Chapitre 1 : Départ de Poudlard


Je voudrais remercier Akhmaleone et Havirnyrce Vince pour la super beta de ce chapitre.


Le quai neuf trois quarts grouillait de monde en cette fin d'année scolaire.
Les étudiants, plus ou moins joyeux à l'idée de retrouver leur famille, quittaient leurs amis avec appréhension avant de rejoindre leurs parents.
Harry observait ces corps qui formaient une masse indistincte dans laquelle il n'avait pas eu le courage d'entrer. Dans cette foule, mobile et compacte, il se serait senti oppressé et à l'étroit. Et il aurait été aisé pour un quelconque journaliste de voler une photographie de ses retrouvailles avec son fils.
Malgré les années écoulées, les journaux à sensation aimaient avoir sous le coude des informations sur le survivant national au cas où les potins d'autres personnalités publiques ne seraient pas assez croustillants.

Harry n'avait jamais compris cet intérêt morbide et il aurait été très heureux de vivre sans toute cette attention. Malheureusement, il avait appris depuis bien longtemps que les rêves qui se réalisaient étaient plus proches de chimères qui singeaient l'amère réalité.
À l'écart, adossé à un poteau proche de la sortie, Harry attendait donc avec impatience l'arrivée de son fils, tout en répondant par un sourire crispé aux saluts et aux regards appuyés de ses congénères.
Pour éviter une interaction humaine non désirée, il fit apparaître dans sa main droite un roman de gare qu'il avait commencé le matin-même pour passer le temps. Harry fut coupé dans sa lecture par des bras chauds entourant son cou. Le sorcier aurait reconnu cette chaleur entre mille et s'y blottit quelques instants.

«Hey Mione...
— Ça fait tellement longtemps qu'on s'est pas vus Harry...
— La dernière fois qu'on s'est parlés, c'était il y a deux semaines, rétorqua-t-il, un brin amusé.
— Oui mais notre travail nous a empêchés de te recontacter depuis...
— T'inquiète, je me disais que vous deviez être occupés. Ça va, Ron ?
— Très bien, mon vieux. Je t'aurais bien salué mais Mione t'a tout à elle. Je voudrais pas tenir la chandelle ! se plaignit Ron.
— Arrête de faire semblant, Papa ! La seule personne dont t'es jaloux c'est Maman parce qu'elle a fait un câlin à Harry et pas toi... roula des yeux Rose.
— Je confirme. » ajouta Hugo sans sourciller.

Âgés de onze et treize ans, le frère et la sœur arboraient avec fierté leur uniforme aux couleurs des lions. Dignes descendants des Weasley, les deux têtes rousses avaient atterri dans la même maison que leurs parents.
Rose avait bien grandi au cours de l'année et son corps avait pris des formes plus matures qui laissaient deviner la femme qu'elle deviendrait. À l'instar de sa mère, ses deux yeux marrons étaient braqués sur le monde avec une lueur scrutatrice et elle faisait partie des meilleurs élèves de sa promotion.
De son côté, Hugo était beaucoup plus introverti que son ainée mais son espièglerie n'était plus à démontrer. Avec ses boucles aussi éparses que Hermione et ses yeux bleus éclatants, il était très difficile de ne pas penser à ses oncles lorsqu'il s'adonnait à une farce.

Harry accueillit ses neveux avec un immense sourire avant de demander :

« Qui est-ce qui a gagné la Coupe des quatre maisons cette année ?
— Oh ! Toujours là pour gâcher l'ambiance ! ronchonna le plus jeune.
— Les Serpentards... soupira Rose. Il y en a deux qui étaient contents... »

Les trois adultes se plaignirent pour la forme avant de discuter de tout et de rien.

« Albus prend toujours du temps. Vous devriez rejoindre Victoire, Fred et Roxanne. Oncle George doit se trouver avec eux devant les kiosques à journaux, déclara Harry, conscient que ses deux meilleurs amis ne seraient pas à l'aise si Draco les rejoignait.
— D'accord... Tu viendras avec Albus et Teddy au déjeuner annuel de toute façon pas vrai ? Charlie sera là cette année avec son compagnon, expliqua Hermione.
— On sera là. » la rassura-t-il.

Alors que ses enfants rejoignaient le reste de la famille, Ron échangea un signe de tête avec sa femme avant de les quitter.
La sorcière asséna deux bises sur les joues de Harry avant de lui dire :

«Il faudrait vraiment que tu viennes à la prochaine réunion du Conseil. C'est important et ... Je ne pense pas qu'on pourra régler la situation sans toi ... »

Les yeux de Harry s'écarquillèrent à la demande de son amie. Contrairement à d'autres personnes, Harry savait qu'elle ne le forcerait jamais à s'investir dans la vie politique sorcière ou au Ministère plus que que son statut ne le requérait déjà. Hermione était l'une des seules à avoir compris son besoin de se mettre à l'écart de cette société dont il était l'un des héros.
Si elle lui faisait cette requête, c'était que quelque chose de dangereux se tramait et qu'il y avait peu de personnes à qui elle pouvait faire confiance.
Harry acquiesça à la demande de son amie, la mine sombre, avant de la laisser partir. Plus elle s'éloignait, plus le malaise diffus que Harry ressentait à la vue de toutes les personnes autour de lui l'écrasait. Il lui fallut toute sa concentration pour ne pas déguerpir.

Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que Harry ne finisse par apercevoir son fils qui avait encore grandi au cours de sa troisième année. Décidément, Rose et lui s'étaient donnés le mot ! Albus poussait son énorme chariot avec moins de difficulté qu'auparavant.

Son hibou, Gigi, ne semblait pas supporter sa cage pourtant spacieuse et laissait ses yeux jaunes se poser sur les individus alentours avec rage tout en ébouriffant ses plumes brunes dans un roucoulement audible. L'adolescent ne s'en formalisait pas plus que ça et était en grande discussion avec son meilleur ami, Scorpius Malfoy. Lui, en revanche, avait subi une véritable poussée de croissance et semblait ne pas savoir comment mobiliser sa carrure longiligne.

L'aigle auburn de l'aristocrate fixait sa congénère surexcitée avec dédain. Harry s'était toujours demandé comment Scorpius avait fait pour faire accepter cette bestiole au sein de l'école. L'animosité entre les deux animaux égalait l'amitié qui liait les deux garçons depuis leurs premiers pas à l'école des sorciers. Cette amitié avait un peu effrayé Harry au départ, surtout que les deux enfants avaient une tendance à être fusionnels au point de ne pas se soucier de ceux qui les entouraient.

Cependant, il avait suffi qu'il aperçoive les yeux verts de son fils s'illuminer à l'évocation de son camarade, pour que Harry laisse de côté ses réticences. Même s'il craignait que la réputation de Scorpius ne puisse déteindre sur Albus et lui faire du mal, celui-ci semblait si prompt à ignorer toutes les critiques intempestives qu'il avait décidé de le soutenir. C'était ce qu'aurait souhaité Ginny. Enfin, Harry espérait que c'était le cas.

Albus finit par l'apercevoir et son sourire valait bien toute l'attente du monde pour Harry. Cela, il ne le dirait sans doute pas à son fils mais il le pensait. L'adolescent poussa de plus en plus vite son chariot jusqu'à l'arrêter aux pieds de son père. Sans laisser à Harry le temps de réagir, il lui adressa une accolade appuyée.

Harry savait qu'il était chanceux de recevoir ce genre de marque d'affection de la part de son fils. À son âge, il était plus courant de recevoir un bougonnement faisant office de bonjour plutôt qu'une embrassade.

« Salut P'pa !

— Salut Al… T'as passé une bonne fin d'année ?

— Super ! On réfléchissait déjà avec Scorpius aux potions qu'on pourrait tester sur les plantes qu'on a fait pousser. J'ai tenté une expérience sur Wilfred mais cette saleté d'aigle n'a pas été très coopératif.

— Il n'aime pas être sali, déclara Scorpius d'une voix monocorde avant de rougir légèrement lorsque Harry posa les yeux sur lui. Bonjour, Monsieur Potter.

— Bonjour, Scorpius. J'espère qu'Albus n'a pas été trop difficile à gérer, demanda Harry avec gentillesse pour ne pas l'effrayer.

— Mais ça va pas ? s'exclama Albus, outré. Je suis un être tout à fait gérable ! Pas vrai ?

— Oui, oui, c'est un excellent ami, répondit l'autre avec un sourire timide.

— Hm, mais je sais à quel point il peut être fatiguant. Tu diras à ton père que l'invitation pour passer une ou deux semaines chez nous tient toujours.

— Vous en êtes sûr ? questionna Scorpius avec réserve.

— Bien entendu. Comme ça vous donnerez un peu de vacances à vos oiseaux au lieu de les faire travailler autant en pleine canicule. » expliqua Harry, prêt à décamper. Tout ce monde lui donnait un mal de tête affreux.

Alors qu'il pensait que son fils le suivrait sans sourciller, celui-ci, pris d'un sursaut d'excitation, lui fit faux bond et retourna quelques instants chuchoter une bêtise à l'oreille de son ami. Scorpius répondit quelque chose qui fit rire son fils aux éclats. Et Harry s'empêcha de rouler des yeux à cette vision.

« Bon, Albus, il faudrait vraiment y aller là…

— Scorpius ! » appela une voix qui fit frissonner Harry, malgré lui.

Cet émoi, ce tremblement qui saisissait Harry à chaque fois qu'il se trouvait en sa présence était devenu terriblement familier. Mais cela n'amenuisait pas l'étendue de son trouble. Au contraire, plus les jours s'écoulaient, plus ce sentiment entêtant et tenace l'enlaçait avec une force inattendue. Et hésitant, pétri d'inquiétude, le sorcier ne savait rien faire d'autre que feindre l'ignorance. Prétendre que sa compagnie ne signifiait rien pour lui. Faire mine que Draco Malfoy n'occupait pas ses pensées plus que nécessaire.

Le Serpentard avait transplané juste derrière lui. Contrairement à Harry, il préférait venir chercher son fils lorsqu'il était assuré qu'il était arrivé à bon port.
Comme à son habitude, Draco était d'une élégance remarquable. Il portait un pantalon, des mocassins et une cape anthracite et seule sa chemise pervenche égayait sa tenue. Ses longs cheveux neigeux étaient assemblés en une soigneuse tresse qui glissait sur son épaule. Harry ne préféra pas s'attarder sur son corps d'autant plus que son regard réussissait toujours à capter son attention de la plus étrange des manières.

Harry craignit quelques instants de se perdre, plongé malgré lui dans ces iris grises, mer de placidité et de brume impénétrable. Il se reprit lorsqu'il saisit le salut calme et réservé de l'homme en face de lui.

Harry ne savait déjà plus ce qu'il lui avait répondu lorsque Scorpius rejoignit son père pour saisir son bras et transplaner à ses côtés.

Son traître de cœur battit la chamade à l'instant où il entraperçut un léger sourire de connivence lancé par Draco à son attention avant qu'il ne disparaisse.


Albus avait passé une année plus qu'éreintante. Entre les devoirs, ses expériences de potions et les rumeurs courant sur Scorpius et lui, il n'avait pas toujours su où donner de la tête. L'adolescent s'était habitué à voir ses moindres faits et gestes critiqués par ses camarades. C'était le revers de la médaille lorsque l'on était le fils du héros du monde sorcier, l'homme qui avait réussi à anéantir celui dont on ne devait pas prononcer le nom.

S'il n'avait pas tant ressemblé à son père, peut-être aurait-il pu échapper aux regards critiques et scrutateurs posés sur lui. Malheureusement, ce n'était pas le cas. Albus n'avait peut-être pas hérité de sa peau halée, ou de sa cicatrice, mais ses cheveux noirs indomptables et les traits de son visage étaient trop semblables avec ceux de son paternel pour espérer échapper à son nom.

Lorsqu'il était entré la première fois dans le Poudlard Express, aux côtés de sa cousine toute survoltée à l'idée d'étudier au sein du château, le garçon s'était demandé s'il n'aurait pas été mieux d'avoir uniquement le nom de sa mère. Car même si les Weasley étaient reconnus, cela était moins pire que de porter le nom si lourd de Potter.

Cette idée avait germé dans son esprit alors qu'il observait tous ses cousins, si exubérants, si populaires, si lumineux discuter ensemble et ravis à l'idée de vivre loin de leur maisonnée. Victoire, la seule fille de son oncle Bill à étudier à Poudlard au lieu de Beaux-Bâtons, faisait fi de sa double nature de Vélane et du fait qu'elle était la première de la famille à être à Serdaigle.

Roxanne était une des batteuses les plus douées de sa génération comme son père George à son époque. Et son frère, Fred, était un talentueux dessinateur qui publiait dans le journal de l'école des bandes-dessinées que les élèves dévoraient. Lucy, la fille d'oncle Percy était préfète en chef comme son aînée, Molly, avant elle. Et dans ce palmarès d'exception, Albus ne savait pas où se mettre.

Ce n'était pas comme s'il avait un quelconque talent. Il n'était pas aussi courageux et sûr de lui que les autres membres de sa famille et il avait toujours été le petit oiseau surexcité que les autres craignaient de trop secouer. À cette époque, il avait eu terriblement peur d'aller à Poudlard car il avait su au fond de lui-même qu'il ne rentrerait jamais dans à Gryffondor.

Très vite, l'enfant de onze ans qu'il était, s'était éloigné de sa cousine revêche qui commençait à sympathiser avec deux filles pour trouver une autre cabine. Son estomac était tellement retourné qu'il avait eu besoin d'être seul. Et c'était à cet instant qu'il avait fait la rencontre qui avait changé sa vie.

C'était à cet instant qu'Albus avait rencontré Scorpius.


Le blond était seul dans la cabine, la cage de son aigle était ouverte et pourtant celui-ci ne tentait pas de s'enfuir. Son propriétaire fixait l'extérieur du train, pensif, et n'avait pas détourné son visage du paysage verdoyant à son arrivée. Albus avait été surpris par sa réaction impassible.

Mais en tombant sur cette chevelure blanche et cette pâleur si caractéristique, il n'avait pu s'empêcher de se rappeler son enfance, de penser à Teddy et de mettre un nom sur le jeune homme. C'était un Malfoy. Lui aussi avait un nom difficile à porter et pas du bon côté de l'Histoire.

Albus avait demandé avec timidité s'il pouvait rester là. Le regard surpris que lui avait lancé le garçon et le doux sourire qui avait accompagné son acquiescement avait envoyé valser toutes les précédentes craintes d'Albus. Après cela il n'avait pas été si compliqué d'accepter la décision du Choixpeau magique de l'envoyer à Serpentard.

Albus savait qu'il avait choqué tout le monde et sans doute déçu sa famille. Il se souvenait encore de la surprise de ses cousins alors qu'il rejoignait Scorpius, seul à la longue table de sa nouvelle maison. Il avait craint de les perdre et surtout de décevoir son père. Sa surprise avait été grande lorsque son père lui avait avoué par courrier que lui-même avait failli être envoyé à Serpentard lorsqu'il avait son âge et que son deuxième nom était celui d'un grand homme qui avait été dans cette maison. Malgré l'approbation de son géniteur, Albus n'avait, pour autant, pas mentionné son ami au départ. Être à Serpentard était une chose. Avoir pour meilleur ami un Malfoy en était une autre.

Scorpius était un élève brillant et excellent sur un balai, contrairement à lui. Pourtant les autres étudiants l'évitaient comme la peste jusqu'à répandre des rumeurs glauques à son sujet. Cela n'allait jamais jusqu'à les attaquer directement. D'une part parce qu'Albus n'hésitait pas à utiliser la violence pour protéger son ami et d'autre part car Rose avait fait en sorte de parler du début de leur harcèlement à ses cousins plus âgés.
Tout aurait pu continuer ainsi jusqu'à la fin de leur première année sans que leurs parents respectifs ne soient mis au courant sans l'attaque qu'avaient menée certains élèves de Gryffondor. Elle s'était soldée par plusieurs personnes à l'infirmerie. Albus et Scorpius en étaient sortis indemnes avec un savant mélange de sorts familiaux des Black et Malfoy et la rapidité d'exécution d'Albus.
Leur bagarre avait été violente au point que leurs pères avaient été convoqués.
Et ce fut ainsi que Harry et Draco avaient appris la vérité sur leur amitié et les sévices qu'ils avaient subi depuis le début de leur première année.
Albus avait eu honte à ce moment-là. Il avait eu honte que son père le découvre aussi faible mais il ne regrettait pas d'avoir blessé les élèves qui voulaient faire du mal à son ami.

À sa grande surprise, Harry avait pris leur défense sans sourciller en souhaitant que les élèves les ayant attaqués reçoivent à leur tour une punition exemplaire.
Albus n'aurait jamais cru que son père puisse défendre le fils d'un ancien Mangemort ainsi.

Albus se rappellerait toujours la discussion qu'ils avaient eu après ce rendez-vous chez la directrice McGonagall.


Deux ans plus tôt


« Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit Albus ?! s'exclama Harry après avoir guidé son fils dans une pièce, emplie d'objets en tout genre, apparue mystérieusement à travers un mur.
— Je...
— Je vous ai défendu parce que personne ne doit subir du harcèlement mais tu n'aurais jamais dû lancer des sorts aussi dangereux ! Je te les ai appris pour que tu puisses te défendre !
— Mais je me défendais ! Ils n'ont pas le droit de traiter Scorpius comme ça ! Ce n'est pas un Mangemort ! se brisa Albus, retenant ses larmes pour ne pas exploser de rage.
— Je parlais de défense contre des forces maléfiques, pas quelques gamins, répondit avec froideur Harry.
— Ce n'est pas parce qu'ils ont mon âge qu'ils peuvent pas être des démons... » murmura Albus en baissant la tête.

Parfois, il avait l'impression que son père relativisait beaucoup trop de choses. Ces garçons n'étaient peut-être pas des mages noirs mais à cause d'eux, Scorpius se limitait pour ne pas se faire remarquer ou subir leurs brimades. « Écoute Albus. La prochaine fois, essaie d'en parler autour de toi pour ne pas arriver à ce genre d'extrémités. Confie-toi à moi ou au moins à Teddy ou un de tes cousins. Même s'il est parfois difficile de faire confiance aux adultes, il ne faut pas tout garder pour soi d'accord ? expliqua son père en fixant une petite statuette qu'il prit en main.

— Mais tu m'aurais dit de ne pas traîner avec Scorpius comme les autres !
— Mais...
— Ne dis pas que c'est faux ! Je sais que c'est vrai ! se plaignit Albus.
— Ne me parle pas comme ça. Peut-être que c'est vrai mais tu aurais dû me parler du harcèlement... Au moins de ça. » Père et fils restèrent silencieux quelques instants, s'évitant du regard alors qu'Albus se renfermait sur lui-même. « Est-ce que ce Scorpius vaut vraiment la peine que tu en fasses autant ? soupira son père.
— C'est mon meilleur ami ! Je le défendrai toujours !
— D'accord. Je ne dirai rien de cette amitié alors mais je ne veux plus jamais vous voir dans ce genre de bourbier. Est-ce que c'est clair ? déclara Harry, une expression soucieuse sur la figure.
— T'es sérieux ?
— Est-ce que j'ai l'air de blaguer ? s'agaça son père.
— Non. Merci Papa... » répondit Albus, soulagé.Son père vint ébouriffer ses cheveux, malgré ses réticences. À cet instant, le père de Scorpius apparut à l'intérieur de la pièce suivi de son fils. « Si tu voulais utiliser ce genre de sorts, tu n'aurais pas dû te faire prendre... Oh, j'avais oublié, s'arrêta Draco Malfoy dans son discours en apercevant Albus et Harry.
— C'est ce que tu dis à ton fils ? Sérieusement ? critiqua son père en roulant des yeux.
— Il doit apprendre à se défendre et je te signale que ce n'est pas mon fils qui a envoyé le plus de monde à l'infirmerie. On se demande de qui il a tiré toute cette violence... répondit avec flegme Monsieur Malfoy sans sourciller.
— Tu manques vraiment pas de culot !» rétorqua Harry à la grande stupeur de son fils. Habituellement, son père ne perdait son sang-froid avec autant de rapidité.

« Ne t'inquiète pas, Harry. Les deux iront dans la forêt interdite pour leur retenue et auront le temps de se repentir, déclara Monsieur Malfoy sans quitter son père des yeux. Je ne voulais pas en arriver là mais Scorpius et moi-même voulions te remercier pour la...
— La prise de position. Merci, Monsieur Potter, coupa son ami avec douceur.
— Ce que j'ai fait était normal. Et je ne retire pas ce que j'ai dit. Tu ressembles beaucoup à ta mère, Scorpius. Prenez soin l'un de l'autre avec Albus, déclara son père en quittant enfin des yeux Monsieur Malfoy.
— Ne prenez pas encore une décision digne de Gryffondors. » ajouta-t-il. Son père lança un regard noir au maître de potion avant qu'ils ne sortent tous de la pièce dont la porte disparut instantanément. Alors que leurs pères rejoignaient la sortie ensemble. Les deux amis se fixèrent abasourdis mais étrangement soulagés.

Leurs parents acceptaient leur relation amicale et vu le bruit qu'ils avaient fait, on ne les embêterait plus avant longtemps.


Depuis ce jour-là, Albus avait arrêté de cacher son amitié avec Scorpius aux adultes de sa famille. Des remarques désobligeantes étaient parfois encore entendues dans les couloirs mais les deux amis avaient réussi à bien s'entendre avec leurs camarades de dortoir. Et depuis que Scorpius était entré dans l'équipe de Quidditch, les gens avaient cessé de le traiter comme un paria.
Le sport pouvait parfois faire des miracles. C'était un brin hypocrite mais un miracle restait un miracle.
Leur troisième année avait donc été plus propice à se découvrir et à faire des expériences magiques exaltantes.
Malgré tout, Albus avait hâte de retrouver sa famille, qui lui avait manqué, et était d'autant plus extatique à l'idée que Scorpius passe un peu de temps chez lui.

Albus s'accrocha à son père pour transplaner jusqu'à leur maison en Ecosse.

En atterrissant dans la forêt verdoyante, Albus ne put s'empêcher de humer l'air estival avec délectation. Les lieux lui avaient manqué.
Dès que leurs pieds avaient atterri sur la mousse, son père s'était dégagé prêt à porter ses bagages.
Albus soupira en le regardant s'activer à la tâche.

« Quel manque de romantisme et de calme ! Il ne lui laissait même pas le temps de rêvasser un moment ! », s'amusa le jeune garçon avant de prendre son sac et sa chouette pour entrer dans le chalet en bois caché dans un coin de la forêt calédonienne.

Des odeurs de gâteau fraîchement cuit, de sirop de framboises et de fraises émanaient de la cuisine lorsqu'Albus s'introduisit dans le hall. Il laissa ses chaussures dans la boîte prévue à cet effet, juste à côté des quatre autres paniers en osier. Le salon venait d'être nettoyé, sans doute un travail de son père qui ne pouvait s'empêcher de récurer les pièces à vivre du sol au plafond lorsqu'un membre de la maisonnée revenait.
L'écran plat en face des canapés en cuir brun lui avait manqué ainsi que la petite liste de films, annotée par Lily, qui forçait toute la maison à en regarder un sur la liste chaque weekend.

Albus passa devant le meuble avec les photographies moldues. Une photographie d'Albus en compagnie de James, Lily et Teddy lors de leurs vacances en Italie. Une photographie de son père et de sa mère à la maternité, le serrant dans leurs bras. Teddy lors de sa remise de diplôme avec la lettre de son acceptation à l'université de Saint-Andrews. Lily et James en train de faire du paddle. Son père endormi sur le canapé, un livre à la main. Albus et Gigi, jouant sur la balançoire du jardin lorsqu'il avait huit ans.

Albus avança jusqu'à atteindre une pièce qu'il ouvrit avec sa baguette. Cette porte laissait place au versant magique de la maisonnée que seuls les sorciers ou les membres de la maison pouvaient explorer. Ici les murs étaient plein de photographies mouvantes. Celles des parents de Teddy, de toute la famille Weasley au Terrier, de ses grands-parents paternels, des amis de son père, de ses propres parents à leur mariage, son père faisant tournoyer sa mère dans sa robe si blanche qui contrastait avec la rousseur flamboyante de sa chevelure. Une autre photographie de sa mère, sa préférée, assise sur le canapé avec son corps de bambin sur les genoux, tandis que Teddy, Lily et James partageaient une partie de cartes à ses pieds.
Albus aimait cette photographie car sa mère finissait par regarder tendrement l'objectif de la caméra avant d'éclater de rire.

Il entra dans sa deuxième chambre pour déposer tout son matériel magique à l'exception de ses livres qu'il avait le droit de conserver dans sa chambre moldue. Il sortit de la pièce et se rendit dans le jardin sur lequel un terrain de Quidditch était disposé. Le sorcier détestait voler donc il ne l'utilisait jamais. Des plantes pour des potions, ratées une fois sur deux, poussaient dans un coin.

Albus passa sous un porche en bois qui le renvoya dans le jardin de la maison côté moldu. Là, tous les fruits et légumes de son père poussaient. Il les utilisait pour la cuisine et pour approvisionner les stocks de son café-librairie, en ville. Des plantes sauvages poussaient de leur propre ressort. Le jardin était tellement vaste et fouilli que cela ne posait pas de problème. Albus accrocha la cage de son hibou sur la terrasse et l'ouvrit pour laisser Gigi s'amuser dans la forêt environnante au-delà de leur propriété. Plus loin, par-delà la barrière en bois parsemée de magie, au fin fond de ces pins et de ce labyrinthe de verdure dans lequel il était aisé de se perdre, se trouvait la meute de Timothy. La deuxième famille de Teddy. La nuit, surtout les soirs de pleine lune, il arrivait d'entendre leurs hurlements si caractéristiques.
Albus s'étaient habitués à vivre aussi près des loups-garous. Il observa quelques instants les feuillages avant de se précipiter à nouveau dans la maisonnée en entendant l'appel de James.

« Albus! P'tite tête, t'es où ?!»

Il courut jusqu'au salon et tomba sur les jumeaux de dix-huit ans qui ne s'étaient pas encore dépêtrés de leurs sacs de cours. Pour eux, c'était aussi le dernier jour de cours au lycée.
Comme James l'avait envoyé sur leur groupe de messagerie commune, il avait pris du muscle depuis la dernière fois. Ses séances à la salle de sport et le matériel que son père avait fini par lui acheter pour qu'il lui fiche la paix n'avaient pas été inutiles. Sa carrure était d'autant plus imposante à côté du corps frêle de Lily qui était revenu à sa couleur naturelle, un châtain-roux ravissant. C'était amusant pour Albus que du côté de sa mère ou de son père, ses cousins avaient tous des cheveux qui étaient dans les gammes de roux.
Dès son arrivée, celle qu'il considérait comme sa sœur vint lui faire un des énormes câlins dont elle avait le secret.

« Oh mon Dieu ! Mais t'as encore grandi, c'est pas possible ! se plaignit l'adolescente en se débarrassant de son sweat à capuche pour mieux l'enlacer.
— Encore heureux, il devait bien finir par te dépasser parce que ça craindrait vraiment sinon.
— La ferme, James.
— C'est toi qui fais la choquée.
— Coucou vous deux ! les coupa Albus ravi de finir recouvert par le tee-shirt Avengers favori de sa cousine.
— Je rêve ou ta bestiole est en train de faire des tours du bâtiment en plein jour ? se plaignit James.
— Gigi voulait vous faire coucou. Allez lui dire bonjour ! expliqua Albus.
— J'y vais dans un instant. Faudra qu'on passe t'acheter quelques vêtements, ils sont un peu serrés les tiens, là. » ajouta Lily avant de se rendre dans le jardin.

Son jumeau ne suivit pas le mouvement, plutôt refroidi par la chouette qui le mettait toujours mal à l'aise. À la place, il s'avachit sur le fauteuil face à la baie vitrée qui donnait sur le jardin. Albus le rejoignit et s'assit à ses côtés.

« Ça a été le lycée ?
— Toujours aussi infernal mais on a fini et on aura nos diplômes. Il y aura plus Harry sur notre dos...
— Sur ton dos, répliqua Albus avec un sourire contrit.
— Hmm... »

Les deux jeunes hommes regardèrent leur sœur tenter de se débarrasser de la chouette accrochée à son tee-shirt sans succès.

«Du coup, Lily m'a pas dit ce qu'elle avait choisi comme fac.
— La plus proche pour Jane... Soupira James sans lever un sourcil.
— Comment ça pour Jane ?
— Ben pour sa licence de bio, Jane doit aller à Herriot Hatt. Il y a un cursus de psycho qui intéresse Lily là-bas et ça reste proche de la meute et de la maison donc...
— Je vois pas trop le rapport avec Jane...
— Elles sont ensemble, Albus, renchérit James.
— QUOI ? Pourquoi personne me l'a dit ?!
— C'était quand même clair sur le groupe quoi ... déclara le plus vieux. T'es pire que moi sur ces choses-là, mec, ça craint. »

Il était vrai que si même Monsieur « Je suis un homme fort qui n'a pas besoin de parler de sentiments » l'avait compris également, cela posait vraiment question sur l'aveuglement d'Albus quant aux relations humaines. Mais ce n'était pas sa faute ! Il n'était pas à la maison la majorité du temps.

« Quand elle l'appelait mon amour je pensais juste que c'était un surnom affectueux pour sa meilleure amie quoi...
— Euuuhh...
— Bref, c'est cool sinon que t'aies été pris dans la formation avec les motos et tout...
— Ouais... Je commence cet été par contre donc pas de vacances.
— De toute façon, Papa est d'accord pour que Scorpius passe à la maison ! Donc je pense qu'on passera tous une bonne partie de l'été ici.
— Gigi arrêtera de se plaindre tout l'été du coup ?! répondit James en joie.
— C'est ça que tu retiens ? » se plaignit Albus.

Son père finit par apparaître dans l'embrasure de la porte, un plat fumant entre ses mains gantées.

« James, je t'ai dit que j'avais déplacé le garage à l'arrière donc qu'est-ce que ta moto fait devant ?
— J'allais la déplacer, soupira le concerné. Je comprends juste pas pourquoi t'as changé le garage de place...
— Tant que la maison ne s'est pas décidée de l'endroit où elle placerait la chambre de Scorpius, elle fera des siennes donc bouge tes fesses et place-là à l'arrière avant qu'elle ne finisse à la décharge. »

James ronchonna en se plaignant du fait que cette maison magique ne semblait pas écouter tous les habitants mais s'exécuta à contre-cœur. Son père leva les yeux au ciel, agacé, avant de poser son gratin sur la table.
Leurs rapports s'étaient améliorés. Au moins, aucune porte n'avait claqué.

« Teddy rentre quand ? demanda le plus jeune.
— Dans quelques jours. Il est encore à Saint Andrews. Si j'ai bien compris Henri et Jane vont le rejoindre à Edimbourg pour un festival puis il revient avec eux, expliqua son père. Tu veux l'appeler ?
— Je le ferai ce soir. » répondit Albus avant d'aider son père à dresser la table.

Tous les quatre finirent par manger ensemble et à décorer le gâteau au chocolat de bienvenue que son père cuisinait toujours lorsqu'il rentrait à la maison. Même si Teddy manquait à l'appel pour la première fois, Albus était satisfait d'être revenu.


Plus jeune, Ayaba aurait eu du mal à mettre des mots sur ce qu'elle ressentait mais elle avait enfin compris à présent. À cette remise des diplômes, elle avait fini par comprendre alors que Victoire et ses amis pleuraient leur départ. De son côté, aucune larme ne voulait sortir et elle ne ressentait qu'un sentiment de nostalgie teintée de libération. Un autre chapitre de sa vie allait commencer. Quitter son équipe de Quidditch ne rendait pas son cœur aussi lourd qu'elle l'aurait escompté.

Poudlard n'avait jamais été sa maison. Elle ne l'avait jamais considéré ainsi. L'école avait beau se targuer d'être capable d'accueillir n'importe quel sorcier, ce n'était pas vrai. Ce serait comme dire que l'école Ifa accueillait tout le monde. Bien entendu, n'importe quel sorcier pouvait venir, n'importe quel né-moldu pouvait apprendre en son sein mais au prix de combien d'efforts ?

C'était bien beau de dire que Poudlard sauvait les jeunes sorciers abandonnés mais après tout, n'était-ce pas parce que les nés moldus étaient dans une position aussi vulnérable qu'ils se défaisaient peu à peu de certaines de leurs habitudes humaines ? Combien d'entre eux avaient dû abandonner ou cacher leur ancienne vie pour être acceptés dans cet univers ? Pourquoi cette rivalité, parfois maladive, entre les quatre maisons ? Pourquoi un château soi-disant éclairé avait pu utiliser des elfes de maison dans les cuisines pendant tant d'années ? Comment l'enseignement pouvait-il être aussi enfermé sur le monde et se targuer d'être suffisant pour permettre à ses vaillants sorciers de l'affronter ? Leur enseignement leur apprenait uniquement à affronter le monde sorcier occidental, pas celui des autres.
Il ne fallait pas se tromper, Ayaba aimait Poudlard. Elle l'aimait toujours car cette école lui avait beaucoup appris malgré ses manquements. Néanmoins, elle savait qu'elle pourrait en apprendre plus en voyageant ou en choisissant les sujets sur lesquels elle voulait travailler.

Ayaba se rappelait le froid à ses débuts, la sensation d'être seule au monde sous ses draps et l'obligation qui avait suivi consistant à s'attacher à ses camarades et à sa propre maison pour ne pas sombrer. À ses débuts dans l'école, elle s'était parfois dit qu'elle aurait préféré retourner au Nigeria. Elle aurait été près de sa famille.
Son père et sa mère n'auraient sans doute pas compris son choix puisqu'ils avaient tous les deux étudié à Poudlard et s'en étaient très bien sortis.
Ayaba trouvait néanmoins qu'il y avait tout de même des différences.
Sa mère avait sans doute mieux supporté son passage en ses lieux puisqu'elle était née et avait vécu la majorité de sa vie en Angleterre. Son père, même s'il était né à Lagos, avait dû se familiariser avec l'Angleterre avant son entrée dans l'établissement lorsque sa grand-mère s'était mariée avec un sorcier anglais. Ayaba, avait été jetée dans ce pays inconnu à ses onze ans avec pour seul contact sur place, un parrain qu'elle avait dû croiser quatre fois dans sa vie à tout casser et qui venait d'une famille suprématiste sorcière. C'était tout de même cocasse.

Malgré tout, pour vaincre le mal du pays, c'étaient bien ses parents qui avaient fait des pieds et des mains pour lui fournir un téléphone. Ainsi, Ayaba avait pu continuer à communiquer avec sa famille via cette technique moldue et une déviation du réseau.
Ce que son père avait fait était plutôt ingénieux et très vite, d'autres nés moldus ou sangs-mêlés avaient suivi le mouvement et les téléphones portables étaient devenus une normalité au sein de l'établissement.

Ayaba avait fini par se faire des amies rapidement car c'était une personne assez ouverte. Elle s'était habituée à ces murs et au fait d'utiliser une baguette pour faire de la magie, comme ses parents. Le Quidditch était aussi un sport très amusant. S'il y avait des compétitions de vol ou de course sur balai, sans doute aurait-elle préféré ces disciplines, mais tant qu'elle pouvait voler, cela lui importait peu.
Poudlard avait été le théâtre de ses émois d'adolescente et de ses premières désillusions. Et elle quitterait l'établissement à jamais, ses ASPIC en poche, sans savoir si elle préférait continuer ses études à Lagos ou à Londres. Le journalisme l'intéresserait bien ou peut-être l'édition. Elle aimait décrypter le monde dans lequel elle vivait.
Le train finit par s'arrêter à Londres. Tous les adolescents en descendirent sauf les dernières années qui prenaient le temps de faire leurs adieux au légendaire Poudlard Express.
Avant de quitter définitivement le train, la jeune femme observa son reflet dans un miroir. Elle avait décidé d'enlever ses rajouts car son amie moldue, Grace, avait dit qu'elle avait trouvé une coiffeuse ghanéenne à Édimbourg qu'elle voulait tester. Ayaba avait donc attaché ses cheveux dont le volume flou trônait fièrement au-dessus de sa tête, impatients d'être coiffés.
Lorsqu'Ayaba était seule, elle avait du mal à utiliser des sorts pour s'occuper de ses cheveux au lieu de sentir les mains expertes d'une femme sur sa tête, des jambes fortes de part et d'autre de son corps assis en contre bas. Rien ne pouvait remplacer l' odeur des huiles qui embaumaient tous les alentours alors qu'un film Nollywood ou une télénovelas passait à la télévision. Si aucun drame télévisuel n'occupait l'espace lors des séances de coiffure, des enregistrements de chants d'amour, magiques ou spirituels sortaient des enceintes.
Rien ne pourrait jamais remplacer cette sensation.

La sorcière sortit enfin sur le quai bondé. Tirant son chariot sur lequel son chat, Chu, s'était assoupi, elle fut arrêtée dans sa progression par Victoire et Priya :

« Hey ! Tu ne vas tout de même pas t'enfuir comme une voleuse !

— On s'est pourtant déjà dit adieu dans les cabines ! Et on se retrouvera dans ton nouvel appart en septembre !

— J'ai tellement fait des pieds et des mains pour pouvoir vivre avec ma grande-sœur ! Bien sûr que tu viendras pour ma fête ! déclara Priya qui portait encore son uniforme de Serdaigle en tapant sur son épaule.

— Bien sûr, sinon tu vas juste me harceler…

— Arrête de te plaindre. T'es trop du genre à disparaître, Ayaba… ronchonna Victoire qui cherchait sa famille du regard.

— Si ça se trouve tu ne seras pas à sa pendaison de crémaillère parce que tu seras collée à ton âme-sœur, se moqua son interlocutrice.

— Arrêtez de vous foutre de ma gueule. Et j'ai à nouveau entendu sa voix. Si ça se trouve, il sera plus obsédé que moi… susurra Victoire ce qui fit éclater de rire ses deux amies.

— Tu nous le présenteras ! Allez, à septembre ! » déclara Ayaba avant de les quitter après une dernière embrassade.

Habituellement, Ayaba se rendait au niveau des plateformes en lien avec les aéroports internationaux moldus pour se rendre au Nigeria. Mais cette année, elle avait d'autres plans. Rejoindre son amie d'enfance Grace pour sa visite de la Grande-Bretagne et passer quelques jours avec elle avant le gala des Malfoy. Puis, elle rentrerait au pays tandis que son père et sa mère resteraient en Angleterre pour affaires.

Ayaba finit donc au point de rendez-vous décidé avec son parrain et attendit. À l'heure convenue, celui-ci apparut sans une seule seconde de retard. La jeune Serpentard trouvait qu'il avait pris des couleurs depuis la dernière fois même si son visage était toujours aussi pâle. Elle n'avait jamais compris comment sa mère avait pu se lier d'amitié avec un être aussi peu loquace.

« Bonjour, Monsieur Malfoy.

— Bonjour Ayaba. J'espère que le voyage a été agréable. » déclara avec une politesse soutenue son parrain, jaugeant sa tenue d'un regard circonspect.

— Très agréable, mais c'est habituel. Scorpius est sans doute encore dans le wagon avec son ami.

— Je sais. C'est bien pour ça que je t'ai fixé un rendez-vous avant de le rejoindre. Toutes tes affaires sont bien là ?

— Oui, je garde juste cette valise. Merci encore de garder mes bagages.

— C'est mon devoir, répondit avec simplicité Monsieur Malfoy en les faisant disparaître d'un coup de baguette. Évite de te faire éjecter pour cause de tenue trop moldue lors de tes déplacements. »

L'inquiétude de Monsieur Malfoy amusa Ayaba. Dire qu'un simple jean large, un crop top, un sweat et des baskets pouvaient déstabiliser la population sorcière !

« J'ai l'habitude. Je vous retrouve à votre gala, du coup ?

— Oui. Dis à Blaise et Pansy de ne pas être en retard pour une fois, déclara avec mollesse Malfoy dans un soupir.

— Je le rappellerai à mon père mais il n'écoute déjà pas les cris de ma mère, ricana Ayaba. Donc je ne peux rien promettre ! Bonne journée ! »

D'un seul geste, Monsieur Malfoy se téléporta plus loin et Ayaba se dirigea vers une cabine téléphonique qui la mènerait à Edimbourg.

Le sorcier quarantenaire qui s'occupait de la gestion du trafic dans ce pont entre les deux mondes, fit les yeux ronds en l'apercevant. Ce ne fut qu'en voyant le félin dans ses bras qu'il se calma. En un rien de temps, Ayaba se retrouva dans les rues de la capitale écossaise.

La jeune femme avait hâte de découvrir le côté moldu de cette ville avec son amie. Elle s'éloigna du centre historique avec ses belles églises et ses vieilles bibliothèques pour rejoindre l'appartement qu'avait réussi à louer Grace après maintes tentatives infructueuses.

Lors de son trajet, elle n'avait pu s'empêcher de mettre son casque pour profiter de la musique et de la connexion bien plus rapide dans le monde des Petites-Flammes. Elle avança et en arrivant devant la porte, Ayaba envoya son message d'arrivée sur une plateforme en ligne. Son amie lui ouvrit immédiatement la vieille porte blindée et sauta dans ses bras.

Grace n'avait pas changé depuis l'année dernière et ses photos Instagram étaient fidèles à sa personne. Elle n'avait pas tressé ses cheveux volumineux et crépus qui entouraient son crâne d'une jolie coupe afro. Grace sentait les huiles de bain et était en pyjama mais cela n'embarrassa pas plus que ça la sorcière.

Elles se connaissaient depuis leurs neuf ans. Même si l'américaine et elle ne vivaient ni n'étudiaient aux mêmes endroits, elles avaient pris l'habitude de se retrouver lors de leurs vacances au Nigeria. Leurs échanges étaient uniquement numériques mais pas pour autant moins dignes d'intérêts et de sens.

Ayaba la considérait comme l'une de ses plus proches amies, même si Grace ne savait pas pour son statut de sorcière. Enfin, l'étudiante se doutait de quelque chose mais elle n'imaginait sans doute pas qu'un monde sorcier tout entier était caché aux yeux des Petites-Flammes.

« Tu m'as grave manqué, Aya ! Je sais que là où t'es la connexion craint mais des fois c'est abusé ! déclara Grace en la faisant entrer.

— Je peux pas faire mieux, tu le sais bien. J'espère que t'as tout organisé parce que j'ai rien en tête.

— Je t'ai dit que je prenais tout en charge de A à Z, déclara avec fierté Grace. Bon alors il faut absolument que je te la présente ! Depuis le temps que je rêve que vous vous rencontriez ! »

Ne laissant pas à son amie le temps de souffler, la Petite-Flamme la tira par le bras, faisant déguerpir par ce geste Chu qui miaula de dépit.

« Zaynab !

— Oui ! J'arrive ! » cria une douce voix féminine encore dans la salle de bain.

Après quelques instants, une jeune femme à la peau plus claire que les deux comparses sortit dans un boubou rose qui se mariait à ravir avec le tissu lilas qui recouvrait sa chevelure et son cou.

« Désolé d'avoir pris autant de temps… déclara la jeune femme embarrassée par l'attention.

— T'inquiète pas ! Je suis heureuse d'enfin mettre un visage sur la fameuse princesse !

— Un peu de sérieux, Aya ! la frappa sans vergogne son amie. Zaynab, voici une de mes meilleures amies, Ayaba. Ayaba, ma petite amie Zaynab. »

Après ces présentations sommaires, les trois amies passèrent le restant de la journée à préparer l'itinéraire de leurs prochaines visites, n'oubliant pas de prendre les places pour le festival dans lequel Ayaba souhaitait absolument aller. Un groupe de danse et de chant qu'elle suivait performerait là-bas et elle souhaitait absolument les voir en vrai.

Elles finirent par aller chez la coiffeuse qui transforma radicalement la tête des deux amies tandis que Zaynab patientait dans un coin. Puis, elles commandèrent à manger et s'installèrent devant un biopic plus que médiocre qui servit de toile de fond pour des discussions qui s'étendirent dans la nuit noire.


Teddy rangeait ses dernières affaires, prêt à passer sa dernière nuit dans les dortoirs de son université. Son colocataire, John, un étudiant en biologie qui avait déjà rejoint sa famille en Irlande lui avait laissé la pièce tout à lui. Le jeune homme ne laissa sur sa table de chevet qu'un livre pour la nuit, son portable et son casque.

Il était étrange de sentir aussi peu d'odeurs autour de lui alors qu'il s'était habitué à toutes ces senteurs peu familières et à la proximité importante avec des inconnus qui ne faisaient pas partie de sa meute.

Pour s'habituer à ce nouvel environnement, le jeune lycanthrope avait dû serrer les dents, calmer son loup intérieur et malgré lui, il s'était retrouvé à faire plus de course à pied que n'importe qui d'autre pour ne pas devenir fou. Les nuits de pleine lune, il partait se réfugier dans la forêt la plus proche et prétextait faire du camping seul. Tous ses amis les plus proches s'étaient habitués à son appétit vorace pour la viande de qualité et ses sorties nocturnes intempestives. Même John, qui avait réussi à convertir ses proches à un régime plus ou moins végétarien, n'avait pas réussi à changer les habitudes de son ami. Ce n'était pas la faute de l'étudiant en littérature après tout. Si Teddy ne contrôlait pas ses pulsions, il finirait par faire ressortir son loup et attaquer ses camarades.

Et s'il lui était arrivé une mésaventure pareille, Teddy se serait fait massacrer par les Anciens de la meute et il n'aurait plus eu le droit d'étudier aussi loin de la famille. Au départ, lorsqu'il avait décidé de choisir la prestigieuse université qui l'avait accepté dans son cursus littéraire, tous ses camarades loups l'avaient vu d'un mauvais œil, surtout leur Alpha, Timothy. Normalement, les loups, surtout lorsqu'il n'était pas enchainé à leur âme-sœur comme lui, devaient rester près de la meute pour ne pas détruire leur couverture et perdre le contrôle de leur bestialité.

Mais Teddy avait fait des pieds et des mains pour pouvoir partir. Même si Harry semblait moyennement enthousiaste à l'idée qu'il puisse se trouver seul dans une ville inconnue sans personne pour le canaliser, il avait appuyé sa cause auprès des Anciens.

Après mille et une recommandations, Teddy avait fini par voler de ses propres ailes. Malgré les difficultés, il s'était fait une petite place dans le campus et aucun accident n'avait été déploré.

Généralement, il retournait chez lui à chaque période de vacances et parfois le week-end. Néanmoins, il avait manqué à sa parole ces dernières semaines. L'étudiant en deuxième année avait eu une discussion difficile avec Maria, la grand-mère spirituelle de la meute, qui l'avait ébranlée. Depuis, il n'avait pas osé retourner au village Faol.

La vieille louve Omega lui avait reproché de ne pas prendre au sérieux son héritage et son statut de loup Gamma. Elle lui reprochait de vouloir fuir sa condition et de se faire passer pour un moldu ! Cela n'avait aucun rapport ! Il avait simplement envie d'étudier où bon lui semblait malgré sa double condition !

Teddy savait ce qu'était le refoulement. Il l'avait opéré savamment toute son enfance avant que sa nature sauvage n'éclose à ses six ans sans qu'il ne puisse rien y faire. Il avait tellement voulu être un sorcier. L'enfant qu'il était voulait faire plaisir à sa famille, rendre fière sa grand-mère Andromeda. Il était tout ce qu'il lui restait. Malheureusement, ses gènes sorciers n'étaient pas si puissants et il n'hérita que de l'affreuse condition de son père. Et de rien d'autre. Cela avait brisé sa grand-mère. Il n'avait aucune trace de sa fille disparue en lui.

Même si la sorcière n'était pas méchante, Andromeda avait en elle tous ces mauvais a priori sur les loups-garous. Dans tous les cas, Teddy n'aurait jamais pu vivre dans le monde sorcier sans être un paria. Il avait dû partir ailleurs, intégrer une meute. Aucune magie n'avait pu le sauver. Pas comme son père qui était sorcier.

Sans son parrain, Teddy ne savait pas ce qu'il serait devenu. C'était Harry qui avait trouvé la meute de Timothy, qui avait négocié avec eux, qui lui avait donné la force et l'envie de s'accepter. Cela avait été tellement difficile pour lui d'accepter cette part d'animalité en lui. Était-ce son sang Black ou ses ascendances qui lui rendaient cette idée insupportable ? Il n'aurait su le dire. Quoi qu'il en fût, le jeune homme tolérait son loup à présent. Il n'en avait plus peur. Et ses études n'étaient pas une fuite en avant. Son rêve était de reprendre le café-librairie de son parrain ou de travailler dans l'édition. Et cela, il pouvait le faire aux côtés des siens.

Mais le simple fait que Maria ait pu penser cela avait été suffisant pour secouer ses maigres défenses. Parce que les cheveux de Teddy avaient viré au bleu après cette altercation et qu'il était incapable de déterminer comment cela s'était produit. Parce que ces dernières nuits, il ne cessait de rêver de carnage et de batailles violentes. Son loup courait dans l'obscurité et arrachait les tripes d'une bête. Il n'arrivait pas à déterminer s'il s'agissait d'un cerf ou d'un veau. Mais au bout d'un certain temps, il se rendait compte que les tripes d'un être humain étaient répandues sur la mousse. Son avidité augmentait à cette image alors que le sang coulait dans sa bouche. Et il ne ressentait aucune culpabilité.

Lorsque Teddy se réveillait, ses yeux miel brillaient comme lorsqu'il était un loup et il devait passer plusieurs minutes à retrouver le contrôle de ses iris.

Coupé de ses ruminations par sa sonnerie de téléphone, il sourit en voyant qui tentait de le joindre :

« Salut Al'! Bien rentré ?
— Oui, c'était super. On t'a gardé une part de gâteau mais faudra venir vite si tu veux pas qu'on finisse par la manger, vomit le sorcier.
— Je ne me fais pas de film. Il y en aura plus, se plaignit l'étudiant. S'il y avait bien une chose qui lui manquait plus que tout, c'était bien la cuisine de son parrain.
— Ça se passe bien sinon de ton côté ?
— Très bien. J'ai validé mon année haut la main, fanfaronna Teddy en s'allongeant sur son lit.
— Je sais ça, sale intello ! Je te dérange pas j'espère …?
— Tout le monde est déjà rentré, je suis seul dans ma chambre.
— Tu vas bientôt rejoindre Jane et Henri du coup ?
— Ouais... On sera vers Édimbourg, tu veux que je t'achète un truc ?
— Tu pourrais acheter plein de bonbons différents au supermarché ! Il faudra absolument que Scorp essaye ! s'excita Albus avant de faire tomber quelque chose.
— Scorpius vient à la maison ? demanda Teddy les sourcils froncés.
— Oui, Papa est d'accord. Ça te dérange ? finit par demander l'adolescent timidement.
— Non, non. Ça va... »

C'était faux. La venue de son neveu dérangeait Teddy. La dernière fois qu'ils s'étaient vus, c'était trois mois auparavant à l'enterrement de Narcissa Malfoy, deux ans après celui de sa sœur Andromeda.
Ils s'étaient retrouvés à trois devant cette tombe sombre dans le cimetière des Black, Draco, Scorpius et lui. Et Teddy n'avait pas pu s'empêcher de trouver l'ambiance particulièrement oppressante.
Scorpius était le seul sorcier héritier de cette famille au passé trouble. Et seul face à cette tombe, la solitude qui les entourait était d'autant plus pesante.
Teddy faisait tout pour éviter cette branche de sa famille. C'en était même ridicule surtout que Draco lui avait beaucoup appris et enseigné, enfant. Sauf que si Harry avait accepté de faire plaisir à Albus ainsi, il n'avait pas son mot à dire car son parrain était l'un des premiers à avoir une vraie raison de refuser la présence de Scorpius sous son toit.
Alors qu'Albus se mit à parler d'une de ses expériences, il fut coupé dans son discours par son père qui demanda le téléphone. Son fils se plaignit avant que la personne au bout du fil ne change.

« Teddy. Comment ça va ? Tu as bien mangé ? demanda la voix rauque de Harry.
— Je ne suis pas en train de mourir de faim, t'inquiètes.
— Je demande pour la forme. Ça fait longtemps que tu n'es pas venu et tu n'as pas rempli tes tupperware la dernière fois... » expliqua son parrain en s'asseyant sur un des sièges de la terrasse.

Avoir une oreille fine était vraiment un avantage non négligeable lors des discussions téléphoniques. Teddy pouvait percevoir ce que faisait son interlocuteur.

« Je vais parfaitement bien et je rentrerai en vie à la maison. Tu as aimé le livre que je t'ai envoyé ?
— Ça m'a occupé lorsque j'attendais Al'. J'aime bien cette histoire. Au moins tes études permettent de dénicher de bons livres...
— Ne tacle pas ma formation littéraire, s'il te plaît.
— Je passe mes journées à faire du thé et à proposer des livres à de vieilles dames, qui suis-je pour juger ? » s'amusa Harry en ricanant.

Ce n'était pas représentatif de la réalité. Harry avait été un puissant auror auparavant. Il avait arrêté cette activité au moment où Ginny était tombée malade. Et maintenant, il était l'un des pédagogues et des créateurs de nouveaux sorts les plus réputés du monde sorcier. Son café-librairie était plus une couverture pour ne pas mettre la puce à l'oreille aux habitants de leur petite ville.
Et cela l'occupait. Teddy était rassuré que l'établissement distraie son parrain.
Peut-être que Lily, James et Albus ne s'en rappelaient plus très bien, mais lui ne pourrait jamais oublier l'état désastreux dans lequel avait été Harry à la mort de sa femme. Teddy avait cru qu'il finirait par suivre Ginny huit ans plus tôt. Le jeune homme était rassuré qu'ils aient tous réussi à traverser cette épreuve, ensemble.

« Tu arrives à dormir sans potions ces derniers temps ?
— Ne t'inquiète pas pour ton vieux parrain. Je dors comme un loir.
— Mouais ... répondit peu convaincu son interlocuteur.
— Toi, tu n'as pas fait trop de bêtises avec l'alcool, j'espère ?!
— De toute façon, tu ne serais pas mis au courant si je me mettais une race...
— Ravi de l'apprendre ! déclara faussement choqué Harry. Dans tous les cas, s'il t'arrive quelque chose de grave, les membres de la meute me préviendront et je n'aurais besoin que d'un coup de baguette pour te cherch...»

Son parrain s'arrêta d'un coup dans sa tirade. Son pouls monta crescendo et cela, Teddy pouvait le sentir même à travers le combiné.

« Harry, il y a un problème ?
— Non... Je... J'ai été pris de court par... Excuse-moi... marmonna son parrain bouleversé. Tu as manqué à toute la maison Teddy. Même si tu ne me dis pas pourquoi tu n'es pas revenu ces dernières semaines, tu sais que tu peux compter sur moi, pas vrai ?
— Bien sûr. On se retrouve dans quelques jours. Bonne nuit. » déclara, la gorge sèche, le concerné avant de raccrocher.

Teddy soupira avant d'aller sur discord pour se changer les idées. Sur ce serveur, plusieurs fans partageaient leur passion pour un groupe de danse et de musique indépendant qui mêlait avec brio musique techno, pop-rock et RnB. Le groupe Stars commençait à avoir une fanbase importante. Et Teddy pourrait les écouter au festival avec ses amis. Il discuta avec certains pseudos qu'il avait fini par considérer comme des amis virtuels avant de s'endormir.


L'adolescent courait comme un dératé à travers les arbres. Jamais il n'avait autant regretté de ne pas avoir de pouvoirs car ses jambes, ses pauvres jambes, ne pourraient pas supporter une course face à un loup-garou.

Une foulée. Il entendit les grognements derrière lui. Une deuxième foulée. Le vent sifflait trop fort à ses oreilles. Une troisième foulée. Il crut déraper sur la mousse. Une quatrième foulée. Il sentit l'odeur d'une bête se rapprocher de sa colonne vertébrale. Une cinquième foulée. Il fut projeté sur le côté par d'énormes pâtes arrivant de sa gauche.

Le garçon gémit lorsque ses os se fracassèrent sur le sol dur. Alors qu'une bête, une effroyable bête le dominait de toute sa hauteur. Les canines du loup étaient aussi luisantes que ses yeux rubis. Sa bave giclait sur les joues froides et amaigries de sa proie qui comprit que c'en était fini d'elle. Alors que la victime pensait que son calvaire était fini. Une voix. Une terrible voix s'éleva dans l'obscurité.

« Albion. Laisse-le. Il a été l'un des plus endurants. Il a bien mérité sa place parmi nous. »

Le loup ne sembla pas écouter son maître et s'apprêta à déchiqueter la peau de l'humain à ses pieds avant d'être rappelé à l'ordre :

« OBÉIS À TON ALPHA ! » rugit l'homme au visage perdu entre humanité et bestialité la plus totale. On ne pouvait pas deviner si c'était son loup intérieur qui avait pris le dessus ou lui qui avait décidé de le dominer.

Son subordonné s'éloigna de la carcasse sifflante, grognant, queue et tête basse. Le chef s'approcha lentement de celle-ci. Il prenait le temps de sentir les effluves de peur et de douleur. Il s'en gargarisait. Il avança avec délectation jusqu'à l'homme apeuré. Il le fixa de son air hautain, un sourire prédateur sur ses lèvres. Puis il se transforma en loup et le mordit.

Un cri de damné, fulgurance dans l'obscurité, s'échappa de sa proie et résonna dans toute la forêt.