"La grande différence entre l'amour et l'amitié, c'est qu'il ne peut y avoir d'amitié sans réciprocité."
Michel Tournier
La salle de métamorphose était empreinte d'une atmosphère austère et studieuse qui avait toujours impressionné Sirius. Elle lui rappelait en fait sa propre maison, avec ses bibliothèques en bois sombres, remplies de volumes anciens et de parchemins soigneusement empilés, recelant de savoirs perdus dont plus personne ne se souciait. La même sensation d'ennui l'enveloppait, si dense, si lourde que bien souvent, Sirius était incapable de faire autre chose que de fixer les yeux mi-clos une fenêtre ou un mur, comme s'il était sur le point de s'endormir.
Pour une fois, la situation dans laquelle il se trouvait le maintenait parfaitement éveillé. L'angoisse lui agrippait l'estomac tandis qu'il s'asseyait sur un des fauteuils de cuir faisant face à l'immense bureau de leur professeur. Ses mains devenues moites glissaient sur les accoudoirs, de toute façon bien trop petits pour lui, et il ne pouvait empêcher sa jambe de s'agiter, les battements irréguliers de son pied résonnant dans le silence oppressant de la salle. De son côté, Peter s'était tassé sur lui-même, semblant presque se fondre avec l'assise du siège. Il évitait tout contact visuel et se bornait à fixer le vieux globe terrestre posé devant le tableau en se mordant la lèvre inférieure. Seul James, qui patientait entre ses deux camarades, se montrait étonnamment calme. Un comportement que Sirius jugeait de plus en plus inquiétant.
La colère que Sirius avait ressentie en le voyant entrer plus tôt dans l'infirmerie avait vite laissé place à une grande confusion. Il n'était pas sûr de comprendre ce à quoi il avait assisté, mais une chose était certaine : celui qui les avait rejoints à l'infirmerie n'était pas James. Son regard, les traits de son visage, sa démarche, même le ton de sa voix lorsqu'il s'était adressé à Rogue, tout chez lui avait paru différent, empreint d'une colère que Sirius ne lui avait jamais connue. Il en était venu à se sentir soulagé quand McGonagall était intervenue pour les emmener tous les trois dans son bureau. Sans elle, James aurait sûrement fini par broyer l'épaule de Rogue en petits morceaux.
Mal à l'aise, Sirius jeta un nouveau coup d'œil à James. La tête renversée en arrière, il contemplait les voûtes en pierre du plafond et paraissait perdu dans ses pensées. La vision arracha à Sirius un petit grognement. Il n'y avait rien à faire, il ne reconnaissait toujours pas son meilleur ami, James, le sale gosse insouciant, toujours prêt à faire les quatre cents coups. Le garçon assis à ses côtés était un étranger.
Sirius savait que c'était en partie sa faute. Il n'aurait pas dû se montrer aussi dur avec James hier soir. Il aurait mieux fait d'écouter Peter quand ce dernier lui avait dit qu'il s'était passé quelque chose de grave. Il avait visiblement laissé passer une information importante. James avait raison, quand il s'agissait de Remus, Sirius finissait toujours par s'emporter. Il perdait le sens des priorités.
Peter avait dû l'entendre grommeler puisqu'il dévisagea à son tour James avant d'échanger avec lui un regard concerné. Sirius s'était aussi déchaîné sur lui hier soir, mais il ne semblait pas lui en vouloir. Il en ressentit une certaine culpabilité. James et lui avaient de fortes personnalités et, pour le bien du groupe, Peter se retrouvait souvent à faire tampon entre eux, devenant malgré lui une victime collatérale de leurs disputes. Certes, Sirius le trouvait parfois exaspérant, mais il devait avouer que Peter se donnait continuellement du mal pour faire plaisir à tout le monde. Il avait d'ailleurs toujours été plus attentif que James à Remus. Probablement parce que c'était ce dernier qui avait insisté pour qu'ils le prennent sous leur aile. Sirius n'avait jamais vraiment compris pourquoi, mais si Remus avait trouvé Peter spécial, cela valait peut-être le coup de se montrer plus gentil avec lui à l'avenir…
"Permettez-moi de vous dire que je suis profondément déçue par votre comportement !"
McGonagall n'avait même pas attendu de s'asseoir pour commencer à les engueuler, ce qui, connaissant son amour pour les protocoles, était déjà très mauvais signe. L'escalier de l'estrade grinça sous ses pas et elle ne tarda pas à prendre place dans son grand siège en bois. La mine revêche, elle dévisagea tour à tour les trois Maraudeurs avant de se pencher vers eux, plus furieuse encore.
"Comment avez-vous pu vous conduire de la sorte et provoquer en une seule soirée non pas un mais deux accidents qui auraient pu coûter la vie à d'autres élèves ! Vous, Monsieur Potter !" cria-t-elle de nouveau en désignant James qui en retour quitta le plafond des yeux pour lui faire face. "Je sais que vous ne vous entendez pas avec Monsieur Rogue. Mais, jamais je ne vous aurais pensé assez sot pour vous battre avec lui ! Vous l'avez fait passer par-dessus la rambarde des escaliers, Monsieur Potter. Il est tombé de plusieurs étages ! Vous auriez pu le tuer si Madame Pomfresh n'avait pas été là ! Êtes-vous au moins conscient de cela ? Et, voilà que je vous trouve en train de l'empoigner quand je viens de bonne grâce vous chercher à l'infirmerie alors que je vous avais pourtant donné rendez-vous dans mon bureau ! Décidément, vous cherchez les ennuis ! Je vous le répète : est-ce que vous réalisez à quel point votre comportement est dangereux et inapproprié ?"
"J'en suis parfaitement conscient, oui", répliqua James avec une froideur qui fit hausser un sourcil à la directrice. "Je n'avais pas pour but de bousculer Rogue ce matin. J'étais en train de m'excuser quand vous êtes arrivée. Quant à hier, si la chute de Rogue était un accident, il n'empêche que c'est moi et moi seul qui l'ai provoquée. Je suis donc responsable."
"Ce n'est pas James qui a porté le premier coup", intervint Peter d'une voix tremblante, cherchant à s'expliquer. "C'est Rogue qui l'a frappé en premier. D'ailleurs, je n'ai rien à voir non plus avec cette histoire ! Je suis juste témoin des faits !"
Voilà, c'était exactement pour ça que Peter lui sortait parfois par le nez. Sirius n'avait rien contre le fait qu'il soit timide et peu sûr de lui, mais il ne supportait pas de le voir se défiler à la moindre occasion. Peter était toujours dépassé par les évènements, affichant à chaque fois la même posture affaissée, le même regard fuyant tandis qu'il cherchait à s'extirper à tout prix des problèmes dans lesquels il s'était fourré, abandonnant ses amis au passage. Ils avaient pourtant été clairs avec lui dès le début : les Maraudeurs encaissaient ensemble les conséquences de leurs actes. Aucun d'eux n'avait le droit de se dédouaner des actions commises par le groupe, même s'il n'y avait pas activement participé. Il fallait que ce soit un autre Maraudeur qui le disculpe. Une règle importante que Peter oubliait trop souvent au goût de Sirius…
"C'est Rogue qui a foncé sur James !", continua Peter, ignorant Sirius qui roulait des yeux. "Les deux sont tombés de la rambarde, j'ai juste réussi à retenir James en lui jetant un sort. D'ailleurs, rien de tout ça ne serait arrivé si Mulciber n'avait pas-"
Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, James posa fermement sa main sur l'épaule de Peter, lui intimant de se taire avant de reprendre :
"Rogue m'a frappé parce que je l'ai incité à le faire. Je me suis moqué de lui par rapport à ce qu'il s'était passé en cours de potion. C'est aussi ce qui a incité Mulciber à se moquer de moi. Je maintiens que tout est de ma faute. C'était stupide. Je n'aurais pas dû le faire."
Il était clair pour Sirius que James mentait. Non pas parce qu'il mentait mal -James avait toujours été un expert dans ce domaine- mais parce que, derrière lui, Peter se tortillait dans tous les sens, en proie à une profonde frustration. McGonagall le remarqua aussi et elle interrogea silencieusement Peter du regard avant de reporter son attention sur James, parlant plus calmement cette fois-ci : "Vous êtes sûr que c'est ce qu'il s'est passé, Monsieur Potter ?"
"Sûr et certain."
Il y eut un silence durant lequel les deux s'affrontèrent du regard. Les yeux d'un bleu perçant de McGonagall fouillaient le visage de James à la recherche d'une faille, mais, à son grand désarroi, il demeurait aussi expressif qu'un bloc de granit. Secouant lentement la tête, elle reprit son discours :
"Je suppose que vous vous doutez que, si ce que vous me racontez est bien la vérité, vos parents en seront informés. Vous aurez de plus une retenue de deux semaines et vous devrez rédiger un rapport sur les dangers des provocations et des confrontations physiques. Sans parler du fait que si je vous surprends à refaire une chose pareille, vous serez passible de mesures disciplinaires, voire d'un renvoi temporaire. Bien sûr, je suis aussi obligée de retirer 100 points à Gryffondor... ", son ton s'était fait amer et il sembla à Sirius qu'elle se punissait elle-même en disant cela. "Je pourrais même vous priver de jouer le prochain match de Quidditch de la saison… "
Elle avait jeté sa dernière phrase comme un appât à la mer, probablement dans l'espoir que James deviendrait furieux à l'idée de rater un match et lui raconterait ce qu'il s'était réellement passé. Une idée loin d'être bête, d'autant plus que le premier match opposait Gryffondor à Serpentard. Peter se dandinait encore dans son siège, prêt à tout déballer à l'instant où James l'y autoriserait.
À leur grande surprise, cependant, ce dernier n'eut aucune réaction. Concentré sur un fil de laine qui dépassait de la manche de son uniforme, il approuva simplement le choix de la directrice d'une voix atone :
"Je ne m'y opposerai pas."
Cette fois-ci, McGonagall et Peter partagèrent la même expression sidérée avant de se tourner vers Sirius en quête de réponses. Qu'est-ce qu'il en savait, lui ? Il n'était pas le référent de James ! Bon, d'accord, normalement, il aurait dû savoir ce qu'il se tramait dans son petit cerveau. Mais, là, même lui était dépassé par les évènements. Il avait l'impression qu'une vieille goule sans âme avait pris la peau de James pour se la mettre sur la tête. James qui acceptait sans broncher de ne pas jouer un match alors qu'il était capable de se mettre dans tous ses états quand il ratait un entraînement ? Cela n'avait aucun sens. On marchait sur la tête. Qu'est-ce qu'il avait bien pu se passer dans ces maudits escaliers pour que James soit prêt à se sacrifier de la sorte ? Peter avait intérêt à tout lui raconter une fois sorti de ce bureau.
Désemparé, Sirius haussa les épaules en relevant ses mains. La réponse ne satisfit évidemment pas leur professeure qui, pour toute réponse, vint caresser de son pouce son menton pointu avant de soupirer :
"Très bien. Nous en reparlerons. Vous êtes autorisé à participer au prochain match, mais les punitions citées précédemment restent valables. Venons-en au deuxième incident qui vous concerne cette fois tous les trois. Votre tentative, aussi irréfléchie que dangereuse, de vous transformer en animagi."
Peter lâcha un grand "Oh !" avant de se tourner vers les deux autres Maraudeurs, à la recherche du "traître" - ce qui était plutôt ironique vu ce qu'il avait fait juste avant - et Sirius se recula dans son fauteuil, soudainement mal à l'aise.
"Je vous jure que j'ai été obligé de le leur dire !", se défendit-il tant bien que mal. Il chercha un appui chez James, mais ce dernier se contenta de le fixer du coin de l'œil, toujours silencieux. "Ç'a été un fiasco ! Je suis resté coincé des plombes avec juste une tête de chien ! J'aurais pu y passer !"
"Évidemment que vous auriez pu y passer !", s'exclama McGonagall d'un ton cinglant, reprenant les paroles de Sirius. Les mots sonnèrent étrangement dans sa bouche, contrastant avec le langage châtié qu'elle employait habituellement. "La métamorphose en animagus est un processus complexe et extrêmement risqué ! Vous auriez pu mettre votre vie en danger ! La potion, mal réalisée, aurait pu se transformer en un poison mortel ! Votre corps aurait pu rejeter cette transformation et subir des dommages irréversibles ! Vous auriez pu rester piégé dans cette forme animale pour le reste de votre existence ! Sans parler de l'incendie qui ne se serait jamais déclenché sans vos actes irresponsables ! Vos bêtises auraient pu vous coûter non seulement votre vie, mais aussi celle de votre camarade ! Les flammes auraient pu se propager rapidement et atteindre le château. Vous avez mis en danger la sécurité de tous les élèves de cette école. C'est inadmissible !"
Elle fixait les trois garçons avec fureur, accentuant chaque mot pour souligner la gravité de la situation.
"Comment avez-vous pu imaginer que vous pourriez réussir cette transformation en vous basant sur des informations fragmentaires, dont les sources n'ont même pas été vérifiées ? Pire, comment avez-vous pu penser qu'avec des compétences en potion catastrophiques comme les vôtres, et une aptitude à la métamorphose au mieux piètre pour Monsieur Pettigrew ici présent, vous auriez pu réussir à devenir des animagi ? Votre confiance démesurée dans vos capacités magiques est tout simplement inconcevable… Mais, qu'est-ce qui vous a pris, je me le demande… Bien évidemment, je vais devoir sévir. Cela vous coûtera 50 points chacun. Sans compter la semaine d'heures de retenue que vous devrez effectuer."
Excédée par la situation, elle marqua une pause pour refaire son chignon, pourtant déjà parfaitement plaqué, avant de faire apparaître d'un coup de baguette du thé fumant devant elle. Sortant un pot de sucre et une cuillère à café d'un de ses tiroirs, elle en ajouta avec délicatesse dans le breuvage avant de remuer patiemment, observant le résultat d'un air impassible. En face d'elle, Sirius et Peter se battaient du regard par-dessus la tête de James, chacun tentant de convaincre l'autre de prendre la parole en premier. En tant normal, Sirius n'aurait jamais lâché l'affaire, juste pour le plaisir de forcer ce couard de Peter à enfin assumer ses responsabilités. Cependant, c'était à cause de sa transformation ratée qu'ils étaient dans cette situation et, quand Peter finit par accompagner ses haussements de sourcils exaspérés d'un doigt accusateur, Sirius s'avoua finalement vaincu.
"Nous… Nous avons compris que ce que nous avons fait était mal… Nous nous excusons… Nous étions juste si excités à l'idée de pouvoir devenir des animagi… Vous savez, nous avons fait ça pour Remus… ", déclara-t-il d'une voix hésitante, craignant que cette explication empire leur cas. "Nous ne voulions plus qu'il soit seul les nuits de pleines lunes et nous avions vu en cours que les loups-garous n'étaient agressifs qu'envers les humains… Nous voulions juste le soutenir à notre manière. Il n'est même pas au courant de notre projet..."
"Je ne critique pas vos intentions", répondit McGonagall d'une voix lasse. "Je critique votre méthode. Nous sommes à Poudlard, une école respectée où la sécurité des élèves est une priorité absolue. Vous devez apprendre à suivre les règles qui encadrent la pratique de la magie. Si vous ne le faites pas, vous échouerez toujours, en plus d'être un danger pour les autres. Promettez-moi de ne plus rien faire d'imprudent. Il vous faudra écouter attentivement la moindre de mes instructions si vous voulez réussir ce défi..."
Elle avait dit ça entre deux gorgées de thé et il fallut quelques secondes pour que l'information pénètre l'esprit de Sirius.
"Attendez… Vous… Vous allez nous aider ? VOUS ALLEZ VRAIMENT NOUS AIDER !" s'écria-t-il en se redressant brusquement. Dans son empressement, ses jambes heurtèrent violemment le bureau, manquant de le pousser contre les pauvres genoux de son professeur. Cela importait peu à Sirius, qui essayait plutôt de se pencher par-dessus le meuble pour enlacer la femme. Et, quelle femme ! C'était sa nouvelle déesse ! Leur Sauveuse ! Et dire qu'il avait osé la critiquer durant toutes ces années alors qu'elle était l'être le plus formidable de l'univers !
"OH, MERCI ! MERCI BEAUCOUP, PROFESSEUR MCGONAGALL ! VOUS ÊTES VRAIMENT LA MEILLEURE ! VOUS ÊTES MON PROFESSEUR PRÉFÉRÉ ! ON DEVRAIT VOUS ÉCRIRE UNE ODE QUE TOUT LE MONDE CHANTERAIT DANS LE CHÂTEAU !"
À côté d'eux, Peter laissa aussi exploser sa joie, remerciant chaleureusement McGonagall et lui promettant de faire tout ce qu'elle lui dirait. Même James avait réagi. La déclaration de McGonagall l'avait fait se redresser et c'était la main sur le cœur qu'il lui faisait part de sa reconnaissance : 'Merci beaucoup, professeur. Nous nous montrerons digne de votre confiance.'
"Soit, soit !", s'écria McGonagall, esquivant tant bien que mal les tentatives d'embrassades de Sirius, tel un chat anxieux repoussant les bras d'un enfant.
Finalement, elle fut contrainte de fuir son propre bureau, s'extirpant avec difficulté de son siège. D'un geste de la main, elle intima à Sirius de se calmer.
"Monsieur Black, je vous en prie, reprenez-vous ! Nous avons encore un grand nombre de sujets à aborder. Il est impératif de rester concentrés."
Elle fit quelques pas en arrière, réajustant sa robe avec dignité avant de se racler la gorge, prête à reprendre le contrôle de la situation.
"Maintenant, rasseyez-vous tous et écoutez-moi attentivement."
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C'était le pas léger que Sirius était sorti du bureau de McGonagall. Certes, ils avaient été collés pendant une semaine – un mois pour James, qui avait accumulé deux punitions à cause de son altercation avec Severus – et fait perdre pas moins de 250 points aux Gryffondors, seulement deux mois après la rentrée, ce qui allait leur valoir la haine de leurs camarades. Mais, cela n'avait aucune importance. Ce qui comptait réellement, c'était que McGo' allait les aider ! Elle leur avait expliqué en détails comment tout allait se dérouler et elle pensait pouvoir rassembler tous les ingrédients d'ici à deux semaines ! Finies les expériences foireuses, ils allaient enfin avancer ! Elle avait beau avoir souligné que le processus pour devenir animagus leur prendrait des années, Sirius était convaincu que son talent naturel pour accomplir des choses interdites lui ferait facilement surmonter les difficultés. Après tout, les animagi devaient se déclarer au Ministère de la Magie, non ? Ils étaient techniquement des hors la loi. Avec la complicité d'un professeur de Poudlard, en plus de ça. Il fallait avouer que c'était excitant !
Il eut l'envie de s'approcher de Peter pour lui rabâcher une fois de plus à quel point il était heureux de la tournure que prenaient les événements. Cependant, en voyant James marcher devant eux, la tête baissée, il décida de changer de sujet.
"Peter, qu'est-ce qu'il s'est passé hier ?"
Peter jeta un regard nerveux en direction de James et ralentit le pas, cherchant à augmenter la distance entre eux pour éviter qu'il ne les entende.
"Tu savais qu'il était malade ?", finit-il par souffler à Sirius. "Genre, qu'il avait des problèmes de croissance ?"
Sirius fronça les sourcils à sa question. James, malade ? Il ne lui en avait jamais parlé. Ses parents non plus. Ils lui avaient expliqué qu'il était né prématuré et qu'ils avaient eu du mal à le concevoir, mais aucun commentaire n'avait été fait sur l'état de santé actuel de leur fils. Il était vrai que James était vraiment petit, surtout quand Sirius comparait sa carrure à la sienne, mais de là à considérer sa taille comme étant "anormale"...
"Il ne l'a jamais mentionné, non. Qu'est-ce qu'il t'a dit exactement ?"
"Il ne me l'a pas dit à proprement parler. Il a fait une remarque à Rogue et c'est lui qui l'a deviné. Apparemment, il prendrait des médicaments pour booster sa croissance. C'est pour ça que James a pris la mouche. Mulciber a commencé à se moquer de lui et il ne l'a pas supporté."
Sirius afficha une moue embarrassée et passa l'une de ses larges mains dans sa tignasse brune pour se gratter la tête, son regard toujours fixé sur le dos de son meilleur ami.
"Tu penses qu'il faudrait lui en parler ?", demanda Peter. "Vu comment il a réagi hier, je ne sais pas si ce serait une bonne idée, mais on ne peut pas le laisser comme ça… "
"Je m'en occupe", répondit simplement Sirius.
Il donna une tape sur l'épaule de Peter qui se voulait amicale, mais eut pour seul effet de faire flancher le dernier des Maraudeurs. Oups. Sirius devait vraiment apprendre à maîtriser sa force colossale, sinon il finirait par blesser quelqu'un involontairement. Il ne voulait pas risquer de briser Remus en deux en voulant l'enlacer. Enfin, pour en arriver là, il faudrait déjà que Remus accepte ses avances et c'était pas gagné…
S'excusant platement d'un geste de la main, Sirius s'éloigna de Peter pour rattraper James en quelques enjambées.
"Hé", lança-t-il à son adresse.
Pour toute réponse, James accéléra. Sans déconner ? Il pensait pouvoir marcher plus vite que lui ? Sirius ne faisait qu'un seul pas quand James en faisait deux.
"Tu comptes me dire un jour pourquoi t'as autant les boules ?", insista Sirius. "Qu'est-ce qu'il se passe ? J'aime pas te voir comme ça."
"Ça ne te regarde pas."
Sirius ne se laissa pas démonter et il agrippa fermement l'épaule de son meilleur ami, l'obligeant à ralentir sa cadence. Bien sûr que si, ça le regardait. Tout ce qui concernait James le concernait aussi et vice versa. Il en était ainsi depuis leur première année. Le seul sujet que Sirius avait gardé secret était son amour pour Remus, de peur que James lui explique qu'il devait lâcher l'affaire. Il n'était pas encore prêt à faire face à la réalité. Il préférait s'entêter en secret.
"Sois pas bête, James, je vois bien que tu te sens mal par rapport à ce qu'il s'est passé. D'accord, t'as déconné et ç'aurait pu très mal tourner, mais Rogue s'en est sorti. Il va bien. Je te jure qu'il va bien. J'ai passé une bonne partie de la nuit à cavaler dans les couloirs avec lui. Enfin, lui ne courait pas vraiment parce qu'il était en fauteuil mais-"
"Je te demande pardon ?"
James s'arrêta brusquement, se libérant de l'emprise de Sirius pour lui faire face. Son front n'atteignait même pas ses pectoraux, mais l'agitation qui le parcourait lui conférait soudainement une aura si imposante que Sirius se recula instinctivement.
"Hé, calme-toi", dit-il d'une voix apaisante. "C'était pour aider Remus. Il a paniqué hier soir et il a embarqué Rogue de force dans les couloirs à la recherche de Dumbledore."
Sirius n'était pas sûr que "paniqué" soit le bon mot. En fait, vu la description que lui avait fait Rogue de la situation, il était persuadé que l'expression appropriée serait plutôt "pété un plombe, mais quelque chose l'empêchait de parler en ces termes. L'idée que Remus aie pu craquer en grande partie par sa faute y était sans doute pour beaucoup. Sirius n'avait pas envie de l'afficher devant leurs amis alors que tout était sa faute.
De toute façon, ce n'était pas comme si Remus allait de nouveau faire ce genre de crise, non ?
Putain, il espérait vraiment que non…
"Je suis arrivé quand Rusard leur est tombé dessus", reprit-il. "Je… "
Il vérifia qu'aucun autre élève ne trainait dans le couloir avant de reprendre à voix-basse :
"C'est moi qui ai mis KO le concierge…"
"Sans déconner, c'est toi ?", demanda brusquement Peter qui les avait rejoints. "Tout le monde dit que c'est Peeves !"
"Peeves ?", s'exclama Sirius. "Qu'est-ce qu'il vient foutre dans cette histoire ?"
"Il a paradé dans la Grande Salle ce matin en se vantant d'avoir assommé le concierge et son chat."
Okay. Cela expliquait pourquoi McGonagall ne leur avait posé aucune question à ce sujet, mais cela restait bizarre. D'accord, Peeves était une grande gueule et il détestait Rusard, cela n'aurait rien d'étonnant qu'il cherche à s'approprier le moindre conflit pour en faire sa gloire personnelle. N'empêche, il faudrait que Sirius tire tout cela au clair plus tard...
"Non. C'est bien moi. Rogue m'a tiré de cette galère en effaçant la mémoire du concierge… Par contre, il a compris au passage que Remus était... Qu'il était…"
Il tenta péniblement de finir sa phrase avant de finalement renoncer. Remus avait toujours eu cette habitude de ne jamais employer les termes exacts pour décrire ce dont il souffrait, préférant tourner autour du pot avec une patience déconcertante. Cette tendance avait fini par affecter Sirius lui-même, qui se sentait maintenant mal à l'aise dès qu'il s'agissait d'aborder le sujet de vive voix. Comme s'il redoutait de prononcer une obscénité par mégarde.
"Enfin, vous avez compris quoi", reprit-il après un court silence.
"Attends, mais ça craint ça !", s'alarma Peter. "Ça craint à mort même ! Si jamais il se décide à balancer l'info, ça ferait scandale ! Remus pourrait même être obligé de quitter l'école !"
"T'inquiète pas pour ça, j'ai tout géré !", le rassura Sirius, se gardant bien de lui dire que c'était en vérité Rogue qui avait réglé la situation. "On a conclu un pacte de non-agression : tant qu'on s'approche plus de lui, il se la ferme. J'pense vraiment qu'on peut lui faire confiance. En plus, avec tout ce qui s'est passé, la meilleure solution pour se faire vite oublier, c'est de se tenir à carreaux. James, t'en penses quoi ? James ? Merde, ça va ?"
Les yeux humides et la bouche crispée dans une expression de douleur contenue, James s'était adossé contre le mur de pierre. Il hocha vigoureusement la tête, incapable de trouver les mots, ses émotions menaçant de le submerger s'il ouvrait la bouche. Sirius et Peter se dévisagèrent dans un silence confus. James ne pleurait jamais. Il avait toujours été étonnamment pudique avec ses émotions. Ils se rapprochèrent sans même se concerter, Peter se plaçant à sa droite tandis qu'à sa gauche Sirius tendait un pan de son long manteau, créant autour de James un petit espace protégé des regards indiscrets.
"James", parla de nouveau Sirius. "On a besoin de comprendre ce qu'il se passe. Rogue va bien, je te le promets. C'est... c'est la réaction de Lily qui te chagrine à ce point ? D'accord, elle avait l'air vraiment en pétard contre toi… Mais, tu t'es excusé, c'est déjà ça... Je suis sûr qu'en faisant des efforts, tu pourras améliorer la situation… Je ne sais pas si t'as vu, mais elle est en train de monter une sorte de club pour aider les premières années qui ont des difficultés. Une fois que tu seras plus collé, tu pourras t'y inscrire en tant que tuteur. Ce serait un bon moyen de te rapprocher d'elle… "
De nouveau, James secoua la tête dans des mouvements désordonnés et Sirius fut incapable de dire s'il niait ou affirmait ses propos. Reniflant violemment pour étouffer un sanglot, James réajusta ses lunettes avant de déclarer d'une voix éraillée :
"Je l'aime, vous savez… Je… Lily. Je l'aime beaucoup. Mais, je crois que c'est pas suffisant. Ça peut pas changer, ça, ça peut rien changer. Parce qu'il y a lui. Et lui, il est… Il me… Je… Par Merlin… Ça me fait flipper… Ça… "
Il ne termina pas sa phrase, éclatant en sanglot à la place et Sirius se dépêcha de le serrer contre lui, faisant attention de ne pas l'étouffer au passage. Il devinait que le "lui" auquel James faisait allusion était probablement Rogue. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? James avait peur que les deux finissent ensemble ?
"Qu'est-ce que t'essayes de dire ? Que Lily est amoureuse de Rogue ? Tu sais bien que c'est impossible. Je veux dire… Rogue c'est… C'est Rogue quoi !", il eut un petit rire, tentant de détendre l'atmosphère. "Si c'est le cas, il vaut mieux que tu passes à autre chose parce que cette fille a les pires goûts de la galaxie ! Pas vrai, Peter ?"
"Faudrait être aveugle pour lui trouver un truc", s'empressa de renchérir Peter.
La blague n'eut pas l'effet escompté et les pleurs de James reprirent avec une désolation qui leur tordit le ventre. Peter leva la tête vers Sirius avec une expression dépitée, articulant silencieusement la question "Putain, mais qu'est-ce qui lui prend ?".
Sirius ne sut pas quoi répondre. Il resserra simplement son étreinte autour de James, posant son menton sur sa tête tout en réfléchissant à la situation. Enfin, c'était du moins ce qu'il s'apprêtait à faire avant qu'un grand bruit métallique ne se fasse entendre et qu'une vague de froid lui parcourt le dos. L'armure située derrière lui avait soudainement pris vie et l'enserrait avec James dans une étreinte chaleureuse.
La panique s'empara du trio. Peter sauta si brusquement en arrière qu'il tomba au sol, reculant sur les fesses jusqu'à atteindre le mur opposé en poussant des cris apeurés. Sirius aurait bien aimé l'imiter pour une fois, mais il n'arrivait pas à se libérer des bras de l'armure. Dans un cri d'horreur, il plaqua le corps de James contre le sien, cherchant instinctivement à le protéger, avant de se redresser et de gonfler les épaules pour forcer leur assaillant à les lâcher. La technique sembla fonctionner, car l'armure s'effondra sur le sol dans un fracas étourdissant, libérant une forme spectrale coiffée d'un bonnet à clochettes et vêtue d'une veste orange vif.
Sirius resta bouche bée, relâchant James tout en observant la figure émerger des entrailles métalliques. Les clochettes tintèrent joyeusement alors que Peeves, la plaie de Poudlard comme l'appelaient certains professeurs à juste titre, se dévoilait dans toute sa splendeur fantomatique.
"Eh bien, eh bien, vous avez beau enchaîner les mauvais tours, je reste le roi des farces ! Moi, Peeves, je vous ai bien eus, pour une fois !" s'exclama-t-il d'une voix nasillarde, un large sourire malicieux sur le visage.
Il flotta légèrement dans l'air, ses pieds traversant le mur avant de faire semblant de prendre appui dessus, le faisant se tenir à la verticale.
"Oh, bordel de merde, Peeves, c'est pas le moment !" hurla Sirius en le foudroyant du regard.
Dommage qu'il ne puisse pas cogner les esprits. Il avait déjà un concierge d'inconscient à son actif, l'envie d'allonger la liste le démangeait.
Sa fureur attisa l'intérêt du fantôme. Avec un rictus, il s'approcha du groupe et se mit à tournoyer autour d'eux, ricanant de façon sinistre :
"Oh, regardez ça ! Le grand James Potter en pleurs à cause d'une histoire d'amour ! C'est tellement pathétique ! En même temps, difficile pour lui de se montrer à la hauteur d'une fille, à moins de se rabattre sur une première année ! Peut-être qu'une femelle gobelin voudra bien de lui, remarque. Mis à part les oreilles, la différence reste minime."
Ses yeux se braquèrent sur James dans l'espoir de la voir fondre de nouveau en larmes, mais ce dernier se montra étonnamment digne. Prenant son temps pour répondre, il remit d'abord ses lunettes droites puis essuya ses joues d'un revers de la manche avant de rajuster son uniforme.
"Crache le morceau, Peeves, qu'est-ce que tu nous veux ?", finit-il par dire d'une voix froide.
Dommage que Peeves était déjà mort. James aurait pu le tuer du regard. Il avait réussi à ne pas flancher et Sirius en fut impressionné. Si Peeves s'était adressé à lui de cette façon, il aurait probablement hurlé comme un chacal dans tout le château, incapable de contrôler sa rage, mais James n'était pas comme lui. Il avait un tempérament de leader, il savait se contrôler quand c'était nécessaire. Cela ne manqua pas de contrarier Peeves qui le toisa avec un sourire figé avant de finalement reporter son attention sur Sirius.
"En fait, je venais parler au gros molosse qui te sert de chien de garde. Pour être plus exact, je venais le féliciter pour son petit combat d'hier soir ! KO en un coup ! Impressionnant ! Tu as de l'avenir dans la boxe !"
Sirius sentit tout son sang quittait son visage à sa déclaration. Putain, Peeves savait. Il les avait espionnés hier soir et il savait. Il était foutu ! Voilà, pile ce qu'il venait de dire. Sirius n'était pas James, il ne savait pas cacher ses émotions, et la tête qu'il afficha à cette révélation sembla ravir l'esprit au plus haut point. Peeves entama un nouveau ballet autour d'eux en hurlant de rire, ne pouvant plus tenir en place.
"Rho, mais ne fais pas cette tête !", s'exclama-t-il d'un ton radieux. "Quand tes parents t'auront déshérité après ton renvoi, je suis sûr que tu pourras t'offrir un florissant avenir dans les combats clandestins ! Apparemment il y en a pas mal d'organisés dans l'Allée des Embrumes ! Je suis sûr qu'ils seront nombreux à parier sur ta pomme !"
Hilare, il entreprit d'imiter un combat, soufflant du nez entre chaque coup tout en sautillant comme un boxeur dans les airs. Sirius ne savait plus quoi dire ni quoi faire. Il s'attendit à ce que James le défende. Curieusement, ce fut la voix de Peter qui raisonna à son tour dans le couloir :
"Oh, par pitié Peeves, arrête de nous faire attendre ! Tu veux quoi ?"
Le pauvre Peter paraissait excédé. Entre ce qu'il avait vécu dans le bureau de McGo', les pleurs de James et l'intervention de Peeves, son stress avait dû atteindre son niveau maximal et il ne semblait plus capable de se retenir.
Peeves arrêta son enchaînement et lui jeta un regard en coin.
"J'ai besoin de vous pour une mission", finit-il par susurrer entre ses dents. "J'ai rendu un service à votre très cher Black en prétendant être responsable du bordel d'hier soir. Il va falloir me renvoyer l'ascenseur maintenant. Je veux que vous empêchiez une fête d'avoir lieu."
"Quelle fête ?", demanda Peter en haussant un sourcil.
"Celle du Baron Sanglant. Il compte fêter son anniversaire après le match qui opposera Serpentard contre Gryffondor. Au vu de la composition de votre équipe cette année, cet idiot arrogant est sûr que c'est sa maison qui va gagner. Il a prévu de fêter la victoire ainsi que son anniversaire dans la salle commune des Serpentards. Évidemment, je ne suis pas le bienvenu. En fait, depuis le début de l'année, il fait en sorte que je ne sois plus chez moi dans ce château. Il multiplie les attaques à mon égard. La dernière fois, il m'a poursuivi et m'a assiégé durant des jours dans la tour d'astronomie, me contraignant à rester dans un minuscule cagibi !", ajouta Peeves en serrant les poings, son visage se crispant de colère. "Il s'acharne à me désigner comme un indésirable ! Il a d'ailleurs organisé une réunion avec les autres fantômes de Poudlard pour déclarer publiquement que je n'étais pas un vrai fantôme ! Il a fait en sorte que je sois exclu de leur groupe ! D'ailleurs, plus aucun fantôme ne me parle depuis ! J'ai même entendu dire qu'il comptait faire une piñata à mon effigie pour sa petite soirée Ce gros prétentieux qui n'arrête pas de se targuer d'être le fantôme de la meilleure maison de l'école... S'il croit qu'il va s'en tirer comme ça ! Il est hors de question que je le laisse se payer ma tête davantage ! Ah, il ne veut pas m'inviter à sa fête pourrie ? Eh bien, il n'y aura pas de fête ! Non, mieux que ça, il n'y aura même plus de salle commune ! Je vais leur passer l'envie de rire une bonne fois pour toutes !"
Sa tirade démente s'acheva dans un parfait silence et Sirius crut qu'il allait s'évanouir.
"Mais… Mais, t'es un GROS MALADE !", finit-il par s'écrier. "Je… Tu… Merde, on peut pas faire ça ! On peut pas détruire la salle commune des Serpentards !"
"Oh", répondit Peeves d'un ton indulgent. "Vous n'êtes pas obligés de la rayer de la carte. Je me contenterai d'un grand chaos nécessitant que tous ces petits crétins aillent dormir dans leurs cachots bien aimés durant, disons, une bonne semaine. Ne me dites pas que vous n'y avez jamais pensé, je vous connais !"
Bien sûr qu'ils y avaient déjà pensé ! Foutre un énorme boxon chez les Serpentards était un fantasme qu'ils avaient depuis leur première année. En revanche, il y avait une différence entre penser à un plan machiavélique et le mettre à exécution !
"On peut pas faire quelque chose d'aussi grave !", s'emporta à son tour Peter. "Si on se fait choper, on risque une exclusion définitive de l'école !"
"Si ça te tient tant à cœur…" remarqua à son tour James. "Pourquoi est-ce que tu ne t'en occupes pas toi-même ? Tu as trop peur du Baron Sanglant donc tu nous obliges lâchement à faire tout ça à ta place ? Pourquoi est-ce que nous devrions nous mettre en danger à cause de tes faiblesses ?"
Sa réflexion le piqua au vif et Peeves poussa un grognement.
"Parce que, contrairement à certains, je ne peux me réfugier derrière mes petites potions au soufre draconite pour compenser mes failles."
Connard de Peeves. Le visage de James se tendit à sa déclaration et Sirius devina que ce que lui avait dit un peu plus tôt Peter était bel et bien vrai. James prenait un traitement en secret. Il aurait aimé l'apprendre autrement, ceci dit… Surtout que ça donnait un nouvel avantage au fantôme.
Remarquant que James s'était soudainement tu, Peeves s'enhardit.
"Quoi ? Tu es surpris que je connaisse autant de détails ? Ça commence à se savoir, tu sais. Je participe beaucoup à répandre cette information. Mais, je suis bon prince, j'arrêterais de crier ça sur tous les toits si vous m'aidez."
James ne répondit pas, se bornant à la place à fixer ses chaussures. Sirius avait du mal à savoir si c'était par colère ou par honte et il posa une main amicale sur son épaule, la pressant entre ses doigts pour lui rappeler sa présence.
"Et si vous ne le faites pas" reprit Peeves avec un sourire narquois, pointant Sirius du doigt. "Je déballerai tout ce qui s'est passé hier soir au directeur et votre grand dadais préféré écopera d'un renvoi. À vous de choisir, l'exclusion de Monsieur Black ou la blague du siècle !"
"Ça serait pas plus con que je me fasse exclure… ", marmonna Sirius.
Putain, voilà, Sirius en était de nouveau là. Il mettait tout le monde dans la merde avec ses conneries. D'abord, Remus, puis Rogue, et maintenant James et Peter… Sûrement qu'il méritait réellement de se faire renvoyer. Il pourrait mettre fin à ce cirque en se dénonçant par lui-même et se rendre utile, pour une fois. Ce serait un dans un dernier acte de bravoure qu'il quitterait Poudlard avant de fuir sa maison par peur des représailles de ses parents. Il vivrait ensuite chez son oncle Alphard, et si ce dernier ne voulait pas de lui, il pourrait faire ce que Peeves lui avait dit. Devenir un boxeur de tavernes, échangeant des combats contre des pintes au comptoir. Il se ferait connaître sous le nom de "Sirius le Déchu" et-
"Moi, je suis pas contre," bredouilla Peter. "Je veux dire, c'est à Sirius de choisir, c'est lui le responsable… "
Attendez ! Qu'est-ce que venait de dire ce gros traitre de Peter ? Quoi ? Il voulait vraiment que Sirius se sacrifie pour sauver ses vieilles fesses ? Mais c'était quoi ce coup fourré ? Trahison ! Disgrâce ! Brutus ! Judas ! AU BÛCHER !
"TU TE FOUS DE MOI PETER ! T'ES VRAIMENT PRÊT À ME LÂCHER COMME ÇA ? ESPÈCE DE COLLABO', TU RÉVÈLES ENFIN TON VRAI VISAGE !"
"Mais…", répondit Peter en se ratatinant sur lui-même et en lui servant ses petits yeux porcins. "C'est toi qui viens de dire que…"
"MAIS J'AI DIT ÇA EN PENSANT QUE VOUS VOUDRIEZ JAMAIS !"
"II est absolument hors de question que l'on sacrifie l'un d'entre nous", les coupa James alors que Sirius allait se jeter sur Peter. "Quand l'un des Maraudeurs est dans la merde, les autres le couvrent, c'est la règle. On en ferait de même pour toi, Peter."
Mais bien sûr ! Comme si Sirius allait se démener pour aider Peter pendant qu'il essayait de le jeter par-dessus bord au moindre danger ! Il ne bougerait même pas le petit doigt pour lui ! Le bougre pouvait se gratter ! Putain, il ne comprenait vraiment pas pourquoi Remus l'appréciait autant… Quel rat… Et dire qu'il s'était senti coupable de l'avoir maltraité !
"Je vois vraiment pas comment on va pouvoir faire un truc pareil ! On sait même pas comment rentrer dans la salle commune des Serpentards !", se défendit vainement Peter.
"Ah, pour ça, vous vous débrouillez", se contenta de dire Peeves, "Je ne vais pas non plus vous mâcher le travail. Ceci dit, je vous ferais remarquer qu'un Serpentard est aussi impliqué dans l'histoire… "
"Il est hors de question que l'on mêle Severus à ça", déclara subitement James. "Pas après ce qu'on lui a déjà fait subir. On se débrouillera sans lui."
"J'en déduis donc que vous marchez dans la combine", remarqua Peeves.
James soutint son regard avant de se tourner vers Sirius et Peter. En silence, il tendit sa main devant lui, paume contre le sol et Sirius sentit un grand soulagement l'envahir. James était définitivement décidé à l'aider, peu importe ce qui s'était passé entre eux. Il était même prêt à rappeler le pacte qu'ils avaient fait. Putain, il pouvait être casse-tête parfois, mais il restait le meilleur pote que Sirius n'ait jamais eu.
Sirius se pencha un peu et tendit le bras, sa main venant se poser sur celle de l'autre Gryffondor et les deux se tournèrent vers Peter.
"Je jure… " commença James comme pour le rappeler à l'ordre.
"Je jure", reprit en chœur Sirius tout en fixant Peter d'un air menaçant.
Avec une expression que Sirius jugea proche de la constipation, ce dernier hésita avant de finalement traîner des pieds pour les rejoindre, sa main recouvrant les leurs.
"Je jure", souffla-t-il d'une voix plaintive
"de marcher dans les pas de mes compagnons", continua James. "Et de rester uni face aux conséquences"
"Dans les bonnes comme les mauvaises actions", renchérit Sirius.
"À mes risques et périls, en mon âme et conscience", termina Peter avec dépit.
Le rire diabolique de Peeves qui accompagna la fin du serment résonna jusqu'au bout du couloir et Sirius sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Cette fois-ci, s'ils se loupaient, ils étaient cuits.
