Petits mots sur l'oreiller
Cela faisait plusieurs semaines que Ruby n'avait pas vraiment consacré de temps à son couple. Belle avait représenté un soutien inattendu très fort durant l'épreuve qu'elle traversait avec sa grand-mère mais elles avaient souvent négligé tout le reste. Elles commençaient tout juste à se revoir maintenant qu'elle était un peu plus rassurée quant à sa grand-mère. Elle avait instauré de petites habitudes et Granny lui avait prouvé qu'elle n'était pas près de s'envoler.
Alors ce jour-là, quand Ruby retrouva Belle pour déguster un excellent thé paisiblement, elle fut simplement heureuse. Cela faisait un moment qu'elle n'avait pas ressenti un bonheur aussi intense. Prendre du temps pour se détendre lui avait particulièrement manqué.
Tranquillement installée dans un canapé de jardin près de Belle, elle passa trois heures à rattraper le temps perdu. Cela se résuma à flirter toutes les deux minutes et la faire rougir toutes les cinq minutes autour des boissons qui s'enchainaient.
Ce fut certainement les trois heures les plus courtes de sa vie. Quand elle vit Emma, qui devait la rejoindre pour un moment sportif, arriver, elle la crut largement en avance.
– Moi en avance ? C'est comme dire qu'il neige souvent en été… rétorqua-t-elle pendant que son amie regardait l'heure.
– On peut toujours revenir le weekend prochain ? lui proposa Belle.
– Avec grand plaisir. Quand tu veux.
Une fois qu'elle la prit dans ses bras, elle ne se sentit plus capable de reculer. Et repartir avec Emma fut comme un crève-cœur.
– Dis plutôt que t'aurais jamais voulu me voir arriver aujourd'hui, se moqua Emma.
– Le problème c'est qu'elle est occupée tout l'après-midi…
– Je vais ignorer le fait que tu n'as pas démenti ça…
– Bon, on y va ? lâcha-t-elle en accélérant soudainement.
Ces derniers temps, Emma avait besoin de relâcher la pression. Alors elle avait choisi d'embarquer son amie à la salle de sport.
Presque une semaine venait de passer depuis la dernière conversation avec la professeure et elle n'en pouvait déjà plus d'attendre. À travers ses gestes et ses mots, elle lui avait promis bien plus. Mais à présent elle semblait l'éviter, et n'ayant pas de cours avec elle, c'était assez facile. Emma avait l'impression d'avoir gouté au fruit interdit et qu'on la menait maintenant à la baguette…
– Tu comptes me dire pourquoi tu as autant insisté pour faire du sport aujourd'hui ? interrogea Ruby en ralentissant un peu le pas lorsqu'elles s'éloignèrent du café.
– J'en avais envie, c'est tout…
C'était vrai, mais cette envie ne venait pas de n'importe où, et ça, Ruby parut le sentir.
– J'ai parlé avec Killian hier et il m'a raconté comment tu lui adresses plus la parole.
Ruby s'interrompit en attendant une réaction de son amie, et ne la voyant pas arriver, elle la dévisagea.
– Est-ce qu'il a fait quelque chose que t'as pas aimé ?
– C'est lui qui t'a demandé de m'en parler ?
– Il m'a demandé de voir avec toi mais c'est pas pour ça que je te pose la question. Je veux juste savoir si tu es sûre de ce que tu fais.
– Je suis sûre de ce que je fais. Je suis justement pas sûre qu'on soit compatible lui et moi.
– Je vois…
Son amie sembla réfléchir un instant, alors Emma évita de croiser son regard pour cacher son stress. Elle posa plutôt les yeux sur un bâtiment à plusieurs mètres de distance, plus précisément sur l'entrée qu'une femme s'apprêtait à emprunter. En un coup d'œil, elle remarqua que ce n'était pas n'importe quelle femme. C'était Madame Mills qui portait ce carton bien plus large qu'elle.
Elle baissa la tête à la seconde où elle entendit la voix de Ruby.
– Pourquoi tu m'en as pas parlé quand t'as commencé à avoir des doutes ? Tu sais que j'aurais aimé qu'on en discute, même s'il y a rien à dire…
– C'était pas facile pour toi ces dernières semaines et puis je voulais pas te déranger avec Belle…
– Belle aurait compris. D'ailleurs tiens, ce soir on devait aller au cinéma mais je crois que je vais plutôt rester avec toi. T'en as besoin.
– Et ma série ? Ce soir j'avais prévu voir trois épisodes…
– Où est mon téléphone ? Merde… je crois que je l'ai oublié là bas… Attends-moi là, je vais le chercher vite fait.
Emma soupira lorsque son amie s'éloigna à grands pas sans la laisser répondre. Elle se retrouva seule, en plein milieu du chemin avec un air perdu. Seule à quelques mètres de la porte où elle avait vu disparaitre la professeure. C'était comme un signe du destin, en plus qu'elle l'ait aperçue seule elle aussi. C'était maintenant ou jamais.
Comme dotées d'une conscience à elles seules, ses jambes se mirent en route machinalement et la menèrent jusqu'à cette entrée.
Elle n'avait jamais pénétré dans ce bâtiment mais elle n'y pensa pas une seconde. Elle fit quelques pas et entendit du mouvement dans l'une des pièces. Elle ouvrit la porte et sa professeure se retourna vers la nouvelle venue. De toute évidence, elle ne s'attendait pas à la voir là.
– Qu'est-ce que vous faites ici ?
Son ton fut un peu plus agressif que ce à quoi elle avait anticipé, et elle devinait qu'elle était tendue.
Regina détestait être prise de court. Elle avait réussi à la fuir si longtemps pour en fin de compte se faire prendre si bêtement.
Emma s'avança puis ferma la porte derrière elle avant de s'exprimer.
– Euh… Je voulais vous parler.
La brune rétablit immédiatement son attention sur le carton sur la table.
– Vous savez très bien que vous ne devriez pas être ici.
Message reçu, elle n'avait pas envie de parler… Mais Emma n'allait pas baisser les bras si vite.
– Pourquoi vous ne m'avez pas encore envoyé de message ?
– Tout simplement parce que je n'ai pas encore eu le temps et je…
– Mensonge, l'interrompit Emma en s'avançant avec détermination vers elle.
– Continuez d'insinuer que je suis une menteuse et vous l'attendrez encore longtemps ce message.
Holà, ça partait vraiment mal. Elle devait détendre la professeure si elle voulait rester dans cette pièce un peu plus longtemps.
– D'ailleurs vous faites quoi ici ?
– Je déménage mon bureau. J'en gagne un plus grand, mieux équipé et plus calme maintenant que j'ai fait mes preuves.
À la fin de sa phrase, Emma eut droit à un regard qui l'électrisa. Elle la jaugea du regard et se demanda jusqu'où elle se sentait prête d'aller pour obtenir ce qu'elle désirait. Elle s'approcha encore un peu jusqu'à ce que la professeure se concentre complètement sur elle sans se départir de son humeur habituelle.
– Vous m'avez suivi ?
– Oui… Enfin non !
– Oui ou non ?
– Je passais à côté et je vous ai vu de loin entrer ici, c'est tout ! Arrêtez de changer de sujet ! s'impatienta gentiment Emma.
Regina haussa les sourcils et lui tourna le dos à nouveau. Elle n'arrivait pas à réfléchir. Depuis qu'elle avait pénétré la pièce, l'étudiante avait pénétré son esprit. La conversation n'avait ni queue ni tête, elle voulait juste qu'elle sorte du bureau et la laisse finir ce qu'elle faisait… Déjà qu'elle n'aurait jamais du se trouver là en premier lieu ! Bon sang, elle n'éprouverait pas l'envie urgente et soudaine de sentir son corps contre le sien si elle n'était pas là !
Regina se figea lorsqu'elle la devina encore s'approcher.
– J'en ai marre d'attendre, chuchota-t-elle à une distance qui surprit la brune tant elle était minuscule.
Cette envie, elle n'était pas la seule à la ressentir en fin de compte… Elle ne put alors s'empêcher de se reculer imperceptiblement contre elle. La sentir rendit immédiatement ses pensées muettes. Son bras se tendit pour poser la main sur la hanche de l'étudiante avant qu'une paire de lèvres n'assaille sa nuque.
Emma ressentit violemment une douce chaleur dans son bas ventre et tout son être se montra impatient pour plus. Le sentiment se transmit à la brune car au bout de quelques secondes seulement, elle se retourna et ne résista pas plus à son désir. Dès que ses lèvres s'accrochèrent aux siennes, Regina flaira l'irrémédiable envie de passer un moment délicieux intime avec elle.
Emma gémit en sentant les lèvres chaudes et les mains de sa professeure caresser et presque griffer son abdomen à travers ses vêtements. À nouveau, Regina était excitée et elle ne pouvait rien y faire.
– S'il vous plait… ce soir, demain soir, après-demain, je sais pas comme vous voulez… j'en ai besoin.
Regina éprouva une satisfaction inattendue de l'entendre la supplier. Alors elle rendait son corps totalement accro à ses doigts et à sa bouche sur elle ?
À présent, Emma ne se sentait plus capable de partir avant que la professeure fasse quelque chose pour remédier à sa culotte de plus en plus humide.
Regina attrapait son pull lorsqu'elle entendit une voix.
– Emma !
Reconnaissant au loin la voix de l'amie de la femme qu'elle avait dans les bras, elle lui lança un regard noir.
– Vous auriez pu dire que vous n'étiez pas seule ! chuchota-t-elle avec énervement.
Emma était perdue. Qu'est-ce qu'elle lui disait ? Pourquoi la regardait-elle si durement tout à coup ?
– Emma ?
Elle ouvrit grand la bouche lorsqu'elle entendit Ruby et évita de justesse de parler un peu trop fort. En remarquant qu'elle avançait rapidement, Regina la poussa brusquement. Son regard noir qui lui indiquait la sortie semblait l'avertir qu'elle avait à présent tué toutes ses chances…
En silence mais en vitesse, elle quitta la pièce pour retrouver Ruby qui approchait à grands pas. Quand son amie l'aperçut, elle n'avait pas encore récupéré son souffle de toute cette course.
– Désolée, j'ai eu une envie pressante et je pensais trouver des toilettes ici mais rien… Viens, on va arriver tard et il y aura trop de monde.
Emma ne s'arrêta pas un instant et continua de marcher jusqu'à la sortie, forçant son amie à s'éloigner. Elle avait l'habitude maintenant, il n'y avait que l'air frais qui pouvait l'aider à tout évacuer. En effet, après quelques secondes seulement, elle retrouvait ses esprits et examina discrètement Ruby pour tenter de deviner si elle soupçonnait quoi que ce soit. Elle conclut que non avant qu'elle ne laisse ses pensées la faire retourner auprès de sa professeure.
Regina ne bougea pas d'un centimètre jusqu'à ce que les deux femmes sortent du bâtiment. Elle ne se souvenait pas la dernière fois qu'elle avait eu aussi peur… Il allait falloir qu'elle ait une conversation très sérieuse avec son étudiante… La professeure reprit tranquillement son rangement en gardant tout de même à l'esprit cette femme exaspérante.
Ce n'est que lorsqu'elle ferma la porte d'entrée de sa grande maison qu'elle soupira. Elle n'aurait pas cru qu'elle la supplierait. On ne l'avait jamais suppliée de cette manière.
Mais l'arrivée de l'intruse avait fait disparaitre tout son bonheur. Cela avait été si violent…
C'était dangereux. Elle ne regrettait pas sa décision quelques jours plus tôt, mais elles allaient devoir être bien plus vigilantes à ce qu'elles faisaient. Elle était bien en train de changer, mais ce n'était pas non plus l'occasion de perdre ses bonnes habitudes.
Les jours de la semaine qui vinrent ensuite inquiétèrent Emma : elle n'avait pas plus de nouvelles de la professeure qu'avant. Et si elle ne voulait plus la voir après cette erreur ? Elle hésitait à envoyer un message à son numéro, rien qu'un petit… Elle avait résisté jusque là, elle savait que cela ne servirait qu'à se la mettre encore plus à dos… Mais que pouvait-elle faire d'autre ?
Le samedi matin, Emma sortait de la douche lorsque son téléphone reçut un message. Comme chaque fois ces derniers jours, elle se dépêcha de le découvrir. Elle se cogna la cuisse contre le coin d'un meuble en se précipitant et jura en même temps qu'elle attrapait l'appareil.
La douleur passa immédiatement au second plan quand elle vit enfin un message de la professeure. Elle voulait la retrouver le soir même, dès dix-neuf heures.
Regina y avait réfléchi toute la journée de la veille, puis une bonne partie de la nuit. Elle avait pas mal de temps libre ce weekend, et l'évidence d'un nouveau rendez-vous avec l'étudiante était apparue très vite. Autrement elle se laisserait envahir par ses souvenirs d'elle avec autant de temps… Elle avait réussi depuis trois semaines, depuis cette fameuse soirée, à rester occuper sans arrêt. Mais maintenant elle était presque à fleur de peau. Elle savait que son corps était toujours frustré de leur précédente rencontre.
Regina partit à nouveau en avance pour leur rendez-vous, mais cette fois-ci elle ne trouva pas de tête blonde impatiente devant l'ascenseur… Ce n'est qu'à l'intérieur du petit espace qu'elle réalisa qu'elle avait plus que hâte. Elle bouillait d'excitation.
Elle eut le temps d'enlever sa veste et ses chaussures ainsi que de poser son sac avant d'entendre toquer timidement à la porte. Elle alla lui ouvrir en tentant de se calmer un peu : elle devait lui toucher deux ou trois mots, la soirée pouvait bien attendre cinq minutes de plus.
– Salut.
Regina bloqua immédiatement sur sa tenue. Elle était habillée différemment de ce qu'elle avait l'habitude. Elle avait les cheveux attachés dans une longue queue de cheval haute et elle portait des collants résille sous une petite jupe noire et un débardeur blanc. Et pas de veste pour une fois.
La blonde cacha son contentement de voir la professeure la scruter de la tête aux pieds avant de la laisser entrer. Elle préféra rester concentrée et ne pas la lâcher du regard.
– D'abord j'ai besoin de vous le dire : je suis désolée. J'ai été idiote la dernière fois et je n'ai pas de véritable excuse autre que… j'en pouvais plus d'attendre. Je pensais pas que ça allait se passer…
– Parce que ça vous arrive de penser ? l'interrompit sèchement Regina.
Emma soupira et s'assit au bord du lit pour enlever ses chaussures en cherchant quoi lui répondre.
Quand elle se trouvait avec sa professeure, elle entrait dans une autre réalité. C'était seulement elles, elle n'avait pas vraiment conscience du reste et lorsqu'elle en ressortait, elle laissait tout ça là jusqu'au prochain moment où elles se recroiseraient.
Regina leva les yeux au ciel en regrettant légèrement d'avoir cédé à une vieille habitude alors qu'elle tentait de s'excuser.
– Comment puis-je vous faire confiance si vous ne prenez pas le temps de réfléchir un peu avant d'agir ?
– Et comment moi, je peux vous faire confiance quand vous me promettez que j'aurais des nouvelles de vous rapidement mais les semaines passaient sans rien ? De toute façon mon amie n'a aucun doute, et puis même si elle en avait, je la connais, ce serait rien de grave. Dans tous les cas, ça ne se reproduira plus.
Regina détestait devoir faire confiance. Elle savait que l'étudiante était sérieuse mais elle était définitivement maladroite.
– Si quelqu'un l'apprend, ce sera vous qui subirez les conséquences. Ai-je besoin de vous les rappeler ?
– Non.
– Bien. Je crois que c'est clair.
Les épaules d'Emma s'abaissèrent et elle se mit à dévisager Regina. Cette dernière s'approcha d'elle lentement et monta sur le lit à genoux sur elle. Son corps ne demandait plus qu'à rencontrer pleinement le sien à présent.
La manière dont Regina l'agrippa rendit Emma toute fébrile. Mais ce fut incomparable à la réaction lorsqu'elle l'embrassa et balança son corps sur le sien.
Il y avait un détail avec lequel Regina devait commencer cette soirée. Elle se pencha sur le côté et se concentra sur son cou. L'étudiante semblait hypnotisée et la laissa faire tout ce qu'elle désirait. Après quelques instants, elle se recula et observa son œuvre.
– Parfait… souffla-t-elle en passant un doigt sur le nouveau suçon.
– Parfait ?
– Je voulais seulement vous faire un simple retour des choses de la dernière fois.
– Quoi ? Je… j'avais fait ça ?
– Pas qu'une fois.
Regina sourit face au perplexe de la blonde et se leva. Elle se mit à se déshabiller tranquillement sans rompre le contact visuel avec la jeune femme qui ne bougeait plus.
Emma fut amusée de la voir plier ses vêtements dans un coin. Elle était si soignée, cela la rendait impatiente d'amener de son chaos à cette soirée et à ce corps. Elle ouvrait grand les yeux et les oreilles, attentive à son signal pour s'y atteler.
Une fois en petite tenue devant son regard dévorant, Regina se rapprocha. Elle prit sa main et la guida.
– Un ici… murmura-t-elle la posant sur son sein droit.
Emma caressa délicatement la peau et put se remémorer la soirée où sa bouche l'avait parcouru, égarée sur son corps.
– Un autre ici… susurra-t-elle en appuyant sur le bas de son abdomen. Et le dernier ici.
Elle finit la course sur le haut de la cuisse pendant que Regina frissonnait. Rien que ces effleurements avaient suffi pour l'embraser. Elle ferma les yeux lorsqu'elle sentit une paire de lèvres se poser sur son ventre, et les rouvrit avec frustration quand elle entendit l'étudiante rire doucement en s'éloignant. Elle lui offrit dès lors un regard noir qui pourrait faire fuir n'importe qui du pays.
– Vous me faites des reproches mais je suis pas sûre que vous m'en voudrez si j'en fais d'autres.
Regina sourit, elle aussi n'en était pas si sûre.
– Essayez, vous verrez.
Emma rit et se promit de ne pas se décevoir. Ses mains caressèrent ses hanches et ses jambes pendant qu'elle œuvrait sur la poitrine. Dans un mélange de doux et d'agressif, elle tourna tout autour de la culotte. Elle passa brièvement sur l'aine, frôla les fesses, massa l'intérieur des cuisses et griffa le pubis.
Regina brulait. Presque littéralement elle en était sûre. Son ventre se retourna lorsqu'elle sentit des doigts curieux entre ses cuisses contre le tissu qui devenait de plus en plus collant. Elle ressentit le moindre mouvement puis elle sut qu'elle ne pourrait pas rester debout plus longtemps. Elle se débarrassa de la culotte à une vitesse hallucinante et quand elle se redressa, elle découvrit qu'Emma s'était allongée et la regardait, les épaules relevées, appuyée sur les coudes.
– Montez.
Elle n'eut aucune demande à faire, la brune se précipita pour la gravir et remonter tout son corps sans détour. Elle n'eut même pas le temps de se sentir gêner d'être presque nue alors qu'elle était encore pleinement habillée. Elle ralentit au moment où elle se redressa près de son cou. Ses lèvres s'asséchaient tant elle avait chaud, mais elles s'ouvrirent en grand lorsqu'elle s'assit sur sa bouche.
Emma s'appliqua alors avec quelques petits coups de langue, quelques suçotements à provoquer ce corps savoureux. Quand elle l'entendit une première fois gémir, elle ne put empêcher un grand sourire. Ce délicieux son lui avait manqué, mais le ballet de gémissement qui suivit peu après lui avait bien plus manqué. Elle faisait tout en son pouvoir pour se rendre inoubliable et cela semblait bien marcher.
Regina avait du mal à maintenir sa position sans appuis. Elle se tortillait dans tous les sens pour tenter de ne pas flancher. Mais quand elle sentit deux doigts soudainement en elle, elle tomba en arrière. Emma réagit si vite en se redressant qu'elle glissa presque directement sur ses cuisses.
– Ça va ?
– Oui, marmonna à son tour Regina avant de placer une main sur sa joue un peu humide. Continuez.
Emma commença un lent, très lent va-et-vient dans une chaleur bouillonnante. Ses doigts lui firent rapidement perdre la tête, elle suffoquait par rapport à cette cadence qui la frustrait. Elle trouva la force de bouger elle-même en s'agrippant fermement à ses épaules.
Emma sourit et l'admira se mouvoir contre et sur elle. Pleinement satisfaite, elle lui accorda tout ce qu'elle souhaitait. Son orgasme surprit Regina qui s'accrocha de toutes ses forces à elle. Elle avait presque oublié ce sentiment léger de bien être qui envahissait à chaque fois son système nerveux.
Elle savourait tellement qu'elle remarqua à peine que la blonde s'allongea et l'emmena avec elle. Pendant deux bonnes minutes, elle profita du calme, jusqu'à ce que les vêtements de sa partenaire la frustrent. Elle mourrait d'envie de parcourir à nouveau son corps. Elle tira alors sur le t-shirt et pendant qu'elle l'enlevait d'elle-même, Regina se concentra sur le collant qu'elle vira. La jupe méritait de rester un peu plus longtemps, mais la culotte fut elle aussi dégagée. Emma eut un court instant une pensée pour ses fringues envoyées balader dans la pièce tandis que ceux de Regina étaient soigneusement pliés.
Avec un immense plaisir, la professeure se mit à redécouvrir son corps. Elle caressa lentement son épaule, en baisant son cou. Elle embrassa ses lèvres en jouant avec ses cheveux. Elle glissa plus bas pour accéder à son ventre. Ses mains atteignirent ses cuisses et elle surprit un grand sourire sur son visage. Puis soudainement elle sursauta et en s'éloignant de ses doigts, Regina l'aperçut se mordre la lèvre avec les yeux fermés.
Quand elle se baissa légèrement pour essayer de comprendre sa réaction, elle découvrit une belle petite écorchure. Elle ne put s'empêcher de la taquiner un peu, pour une fois qu'elle en avait l'occasion.
– Regina, lâcha Emma sans ouvrir les yeux alors qu'un rougissement de plus en plus évident apparaissait sur ses joues.
Elle paraissait complètement plongée dans une réalité alternative. Elle n'avait pas menti quand elle lui avait fait comprendre qu'elle avait besoin de la revoir au plus vite.
Regina l'embrassa alors et glissa une main entre ses jambes. Elle sentit immédiatement l'effet que lui avait fait le début de la soirée. Les dernières minutes ne l'avaient manifestement pas laissée indifférente.
Du bout du doigt, Regina la caressa lascivement, se centrant plus ou moins sur le clitoris. Emma se mordit la lèvre très fortement pour s'empêcher de gémir bruyamment, mais elle ne put continuer lorsqu'elle ajouta son autre main qui s'amusa à cajoler le reste de la vulve. Elle haleta plusieurs fois son nom, essayant de lui demander plus sans vraiment réussir à former une phrase. Elle finit par jurer en remarquant qu'elle lui faisait perdre la tête.
Heureusement pour elle, Regina s'arrêta et la pénétra lentement. Elle commença dès lors un va et viens, augmentant la vitesse chaque seconde, en observant comme médusée le corps onduler sur ses doigts. Il fallut seulement quelques allers-retours à peine rapides pour qu'elle soit aux portes de la jouissance. Pour éviter que tout Helios soit témoin de leur ébat, même si Regina était certaine que tout le monde était déjà au courant, elle l'embrassa lorsqu'elle cria une dernière fois son plaisir. Son corps se détendit ensuite mais Regina ne lâcha pas les douces lèvres jusqu'à ce que celle-ci bouge enfin et lui rende la pareille. Tout s'enchaina à nouveau entre finesse et appétit.
Regina avait complètement oublié où elle se trouvait lorsqu'elle se relâcha totalement sur le matelas contre la blonde serrée contre elle.
– Comment vous faites… comment vous faites pour paraitre toujours aussi présentable après tout ce qu'on vient de faire ? murmura Emma en dévisageant tout son corps.
Regina ouvrit les yeux mais détourna le regard avec un air gêné.
– Fayotte.
– Je pense pas que ce soit utile de l'être, vous savez déjà très bien que vous êtes belle à regarder, se moqua Emma avant de remonter les yeux sur son visage.
Visage qui pour une fois semblait embarrassé sans qu'elle ne comprenne pourquoi.
– Euh… je me trompe ?
– Non, souffla-t-elle en croisant les bras.
Elle rougissait légèrement en fixant le plafond.
– Regina ?
Cette intervention eut le don de provoquer son intérêt. Elle ne l'avait pas vraiment encore appelé par son prénom et Regina ne s'attendait pas à autant de familiarité. C'était rare qu'elle ait si peu confiance en elle mais après avoir passé un moment intime avec Emma, elle ne se sentait jamais normale.
Emma attrapa doucement son poignet pour attirer son attention mais elle se tendit dès qu'elle le toucha. Elle demeura totalement immobile, les bras serrés contre sa poitrine, seule partie de son corps encore couverte.
– C'est vos seins que vous n'aimez pas ?
L'intention de Regina de rester silencieuse s'envola en entendant la toute petite voix.
– C'est juste qu'ils sont… bizarres…
Elle ne se sentait pas capable de développer davantage. Elle ne se sentait pas capable de lui avouer que cette idée lui venait de la fin de son adolescence, laquelle elle n'avait pas repensée depuis des années, jusqu'à ce qu'Emma entre en piste.
– Vous pensez vraiment qu'ils sont bizarres ? répéta Emma qui doutait ne pas rêver. Ils sont pas bizarres ! Ils sont jolis. Je vous le promets. Vous êtes jolie partout, je vous le promets…
Regina n'aurait jamais imaginé qu'entendre ces mots de la bouche de cette femme l'impacterait autant. Ses bras se détendirent lentement sur son torse.
– Dites plus jamais qu'ils sont bizarres…
– Vous osez me donner des ordres ?
Voilà qu'Emma retrouvait la femme qu'elle commençait tout doucement à connaitre. Mi-sérieuse, mi-railleuse.
– Si je dois vous convaincre que vous n'êtes pas moche, alors je vais pas me gêner.
Regina ouvrit délicatement les bras, comme s'ils étaient faits de cristal, et aperçut la blonde tendre le sien pour effleurer son ventre du bout des doigts. Elle glissa lentement sa main le long de son corps jusqu'à englober un sein, puis elle alla agripper la bretelle. Elle en dévoila un premier puis s'occupa tout de suite du deuxième. La brune n'osa alors plus se regarder, elle la fixa simplement sans savoir où elle allait.
De son côté, Emma savait exactement où elle allait. Elle caressa le plus tendrement possible les seins avant de s'attarder un instant sur les tétons. Puis sa bouche suivit sa main. Elle finit même par aspirer assez pour laisser une trace, sans obtenir un seul commentaire.
Plus elle se concentra sur un téton, plus ses jambes bougèrent dans tous les sens tant son travail envoyait des décharges intenses entre ses jambes.
En quelques instants, Regina sut qu'elle avait été idiote de lui avoir caché sa poitrine. Avec un visage déjà plus détendu, elle aperçut Emma se redresser et sourire elle aussi.
– Je préfère ça.
Regina répondit en prenant sa main pour l'amener où elle en avait le plus besoin. La jeune femme qui semblait satisfaite lui donna tout ce qu'elle voulait.
Quand elle s'allongea à côté d'elle pour se poser deux minutes, Emma surprit le regard dévisageant de la brune. Elle s'étonna d'y trouver de la bienveillance comme elle n'en avait jamais vu.
– Je suis désolée de ce que vous a fait Hood, annonça subitement Regina.
Emma resta interdite. Elle n'avait jamais reçu d'excuse aussi sincère. Cela faisait quelques semaines qu'elle n'avait pas pensé à ce qu'il s'était passé.
Regina vint alors caresser doucement son flanc, où une toute petite cicatrice était visible, et la fixa.
– J'en ai vu plusieurs comme ça depuis tout à l'heure, murmura-t-elle avant d'embrasser délicatement la cicatrice. Et indirectement c'est moi qui les ai provoquées… car j'ai mal géré la situation avec lui. Vous ne méritiez pas ça Emma. Je m'en veux, vraiment. Alors je suis vraiment désolée, s'excusa encore une fois Regina en embrassant une autre petite marque.
Emma attrapa sa joue et joua avec ses lèvres. Elle ne savait pas vraiment si par ce geste elle souhaitait la remercier ou la faire taire. Emma était bien trop gênée par ce sujet, elle n'avait aucune envie d'y repenser et d'avoir à nouveau des cauchemars…
– N'en parlons plus.
– S'il fait quoi que ce soit qui ne vous plait pas, prévenez-moi. Vraiment. Et je n'en parlerai plus jamais si c'est ce que vous voulez.
– Merci.
Emma prit un instant pour sentir et ressentir les doigts frôler doucement son corps. Voilà une nouvelle manière que la professeure avait de la toucher que personne n'avait eu avant elle. Elle ferma les yeux en se détendant complètement. Ses gestes restaient si chastes, mais ils lui firent plus de bien que les précédents.
Regina s'arrêta quand elle n'eut plus la force. Emma aussi ne semblait plus avoir la force de bouger.
– Je crois qu'il est temps de mettre fin à cette soirée. J'ai une grosse journée demain et il est vingt-deux heures passées…
Emma acquiesça et les deux femmes se levèrent puis s'habillèrent en silence.
– Emma, intervint Regina en se tournant vers elle. Au cas où, j'aimerais que vous ayez la clé pour que vous puissiez accéder à la chambre. Si jamais un jour vous êtes en avance et que je ne suis pas là.
Elle lui tendit la clé avec un regard qui surprit Emma. S'il y avait bien quelque chose à laquelle elle ne s'attendait pas, ce serait bien ça.
– Est-ce que ça veut dire que j'aurais l'occasion de l'utiliser bientôt ?
– Bientôt oui.
– C'est un vrai « bientôt » cette fois ?
– C'est un vrai « bientôt ».
Emma observa la professeure mettre tranquillement sa veste. Cette soirée avait été si relaxante, elle n'en revenait pas. Elle savait qu'elle était de son avis, son air décontracté se traduisant dans son corps et ses gestes le lui prouvaient. Ce fut probablement la première fois qu'Emma ne regretta pas d'un poil la mise en danger de ses études avec elle.
– Regina ?
– Oui ?
– Merci de me faire confiance. Je sais que je fais plein d'erreurs et que ça doit pas être facile… Moi j'ai plutôt l'habitude qu'on cherche même pas à me faire confiance en sachant qui je suis… Surtout les gens de ma promo en fait. J'ai toujours l'impression d'être en décalage avec eux. Comme si j'avais pas ma place parmi eux. Mais… j'ai aussi l'impression que c'est différent avec vous.
Emma baissa le regard au sol, se rendant compte qu'elle venait de déballer tout un tas de secrets.
– Alors… euh, merci…
Regina le scruta un instant avec un air surpris. À peine quelques minutes plus tôt, elle avait semblé fermée comme une huitre. Emma Swan était une drôle d'huitre.
– Je vous en prie.
Emma quitta la pièce presque immédiatement. Elle espérait que la professeure ne lui avait pas menti parce qu'elle avait déjà hâte de la retrouver ici. Il lui restait quelques souvenirs aussi bien dans la tête que sur le corps qui lui rappelleront sans arrêt son impatience les prochains jours.
