"Les chagrins d'enfant laissent parfois dans l'homme une teinte de sauvagerie difficile à effacer."

Alfred de Vigny


Il était dans un rêve. Rien de tout ça n'était réel.

C'était ce dont James tentait de se convaincre tandis que Peter le faisait lentement léviter jusqu'à lui.

Ses pieds touchèrent le sol et il sentit bientôt le poids de son propre corps faire pression sur ses genoux. Pourtant, il avait toujours cette impression de flottement.

Il n'arrivait pas à s'ancrer dans la réalité.

"James. Ça va ?"

James ne répondit pas, obnubilé par le tragique spectacle qui se jouait deux étages plus bas.

Lily était arrivée dans le hall, suivie de près par Mary et Mulciber. Elle avait entamé une ronde nerveuse autour du Serpentard, l'observant à distance. Parfois elle tentait de s'approcher puis reculait aussitôt en hurlant, le visage caché dans ses mains, l'horreur de la scène lui étant insupportable.

"James. Ça va ?", lui demanda Peter d'une voix blanche.

Encore une fois, James ignora la détresse de son ami pour descendre à son tour les escaliers. Chaque marche dévalée faisait battre son cœur un peu plus rapidement. Il arriva en nage au rez-de-chaussée.

Le visage empourpré, les yeux brillants de fureur, Lily avait pris des allures de gorgone. James eut à peine le temps de poser un pied dans le hall qu'elle fondit sur lui, prête à se jeter à sa gorge.

"James ! Je vais te -" Elle ne termina pas sa phrase, s'arrêtant soudainement pour dévisager le jeune homme d'un air troublé. "James ? Mon dieu, James, ça va ?"

James n'eut aucune réaction. À vrai dire, il n'entendait même plus la voix de la rousse. Tout autour de lui avait disparu pour ne laisser place qu'à cette image glaçante. Celle de Rogue gisant au sol.

Le sang qui auréolait sa tête ne cessait de s'étendre, engloutissant les pavés dans une marée ténébreuse. Son corps exhalait la sueur et le fer. Est-ce qu'il était mort ? James avait peur de le savoir. Il dut se faire violence pour observer son visage.

C'est là qu'il les vit. Ces deux billes noires qui le fixaient.

Les yeux de Severus demeuraient grands ouverts.

James se figea. Le regard mouillé de Rogue semblait chercher dans le sien une précieuse consolation. Comme s'il avait dans sa détresse décidé d'ignorer leur passé barbare pour se raccrocher à lui.

Un besoin d'intimité aussi dérangeant que soudain.

James déglutit, s'agenouillant près de lui. Il n'avait aucun réconfort à offrir, aucun mot rassurant. Alors il se contenta de le regarder, lui dévoilant sa propre impuissance en espérant qu'il trouverait dans cet aveu de faiblesse une maigre satisfaction. Un pansement.

À quelques mètres de lui, Lily cria de nouveau. Elle semblait avoir repris la tête des opérations. Elle ordonna ainsi à Mulciber de trouver Madame Pomfresh avant d'envoyer Peter à la recherche de McGonagall. Elle s'entretint ensuite activement avec Mary, parlant à toute vitesse, cherchant désespérément quel sort serait le plus efficace pour endiguer l'hémorragie :

"On ne nous apprend pas assez de sorts de soin ! On ne nous apprend pas à soigner !"

Elle ne cessait de répéter ces phrases d'une voix stridente. Mary essayait tant bien que mal de la calmer.

Rogue rompit leur contact visuel pour tenter, en vain, de tourner la tête dans la direction de la rousse. Une nouvelle douleur l'anima, pareille à celle de l'enfant angoissé qui ne voyait pas revenir sa mère. L'absence de Lily le faisait souffrir. James souffrit avec lui.

La jeune fille avait beau se démener pour sauver Severus, elle ne l'approchait pas. Plus grave encore, elle restait dos à la scène. Droite comme une statue, elle se contentait de parler en fixant le mur devant elle. Mary, qui se trouvait entre elle et les deux garçons, semblait lui faire office de bouclier.

Ce fut d'ailleurs elle qui se chargea de lancer les sorts de soins. Elle s'avança vers Rogue d'un pas incertain, grimaçant à la vue du sang avant de pointer sa baguette sur lui. Ce geste paniqua le Serpentard qui commença à faiblement remuer les bras, tentant d'atteindre James. Ses lèvres bougeaient à peine, le choc de la chute l'ayant réduit au silence, mais James était certain qu'il l'appelait. Il réclamait son attention.

Sa protection.

Par réflexe, il saisit la main tendue de Rogue et la serra entre ses doigts. Ignorant Mary, il interpella la rousse d'une voix sévère. La voir aussi distante le rendait malade.

"Pourquoi tu ne viens pas le faire toi, Lily ?"

Lily redressa la tête mais ne se tourna pas. Elle avait enveloppé ses bras autour d'elle pour empêcher son corps de trembler. Elle mit quelques secondes à répondre, reniflant plusieurs fois, se raclant la gorge avant de finalement avouer d'une voix larmoyante :

"Parce que je ne peux pas…"

"Pourquoi ?"

"Parce que je ne supporte pas la vue du sang. Si je l'approche, je vais tomber dans les pommes... Je... Je sais qu'il a besoin de moi... Mais je n'en suis pas capable. Je ne peux pas l'aider, James... Je ne peux pas l'aider…"

Sa voix se brisa et elle fondit en larmes. James et Mary échangèrent un regard navré avant de baisser les yeux vers Rogue. Ses lèvres tremblaient. Il respirait rapidement, à la manière d'une bête menue. Un petit gibier blessé à mort. Il fixait sa main et celle de James d'un air perturbé. James n'arriva pas à savoir s'il avait été capable de suivre la conversation. Mais, à défaut de l'avoir calmé, la situation le rendait suffisamment confus pour permettre à Mary d'opérer. Le Gryffondor finit par lentement hocher la tête.

"Tu peux y aller."

La jeune fille lança plusieurs sorts afin de limiter l'hémorragie. À chaque fois, les doigts glacés de Severus se pressèrent contre les siens et James sentit son coeur battre un peu plus fort. C'était la première fois qu'ils se touchaient aussi longuement. D'ordinaire, leurs corps n'entraient que brièvement en contact, juste le temps d'une bousculade. Mais là, il pouvait observer attentivement la main de Severus se cramponner à la sienne. Ses ongles trop longs dépasser des bandages de sa main et rentrer dans sa chair. Leurs paumes écarlates se frottaient l'une contre l'autre, le sang imbibant les pansements du Serpentard.

Quelle sensation étrange...

"Severus…"

Est-ce que, malgré la douleur, Severus était ému lui aussi ? Est-ce qu'ils avaient réussi, pour une fois, à partager un sentiment autre que le dégoût ou la colère ? James ne l'avait jamais avoué mais il avait toujours pensé qu'ils étaient reliés. Il avait senti dès leur première rencontre ce lien indéfectible se nouer entre eux. Cette boucle impossible à défaire.

Il y a cinq ans de ça, dans le Poudlard Express, quand lui et Sirius étaient arrivés dans ce wagon, pensant qu'il était vide. À côté de cette fille rousse, ce garçon étrange. La pâleur de son visage. L'angle de son nez.

La profonde obscurité qui régnait dans ses yeux.

La fascination immédiate qu'il avait ressentie pour lui. Qui l'avait stupidement poussé à se pavaner devant lui. Parce qu'à onze ans il n'était qu'un enfant bête, habitué à être le centre de l'attention.

Il avait voulu être le centre de son attention.

Provocation idiote. Réponse acerbe.

"Tu te crois spécial. Mais tu ne l'es pas."

Des mots rêches et cinglants, comme des lanières de cuir.

Prométhée inconscient, Severus avait apporté en lui le feu. Il avait allumé dans la poitrine de James un brasier éternel. Chaque jour James avait nourri les flammes. Chaque jour il avait puni Severus.

Il l'avait forcé dans cette relation malsaine. Basée sur l'obsession et la mauvaise foi. Les coups d'œil furtifs et les non-dits.

Les tournants et les détours.

Severus avait beau avoir activement participé à la mise en place de ce schéma, il n'en était pas l'instigateur.

Peut-être était-ce le moment d'enfin lui demander pardon.

James pressa son pouce contre la paume du Serpentard pour attirer son attention. Puis il réalisa que sa main avait relâché sa prise et qu'elle glissait maintenant entre ses doigts.

"Severus ?"

Il avait la bouche entrouverte, les yeux voilés et les paupières mi-closes.

"Severus ?"

James continuait de lui tenir la main, l'agitant mollement pour attirer son attention.

"Hé... Tu m'entends ? Réagis... Fais... Fais quelque chose…"

Mais Severus ne fit aucun mouvement. La situation laissa James interdit. Il reposa au sol le bras du Serpentard avant de venir encadrer son visage de ses mains tremblantes. Sa peau était froide et ses lèvres bleues. Quand James passa ses doigts dessus, il ne perçut qu'une respiration faible. Malgré les soins, il avait perdu trop de sang. Son coeur allait bientôt cesser de battre. Il était en train de se figer. De se transformer en une poupée de cire. Pas encore mort. Mais plus vraiment vivant.

Les yeux écarquillés, James demeura silencieux. Puis il hurla d'horreur.

Ses mains se précipitèrent dans la flaque de sang, tentant désespérément de faire rentrer le liquide dans le crâne du Serpentard.

Lily l'appela, paniquée :

"James ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il se passe ?"

"Putain, Lily !", lui répondit James d'une voix étranglée, "Viens ici ! Je crois que Severus est... Il est en train de…"

Il croisa le regard terrifié d'un jeune garçon et fut incapable de finir sa phrase. Malgré l'heure tardive, un petit groupe de Serpentards, des premières années apparement, s'était aventurés dans le château. Ils fixaient Rogue d'un air terrorisé.

Encore une fois, James ne trouva pas les mots. Il n'était d'aucun secours. Ni pour ces gamins. Ni pour Severus.

Craquant à son tour, il s'effondra en larmes.

"Poussez-vous !"

La phrase fut prononcée en même temps par Pomfresh et McGonagall qui débarquèrent chacune d'un côté du hall. Derrière elles, Mulciber et Peter blêmirent face à la scène.

Madame Pomfresh se rua sur Severus, son bras heurtant au passage James avec la puissance d'un cognard, le projetant au sol. McGonagall fut plus douce. Elle ordonna d'abord à Mulciber de ramener les premières années dans leur dortoir avant de venir se pencher au-dessus de James, inquiète.

"Monsieur Potter, vous avez le nez en sang. Êtes-vous blessé ? Est-ce que vous arrivez à respirer ?"

James cligna des yeux. Sa joue avait atterri dans la flaque de sang et il sentit le liquide coller à son visage quand il hocha la tête.

"Je vais bien."

Le sang mélangé à ses muqueuses avait fini par glisser dans sa gorge, rendant sa respiration pénible. Mais ce n'était pas important. Seul Severus comptait.

"S'il vous plaît. Sauvez-le."

Les lèvres fines de la professeure se pincèrent et elle hocha la tête avant de se tourner vers l'infirmière.

"Pompom ! Tu as besoin que je t'assiste ?"

Madame Pomfresh ne lui répondit pas. Penchée au-dessus du Serpentard, elle était occupée à faire des mouvements de baguettes compliqués tout en récitant une formule incroyablement longue. Autour de Severus, le sang se résorba. Il rentra dans son crâne, absorbé par la plaie, et le visage du Serpentard reprit des couleurs.

L'infirmière se tourna vers McGonagall.

"Aide-moi. Tiens-le. Soulève-le pour que je puisse voir la plaie. Mais fais attention, il a l'air d'avoir les cervicales endommagées."

"Est-ce qu'il va falloir l'emmener à Sainte-Mangouste ?"

Madame Pomfresh éclata d'un rire bref avant de reprendre son sérieux.

"Je soigne quatre équipes de Quidditch, Minerva. J'ai l'habitude des gros bobos."

Les deux femmes soulevèrent délicatement le haut du corps de Severus et écartèrent ses cheveux. La fracture à l'arrière de son crâne était large et profonde. Elle saignait encore.

De peur qu'elles le forcent à s'éloigner, James n'avait pas osé se relever. Tapi contre le carrelage, il les observa redresser le jeune homme avant de s'étrangler à la vue de la plaie.

C'était lui qui lui avait fait ça ?

Là où avait reposé la tête de Severus brillaient de petits éclats.

Madame Pomfresh claqua sa langue contre son palais avant de lancer de nouveaux sorts. La taille de la blessure diminua mais elle ne se referma pas. L'infirmière se redressa.

"J'ai besoin de l'emmener à l'infirmerie maintenant. Je ne pourrais pas faire plus sans les outils adéquats. Suis-moi Minerva, j'aurais besoin de ton aide."

McGonagall acquiesça. Remarquant que James n'avait pas bougé, elle s'approcha une dernière fois de lui.

"Avez-vous aussi besoin de soins ?"

"Non, Professeur. Je... Je vais bien."

Il avait du mal à suivre la conversation. Madame Pomfresh faisait maintenant léviter le corps de Rogue devant elle et la façon dont ses membres inertes pendaient dans les airs lui donnait des sueurs froides. McGonagall observa elle aussi la scène du coin de l'oeil avant de répondre.

"Très bien... Dans ce cas, retournez dans votre dortoir et douchez-vous. Ne vous faites pas remarquer. Il est inutile de faire paniquer vos petits camarades."

"Oui... Ce sera fait…"

"Bien évidemment, il va aussi falloir que nous ayons une petite discussion. Passez me voir demain matin, avant les cours."

"Bien sûr, oui. Je viendrai."

La professeure regarda James en silence. Le voir aussi docile semblait l'inquiéter. Son visage sévère s'adoucit l'espace d'un instant.

"Ne vous en faites pas. Monsieur Rogue est entre de bonnes mains. Il va s'en sortir."

Elle lui sourit presque avant de tourner les talons, suivant Pomfresh qui avait déjà disparu dans les couloirs du château.

"James, tu vas bien ?"

Peter avait profité du départ de McGonagall pour s'approcher de lui et l'aider à se relever. James le rassura d'un bref mouvement de tête avant de s'approcher des filles.

Dans les bras de Mary, Lily pleurait.

"Vous devriez aller vous coucher", murmura James.

Lily voulut se tourner vers lui mais Mary l'en empêcha.

"Non. Ne le regarde pas. Viens. Suis-moi."

"Mary a raison. Pars."

Mieux valait que Lily ne pose pas les yeux sur lui. Il était couvert de sang.

Les deux filles s'en allèrent et James se dirigea d'un pas lourd vers le centre de la pièce. Quelques minuscules fragments gisaient sur le sol.

Des fragments d'os.

Il sortit un mouchoir de sa poche et prit soin de tous les ramasser avant de les emballer dans le tissu.

"Qu'est-ce que tu fais, James ?"

"J'éteins le feu, Peter. J'éteins le feu."


Dumbledore n'était pas en colère. Il se montrait même étonnement chaleureux. Après avoir longuement rassuré Sirius au sujet de Remus et des soins qui allaient lui être prodigués, il l'avait invité dans son bureau, soigné ses éraflures et fait apporter par un elfe de maison un uniforme propre que le jeune homme s'était empressé d'enfiler derrière une étagère. Puis il lui avait servi du thé et des gâteaux.

Décidément, rien ne se passait jamais comme Sirius le prévoyait.

"Monsieur Black. Maintenant que vous êtes bien installé, vous pourriez peut-être me raconter ce qu'il s'est passé ?"

La bouche remplie de pâtisseries, Sirius fut pris au dépourvu et se hâta de tout avaler. Dumbledore pouffa avant de venir gentiment tapoter sa main.

"Prenez votre temps, voyons ! Ne vous étouffez pas !"

Mais il était déjà trop tard. Les joues de hamster du jeune Gryffondor avaient accumulé tant de nourriture qu'il s'étrangla. De la ganache lui ressortit par le nez et des larmes perlèrent aux coins de ses yeux. Il ne dut son salut qu'à une petite serviette en papier dans laquelle il se moucha allègrement. Dumbledore le regarda faire en riant. Même Fumseck semblait amusé par la situation.

"Il semblerait que vous soyez affamé, Monsieur Black".

La honte brûlait les joues de Sirius. Il n'osa même pas le regarder dans les yeux.

"Veuillez m'excuser, professeur Dumbledore. Je meurs de faim. Je crois que c'est à cause du dîner que j'ai sauté et de ma... de ma transformation…"

Dumbledore haussa un sourcil, intrigué.

"Votre transformation ?"

"Oui. En fait, c'est un peu compliqué…"

Et Sirius raconta tout au directeur : leur plan avec James et Peter pour devenir des animagi et passer avec Remus les nuits de pleine lune, la disparition de ce dernier et les heures qu'il avait passées à le chercher, l'orage, la transformation ratée, les araignées géantes, la course poursuite et enfin l'incendie. Le seul détail qu'il passa sous silence fut l'emploi de sorts interdits par Remus. Il parla ainsi durant ce qui lui sembla être une éternité, Dumbledore l'écoutant attentivement en sirotant son thé.

À la fin de son récit, le vieil homme posa sa tasse sur son bureau et resta silencieux, semblant méditer. Sirius, lui, se tortillait sur sa chaise, mal à l'aise. Qu'est-ce qui allait lui arriver maintenant ? Il allait se faire coller jusqu'à la fin de l'année ? Se faire expulser ? Par Merlin, il préférait encore faire une colloc' avec les araignées que de devoir rentrer chez lui. Si ses parents apprenaient qu'il s'était fait renvoyer, il ne donnait pas cher de sa peau.

À cette pensée, son corps entier se crispa et de vieilles blessures se réveillèrent, le lançant de toute part. Non, il ne pourrait pas supporter ça. Sentir la lourde canne de son père contre ses côtes, encore une fois...

"Eh bien... Cette soirée a vraiment été... mouvementée."

Sirius ferma les yeux. Cette fois-ci, la sentence allait tomber.

"Je pense que vous feriez mieux d'aller vous coucher."

"Hein ?"

La bouche remplie de tarte au citron, Dumbledore lui sourit de l'autre côté du bureau. Il mangeait bien trop de sucre pour son âge, cela pouvait avoir des... Oh bon sang mais pourquoi il pensait à ça maintenant ? Il n'en n'avait rien à foutre du taux de glycémie du dirlot ! Dumbledore venait juste de lui demander de partir se coucher comme si de rien n'était !

"Je... Professeur Dumbledore... Bien que je n'ai rien contre les soudains retournements de situation, au contraire je les adore, je vous avoue que je suis quelque peu... confus. Enfin, je veux dire... J'ai... J'ai quand même fait des choses stupides et interdites. Et vous ne me punissez pas ? Attention, je ne dis pas qu'il faut me punir ! Mais c'est quand même bizarre. Ou alors vous pensez que tout ça est de la faute de Remus ? Dans ce cas vous avez tort !"

"Monsieur. Black."

"Remus n'était pas dans son état normal. Il n'était pas maître de lui-même ! Vous le connaissez ! Vous savez très bien que c'est quelqu'un d'exceptionnellement gentil. Il ne ferait pas de mal à une mouche !"

"Monsieur Black…"

"Je préfère encore que vous me punissiez moi plutôt que lui. Vous pouvez m'expulser si vous le voulez. Mais, par pitié, laissez Remus tranquille ! En dehors de ses parents il n'a que cette école et-"

"Monsieur Black !"

Dumbledore avait soudainement élevé la voix, faisant sursauter Sirius qui se dépêcha de s'excuser :

"Pardon, professeur. Je me suis emporté."

"Ce n'est rien. Écoutez, je vois bien toute... l'affection que vous portez à votre petit camarade", Il eut un drôle de sourire auquel Sirius, dans sa grande naïveté, ne fit pas attention, "Et je peux vous assurer qu'il ne lui arrivera rien. Monsieur Lupin a bien plus besoin de soins que de remontrances. Quant à vous, je n'ai jamais dit que vous ne seriez pas sanctionné. J'ai dit que vous feriez mieux d'aller vous coucher. Il est déjà très tard et vous devez être épuisé. J'ai personnellement bien du mal à réprimander quelqu'un qui a usé de tant de courage pour porter secours à un ami. Mais il est vrai que vous avez enfreint un grand nombre de règles. Par conséquent, c'est le professeur McGonagall qui vous donnera, demain, la punition adéquate."

Il marqua une pause, riant de la mine horrifiée de Sirius avant de reprendre :

"Ne vous en faites pas. Vous ne serez pas expulsé. Mais je pense que le professeur McGonagall fera preuve de bien plus de sévérité. Ainsi, je me permets d'accorder cinquante points à Gryffondor pour votre courage et votre sens de l'amitié, afin de limiter les dégâts."

Sirius resta bouche-bée.

"Je... Merci beaucoup, professeur Dumbledore."

Il se leva de son fauteuil, grimaçant à cause de la soudaine douleur qu'il ressentait dans ses jambes. Mine de rien, il avait bien couru, en plus de s'être cassé plusieurs fois la gueule et de s'être pris deux doloris en pleine tronche… Il pouvait s'estimer heureux de ne s'en sortir qu'avec quelques courbatures…

Il espérait que ce serait la même chose pour Remus.

"Professeur Dumbledore…"

Comme s'il avait lu dans son esprit, le directeur s'empressa de répondre :

"Je vous promets que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider votre ami. Il sera sûrement un peu secoué à son réveil mais il s'en sortira. Il n'aura pas de séquelles si c'est ce que vous craignez."

Les mots de Dumbledore le firent se sentir un peu plus léger et Sirius s'autorisa un sourire.

"J'espère que vous avez raison…"

"Avec Madame Pomfresh à ses côtés, je suis plus que confiant. Vous pouvez aller vous coucher sans crainte. Voulez-vous que je vous raccompagne à votre dortoir ?"

"Non, merci, professeur. Ça ira."

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Après avoir traversé tout le château, Sirius atteignit enfin le dortoir des Gryffondors. Il allait pouvoir retrouver James et Peter. Bon sang, il espérait que tout s'était bien passé pour eux. Est-ce qu'ils avaient réussi à devenir des animagi ? Il avait tant besoin de les voir ! De savoir qu'eux aussi s'en étaient tirés et qu'ils étaient en sécurité !

"James ! Peter !"

Il avait déboulé comme un fou dans la chambre, criant leurs noms à tue-tête avant d'allumer l'une des lampes d'un coup de baguette.

"Les gars ! Réveillez-vous ! Je l'ai retrouvé !"

"Quoi ? T'as retrouvé Remus ? Il va bien ?"

Peter s'était dressé dans son lit à l'annonce de Sirius. Bizarrement, malgré l'heure tardive, il était parfaitement réveillé. Lui qui d'ordinaire dormait comme un loir.

Sirius hocha frénétiquement la tête.

"Ouais, je l'ai retrouvé ! Et non, il ne va pas très bien. Mais c'est super compliqué à expliquer. Il nous est arrivé un truc terrible, Peter ! Attends ! Il faut aussi réveiller James ! Il doit entendre ça !"

Peter sembla se crisper à ses mots.

"Il vaudrait mieux le laisser dormir, Sirius. Il n'est... pas dans son assiette."

Sirius lui jeta un regard surpris. Comment Peter pouvait-il dire ça ? James pouvait être en train de cracher des limaces par le nez, Sirius lui raconterait quand même ce qu'il venait de se passer ! C'était bien trop important !

"Tu rigoles ou quoi ? Lui aussi doit savoir ! Hé ! James ! James !"

Plus étrange encore que l'insomnie de Peter : les tentures du baldaquin de James étaient fermées. Sirius les écarta d'un geste vif. Sous les couvertures, James était immobile mais ne dormait pas. Allongé sur le dos, il fixait le ciel du lit d'un air vague. Ses poings posés sur son ventre étaient resserrés autour de ce qui semblait être une bourse en tissu rouge.

Sirius haussa un sourcil devant la scène mais ne se démonta pas.

"Putain, James, j'ai cru que tu dormais ! Tu m'as pas entendu ou quoi ? Je l'ai retrouvé ! Il est à l'infirmerie !"

"Je sais qu'il est à l'infirmerie."

Le visage inexpressif, James parlait d'une voix atone. Il ne posa même pas les yeux sur lui. Sirius le regarda d'un air dubitatif. James savait pour Remus ? Comment était-ce possible ? Quelque chose lui échappait.

"Comment ça, tu sais qu'il est à l'infirmerie ?"

"C'est à cause de moi."

"Quoi ? C'est à cause de toi que Remus est à l'infirmerie ?"

"Severus."

"Seve... Quoi ?"

"Il est à l'infirmerie à cause de moi."

Sirius cligna des yeux, incrédule. Ce n'était pas possible. James lui faisait une blague.

"Attends. Je te dis que j'ai enfin retrouvé Remus et toi tu me parles de Servilus ?"

"Ne l'appelles pas comme ça."

"Comme ça quoi ?"

"Servilus. Ne l'appelles pas comme ça."

Une très mauvaise blague, visiblement.

"Non mais tu te fous de ma gueule, James. C'est pas possible ! Je te dis que j'ai enfin retrouvé Remus et toi tu trouves que ça à me répondre ! Hého ! J'ai retrouvé Remus ! Tu sais, l'un de tes meilleurs amis, le quatrième Maraudeur, celui qui a disparu depuis le dîner ! Il lui est arrivé un truc horrible !"

"Désolé, j'avais pas remarqué qu'il avait disparu."

La mâchoire quasiment décrochée tant il ouvrait grand la bouche, Sirius resta à fixer James d'un air hébété. Puis il sentit son sang bouillonner. Peter voulut s'interposer mais il l'en empêcha, le rejetant en arrière d'un violent coup de bras. Ce n'était pas à lui de fournir des explications. D'ailleurs, il n'y avait rien à expliquer ! La situation était intolérable ! Il avait le droit d'être en colère ! Il avait le droit d'exploser !

"C'est pas possible, James. T'es pas con à ce point ? "

"J'ai eu d'autres soucis, vois-tu."

Peter tenta à nouveau d'intervenir :

"C'est vrai, Sirius, il s'est passé beaucoup de-"

"Mais, putain, ta gueule, Peter ! J'en ai rien à foutre de ce qui s'est passé ! Vous n'aviez même pas capté que Remus avait disparu ! Vous... Vous êtes allés voir vos fioles au moins ?"

"Nos... fioles ?" répéta Peter avec hésitation.

"Oui, vos fioles ! Je vous rappelle qu'on se lève aux aurores depuis plus d'un mois pour répéter à chaque lever et coucher du soleil une incantation, et ce dans le but de devenir des animagi. On était censé attendre le grand orage pour se transformer. Et, surprise, il a eu lieu juste après le dîner !"

Cette fois-ci, James dévisagea brièvement Sirius avant d'échanger un regard silencieux avec Peter. L'espace de quelques secondes, les traits de Sirius se contractèrent en une moue méprisante, très semblable à celle de son père. Il s'en rendit compte et sa rage n'en fut que plus terrible.

"Vous êtes d'un je-m'en-foutisme incroyable…"

Encore une fois, il eut l'impression de devenir Orion Black. Cette sensation le répugna. James et Peter ne s'en rendaient sûrement pas compte mais ils le poussaient à ressembler à un homme qu'il détestait plus que tout.

Il les haït pour cela.

Bien que honteux, Peter tenta quand même de s'expliquer :

"Pour être honnête, on a même pas remarqué qu'il y avait un orage et…"

Sirius l'interrompit d'un geste vif.

"C'est bon. J'en ai assez entendu. J'me casse."

Mieux valait partir avant que la situation ne dégénère. Il avait déjà assez de problèmes comme ça.

Ignorant les paroles de Peter, il sortit en furie du dortoir et claqua la porte derrière lui.

Non mais c'était quoi le cirque auquel il venait d'assister ? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez eux ? Comment avaient-ils pu ne pas remarquer que Remus avait disparu ? Le monde entier marchait sur la tête aujourd'hui…

Et c'était en grande partie de sa faute…

"Hé ! Sirius !"

"Quoi ?"

Le ton agressif de Sirius fit sursauter le garçon qui l'avait chaleureusement salué. Ce dernier leva les mains en l'air, reculant de quelques pas.

"Whoa. Calme-toi. Je viens en paix."

Sirius lui jeta un regard assassin avant de finalement s'apaiser. Bien qu'ils étaient dans la même promo, ils n'avaient jamais vraiment discuté tous les deux. Sirius se souvenait quand même de son nom : Calvin Hooper. Le chouchou de Chourave. Probablement l'élève le plus doué en botanique, toute maison confondue. C'était un blondinet maigrichon avec un visage long et anguleux. Ses yeux globuleux étaient étonnamment rouges. Il faisait une allergie ou quoi ?

"Désolé, Calvin. Je suis un peu énervé."

Fou de rage, même. Mais ça, Calvin n'avait pas besoin de le savoir.

Ce dernier se détendit et, à défaut de pouvoir atteindre son épaule, lui donna une petite tape sur le bras.

"T'inquiète, c'est pas grave. Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu t'es fait virer de ton dortoir ?"

"Eh bien... Oui, en quelque sorte. Je me suis viré moi-même, en fait."

"Ah, c'est con ça."

"Ouais c'est... c'est con."

Très con même. Où est-ce qu'il allait dormir cette nuit ?

Il y eut un petit silence. Sirius fixait ses chaussures avec une mine défaite. Il y avait bien des canapés dans la salle commune. il pourrait y passer la nuit. S'il n'arrivait pas à dormir, il pourrait toujours faire un feu. Et quand le soleil se lèverait, il irait voir Remus à l'infirmerie pour s'excuser. Il pourrait même passer par la Grande Salle pour lui apporter à manger, tiens…

Calvin le sortit de nouveau de ses pensées :

"Dis… Puisque t'as plus de chambre… Ça te dirait de venir avec moi ? On fait une petite fête avec mes potes dans notre dortoir."

La proposition laissa Sirius dubitatif. Il n'avait pas vraiment envie de faire la fête mais, peut-être qu'avec un peu de chance ça lui remonterait le moral. Et puis, de toute façon, ce n'était pas comme s'il avait mieux à faire en attendant de pouvoir rendre visite à Remus. Quitte à patienter, autant ne pas être seul.

"Euh, ouais. Ouais, je veux bien."

Calvin sembla ravi de sa réponse.

"Trop bien ! Je t'ai toujours bien aimé mais on n'a jamais vraiment eu le temps de discuter toi et moi. Tu vas voir, on est sympa ! Allez, viens !"

Avec un grand sourire, le blondinet attrapa le bras de Sirius pour le guider jusqu'à la porte de son dortoir, se vantant au passage des fêtes qu'il organisait avec ses amis, plus "spéciales" que les autres selon lui. Marchant derrière lui, Sirius commençait à se demander s'il n'avait pas fait une erreur en acceptant son offre. C'était quoi une fête "spéciale" ? Qu'est-ce qui allait lui arriver encore ? C'était pas sexuel au moins ? Il avait déjà vécu bien trop de choses bizarres ce soir, il n'avait pas envie d'en remettre une couche ! Même si, manifestement, il était trop tard pour faire machine arrière.

Anxieux, Sirius observa Calvin regarder prudement autour de lui avant de poser sa main sur la poignée de la porte, ce qui ne le rassura pas le moins du monde.

"On a insonorisé la porte avec des sorts.", lui indiqua Calvin en vérifiant toujours si d'autres élèves traînaient dans le coin, totalement insensible à sa soudaine angoisse, "Alors prépare-toi à vite rentrer pour éviter de faire trop de raffut. Faut pas que le préfet nous entende. Allez. Un, deux, trois !"

Calvin ouvrit rapidement la porte avant de pousser Sirius à l'intérieur. Son souhait de ne trouver rien d'étrange en entrant dans la pièce paraissait avoir été exhaucé. Enfin, en partie. La chambre était emplie de musique, de rires et, surtout, de fumée. Sirius arriva à peine à distinguer le visage des autres garçons qui l'accueillirent avec des "Salut" étonnés. Ils fumaient de longues cigarettes coniques qui laissaient s'échapper une odeur étrange, ronde et suave, très éloignée de celle du tabac. Sirius en montra une à Calvin, l'air intrigué.

"C'est quoi ça ?"

"Ça, mon pote", répondit Calvin,"C'est de l'herbe magique. Allez, installe-toi avec nous".

Trois autres élèves étaient assis en cercle au centre de la pièce. Un rouquin frisé, un grand métisse et un petit asiatique aux joues rondes. Sirius prit place près de Calvin.

"Sirius, je te présente dans l'ordre : Zachary Johnson, Yoann Beauchamp et Grady Dinh. Les autres, le grand, le fameux, Sirius Black."

Les trois le saluèrent de nouveau avec entrain. Sirius eut un sourire gêné. Visiblement, Calvin n'avait pas menti quand il lui avait dit qu'il l'aimait bien. Il avait un petit fan club. Il aimait bien l'attention d'habitude, mais la soirée qu'il venait de passer le rendait un peu plus timide que d'ordinaire.

"Merci, c'est sympa. Mais il ne faut pas en faire des caisses non plus. J'ai rien fait de particulier."

"Tu rigoles ou quoi ?", pouffa Calvin, "Mec, on est fan des conneries que tu fais avec tes potes. Comme la fois où vous avez pendu des Serpentards par le slip au lustre de l'entrée. C'était du génie !"

Les autres approuvèrent, édifiant un palmarès de leurs plus belles actions. Visiblement chacun avait son anecdote préférée à propos des Maraudeurs. Sirius en était flatté. Il ne pouvait pas le cacher, même si c'était un peu étrange pour lui d'être le centre de l'attention d'autres personnes que James, Remus et Peter. Étrange mais pas déplaisant. Et puis au moins, Calvin et ses potes ne tiraient pas constamment la tronche. Ça lui faisait du bien de voir d'autres personnes sourire. Il en avait besoin.

L'attention de Sirius finit par se porter sur un objet massif et rectangulaire dans lequel tournait un disque noir. L'objet lui rappelait les gramophones sorciers, mais sans les grands pavillons.

"Qu'est-ce que c'est ?"

"Ça ?", demanda Zachary un brin amusé, "C'est une platine vinyle qu'on a ensorcelée. Je te dis pas le bordel que ça a été pour la faire entrer en douce au château. T'aimes la musique ? Tu connais ce morceau ?"

Sirius se tut et écouta. Un homme chantait d'une voix douce sur un air de rock.

So, so you think you can tell

Heaven from Hell,

Blue skies from pain.

Can you tell a green field

From a cold steel rail?

A smile from a veil?

Do you think you can tell?

"J'aime beaucoup", répondit Sirius. "C'est un groupe sorcier ?"

"Non, mec. C'est un groupe moldu, les Pink Floyd. Le meilleur groupe de tous les temps. Tu connais pas les Pink Floyd ?"

"Jamais entendu parler."

Zachary et Yoann échangèrent un regard choqué. Calvin de son côté rit et posa amicalement sa main sur l'épaule de Sirius.

"Je crois qu'on a beaucoup à t'apprendre. Tu vas découvrir plein de choses ce soir. À commencer par ça."

Il ôta le pétard des mains de Grady pour le lui tendre. Sirius le prit et le fit rouler entre ses doigts. Le papier marron se consumait lentement. Il pouvait apercevoir, au travers, la sois-disante herbe ensorcelée. La fumée qu'elle dégageait lui piquait un peu le nez mais l'odeur était vraiment douce. Très agréable.

"De l'herbe magique, c'est ça ?"

"Ouais", répondit Calvin, le sourire aux lèvres, "Ça sert à se détendre, à apprécier la musique. On l'achète à un Serdaigle. Comment il s'appelle déjà ? Xenopolus Lovefood ?"

"Xenophilius Lovegood", le corrigea Grady.

"Ouais c'est ça, Xenophilius Lovegood. Il dit qu'en fumer aide à voir les joncheruines ou je sais-pas-quoi. Tu veux voir des joncheruines, Sirius ?"

Sirius n'avait aucune idée de ce qu'étaient les joncheruines et il ne savait pas non plus s'il voulait vraiment les voir, mais il ne se sentit pas de refuser devant l'insistance de Calvin. De toute façon, ça ne pouvait pas lui faire de mal, non ?

"Heu... Je suppose que oui."

"Alors tire une grande latte sur ce joint et garde ta respiration le plus longtemps possible."

Sirius hésita un instant avant de finalement porter le joint à ses lèvres. La fumée lui brûla la gorge mais il tint bon, ne relâchant son souffle qu'au bout d'une dizaine de secondes, avant de s'étouffer. Il toussa longtemps, les larmes lui montant aux yeux. Yoann et Zachary l'applaudirent. Grady et Calvin lui tapotèrent le dos pour l'aider à cracher.

"T'en fais pas, ça va passer", le rassura Calvin. "Bientôt tu vas te sentir bien. Allez. Prends-en une deuxième."

Calvin n'avait pas menti. Quelques lattes plus tard, Sirius était entendu sur les coussins au milieu du dortoir et rigolait en fixant le plafond, complètement euphorique. Il se sentait léger. La fumée semblait être restée en lui. Elle était fraîche maintenant, remontant de son torse pour lui emplir la tête, lui donnait des vertiges. L'album Wish You Were Here passait en boucle. Yoann lui offrit un verre de whiskey que Calvin avait volé à ses parents. Le blond s'en vantait en ricanant.

"J'ai réussi à le ramener au château en le transvasant dans différentes fioles. J'ai fait passer ça pour du jus de mandragore !"

Tous rirent. Sirius attrapa d'un geste maladroit le verre et le porta à ses lèvres. La moitié de l'alcool se renversa sur son visage mais il ne s'en soucia pas. Il ne se souciait plus de rien. La drogue l'avait vidé de toute sa colère. Il se sentait enfin en paix avec lui-même.

Il ferma les yeux, se concentrant sur la musique, chantonnant les paroles d'un absent :

And did they get you to trade

Your heroes for ghosts?

Hot ashes for trees?

Hot air for a cool breeze?

Cold comfort for change?

And did you exchange

A walk-on part in the war

For a lead role in a cage?

Son corps devenait de plus en plus léger. Ses pensées s'effaçaient.

How I wish, how I wish you were here.

We're just two lost souls

Swimming in a fishbowl,

Year after year,

Running over the same old ground.

What have we found?

The same old fears.

Wish you were here

Sauf une.

"J'aimerais que Remus soit là…"

"Qu'est-ce qu'il a dit ?", demanda Grady.

Yoann haussa les épaules tout en tirant sur son tarpet.

"Aucune idée."

Les garçons l'ignorèrent, recommençant à rire. Sirius posa son verre et répéta un ton plus bas.

"J'aimerais que Remus soit là."


Pour ceux qui sont fâchés avec l'anglais, voici les paroles traduites de la chanson, tirées du site lacoccinelle :

So, so you think you can tell
Alors, alors tu penses que tu peux distinguer
Heaven from Hell
Le paradis de l'enfer
Blue skies from pain
Le ciel bleu de la douleur
Can you tell a green field
Peux-tu distinguer un champ tout vert
From a cold steel rail ?
D'un rail d'acier froid ?
A smile from a veil ?
Un sourire d'un voile ?
Do you think you can tell ?
Penses-tu que tu le peux ?

And did they get you to trade
Et ont-ils réussi à te faire échanger
Your hero's for ghosts ?
Tes héros contre des fantômes ?
Hot ashes for trees ?
Des cendres chaudes contre des arbres ?
Hot air for a cool breeze ?
De l'air chaud contre une fraîche brise ?
Cold comfort for change ?
Un confort froid pour quelques pièces ?
And did you exchange
Et as-tu échangé
A walk on part in the war
Un rôle de figurant dans la guerre
For a lead role in a cage ?
Contre un premier rôle dans une cage ?

How I wish, how I wish you were here
Comme j'aurais aimé, comme j'aurais aimé que tu sois là
We're just two lost souls
Nous ne sommes que deux âmes perdues
Swimming in a fish bowl
Nageant dans un aquarium
Year after year
Année après année
Running over the same old ground
Courant sur la même terre usée
What have we found ?
Qu'avons-nous trouvé ?
The same old fears
Les mêmes vieilles peurs
Wish you were here
J'aurais aimé que tu sois là