"L'amour, après tout, n'est qu'une curiosité supérieure, un appétit de l'inconnu qui vous pousse dans l'orage, poitrine ouverte et tête en avant."
Gustave Flaubert
La terreur qui avait soudainement envahi Remus le fit de nouveau fondre en larmes. Éclairée par la lueur de sa baguette, il la distinguait nettement. Cette tête de chien monstrueuse, posée sur un corps de bipède.
"Je… Je ne comprends pas…"
C'était tout ce que Remus avait réussi à dire tandis qu'il fixait la créature qui s'était arrêtée au bas de la pente, à quelques mètres de lui.
Un loup-garou.
Il était en plein cauchemar.
Est-ce qu'il s'était évanoui longtemps ? Depuis combien de jours était-il là ? Était-ce déjà la pleine lune ? Pourquoi ne s'était-il pas transformé ?
Remus porta une main tremblante à son visage couvert de boue et constata qu'il avait encore des traits humains. Comment était-ce possible ?
Un hurlement rauque retentit et toute pensée cohérente le quitta.
La créature avançait vers lui.
Remus prit la fuite en contournant l'étang. Il manqua de glisser dans la vase mais se rattrapa de justesse à un arbre et dévala la pente en direction de la forêt interdite. Il avait du mal à voir où le portaient ses pas, pourtant il courait comme un dératé, en ligne droite. Une nouvelle chaleur l'envahissait et sa fatigue s'était envolée. Il était devenu une poupée de chiffon, animée et guidée par une peur délirante.
Un glapissement attira son attention et Remus se retourna brièvement pour voir la créature glisser dans la pente avant de lui-même trébucher contre une pierre. Il jeta ses bras vers l'avant pour amortir le choc et sa baguette ploya sous son poids dans un craquement sinistre. Le choc l'avait fissurée mais Remus ne prit pas le temps de l'inspecter. À quelques mètres de là, la bête gémissait au sol. Il fallait à tout prix qu'il l'empêche de se relever. Il fallait qu'il trouve un sort.
Un sort, putain, un sort !
Oh…
"Stupe…"
Remus avait fait volteface et pointé sa baguette sur la créature. Mais ce qu'il vit le laissa bouche bée.
La bête n'était plus qu'une masse informe couchée au sol. Ses membres s'allongeaient avant de raccourcir, se couvraient de pelage avant de redevenir glabres. Sa tête, elle, grossissait puis rapetissait dans un cycle sans fin.
Mon dieu mais qu'est-ce qu'il se passait ?
Affolé, Remus se redressa et recula de quelques pas, ne pouvant quitter la chose des yeux. Puis, entre deux transformations, il crut le reconnaître. Ce visage hideux, aux yeux luisants. Celui qu'il avait vu derrière sa fenêtre puis dans son lit, posé contre son ventre. Il y avait maintenant dix ans de cela.
Fenrir Greyback.
Les traits de la créature redevinrent canins et elle se redressa dans une plainte gutturale. Un liquide chaud vint s'écouler le long des cuisses de Remus et il murmura d'une voix étranglée :
"Laisse-moi tranquille…"
Il recula en sanglotant avant de lever sa baguette d'une main tremblante.
"Je t'en supplie. Laisse-moi tranquille…"
Le loup-garou marqua un arrêt, l'observant. Il sembla hésiter puis tendit l'un de ses bras, étrangement humain, dans sa direction. Remus le regarda faire avec horreur.
"Stupefix !"
Sa baguette rougit et chauffa entre ses doigts mais rien ne se produisit. Seule luisait la large fente que sa chute avait causée.
Merde.
Greyback continua à avancer lentement, chacun de ses pas emplissant Remus d'une terreur sans nom. Fuir maintenant était impossible. Il lui fallait d'abord faire diversion. Remus tenta de se remémorer tous les sorts qu'il avait pu apprendre, jetant dans la foulée les trois premiers qui lui revinrent en tête.
"Locomotor Wibbly ! Incarcerem ! Nebulus !"
Ses gestes brusques et sa baguette cassée firent échouer le premier sort et affaiblirent le deuxième, une simple cordelette enserrant les jambes de la bête. Mais le troisième fonctionna et un épais brouillard envahit les abords de la forêt. Remus en profita pour s'enfuir, laissant son assaillant se démener avec ses liens alors qu'il s'enfonçait entre les arbres.
Peut-être que s'il arrivait à fuir jusqu'au lever du jour il serait sauvé. Peut-être qu'on remarquerait sa disparition et qu'on finirait par lui envoyer de l'aide. Peut-être qu'au moins ses amis viendraient le chercher...
Il voulait juste quelqu'un à ses côtés. Pour ne pas mourir seul.
Une branche craqua et Remus se retourna pour voir la silhouette du monstre se dessiner dans la brume.
"Stupefix !"
Le sort manqua de faire exploser sa baguette et partit de travers, rebondissant contre les arbres avant de se perdre au fond de la forêt. La gueule du loup se tourna vers lui et il brandit un instant ce qui semblait être... une baguette ?
Qu'est-ce que c'était que ce bordel ?
Un sort passa à quelques centimètres de lui et Remus couina, se remettant à courir. Il ne comprenait plus rien. Son esprit fiévreux avait du mal à rassembler les informations. Alors il se contenta de fuir, zigzagant entre les troncs, lançant au passage tous les sorts qui lui passaient par la tête : Stupefix, Petrificus Totalus... Et bientôt Bombarda, directement suivi de Bombarda Maxima. Les sorts lancés à la pelle fusèrent dans toutes les directions, explosant tout sur leur passage. Sa baguette fêlée et sa terreur n'avaient pas fait bon ménage. Elles avaient engendré un monstre de feu, un incendie digne d'un sortilège du Feudeymon. Malgré la pluie, les flammes grossirent et bientôt, une fumée âcre remplaça le brouillard.
Remus toussa violemment alors qu'il tentait de fuir à la fois Greyback et l'incendie. Il lança un Periculum et des étincelles rouges jaillirent au-dessus de la cime des arbres, indiquant sa détresse et sa position , avant de reprendre sa course. Il ne pouvait plus s'arrêter maintenant. Sinon il allait être dévoré. Soit par les flammes, soit par cette silhouette menaçante qui s'acharnait à le suivre, qui hurlait entre les arbres maintenant rougeoyants alors qu'elle cherchait à l'atteindre.
Il ne voulait plus sentir aucune morsure sur son corps. Aucune chaleur sur sa cuisse tendre, meurtrie depuis ses cinq ans et qui le lançait maintenant alors qu'il se déplaçait comme il pouvait, passant par-dessus de vieilles souches alors qu'il tentait de traverser la forêt.
Une branche enflammée lui barra le passage et il poussa un cri, ses yeux écarquillés parcourant le brasier à la recherche d'un nouveau chemin. Il hurla de nouveau quand il vit l'ombre du loup au travers de la fumée. Il ne voulait pas mourir. Par pitié, pas si jeune, pas comme ça. Tendant sa baguette en direction du monstre, il prononça un sort. Le premier qui lui vint à l'esprit.
"Endoloris ! Endoloris ! Endoloris !"
Si les deux premiers touchèrent la bête, ce fut Remus qui s'effondra de douleur au troisième, sa baguette ayant retourné contre lui le sortilège. Une douleur insupportable s'empara de son corps et sa vision se troubla. Ses chevilles se tordirent, ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes jusqu'à les pénétrer. Les yeux révulsés, Remus sentit son cœur exploser dans sa poitrine.
Il crut mourir.
Il ne réussit à reprendre ses esprits que plus tard, le front brulant de fièvre et les yeux voilés. Hébété, il regarda les branches des arbres, ne sachant plus vraiment ce qu'il faisait ici. Il avait l'impression d'avoir fait un cauchemar terrible.
Des gémissements se firent entendre à quelques pas de lui. Remus tourna difficilement la tête avant de se figer à la vue de la bête roulée en boule contre le sol.
Non, ce n'était pas possible.
La peur fit se redresser trop vite le jeune Gryffondor, sa vision se brouillant un peu plus alors qu'il titubait en arrière, épuisé et confus.
Il était coincé dans un mauvais rêve. Une hallucination glaçante et sans fin.
Non. Ça n'allait jamais s'arrêter. Il devait...
Il devait...
"A... Ava... Avada…"
Il n'eut pas le temps de finir, trébuchant sur une racine avant de tomber en arrière pour atterrir dans un fossé, sa tête heurtant une grosse pierre.
Si seulement...
Si seulement quelqu'un...
"Aidez-moi…"
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Quand Remus reprit connaissance, quelqu'un le tenait dans ses bras. Il voyait toujours trouble mais il reconnut son odeur. Ce parfum musqué, à la fois puissant et réconfortant.
"Sirius…"
"Remus…"
La voix de son ami l'apaisa quelque peu et Remus posa sa main tremblante sur la sienne alors qu'il s'efforçait de parler, marmonnant parfois, n'ayant plus la force d'articuler.
"Sirius il faut qu'on parte d'ici... Il y a un monstre…"
"Remus…"
"Il y a un autre loup-garou... Comme moi…"
"Non, Remus…"
"Je crois que c'est Greyback... Il faut qu'on se sauve... Et il y a le feu…"
Les yeux de Remus, restés mi-clos, se refermèrent et il perdit de nouveau connaissance, n'entendant pas les dernières paroles de son ami qui commençait à sangloter.
"C'était moi, Remus. C'était moi…"
L'incident du cours de potion n'avait pas seulement traumatisé James, Sirius non plus n'en était pas ressorti indemne. Bien sûr, il avait fait profil bas durant le reste de la journée. Il s'était même forcé à faire quelques blagues sur le sujet, pour paraître le plus naturel possible. Mais, n'empêche, il se sentait coupable. Certes, il avait toujours détesté Servilus, mais pas au point de vouloir l'immoler ! C'était juste une blague stupide… Merde, et si Rogue était mort par sa faute ? Pire encore, et si les gens apprenaient qu'il était mort par sa faute ? Il ne voulait pas finir à Azkaban ! Enfin, son père l'aura sûrement tué avant…
Il avait vraiment déconné cette fois-ci…
Il ne fallait jamais que l'on apprenne ce qu'il avait fait.
Sirius entra dans la Grande Salle, cherchant du regard les Maraudeurs pour finalement apercevoir les cheveux ébouriffés de James. Le pauvre n'avait pas prononcé un mot de la journée. Sirius espérait que son entraînement de Quidditch lui avait remonté le moral.
"Hey, James !"
"Sirius."
Bon, vu l'air lugubre de James, le Quidditch n'avait pas eu l'effet escompté. Sirius jeta un coup d'œil à Peter qui lui offrit un sourire désolé, avant de poser de nouveau les yeux sur son meilleur ami, demandant simplement :
"Ça va ?"
"Ça va."
James ne lui avait même pas décroché un regard. Est-ce qu'il lui faisait la gueule ? D'accord, ce qu'il avait fait en cours de potion était idiot, mais quand même, James avait bien vu que c'était un accident… Est-ce que les autres le savaient, eux aussi ? Mince, est-ce que Remus savait ? Il allait le tuer s'il l'apprenait !
Il chercha instinctivement Remus du regard, mais ce dernier était absent.
"Il est où Remus ?"
Cette fois, James ne daigna même pas lui répondre. Ce fut Peter qui s'en chargea.
"Il est parti il y a cinq minutes. Il n'avait pas l'air bien du tout..."
Sirius fronça les sourcils. Ils avaient laissé partir Remus tout seul ? À une semaine de la pleine lune ? Mais ils étaient complètement débiles ! Ils savaient très bien que Remus était fragile durant cette période ! Il pouvait faire un malaise, tomber, se faire mal !
Sirius jeta un regard désapprobateur à Peter avant de tourner les talons et de sortir de la Grande Salle. De toute façon, vu l'ambiance de mort qui régnait à la table des Maraudeurs, mieux valait partir en quête de Remus. En espérant que ce dernier ne s'était pas déjà effondré quelque part dans le château. Non, vraiment, c'était pas une bonne idée de le laisser seul… Depuis un an, son cas avait empiré. Il avait manqué de s'éclater la tempe contre une table en faisant un malaise lors des derniers partiels et il était plusieurs fois tombé dans les pommes à cause de la chaleur durant l'été. Sirius le voyait encore dans ses bras, pâle comme la mort alors qu'il se dépêchait de l'amener dans le manoir des Potter, appelant désespérément les parents de James. La peur qu'il avait ressentie...
Remus... Son Remus.
Il n'y avait pas que le comportement de Remus qui avait changé. Le sien aussi. Il ne s'en était pas rendu compte au début. Ça avait été une transformation lente, invisible à l'œil nu mais qui avait fini par lui péter à la gueule durant les vacances.
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"Certes, James lui avait reproché d'être trop "mère poule" avec Remus. Mais c'était normal, non ? De s'inquiéter pour ses amis malades ? Tout comme c'était normal de les trouver beaux... Il fallait quand même avouer que Remus revenait de loin niveau physique ! À leur première rencontre, il ressemblait à un oisillon malade : maigre et mal coiffé, avec un teint blafard. Mais, au cours des années, Remus s'était embelli et ça, il l'avait bien remarqué. C'était pas un crime en soi ! D'ailleurs, il trouvait aussi James charmant ! Quitte à traîner avec des gens, autant être content qu'ils soient agréables à regarder, non ? D'ailleurs, si Peter était beau lui aussi, il n'en serait que plus heureux, plutôt que de devoir supporter sa face de rat…"
Voilà. C'était ce qu'il s'était dit au début des vacances, pour se rassurer. Pas très glorieux mais bon... Il avait juste tenté de se voiler la face. De se protéger comme il pouvait. Puis, au cours de l'été, il avait réalisé qu'il s'était juste menti à lui-même. Un bon gros bobard qui avait fini par lui éclater en plein visage.
Il se souvenait parfaitement de ce moment.
Comme chaque fois durant les grandes vacances, ils s'étaient tous retrouvés chez James. La chaleur de l'été les avait guidés jusqu'à la rivière qui bordait le manoir des Potter. Remus s'était déshabillé avant de rentrer dans l'eau et les yeux de Sirius avaient glissé le long de son dos pour détailler la chute de ses reins. Puis ils s'étaient baignés et Sirius avait fini par porter Remus dans ses bras pour tenter de le jeter dans l'eau après que ce dernier l'ait éclaboussé.
Il avait tenté.
Mais il n'avait pas pu.
Il s'était figé quand il avait vu le visage rayonnant de Remus à quelques centimètres du sien, ses cheveux blondis par la lumière... Son rire, les petites fossettes qui s'étaient formées sur ses joues, la façon dont son nez pointu s'était froncé, celle dont ses yeux s'étaient fermés alors qu'il se laissait porter, s'abandonnait dans ses bras...Tout ces petits détails qui lui avaient fait réaliser ses sentiments. Qui avaient causé dans son bas ventre une vive chaleur et qui lui avaient fait prononcer sans le vouloir deux mots. Deux mots qui l'avaient par la suite accompagné durant tout son séjour avec l'autre Maraudeur.
"Oh merde."
C'était pas une blague. Il pouvait réellement résumer chaque instant passé avec Remus seulement avec ces deux mots.
Remus sortant de l'eau et plaquant ses cheveux en arrière alors que de fines gouttes perlaient sur son torse imberbe : "Oh merde."
Remus qui lui proposait de partager une glace : "Oh merde."
Remus qui dormait avec lui sur le matelas au pied du lit de James : "Oh merde."
"Oh merde."
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Depuis ce jour son cœur était en vrac.
Il n'avait rien tenté bien sûr. Remus n'était pas gay, Sirius le savait. Alors, à défaut de pouvoir sortir avec l'autre Gryffondor, il se contentait d'être un ami exemplaire, même s'il était parfois difficile de se contenir.
Il espérait juste que ça finirait par passer avec le temps.
"Monsieur Black. Vous cherchez quelqu'un ?"
Sirius sursauta, soudainement tiré de ses pensées par Madame Pomfresh. Pendant qu'il gambergeait, ses pas l'avaient naturellement conduit à l'infirmerie, l'endroit le plus susceptible d'être fréquenté par Remus en cette période du mois.
"Heu, oui, je cherche Remus. Est-ce qu'il est là ?"
"Non, Monsieur Lupin n'est pas ici. Ça fait quelques jours qu'il ne m'a pas rendu visite d'ailleurs. Est-ce qu'il va bien ?", demanda Madame Pomfresh, une pointe d'inquiétude dans la voix.
"Je ne sais pas. Il est sorti de table tout à l'heure et Peter m'a dit qu'il avait l'air malade. Je pensais qu'il serait venu vous voir."
"Non. Je suis désolée mais il n'est pas venu. Si vous le trouvez et qu'il ne se sent pas bien, amenez-le-moi, d'accord ? Mieux vaut ne pas le laisser sans soin en ce moment. Nous ne sommes qu'à une semaine de... Enfin, vous savez bien..."
Sirius hocha précipitamment la tête pour lui signifier qu'il voyait très bien de quoi elle parlait alors que l'infirmière vérifiait que personne ne se trouvait à portée de voix.
"Oui, je sais bien, Madame Pomfresh. Je vais tenter de le retrouver et de vous l'amener."
Sirius sourit à l'infirmière avant de faire demi-tour. Mince. Où Remus avait-il bien pu aller ? D'habitude il allait directement à l'infirmerie quand il se sentait mal. Ce n'était pas normal.
Sirius eut un mauvais pressentiment mais tenta de se reprendre. James avait raison, il se faisait beaucoup trop de souci pour Remus. À tous les coups, il était juste parti se coucher. En ce moment il dormait beaucoup.
Mais cela n'empêchait pas Sirius de s'inquiéter. Il alla quand même vérifier, montant les sept étages qui le séparaient des dortoirs des Gryffondors pour trouver leur chambre vide. Un frisson lui parcourut l'échine. Ce n'était vraiment pas normal de la part de Remus. Il n'était pas du genre à s'en aller sans prévenir. Remarque, il était peut-être parti aux toilettes à cause de ses nausées...
L'inspection des toilettes des Gryffondors fut le début d'un très long périple à travers tout le château. Après les avoir vérifiés, Sirius inspecta les douches, puis de nouveau le dortoir, puis les toilettes de tous les étages. Il fit ensuite le tour de la bibliothèque puis de toutes les salles d'étude, se rendit à nouveau au dortoir puis à l'infirmerie au cas où Remus s'y serait présenté entre-temps.
Mais il n'était pas là.
Désemparé, Sirius retourna à la Grande Salle, à la recherche de James et Peter mais eux aussi étaient introuvables. Mince, mais qu'est-ce qu'il se passait ? Quelque chose ne tournait vraiment pas rond.
Angoissé, il commença à arpenter les couloirs du rez-de-chaussée à la recherche de son ami. Il finit même par crier son nom en faisant le tour de la grande cour malgré la pluie.
Mais personne ne lui répondit.
Remus semblait s'être volatilisé.
"Tu cherches Remus ?"
Sirius se retourna d'un bond. Une Serdaigle le fixait, un grand sourire plaqué sur son visage triangulaire. Elle avait des cheveux d'un brun tirant sur le roux, coupés au carré et de longs yeux en amande. Sirius eut l'impression de l'avoir déjà vu, sans pour autant réussir à se souvenir d'elle.
C'était qui, elle ? D'où elle connaissait son Remus ?
La jeune fille remarqua sa mine agacée et rit, d'un rire que Sirius trouva extrêmement désagréable, avant de reprendre :
"Il me semble l'avoir vu dehors. Il y a deux heures de ça.
"Où est-ce que tu l'as vu ?"
"Vers le terrain de Quidditch. J'allais à l'entraînement avec mon équipe."
Ah oui, ça lui revenait maintenant. Elle était poursuiveuse dans l'équipe de quidditch de Serdaigle.
"Mais quand je suis rentrée au château je ne l'ai pas croisé. Il a dû partir à cause de la pluie."
Sirius resta interdit. Remus était dehors ? Tout seul ? Ça ne lui ressemblait pas. Il remercia à peine la Serdaigle d'un mouvement de tête avant de se diriger vers le parc.
La voix de la jeune fille se fit de nouveau entendre.
"J'espère que tu vas le retrouver... C'est dangereux de le laisser seul en ce moment."
Le sang de Sirius se glaça et il se retourna brusquement vers elle. Qu'est-ce qu'elle venait de dire ? Elle savait pour le secret de Remus ? Bordel mais c'était qui ?
La Serdaigle rit une nouvelle fois, visiblement amusée par la situation.
"Je parle de l'orage, hein. S'il n'est pas rentré et qu'il est resté tout seul dehors, il risque de prendre froid. Lui qui est si souvent malade."
Et, sans lui laisser le temps de répondre, elle disparut derrière l'angle du mur. Sirius resta un instant à fixer le couloir désormais vide, confus. Est-ce qu'elle venait de se moquer de lui ? Bordel. Cette fois-ci il en était sûr, il se passait quelque chose de grave. Son instinct ne le trompait pas. Ni au sujet de cette fille. Ni au sujet de Remus.
Il s'apprêtait à la suivre lorsque le tonnerre résonna au loin, lui faisant finalement faire demi-tour. Il s'occuperait d'elle plus tard. Pour l'instant il devait trouver Remus.
Il atteignit rapidement la sortie du château, réajustant sa cape sur ses épaules alors qu'il fixait le parc. Comment est-ce qu'il allait faire pour retrouver Remus avec cet orage ?
Cet orage...Oh bordel, c'était l'orage ! C'était l'orage ! Celui qu'ils attendaient depuis plus d'un mois avec Peter et James ! La cinquième étape ! L'orage qui leur permettrait de devenir des animagi !
Un mois et demi plus tôt, ils avaient complété les quatre premières étapes. Ils avaient gardé pendant un mois dans leur bouche cette saleté de feuille de mandragore avant de la mettre dans une fiole qu'ils avaient ensuite cachée dans la forêt. Puis ils s'étaient bornés à répéter l'incantation "Amato Animo Animato Animagus" comme indiqué au lever et au coucher du soleil jusqu'à sentir un deuxième battement de cœur en pointant leur baguette sur leur poitrine. Et là c'était enfin la cinquième étape : "Dès l'apparition du premier éclair dans le ciel, rendez-vous sur-le-champ à l'endroit où vous avez caché votre fiole de cristal. Si vous avez respecté scrupuleusement les étapes ci-dessus, vous y trouverez une potion rouge sang."
Ils allaient devenir des animagi !
Un violent éclair interrompit son moment de joie et Sirius marqua un arrêt, fixant le ciel depuis le château. Est-ce qu'il devait prévenir les autres ? Et Remus ? Est-ce qu'il ne fallait pas aller le chercher d'abord ? Non… Les instructions précisaient bien qu'il fallait s'y rendre dès le premier éclair. Donc il n'y avait plus de temps à perdre. James et Peter avaient eux aussi dû remarquer l'orage et étaient sûrement déjà partis chercher leurs fioles. Et pour Remus, il le retrouverait peut-être plus facilement sous sa forme animale.
Ils étaient tombés, en parallèle des instructions, sur une deuxième source parlant des animagi qui leur avait permis de savoir à peu près à quoi ils ressembleraient une fois transformés. Ainsi, Sirius savait qu'il serait un canidé. Quelle espèce exactement, il l'ignorait, mais en tout cas il pourrait se déplacer plus rapidement à quatre pattes, voire même carrément pister Remus avec son flair !
Okay, d'abord il allait prendre la potion, puis se transformer en super animal de la mort qui tue pour partir à la recherche de Remus, le retrouver, passer pour un héros, lui rouler une pelle et… Bon d'accord il n'allait peut-être pas lui rouler une pelle. Mais tout le reste de son plan lui semblait parfaitement cohérent.
Ne perdant plus de temps, Sirius se mit en route, courant comme un dératé pour aller chercher sa fiole. Le lieu devant être préservé de toute présence humaine, il avait choisi de la cacher dans la forêt interdite. Sur le coup, il n'avait pas trouvé ça trop risqué. Il s'y était rendu par une nuit de pleine lune extrêmement claire, avec James et Peter qui l'attendaient non loin. L'emplacement qu'il avait choisi, un arbre creux situé dans une clairière, lui avait paru sûr. Voire même charmant. Il se souvenait avoir admiré les jeux de lumières créés par les branchages. Mais maintenant qu'il faisait nuit noire et qu'il se savait seul, tout lui semblait beaucoup plus lugubre. Et il commençait à se dire qu'il avait fait une erreur en choisissant cet endroit.
Sirius entendit un bruit et il s'immobilisa, fronçant les sourcils. Il tenta d'apercevoir quelque chose entre les arbres mais la forêt semblait vide de toutes créatures, à part quelques petites araignées qui se baladaient çà et là.
S'éclairant à l'aide d'un Lumos , Sirius pressa le pas, enjambant quelques souches couvertes de toiles pour s'enfoncer dans les bois. Il marcha jusqu'à atteindre un arbre couché dont le tronc était percé d'un large trou. La lumière de sa baguette se refléta sur la surface polie du flacon qu'il y avait laissé.
Super. Il était toujours là.
La chrysalide du Sphinx tête-de-mort qu'il avait ajoutée lors de la deuxième étape était là aussi. Mais le papillon n'était pas sorti. Merde. C'était normal ça ? Rien dans la marche à suivre n'indiquait si le papillon devait éclore ou non.
Sirius souleva la fiole, la portant devant son nez pour l'observer. La potion était d'un rouge très sombre. Il avait du mal à déterminer si elle était bien d'un rouge sang. Mais bon... Il lui semblait avoir parfaitement respecté toutes les étapes. Il n'y avait pas de raison que ça foire.
Il hésita un instant avant de regarder autour de lui. Il aurait préféré boire la potion au château mais les instructions disaient qu'il fallait la boire le plus vite possible. Il lança quand même deux sortilèges de protection, par acquis de conscience. Puis il ôta le bouchon avant de pointer sa baguette contre son cœur.
"Amato Animo Animato Animagus."
Et il but la fiole d'un seul trait.
L'effet fut pratiquement immédiat. Une douleur atroce envahit tout son corps et il lâcha sa baguette avant de tomber au sol en gémissant. Sa tête semblait sur le point d'exploser, la souffrance l'empêchant de réfléchir correctement, aspirant toutes ses pensées pour ne laisser apparaître que l'image d'un grand chien noir. Sirius porta une main à ses tempes et ses doigts se perdirent dans une fourrure épaisse alors qu'il sentait son nez et sa bouche se déformer. Est-ce que c'était censé faire aussi mal ? La première transformation était une torture, il le savait. Mais jamais il n'avait pensé souffrir autant.
Non... Il ne devait pas s'inquiéter... Ça allait bien se passer... La douleur allait s'estomper…
Sauf qu'elle ne s'estompait pas. Et, après ce qui lui avait semblé être une éternité, Sirius ne s'était toujours pas entièrement transformé. Seule sa tête s'était métamorphosée. Malgré le peu d'instructions auxquelles il avait eu accès, il était persuadé que ce n'était pas normal.
Il finit par récupérer sa baguette avant de péniblement se redresser. Il n'y avait pas que la douleur qui le gênait. Sa perception du monde venait de changer et des centaines de nouveaux stimuli l'assaillaient de toute part. Tout avait une odeur. Un parfum si puissant qu'il en devenait écœurant. Il avait l'impression que quelqu'un lui enfouissait la gueule dans la terre humide de la forêt. Il sentait la sève des arbres avec une telle violence qu'il avait l'impression qu'elle coulait directement dans son nez. Et puis il y avait cette senteur, forte et musquée qui lui donnait la nausée. Qu'est-ce que c'était ?
Il renifla son bras avant de grimacer. C'était lui.
Sirius grogna, tentant de retenir sa respiration alors qu'il portait ses mains à ses oreilles, elles aussi bien trop sensibles. Des insectes au sol jusqu'au vent dans les arbres, tous les sons de la nature s'étaient alliés pour résonner dans son crâne comme des timbales.
Une violente migraine le fit vaciller et il dût se retenir contre un arbre, manquant de le rater à cause de sa nouvelle perception des distances. Son champ de vision s'était étendu mais avait perdu en profondeur et en netteté. La forêt n'était plus qu'une succession de niveaux de gris et tout semblait flou. Il arrivait plus facilement à distinguer les arbres et les roches qui l'entouraient mais leurs détails semblaient avoir été gommés.
Sirius observa le reste de son corps, toujours humain. Le papillon aurait peut-être dû éclore... La potion aurait peut-être dû être moins sombre… En tout cas c'était sûr, sa transformation avait bel et bien foiré.
Il tenta de se concentrer et de visualiser sa forme humaine pour annuler sa transformation mais rien ne se passa.
La situation devenait vraiment angoissante.
Dans le chaos sensoriel qui l'entourait, un bruit plus prononcé que les autres attira son attention. Une sorte de cliquetis, qui provenait de la gauche, derrière les arbres. Sirius tourna la tête, finissant par s'éclairer à l'aide de sa baguette avant de retenir sa respiration, bloquant le trop plein d'odeurs pour tenter de se concentrer sur sa vue et son ouïe. Il avait l'impression que quelque chose marchait. Quelque chose d'énorme...
Sirius plissa les yeux avant de soudainement se figer. Une araignée presque aussi grosse que lui se déplaçait entre les arbres, à seulement quelques mètres de là. Suivie d'une autre... Et d'une autre…
C'était quoi ce bordel ?
Un bruit sourd retentit et Sirius sursauta. Une autre tarentule était arrivée par derrière et avait tenté de se jeter sur lui. Seuls les sortilèges qu'il avait lancés l'en avaient empêché. Ils formaient maintenant un champ de force autour de lui.
Sirius poussa un cri de panique et tendit sa baguette vers la créature pour lui jeter un sort. Mais rien ne sortit de sa bouche à part un aboiement. Merde. Il ne pouvait pas parler. Et les sorts informulés n'étaient bien sûr enseignés qu'à partir de la sixième année.
L'araignée fit cliqueter ses mandibules et les oreilles de Sirius manquèrent d'exploser. Il les percevait maintenant, ces cliquetis, ces centaines de cliquetis qui semblaient provenir de toute part pour se rapprocher de lui.
Paniqué, le Gryffondor hésita un instant sur la marche à suivre. Est-ce qu'il devait rester ici, en sécurité derrière sa bulle de protection, ou s'enfuir ?
Une tarentule résolut le dilemme en frappant une nouvelle fois contre la barrière, la fissurant.
...En même temps, il avait toujours été naze en sorts de défense.
L'arrivée de deux autres araignées lui donna un coup de fouet et Sirius prit ses jambes à son cou, franchissant lui-même la barrière qu'il avait créée pour s'échapper. Sa course l'obligeait à prendre de grandes respirations et les odeurs fortes de la pluie, de la mousse et du bois pourri emplirent ses poumons jusqu'à lui donner envie de vomir. Il manqua plusieurs fois de trébucher, sa vision animale l'empêchant de voir correctement alors qu'il lui était impossible de savoir où se trouvaient les monstres qui le poursuivaient, les bruits de ses propres pas l'assourdissant.
C'était un véritable enfer.
Il sauta par-dessus une souche d'arbre avant de foncer au travers des ronces, ignorant les épines qui lacéraient son uniforme. Avec un peu de chance, elles ralentiraient les monstres. La végétation commençait à se faire plus éparse, signe qu'il approchait de la lisière, et bientôt Sirius crut apercevoir au loin la pelouse rase du parc, en contrebas d'une vaste pente.
Il eut à peine le temps de se réjouir que quelque chose tomba de l'arbre qu'il venait de dépasser, emportant dans sa chute une partie des branchages pour s'écraser avec force sur le sol. Le cœur de Sirius rata un battement. Oh bordel, c'était quoi ça ? La forêt lui tombait sur la tête maintenant ? Par pitié, faites que ce ne soit pas ce à quoi il pensait...
Un bref coup d'œil en arrière confirma malheureusement ses soupçons. Une araignée, bien plus grosse encore que celles qui l'avaient précédemment attaqué, avait tenté de lui sauter dessus. Derrière elle, d'autres formes gigantesques se mouvaient dans les ténèbres.
Merde. Même s'il arrivait à sortir de la forêt, qu'est-ce qu'il allait faire après ? Jamais il ne pourrait les semer.
Pire encore, il sentait son souffle faiblir.
Il tenta d'accélérer son rythme mais c'était peine perdue. Il avait commencé à descendre en direction de la bordure du bois mais, même entraînées par la pente, ses jambes peinaient à maintenir le rythme. Il était à bout de force.
Le sifflement strident que poussa l'araignée, à défaut de répondre à ses questions, lui procura une nouvelle montée d'adrénaline. La respiration complètement chaotique, Sirius continua sa ruée vers la pelouse. Peu importe ce qu'il se passait après. Il était hors de question qu'il crève dans cette putain de forêt.
Juste quelques mètres. Il fallait qu'il court juste quelque mè-
Le poids de l'araignée qui venait de se jeter dans son dos lui coupa le souffle. Ses pattes enserrèrent son corps comme un étau et ils roulèrent au sol, emportés par la descente qui menait à la lisière de la forêt. Sirius tenta de se recroqueviller sur lui-même, essayant d'échapper à l'emprise de l'animal alors que les pierres et les branchages lui raclaient le corps. Il sentit les mandibules du monstre fouiller son pelage à la recherche de son cou et attrapa dans un acte désespéré, l'extrémité d'une de ses pattes entre ses crocs, mordant le plus fort possible.
Il y eut ensuite un flash et la bête desserra son emprise, laissant Sirius rouler sur la pelouse du parc jusqu'à être stoppé par une flaque de boue. Allongé dans l'herbe, il ouvrit les yeux avec difficulté. Autour de lui le paysage tournait jusqu'à lui donner la nausée, nausée qui fut accentuée par la sensation d'une chose poilue et froide à l'intérieur de sa gueule. Il avait emporté avec lui la patte de son assaillant.
Sirius réussit à rouler sur le côté pour recracher l'immondice. Déboussolé, il leva la tête et son regard fut attiré par une vive lueur. Une grande barrière lumineuse encerclait la forêt. Derrière elle, les araignées s'étaient amassées et tentaient en vain de la franchir, chacun de leurs coups se retournant contre elles, les faisant siffler de colère.
Il était sauvé.
Sirius resta silencieux devant le spectacle, regardant les araignées s'échiner contre la barrière avant de finalement abandonner pour retourner dans la forêt. Il aurait aimé rire mais il n'en avait plus la force. Son corps tout entier le faisait souffrir. Fermant les yeux, il pencha la tête en arrière, tentant comme il pouvait de mettre de l'ordre dans son esprit, de faire le tri dans toutes ces sensations.
Merde... Il avait failli y rester. Cette forêt était définitivement dangereuse… Bordel, mais qu'est-ce qu'il était con. Bien sûr que cette forêt était dangereuse ! Elle s'appelait "La forêt interdite" ! Il s'attendait à quoi ? Jamais il n'aurait dû s'y rendre… En tout cas, c'était sûr qu'il n'y mettrait plus jamais les pieds.
Il se demandait quand même si Dumbledore était au courant qu'il y avait des araignées géantes qui rôdaient dans la forêt.
Un violent coup de tonnerre lui fit lever les yeux vers le ciel. L'orage gagnait en intensité. Mieux valait rentrer au château, surtout que sa santé l'inquiétait. Il semblait être coincé dans sa forme d'animagus... Est-ce qu'il allait rester comme ça ? Est-ce qu'il allait devoir passer le reste de sa vie déguisé en Anubis ?
Il tenta une nouvelle fois de reprendre forme humaine mais la fatigue l'empêcha de se concentrer. Soupirant, il finit par se rendre à l'évidence. Tout avait foiré et il avait besoin d'aide. Il devait se rendre à l'infirmerie. Voir Pomfresh et McGonagall. Il n'avait plus le choix.
Il finit par se redresser, épuisé. Son regard se posa sur le stade de Quidditch.
Remus...
C'était là qu'il avait été vu pour la dernière fois. Il avait dû quitter les lieux depuis. Se mettre en sécurité quelque part. En tout cas, il l'espérait.
Sirius commença à marcher d'un pas incertain vers le château. Il avait beau tenter de se raisonner, à chaque pas il se retournait pour regarder tout autour de lui dans l'espoir d'apercevoir l'autre garçon. Comme s'il allait soudainement apparaître. Il essaya même de mettre son flair à contribution en fermant les yeux pour se focaliser sur son odorat. Il faisait tous les efforts du monde pour se souvenir avec exactitude de l'odeur de Remus et la comparer avec toutes celles qu'il arrivait à sentir. Mais cela ne donnait rien. Si Remus était bel et bien passé par là, sa piste s'était évanouie avec l'arrivée de la pluie, remplacée par des senteurs de terre et d'herbe humide.
Sirius ouvrit de nouveau les yeux, dépité. Si sa vilaine tête de chien avait été capable de produire des larmes, il aurait chialé. Comment est-ce qu'il avait pu croire que le retrouver serait si facile ? Peut-être que Remus n'avait même pas disparu. Peut-être qu'il était en train de lire au chaud quelque part dans le château. Peut-être qu'ils n'avaient pas arrêté de se croiser, de se louper, alors qu'il le cherchait...
Bordel. À tous les coups il s'était juste imaginé une putain d'histoire, avec ses pressentiments à la con. James avait raison. Quand il s'agissait de Remus, il perdait complètement la boule ! Tout ce qu'il avait fait jusque-là était d'une inconscience et d'une immaturité ridicule ! Il était vraiment le roi des co-
L'apparition d'une faible lumière interrompit ses lamentations. À une dizaine de mètres de là, en haut d'une butte, quelqu'un se servait de sa baguette pour s'éclairer. Sirius crut que son cœur allait sortir de sa poitrine. Est-ce que c'était Remus ? Est-ce qu'il avait au final bien fait de laisser libre cours à sa paranoïa ? Même si ce n'était pas Remus, la personne devait sûrement avoir besoin d'aide pour être là, toute seule, en plein orage. Peut-être que c'était James ou Peter ! Peut-être que leurs transformations s'étaient aussi mal passées !
Sans plus réfléchir il se précipita vers la butte. Quelques mètres plus haut, le mystérieux inconnu lui tournait le dos. Il avait l'air d'être mal en point, prêt à s'effondrer au prochain coup de vent.
Sirius allait lui signaler sa présence quand ce dernier se retourna et lui fit face, sa baguette brandie devant lui révélant finalement son visage. Malgré la boue et la terreur qui déformaient ses traits, il était reconnaissable entre mille.
Remus était là, en face de lui.
Durant une brève seconde, Sirius eut l'impression que tout avait retrouvé sa place.
"Remus !"
Il avait voulu crier son nom mais rien n'était sorti de sa gorge à part un hurlement. Sirius n'y fit cependant pas attention, complètement focalisé sur son ami qui tremblait comme une feuille à quelques mètres de lui. Qu'est-ce qu'il foutait là ? Pourquoi est-ce qu'il était dans cet état ? Qu'est- ce qu'il lui était arrivé ? Est-ce qu'il s'était fait agresser ? Oh Merlin, Remus ! Son Remus !
Sirius grimpa la pente pour se rapprocher de lui. Pourquoi est-ce que Remus avait l'air d'avoir si peur ? Sirius ne l'avait jamais vu comme ça... Pourquoi est-ce qu'il prenait ses jambes à son cou… Merde !
"REMUS !"
Nouveau cri, nouvel aboiement. La réalité frappa Sirius de plein fouet. C'était de lui que Remus avait peur. Il s'était ramené devant lui en plein orage avec une saloperie de tête de chien ! Comment est-ce qu'il pouvait lui faire comprendre que c'était lui ? Qu'il ne courait aucun danger ? Remus avait l'air tellement mal en point. Il n'avait pas envie de l'achever… Peut-être valait-il mieux le laisser partir... Le laisser le semer pour qu'il rentre seul au château...
Hésitant, Sirius ralentit un instant l'allure, s'arrêtant en haut de la butte pour observer la trajectoire de son ami. Ce dernier avait descendu la pente avant de courir en ligne droite... en direction de la forêt interdite.
"PUTAIN, REMUS ! VIENS ICI !"
Sirius s'élança à sa poursuite, dévalant la pente à toute vitesse avant de trébucher sur une racine et de glisser jusqu'au bas de la pente. La chute lui arracha un gémissement mais il oublia bien vite la douleur en voyant que Remus aussi était tombé au sol. Le pauvre avait dû se faire mal... Mince… Il devait absolument se rendre reconnaissable. Pour arrêter de l'effrayer... Il avait l'air tellement effrayé... Il devait retrouver forme humaine... Retrouver forme humaine... Il fallait qu'il respire. Oui, c'est ça, qu'il respire. Qu'il fasse le vide dans son esprit.
Sirius ferma les yeux, tentant de se concentrer, d'imaginer sa forme humaine. Il sentit de nouveau une douleur, semblable à celle qui l'avait envahi après avoir bu la fiole, se répandre dans son corps, venir agiter ses muscles. Ça faisait mal… Tellement mal...
Mais ça marchait. Il sentait sa gueule rapetisser, son pelage diminuer de volume, se transformer en chair... Oui, ça marchait... Oh…
Oh non, ça ne marchait pas du tout.
Sirius eut l'impression d'imploser. Ses mains lui brûlèrent atrocement et il les porta au plus près de son visage pour voir des griffes continuellement entrer et sortir de ses doigts. Ses phalanges se couvraient de fourrure avant de se dégarnir. Tout se répétait à l'infini. Il avait l'impression d'être entré dans une sorte de boucle. Merde. Est-ce qu'il allait mourir ? Est-ce qu'on pouvait mourir de ça ?
Il leva les yeux vers Remus qui semblait terrifié par la situation. Si seulement il pouvait lui dire que tout allait bien se passer... Qu'il allait prendre soin de lui... Comment est-ce qu'il pouvait faire pour qu'il le reconnaisse ?
Gémissant, il porta de nouveau le regard sur ses mains avant d'être attiré par l'éclat de sa bague. Sa bague... Elle était le souvenir d'un ancêtre lointain, un des rares Black à ne pas avoir été un parfait enfoiré. Il la portait depuis toujours. Remus la connaissait.
Peut-être que s'il lui montrait, il la reconnaîtrait...
Il poussa un cri alors qu'il renonçait finalement à retrouver sa forme initiale, la douleur l'envahissant une dernière fois avant de diminuer pour retourner à un niveau tolérable. Sa tête redevenue canine, il se redressa comme il put. Une odeur d'urine parvint jusqu'à sa truffe. Merde. Remus s'était pissé dessus à cause de lui ?
Remus...
"Laisse-moi tranquille..."
Le cœur de Sirius se fendit. Remus semblait souffrir le martyr.
"Laisse-moi tranquille..."
Si seulement il pouvait le laisser tranquille. Le laisser partir. Mais s'il le laissait s'en aller, Remus irait sûrement se réfugier dans la forêt.
Sirius tendit désespérément son bras en direction de Remus pour lui montrer sa bague mais ce dernier n'y fit pas attention, trop occupé à lui jeter des sorts.
"Stupefix !"
Le sortilège de Remus n'eut aucun effet et Sirius se sentit désolé pour lui.
"Locomotor Wibbly ! Incarcerem ! Nebulus !"
Rectification, il n'était pas désolé lui. Remus semblait avoir repris du poil de la bête, ce qui lui compliquait la tâche. Heureusement que sa baguette faisait tout foirer, sinon il l'aurait immobilisé pour de bon.
Sirius n'eut aucun mal à se défaire de la fine corde qui s'était enroulée autour de ses jambes. À sa grande surprise, le brouillard non plus ne fut pas un obstacle. Il entendait les branches craquer sous les pas de Remus et le bruit fort de sa respiration. Mieux encore, il pouvait le sentir.
Est-ce que c'était parce qu'il avait renoncé à se transformer que ses sens s'étaient disciplinés ? Il lui semblait qu'une fois qu'il avait accepté son nouveau corps, celui-ci s'était apaisé.
Remus s'était aveuglé lui-même, cela lui donnait l'avantage. S'il réussissait à le retrouver puis à l'immobiliser, il pourrait peut-être lui coller la bague sous le nez et Remus comprendrait qu'il n'était pas un danger.
De toute façon, il n'avait plus le choix. Ils étaient dans la forêt interdite maintenant.
Il n'y avait pas moyen qu'il laisse Remus tout seul dans cet endroit.
Sirius sortit sa baguette. Avec un peu de chance, dans l'action, son instinct de sorcier prendrait le dessus et il réussirait à lancer quelques sortilèges sans avoir besoin de les formuler.
"Stupefix !"
Remus l'avait raté de peu. Brandissant sa baguette, Sirius tenta de lancer un Petrificus totalus . Le sort partit en trombe mais rata l'autre Gryffondor qui se mit à détaler comme un lapin à travers les arbres. Évidemment. Déjà qu'il ne savait même pas si ses sorts allaient marcher, il fallait en plus qu'il vise comme une brêle.
Pour ne rien arranger, le brouillard s'intensifia jusqu'à devenir d'un blanc opaque. Sirius dut s'arrêter de courir. Ils se rapprochaient du centre de la forêt et les arbres devenaient bien trop nombreux, l'obligeant à avancer à tâtons. Des traits de couleurs fusaient çà et là, le frôlant parfois. Des sorts que Remus semblait lancer à la chaîne.
Une explosion retentit et le poil de Sirius se hérissa. Utilisant son flair et son ouïe, il tenta de retrouver son camarade, avançant en tendant les bras pour se prévenir des obstacles. Puis une vive lumière lui permit d'à nouveau distinguer son environnement. Un arbre en feu. Non, pas qu'un arbre...
Une partie de la forêt était en train de brûler.
"Bombarda Maxima !"
Remus venait de hurler à quelques mètres de là et Sirius vit sa silhouette se découper entre les arbres, éclairée par un flash blanc. Puis tout devint grisâtre et il n'y eut plus que l'odeur du feu.
Remus avait perdu le contrôle. N'obéissant qu'à sa propre terreur, il avait enflammé la partie la plus profonde du bois, composée d'arbres secs aux branchages entremêlés qui firent se propager les flammes à vitesse hallucinante.
Ils allaient crever s'ils restaient ici plus longtemps.
Malgré les flammes qui l'asphyxiaient, Sirius se remit à courir pour suivre Remus à la trace, guettant l'instant fatidique où il pourrait se jeter sur lui.
Il crut trouver le moment opportun quand une branche enflammée barra le passage de Remus, lui faisant baisser son arme alors qu'il cherchait d'un air affolé un autre chemin. C'était sa chance. Dans un mouvement vif, Sirius se jeta devant Remus et profita de l'effet de surprise pour chercher à enjamber les flammes. Mais Remus fut plus rapide. Sirius le vit dégainer sa baguette alors qu'il hurlait des mots terribles. Des mots interdits.
"Endoloris ! Endoloris ! Endoloris !"
Il eut la sensation d'être poignardé puis projeté en arrière, comme si une lance l'avait empalé puis emporté avec elle pour finir sa trajectoire. Il ne sentit même pas le sol sous son dos alors qu'il s'écrasait par terre. Plus aucun stimuli extérieur n'arrivait jusqu'à lui. Durant quelques secondes, il ne sentit rien. Rien à part ce trou qui s'était creusé dans sa poitrine.
Puis vint la vraie douleur.
Des centaines de flèches venaient de se planter dans son corps. Il en était certain. Il sentait chacun de ses organes se percer, chacune de ses veines s'ouvrir. Les pointes l'éprouvaient, lui entaillaient les côtes, des petits éclats d'os se glissant partout dans sa chair.
Sirius voulut crier mais rien ne sortit de sa gorge. Aucun soulagement ne lui fut permis et il dut rester là, immobile, à souffrir en silence, suppliant intérieurement pour qu'on ne le vise ne serait-ce qu'une fois de plus, pour abréger ses souffrances.
Mais personne ne vint à son secours et il resta coincé au fond de son propre corps, à prier pour qu'on lui donne la mort.
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Ce fut une sensation de brûlure qui le ramena à la réalité. Sirius ouvrit lentement les yeux, grognant à cause de la sueur qui avait coulé sous ses paupières. Il resta allongé, le regard perdu dans le vide, avant qu'une odeur de brûlé n'attire son attention. Sa cape était en train de prendre feu. Mince...
Malgré l'urgence, il mit du temps à réagir, toujours sonné, finissant par lentement se relever pour ôter sa cape et la laisser brûler.
Autour de lui, le feu avait envahi la forêt. C'était dangereux de rester ici. Sirius le savait. Pourtant il n'arrivait pas à bouger. Il avait l'impression d'être mort. D'avoir traversé le voile de la réalité.
Il observa l'incendie progresser jusqu'à ce que les fumées toxiques ne le fassent violemment tousser.
Il valait mieux partir...
Qu'est-ce qu'il était venu faire ici déjà ?
Il porta un instant une main à son visage, confus, ses doigts essuyant la sueur de son front. Tiens... Il avait retrouvé sa forme humaine… C'était chouette ça... De cette manière, il ne ferait plus peur à...
"OH PUTAIN, REMUS ! REMUS !"
Sirius regarda autour de lui d'un air affolé. Où est-ce qu'il était passé ? Il ne le voyait pas. Il ne l'entendait pas. Est-ce qu'il était mort ?
"REMUS !"
Il finit par se rapprocher d'un coin pour l'instant épargné par les flammes, faisant face à un petit ravin traversé d'un cours d'eau. C'est là qu'il le vit, étendu sur les roches.
Remus était inerte et du sang coulait de son front.
Sirius se jeta presque dans le vide, courant dans la pente, se précipitant sur son ami alors qu'il manquait de s'écrouler sur lui à cause de l'élan qu'il avait pris.
"Remus ! Tiens bon ! J'vais t'sortir de là ! J'vais t'sortir de là !"
Il attrapa Remus pour le porter dans ses bras, franchissant avec lui la rivière. La fraîcheur de l'eau lui permit de résister à la chaleur infernale qui régnait maintenant dans le sous-bois. Elle donna à Sirius assez de force pour accélérer le pas et il se fraya un chemin entre les arbres encore intacts pour sortir de la forêt sains et saufs, une dizaine de minutes plus tard.
"Ça y est... Ça y est Remus. On s'en est sorti. On s'en est sorti..."
"Sirius..."
"Remus..."
Sirius maintint Remus contre lui alors qu'il s'asseyait dans l'herbe. Il le prit dans ses bras, à la manière d'un nouveau-né, observant son visage tuméfié, couvert de sang et de boue.
Tout ça à cause de lui.
"Sirius il faut qu'on parte d'ici... Il y a un monstre..."
Remus semblait sévèrement délirer. Il parlait sans s'interrompre, parfois avec une voix si faible que Sirius n'arrivait plus à comprendre ce qu'il lui disait. Il parlait de Greyback. Il n'avait pas compris. Il fallait qu'il lui avoue.
"C'était moi, Remus. C'était moi..."
Il baissa les yeux vers Remus. Il s'était évanoui.
Des sanglots hideux sortirent de sa poitrine et Sirius pleura sans s'arrêter, serrant Remus contre lui comme si sa vie en dépendait.
"Monsieur Black!"
La voix du directeur le fit sursauter et Sirius ne put s'empêcher de pleurer de plus belle à sa vue. Dumbledore était là, accompagné des autres professeurs. Il semblait à la fois inquiet et furieux. La lueur des flammes trouvait écho dans sa barbe encore rousse par endroit. Il brillait comme un phénix.
"TOUT EST DE MA FAUTE, PROFESSEUR !"
Il avait hurlé d'une manière si déchirante que Dumbledore marqua un arrêt, visiblement surpris. Son visage s'adoucit et il ordonna à Madame Pomfresh de se saisir de Remus.
Sirius hésita un instant avant de finalement desserrer sa prise, laissant Remus passer de ses bras aux siens. Elle lui jeta un regard inquiet.
"Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? Est-ce qu'il a été victime d'un sort ?"
"Je... Je sais pas. Je crois pas. Mais il s'est cogné la tête. Soignez-le, je vous en prie."
"Ne vous en faites pas, Monsieur Black. Ça va aller."
L'infirmière se redressa, maintenant comme elle pouvait le garçon contre elle avant que Slughorn ne vienne lui prêter main forte.
Dumbledore leur ordonna de l'amener à l'infirmerie avant de se tourner vers les autres professeurs.
"Éteignez le feu avant qu'il n'échappe à tout contrôle."
Ils hochèrent la tête, dégainant leurs baguettes. Cela rassura un peu Sirius de voir toute l'équipe enseignante prendre la situation en main. Avec eux, l'incendie serait sûrement vite maîtrisé.
Le directeur le tira de ses pensées en lui posant une main sur l'épaule.
"Monsieur Black, je crois qu'il est temps de me donner quelques explications."
Sirius leva les yeux vers lui. Oh, il savait qu'il allait avoir de gros problèmes. Mais en cet instant précis, il n'en avait rien à faire. Remus était sauvé. C'était tout ce qui lui importait.
Hochant longuement la tête, il finit par murmurer d'une voix étranglée :
"Je vais tout vous raconter."
