Malefoy

Drago s'effondra par terre, à l'ombre du mur. La chaleur du soleil était écrasante en cette journée du mois de juillet et le sorcier était dans un état lamentable. Transpirant, recouvert de poussière, il reprenait doucement son souffle.

Une imposante silhouette se posta devant lui, cachant le ciel d'un bleu éclatant. Hagrid lui tendait une énorme gourde en cuir. Drago la saisit sans un remerciement et but de longues, très longues gorgées. Il rendit ensuite l'objet à son propriétaire, non sans une grimace de dédain.

— C'est l'heure de la pause. Le professeur McGonagall veut te voir, bougonna le demi-géant.

Soufflant par le nez, Drago se releva, non sans mal. Il avait des courbatures partout. Depuis sa condamnation, il y a un peu moins de deux mois, Drago était forcé de charbonner comme un moldu sous les ordres de ce gros balourd d'Hagrid. C'était le garde-chasse qui était responsable de la reconstruction de Poudlard et il semblait ne jamais fatigué. En même temps, un homme de cette taille ne devait pas manquer d'énergie.

Or ce n'était pas le cas de Drago. Il n'était qu'un simple sorcier pour sa part et avait besoin de repos, par Salazar !

C'est en pestant ainsi, qu'il entra dans le château. L'air entre les murs de pierre était bien plus frais qu'à l'extérieur. Un moment de répit que le sorcier prit le temps de savourer.

Il arriva jusqu'au hall principal où la porte de la Grande Salle était entrouverte. Plusieurs voix en sortaient, dont celle de la directrice, Minerva McGonagall. En pénétrant à l'intérieur, il remarqua sa mère en premier.

— Drago ! Mon garçon !

Elle s'avança vers lui et le serra brièvement dans ses bras. Il la sentit également glisser quelque chose dans sa poche. Surement, une potion de sommeil comme il lui avait demandé.

— Bonjour mère, que faites-vous ici ?

Ils se tournèrent vers les autres occupants de la pièce : McGonagall et un auror, chargé de la surveillance de Narcissa Malefoy.

Deux jours après le procès de Drago, avait eu lieu celui de sa mère. Il se passa également mieux que prévu car Harry Potter était revenu témoigner en sa faveur. Drago apprit, en même temps que le reste du monde sorcier, que Narcissa avait sauvé l'Élu en mentant effrontément au Seigneur des Ténèbres. Un acte de bravoure que seul l'amour d'une mère pouvait insuffler. Elle fut donc condamnée à deux ans d'assignation à résidence, sans baguette, pour complicité de crime contre la communauté magique et non-magique. Elle était donc obligée d'être escortée par un auror lors de ses rares déplacements. Mais la peine était bien légère contrairement à ce qu'ils avaient envisagé. Cela fut même un soulagement pour Drago et Narcissa Malefoy.

— Pouvons-nous avoir un moment d'intimité ? demanda-t-elle.

— Bien sûr, répondit McGonagall. Enfin, si Monsieur Graden est d'accord ?

L'auror, un homme sans menton, acquiesça.

— Nous vous attendons dans le hall.

Aussitôt dit, tous deux quittèrent l'immense salle au plafond magique. Il était éblouissant aujourd'hui, aussi bleu que le vrai.

— Viens Drago, asseyons-nous.

— Vous commencez à m'inquiétez, mère.

Néanmoins il la suivit et s'installa sur le banc à ses côtés.

— Ce n'est pas, enfin… Je suppose que tu n'as pas lu le journal aujourd'hui ?

Drago ricana. Comment aurait-il pu ? Il était dehors dès l'aurore à trimer comme un arracheur de dent de dragon.

— Non, je n'en ai pas eu le temps. Quelqu'un est-il mort ?

— Non, non pas du tout. Il s'agit de ton père, Drago, il a été arrêté. Hier.

Les muscles de Drago se figèrent, comme sous l'emprise d'un sortilège de stupéfixion. Il s'y attendait, il savait que ce n'était qu'une question de temps. Son père était en cavale depuis trois mois, et de nombreux mangemorts dans sa situation avaient été arrêtés avant lui.

— Est ce qu'ils parlent… Est ce qu'il… Les détraqueurs…?

— Non. Lucius ne subira pas le baiser des détraqueurs. En fait, il a immédiatement été jugé. Il devra purgé une peine de trente ans à Azkaban. Ils en parlent déjà dans la Gazette. Mais j'espérais que tu ne l'avais pas lu, je voulais te l'annoncer moi-même.

— Hm, tant mieux.

Drago regardait dans le vide. Il ne savait pas trop ce qu'il devait ressentir suite à cette annonce. Il était heureux que Lucius ne subisse pas le baiser, car c'était sa plus grande crainte, celle qui l'avait poussé à les abandonner, sa mère et lui. Face à cette lâcheté, Drago éprouvait une rancœur tenace à son encontre. Malgré tout, il restait son père et savoir qu'il passerait les trente prochaines années de sa vie enfermé, le peinait. Il avait pitié de lui. Des sentiments bien trop contradictoires qui tiraillaient le jeune sorcier.

Narcissa posa une main dans le dos de son fils, cherchant son regard.

— Ne t'inquiète pas pour lui. Il ne s'est pas inquiété pour toi… D'ailleurs, comment tu vas ?

— Je suis fatigué… Merci pour ça, au fait.

Drago tapota sa poche, où le flacon de potion reposait. Narcissa se pencha vers lui, baissant sa voix au maximum.

— As-tu continué tes recherches ?

— Je me rends à la bibliothèque dès que possible mais ça ne donne rien pour l'instant, répondit-il sur la même intonation. J'ai à peine découvert quelques brèves descriptions de la créature dont fait mention la page que nous avons trouvé. Je ne vois pas comment ce Félimalis pourrait m'être utile. Il n'a peut-être même jamais existé…

Il secoua la tête, dépité. Ses journées d'été lui semblaient interminables. Entre les travaux qu'il devait effectuer pour restaurer Poudlard, les recherches qu'il s'évertuait à faire, ses transformations, toutes les nuits, qui l'empêchaient de dormir et l'angoisse permanente des douleurs à venir, Drago craignait de devenir fou.

— Je suis navrée de ne pas pouvoir t'aider davantage… Si seulement je n'étais pas bloqué dans cette maison… J'essaye de demander à Izy, ma cousine, de me rapporter des livres et des potions mais comme je ne peux rien lui révéler, cela reste très compliqué…

— Vous en avez déjà fait beaucoup, mère. Si seulement je pouvais accéder aux livres de la réserve de Poudlard… Je suis sûr que j'aurais ma réponse ! Il y a des centaines de livres de magie noire ici ! Je pourrais m'y glisser quand tout le monde dort et…

— Drago, non ! Je te l'ai déjà dit ! Ne fais rien qui pourrait te condamner à Azkaban ! Tu sais que la moindre incartade, la moindre erreur de ta part sera l'excuse rêvée pour tous ceux qui veulent nous voir croupir en prison ! Et là-bas, nous ne pourrons plus rien faire pour toi ! Comprends-tu ?

Drago se pinça l'arrête du nez. Elle avait raison, évidemment, mais c'était si difficile de subir ça, encore et encore. Il ne rêvait que d'une chose : que tout s'arrête. Néanmoins, il savait que s'il se faisait prendre, il serait condamné à subir cette malédiction pour le restant de ces jours.

Narcissa serra son épaule dans sa main gracile. Un pli soucieux barrait son front. Elle attendait une réponse.

— J'ai compris, mère, la rassura-t-il.

Ils parlèrent encore pendant une heure avant que l'auror ne les interrompt. Il était temps de se quitter. Narcissa serra une dernière fois son fils dans ses bras, accumulant un peu de poussière sur son élégante robe noire. Elle l'épousseta de sa main. Drago en eut honte: privé de magie, travaillant comme un moldu ou enfermé à double tour, les Malefoy étaient tombés bien bas.

— Tiens-toi droit Drago.

Aussitôt, le jeune sorcier se redressa. Sa mère n'avait plus de baguette, mais elle restait une dame à la posture altière. Elle transpirait la supériorité, la force et la classe digne des plus grandes familles de sorciers.

— Nous nous reverrons bientôt, avant ta rentrée. Prends soin de toi.

Narcissa attrapa le bras de l'auror. Drago la regarda, mettant le plus de fierté possible dans son regard.

— À bientôt, mère.

Alors, ils transplanèrent, laissant le jeune homme seul avec la directrice qui remettait déjà les protections du château en place.

Drago se réveilla, nu comme un ver, dans la salle de classe vide. Ses souvenirs des dernières heures étaient vagues, comme dans un brouillard. Mais il savait qu'il ne s'était rien passé d'intéressant. Il avait passé la nuit dehors, comme toujours, à chasser un pauvre lapin et à boire l'eau du lac pour étancher ses besoins primaires. Quand il était sous la forme d'une bête, il ne pensait qu'à ça. Mais en temps qu'humain, Drago rêvait d'une bonne nuit de sommeil. Hélas, il avait peu de temps devant lui avant de devoir rejoindre Hagrid pour une nouvelle journée de dur labeur.

Il se traina jusqu'à la Grande Salle où un copieux petit-déjeuner l'y attendait. Un exemplaire de la Gazette du sorcier avait été laissé sur la table. Drago s'en empara.

"BELLATRIX LESTRANGE : la sorcière la plus recherchée du pays enfin derrière les barreaux !"

Cela faisait une semaine que sa mère lui avait rendu visite à Poudlard, et voir qu'un autre membre de sa famille avait été arrêté lui fit un drôle d'effet. Toutefois, il avait toujours trouvé sa tante flippante et elle était sûrement mieux à Azkaban qu'en liberté.

Drago continua de feuilleter le journal tout en mangeant ses œufs brouillés. À la quatrième page, un autre article attira particulièrement son attention.

"La peine de Lucius Malefoy revu à la baisse."

"Il semblerait que le mangemort, d'abord condamné à trente ans de prison, n'en aurait plus que vingt à tirer. Il aurait été vu par le directeur du département de la justice magique la veille. Or nous remarquons que plusieurs arrestations ont eu lieu dans les quelques heures qui ont suivi, notamment celle de la tristement célèbre, Bellatrix Lestrange. Coïncidence ? Nous en doutons."

Drago balança le papier loin de lui, finit son assiette en deux coups de fourchette et se leva. Une longue journée l'attendait.

Tant pis pour sa tante, tant mieux pour son père.