- N'essaie pas de me sauter à la gorge, le prévint l'homme aux tatouages, tu risquerais de le regretter.

Derek ne répondit rien et ne chercha de toute façon pas à attaquer son vis-à-vis : il avait à cœur de se montrer prudent. Pour lui, certes, mais aussi et surtout pour Stiles. Jamais il ne se mettrait en danger si l'humain devait en pâtir par la suite.

- Derek, c'est ça ?

Le susnommé hocha la tête. Magnus avait dû toucher un mot à cet homme concernant sa présence. Ses yeux d'aigle captèrent un éclat au niveau de sa main, d'un de ses doigts… Derek nota l'alliance, presque identique à celle que portait l'hôte de ces lieux. Il comprit. Faire du mal à cet homme en agissant de manière irréfléchie le propulserait directement dans les griffes de Magnus. En somme, sa ligne de conduite était la bonne, même s'il n'hésiterait pas à se défendre en cas d'attaque. Ne pas se montrer agressif, d'accord – quoiqu'il ne pouvait s'empêcher d'être renfrogné, fermé au possible. Par contre, il réagirait si l'autre homme l'attaquait.

- Très bien, fit-il simplement.

Et Derek le regarda se diriger vers la cafetière avec un naturel désarmant, comme s'ils ne venaient pas de se fixer, les muscles bandés. Qu'on ne se méprenne pas : l'ancien alpha restait en colère, furieux de se retrouver face à un homme qui arborait des tatouages similaires à celui qui ornait sinistrement le cou de Stiles. Qu'il ne lui ait rien fait personnellement n'y changeait rien. Derek le haïssait par avance, par besoin de se trouver face à un coupable… Lequel ne se mettait pas complètement dos à lui. Il le gardait dans sa ligne de mire.

- Un café ? S'enquit l'homme.

Si Derek fut étonné de la proposition, il ne la refusa pas, par sécurité, mais il surveilla les moindres faits et gestes de son vis-à-vis. N'en rata aucun. Le liquide foncé, presque noir, s'écoula dans la tasse. Pur. L'homme lui demanda s'il désirait un sucre et même si Derek prenait toujours son café avec deux carrés de sucre, il refusa, prétextant qu'il n'en prenait jamais. Le café venait d'une dosette clairement non ouverte et donc hermétiquement fermée alors que le sucre… Impossible pour le loup-garou de pouvoir certifier qu'il n'était pas partiellement fait d'aconit. Il en profita d'ailleurs pour élargir l'étendue de ses sens, qu'il poussa à leur plein potentiel. Aucune odeur suspecte. Mais Derek se méfia tout de même lorsque l'époux de son hôte lui tendit la tasse. Et s'il avait manqué quelque chose ? Il la prit tout de même et hésita à la porter à sa bouche. Le café, si foncé, lui paraissait totalement normal – et délivrait à ses narines une douce fragrance amère.

- Je ne compte ni te tuer, ni te faire le moindre mal, alors on se détend.

Sauf qu'il se méfiait, lui aussi. Derek connaissait ce regard, cette attitude : cette façon que l'homme avait de ne jamais le quitter réellement des yeux. Il lui disait de se détendre alors qu'il avait l'air de s'attendre lui-même à ce que le loup-garou lui saute dessus. Il s'agissait là d'un paradoxe intéressant que Derek ne pouvait ignorer. Ils ne se faisaient mutuellement pas confiance. En cela, ils se rejoignaient, se comprenaient. Chacun savait plus ou moins qui était l'autre, sans que cela ne leur fasse baisser leur garde.

- Je ne suis pas ici par plaisir, choisit finalement de lâcher Derek.

Peut-être qu'en lui laissant comprendre ses intentions, les choses pourraient rapidement s'apaiser. Car si l'ancien alpha trouvait aisé de reporter sa rage et sa soif de vengeance sur lui, il était toutefois assez intelligent pour se rendre compte qu'il se trompait totalement de cible. D'autant plus que l'homme faisait des efforts en… Se montrant « cordial » malgré sa méfiance claire à son sujet. Enfin, ça n'enlevait pas à Derek l'envie et le besoin de déchaîner sa fureur, mais soit.

L'époux du sorcier hocha la tête.

- Magnus m'a prévenu de ta présence, répondit-il.

Ce qui signifiait, selon Derek, qu'il était forcément au courant de celle de Stiles.

- J'en déduis que tu ne fais pas partie de ceux qui l'ont marqué, fit le loup-garou, toujours très méfiant malgré tout.

Prononcer le nom de Stiles n'était pas tabou, mais il n'avait pas envie de le faire devant lui. Pas maintenant, en tout cas. Puis de cette façon, il évaluait ce que l'autre savait à ce sujet.

- Non, lui confirma le brun. Je ne fais pas partie des adeptes de cette méthode.

Courte pause.

- Je suis contre la torture.

Derek hocha la tête, appréciant ce point de vue, d'autant plus que son cœur ne lui révélait rien d'autre qu'une vérité certaine : aucun stress ne se dégageait de l'homme. De la tension, oui. Mais rien qui ne pouvait témoigner d'une tentative de mensonge à son encontre.

- Alec Lightwood, finit par se présenter le brun après avoir bu une gorgée de son propre café.

- Derek Hale, répondit le loup-garou même s'il savait parfaitement que ledit Alec connaissait son identité.

Ils ne se serrèrent pas la main – hors de question. L'un et l'autre se savaient capables de prendre le moindre début de geste pour une agression. Débuteraient alors des hostilités ni désirées, ni désirables. Un regard et un bref hochement de tête leur suffirent.

- Magnus a sans doute dû te dire de te servir, de faire comme chez toi. Fais donc.

- Bien sûr.

Pourtant, Derek ne bougea pas, Alec non plus. Le loup-garou n'avait jamais eu à vivre un échange aussi peu confortable et aussi peu naturel… Aucune de leurs réponses ne l'était. Tout était faux, si faux... Au contraire de leur méfiance, celle qu'ils partageaient silencieusement, qu'ils se communiquaient sans même s'en rendre compte. Derek comme Alec étaient prêts à agir en cas de problème, leurs yeux d'aigles analysant leurs moindres gestes. Pour l'instant, l'on pouvait considérer que les choses se passaient bien. Mais tous deux étaient si concentrés sur l'autre que l'on n'entendit pas les pas légers.

Seule une voix fébrile les sortit instantanément de ce monde noir qui était le leur :

- Putain, Derek…

Désespoir et soulagement se battaient au travers de ces deux mots : une injure salvatrice, un nom précieux qu'il n'était pas sûr de pouvoir prononcer l'instant d'avant. Derek oublia les échanges de regards presque haineux, cette méfiance partagée avec son vis-à-vis et se tourna instantanément vers Stiles, lequel lui attrapa instantanément le bras. Sans gêne, sans peur. Besoin de ton contact, hurlait ce geste. Besoin de toi, s'époumonait sans bruit le regard alarmé de l'humain. Et sans même y faire attention, Derek se plaça un peu plus en avant, protégeant instinctivement celui pour qui il faisait tant d'efforts récemment.

- Je suis là, le rassura-t-il un peu durement malgré tout.

Toute son attitude ne pouvait pas changer en un instant. Oublier ne signifiait pas complètement ignorer. Et Derek se retrouvait obligé d'être sur le qui-vive parce qu'il avait à cœur de le protéger. Mais accroché à son bras, Stiles tourna la tête pour voir à qui il parlait… Et eut un sursaut si brusque que Derek crut qu'il allait commettre un meurtre. Ses yeux vert d'eau rencontrèrent à nouveau ceux à la couleur un peu plus particulière d'Alec. Parce que l'odeur de Stiles ajoutait plus d'impact à son sursaut tant elle s'était si soudainement remplie de peur. Derek, sans rompre le contact avec son humain, le poussa un peu pour qu'il soit en retrait et se plaça devant lui.

Ses prunelles changèrent de couleur.