Ah que coucou, chers lecteurs !

On entame avec ce passage une transition vers de nouveaux problèmes et de nouvelles scènes d'actions ! J'ai donc dû mettre beaucoup d'infos importantes dans ce chapitre. Malgré sa longueur, j'ai essayé de le rendre le plus fluide possible !

Bonne lecture !


"Nos défauts devraient nous donner une qualité : l'indulgence pour les défauts des autres."

Antoine de Rivarol


Cela faisait presque une semaine que Severus était à l'infirmerie et, s'il s'était d'abord fermement opposé à l'idée que l'infirmière le garde aussi longtemps, il devait avouer qu'elle avait eu raison d'insister. Les brûlures causées par les flammes mettaient bien plus de temps qu'il fallait à se résorber. Madame Pomfresh disait qu'elle n'en avait jamais vu de telles. Les cataplasmes et les onguents qu'elle appliquait dessus, d'ordinaire redoutablement efficaces, n'accélérait que peu la guérison. Dès lors que Severus n'était pas complètement enduit de produits, bandé et sédaté, il souffrait le martyre. Même les parties déjà cicatrisées lui faisaient parfois encore mal. Il sentait dans ces moments le feu courir sous ses veines, lui lécher la peau de l'intérieur et son cœur se mettait à battre si fort qu'il en avait des vertiges. Est-ce qu'il allait garder ces symptômes à vie ? Il espérait que non. Son existence était déjà semée d'embuches, souffrir d'un nouvel handicap était la dernière chose dont il avait besoin.

Encore étourdi par les potions que Madame Pomfresh lui avait administrées, Severus se massa le cou. Madame Pomfresh n'avait peut-être pas réussi à traiter ses brûlures, mais elle avait fait des miracles sur ses cervicales. Il n'avait plus besoin ni de minerve, ni de corset. C'était déjà ça de pris. Il en profita pour observer la fenêtre au-dessus de son lit. La lumière douce lui évoquait une fin d'après-midi. La petite horloge posée sur sa table de chevet confirma ses soupçons. À côté d'elle, une pile de parchemins attendait patiemment. Des cours à rattraper déposés chaque jour durant son sommeil. Qui les lui apportait ? Severus l'ignorait. Il avait simplement remarqué que l'écriture différait selon les matières. Certains comportaient la même graphie petite et serrée, tracée avec tant de rigidité que la plume grattait par endroit le papier, et parsemée d'abréviations obscures. D'autres, en revanche, étaient rédigés dans un style calligraphié, beau au premier abord, mais fatigant à lire en raison de lettres parfois exagérément stylisées. Severus leur préférait les copies de Lily, bien plus claires et complètes. Les seuls documents qui lui servaient vraiment étaient les brouillons de devoirs à rendre qui surmontaient occasionnellement le tas. Il croyait reconnaître les gribouillis et les taches d'encre de Mulciber. Cependant, une mystérieuse écriture enfantine s'ajoutait à certains paragraphes, corrigeant les fautes et proposant des développements que Severus jugeait très judicieux.

Un bruit de page froissée attira l'attention de Severus, qui tourna la tête. Assise à ses côtés, Lily était absorbée par la lecture d'un énorme bouquin à la couverture en cuir. Des rubans colorés jaillissaient du haut des pages, indiquant probablement des points d'intérêt. À en juger par leur nombre, Lily semblait avoir découvert une nouvelle passion, à moins qu'elle ne préparât un exposé. Intrigué, Severus plissa les yeux pour tenter de déchiffrer le titre finement gravé sur la tranche du livre : "Encyclopédie des sortilèges de guérison".

Un sourire irrépressible éclaira le visage du Serpentard. Ah, Lily… Il fallait toujours qu'elle en fasse trop.

"C'est moi ou tes lectures personnelles sont de plus en plus ennuyantes ?"

La jeune fille ne releva même pas la tête.

"C'est marrant", dit-elle d'une voix posée. "J'ai l'impression que le type qui se contente de feuilleter le même vieux manuel de potions depuis des années se permet de me juger."

La remarque arracha à Severus un petit rire. Touché.

"T'as trouvé des sorts intéressants ?"

"Plutôt, oui", répondit Lily avec entrain. "Certains nécessitent un haut niveau en magie, mais j'ai maintenant une bonne liste de sorts à apprendre. Si je m'entraine sérieusement, je pourrai devenir ton infirmière personnelle !"

Lily comme infirmière personnelle ? Il semblait à Severus que c'était déjà le cas. Chaque fois qu'il tombait malade en dehors de Poudlard, la rouquine ne rechignait jamais à prendre soin de lui, s'emparant en douce de médicaments dans l'armoire à pharmacie de ses parents. Il n'y avait jamais rien pour se soigner chez Severus. En fait, il n'y avait rien tout court. Les objets et les meubles, brisés les uns après les autres au fil des innombrables disputes entre son père et sa mère, n'avaient jamais été remplacés, faute d'argent. Les pièces désormais pratiquement vides donnaient l'impression de vivre un éternel déménagement.

Severus fit de son mieux pour chasser cette pensée de son esprit. Sa vie à Carbone-les-Mines ne devait pas à le suivre à Poudlard. Il avait beau en baver parfois, l'école restait son havre de paix.

"Avec ton talent, j'espère que tu deviendras au moins médicomage", finit-il par répondre.

"Rêve pas", pouffa Lily. "Je vais pas non plus changer mon choix de carrière pour toi. Et, arrête de toucher ta tête, tu vas te graisser les cheveux."

Elle baissa finalement son encyclopédie pour jauger la chevelure de son meilleur ami en plissant le nez.

"Tu l'utilises au moins ? La potion que je t'ai donnée ? Je l'ai prise de mon propre stock, je te rappelle ! Ça coûte une blinde !"

Severus eut un nouveau rictus. Lily aimait souffrir de défauts inventés. Dans sa liste, longue comme le bras, était apparu depuis quelque temps un problème de cheveux gras. Soit, ses cheveux pouvaient graisser un peu par moment, mais de là à en faire un complexe, il y avait tout un monde. Pourtant, elle se ruinait, rassemblant à chaque fois ses maigres économies, pour s'acheter des petites fioles chez Magic Beauty, censées empêcher ses cheveux d'avoir l'air "mouillés", comme elle disait. Severus n'avait pas envie de la pousser dans ce délire, mais, à force de la voir jeter son argent par les fenêtres, il se demandait s'il n'allait pas synthétiser une nouvelle formule juste pour elle.

"Je te remercie pour ton investissement massif dans la santé de mon cuir chevelu, mais non, je ne m'en suis pas encore servi. À quoi ça me servirait ? Je passe tellement de temps sur mon chaudron que mes cheveux graisseront de toute façon. Ce sont les vapeurs des potions qui font ça. Ça me fait pareil au visage."

"Ouais, ben, tant pis pour toi", rétorqua Lily en gonflant ses joues. "Un de ces jours, on pourra faire une sauce vinaigrette avec ta tête."

Les sourcils de Severus s'arquèrent dans une expression outrée. Ah, elle voulait jouer à ça ? Très bien.

"On aura qu'à ajouter tes mollets de coq, comme ça, ça fera une salade césar", répliqua-t-il avec un grand sourire.

La bouche de Lily s'ouvrit dans un grand "O" silencieux alors qu'elle regardait Severus, complètement soufflée. Puis son visage s'empourpra et elle se dépêcha de poser son bouquin sur le lit.

"C'est pas vrai d'abord ! J'ai… Je n'ai plus des mollets de coqs ! J'ai fait des exercices cet été ! Regarde !"

Elle ôta précipitamment sa chaussure et posa son pied sur le matelas, forçant sur sa jambe pour essayer de faire ressortir les muscles de son mollet.

"Tu vois ! Regarde, c'est un peu bombé maintenant ! Tu vois ? Juste là !"

Les deux se penchèrent pour observer en silence le bas de sa pauvre jambe qui, malgré les efforts de Lily pour la contracter, ne laissait paraître aucun galbe.

"Non, mais… C'est bien", finit par dire Severus après un silence, "Si jamais t'oublies ta règle en interro, tu auras toujours de quoi souligner les titres… "

Cette fois-ci, l'encyclopédie se posa lourdement sur le haut de sa tête et Severus couina sur le choc.

"Hé ! On vient à peine de m'ôter ma minerve, je te rappelle ! Tu veux que ça recommence ? Tu vas m'achever !"

"J'aimerais bien, oui !", cria Lily, encore rouge de honte, "C'est ta faute ! Tu peux pas me parler de mes jambes ! Tu sais que ça me complexe !"

"Ah, donc, moi, je peux pas critiquer tes mollets, mais toi, tu peux t'en donner à cœur joie sur mes cheveux ?"

"Rho, mais je voulais juste t'aider !", chercha à se justifier Lily, "Je… D'accord, j'aurais pas dû ! Je pensais pas à mal ! T'es naturellement élégant et ce serait cool que t'améliores ta présentation ! C'est tout ! Pense à tes examens et même à ton concours après Poudlard !"

"Merde, j'avais oublié qu'il fallait faire un défilé pour entrer à l'académie de potion", ricana Severus. "Tu penses que je pourrais quand même être première dauphine ?", ajouta-t-il en battant des cils.

Agacée par son attitude, Lily croisa ses bras et se laissa tomber dans le creux de sa chaise.

"Arrête de te moquer de moi ! Je sais que tu t'en fous du physique. Je… Je disais ça pour te vanner ! Voilà !"

"Ça ressemblait pas à une vanne, pourtant. Sois honnête, ça te dérange que j'ai les cheveux gras ?", demanda plus sérieusement Severus.

Il sentait qu'il avait touché une corde sensible en accusant Lily. Bien qu'il redoutait sa réponse, il ne pouvait s'empêcher d'insister.

"Bien sûr que non !", répondit Lily, presque vexée que Severus ait pu penser une chose pareille. "Je m'en fous personnellement. T'es très bien comme tu es. En plus, tu sais bien que moi aussi, j'ai les cheveux gras !"

Le roulement d'yeux magistral de Severus la força à se tempérer et elle reprit sur un ton plus hésitant :

"Enfin, moins que toi, évidemment, parce que je ne passe pas ma vie penchée au-dessus d'un chaudron… Le problème c'est… C'est les autres… Je veux juste te protéger. Souvent, j'ai l'impression qu'on te regarde de travers… Je vois bien qu'ils… ", elle parut soudainement gênée et peina encore plus à trouver ses mots, "qu'ils…"

"Qu'ils se moquent de moi ?", demanda calmement Severus. Lily avait beau faire la dure à cuire, elle manquait cruellement de confiance en elle et Severus la savait sensible aux remarques des autres. Elle absorbait avec la même émotivité les moqueries que pouvaient subir les personnes qu'elle aimait. Severus l'avait déjà vu se mettre dans tous ses états le jour où un garçon s'était moqué des formes de Mary McDonald. Il soupçonnait une forme de projection. Une manière de nourrir ses propres insécurités en s'appropriant la honte que d'autres pouvaient ressentir.

Une mauvaise habitude qu'il allait devoir lui faire perdre.

Lily n'osa pas lui répondre tout de suite, détournant le regard.

"Ouais… Je les entends parler de toi. Tu sais comme ces idiots peuvent se montrer superficiels… Bien sûr, je les fais taire dès que j'en ai l'occasion, mais je peux pas être partout à la fois. Et, comme le sujet de tes cheveux revient souvent, je me disais– "

"Lily", l'interrompit Severus. "Si ces crétins veulent se moquer de moi, qu'ils le fassent, je m'en fous. Leur opinion n'a pas d'importance pour moi. Je sais qui je suis et ce que je vaux, peu importe mon apparence ou ce que les autres disent. À la limite, si toi ça te perturbe vraiment, je peux faire un effort."

Il se retint de dire que cela lui briserait le cœur. Le reste de la planète pouvait se moquer de lui, Severus n'en avait rien à faire. Mais, l'idée que Lily puisse ressentir de la honte à cause de son apparence le blessait profondément. Il avait toujours été conscient de sa différence, que ce soit son physique ingrat ou sa passion particulière pour les potions. Savoir que cela pouvait affecter leur relation était déchirant.

La voix douce de Lily l'arracha à sa soudaine angoisse :

"T'as pas besoin de faire d'effort avec moi", souffla-t-elle pudiquement, "Sincèrement. Je t'aime comme tu es… "

Il y eut un long silence durant lequel les deux s'observèrent et Severus se demanda à quel point elle pouvait penser ses mots. La vulnérabilité qu'elle dégageait en cet instant avait beau lui donner l'impression qu'elle était sincère, il ne savait toujours pas sur quel pied danser avec elle. Que voulait-elle de lui exactement ? De quel genre d'amour parlait-elle ? Son regard fixe, sa posture inclinée vers lui, la façon dont ses doigts s'étaient mis à nerveusement triturer ses cheveux… Tout cela semblait suggérer une attente tacite, le désir qu'il fasse le premier pas, mais il n'arrivait pas à en être sûr. Peut-être que le secret pour réussir était de ne pas être sûr, justement. Peut-être qu'il devait tout parier sur une seule action, oublier ses peurs, toutes les questions qu'il se posait sur leur relation…

S'il avait eu du courage, ce serait ce moment qu'il aurait choisi pour l'embrasser.

Malheureusement, il était lâche, terriblement lâche, et il préféra reprendre comme si de rien n'était :

"Merci. Moi aussi, je trouve que tu es très bien comme tu es. Ne perds pas ton temps à te juger. De toute façon, tu ne pourras pas changer."

Lily garda le silence, continuant de le fixer et, de nouveau, Severus eut l'impression qu'elle s'était attendue à ce qu'il fasse quelque chose. Cependant, avant même qu'il ne puisse prendre une décision, elle hocha brièvement le menton avant de se renfoncer dans sa chaise, souriant amèrement.

"Je sais", répliqua-t-elle en continuant de se boucler les cheveux du bout des doigts, "N'empêche, ça t'est jamais arrivé de vouloir modifier des trucs chez toi ? Moi, ça me le fait tout le temps… J'aimerais bien être un peu différente parfois… "

"Différente comment ?", demanda Severus en soupirant, tentant comme il pouvait de cacher sa propre déception. "Qu'est-ce que tu t'es encore trouvée comme défaut imaginaire ? Ou alors, on est revenu sur les grands classiques ? "Blablabla, j'ai les cheveux trop roux !", "J'ai trop de taches de rousseur !" ?"

Lily haussa les épaules, soudainement bougonne.

"Ce ne sont pas des défauts imaginaires. D'abord, oui, j'ai trop de taches de rousseur ! On dirait que j'ai le visage orange et… Tututut ! Ne m'interromps pas !", ordonna-t-elle en pointant un doigt autoritaire sur Severus qui s'apprêtait déjà à répondre. "C'est pas ça le pire ! Je suis, je suis… ", elle poussa un grognement et ramena ses genoux contre son torse, enlaçant ses jambes. "Je suis plate comme une planche à pain. Et, ne me dis pas que c'est pas vrai ! J'ai pas de formes ! J'ai l'impression d'être un cintre. J'ai… J'ai même pas de mollets !", cria-t-elle d'un air défait. "Quand je vois Mary qui a des courbes, ça me déprime. J'aimerais être comme elle. J'ai l'impression que la vie serait, je sais pas, plus agréable. Plus simple."

Severus passa ses mains sur son visage, frottant ses paupières avant de se couvrir le nez et la bouche, las. Voilà que c'était reparti pour un tour…

"Ah putain, c'est vrai", déclara-t-il d'un ton soudainement navré, "J'avais oublié que faire du 85D était le critère numéro un pour devenir avocate au département de la justice magique… Comment tu vas faire, Lily ? Tu vas tellement galérer ! On aurait pu échanger nos carrières pour vivre chacun le rêve de l'autre, mais ça ne va pas être possible, j'ai pas de poitrine non plus !"

Le pied de Lily s'avança de manière menaçante dans sa direction.

"Sev'! Je te jure que je vais finir par te taper si tu continues !"

"C'est moi qui vais te taper", répliqua Severus en donnant une pichenette à sa chaussure. "Parce que, visiblement, t'écoutes rien de ce que je te dis ! Arrête de te dénigrer ! On s'en fiche que t'aies pas la poitrine de Miss Monde ! T'es super belle quand même ! Je veux dire, sérieusement, c'est pas comme si t'étais à des années lumières des canons de beauté d'aujourd'hui ! C'est plutôt mon cas à moi. T'es super jolie. Même avec des vrais mollets de coq, tu serais super jolie. Tu serais Miss Harpie."

Lily étouffa un petit gloussement, préférant s'entêter dans son malheur en fourrant sa tête entre ses genoux. Ce fut au tour de Severus de venir la chercher, sa main venant gentiment se saisir de la sienne.

"Hé", insista-t-il, "Tu t'imagines pas comme ça ?"

"Je pourrais te donner des coups de griffes avec. Ça serait un énorme point positif."

Les doigts de Lily se serrèrent autour de son pouce et Severus sentit son cœur battre un peu plus fort. Tout n'était peut-être pas perdu.

"Tu vois ?", dit-il en caressant tendrement la paume de sa main. "Toujours aussi belle et plus puissante encore."

"Je pourrais lacérer les fesses d'Henry Ferguson", renchérit Lily.

"Henry Ferguson ? Le préfet des Gryffondors ? Qu'est-ce qu'il a fait celui-là ?"

"C'est un gros con. Il veut pas participer au projet de tutorat que j'essaie de mettre en place. À part lui, tous les autres ont accepté. Enfin, tous sauf Malfoy, mais ça je m'y attendais. Je vois vraiment pas pourquoi Ferguson a été nommé préfet. Okay, il a de très bonnes notes, mais il est tellement énervant ! Il passe son temps à se vanter et à se moquer des autres ! Comme s'il était mieux qu'eux, avec sa coupe de caniche et ses dents tordus… Il s'est déjà payé ta tête plusieurs fois. Je suis sûre que quand je suis pas là, il se paie la mienne aussi."

"Je note", se contenta de dire Severus, soudainement plus d'humeur à rigoler.

Lily posa sa tête sur ses genoux pour mieux l'observer, sa main toujours fermement cramponnée à la sienne.

"Je sens que tu vas vouloir le lui faire payer, et, normalement, je devrais t'en dissuader. Mais il me saoule tellement que j'ai bien envie de te laisser faire pour une fois… "

Avant que Severus ne puisse lui répondre, des petits coups retentirent contre la porte de l'infirmerie, les faisant subitement s'éloigner l'un de l'autre, suivis de la voix suave de leur professeur de potion.

"Bonjour les enfants ! J'espère que je ne vous dérange pas ! Je venais prendre des nouvelles !"

Le professeur Slughorn se tenait majestueusement dans l'encadrement de la porte, vêtu comme à son habitude d'un élégant costume, aujourd'hui d'un velours vert kaki avec un nœud papillon à carreaux. Il tenait dans ses bras ce qui ressemblait à une corbeille remplie de sucreries et ce fut avec un pas plein d'entrain qu'il s'approcha d'eux.

"Monsieur Rogue !", s'écria-t-il d'un ton jovial tout en s'avançant vers lui, "Vous m'avez l'air d'avoir bien récupéré de vos blessures. Tant mieux ! Je me suis tant inquiété pour vous ! Je vois en plus que vous êtes en délicieuse compagnie", ajouta-t-il en souriant à Lily, "Miss Evans, c'est toujours un plaisir de vous voir ! Vous avez de la chance, vous pourrez goûter à ces pâtes de fruits que j'ai ramenées. Je suis expressément allé les chercher chez Honeydukes. C'est Ambrosius lui-même qui les a préparés à ma demande. Un brave garçon. Il faisait, tout comme vous, parti de mon club quand il avait votre âge. Vous le saviez ?"

"Bonjour Professeur Slughorn", le salua Severus avec chaleur, "Je suis content de vous voir ! Merci beaucoup pour votre cadeau ! Et, oui, vous nous l'aviez déjà raconté. Il était aussi doué en potion qu'en cuisine."

"Très heureuse de vous voir aussi !", ajouta Lily tandis qu'elle se levait de sa chaise pour faire de la place sur la table de chevet, "C'est vraiment gentil de votre part ! Laissez-moi vous débarrasser !"

Slughorn laissa Lily se saisir de la corbeille et, après l'avoir remercié, ramena d'un coup de baguette l'une des chaises de l'infirmerie vers lui pour s'asseoir et continuer son récit :

"Aussi doué en potion qu'en cuisine, en effet ! On pourrait penser que cela va de pair, mais je peux vous assurer que non. Ce n'est pas pour me vanter, mais c'est moi qui l'ai présenté à son premier employeur, Cicéron Harkiss, le grand pâtissier. Il cherchait un apprenti et il n'était pas sûr de qui choisir, alors, je lui ai dit, "Cicéron, mon ami, cessez de tergiverser ! Choisissez Ambrosius ! Ce petit a de l'or entre les mains !". Ah, je ne me trompais pas…"

Son regard glissa sur Lily qui s'occupait de mettre quelques pâtes de fruits dans une petite assiette et il secoua lentement la tête, visiblement perdu dans de vieux souvenirs. Quand le plat fut rempli, il se saisit de l'une des confiseries, l'observant longuement avant de souffler, admiratif :

"De l'or entre les mains, oui. Regardez-moi ces beautés… Vous savez, vous aussi, vous avez de l'or entre les mains. Tous les deux !", insista-t-il en désignant tour à tour Severus et Lily d'un geste emphatique, "Ce n'est pas pour rien que je vous ai repéré. Vous êtes destinés à faire de grandes choses. Vous l'avez encore prouvé aujourd'hui en vous relevant après un coup dur ! Je peux le voir !"

Il laissa échapper un petit rire amusé en tapotant l'encyclopédie que Lily avait laissée sur le lit.

"Ça ne m'étonne pas de vous ! C'est comme cela que les plus grands deviennent les plus grands. En ne renonçant jamais ! Dès qu'ils tombent, ils se remettent en selle ! Au lieu de se laisser aller, ils apprennent toujours des accidents qui sèment leur parcours ! C'est… C'est d'ailleurs pour cela que je suis ici… Je… Je voulais vous parler de ce qu'il s'était passé cette semaine… Hum… Une situation regrettable, néanmoins extraordinaire."

Il marqua une pause pour manger sa pâte de fruit, approuvant sa qualité en hochant le menton, les yeux clos pour se concentrer sur sa saveur. À côté de lui, Lily jeta à Severus un regard intrigué, ne comprenant pas où leur professeur voulait en venir. Severus aussi était perdu. Slughorn aimait se donner en spectacle et sa présence ici n'avait rien de bien exceptionnel. En revanche, il sentait au ton mielleux de sa voix que tout ceci n'était qu'une longue introduction à un de ses plans fantasques dont il avait le secret. L'homme avait un don pour tirer avantage de chaque situation.

"Vous vous dites sans doute "Mais de quoi ce cher Professeur Slughorn peut-il bien nous parler ?"", reprit Slughorn en avalant sa dernière bouchée. "Eh bien, je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps. Monsieur Rogue, je m'adresse principalement à vous. Vous n'êtes pas sans savoir que ce qu'il s'est passé en cours était aussi imprévisible qu'impressionnant. C'est la première fois de toute ma carrière que je vois une telle réaction se produire ! J'ai donc pris la liberté de conserver le reste de votre potion et je pense qu'analyser les ingrédients tombés dedans pour en déduire sa composition serait un sujet d'étude très intéressant. Je veux dire, ces flammes ne se sont attaquées qu'à vous. Elles n'ont blessé aucun autre de vos camarades et ont laissé intacts les meubles. Je sais que vous avez déjà commencé à travailler sur de nouvelles utilisations du soufre draconite, mais cet étrange feu bleu n'a jamais été décrit auparavant ! Il pourrait s'agir d'une découverte unique en son genre ! Vous pourriez même tenter de reproduire le processus et de voir comment il peut être exploité !"

"Attendez", le coupa Lily, "Vous êtes en train de lui demander de chercher à reproduire l'explosion qui a manqué de le tuer i peine quelques jours de ça ?"

"Non, bien sûr que non !", se dépêcha de la rassurer Slughorn en voyant son air courroucé, "D'abord, il n'est pas obligé de commencer dès maintenant. Enfin, le temps pourrait altérer la composition de la potion, donc il vaudrait mieux ne pas trainer, mais il peut s'autoriser une semaine de repos en plus ! Ensuite, il ne s'agit pas de recréer l'explosion, mais juste l'incendie ! Le feu, seulement le feu ! Bon, je conçois que pour en arriver là, il faudra peut-être passer par de nouvelles détonations mais…"

"Comment ça "mais" ?", s'insurgea Lily. "Vous lui demandez d'étudier un phénomène inexpliqué extrêmement dangereux ! Sauf votre respect, Professeur Slughorn, c'est complètement fou ! Il n'est qu'en cinquième année ! Vous ne pouvez quand même pas lui demander de reproduire ça tout seul au fin fond d'un cachot ! Qu'est-ce qu'il se passerait si un nouvel accident arrivait ?"

"Je vais le faire", décida subitement Severus.

L'expression qu'afficha Lily à sa déclaration lui fit froid dans le dos et même Slughorn sentit le besoin de s'interposer.

"Mademoiselle Evans," s'empressa-t-il de dire. "Je comprends votre inquiétude pour votre ami. Cependant, imaginez, l'espace d'une seconde, les portes que pourraient lui ouvrir ces travaux ! Le concours de l'Académie de Potion est extrêmement sélectif et met l'accent sur les recherches personnelles des candidats. Les deux tiers de la note sont attribués au projet d'étude qu'ils présentent. Alors que les inscriptions sont possibles dès la sortie de Poudlard, la majorité des participants sont des individus plus âgés, déjà dotés d'une expérience considérable. Les fraîchement diplômés ont du mal à s'imposer face à ces concurrents chevronnés. Le jury n'attend pas de simples exposés, mais des innovations," appuya-t-il en brandissant ses bras potelés dans les airs, "Des travaux nourris par des expérimentations personnelles, souvent hors norme ! En étudiant une situation jamais rencontrée auparavant, de plus arrivée par accident, et en parvenant non seulement à la reproduire, mais aussi à la maîtriser et à l'exploiter, notre cher Severus se démarquerait de la masse ! Il pourrait même être le major du concours ! S'il n'y parvient pas, il aura toujours le temps de reprendre ses premiers travaux. Comme vous l'avez vous-même mentionné, il n'est qu'en cinquième année. Il a le temps nécessaire pour expérimenter et rebondir si les résultats ne sont pas satisfaisants ! Il peut même travailler simultanément sur les deux projets. Je peux m'arranger avec Albus pour aménager son emploi du temps. Je suis convaincu qu'il acceptera. Bien sûr, je serai là pour le guider dans ses travaux, comme un tuteur. Ce serait une excellente occasion pour lui d'avoir un avant-goût des études qu'il mènera pour obtenir sa thèse !"

Slughorn conclut son discours en posant une main paternelle sur l'épaule de Severus, offrant à Lily son sourire le plus éclatant. Il avait été tellement pris dans sa tirade que son visage avait pris une teinte rosée et de fines gouttes de sueur perlaient sur son front. Dans son costume criard, il ressemblait à un artiste à la fin d'une performance, attendant l'ovation du public, le souffle court d'excitation. Severus l'aurait volontiers applaudi. Bien qu'il n'ait jamais aimé les frimeurs, il devait avouer que les capacités oratoires du directeur de Serpentard forçaient l'admiration. Il avait de plus raison sur toute la ligne. Étudier ce phénomène pourrait lui donner un avantage lors de son concours. Slughorn méritait bien sa réputation de vieux renard.

Dégainant lui aussi sa mine la plus réjouie, il se décida à affronter l'avis de Lily. Et, par Merlin, le combat allait être ardu. S'il avait été demandé à Severus de dessiner l'équivalent humain d'un Magyar à pointes, il aurait fait un portrait de Lily en cet instant précis. Elle semblait sur le point de cracher du feu par les yeux. Dire qu'elle était folle de rage était un euphémisme. Elle bouillonnait tellement qu'elle ne trouvait même plus que dire, fulminant sur sa chaise.

Son sourire de forain toujours placardé sur le visage, Slughorn se pencha légèrement vers Severus pour susurrer entre ses dents :

"De toute façon, nous n'avons pas besoin de son approbation, non ?"

"Non", marmonna à son tour Severus tandis qu'il s'efforçait de ne pas montrer sa peur, "Mais, je vais en entendre parler au moins jusqu'aux ASPIC, je le sens."

Avant que Lily ne puisse retrouver ses esprits et les incendier, la porte de l'infirmerie claqua avec fracas contre le mur, découvrant la silhouette massive de Sirius Black. C'était bien la première fois que Severus était heureux de le voir celui-là.

"Il est réveillé ?", demanda Black depuis le bout de l'infirmerie, ne se rendant probablement pas compte qu'il était en train de hurler. Comment les Black avaient-ils pu pondre un gamin aussi mal élevé ? Severus se le demandait. Surtout quand il observait son jeune frère, beaucoup plus conforme aux standards de leur noble lignée.

"Vous voyez bien que oui", lui répondit Slughorn en désignant Severus, déjà agacé par la présence du Gryffondor.

C'était l'une des raisons pour lesquelles Severus aimait tant son professeur. Il n'était pas comme les autres enseignants de Poudlard, il ne se laissait pas charmer par le comportement délicieusement immature des Maraudeurs. On reprochait souvent à Slughorn de ne valoriser que le talent, mais c'était faux. Il mettait aussi en avant l'implication et le travail acharné. Il se donnait beaucoup pour ses élèves, peu importe leurs maisons, et attendait qu'ils fassent de même. Le charme superficiel de la petite clique ne l'atteignait pas, bien au contraire. Voir les traits de son visage se tendre à leur vue donnait à Severus un sentiment de justice. Slughorn avait ses défauts et il pouvait paraître insupportable pour beaucoup, mais il était le professeur le plus juste que Severus n'avait jamais connu.

Black dévisagea Severus d'un air confus avant de presque aboyer :

"Non, pas lui, Remus !"

Il pointa du doigt le lit qui leur faisait face et Severus eut la surprise de voir qu'en effet, Remus était bel et bien réveillé. Depuis combien de temps ? Il espérait pour Lily qu'il n'avait rien entendu de sa longue plainte concernant ses complexes. Cependant, à voir son expression excédée, il devait être conscient depuis un bon moment. La capacité du loup-garou à savoir se faire oublier quand ça lui chantait était déconcertante. En fait, plus Severus passait du temps en sa compagnie, plus il le trouvait intriguant. Remus n'avait rien à voir avec le reste des Maraudeurs. Il était calme, discret, et avait beaucoup à offrir intellectuellement. C'était d'ailleurs un formidable joueur d'échecs – version moldue, Remus ne supportant pas les explosions de la version sorcière – capable d'analyser n'importe quelle situation sous plusieurs angles différents. D'abord mortifié à l'idée d'être coincé à l'infirmerie avec lui, Severus avait finalement trouvé leurs conversations rafraichissantes, loin des banalités superficielles qui semblaient occuper la plupart des gens de leur âge. Ils avaient même fini par s'épauler pour rédiger leurs devoirs respectifs.

Ils avaient étude des moldus ensemble, il faudrait peut-être qu'il l'invite lors d'un prochain travail en groupe. Lily en serait sûrement ravie. Elle l'avait beaucoup apprécié, elle aussi. Enfin, pour ça, il leur faudrait supporter Black, qui, pour des raisons assurément "sentimentales", avait aussi choisi de suivre cette option…

Le dit Black avança à grands pas jusqu'au Gryffondor, piaillant bruyamment autour de lui. Le reste de l'équipe ne tarda pas à arriver, elle aussi, Peter se faufilant par la porte, immédiatement suivi de James. Le cœur de Severus se serra à sa vue. Plus tôt cette semaine, il lui avait dit qu'il ne voulait pas qu'il disparaisse. Une phrase stupide en apparence, qui l'avait pourtant touché au plus profond de son cœur. Malheureusement, c'était aussi la dernière parole que James lui avait adressée. Il l'ignorait depuis. Il ne le regardait pas, ne levait jamais la tête vers lui. Même pour se rendre au chevet de Remus, il prenait le chemin le plus long, évitant soigneusement de passer devant son lit.

Qu'avait fait Severus pour mériter un tel traitement ? Il l'ignorait. Il espérait seulement que James faisait tout ça par gêne, et non pas parce qu'il avait pris la résolution de ne plus lui parler. Certes, c'était logiquement la meilleure chose à faire. Il n'y avait qu'à prendre un minimum de recul sur leur relation pour s'en apercevoir. Mais, James n'était pas du genre à prendre des décisions raisonnées, n'est-ce pas ?

Severus priait silencieusement pour que cet idiot soit incapable de faire un choix aussi rationnel. Il espérait que quelque part au fond de lui, James ressentait la même douleur que lui, la même tristesse à l'idée de cette soudaine séparation. Merde, voilà que le Serpentard parlait de "séparation" maintenant. C'était lui qui était en train de perdre l'esprit… Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'espérer. Peut-être, juste peut-être, cette période de silence était nécessaire pour que les choses se calment, pour qu'ils puissent trouver un terrain d'entente et recoller les morceaux… Une nouvelle relation, avec un peu moins de violence… Un peu plus, juste un soupçon en plus, de gentillesse…

Severus aussi ne voulait pas que James disparaisse… Pas de sa vie… Pas comme ça…

Pas après ce qu'il lui avait finalement avoué…

Désespéré, il leva les yeux vers James, cherchant son regard, mais ce dernier lui tournait le dos.

"Ah, Monsieur Lupin, je ne vous avais pas vu !", s'exclama Slughorn en souriant, "Je suppose que vous êtes ici pour… Oui, enfin, n'en parlons pas. Si j'avais su, je vous aurais ramené quelque chose au… Oh, mais je vois que quelqu'un s'en est déjà chargé. Une bonne initiative… "

Il s'était saisi d'un paquet posé sur la table de nuit. Il semblait à Severus qu'il s'agissait de bonbons anti-fatigue, une friandise courante chez les élèves en période d'examen. Avant que Slughorn ne puisse en dire davantage, Black se saisit à son tour du cadeau, le lui arrachant presque des mains.

"C'est de la part de qui ?", demanda-t-il abruptement, "Remus, tu sais qui te l'a donné ?"

Il avait l'air sacrément en pétard d'un coup, et Severus ne tarda pas à deviner qu'il était simplement jaloux. Il se serait fendu la poire si le Gryffondor n'avait pas paru autant à fleur de peau. Ils avaient beau avoir fait un pacte de non-agression, il était sûr que cet imbécile serait quand même capable de lui sauter dessus.

Inconscient du trouble qui s'était emparé de son ami, Remus haussa les épaules.

"Aucune idée. Je devais dormir. Je fais presque que ça en ce moment…"

"Il y a marqué quelque chose dessus, non ?", demanda Peter.

Les sourcils froncés, Black se saisit de l'étiquette pour lire l'inscription d'une grosse voix :

"Pour quand tu en auras besoin. Quand tu te sentiras mieux, je viendrai te parler. Courage. J.B"

Le mot lui fit lever un sourcil et il le relut plusieurs fois, comme s'il tentait d'y trouver une signification cachée.

"C'est qui J.B ?", finit-il par lâcher d'une voix excédée, "Tu connais un J.B, Remus ? Pourquoi tu ne nous as jamais parlé de lui ?"

"Ah, non, mais je sais pas qui c'est", se défendit Remus, étonné par la soudaine véhémence de son ami, "À part vous, je parle pas à grand monde…"

"Eh bien, en tout cas, cette personne a l'air de se soucier de vous. Peut-être que vous avez juste un admirateur", plaisanta Slughorn.

"Peut-être même une admiratrice !", renchérit à son tour Lily.

La soudaine possibilité d'une intrigue amoureuse l'avait tiré de son mutisme furieux et semblait maintenant attirer toute son attention. Severus ne put empêcher un ricanement cruel de franchir ses lèvres en la voyant s'emporter ainsi. Il connaissait trop bien Lily pour savoir qu'elle n'allait pas en rester là. Elle aimait jouer au Cupidon. Chercher qui était amoureux de qui, les mettre en relation et les aider à se confesser était son dada. Elle n'était pas toujours la plus douée dans ce domaine et certaines de ses tentatives avaient fini en véritables désastres, mais quelques couples lui devaient une fière chandelle.

En plus, si ça pouvait faire chier Black…

"Tu devrais enquêter Lily !", clama-t-il avec un entrain faussement exagéré, "Tu es très douée pour ça ! Si elle a signé, c'est qu'elle veut qu'on la retrouve ! Tu pourrais mettre en scène la rencontre !"

"Oui, tu as raison ! Je pourrais organiser un pique-nique !", s'emporta Lily, laissant apparaître tout son côté fleur bleu.

L'expression de Black valait tout l'or du monde. Le bougre était livide, comme si son âme avait quitté son corps. Remus aussi semblait au bord du malaise, visiblement guère enchanté par l'idée de Lily. Un sacrifice nécessaire si Severus voulait continuer de faire tourner Black en bourrique.

"Allons, allons", tenta de les calmer Slughorn, "Ne nous emballons pas. Miss Evans, je pense que c'est à Monsieur Lupin de décider de ce qu'il veut faire, et je ne pense pas que ce soit sa priorité du moment… Il doit d'abord se concentrer sur sa santé. Vous savez", dit-il en s'adressant cette fois directement à Remus, "La proposition pour le poste de préfet tient toujours. Nous ne sommes qu'en début d'année. Si votre santé s'améliore et que vous acceptez finalement, nous pourrons aménager votre emploi du temps… "

"Le poste de préfet ?" demandèrent en chœur les Maraudeurs, incrédules.

"LE POSTE DE PRÉFET !" rugit à son tour Lily, "ATTENDS, ON T'A PROPOSÉ LE POSTE ET TU AS REFUSÉ ? TU M'AS LAISSÉ TOUTE SEULE AVEC CET ABRUTI DE FERGUSON ?"

"Ah. Vous ne le leur aviez pas dit… J'ai fauté… ", murmura Slughorn, soudainement mal à l'aise.

Pour toute réponse, Remus jeta un coup d'œil nerveux à l'assemblée avant de laisser éclater un petit rire jaune.

"C'est que, comme j'ai refusé, je ne pensais pas utile de vous le mentionner…"

"Non mais t'es complètement fou !", s'emporta Sirius, "On te fait une proposition comme ça et tu refuses ? T'imagines tout ce que ça nous-", un bref coup d'œil à Slughorn lui fit rapidement changer sa phrase en cours de route "tout ça que TE permettrait de faire ! Ce serait super pour ton dossier !"

Pour une fois, Black n'avait pas tort. Avoir été nommé préfet à Poudlard faisait toujours son petit effet sur un CV. Remus, néanmoins, ne paraissait pas être du même avis.

"Je ne peux même plus aller en cours, comment est-ce que je pourrais assumer les fonctions d'un préfet ?"

"Je les assumerai pour toi !", déclara Lily, "Crois-moi ! Je préfère encore faire cavalier seule cette année ! Tu pourrais juste me donner un coup de main avec mon club d'aide aux devoirs !"

"Oh, oui, c'est vrai !", s'exclama Slughorn avec entrain, "Votre projet avance ? Je trouve que c'est une formidable idée !"

"Ferguson a refusé", répondit Lily plus sèchement, "Malfoy aussi. Je manque aussi de volontaires, mais je ne désespère pas. Je vais y arriver."

"Eh bien," répondit Slughorn avec un rictus tout en désignant les Maraudeurs, "Vous avez ici quelques bonnes âmes qui ont été collées par votre directrice. Nous pourrions toujours lui demander de les faire participer à votre projet, histoire que leur punition soit constructive…"

L'idée ne sembla guère enjouer, ni les Maraudeurs, ni Lily. Ce qui était compréhensible vu la propension du petit groupe à foutre le bordel partout où ils passaient. Toutefois, avant qu'elle ne puisse répondre, la voix grave de James s'éleva dans l'infirmerie :

"C'est une très bonne idée. En dehors de mes entrainements, je veux bien participer. Nous demanderons tous au Professeur McGonagall."

"Formidable !", enchaina Slughorn, "Je lui en parlerai aussi pour appuyer votre proposition !"

Il ignora royalement Lily qui regardait Severus avec de gros yeux, visiblement mal à l'aise à l'idée de passer du temps avec James. Severus aussi afficha une mine contrariée, mais pas pour les mêmes raisons. James ne lui adressait plus un mot, puis se dépêchait de donner son accord pour aider Lily ? Il se foutait de sa gueule là, non ? Il faisait exprès pour le contrarier ?

Si Sirius avait ressenti la même jalousie que Severus en cet instant, il était presque désolé de lui avoir infligé ça…

"Bon," reprit Slughorn en frappant des mains, "Nous allons faire comme ça. Ne vous en faites pas Miss Evans, je vous aiderai aussi. Je connais bien Monsieur Malfoy et sa famille, j'en ai eu beaucoup au cours de ma carrière. Si je le lui demande, je ne doute guère qu'il me refusera cette faveur ! Quant à vous, Monsieur Lupin. Je vous conseille de manger tous ces bonbons et de vous remettre en selle ! Venez au moins à la Grande Salle demain ! Nous fêtons Halloween !"

"Halloween, oui," murmura Remus, soudainement blanc, "Je n'ai jamais été vraiment fan de cette fête…"

Slughorn se lança dans un long monologue persuasif que Severus n'écouta que d'une oreille, encore rongé par l'amertume de voir James lui préférer Lily. Dans un état second, il observait l'infirmerie sans vraiment la voir, cherchant désespérément une échappatoire à sa colère quand un mouvement attira soudainement son attention. L'instant fut bref, trop éphémère pour que Severus soit certain de ne pas l'avoir rêvé. Pourtant, il aurait juré avoir aperçu une silhouette les épier depuis la porte d'entrée. Un jeune homme aux longs cheveux blond, une pile de copie entre les mains.

Lucius ?