Après s'être entretenu longuement avec la Reine au sujet de sa vision, le Magicien Blanc s'était plongé dans les volumes de la bibliothèque de Minas Thirit en quête de réponses. Bien que réputée comme étant la plus complète connue à ce jour en Terre du Milieu, il avait vite compris qu'il lui faudrait poursuivre ses recherches en d'autres lieux et surtout auprès d'autres personnes.
C'est ainsi que quelques jours plus tard Gandalf avait repris la route à dos de Gripoil en direction d'Isengard afin d'y retrouver une veille connaissance. Si le trajet s'était bien passé, il redoutait la confrontation. Serait-il disposé à partager ses connaissances ? Rien n'était moins sûr.
Lorsqu'il arriva au terme de sa chevauchée, Gandalf pénétra dans l'enceinte de l'ancienne forteresse du Rohan. Depuis la bataille connue comme La Dernière Marche des Ents, ces derniers avaient prient possession des lieux avec pour charge de maintenir à l'isolement l'ancien allié de Sauron dans sa Tour à l'allure sinistre. Déjà la végétation avait repoussé en de nombreux endroits et les stigmates du Mordor s'estompaient peu à peu. En une vie d'homme les derniers immondices disparaitraient à jamais.
Le cavalier mit pied à terre pour aller à la rencontre de Sylvebarbe, le grand gardien des Ents, qui l'attendait depuis son message.
- Jeune Maître Gandalf, c'est un plaisir de vous revoir, dit-il de sa voix caverneuse.
- Bonjour Sylvebarbe, dépositaire de l'Isengard. Quelles sont les nouvelles ?
- Les traces du malin disparaissent au fil des nouvelles boutures et nous ne pouvons que nous en réjouir.
- Parfait.
- Puis-je connaitre la raison de votre présence ?
- Je dois m'entretenir avec votre captif. Est-il toujours sous bonne garde ?
- Comme prévu, nous ne l'autorisons pas à quitter sa Tour. Seul des vivres sont déposés à son seuil afin qu'il survive. J'ose espérer que les affaires dont vous voulez l'entretenir sont vitales Maître Gandalf. Méfiez-vous car Saroumane a toujours l'esprit retord et l'intelligence vive.
- Merci de l'avertissement. Je vous promets d'être vigilant.
- Passez Maître Gandalf, invita Sylvebarbe en désignant les marches menant à la Tour.
Le Magicien Blanc les grimpa, faisant claquer son bâton sur le sol de pierre noire La même qui constituait toute la Tour d'Orthanc. Même à l'époque des temps heureux il n'avait jamais vraiment aimé cet endroit. Dès sa première visite son esthétique lui était apparu beaucoup trop proche de celle des forteresses ennemies.
Gandalf fit un geste de son bâton, brisant les enchantements de protections, afin d'ouvrir les grandes portes. Une fois à l'intérieur il se dirigea directement en son centre pour y trouver celui qu'il cherchait.
- Saroumane, salua le Magicien Blanc d'une voix forte.
Ce dernier, installé nonchalamment dans une pâle imitation de trône, releva le regard vers lui.
- Gandalf Maison Grise, vous ici. Que me vaut ce plaisir mon vieil ami ? Lui demanda L'Istar déchu de son Ordre. Etes-vous ici pour me libérer de ma prison ? Ou me restituer mes pouvoirs peut-être ?
- Navré ami. Cette heure n'est pas encore venue et ne relève pas de ma simple décision.
Le Magicien Blanc se laissa quelques instants pour dévisager son ancien supérieur. Malgré le creux qui se dessinait sur son visage, il était resté le même depuis leur dernière rencontre.
- J'ai des questions.
- Tout le monde à des questions Gandalf. N'est-ce pas le propre de nos existences ? L'interrogea l'Istar narquois.
- Des questions auxquelles vous sauriez peut-être répondre.
- Vraiment ? Et que pourrait faire un vieil homme retenu dans sa propre forteresse pour aider un héros de la Terre du Milieu tel que vous ?
- Le sarcasme ne vous sied guère. Je viens vers vous avec une main tendue. Sans doute la seule à laquelle vous pourrez vous accrocher, souligna-t-il en fronçant les sourcils.
- Cette main accorderait-elle le pardon ? S'enquit l'ancien allié de Sauron intrigué.
- Je ne saurai avoir cette autorité. Cependant elle peut vous rendre l'existence plus facile.
- De quelle manière ?
- Vous pourriez de nouveau parcourir les jardins de l'Isengard.
- Un allègement de peine ?
- En quelques sortes. Cela pourrait marquer votre premier pas vers la repentance et, si votre cœur est sincère, embarquer un jour pour un bateau en direction des Terres Immortelles.
- Là d'où nous venons… Ainsi l'heure de votre départ approche.
- Comme beaucoup. L'âge de la domination des hommes approche. Nous autres n'avons plus notre place ici-bas.
- Une proposition tentante, murmura le concerné. Voir cette humanité que j'exècre se propager telle une maladie serait très déplaisante.
- Prenez garde Saroumane. De telles pensées sont dangereuses pour qui veut se racheter.
L'Istar déchu ricana à ces paroles avant de se redresser et d'inviter de la main son invité à se rendre dans une autre pièce attenante.
- Soit. Je vous aiderai Gandalf. Nous serons plus à l'aise dans mon cabinet d'étude. N'ayez à craindre d'aucune fourberie. Ce temps est révolu désormais.
Maugréant dans sa barbe, le Magicien Blanc obtempéra. Il était inutile de s'opposer à son ancien supérieur au risque de le braquer et de se voir refuser des réponses. La pièce dans laquelle ils arrivèrent contenaient plusieurs rayonnages remplis de vieux parchemins et grimoires. Quelques fioles et alambics occupaient également l'espace.
Les deux magiciens prirent place dans les deux fauteuils occupant l'espace avant de poursuivre.
- Alors dites-moi, de quels sujets vouliez-vous m'entretenir ? Demanda Saroumane.
- De plusieurs. Je dois tout d'abord vous informer que la trace des Magiciens Bleus a été retrouvée.
- Alatar et Pallando sont donc en vies ? Voilà qui est… Intéressant.
- Certes, mais avec eux une ancienne confrérie également. Que pourriez-vous me dire sur l'Ordre des Sayyad'nuur ?
- Ah, les Sayyad'nuur. Une secte très intéressante puisant son fondement dans la fin du Premier Âge. Une époque méconnue mais pourtant si intéressante.
- La résurgence de ce nom ne semble pas vous étonner ? S'étonna un Gandalf suspicieux.
- Puis-je continuer sans être interrompu ? Lui demanda l'Istar avec un sourire aux lèvres.
- Faites, concéda son interlocuteur qui préférait en apprendre plus avant de se disputer.
- Cet Ordre est composé uniquement de femmes. Son nom provient d'un ancien dialecte des terres de l'Est et peut avoir plusieurs traduction en langue commune. Ainsi « Sayyad » peut aussi bien se traduire par « sœur » que « sorcière » et « nuur » en « nuit » ou « ombre ». Tout dépend du sens qu'on veut bien lui donner.
- Vous ne semblez pas surpris de ce que je vous annonce… Dit un Gandalf méfiant.
- Mes petits oiseaux me parlent encore Gandalf. C'est une capacité dont je suis encore pourvu malgré ma disgrâce. Mes occupations sont restreintes ici et n'y voyez pas de mal à me passionner par ce qui se passe en dehors de ma prison.
- Vraiment ? Vous êtes donc au fait de ce qu'il s'est passé à Minas Thirit ?
- En effet. Une histoire des plus inattendues.
- Je soupçonne ces sorcières d'en être à l'origine.
- Vous faites bien de rester sur vos gardes. L'Honorée Matriarche Bénézia, celle-là même qui dirige cet Ordre, est un adversaire à ne pas prendre à la légère. Elle est intelligente et dispose de pouvoirs qu'il ne faut pas sous-estimer.
- La connaissez-vous ?
- Je l'ai en effet rencontré il y a plusieurs années après votre sauvetage des prisons de Dol Guldur et de ma traque de Sauron.
- Que voulait-elle ?
- Cela je l'ignore. Nous avons parlé en personnes civilisées. Elle ne semblait pas vouloir la victoire du Seigneur des Ténèbres, aussi je ne l'ai pas considéré comme une menace.
- Vous n'en avez jamais averti le Conseil, remarqua le Magicien Blanc.
- Car il n'y avait rien à dire, contra Saroumane. Une femme seule d'un ordre disparu, rencontrée dans les Landes Desséchées. Ce n'était pas grand-chose finalement. Comme par le passé vous voyez des problèmes là où il n'y en a pas.
- Les Landes ? souligna Gandalf en faisant fi de ce commentaire.
- En effet. J'ai supposé qu'elle finirait par être dévorée par l'un des derniers dragons qui parcouraient cette terre.
- Pourquoi était-elle là ?
- Les Sayyad'nuur vénèrent les Dragons. Leur Déesse principale a même les traits de l'un d'entre eux. Après l'éclosion d'un nouveau cracheur de feu à l'Est, il est raisonnable de supposer qu'elles souhaitent leurs retours… Et que leurs projets avancent.
- Les Dragons étaient de créatures engendrées par Morgoth…
- Là s'arrête mes connaissances sur le sujet. Peut-être ont-elles été des servantes du Mal à leur origine mais qui sait vraiment ? Seul une Sœur saurait vous répondre.
Méditant sur ce qu'il venait d'apprendre, Gandalf garda le silence un moment. Saroumane quant-à-lui restait étonnamment serein en arborant un sourire des plus agaçants. Il avait répondu sans aucunes difficultés à ses questions, comme si il s'y était préparé.
- Tavya, lâcha Gandalf. Que savez-vous sur cet anneau ?
- Peu de choses, avoua le magicien déchu.
- A-t-il été forgé par Sauron ?
- Je ne crois pas. Son fonctionnement est différent et je n'ai jamais entendu parler de lui avant. Dame Galadriel saura sans doute mieux vous en parler. Après tout, c'est elle l'experte dans ce domaine.
- Je n'y manquerai pas.
Gandalf se garda bien de lui préciser que c'était précisément son objectif sitôt sa discussion terminée avec lui.
- Bien que je ne puisse pas vous aider plus, je ne peux que vous faire partager mon sentiment à son sujet, si bien sûr vous êtes intéressés ?
Toujours méfiant quant aux paroles de Sauroumane, il acquiesça.
- Je crains qu'il n'ai été forgé il y a peu, lâcha ce dernier.
- Que dites-vous ? Les forgerons capable ayant cette compétence ont disparu depuis bien longtemps, contra Gandalf.
- C'est ce qu'il semblerait néanmoins si ce n'était pas le cas… Une personne capable de forger Tavya serait en capacité d'en faire d'autres. Un tel artisan serait un danger pour cette paix que vous chérissez, supposa avec un sourire narquois le vieux magicien. Je serais vous, je chercherai de ce côté.
Le Magicien Blanc dodelina de la tête. Il y avait là de quoi nourrir des jours de réflexions. Il savait ne pas pouvoir faire confiance à son ancien supérieur, aussi il lui faudrait être extrêmement prudent.
- Merci de vos conseils et de votre aide, salua Gandalf en se relevant.
- C'est toujours un plaisir, mon vieil ami.
L'Istar Blanc ayant quitté sa Tour, Sauroumane s'empressa de se rendre dans ses appartements personnels. Bougeant une pierre dans l'un des murs près de sa couche, une cache de bonne taille se dévoila. Il plongea ses mains dedans pour en sortir une orbe ayant plusieurs similitudes avec les anciennes pierres de visions. En réalité son utilisation était sensiblement la même. On lui avait apporté il y a peu, lorsqu'une femme encapuchonné s'était présenté à lui. Cette dernière avait échappé à la vigilance de ses geôliers, un fait assez remarquable.
Il déposa l'orbe sur un piédestal avant d'apposer sa paume droite dessus. Quelques instants furent nécessaire pour qu'il obtienne une réaction.
En rouvrant les yeux, il se trouvait désormais dans un désert au soleil éclatant. Une femme se tenait face à lui, habillée de rouge.
- Dame Bénézia, salua le magicien.
- Istar Saroumane… Quelles nouvelles ?
- Gandalf le Blanc chevauche à travers la Terre du Milieu en quêtes de réponses. Comme prévu j'ai tourné son regard sur cet anneau au lieu de votre Ordre.
- Parfait. Nos plans se concrétisent. Avec l'Héritière bientôt sous notre coupe, l'avenir s'annonce des plus radieux.
Saroumane acquiesça, bien qu'il ne soit pas au fait de tous les détails. Ce qu'il savait lui suffisait pour le moment.
- Une servante se présentera à vous sous peu pour vous remettre votre récompense. Continuez à me tenir informé. Nous nous reverrons bientôt.
La vision s'estompa pour cesser. L'Istar était de retour dans sa Tour. Satisfait de la tournure des évènements, il rangea l'objet magique avant de se diriger vers un de ses ateliers. Il devait se tenir prêt.
