Chapitre 9 : Retrouvailles
Alors que le bus qui devait les ramener à Hawkins démarrait, Douze se demanda ce qui avait bien pu se passer dans leur ville natale pour que leurs amis se mettent ainsi en danger.
Durant tout le trajet, un silence tendu régna entre eux. Quelqu'un leur demanda où ils allaient et ils répondirent qu'ils rentraient chez eux.
Lorsque le bus s'arrêta à Hawkins, les deux amis en sautèrent en marche puis coururent jusqu'à la cabane, qu'ils trouvèrent vide.
Dans la précipitation du moment, Douze ne réfléchit pas et déchira un morceau de sa chemise puis le passa à son amie. Celle-ci l'attacha derrière sa tête et s'assit en tailleur. Le garçon attendit ensuite qu'elle revienne, croisant les doigts et tout ce qu'il lui était possible de croiser, pour qu'ils puissent encore sauver leurs amis.
Au bout de ce qui lui parut être les quelques secondes les plus longues de sa courte vie, la jeune fille retira le bandeau improvisé et lui dit :
— Ils sont chez les Byers. Il faut qu'on se dépêche, des créatures vont les attaquer.
Douze acquiesça puis le duo partit en courant, en direction de la maison Byers. Ils arrivèrent essoufflés, mais juste à temps. Des dizaines de créatures ressemblant à une version miniature du demogorgon s'approchaient de la maison, prêtes à en attaquer les occupants.
Onze ne perdit pas de temps et les élimina une par une, protégée par le bouclier que son ami avait déployé autour d'elle. Lorsqu'elle eut abattu tous les monstres, elle envoya le dernier à travers la fenêtre de la maison.
Les deux adolescents entendirent des cris de surprise provenant de la maison. Douze fut rassuré : ils étaient arrivés à temps.
Il retira son bouclier et essuya le sang qui coulait de son nez, tandis que Onze utilisa ses pouvoirs pour déverrouiller la porte et l'ouvrir à distance, surprenant tout le monde à l'intérieur.
Les deux adolescents franchirent le pas de la porte. Des yeux, Douze passa en revue les personnes présentes. Il n'y en avait que deux qu'il ne connaissaient pas : la fille rousse qu'ils avaient vu au gymnase quelques jours plus tôt et un adolescent de l'âge de Nancy et Jonathan qui avait des cheveux bruns mi-longs et volumineux.
Il fut coupé dans son élan par la voix de Hopper, qui demanda d'un ton sec :
— Vous étiez passés où, vous deux ?
Onze répliqua sur le même ton :
— Et toi, t'étais passé où ?
Avant que le policier n'ait eu le temps de répondre, Mike intervint. L'adolescent s'avança jusqu'aux nouveaux arrivants, bien que son regard fixa en permanence la jeune fille. Ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Lorsqu'ils mirent fin à leur étreinte, il lui dit :
— J'ai pas arrêté d'essayer de te contacter. Tous les jours…
Elle compléta sa phrase :
— Pendant 353 jours. Je sais. Je t'ai entendu…
Douze se sentit totalement exclu de la conversation. Mike enchaîna, les larmes aux yeux :
— Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais vivante ?
Hopper choisit ce moment pour intervenir :
— Parce que je l'en empêchais.
Le jeune Wheeler se tourna vers l'adulte et dans ses yeux, la colère remplaça la joie d'avoir retrouvé la jeune fille pour qui battait son cœur. Il commença à s'énerver contre Hopper . Ce dernier lui dit :
— Viens, on a deux mots à se dire !
Il le prit par le bras et l'entraîna à l'extérieur.
L'attention de Douze se reporta sur les personnes présentes. En plus de Mike, qui venait de partir avec Hopper, il y avait Madame Byers, ses deux fils, la sœur de Mike, Dustin, Lucas et les deux qu'il ne connaissait pas.
D'ailleurs, la fille rousse s'avança vers son amie et lui tendit la main :
— C'est toi, Onze ? Je m'appelle Max.
Mais l'autre fille l'ignora sans cérémonie et se dirigea tout droit vers Dustin et Lucas. Douze eut de la peine pour elle et vint se présenter, sous le regard méfiant de Max :
—Je m'appelle Douze. Ne t'en fais pas pour le comportement de mon amie, ça finira par lui passer.
Après cela, il rejoignit à son tour les deux autres garçons et entendit Onze s'exclamer :
—Tes dents ! T'as des dents, Dustin…
Il arriva au moment où le garçon aux cheveux frisés se vanta de ses « perles », comme il disait. Douze manifesta sa présence et les deux autres se tournèrent vers lui. Il fut prit par Dustin et Lucas dans un câlin collectif auquel se joignit Onze.
Entre temps, Mike et Hopper étaient revenus et le garçon s'était calmé. Ce fut seulement à ce moment là qu'il remarqua la présence de Douze et qu'il vint le prendre dans ses bras à son tour.
Une fois l'étape des retrouvailles terminée, ils se réunirent pour décider de la suite des évènements. Les deux nouveaux arrivants révélèrent être au courant des souffrances du jeune Will. Onze dit à la mère du garçon que le seul moyen d'y mettre fin était de vaincre le flagelleur mental. Elle ajouta que pour cela, il fallait fermer le portail. Onze leur expliqua qu'elle pouvait fermer le portail.
Hopper tenta de l'en dissuader :
— C'est dangereux.
Onze répliqua :
— Je sais, mais j'en suis parfaitement capable !
Hopper céda, pour ne pas se lancer dans une nouvelle dispute avec elle :
— C'est d'accord, mais je t'accompagne et c'est non-négociable.
Mike souleva un autre problème, qui les concernait directement :
— Si on ferme le portail, cela pourrait tuer son armée. Et Will avec.
Il fallait donc commencer par libérer Will de l'emprise du flagelleur mental avant de penser à fermer le portail. Et il fallait le faire à un endroit que l'adolescent ne connaissait pas, pour que le monstre ne sache pas où ils l'emmèneraient.
Ce fut Hopper qui proposa l'endroit idéal : sa cabane. Mrs Byers intervint :
— Il aime quand c'est froid. C'est ce que Will avait dit.
Quelqu'un compléta en disant qu'il fallait donc faire sortir le monstre en l'exposant à une chaleur extrême.
Joyce partit donc avec Will à la cabane de Hopper et ils furent accompagnés par Nancy et Jonathan.
Hopper et ses deux protégés sortirent de la maison. Mike sortit également pour dire au revoir à Onze. Il partagea un moment privilégié avec la jeune fille et Douze était sur qu'ils se seraient embrassés si Hopper n'était pas intervenu. Avant qu'ils ne se séparent, elle promit au garçon qu'il ne la perdrait plus. Le trio monta dans la voiture du policier et prit la direction du laboratoire.
Pendant le trajet, l'adulte demanda :
— Et donc vous étiez où, tous les deux ?
Onze lui révéla qu'ils étaient allés rendre visite à sa mère. Elle admit ensuite qu'ils n'auraient pas dû partir. L'homme leur présenta ses excuses. Il ajouta :
— Tout est de ma faute. Je suis désolé de vous avoir imposé tout ça, toutes ces règles.
Il fit une pause dans son discours et reprit :
— La vérité, c'est que j'avais peur de te perdre toi aussi.
Bien qu'il ne s'adressait en apparence qu'à sa voisine, Douze devinait que les excuses lui étaient aussi adressées. Le policier tendit la main à la jeune fille, qui la serra. Il s'arrêta sur le bord de la route et se retourna pour faire de même avec le garçon assis à l'arrière. Douze accepta la main tendue sans hésiter. Tout était pardonné.
Hopper détailla ensuite l'adolescente du regard et l'interrogea :
— Et ces vêtements, c'est ta tante Becky qui te les à donnés ?
Elle répondit :
— Non, c'est quelqu'un d'autre.
— Qui ?
Les deux adolescents se lancèrent dans le récit de ce qui s'était passé à Chicago. Lorsqu'ils eurent fini, Hopper resta silencieux pendant un moment puis dit :
— Je vois… On dirait que vous avez eu une journée bien remplie.
Il dit ensuite, en parlant du look de l'adolescente :
— Ça te va plutôt bien, en fait. C'est… mortel.
Elle répondit :
— Ouais, mortel.
Peu de temps après, ils arrivèrent sur le parking du laboratoire et descendirent de voiture. En entrant dans le bâtiment, ils trouvèrent tous les employés massacrés par les créatures que Dustin appelait des demochiens. Ce spectacle macabre rappela à Douze le jour où presque tous les occupants du laboratoire avaient été massacrés. Le jour où il avait failli perdre Onze. Il lui arrivait encore d'en faire des cauchemars, dans lesquels son amie ne survivait pas.
Dans une cage d'escalier, ils tombèrent sur le docteur Owens grièvement blessé. Pendant que Hopper soignait le scientifique, ce dernier fut heureux de voir les deux jeunes qui l'accompagnaient.
Hopper expliqua qu'il les protégeait depuis un an, comme le vieil homme le lui avait demandé. Le policier ajouta :
— J'ai fait ce que vous m'avez demandé. Maintenant, à vous de faire quelque chose pour ces enfants.
Le scientifique, qui sentait ses forces s'épuiser petit à petit, l'interrogea :
— Qu'est-ce que je pourrais faire ?
Hopper répliqua :
— Commencez par leur permettre d'accéder à une vie normale.
— Ce n'est pas un peu prématuré ? demanda le Dr Owens.
La voix sèche du policier claqua :
— Après ce que ces gamins ont enduré pendant des années à cause de vos collègues, je trouve au contraire que c'est la moindre des choses.
Owens protesta :
— Mais les hommes du Dr Brenner sont peut-être toujours à leur recherche…
— J'm'en fiche. Est-ce qu'il faut que je vous rappelle ce que ces enfants ont fait pour tous nous sauver ? Le nombre de fois où ils ont risqué leurs vies pour des types comme vous, qui n'en n'avaient rien à faire ?
— Évidemment que j'en ai quelque chose à faire ! rétorqua le plus âgé. Vous croyez que je n'ai pas conscience des souffrances que mon prédécesseur leur à infligé ?
Le police réitéra sa demande :
— Si vous voulez réparer un minimum les dégats qu'il à causé, offrez leur une vie normale. Les hommes de Brenner, j'en ferai mon affaire s'ils s'avisent de venir chercher des noises à mes gosses.
Le scientifique, touché par ce côté papa poule qu'il ne soupçonnait pas chez Hopper, cèda :
— C'est d'accord, je ferais ce qu'il faut pour que les enfants puissent vivre en paix.
Hopper acquiesça, satisfait. Il n'en demandait pas plus.
Douze fut ému d'entendre dire qu'ils étaient ses enfants. Il ne pensait pas qu'il s'était à ce point attaché à eux et après la journée éprouvante qu'il venait de passer, cela lui faisait le plus grand bien. Il jeta un regard à Onze, à côté de lui, et vit qu'elle aussi était touchée par cette déclaration.
Après cet échange, le trio reprit sa route vers le sous-sol du laboratoire où se trouvait le portail. Tout en descendant les escaliers, Douze sortit la baguette qu'il avait acheté quelques mois plus tôt. Même s'il n'avait pas pour habitude de s'en servir, il la gardait toujours sur lui. Au cas où.
Et, justement, ce soir là, il préférait garder ses forces pour le cas où son amie aurait besoin de son aide pendant la fermeture du portail.
Une dizaine de minutes plus tard, ils arrivèrent à destination. Au moment où ils atteignirent le sous-sol, les lumières vacillèrent et des grognements au loin indiquèrent que des demochiens approchaient. Hopper indiqua aux deux adolescents de rester en arrière et se prépara à attaquer les créatures.
Le trio fut surpris de les voir s'enfuir. Au même moment, Jonathan contacta Hopper pour l'informer qu'ils avaient réussi à libérer Will de l'emprise du flagelleur mental.
Le policier répondit :
— Bien reçu.
Ils pouvaient donc passer à l'action. Le trio entra dans la cage suspendue au-dessus du vide. Ils attendirent qu'elle descende au niveau du portail.
Le portail en question était une immense déchirure qui irradiait d'une lumière orange. Onze commença à utiliser ses pouvoirs pour le refermer. Le monstre dû sentir sa présence car des demochiens surgirent par dizaines. Ils commencèrent à escalader le trou dans lequel se trouvait le portail.
Tandis que Hopper les abattaient un par un pour protéger la jeune fille, Douze tendit la main devant lui. Il déploya son bouclier autour d'eux trois par mesure de précaution.
Le garçon pouvait voir que, petit à petit, le portail rétrécissait. Son amie parvenait à le fermer. Il vit la jeune fille tendre les deux mains devant elle, puisant au plus profond de ses forces pour fermer le passage. Elle commença même à léviter. Même lui pouvait sentir la fureur du monstre envers celle qui entravait son plan.
Onze créa même un champ électrique qui alluma toutes les lumières et les rendit encore plus irradiantes.
Malgré les tentatives du monstre, l'adolescente scella le passage avec succès. La fermeture du portail tua tous les demochiens restants.
Douze, à bout de forces, retira son bouclier et tomba à genoux. Son amie s'écrasa au sol. Hopper les prit dans un câlin groupé et félicita la jeune fille pour ce qu'elle venait d'accomplir.
Le trio put regagner l'extérieur sans encombre. Ils remontèrent en voiture puis rentrèrent chez eux.
Un mois s'était écoulé depuis la fermeture du portail. Le bal d'hiver se tiendrait dans quelques heures et dans plusieurs maisons, c'était l'effervescence.
Du côté de la cabane de Hopper, l'heure était également à la préparation pour le bal.
La veille, le policier avait rencontré le Docteur Owens, qui s'était remis de ses blessures. Le scientifique lui avait donné deux certificats de naissance, aux noms de Harry et Jane Hopper. Ils étaient désormais ses enfants de manière officielle. Il avait conseillé au chef de la police d'attendre un peu pour être sûr qu'ils soient vraiment en sécurité. Hopper avait tout de même réussi à le convaincre de les laisser sortir en public le temps d'une soirée.
L'autre bonne nouvelle avait été la fermeture du laboratoire. L'adolescente disparue l'année précédente avait pu avoir des funérailles. Sa mort avait été mise sur le compte d'une fuite de produits chimiques. Seul un nombre très restreint de personnes connaissaient la vérité sur ce sujet.
Pour l'occasion, Hopper avait emmené Onze et Douze dans une grande ville afin d'acheter leurs tenues pour le bal. Pour tous les trois, cela avait été une journée aussi intense et épuisante qu'excitante. Douze acheta un costume bleu marine assez simple, avec une chemise blanche et un nœud papillon de la même couleur. Son amie, elle, trouva une robe bleu ciel assortie d'une ceinture rose pâle.
En fin d'après-midi, ils allèrent se changer dans leur chambre chacun leur tour. Tandis que son amie s'habillait, Douze alla dans la salle de bain pour tenter de discipliner ses cheveux. Tenter fut le mot juste : il échoua lamentablement.
Le soir, Hopper déposa les deux adolescents devant le gymnase et repartit après leur avoir dit qu'il reviendrait les chercher à minuit.
Lorsque la porte s'ouvrît, tous les regards se posèrent sur eux. Douze put voir Mike fixer son amie avec un air émerveillé. Il rejoignit ses amis, qui s'étaient installés ensemble autour d'une table.
Très vite, il se retrouva seul avec Will et Dustin, qui arborait une coupe improbable. Ses cheveux frisés étaient rassemblés en une sorte de banane. Douze se demandait combien de pots de gel le garçon avait dû vider pour obtenir ce résultat.
Le jeune Henderson dû sentir les regards de ses amis sur lui, puisqu'il s'expliqua de lui-même. Douze apprit donc qu'il avait suivi les conseils d'un certain Steve et qu'il avait mis de la laque dans ses cheveux - il ne retint pas le nom de la marque -.
Il reporta son attention sur la piste de danse, laissant Will et Dustin discuter entre eux, et vit Onze et Mike s'embrasser. Pour leur laisser un peu d'intimité, il détourna le regard.
Le hasard voulut que ses yeux se posent sur Lucas et Max, eux aussi en train de s'embrasser.
Lorsqu'il reporta son attention sur la table, il vit Dustin se lever et se diriger vers un groupe de filles qui discutaient à l'écart. Le garçon expliqua à ses deux amis qu'il voulait tenter sa chance avec « des filles matures », dixit lui-même. Les deux autres furent aux premières loges pour le voir être recalé sans ménagement et eurent du mal à réfréner leur fou-rire.
Douze resta donc seul avec Will. Ce fut l'occasion pour les deux garçons de faire connaissance, ce qui n'avait pas été possible jusque-là. Au début, ils eurent du mal à lancer la conversation. Douze commença à interroger son voisin sur Donjons et Dragons.Will répondit avec enthousiasme à ses questions et lui proposa même de l'initier au jeu de rôle qui les passionnait, ses amis et lui. Douze accepta avec joie.
Un peu plus tard dans la soirée, Douze vit Dustin danser avec Nancy. Cela le surprit mais il se dit que la jeune femme avait dû assister à la déconfiture de l'adolescent. Sans doute avait-elle eu pitié de l'ami de son jeune frère.
Peu de temps après, le reste de la bande les rejoignit. En voyant son amie d'enfance arriver main dans la main avec Mike, Douze fut heureux pour eux. Il espérait simplement que la jeune fille trouverait encore du temps à lui accorder maintenant que sa relation avec le jeune Wheeler avait évolué.
Will finit par aller danser à son tour, avec une fille que personne ne connaissait.
La soirée se poursuivit sans encombre. Le bal se termina à minuit et les élèves partirent les uns après les autres.
Comme convenu, Hopper attendait les deux adolescents sur le parking. Il avait les mains dans ses poches et était appuyé contre le pare-chocs de sa voiture. Tandis que les deux plus jeunes s'installaient dans le véhicule, il se mit derrière le volant. Tout en démarrant, il interrogea les deux adolescents sur le déroulement de leur soirée.
Douze étouffa un rire en entendant l'adulte grogner lorsque son amie raconta que Mike l'avait embrassée. Visiblement, leur tuteur n'appréciait que très moyennement la nouvelle.
Ce fut à son tour de raconter comment s'était déroulé le bal pour lui. Le policier fut heureux qu'il ait trouvé un terrain d'entente avec Will, le seul de la bande qu'il n'avait pas eu l'occasion de rencontrer officiellement.
Ils arrivèrent chez eux peu après. Les deux adolescents, éreintés par leur soirée, se déshabillèrent et se mirent au lit sans même passer par la case douche. Tous deux s'écroulèrent sur leur lit et s'endormirent sans attendre.
Un après-midi, quelques jours après le bal, Hopper déposa Douze devant la maison des Wheeler. Le policier dit à l'adolescent :
— Je reviendrais te chercher à 18h30. Ne soit pas en retard.
Le plus jeune acquiesça puis entra. En passant devant le salon pour rejoindre le sous-sol où les garçons l'attendaient, il salua les parents de son ami, qui le lui rendirent.
Le garçon s'engagea dans l'escalier et rejoignit le sous-sol. Il constata que l'endroit n'avait pas changé depuis le court séjour qu'ils y avaient fait, Onze et lui, un peu plus d'un an plus tôt.
Lorsqu'il arriva, le plateau de jeu était déjà installé. En entendant du bruit dans l'escalier, les quatre garçons déjà présents levèrent la tête. Ils furent heureux de voir arriver leur ami.
Douze précisa :
— Hopper viendra me récupérer à 18h30.
Après son arrivée, ils purent entamer ce pour quoi ils s'étaient réunis ce jour-là : initier Douze à Donjons et Dragons. Cela leur laissait donc un peu plus de 5h pour commencer à lui apprendre à jouer.
Les quatre amis voulurent d'abord lui apprendre les règles des jeux de rôles en général mais comme ils se mirent à parler tous en même temps, Douze ne comprit rien à ce qu'ils disaient et finit par s'écrier :
— Stop ! Pas tous en même temps, les gars !
Cette fois, ils parlèrent chacun leur tour.
L'après-midi se déroula dans les rires et la joie, les explications étant ponctuées d'anecdotes concernant l'un ou l'autre des garçons. Aucun d'eux cinq ne vit passer l'après-midi, si bien qu'ils furent tous surpris lorsque, vers 16h, la voix de Madame Wheeler retentit depuis le haut de l'escalier :
—Les garçons, c'est l'heure du goûter !
Mike monta à l'étage et revint quelques minutes plus tard avec un plateau contenant une assiette de biscuits, cinq verres et une bouteille de jus de fruit.
Ils engloutirent le contenu du plateau puis retournèrent à leurs occupations.
Ils ne virent pas passer les deux heures qui suivirent et furent à nouveau étonnés d'entendre la voix de Madame Wheeler s'élever depuis le haut de l'escalier :
— Harry ! Ton père est là !
L'adolescent répondit :
— J'arrive !
Il dit ensuite au revoir à ses amis et remonta dans le salon, où Hopper l'attendait. En le voyant arriver, le policier remercia Karen Wheeler pour son hospitalité puis ils repartirent.
Dans la voiture, l'adolescent s'excusa pour son retard. L'adulte se montra compréhensif :
— Je comprends. Ne pas voir le temps passer quand on est avec ses amis, je sais ce que c'est.
Peu de temps après, le véhicule se gara devant la cabane et le garçon sourit en voyant, à quelques mètres de là, la porte de la petite maison s'ouvrir à la volée sur son amie d'enfance. ,Onze les attendait de pied ferme.
Pendant le dîner, Douze raconta son après-midi aux deux autres habitants de la cabane.
La semaine suivante, cette réunion fut reconduite. Douze proposa à Onze de l'accompagner. Cependant, l'adolescente refusa catégoriquement quand il lui apprit que Lucas viendrait avec sa petite-amie.
Comme la fois précédente, Hopper le déposa en début d'après-midi devant chez les Wheeler et lui dit qu'il reviendrait vers dix-huit heures. Le garçon salua le couple en passant devant le salon puis descendit au sous-sol où les autres l'attendaient.
Lorsqu'ils le virent arriver seul, les quatre autres garçons s'interrogèrent. Mike exprima a voix haute la question qu'ils se posaient tous et demanda pourquoi Onze n'était pas venue. Après tout, leur ami avait dit qu'il lui demanderait de l'accompagner.
Douze ne répondit pas et se contenta de jeter un regard à la jeune fille qui accompagnait Lucas. Il n'y eut pas besoin de plus d'explications. Douze venait de découvrir que son amie avait la rancune tenace. Il se promit de faire en sorte que les deux adolescentes deviennent amies, même si ce n'était sans doute pas gagné d'avance.
Cette fois, Douze tenta de participer au jeu mais c'était sa première campagne et l'essai ne fut pas très concluant. Son personnage mourut rapidement. L'adolescent ne se laissa pas abattre et se dit qu'il ferait mieux la prochaine fois.
Il alla s'asseoir sur le canapé pour assister à la suite de la campagne. Au bout de quelques minutes, une voix féminine s'éleva à côté de lui :
— Tu t'y connais ?
Le garçon se tourna vers sa voisine, dont il avait oublié la présence. Il demanda, très intelligemment :
— Hein ?
Max leva les yeux au ciel et précisa :
—Tu t'y connais en jeu de rôle ?
—Ah ! Euh… Non, c'est la première fois que j'y joue. Et toi ?
—Non. Lucas à essayé de m'expliquer mais j'ai rien compris.
Par la suite, la conversation dériva vers d'autres sujets. La rousse voulut savoir comment Onze et lui avaient rencontré les garçons. L'adolescent se fit un plaisir de lui raconter dans le détail les événements de novembre 1983. Son interlocutrice ne put se retenir d'exploser de rire en entendant ce qui était arrivé à Troy. Le bruit attira l'attention des joueurs, qui retournèrent rapidement à leurs occupations.
Comme la fois précédente, ils ne virent pas passer l'après-midi. Lorsque Hopper vint le chercher, Douze dit au revoir à ses amis.
Ce soir là, pendant le dîner, il raconta son après-midi dans le détail à ses proches. Lorsque le nom de Max arriva dans la conversation, Douze vit son amie se tendre. La jeune fille n'avait pas oublié la scène à laquelle elle avait assisté dans le gymnase. Le fait que la rousse soit désormais avec Lucas n'était pas une garantie suffisante pour lui faire oublier sa jalousie.
Au début de l'année 1985, un centre commercial ouvrit ses portes et devint rapidement un lieu de rassemblement prisé des jeunes de Hawkins. La bande d'adolescents ne fit pas exception. Au cours des six premiers mois de l'année, Douze fit la connaissance de Steve, qui avait coiffé Dustin pour le bal d'hiver. Il s'avéra être l'adolescent inconnu qu'il avait vu chez les Byers le soir de la fermeture du portail.
Le garçon tenta également à plusieurs reprises d'opérer un rapprochement entre Onze et Max, en vain. Son amie d'enfance ne voulait pas en entendre parler. À chaque fois que le nom de la rousse était prononcé, elle se murait dans le silence.
Harry fit la rencontre du propriétaire du bolide qui avait failli les renverser quelques mois plus tôt : Billy, le demi-frère par alliance de Max. Même si cette dernière ne cessait de répéter que le jeune homme n'était pas son frère. Si on lui posait la question, elle disait qu'il n'était qu'un connard qui prenait son pied à lui pourrir la vie.
À la fin du mois de mai, Dustin partit un mois à Camp Knowhere, un camp de vacances accueillant des adolescents qui, comme lui, étaient passionnés de sciences.
Et ce fut dans cette atmosphère estivale que débutèrent les nouvelles aventures du duo.
