La drogue était un outil fort utile, surtout lorsqu'il s'agissait de mettre la main sur une personne en particulier. Ecarter Jackson n'était pas bien difficile et même si Scott s'était au départ demandé comment faire sans avoir à faire trop d'efforts, la situation lui était apparue fort simple lorsqu'il avait songé à l'orgie qui battait son plein dans le salon. Alors, il avait attrapé Liam, qu'il avait arraché des bras d'Isaac et des mains baladeuses de Lydia. Son bêta, un peu plus fébrile et moins musculeux que ses congénères, était bien plus facile à traîner, plus aisé à utiliser. Pour que son action passe inaperçu, Scott avait évidemment dû jouer le jeu, faire comme si la chose le touchait également, dans une moindre mesure toutefois. Laisser ses mains explorer le corps offert et manipulable à souhait, y apposer quelques caresses, suffisantes pour que Liam, soumis au désir, le suive sans chercher à retourner avec les autres. Hypnotisé. A sa merci.

Liam, qu'il poussa sur Jackson en commençant par apposer ses mains chaudes sur le corps toujours nu du kanima. Si toucher Dunbar ne le dérangeait pas tant que ça, c'était tout autre chose concernant Whittmore, dont les yeux se détournèrent d'un Stiles complètement en transe.

Un Stiles qui venait de jouir.

Scott serra la mâchoire et tenta comme il le put de réfréner cette colère qui le prenait aux tripes. Que Stiles n'ait aucune conscience de ce qui lui arrivait ne le dérangeait pas. Qu'il prenne du plaisir avec un autre, par contre… Ça, c'était un droit que l'alpha ne lui accordait pas, pour la simple et bonne raison qu'il lui apparaissait chaque jour davantage comme sa propriété, sa chose. Et que ses yeux ne devaient regarder que dans une seule direction : celle qui menait à lui. Ainsi, Scott ne fut pas tendre et murmura à l'oreille de Liam des paroles salaces, décrivant tout ce que Jackson pourrait lui faire. L'esprit malléable et partiellement endormi du louveteau excité prit tout ce que Scott lui proposait et que Jackson, de par son ouïe lupine, entendait également. Déjà, il se séparait de l'hyperactif qui venait de jouir – et lui aussi, par la même occasion. Scott, pas complètement au courant de la manière dont la drogue fonctionnait, en déduisit toutefois qu'elle privait ses victimes de leur lucidité, mais pas de leurs facultés de compréhension. Alors il continua de pousser Liam dans les bras du kanima tout aussi contaminé que lui.

Quant à Stiles, il glissa contre le mur de la salle de bain jusqu'à tomber assis sur le sol, extatique, vidé de ses forces, mais le corps tremblant d'un plaisir aussi inédit qu'intrusif. Parce qu'il transpirait de chaque pore de sa peau, transperçait chacune des maigres défenses mentales qu'un esprit humain était capable de produire. Alors une fois que Scott eut terminé sa manipulation et qu'il eut notifié la manière dont les deux nouveaux partenaires se bouffaient du regard, il se détourna d'eux aussi simplement que cela. Posa son regard noir comme la nuit sur la silhouette qui le hantait, celle du seul être à lui faire perdre les pédales à un point inimaginable. A transformer ce qui n'était au départ rien de plus qu'une simple attirance en une obsession des plus sales.

Sans aucune douceur, Scott attrapa Stiles par le poignet et le releva sans faire cas de sa faiblesse, de ses courbatures naissantes, des tremblements de ses jambes qui n'avaient plus la force de porter son corps extatique. Il le traîna sans ménagement hors de la salle de bain en ignorant la plainte douloureuse que venait de pousser Stiles – il serrait son poignet un peu trop fort – sans jamais remarquer le regard qui aurait dû rester posé sur Liam. Disons que Scott avait pour habitude de ne pas perdre de temps à penser à ce qui ne l'intéressait pas – et c'était encore plus vrai ce soir. Il savait n'avoir que quelques heures pour profiter de l'humain et considérait avoir déjà gâché de trop nombreuses minutes loin de lui. A ses yeux, il était donc temps de s'accorder tout le plaisir dont il rêvait tout en montrant à Stiles ce à quoi il aurait droit par la suite. Parce que Scott n'avait aucun doute : l'hyperactif en redemanderait, pour la simple et bonne raison qu'il adorerait. Pour lui, il n'y avait rien de plus simple – Stiles se rendrait forcément compte de l'évidence qu'ils formaient tous les deux, de cette chose qui les liait bien plus fort qu'une simple amitié.

Alors même si cette soirée ne se passait absolument pas comme il l'avait prévue, même si d'autres avaient baisé l'humain avant lui… Ce n'était pas si grave.

Scott allait de toute façon graver son nom dans son odeur. Dans sa chair. Au travers d'une marque, quelque chose comme ça. Parce que l'alpha ne comptait pas juste concrétiser son désir – son obsession – en s'unissant avec lui. Il allait le faire sien. Le posséder de façon physique pour mieux l'attendrir… Pour ensuite montrer aux autres, au travers du marquage qu'il allait réaliser, que Stiles lui appartenait. Dès lors, poser sa main sur lui serait le tremplin vers une sanction assurée. Scott ne s'imaginait pas violent – se rendait-il compte qu'il l'était déjà ? –, mais il saurait laisser parler sa sauvagerie si l'on dérogeait aux saintes règles consécutives à la revendication. Et peu importe si aucun de ses amis n'avait accès à sa pleine conscience : lucide ou pas lucide, le premier qui poserait à nouveau ses mains sur Stiles prendrait un aller simple pour l'enfer. Des coups de griffes à n'en plus finir. Le pire, c'est que Scott ne jugeait aucune de ses pensées comme étant anormales – il n'y avait rien de plus logique pour lui que la préservation de celui qu'il considérait déjà comme sa propriété.

Fut un temps où ce genre de pensées ne lui aurait même pas effleuré l'esprit, un temps… Où les choses étaient encore réversibles. Au départ, il avait de réels sentiments pour Stiles. Mais ce moment, à la fois si long et si court, s'était lentement laissé bouffer par le désir anormal qui s'était mis à croître à l'intérieur de lui. Combien de fois s'était-il laissé aller à le mater dans les vestiaires ? Combien de fois avait-il manqué de lui sauter dessus ? Ici ou chez lui ? Combien de fois avait-il eu envie de laisser tomber les missions de la meute, ne serait-ce que pour le plaquer contre le mur et l'embrasser à en perdre haleine, lui arracher ces vêtements qui mettaient si peu son corps en valeur ?

Scott laissa son regard noir comme la nuit passer sur l'humain qu'il traînait. Un humain qui grimaçait, gémissait, lui disait qu'il lui faisait « mal ». Mais lui, il n'y croyait pas. Il le tirait juste par le poignet, sans se douter que son énervement se sentait au travers de son geste, bel et bien exagéré. Puis il préféra rester dans son déni, se dire qu'il ne pouvait pas lui faire mal en tant que tel et que le problème, c'était Stiles. Sa sensibilité, sa faiblesse. Un autre des projets de Scott le concernant ? Faire de lui son égal, un loup-garou. Mais pas maintenant. Plus tard, lorsque leur histoire aurait dépassé le stade du fantasme, lorsque Stiles serait pleinement conscient de l'évidence qu'ils devaient être l'un pour l'autre.

- Scott, s'il te plaît… Desserre.

Mais l'alpha n'avait rien à faire de cette voix tremblotante, de ces mots mâchés, articulés difficilement. L'inconfort de Stiles était le cadet de ses soucis : puis de quoi se plaignait-il ? D'ici quelques minutes, il grimperait aux rideaux, gémirait comme un dingue, submergé par le plaisir que leur union physique lui procurerait. Pour son poignet… Scott pesta intérieurement. La fragilité humaine de Stiles était définitivement à bannir. De toute façon, il allait lui apprendre et la façon dont il allait le démonter en serait la première étape. Cet acte, aussi simple soit-il aux yeux de Scott, serait des plus formateurs… Et des plus agréables. Persuadé que Stiles répondrait tout de suite à son affection aussi malsaine qu'obsessive, Scott le traîna avec force jusqu'à l'étage et le poussa sur le lit de la première chambre qu'il trouva. Stiles, les jambes on ne peut plus flageolantes, s'effondra sur le matelas dans un hoquet qui ne cachait rien de sa surprise, ni de sa confusion. Car s'il avait été capable de prononcer quelques mots, il ne comprenait rien. Ni pourquoi Scott retirait le peu de vêtements qu'il lui restait, ni la raison pour laquelle son regard était aussi sombre et brillant.

En somme, la lucidité de Stiles n'était que partielle. Rien ne pouvait lui laisser deviner ce qui allait lui arriver. Parce que c'était Scott, qu'il le reconnaissait : alors non, il ne comprenait pas ce que son meilleur ami faisait, ni ce qu'il avait en tête. Complètement conscient, il aurait pu faire le rapprochement avec cette situation plus que rocambolesque frisant avec le cauchemar… Mais les affres de la luxure continuaient de le tourmenter. Pourquoi Scott s'approchait-il maintenant avec un air de prédateur ? Il n'était pas censé avoir cette impression-là le concernant, et pourtant… Stiles tenta de se redresser et de s'extirper de ce lit, en vain – ses membres étaient trop lourds et cette marche forcée l'avait vidé du peu d'énergie qu'il lui restait. Concentré sur cet effort pour tenter malgré tout de se lever, il ne vit pas réellement Scott arriver en tant que tel et fut surpris de se retrouver plaqué contre le matelas, des lèvres brutalement posées sur les siennes.

Mais le froid qui l'envahit à ce contact transforma rapidement la stupéfaction en sidération.