix de Pepper.
Elle est juste là, juste à côté, et soudain Peter se rend compte qu'une main est posée sur son épaule. Il voit leurs ombres assises sur le canapé près de sa tête. Il sent l'odeur de Pepper. Il l'entend renifler.
— Pep's…
La voix de Tony est rauque. Il a pleuré.
— Je suis allée dans sa chambre pour parler avec lui. C'est un ado, maintenant, alors ça fait des mois que je suis pas allée dans sa chambre. J'ai demandé des conseils à des collègues, et elles m'ont dit que les ados aimaient bien quand on les laissait tranquille. Je… jamais j'aurais…
— C'est fini, maintenant.
— C'est pas fini, Tony. C'est pas fini. Tu l'as vu ? Est-ce que tu as vu sa réaction ?
Il l'entend secouer la tête.
— Je suis allée dans sa chambre pour aller lui parler, répète-t-elle. Parce que sa psy m'a appelé, et qu'elle avait peur pour lui.
— Sa psy ?
— Elle voulait le mettre sous traitement. Elle voulait lui faire passer des tests pour le QI, et l'autisme, et toutes ces choses dont on entend de plus en plus parler. Elle voulait… elle a parlé d'idées noires, Tony, elle a dit qu'il ne lui disait rien.
La main de Pepper s'accroche encore plus à lui, et Peter serre les lèvres. Il sent les larmes revenir. La panique pure qui l'a empêché de respirer et de parler pendant presque une heure après que Tony lui ait dit qu'il savait pour Spider-man est encore là, à la surface.
Il a tellement de mal à réfléchir.
— Putain, murmure Tony. Comment est-ce que a…
— Je suis désolé, dit Peter.
C'est à peine un souffle, mais il sent Pepper et Tony se retourner vers lui.
— Je suis désolé, je suis désolé, je suis désolé…
Il ne bouge toujours pas, continue de regarder le vide droit devant lui. Tony bouge, vient s'agenouiller sur le tapis pour être à sa hauteur. Il dit :
— Bonhomme…
— Je suis désolé, répète Peter sans l'entendre. Je suis désolé.
Il a l'impression que la digue s'est rompue. Que maintenant, c'est tout ou rien, et que malheureusement il a déjà ouvert la bouche.
— Je voulais juste que mon père soit fier de moi, pleure-t-il et Tony fronce les sourcils. Je voulais juste qu'il me laisse tranquille, qu'il arrête d'être partout, je voulais juste arrêter d'avoir mal à la tête tout le temps, je voulais arrêter de penser à cette formule tous les jours, je voulais juste…
Il ferme les yeux, les rouvre. Ses poumons sont étroits, serrés. L'air est si dur à faire rentrer.
— De quoi tu parles, Peter ?
— Je voulais qu'il soit fier de moi, continue-t-il dans un sanglot. Je voulais terminer ce qu'il avait commencé. J'aurais jamais créé le sérum si j'avais eu une autre solution. Mais j'y pense tout le temps depuis tellement longtemps que je savais même plus ce que c'était de pas avoir des formules dans la tête. Il voulait que je le fasse, il me l'a dit, il —
— De quoi tu parles, bonhomme ?
La voix de Tony est plus douce. Plus effrayée, aussi. C'est sa main à lui qui prend la joue de Peter en coupe pour écarter ses larmes.
— Spider-man, souffle Peter. Le sérum pour Spider-man. C'était lui qui voulait ça et il m'a dit que je devais le faire, il me l'a dit, et si je l'avais pas fait, si je l'avais ignoré alors il m'aurait jamais laissé tranquille, il aurait continué à être là, derrière mon épaule, à me dire que je suis incapable de retenir la moindre chose ou de rester tranquille et —
Un sanglot le coupe et il tente de respirer. Il serre fort la couverture, Pepper pleure aussi, Tony tente de croiser son regard.
— Je pensais que j'aurais juste à me l'injecter, et que ça serait fini, mais je pouvais pas vous le dire parce que vous méritez pas ça, vous m'avez sauvé et je peux même pas, je peux même pas —
Pepper répète « injecter » d'un air hanté. Tout est si dur à sortir, mais il se sent incapable d'arrêter.
— Ca faisait mal quand j'étais petit, ça faisait tellement mal et je savais que si FRIDAY captait mes constantes alors elle vous préviendrait et je pouvais pas la laisser faire, je pouvais pas, c'était moi, c'était mon problème et vous en avez suffisamment à cause de moi et —
— Peter, souffle Pepper. Peter, non…
— Spider-man, c'était pas prévu, je savais pas ce que ça allait faire, je savais vraiment pas, mais pour la première fois j'ai pensé, j'ai pensé que je pouvais être plus que ce garçon que Tony a sorti du foyer, que je pouvais être plus que celui qui a fait tuer oncle Ben et qui a porté la poisse a ses parents et qui vu May se rompre le cou, et qui t'a vu tomber du ciel, et qui —
L'air est si dur, si dur. Il a l'impression qu'il n'en aura jamais assez.
— Je voulais juste aider, croasse-t-il. Je voulais juste que pour une fois, je voulais être — que je sois autre chose que… autre chose que le débile Peter Parker.
La fin de sa phrase est à peine audible, sa voix fait grimacer, il se sent ridicule et tellement malheureux. Il se sent stupide, stupide, stupide, et il a l'impression que l'univers va juste s'arrêter, que le sol va l'avaler parce qu'il ne s'imagine pas continuer à vivre après ça, que c'est un dernier moment qu'il ne peut juste pas —
— Je suis désolé, dit-il. Je suis désolé, je —
Ses bras l'entourent, et pendant une seconde il se recroqueville et ferme les yeux. Il se dit c'est le moment, il se dit qu'il l'aurait bien mérité, il se dit qu'une claque va peut-être lui remettre les idées en place, il se dit —
Tony l'enlace, et le serre fort.
Assez fort pour le faire taire.
Assez fort pour le faire lâcher la couverture qu'il tenait de toutes ses forces.
Assez fort pour le faire retomber dans ses bras comme une poupée de chiffon.
Assez fort pour que la tête de Peter devienne plus silencieuse.
Assez fort pour que, entre quelques « je t'aime bonhomme, on t'aime, d'accord ? Alors tais-toi, par pitié, tais-toi », Peter se relâche complètement.
Il s'évanouit peut-être. Ou s'endort.
En tout cas, tout devient silencieux.
Peter se réveille à nouveau, mais cette fois il fait jour.
Les stores du salon sont à moitié fermés, une odeur de nourriture règne dans l'air : Peter se sent à la fois plus lourd et plus léger, et est en tout cas certain de mourir de faim. Mais avant, il sent que sa vessie lui fait mal en bas de son ventre, alors Peter se lève sur des jambes un peu incertaines, se rend à la salle de bain sur rez-de-chaussée, puis revient jusqu'à la cuisine après avoir fixé son visage tout gonflé dans la glace.
C'est Pepper qui prépare le petit-déjeuner. Tony la regarde faire avec douceur, la joue dans le creux de sa main. Il s'arrête à côté, et attend que Pepper le remarque. C'est ce qui arrive à peine quelques secondes plus tard.
Elle se fige, l'observe quelques secondes, puis échange un regard avec Tony.
— Viens t'asseoir, bonhomme.
Il tapote le tabouret à côté de lui.
— C'est un vrai petit déjeuner, ce matin. J'espère que t'as faim.
Peter acquiesce.
— Chouette.
C'est au bout d'une dizaine de minutes que Peter comprend qu'ils n'en reparleront pas tout de suite. Que pour le moment, pour aujourd'hui peut-être, Tony va se contenter de blaguer sur la quantité de nourriture qu'il avale, sur le chocolat chaud qu'il prend tous les matins, sur son habitude de prendre toujours le même plaid sur le canapé.
Ils font comme si de rien n'était pendant un moment, et c'est agréable. Peter se détend quand ils s'installent avec lui, quand ils lui donnent la télécommande pour qu'il choisisse le film. Il n'a pas besoin de parler beaucoup, il a juste à choisir un film et le regarder.
C'est à la fin de la journée, alors qu'ils n'ont quasiment rien fait pendant des heures à part manger, construire un set de legos directement sur la table du salon, regarder la TV, et parlé un peu de ce stagiaire à SI qui a manqué de faire bruler les locaux déjà deux fois, que Tony se redresse légèrement.
Il ne dit rien, pas tout de suite, mais d'une certaine façon Peter sait.
Tony dit :
— On va devoir en reparler, bonhomme. Plus tranquillement. Pas tout de suite, mais ça va arriver.
Peter serre les lèvres.
— Et ton psy… on a rendez-vous avec elle la semaine prochaine. En attendant tu restes avec nous. Ok ?
Il ne s'était pas forcément attendu à ça. Il a encore l'impression, bien malgré lui, que Tony peut encore simplement le ramener là où il a trouvé, comme s'il avait gardé le ticket de son achat.
— Ok, répond-il.
— Et pour Spider-man…
Tony lui jette un regard.
— J'imagine que si je te demande simplement d'arrêter, c'est impossible ?
Peter ouvre de grands yeux.
— Je…
— Oui, oui. D'accord. Mais on va faire les choses bien. On va imposer des règles, Pete. On va… reprendre les étapes. Comme un baby-trotteur.
Peter se détend un peu. Il penche la tête sur le côté.
— Un baby-trotteur ? répète-il.
— Ou des petites roues.
— Des petites roues ?
— C'est comme si t'avais conduit une voiture avant même d'être monté sur un vélo. J'essaye de trouver des métaphores pour les bébés.
— Je suis pas —
Tony pouffe, et passe une main dans ses cheveux.
— Après le rendez-vous avec la psy, on reviendra sur ce costume que tu gardes je ne sais où.
Puis il rajoute, et là Peter pâlit :
— Et sur l'Allemagne, en passant.
Tony a dû dire à Pepper qu'il allait rester avec Peter, car cette dernière finit par retourner au boulot. Tony, lui, ignore promptement son téléphone autant qu'il le peut, vient chercher Peter dans sa chambre le matin et lui dit d'aller se coucher peu après minuit.
Peter voit que Tony aussi est perturbé par ce rythme un peu plus sain, par le fait d'être actif la journée et couché la nuit, mais il a compris que si lui-même ne le faisait pas, alors Peter ne le ferait pas non plus.
Ils passent beaucoup de temps au labo.
Au départ, c'est assez dur car Tony lui demande tous les détails, lui demande comment il a fait son costume, quels matériaux il a utilisé, où il s'est rendu pour créer le sérum. Peter ne lui donne pas la formule précise et, au fond, Tony ne veut pas l'entendre (il n'a pas l'air d'avoir envie de créer une armée de Captain America, ce qui au fond n'est pas si étonnant).
Ils discutent avec la Dr Cho, un jour, pour qu'elle lui fasse quelques tests. Sa résistance, la rapidité de son métabolisme, sa guérison. Il faut créer des médicaments qui peuvent agir sur lui, et sur ça Pepper avait l'air intransigeante. Des antidépresseurs pour mutants, Peter a presque envie de rire : mais la Dr Cho prend la chose au sérieux et elle leur dit qu'ils seront près pour la semaine suivante, et qu'ils devront prendre quelque temps pour adapter les doses.
Ils passent plusieurs jours sur le costume. Tony observe chaque mouvement de Peter comprend à quel point tout ce qu'il mange est à peine le strict minimum pour quelqu'un avec son métabolisme, lui ressort les barres de céréales que Bruce avait créées pour Captain. Il lui lance des trucs, de temps en temps, parce que ça l'impressionne à chaque fois que Peter puisse attraper n'importe quoi en vole sans même regarder.
Ce qui impressionne le plus Tony, c'est la formule du fluide de ses lance-toiles.
— T'as fait ça tout seul ?
Il acquiesce.
— Ca vient aussi du labo de Bruce, tous ces trucs ?
— En fait, je la fais en cours de chimie.
— Tu la fais en quoi ?
— Les ingrédients sont trouvables partout, ou presque. J'ouvre un tiroir en bas de ma table, en chimie, et je mélange.
Tony le fixe, puis éclate de rire.
— Sans blague, souffle-t-il.
Au bout d'un moment, Peter lui parle des textos qu'il lui a envoyé à propos d'un trafic d'armes aliens, et Tony lui dit que des gens sont déjà sur le coup et que le Vautour a été arrêté quelques jours plus tôt. Il fronce les sourcils.
— C'est lui qui t'a fait ça ?
Tony a claqué des mains, et un dossier en projection s'est ouvert devant le visage de Peter. Il a plissé les yeux, a lu les informations, et a serré les lèvres.
— C'était… le père de Liz, souffle-t-il.
— Liz ?
— Une amie. Plus ou moins. Enfin, une amie de MJ.
Tony acquiesce. Il lui dit « désolé, bonhomme », il lui caresse les cheveux, et il décide de changer de sujet.
— MJ, du coup ? C'est ta copine ?
Peter hausse les sourcils.
— Pas vraiment.
— Pas vraiment ?
— Je crois que c'est ma meilleure amie. Comme Ned.
Tony sourit.
— Ouais, c'est ça. C'est ce qu'on dit.
Assis sur le côté de la palliasse, au-dessus d'un circuit imprimé, Peter se mord la lèvre. Il hésite une seconde, puis :
— En fait, c'est bientôt Homecoming.
— Ah oui, votre fête de lycée. Tu vas l'inviter ?
Il secoue la tête.
— Je pensais plutôt à…
Tony ne l'a pas rejeté en apprenant que Peter s'était injecté une formule peut-être bancale et était devenu un semi-monstre mutant.
— Un garçon m'a embrassé, la dernière fois.
Les yeux de Tony s'écarquillent.
— Oh, dit-il. Et, hum, tu penses que ça serait ton truc ? D'embrasser des garçons ?
— Peut-être. Je sais pas trop. Ça serait… mal, tu crois ?
Tony se redresse. Il a l'air sincèrement perdu, mais pas en colère pour un sous.
— Pas du tout, Pete. J'aurais beaucoup moins de conseils à te donner, ça c'est sûr. Pepper sera surement meilleure dans les relations avec les garçons. Mais… si tu le sens comme ça, fonce bonhomme.
Il lui offre même un pouce en l'air, et Peter rit.
— Merci, dit-il sincèrement.
— Bon, tant qu'on est sur le sujet, j'ai besoin de te parler de faire attention, de te protéger et tout ça ou on est bon ?
— Oh, mon dieu.
C'est à la fin de la pause déjeuner que Peter soupire et referme son cahier.
Il a passé l'heure entière à rattraper les cours qu'il a manqué, à prendre ceux de MJ et Ned pour compléter les siennes. Ils ont voulu venir avec lui, mais MJ s'est retrouvée à remplacer Liz pour aider à la décoration de la salle où aura lieu Homecoming. Ned, bien malgré lui, s'est fait traîner à sa suite et Peter sait très bien que s'il n'avait pas eu tout ce retard, il y serait passé aussi.
Un peu plus tôt, en arrivant en cours pour la première fois depuis un moment, il s'est excusé pour les avoir ghosté. Il n'a répondu qu'à un message sur quatre depuis l'histoire de l'Hudson, et Ned lui a avoué à côté de leurs casiers que MJ s'était vraiment inquiétée, et lui aussi.
— Vous… voulez venir à la Tour, ce soir ? Manger avoir moi et dormir là-bas ?
— Une soirée pyjama, Stark ? sourit MJ avec un haussement de sourcil. Vraiment ?
— C'est non ?
— C'est oui, abruti.
C'est la psy qui lui a conseillé de s'ouvrir à ses proches. Ils ont dû lui parler de Spider-man pendant leur rendez-vous avec Tony et Pepper, et son conseil a été « si vous avez des personnes proches, confiez-vous. C'est un bon exercice pour vous, Peter ».
Peter ne trouve pas que révéler le plus grand secret de sa vie et son identité secrète est aussi simple qu'un « exercice » mais c'est vrai que Ned et MJ mériteraient de savoir. Mériteraient de savoir dans quoi ils s'embarquent en trainant avec lui.
Il a déjà l'impression d'avoir parlé à tellement de gens que ça lui en donne le tournis. Parler, parler, parler, il déteste ça et pourtant il est obligé de le faire continuellement ces derniers temps.
Deux personnes de plus ?
Il peut le faire.
Peter se relève de sa chaise, range ses affaires, et balance son sac à dos sur son épaule.
Poliment, il dit au revoir à la bibliothécaire en partant. Elle répond d'un hochement de tête, son livre dressé devant ses yeux. Il s'échappe dans les couloirs, et se mêle à la petite foule qui commence à rejoindre les salles de classe. Des discussions remplissent ses oreilles, il grimace légèrement mais continue son chemin.
C'est en passant devant les casiers qu'il aperçoit au loin un groupe de garçons. Son cœur se serre légèrement dans sa poitrine.
Harry rit avec ses amis, les mains dans les poches et emmitouflé dans un gros sweat-shirt. Ses cheveux sont décoiffés, ses yeux ont l'air un peu fatigué, et Peter le trouve toujours très beau.
Il déglutit. Regarde à gauche et à droite mais personne ne fait attention à lui.
— Allez, c'est maintenant ou jamais, murmure-t-il pour lui-même.
Il s'approche, un peu trop lentement pour que ça soit naturel, et à la dernière seconde il pense continuer son chemin et baisser les bras.
Mais soudain Peter est là, devant le groupe.
Il s'arrête.
Un des garçons le repère, hausse un sourcil et sourit. Il donne un coup de coude à Harry et ce dernier lui envoie un regard noir avant de suivre la direction qu'il lui indique. En apercevant Peter, Harry se redresse immédiatement.
— Oh, hum.
Il se racle la gorge, lance un coup d'œil à ses amis.
— Peter, ça va ?
— Ca va. Je… si t'as un instant, on peut parler ?
Harry a l'air surpris. Il regarde autour d'eux, puis acquiesce rapidement.
— Bien sûr. Ouais, viens.
Il attrape son sac, et entraine Peter entre deux rangés de casier, un peu plus loin. Il a l'air un peu mal à l'aise et se tortille d'un côté puis de l'autre.
— Je vais faire vite, parce que faut qu'on retourne en cours, mais… en fait je voulais te parler d'Homecoming.
— Ah ?
Harry rougit. Il a l'air un peu honteux. Son expression change quand Peter dit :
— Je voulais te demander si tu avais quelqu'un.
— Si j'ai… non. Personne.
Sourcils haussés, étonné. Il se rapproche de lui sans vraiment s'en rendre compte.
— Est-ce que tu veux toujours y aller avec moi ? Je comprendrais que t'aies changé d'avis, mais si ça te tente encore j'aimerai beaucoup…
— Oui, dit Harry rapidement. Oui, absolument. Je veux toujours.
Il sourit, et Peter sent quelque chose fondre dans son ventre. Il tente un sourire à son tour.
— Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?
— J'ai réfléchi, c'est tout. Je sais toujours pas trop si… enfin, je sais toujours pas trop ce que je veux, tu vois ? Mais je suis sûr d'avoir envie d'y aller avec toi.
Ses propres mots le font rougir. Harry a l'air plus heureux que jamais, et ça lui fait bizarre de se dire que c'est lui qui provoque ça.
— Super. C'est génial. J'ai envie d'y aller avec toi, moi aussi. Enfin ça tu le sais déjà, mais…
Il se frotte la nuque.
— On s'envoie les détails par message ? demande Peter.
— Absolument.
Happy a insisté pour être celui qui le conduirait à Homecoming, alors Peter est certain que ça ne l'embêtera pas trop de faire un détour pour prendre Harry en même temps.
Soudain, la journée lui parait un peu moins difficile.
— A plus, Peter.
— A plus, Harry.
Et il tourne les talons pour retrouver sa classe, presque impatient de raconter ça à Ned et MJ.
Trois semaines plus tard, Peter se réveille avec le corps lourd.
En ouvrant les yeux, il met quelques secondes à émerger et à se souvenir que Pepper avait une réunion assez tôt et que Tony avait enfin accepté une mission solo à l'étranger : ça devait être rapide, et ils seront tous les deux rentrés pour le dîner.
C'est samedi. Peter frissonne.
Il tend le bras pour atteindre son téléphone, lit ses messages, et tape doucement : Dsl, ned. Me sens pas bien ajd.
La réponse arrive peu de temps après.
Mec, tout va bien ?
Juste les effets secondaires, je crois.
Merde, tu veux que je passe ?
Tkt, ça va aller. Vais juste dormir.
Il repose son téléphone sur la table de lui, et roule sur le dos pour regarder le plafond.
Homecoming était génial. Tony a insisté pour qu'il s'habille extrêmement bien, et Pepper a pris des dizaines et des dizaines de photos avant qu'il ne parte. Happy a légèrement menacé Harry sur le trajet jusqu'au lycée, et Harry avait l'air ravie de se faire menacer pour le bien de Peter.
Tout le reste était merveilleusement normal. Ils ont dansé en groupe, ils ont dansé tous les deux, apparemment quelqu'un avait mis de l'alcool dans le punch mais Peter n'a rien senti. Harry, en revanche, avait les joues un peu rouges à la fin de la soirée et quand il lui a demandé s'il pouvait l'embrasser, Peter a dit oui.
Depuis, ils se voient régulièrement, s'échangent des regards dans les couloirs, s'envoient des textos tard le soir, et s'assoient à côté dans leurs cours en commun.
C'est normal, et génial.
Quelques jours plus tôt, la Dr Cho a enfin trouvé un dosage de médicament qui fonctionnerait sur Peter. Il a un peu essayé de se dire que ce n'était plus vraiment nécessaire, que ça allait mieux, mais Pepper lui a parlé juste après : est-ce que les idées sont toujours là ? Moins qu'avant. Est-ce que tu te sens fatigué ? Tout le temps. Est-ce que parfois tu as juste l'impression que se lever est difficile ? Oui.
Il a commencé à prendre les médicaments, donc.
Et à présent, il a bien l'impression que les effets secondaires des premiers jours le frappe de plein fouet. Il a mal à la mâchoire, mal aux muscles, il se sent moue et fatigué, sa tête est confuse et il sent de la douleur derrière ses yeux.
En se levant, Peter sursaute quand FRIDAY lui dit :
— Peter, je capte que vos constantes sont légèrement instables. Voulez-vous que je prévienne quelqu'un ?
— Ca va, croasse-t-il. C'est bon, FRIDAY.
Il se traine jusqu'à la cuisine, avale son petit déjeuner sans appétit, et se laisse tomber dans le canapé pour regarder la TV.
Il ne bouge pas de toute la journée. Et quand Pepper rentre enfin du bureau, Peter a des traces de larmes séchés sur le coin des yeux, et se sent légèrement mieux.
Il sourit dans un tremblement.
C'est un soir comme un autre, ces derniers temps.
Parfois (souvent), ils commandent à manger quelque part en ville, en se laissant le choix à tour de rôle, et mangent dans le canapé devant la TV. C'est toujours agréable de passer un moment avec Tony et Pepper en même temps.
Pepper lui prend toujours deux desserts.
Tony l'embête pendant une bonne partie du film.
C'est agréable.
— Bon, dit Tony alors que les crédits de fin passent à l'écran. Il est encore tôt et c'est le week-end.
Il lance un coup d'œil à Pepper et cette dernière sourit en levant les yeux au ciel.
— Oui, oui. Allez donc dans votre man cave, moi je vais regarder une comédie romantique comme une pauvre femme abandonnée.
En bas, dans le labo de Tony, Peter comprend immédiatement pourquoi il avait l'air un peu impatient.
— Est-ce que c'est… ?
— C'est, confirme Tony. Tout neuf, tout beau, et fais des meilleurs matériaux possibles. Tu vas sentir la différence.
La costume de Spider-man repose sur un mannequin, au milieu de la pièce. Les couleurs sont un peu plus vives que ce que Peter a créé, et il voit une amélioration très nette de son logo.
Quand il touche la matière, elle est douce et agréable.
Il sourit.
— C'est super cool.
— Un peu que ça l'est ?
— Mes lance-toiles ?
— C'est presque les mêmes.
— Karen ?
— Dans le masque. Elle contrôle le costume.
— C'est incroyable.
Peter a presque envie de sauter sur place. Il observe le costume sous toutes ses coutures, s'imagine à l'intérieur. Il n'est pas ressorti en tant que Spider-man depuis sa chute dans l'Hudson et ça commence à faire un moment. Les réseaux sociaux explosent de théorie devant son absence, des chroniqueurs du Queen's se demandent sérieusement où il est passé.
Ils veulent Spider-man. Spider-man était utile.
— On a discuté avec Pepper.
Peter se retourne vers Tony.
— Pour les règles.
Peter acquiesce.
— Tu ne sèches aucun cours, tu es rentré à 22h en semaine et à 23h le week-end. Si tu es blessé, on veut le savoir, tu ne touches pas aux protocoles de sécurité que j'ai mis dans ton costume, si jamais tu tombes sur des choses qui te dépassent comme un trafic d'armes alien tu m'appelles immédiatement.
Tony semble réfléchir.
— Et on veut manger ensemble au moins deux fois par semaine. Et tu autorises Pepper à continuer de te faire un bisou avant d'aller dormir.
Il parait satisfait, et hausse un sourcil devant l'expression de Peter.
— Oh, et bien sûr : « plus de Spider-man pendant une semaine » devient une punition acceptable. Quelque chose à dire ?
Peter l'observe, l'observe vraiment. Il dit :
— C'est tout ?
— Ca te suffit pas ? Si ça t'embête, on peut trouver d'autres choses.
— Mais.. mais c'est…
Il ne comprend pas bien. Il ne comprend pas pourquoi ils font tout ça.
— Pourquoi vous faites tout ça ? demande-t-il car la psy lui a dit de parler.
— Tout ça ?
— Pourquoi vous faites tout ça pour moi ? Je vous cause que des problèmes, et pourtant vous continuez… ça serait tellement plus simple de juste… m'ignorer ? Ou m'envoyer ailleurs ?
— T'envoyer ailleurs ?
Toute trace d'amusement déserte le visage de Tony, et il fronce les sourcils. Il s'approche de Peter.
— Pourquoi on voudrait t'envoyer ailleurs ?
— Parce que… parce que vous êtes pas obligés de faire tout ça.
— C'est ce que fait une famille, Peter. Si Pepper voulait la facilité, elle se serait jamais approché de moi. En plus, t'as toujours été un enfant facile. Ta crise d'ado à toi c'est virevolter dans les airs entre deux immeubles de New York, qu'est-ce que je peux dire ? La mienne c'était faire exploser la moitié des labos du MIT.
Il lève la main, la passe dans les cheveux de Peter.
— Une famille, répète Peter.
Tony hausse les épaules.
— T'es notre fils. On veut juste que tu sois heureux et en sécurité. C'est pas une tâche facile, mais on fait ce qu'on peut.
Notre fils.
La lèvre inférieure de Peter se met à trembler.
Il fait un pas en avant.
Entoure la taille de Tony de ses bras, et le serre contre lui.
— Je vous aime aussi, murmure-t-il. Vous êtes…
Les meilleurs parents que j'aurais pu avoir.
Un jour, Tony Stark est entré dans sa vie. Un jour, Tony Stark est entré dans ce vieux foyer décrépi et a vu un garçon qui avait tout de spécial. Un jour, Tony Stark a décidé que ce garçon là méritait bien tout l'or du monde, et peut-être même quelques étoiles.
Un jour, Tony Stark est entré dans un foyer décrépi, et a trouvé son fils.
Et depuis, il a fait tout ce qu'il pouvait pour être digne d'être un père.
Note d'autrice.
Cette fic date un peu maintenant même si je ne la poste que mtn, mais j'espère qu'elle vous aura plu :)
