IMPORTANT :

Bonjour à tous, nous sommes le 5 Février 2022 et c'est après une pause de 2 ans que je reprends cette histoire. Entre temps, le scénario a connu de nombreux changements et, surtout, les chapitres ont tous été modifiés, notamment les deux premiers qui ont connu un grand nombre d'ajouts.

Ces ajouts n'ont pour la plupart que pour but d'étoffer le texte ou de détailler certains points. Cependant, il y a deux changements importants :

-James a des soucis de croissance et de magie. Oui, notre bon james est un enfant malingre, peu doué magiquement et court sur pattes à cause de l'inceste chez les grandes familles sorcières. En fait, je l'avais pensé comme ça dès le début mais j'avais finalement renoncé à le mettre dans l'histoire. Sauf que, sans ce détail, la colère qu'éprouvait James pour Severus tenait plus à la psychopathie qu'autre chose. Si vous voulez en savoir plus sur ce changement, je vous renvoie au chapitre 2 de l'histoire, lors du deuxième POV du chapitre (après la ligne de démarcation donc).

-Sirius se sent coupable de l'accident qu'il a provoqué en cours de potion avec Severus.

Voili, voilou. Je reprends doucement la publication avec ce petit interlude centré sur Remus enfant. J'espère qu'il vous plaira.

Merci à Aranoll d'avoir corrigé ces nouveaux chapitres.


"La vie est une longue blessure qui s'endort rarement et ne guérit jamais."

George Sand


Contre la peur, un seul remède : le courage.

C'était ce que son père lui disait tous les jours.

Remus n'était pas sûr de bien comprendre mais maintenant il la récitait en boucle lui aussi. Cette phrase censée faire de lui quelqu'un de plus fort. Quelqu'un de plus grand. Il n'était pas encore autorisé à apprendre des formules magiques, mais il aimait penser que c'était une sorte de charme.

Contre la peur, un seul remède : le courage.

Il avait pris avec lui sa peluche favorite, un petit fantôme nommé Barney. Remus n'avait que cinq ans mais il aimait déjà les esprits. Il voulait d'ailleurs être expert en spectre plus tard, comme tous les hommes de sa famille. Quand il avait annoncé ça à son père, celui-ci avait été très fier. Si fier qu'il avait décidé de le soumettre à la première épreuve officielle des chasseurs de fantômes : se montrer courageux.

Et c'était ce que Remus s'apprêtait à faire maintenant. Il allait se montrer "hardi et intrépide". Et son père saurait qu'il était digne de confiance.

Oui. Ce soir, il allait résoudre sa première affaire. Il allait découvrir pourquoi les volets de sa chambre s'étaient soudainement mis à trembler.

Après s'être hissé malhabilement sur le tabouret, Remus tendit sa main minuscule vers la poignée de la fenêtre. Derrière, les vantaux ne cessaient de vibrer, comme secoués par des forces invisibles. L'enfant frissonna avant de murmurer une dernière fois :

"Contre la peur, un seul remède : le courage…"

Il ouvrit lentement la fenêtre puis monta sur le rebord. Les vieux panneaux de bois semblaient être aspirés par l'extérieur, leurs charnières rouillées tirant sur les gonds. Il eut à peine le temps de soulever la poignée de fonte qu'ils s'écartèrent avec violence pour venir frapper contre le crépit de la maison. Remus poussa un couinement surpris et manqua de tomber à la renverse avant de se rattraper in extremis.

Il crut qu'il allait se faire attaquer mais rien ne vint.

Dehors, un vent puissant balayait les plaines de l'Anglesey, couchant au sol les haies qui bordaient la maison. Dans les champs environnants les plantes déracinées formaient d'étranges farandoles, dansant dans des tourbillons de poussières à quelques mètres du sol.

Les volets claquèrent bruyamment mais Remus ne réagit pas, affichant une moue déçue alors qu'il s'installait en tailleur sur le rebord.

"Pas de poltergeist."

Pas de poltergeist, non. Ce n'était pas ce soir qu'il allait pouvoir faire ses preuves.

Le ciel parfaitement dégagé était éclairé par une lune pleine. Serrant sa peluche contre lui, Remus resta un long moment à contempler la nuit. Sa mère détestait cet endroit. Elle disait que c'était un "trou perdu" et avait hâte que son père finisse ses recherches sur les apparitions spectrales de la région pour pouvoir s'installer de nouveau sur Cardiff. Remus souhaitait au contraire qu'ils restent ici toute leur vie. Il aimait jouer dans les pâturages et se balader dans les bosquets. Pêcher des têtards et construire des cabanes. Il était le seul enfant du coin mais cela ne le dérangeait pas. Son imagination lui tenait compagnie. Barney aussi.

Les yeux de Remus errèrent le long du chemin de terre qui partait de sa maison pour ensuite se perdre dans les talus. Ses parents n'aimaient pas qu'il s'aventure dehors tout seul à cause des esprits qui rôdaient dans les environs. Depuis quelques mois, son père étudiait les gwyllgis, des chiens fantômes extrêmement dangereux qui apparaissaient une fois la nuit tombée pour attaquer les voyageurs égarés. On disait que leurs yeux luisants pétrifiaient de peur quiconque les croisait. Sa mère était terrifiée à l'idée que de tels fantômes puissent hanter le jardin. Remus, lui, n'avait pas peur. Enfin pas trop. Il attendait même avec impatience le jour où il pourrait en voir un de ses propres yeux.

Une nouvelle bourrasque ravagea le jardin et Remus grimaça en sentant l'air froid s'engouffrer dans ses vêtements. Il devait rentrer. S'il restait plus longtemps dehors, il allait encore tomber malade. S'agrippant aux gonds de la fenêtre, il se pencha maladroitement pour attraper l'un des battants, tentant de le tirer vers lui.

Ce fut à ce moment là qu'il l'entendit. Se substituant aux rafales sinistres, un hurlement guttural avait percé la nuit. Effrayé, Remus leva la tête pour observer les alentours.

En face de lui, dans le champ voisin, se mouvait une bête noire. Elle était massive, avec des pattes anormalement longues et une poitrine immense. Une crinière sombre couvrait son corps mais sa tête était nue. La lune éclairait son profil bizarre, pareil à ceux des chiens au museaux plats. Ses oreilles, presque invisibles, étaient courtes et pointues. Dans l'obscurité, ses yeux luisaient comme des phares.

Le coeur de Remus s'emballa.

"Le gwyllgi…"

Un frisson lui parcourut l'échine et Remus s'immobilisa. Le Chien des Ténèbres marchait silencieusement entre les sillons, le nez collé au sol. Est-ce qu'il cherchait une piste ? Une proie ? La créature s'était redressée sur ses pattes arrière. Est-ce que les gwyllgis pouvaient faire ça ? Son père ne l'avait jamais mentionné.

Remus plissa les yeux, tentant d'observer la bête du mieux qu'il pouvait. Elle n'avait aucun mal à se tenir debout. La truffe levée, elle demeurait immobile. Un brouillard opaque s'échappait de sa gueule, aussitôt emporté par le vent. Elle semblait respirer à pleins poumons. Humer le vent.

Humer le vent…

Elle était en train de chasser.

Remus lâcha le panneau de bois et recula lentement. De là où elle était, la créature pouvait le voir. Et, même si son père jetait chaque soir divers sorts de protection anti-spectres autour de la maison, mieux valait ne pas se faire remarquer.

Ses pieds remuaient dans le vide à la recherche du tabouret quand les volets vinrent se rabattre l'un contre l'autre dans un grincement strident. Remus étouffa un cri en portant une main à sa bouche. Est-ce que le gwyllgi l'avait entendu ? Il ne prit pas le temps de s'en assurer. En proie à une brusque décharge d'adrénaline, il se laissa tomber en arrière et atterrit lourdement sur le sol. Ignorant la douleur, il se releva d'un bond pour se jeter sur la vitre, se dépêchant de la fermer. Une fois la fenêtre verrouillée, Remus courut jusqu'à son lit pour plonger la tête la première sous les couvertures.

Quand il fut bien à l'abri, il se roula en boule et ferma les yeux, répétant de nouveau à voix basse :

"Contre la peur, un seul remède : le courage."

Il ne devait pas avoir peur, non. Papa protégeait la maison tous les soirs et c'était un "expert de renommée mondiale". Il n'y avait rien à craindre. Même s'il l'avait vu, le gwyllgi ne pourrait pas approcher. Il était en sécurité.

Remus tendit la main à la recherche de Barney. Il voulait le serrer contre lui. Lui dire de ne pas s'inquiéter. Mais le petit fantôme ne se trouvait pas à ses côtés.

Oh non, Barney !

Il avait dû l'oublier sur le rebord de la fenêtre !

Remus se redressa, gigotant dans son lit alors qu'il tentait de se dépêtrer des draps. Barney ! Il fallait retrouver Bar…

Qu'est-ce que c'était ?

Derrière la fenêtre, Barney semblait flotter, son petit corps blanc s'agitant au-dessus du rebord.

Non... Ce n'était pas Barney qui bougeait.

Une main noire et longue l'enserrait et s'amusait à le soulever dans les airs.

Remus se raidit, à la fois terrorisé et fasciné par le spectacle qui se jouait devant lui.

Il y eut un mouvement et la lune disparut, comme dévorée par une soudaine éclipse. Le paysage fut envahi par l'ombre. À travers la vitre, deux yeux brillants apparurent, dévisageant l'enfant.

Remus voulut crier mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il resta debout à observer la bête. Est-ce qu'elle avait toujours été aussi grande ? De loin, elle lui avait semblé n'être pas plus grosse qu'un simple chien. Maintenant, elle lui paraissait gigantesque.

Contre la peur, un seul remède : le courage.

L'enfant serra les poings. Sa bouche s'ouvrit et se ferma plusieurs fois avant qu'il ne réussisse à péniblement articuler :

"Tu... peux pas... rentrer…"

De l'autre côté, la créature ne bougea pas. Remus s'enhardit, reprenant un peu plus fermement :

"Tu peux pas rentrer."

Le gwyllgi continua de l'observer en silence. Lentement, son corps se décolla du verre et il disparut l'espace d'un court instant... avant de se précipiter sur la fenêtre pour lui donner un grand coup de tête.

Le châssis craqua et des morceaux de bois volèrent dans toute la pièce. Le visage livide, Remus dut se rendre à l'évidence.

Il avait eu tort.

La bête donna un second coup et la fenêtre s'ouvrit en grand, des débris de verre tombant sur le sol. Remus voulut fuir mais il était trop tard. Le monstre avait sauté avec souplesse par-dessus le rebord pour venir s'interposer entre son lit et la porte de sa chambre.

Cette fois-ci l'enfant appela ses parents d'une voix étranglée avant de se laisser tomber sur le matelas. Il tira la couette sur lui puis rampa en tremblant sous ses coussins. Il ne pouvait plus rien faire. La bête allait le dévorer. Il pouvait entendre ses griffes rayer le parquet alors qu'elle approchait.

De grosses larmes coulèrent sur ses joues et il ferma les yeux de toutes ses forces. Au pied du lit, la couette se souleva et Remus se figea quand il sentit une fourrure chaude frotter contre ses pieds.

Le poids de la bête écrasa son corps et il crut mourir. Elle sentait la forêt et la terre. L'herbe et le vent. Un souffle brûlant caressa la poitrine de l'enfant mais rien ne se passa. Seuls les coussins se soulevèrent légèrement et Remus sentit le tissu duveteux de Barney frotter contre sa joue.

Il ne comprenait plus rien.

Contre la peur, un seul remède : le courage.

Lentement, Remus se saisit du fantôme avant sortir la tête de sous son édredon. Sa gueule énorme posée contre son ventre, le gwyllgi le devisageait avec curiosité. Il ne ressemblait à aucune des photos que son père lui avait montrées. Lui était énorme, avec un pelage de loup et une tête singulière, au nez épaté et aux lèvres pleines. Il y avait quelque chose d'étrangement humain dans son expression, la façon que ses yeux avaient de sonder son âme. Hypnotisé par cette apparition, Remus soutint son regard. Sous les linges de lit qui formaient autour d'eux une tanière, il régnait une atmosphère sourde, presque paisible.

Pendant un court instant, toutes ses peurs se turent.

"Mais puisque je te dis que j'ai entendu du bruit, Lyall ! Il y a eu un bruit de verre brisé ! Je vais voir si Remus va bien et toi va inspecter la… OH MON DIEU ! LYALL !"

Tout s'enchaîna très vite. Il y eut d'abord un mouvement vif de l'œil. Puis des dents, une odeur de sang et une douleur insoutenable au niveau de sa cuisse. Remus fut tiré hors de son lit et son corps heurta violemment le sol sous les cris terrifiés de sa mère.

Lui aussi aurait aimé hurler mais la terreur le rendait muet.

Il ne voulait pas mourir.

Son corps glissa sur le parquet de sa chambre et il sentit des éclats de verre se planter dans son dos. Puis il y eut un choc brutal et une odeur de nuit. Les cris de ses parents s'estompèrent, engloutis par les ténèbres et des étoiles défilèrent à toute vitesse au-dessus de sa tête.

S'il vous plaît, il ne voulait pas mourir…

Les doigts de Remus se resserrèrent autour de Barney et il ramena contre lui le petit fantôme, maintenant tâché de boue. Derrière les arbres, la nuit l'observait au travers de la lune, oeil unique et brillant qui surplombait la plaine. Sa vision arracha pour la première fois une plainte à l'enfant.

Elle luisait comme le regard du gwyllgi.

Elle luisait comme le regard d'un loup.