Derek n'était toujours pas à l'aise à l'idée de se trouver dans l'appartement d'un inconnu. Un appartement grand luxe, qui plus est. Lui, il était du genre à apprécier les choses simples. Les grands espaces, oui, mais épurés, pas surchargés. Si son héritage familial le mettait effectivement à l'abri du besoin, Derek ne le dépensait pas en tant que tel. Il faisait les courses, s'achetait un meuble ou changeait sa gazinière quand il le fallait, mais il ne s'était jamais laissé aller à tout claquer dans une décoration particulière ou des objets de luxe. Il se gardait simplement de quoi vivre, et ça lui allait parfaitement. Il ne lui fallait pas grand-chose. Juste sa meute, sa tranquillité… Et Stiles.

S'il était là, s'il faisait l'effort de sortir de sa zone de confort, c'était pour lui.

Cette nuit, ils avaient dormi dans le grand lit de l'une des chambres d'ami de Magnus. Ensemble. A moitié nus. Le sommeil de Stiles s'était avéré calme et Derek avait eu la surprise de découvrir qu'il était plutôt collant quand il dormait. Loin de lui déplaire, ça le rassurait – même s'il aimait se sentir libre de ses mouvements. Pouvoir bouger à sa guise. Avec Stiles littéralement lové contre lui, c'était difficile, mais peu importait. Tant qu'il ne montrait pas de réticence à son contact, ça lui allait. Derek savait qu'il devait l'aider à se reconstruire pour s'ouvrir aux autres à nouveau et retrouver sa vie là où il l'avait laissée.

Si Stiles avait passé une nuit sans accrocs, Derek s'était retrouvé victime de ses pensées. La marque sur le cou de l'hyperactif dansait devant lui chaque fois qu'il fermait les yeux. Il ne savait pas ce qu'elle faisait ni ce que son tracé signifiait, mais il savait qu'elle était à l'origine des traumatismes actuels que présentait le châtain. Maintenant, restait à savoir de quelle manière elle lui avait pourri la vie et comment elle faisait pour continuer de le ronger de l'intérieur. Car s'il était bien sûr d'une chose, c'est que Stiles ne présentait aucun bleu, aucune ecchymose. Il n'avait rien, nulle part. Derek le savait, parce qu'ils étaient tous deux uniquement vêtus d'un boxer et qu'il avait eu le temps de l'observer en long, en large et en travers. Il lui avait suffi de l'étreinte, de l'embrasser avec fougue. Peu à peu, il l'avait mis en confiance. Ensuite, ils avaient discuté de choses et d'autres. Puis, la journée s'était écoulé. Le soir, ils avaient mangé avec Magnus.

C'était le soir qu'ils étaient retournés dans cette chambre et que Derek… L'avait à nouveau embrassé avec passion. Stiles, un peu plus détendu à son contact, avait tout bonnement amorcé le mouvement, retirant à nouveau ce maudit foulard qu'il avait remis pour la journée. Il avait dévoilé sa marque, encore et la suite s'était faite naturellement. Derek avait donc eu tout le loisir de jeter un coup d'œil à son corps tout en le touchant avec douceur. Son but, à part celui d'essayer de voir s'il était blessé ? Juste le découvrir avec lenteur et lui montrer qu'il était là. Qu'il l'aimait beaucoup malgré ces changements que l'hyperactif continuait de diaboliser. Il lui avait encore répété qu'il n'était plus pareil, qu'il n'était qu'une version affadie de celui qu'il était. Qu'il se pensait moins attirant, enlaidi par le malheur.

Alors forcément, Derek se devait… D'être extrêmement patient, voire guimauve. Ce n'était pas son genre, mais il faisait de son mieux. Agir comme il l'aurait fait avec n'importe quelle conquête, c'est-à-dire de manière expéditive, priorisant le corps à l'âme. Parce qu'avec ces personnes-là, Derek ne faisait rien d'autre que coucher. Partager un moment intime.

Mais Stiles n'était pas une conquête. Il n'était pas n'importe quelle personne. N'importe quel être.

Pour la première fois de sa vie, Derek voulait plus, et faire les choses bien faisait partie de ses objectifs. Il ne savait pas où tout cela allait le mener, mais… Il finirait bien par le découvrir, de toute façon. Qu'avait-il à perdre ? Il n'aimait pas accorder sa confiance et il ne la donnait, pour ainsi dire, jamais au premier venu. Stiles était là depuis le début. Il était le seul à être toujours resté et jamais il ne l'avait abandonné, même quand leurs relations n'étaient pas au beau fixe. Même quand ils se détestaient.

Et puis il était honnête. Non, il n'y avait pas plus vrai et sincère que Stiles. D'autant plus que l'état dans lequel il était ne pouvait être feint. Il y avait dans ses yeux ambrés un voile qui lui paraissait épais et ses gestes… Ils n'avaient plus rien d'assurés. Que dire de sa voix ? Elle était frêle, fébrile, tremblante. Chaque fois qu'il parlait, Stiles semblait avoir peur de déranger et il réduisait ses mots au strict minimum.

Alors non, Stiles n'était pas capable de lui mentir.

Derek entrevoyait déjà la charge de travail plus que titanesque qui l'attendait, à essayer de l'aider à se reconstruire et pour être honnête, il ne savait ni comment s'y prendre, ni par quoi commencer. N'importe qui dirait qu'il suffisait d'être présent mais le loup-garou savait qu'avec Stiles, il fallait faire plus que cela. Parce que s'il n'était pas sûr d'être amoureux, il était conscient que ce qu'il voulait avec lui ne s'arrêtait pas au flirt.

Il désirait quelque chose de sérieux et ça, il en était plus que certain. Alors tant pis pour son inconfort. Une fois que Stiles commenceraient à aller mieux, ils s'en iraient d'ici. Derek voulait prendre soin de lui, chez lui. Au manoir. Pas au loft : il y avait souvent trop de monde. On y entrait comme dans un moulin.

Dans ses bras, le corps de Stiles s'éveilla lentement et ses yeux se mirent à papillonner quelques secondes. Pendant cet instant à la fois infiniment long et court, cet instant hors du temps, l'hyperactif parut sans souci. Simplement en train de se réveiller, dans la douceur d'une étreinte. Derek vit l'oubli dans le regard couleur miel de Stiles. Durant ces quelques secondes de flottement, il n'était plus torturé par l'horreur.

Mais les instants de ce type ne duraient jamais très longtemps.

Car dès lors que Stiles leva les yeux dans sa direction, l'incompréhension put s'y lire. Puis, il y eut le retour du voile.

Avec cependant une surprise indéniable.

- Tu es toujours là, souffla-t-il, éberlué.

Derek se demanda un instant jusqu'à quel point le mal qui avait été fait à Stiles était profond. Sa haine contre ses agresseurs n'en fut que plus froide. Le jour où il aurait les renseignements dont il avait besoin, le sang coulerait. Et pas qu'un peu. Ceux qui avaient détruit la vie de son humain avaient droit à un sursis grâce à son ignorance. Lorsqu'il saurait, il agirait et ça ferait mal.

- Où voudrais-tu que j'aille ? S'enquit le loup-garou.

Stiles ne répondit pas, mais fronça légèrement les sourcils. Se redressa un peu. Les regarda, lui et Derek. S'attarda sur leurs corps quasi-entièrement nus, sur sa main posée si naturellement sur le torse du loup-garou. Derek vit tout autant qu'il sentit la confusion dans son odeur. Enfin, l'hyperactif finit par ouvrir la bouche :

- Qu'est-ce que… Est-ce qu'on a…

- Non, Stiles. On a juste dormi.

Le ton de Derek était un peu sec, rêche et à vrai dire, il avait du mal à le contrôler. Il y avait des moments où il arrivait à mettre sa colère de côté et d'autres… Où celle-ci revenait au galop. Pour éviter de faire peur à Stiles ou même de le froisser, il descendit sa main, qu'il cala au creux de son dos, dans un geste aussi doux et lent que possible.

- Dans cette tenue ? S'étonna le châtain.

- Ça te dérange ? Lui demanda le loup en essayant de mettre son agressivité naturelle de côté.

Il y eut un instant de flottement, durant lequel Stiles sembla sincèrement réfléchir à sa réponse. Toutefois, Derek ne le sentit pas paniqué et ça, ça le rassurait.

- Non, finit par répondre l'hyperactif en posant à nouveau sa tête sur son torse. J'aime sentir ton corps.

Si sa réponse laissait entendre qu'il était sûr de lui, sa voix traduisait tout autre chose. Un aveu qu'il paraissait s'être lui-même arraché, parsemé par cette fébrilité flagrante ainsi que ce manque d'assurance des plus inquiétants. Quoique Derek se rassurait. Si Stiles osait encore lui dire les choses et acceptait sa proximité, son contact, cela signifiait qu'il y avait de l'espoir… D'autant plus que sa personnalité continuait de transparaître au travers du prisme de sa psyché a priori partiellement détruite. Le Stiles qu'il connaissait n'avait pas complètement disparu, c'était évident et allégeait considérablement le poids sur son cœur. Cela n'enlevait rien au fait que Derek aurait un travail titanesque à abattre, mais la chose partait bien.

- Et moi, j'aime sentir le tien, lâcha finalement Derek en laissant sa main se balader dans son dos de manière parfaitement décente.

- C'est vrai ? Tu… Tu l'apprécies ? Fit Stiles, extrêmement peu sûr de lui. Tu ne l'as jamais réellement vu et…

- Là, je le vois, le coupa Derek. Et je le sens.

- Mais… Tu l'aimes vraiment ?

- Stiles, tu en as d'autres des questions stupides ?

L'hyperactif se raidit malgré lui et Derek comprit que laisser parler son vrai lui de manière aussi brute et sèche n'aurait aucun autre effet que celui de tendre son humain. En temps normal, ce dernier aurait répliqué en usant de son sarcasme légendaire, mais ça… Il n'avait plus l'air d'en être capable. Ainsi, l'ancien alpha se rattrapa rapidement :

- Du peu que j'en ai vu, j'aime beaucoup ton corps… Mais ce n'est pas pour lui que je suis ici, avec toi.

- Il n'est pas très musclé, il est tout fin et je… Tu l'as jamais vu avant et je sais même pas comment j'ai pu me déshabiller comme ça… Je sais pas, j'ai pris mes aises et…

Derek connaissait une technique particulièrement clichée pour stopper quelqu'un en pleine litanie. Cette technique, elle existait partout : dans les films, dans les livres… Et il ne l'avait jamais testée jusqu'à maintenant. Mais elle était diablement efficace puisque Stiles ne parlait plus. Il ne le pouvait pas. Les lèvres de Derek étaient magiques, elles emportaient ses mots sur leur passage. Ses angoisses, aussi. Parce que sans qu'ils ne s'en rendent compte, le loup-garou inversa leurs positions et se retrouva au-dessus de Stiles, à l'embrasser avec une douceur incomparable. Et même si l'hyperactif avait plus ou moins paniqué à cause de la peur de ne pas lui plaire, Derek était content. Le constat qu'il avait fait réduisait la puissance de sa colère, ce qui lui permit de la refouler suffisamment pour profiter du moment présent… Profiter d'une petite victoire qu'il tenait à garder pour lui, histoire de ne pas la transformer en défaite. La confiance de l'humain était au creux de ses bras, offerte. Une preuve à cela ? Il y en avait une.

Cette fois-ci, avec lui, Stiles n'avait ni pensé à sa marque, ni songé au fait qu'il ne portait rien pour la protéger. Il ne cherchait pas à la lui montrer, en craignant quelque douleur que ce soit.

Il n'y faisait pas attention.