notes: Bonjour, bonsoir! Voici une nouvelle histoire argentée, totalement inattendue, mais que j'ai adoré écrire, sur un perso qu'on n'a vu que trop peu. Je vous souhaite une bonne lecture.
2- Regrets et renaissance
La déesse était revenue sur ses terres, comme elle le faisait souvent depuis que la paix régnait de nouveau entre les dieux. Cette jeune fille qui devenait une femme, si belle, si majestueuse et dont le cosmos enveloppait le Sanctuaire d'une aura sereine et bienveillante à chaque fois qu'elle était présente dans son domaine.
Partagée entre son rôle divin et sa vie humaine dans laquelle elle faisait des études et gérait en même temps l'héritage de son grand père, elle semblait apaisée dès lors qu'elle était là, en Grèce, comme si cet endroit perdu hors du temps lui réchauffait le cœur, lui faisait oublier ses soucis, entourée de ses protecteurs.
Beaucoup d'entre eux, chevaliers comme civils, l'accueillaient avec le sourire, la joie et toujours un immense respect.
Ptolemy, lui, ne prenait jamais part à ces célébrations, contrairement à beaucoup de ses autres camarades d'Argent.
Déjà parce qu'il n'avait jamais été très démonstratif. Mais aussi parce que depuis son retour à la vie, ses derniers instants le hantaient sans arrêt.
Il ne s'était jamais confié à personne, et n'oserait jamais.
Il se demandait chaque jour pourquoi il avait ressuscité. Pourquoi Athéna lui avait donné une seconde chance, malgré l'acte odieux qu'on lui avait demandé de commettre, et qui en plus s'était soldé d'un échec cuisant. Quelle honte!
Bien sur, il n'avait pas été le seul à avoir attenté à la vie de la jeune déesse, pratiquement toute sa caste l'avait fait à quelques exceptions près, et même des chevaliers d'Or s'étaient sacrifié pour avoir douté de l'identité réelle de cette Kido Saori.
Tous sans exception avaient été pardonnés et arrivaient à vivre, à cohabiter ensemble et s'entraider pour reconstruire le domaine sacré.
Le chevalier de la Flèche, lui n'y arrivait pas. Il occupait ses journées en s'entrainant un peu, en restant poli avec les personnes qu'il croisait, et restait la plupart du temps seul, se demandant quel intérêt il y avait de l'avoir ramené au Sanctuaire.
Il avait quand même remercié Athéna de cet acte, pourtant, plus le temps passait, plus il avait l'impression que cela n'aurait rien changé qu'il fut vivant ou non...
Aussi, il prétexta une envie de pêcher du poisson au bord de la rivière pour bifurquer dans les bois et s'éloigner de l'attroupement autour de la déesse.
Courant aussi vite qu'il le pouvait, son esprit également travaillait sans cesse, se remémorant encore cette matinée, deux ans plus tôt, quand on l'avait convoqué tout en haut des escaliers du zodiaque, dans le palais du Grand Pope. Lui, Ptolemy, un chevalier d'Argent dont la force était considérablement inférieure à un Asterion ou un Misty ou une Shaina.
Pourquoi le patriarche l'avait-il désigné pour une mission aussi périlleuse? Parce qu'il était l'un des seuls à lui rester fidèle encore en vie?
En fait, lui même n'avait jamais exprimé son avis sur la situation de l'époque. Il n'avait jamais eu l'occasion de partir en mission, de montrer sa force au cours d'un combat et d'affirmer sa dévotion au Sanctuaire.
Il détestait d'autant plus sa constellation protectrice, la Flèche, trop souvent comparée à celle du Sagittaire, ce héros doré martyr qui alimentait tant de légendes et de rumeurs. Traitre ou non, c'était ce fichu Aiolos qui était l'archer parmi les chevaliers d'Athéna. Pas lui.
Combien de fois, au cours de ses entrainements, on lui avait demandé s'il avait un lien avec le Sagittaire, combien de fois l'avait-on raillé, le considérant non seulement comme inférieur au chevalier d'Or, mais également comme un chevalier de Bronze revêtant une armure d'Argent, lorsqu'il enflammait son cosmos.
Oui, il n'était pas un des plus forts, mais, lui avait-on donné l'occasion de se renforcer, d'avoir au moins un ami dans ce Sanctuaire avec qui s'entrainer...
Oui, il était seul, solitaire, mais quand il faisait un pas vers les autres, il se faisait rabaisser, et n'osait approcher les plus forts parmi les guerriers argentés.
Il aurait très bien pu se donner une nouvelle chance, au moment de sa résurrection. Pourtant ce jour là, ancré dans le passé et dans son esprit le bloquait, le hantait tellement qu'il ne pouvait avancer.
Ce moment dans cette matinée, où il descendait les escaliers jusque dans la grande arène pour accueillir la jeune fille entourée de trois chevaliers de Bronze, Andromède, Cygnus et Pégase.
Ces paroles qu'il avait prononcées pour les saluer:
« Vous êtes Mademoiselle Saori Kido, soyez la bienvenue au Sanctuaire. Le Grand Pope attend votre visite avec impatience. »
Seiya avait alors répliqué:
« Oui, pour mieux nous tendre un piège! »
Le cosmos du jeune homme se manifestait, méfiant, prêt à exploser à la figure du chevalier de la Flèche.
Pourtant il fut contenu par Saori qui attendait de voir la suite des événements, et l'arrivée de Shiryu.
''Le Dragon... voilà qui n'était pas prévu'', avait-il songé, avant d'énumérer les Douze Maisons par lesquelles ils allaient devoir passer pour atteindre le palais du Grand Pope.
Puis, le groupe, poursuivant leur route, allait gravir la toute première marche, quand lui, se dévoila. Jetant au sol la longue veste d'un brun neutre qu'il portait, lançant également le masque en fer qui cachait son visage, il scanda sa menace, enfin convaincu d'accomplir une mission importante pour le Sanctuaire, la mission de sa vie:
« Mais vous n'arriverez même pas à la première Maison! Moi Ptolemy de la Flèche, je vous en empêcherai! »
Il avait alors lancé sa technique, composée surtout d'illusions de flèches qui avaient pour but de perturber les chevaliers de Bronze, et semer la panique. Sa diversion fonctionnait relativement bien, et il put décocher une flèche réelle, dorée et remplie du cosmos du Grand Pope en plein cœur de Kido Saori.
Shiryu, alors privé de sa vue, avait découvert la supercherie, et Seiya aussitôt, mit fin à l'attaque de Ptolemy et à ses jours également.
C'était sans presque aucun regret qu'il eut annoncé la mort prochaine de la jeune fille au bout de douze heures et qu'ils n'auraient pas le temps de la sauver.
Cela avait été sa seule mission, la seule fois où on lui avait confié une tâche importante à faire, et il en avait été fier. Pour la seule fois de sa vie, il s'était considéré comme un chevalier d'Argent...
後悔
Tout en marchant un peu au hasard des sentiers en terre battue, le jeune homme, perdu dans ses pensées par moment, réalisait qu'il n'allait pas du tout en direction des bois, mais peu importait. À l'instar de son quotidien actuel, il errait sans trop savoir vers où se diriger, un peu au hasard, sans but.
En repensant à ses derniers moments, il s'était trouvé fier d'avoir pu décocher cette flèche dans le cœur de Kido Saori. Pourtant, en la revoyant si puissante, si imposante, si... divine, son cœur à lui, Ptolemy, se resserrait toujours plus, comme s'il se prenait sa propre attaque en pleine poitrine.
Lui qui, auparavant, avait tant souhaité qu'on le reconnaisse à sa juste valeur, aujourd'hui voulait se faire oublier de tous, et surtout d'Athéna.
Pourtant son envie de rester seul ne dura pas longtemps. Deux cosmos qu'il avait rapidement identifiés se rapprochaient de sa position, suivis de voix qui l'appelaient.
Il soupira, devant admettre qu'il ne pourrait se cacher nulle part: le chemin étant proche d'une haute falaise d'une part et d'une prairie de l'autre côté. Aussi, il attendit.
Impossible de ne pas reconnaître la chevelure d'un rouge flamboyant de Babel du Centaure ou la voix forte et particulière de Jamian du Corbeau, deux chevaliers d'Argent redoutables dans leurs domaines, mais qui s'étaient liés d'amitié depuis la résurrection. Un duo qui ne passait pas inaperçu dans leurs quartiers, répandant une ambiance de camp d'adolescents, tous deux semblant découvrir la vie comme des jeunes hommes de leur véritable âge, et non comme des soldats qui avaient du grandir trop vite par la force de leur destin.
Ptolemy les enviait quelque part, d'arriver à trouver le quotidien si facile à vivre. Il ne put réprimer un rictus sur ses lèvres à leur arrivée.
« Pto, on te cherchait, déclara Jamian un peu essoufflé, tenant à bout de bras des cannes à pêche et deux paniers en osier fermés.
-T'es déjà fatigué, demanda Babel.
-J'ai l'habitude de suivre mes corbeaux et leur vol gracieux, moi. Pas ton allure rapide et irrégulière parce que tu changes tout le temps de chemin au dernier moment! Et je te signale que je me coltine tout le matos, alors que t'as limite les mains dans les poches de ton short!
-Vous allez où, comme ça, demanda le chevalier de la Flèche.
-Pêcher, comme tu vois, répondit le Centaure. On t'a entendu le dire à Algol, quand tu partais de ton côté, et ça nous a donné envie de t'accompagner.
-Et c'est là qu'on s'est rendu compte que tu partais sans canne à pêche, et à moins que tu sois fort pour attraper les poissons avec les mains – on en doute pas, on en sait rien – on a cherché une troisième canne pour toi.
-Ah... bon...
Ptolemy resta alors interdit, sans trop savoir que répondre. Il avait donné ce prétexte juste pour pouvoir partir de ce rassemblement autour d'Athéna, mais il ne pensait pas réellement pêcher. La solitude dans la nature lui convenait déjà assez.
-Allez, Pto, insista le Corbeau, ça te fera du bien d'être avec des potes. Et on dirait pas, mais Babel est vraiment sympa. Même s'il râle tout le temps et se prend parfois pour un inspecteur des travaux finis...
-Je vais te taper, Jamian!
-Mes corbeaux me défendront!
Le jeune homme ne savait pas trop comment réagir devant cette scène entre ses camarades argentés, et se contentait de les observer, amusé, il devait l'admettre.
-Alors, Pto?
-Pourquoi tu m'appelles comme ça?
-C'est rigolo!
… tout simplement?
-Je ne veux pas vous déranger et...
-Et rien du tout, coupa Babel. En vérité, on s'inquiète tous pour toi. Asterion, un jour, a lu tes pensées et cette culpabilité qui te ronge. T'es pas le seul dans ce cas, et notre déesse nous a pardonnés. Si tu restes dans ton coin à ressasser le passé, c'est mauvais pour toi et ta santé. On comprend que t'as envie de rester seul de temps en temps, ça nous arrive à tous, mais faut pas que tu te morfondes comme ça, ok?
Le cœur de Ptolemy s'emballa d'un coup. Jamais on ne lui avait parlé de la sorte, même sur un ton un peu bourru, comme le faisait le Centaure, mais il n'avait pas envie de les repousser. Pas pour l'instant.
-... alors, tu viens avec nous, on connait un coin super pour pêcher. Et demain, tu devrais aller voir Athéna. Je t'assure qu'entendre son pardon de vive voix, c'est quelque chose et ça fait du bien. Tu as vraiment la sensation de revivre enfin!
Jamian hocha la tête comme pour confirmer les paroles de son ami.
-... on sera là pour t'accompagner si tu le veux, pas t'as pas le droit de refuser au moins d'essayer, sinon on se sert de toi comme appât et on te balance à la flotte!
-Ca peut se tenter, murmura Ptolemy.
-Allez, c'est décidé! Viens avec nous, maintenant!
Prenant une profonde respiration, il emboita le pas aux deux autres chevaliers d'Argent.
-... tu crois qu'avec Pto comme appât on chopperait une baleine, demanda Jamian.
-Mais t'es con ou quoi? Y a pas de baleine dans la rivière et on a déjà assez avec Moses et... »
Ptolemy ne put retenir un rire franc. Le premier de toute sa vie. Ça lui avait fait du bien, comme une vraie renaissance. Et si le pardon d'Athéna lui était accordé, il pourrait enfin savourer ce monde paisible et les joies que promettaient ses deux amis, ses tout premiers amis à lui...
notes de fin: Merci d'avoir lu. Je ne pensais pas écrire autant sur Ptolemy, mais l'inspiration était là, et c'était un plaisir de faire cette histoire. Je me suis basée sur les dialogues de la bd du Dorothée Magazine pour le passage de la bataille du Sanctuaire, dialogues que je connais par cœur depuis toujours, puisque c'était avec eux que j'eus appris à lire, quand j'étais toute petite (pour le racontage de life mdr). Donc c'était pratiquement normal que je les retranscrive avec une joie non dissimulée.
Les kanji de l'interlude c'est koukai, regret en japonais.
Le prochain chevalier d'Argent à passer ce sera... ben j'en sais rien à vrai dire. Les idées viendront en temps voulu.
Je vous fais des bisous et à la prochaine.
