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Chapitre 8 – Harry

La pièce était étrange.

Plutôt petite, aux murs nus et au plafond bas, elle semblait dépersonnalisée, dépourvue de toute trace de vie.

Elle était éclairée par d'anciens chandeliers qui s'étaient allumés à son passage.

Quelques caisses en bois aux bords éraflés étaient empilées dans un coin. En dehors de cela, la pièce était presque vide, à l'exception d'une planche inclinée trouée, fixée sur un pied ancré dans le sol de pierre.

Une barre de métal, solidement vissée dans les briques de l'un des murs, courait sur toute la longueur de la pièce. De cette barre pendaient deux chaînes lourdes, aux maillons épais et légèrement rouillés, au bout desquelles étaient attachées deux courtes sangles de cuir.

Un cachot ? Une salle de torture ? Harry laissa son regard parcourir l'espace en se demandant quel usage Lucius pouvait bien en faire.

Il laissa ses doigts courir sur une des caisses en repensant à l'attaque de Dean et une grimace de déplaisir fit frémir ses traits. Il avait été très difficile de soigner Malfoy. Ce n'était pas une question de blessure, c'était une question de caractère. Dès qu'Harry posait un doigt sur lui, le beau blond se permettait un geste ou une allusion qui avaient plus d'une fois fait vaciller sa volonté.

Il faut dire qu'Harry aimait jouer avec le feu. Ce n'était peut-être pas la meilleure idée de plaquer Lucius sur le lit et en s'asseoir sur son bassin pour l'immobiliser. Ni de le menacer d'un sort douloureux s'il bougeait encore d'un pouce. Mais le blond pouvait être si têtu qu'il n'avait pas trouvé d'autre solution. Évidemment, c'était typiquement le genre d'actions qui excitaient Malfoy et il avait été encore plus insupportable après cela.

Et Harry avait été à deux doigts de craquer.

Il avait rapidement fini de nettoyer la plaie et avait bandé fermement l'épaule, tandis que les doigts glacés de Lucius remontaient lentement le long de son dos. Il avait arrêté de justesse un frissonnement. Du moins il l'espérait. Puis il avait filé sans demander son reste, sous l'œil sarcastique de Malfoy.

Et la semaine s'était achevée sans qu'ils ne se recroisent. Lucius semblait occupé et Harry l'était tout autant avec ses cours. C'était du moins l'excuse qu'il s'était donnée.

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Il avait trouvé cet endroit en fouinant dans le manoir. Il avait descendu de longs escaliers étroits, s'attendant à découvrir une salle aux trésors. Malheureusement pour lui, il était tombé sur cette pièce borgne.

Harry se baissa pour ramasser l'une des lanières de cuir et la chaine tinta bruyamment contre le mur. Mais qui avait ce genre d'outil chez lui ? Et pour quel usage exactement ? Il en fit machinalement une boucle autour de son poignet.

Comme un bracelet.

L'idée venait à peine de lui traverser l'esprit que le cuir se rétracta soudainement autour de son bras, l'enserrant presque douloureusement.

Quoi ? Il tenta de se libérer, mais rien n'y fit. La lanière semblait comme soudée à sa peau. La chaîne râcla à nouveau le mur.

Ok. Il ne fallait pas paniquer. Il chercha de sa main libre sa baguette mais elle n'était pas là. Il se revit la poser sur la table de chevet de sa chambre, quelques minutes avant son exploration.

Mais quel con.

Il releva la tête pour observer la barre sur laquelle les chaînes étaient suspendues et la longea jusqu'à l'angle. Les maillons glissèrent avec lui, cliquetant à chacun de ses pas.

Il tira de toutes ses forces, espérant que la barre cèderait, mais elle restait solidement ancrée dans le mur.

« Merde, merde, merde... » murmura-t-il avec agacement.

Il tenta de se libérer à nouveau, tirant et tordant son bras pour échapper à l'emprise du cuir. En vain. La lanière était obstinément serrée, comme si elle avait été enchantée pour ne jamais se relâcher. Harry sentit une pointe de panique commencer à monter en lui.

Il jeta un coup d'œil rapide autour de la pièce, cherchant quelque chose, n'importe quoi, qui pourrait l'aider. Les caisses en bois semblaient inutiles, et la planche inclinée fixée dans le sol ne proposait aucune solution évidente.

« Bon sang, Lucius, qu'est-ce que tu fais avec ça chez toi ? » grogna-t-il, bien qu'il sache que le blond n'était pas là pour l'entendre.

En désespoir de cause, il essaya de s'appuyer contre le mur et de forcer la lanière à se desserrer en utilisant la force de son corps, mais chaque mouvement ne faisait qu'accentuer la pression autour de son poignet. Il grimaça, sentant le cuir mordre plus profondément dans sa peau. Dans un dernier espoir, il fit glisser sa main libre le long de la chaîne, tentant de découvrir un point faible, un maillon qui pourrait être brisé ou tordu.

Il ne trouva rien.

Finalement, épuisé, il se laissa tomber contre le mur, le souffle court.

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Chapitre 8 – Lucius

C'était… du pain béni.

Comment aurait-il pu le dire autrement ?

Il observa un instant Potter, endormi, la tête appuyée contre le mur.

Enchaîné.

Il ferma les yeux de plaisir.

Oh.

Par.

Merlin.

Ne lui avait-il pas conseillé, pourtant, de ne pas s'aventurer hors de sa zone habituelle ? Ne l'avait-il pas mis en garde contre les dangers potentiels que le Manoir pouvait receler ? Voilà où menait la curiosité, Monsieur Potter : directement entre ses griffes perfides.

Lucius ne put retenir un sourire carnassier alors qu'il s'accroupissait pour se mettre à la hauteur d'Harry. Comment ce garçon pouvait-il s'endormir dans ce genre de situation ? Était-il à ce point inconscient de tout danger ?

Il approcha sa main du corps inerte et laissa ses doigts tâter les habits. Pas de baguette ? Bien. Lucius avait appris sa leçon. Potter était suffisamment dangereux même sans arme. Il se redressa souplement et ses cheveux caressèrent le visage du garçon.

Il vit les deux émeraudes s'ouvrir lentement et recula encore pour s'appuyer contre le mur opposé.

« Monsieur Potter… »

Harry ouvrit totalement les yeux et se releva en titubant, tentant de le rejoindre : « Lucius… Ah. » La chaîne tinta contre le mur et son corps fut ramené en arrière.

« Ne vous avais-je pas dit de rester dans vos quartiers ? »

Harry répondit par une autre question : « Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? »

Mmmmh. Lucius observa pensivement ses ongles nacrés avant de relever son regard acier sur son prisonnier : « Souhaitez-vous que je vous montre ? »

Harry tira sur ses entraves en mordillant ses lèvres : « Tu pourrais me détacher ? J'ai… je n'arrive plus à enlever ces trucs. »

Lucius avança jusqu'à la planche et il tapota de ses longs doigts dessus : « Bien sûr. Approchez. Jusqu'à moi. Je vais vous libérer. »

Il avait essayé de contenir le sarcasme dans son ton, mais Harry se figea soudainement et lui jeta un regard noir. Oh ? Le mensonge ne prenait pas ?

« Vous devriez venir, Monsieur Potter. Je suis actuellement le seul à pouvoir vous aider ; personne ne vous cherchera avant lundi. »

Harry fit un geste obscène dans sa direction et le sourire de Lucius s'accentua encore un peu plus.

« Je vous promets… que je ne ferai rien contre votre volonté absolue. Approchez. »

Il tendit ses longs doigts vers son jeune prisonnier. Harry tenta à nouveau de se libérer par lui-même puis jeta un œil résigné en direction de Lucius. « J'ai encore une main de libre. Si jamais tu tentes quoi que ce soit de pervers, je te le ferais regretter. »

« Rien que vous ne souhaiteriez pas de tout votre corps, je le jure… » siffla Lucius comme une promesse.

Et Harry fit un pas hésitant vers lui.

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Quand il atteint enfin la planche, la patience de Lucius était déjà bien élimée et il s'empara brutalement du bras de Potter pour plaquer son dos sur la surface de bois. Un grognement de douleur lui échappa, mais sa main ferme se noua immédiatement sur le col de la chemise de Lucius : « Malfoy… » La voix était menaçante.

Mais Lucius n'en avait pas fini. Ignorant l'avertissement, il s'empara de la chaîne et la fit rapidement passer dans le trou percé dans la planche. D'un mouvement sec et précis, il resserra violemment le tout sur un crochet fixé à la base. Le bras d'Harry se retrouva définitivement bloqué, le métal mordant légèrement sa peau.

Harry tira instinctivement sur la chaîne, mais elle ne bougea pas d'un pouce. « Qu'est-ce que tu fais, Lucius ? » cracha-t-il avec fureur.

Lucius se redressa, observant son œuvre avec un sourire satisfait. « Magnifique. »

Il laissa sa main glisser le long du bras tendu d'Harry. « Peut-être pourrions-nous passer aux choses sérieuses ? » murmura-t-il et ses mots dégoulinaient d'une fausse douceur.

Harry le fixa, les muscles tendus sous la contrainte : « C'est douloureux. »

« Je sais ! – Lucius semblait exulter et le tutoiement était revenu naturellement – C'est ça le plus stimulant, non ? Tu voulais savoir à quoi me servait ma salle, laisse-moi te le montrer, avant ta libération. » Il se pencha plus près. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre : « Mais je peux aussi te relâcher immédiatement, si tu le souhaite. Tu n'as qu'un mot à me dire… » Se disant, il laissa courir ses doigts le long des jambes d'Harry, remontant insidieusement à l'intérieur de ses cuisses.

Harry ne baissa pas les yeux : « Je te jure, Lucius, que tu ne t'en tireras pas comme ça. »

Lucius se recula, satisfait.

C'était un accord.

Parfait.

Ils pouvaient commencer.

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