Maîtrise de potions option médicomagie – 23 ans

Si Severus pouvait éviter de retourner en Grande Bretagne, il le faisait. Avec l'obtention de son deuxième degré de maîtrise, il s'était rendu compte qu'il n'y avait plus rien qui le rattachait à son pays natal. Depuis la France, il avait donc récupéré les renseignements pour mettre en vente la maison délabrée de l'impasse du Tisseur mais il devait absolument se déplacer pour signer l'acte final. Durant les fêtes de fin d'année, donc, il avait pris le portauloin pour Londres et avait péniblement rejoint la maison de son enfance pour, il l'espérait, la dernière fois. Devant se présenter devant le notaire dans trois jours seulement, il avait pris le temps de trier l'amas de courrier qui jonchait le sol de la cuisine. Si les prospectus et publicités prirent immédiatement la direction de la poubelle, il fut surpris de voir des convocations de la part du ministère de la magie pour des soupçons d'appartenance au mouvement mangemort, ce qui le fit renifler. Qu'est-ce que le ministère pouvait faire comme connerie pour prétendre qu'il bossait …

Parmi les lettres vaguement intéressantes, Severus découvrit que Gringotts l'avait contacté à propos de l'ouverture d'un testament. Surpris, il nota qu'elle datait de près d'un an et savait que lorsque la banque magique prenait la peine de contacter un client, ce n'était jamais pour rien. Ne voulant pas les faire attendre plus que nécessaire, il transplana en plusieurs fois vers la capitale …

Et revint avec un bambin dans les bras.

A travers le brouillard et averses d'informations, Severus avait appris que dans le testament de Lily Potter, en cas de décès, si son fils était maltraité dans son foyer, il devait impérativement être confié à la seule personne en qui elle avait toute confiance pour le protéger, lui. Pour cela, elle avait ensorcelé son enfant pour que dès que ces conditions étaient remplies, il soit transféré à Gringotts, peu importait les protections établies autour de lui, et le jeune homme prévenu de toute urgence. Comme il n'avait pas signalé son changement d'adresse – il ne savait même pas qu'il fallait le faire – le courrier avait patiemment attendu. Il avait été toutefois effaré que l'ensorcellement s'était déclenché seulement trois mois après la mort de ses parents et surtout, qu'on avait attendu trois mois avant d'ouvrir le fameux testament.

Pendant que le jeune Harry Potter et lui s'apprivoisaient, Severus apprit le fin mot de l'histoire : pourchassé par Voldemort, le couple Potter avait choisi de suivre le conseil d'Albus Dumbledore et de se cacher sous un fidelitas. Si les fuites plaçaient Sirius Black comme Gardien du Secret, le couple avait révélé dans son testament qu'il s'agissait en réalité de Peter Pettigrow, le désignant par conséquent de sympathisant au mouvement mangemort voire de mangemort lui-même. Mais Black avait été jeté en prison dès le lendemain pour avoir provoqué une explosion ayant entraîné la mort de douze moldus et du fameux réel Gardien du Secret. Les choses devenaient plus troubles quand Albus Dumbledore décida de cacher le jeune Harry Potter, qui avait miraculeusement survécu à l'attaque de Voldemort, et qu'il bloqua le testament du couple en tant que président du Magenmagot, ce qui allait à l'encontre de toutes les lois. L'enchantement de Lily était alors entré en jeu et Gringotts avait pu prendre connaissance de son testament – la condition du président du Magenmagot était qu'il soit ouvert en présence du principal concerné quand il serait temps, sous-entendu quand lui déciderait, mais les gobelins s'étaient largement passés de sa présence – et notamment contacter Severus Snape.

Sur le conseil du gestionnaire de biens du clan Potter, Rignar, Severus avait vendu la propriété de l'impasse du Tisseur, plié bagage et s'était exilé en France avec sa nouvelle charge non sans avoir officialisé ses nouvelles responsabilités, aussi bien côté moldu que côté sorcier. Même si c'était rare, l'académie de potions avait déjà eu l'occasion d'accueillir des chargés de famille et possédaient plusieurs logements à disposition des élèves concernés ainsi que les services afférents. Entre le mobilier, les produits de puériculture, le suivi médical, les nounous, la crèche, les séances chez le psychologue – pour lui – et les responsabilités annexes qui lui tombaient dessus, il était normal qu'il ne puisse pas suivre le rythme qu'il s'était imposé en entrant à l'académie. Toutefois, la tutelle d'un enfant de trois ans lui avait ouvert le monde de la pédiatrie magique et il s'était aperçu que si le monde moldu était très soucieux de la santé des nouvelles générations, c'était beaucoup moins le cas côté sorcier.

Aux yeux de Severus, les deux principales plaies d'un enfant de trois ans étaient la pousse des dents et la fièvre qui survenait pour n'importe quelle raison, sans compter son insatiable curiosité à la découverte du monde. Dès le premier soir, il avait dû se résoudre à cacher tout objet qu'Harry pourrait avaler ou briser par inadvertance. Les dents l'empêchaient très souvent de dormir et comme son organisme réagissait aux changements par la fièvre, c'était autant de nuits de perdues. A bout de nerfs, le nouveau papa s'était renseigné sur les potions disponibles pour les enfants et devant la pauvreté de l'offre, avait décidé d'ouvrir un nouveau chapitre à son carnet de recherche et de concocter tout une gamme de produits pour soulager les parents. Si l'adaptation de la potion pyrétique ne lui avait pris qu'une semaine – et enfin permis de dormir au moins quatre heures par nuit au lieu de deux – la potion pédiatrique antidouleur lui avait pris quatre longs mois, notamment à cause de la posologie de certains ingrédients pour ne pas tuer les patients. En fait, l'éclair de génie lui était venu quand Harry avait réussi à pénétrer dans le laboratoire commun – alors qu'il était censé être à la garderie de l'autre côté du campus – et avait jeté son anneau de dentition en caoutchouc dans son chaudron bouillonnant.

BADAMBOUM !

Si l'enfant avait été préservé de la potion verdâtre parce que son tuteur s'était jeté sur lui pour le protéger, ce dernier avait pris le gros de l'explosion sur le dos. L'infirmerie débarqua aussitôt et sépara l'enfant de l'adulte dont la potion rongeait la peau alors qu'il ne sentait rien. Après deux semaines de convalescence, Severus avait pu étudier les restes de la potion et se souvenant du jouet préféré de son désormais fils, ajouta de la sève de caoutchoutier qu'il changea pour de l'agar-agar pour solidifier la potion et permettre l'administration de la potion de manière diffuse grâce aux mordillements de l'enfant. Les médicomages spécialisés en pédiatrie venus étudier sa trouvaille l'encensèrent et face au bouche à oreille et la très forte demande qui en découla, Severus accepta de faire don de la recette à l'académie pour lui permettre de vendre les produits à bas prix et soulager des centaines de milliers de mères et de pères à travers le monde. Dans la foulée, il obtint l'option médicomagie.