Voici le nouveau chapitre ! Du moins, la première partie. J'ai préféré le couper en deux pour éviter de sortir un bloc de plus de 9000 mots. J'espère qu'il vous plaira !
"Il ne faut pas blesser une bête : on la caresse ou on la tue."
Jacques Chirac (surprenamment)
Remus observa avec une angoisse grandissante les Serpentard se frayer nonchalamment un chemin à travers la foule. Leur présence n'avait rien d'une visite de courtoisie. La paix qu'ils avaient laborieusement réussi à instaurer était sur le point d'être ébranlée. Il le savait.
Lily aussi s'en rendit compte. La joie qu'elle avait éprouvée à l'idée de faire équipe avec Remus disparut instantanément à la remarque de Rodolphus. Un pli d'inquiétude marqua son front et elle agrippa le bras de Severus dans un geste brusque, l'incitant silencieusement à intervenir de nouveau. Cette fois-ci, Severus ne céda pas à sa demande. Au contraire, il se dégagea de l'étreinte de la rouquine pour se décaler sur le côté, refusant obstinément de regarder dans sa direction.
Son refus laissa Lily meurtrie, et Remus eut un pincement au cœur en la voyant ainsi. Il comprenait néanmoins la soudaine réaction de Severus. Les relations inter-maisons étaient souvent une source de conflits, en particulier celles entre Serpentard et Gryffondor. Face au groupe mené par les frères Lestrange, il valait mieux que Severus se montre distant avec Lily s'il ne voulait pas faire d'elle une cible vivante.
Réalisant que personne n'osait intervenir, Remus se jeta lui-même en première ligne devant Rodolphus :
"Un commentaire pertinent à nous faire partager ?"
"Oh, ne faites pas attention à nous", répondit-il innocemment en passant ses doigts sur sa barbe naissante, "Nous observions juste la façon quelque peu barbare qu'a de régler ses conflits internes la maison la plus métissée de notre belle école."
Sa déclaration fut accueillie par des cris outrés. Il était vrai que Gryffondor comptait un grand nombre de sangs-mêlés et de nés-moldus parmi ses élèves, une réalité que certains aficionados de la "magie de pure race" ne manquaient jamais de souligner. Comme si cela avait la moindre importance.
Malgré les répliques furieuses des autres élèves, Rodolphus resta impassible. Le dos droit et les bras croisés dans une position de défi, il continuait d'observer Severus. En fait, tout le petit groupe le fixait sans ciller. Rabastan, l'aîné des deux frères, le fusillait du regard avec une telle intensité qu'il ne semblait même pas cligner des yeux. Son visage crispé faisait écho au mépris affiché par Narcissa, son menton pointu relevé à la manière d'un dard. Bellatrix, quant à elle, s'était déjà penchée vers lui, prête à bondir. Et dire que certains élèves, y compris des Gryffondor, la trouvaient jolie. Tout ce que voyait Remus quand il la dévisageait était une espèce de chien enragé, à peine tenu en laisse par la main de sa sœur, fermement ancrée dans son épaule.
À l'arrière, Wilkes, Avery et Rosier fulminaient eux aussi. Seul le grand Mulciber, qui se tenait un peu à l'écart du reste du groupe, affichait une expression différente, plus proche de l'inquiétude que de la colère.
"Ça va ? Tu t'amuses bien ?" demanda finalement Rabastan à Severus d'une voix glaciale. "Il me semble t'avoir entendu crier à qui voulait l'entendre que tu redonnerais tous leurs points aux Gryffondor. Pour une faute qu'ils ont commise, en plus. Tu dois beaucoup aimer cette maison. Dommage que ce ne soit pas la tienne…"
"Non, mais, sérieusement, qu'est-ce que tu fous ?" continua Avery. Cette fois-ci, il semblait si hors de lui que Remus craignait qu'il ne se jette sur Severus à la place de Bellatrix.
Derrière lui, Mulciber murmura un "FUIS" du bout des lèvres, mais les vilipendages reprirent avant même que Severus n'ait pu réagir.
"Je savais qu'on n'aurait jamais dû le prendre avec nous !" asséna Wilkes. "Lucius ne sait plus ce qu'il fait ! Il a voulu nous ramener un métissé et on se retrouve avec un traitre !"
"De quel métissage tu parles ?" explosa finalement Bellatrix. Quelques mèches de cheveux tombèrent sur son front alors qu'elle s'agitait, obscurcissant son visage, et Remus ne la trouva que plus démente. "Je suis sûr que le sang des Prince coule à peine dans ses veines ! L'alcoolisme de sa mère a dû tout effacer ! Il est comme les autres ! Une vermine de sang-de-bourbe ! Ils finissent toujours par s'attirer entre eux !"
Un silence glacial s'abattit sur l'assemblée, figeant tous les autres élèves sur place. Même les Serpentard, d'ordinaire prompts à soutenir ce genre de provocation, furent interloqués, leurs murmures échangés traduisant un soudain malaise. Bellatrix s'en délecta. Elle scruta la foule avec dédain, s'attardant sur chaque visage pétrifié, défiant quiconque de la contredire. Remus se demanda combien de fois elle avait pu penser cela tout bas, sans oser le dire en public. Trop souvent, semblait-il. Le petit rictus qu'elle arborait lui donnait la nausée.
"Oh, ferme-la, Barjotrix ! On en a marre de tes conneries !"
La réplique de Sirius – qui d'autre cela aurait-il pu être ? Seul lui avait le cran de défier sa cousine – brisa soudainement le silence et sortit les autres élèves de leur état de choc. Une vague de colère secoua la foule, faisant rugir tous les Gryffondor en même temps.
"Mon père est peut-être un moldu, mais il est ambassadeur et il vous emmerde !" s'indigna Calvin.
"Le mien est primeur, mais ils vous emmerdent aussi !" renchérit Ferguson.
"La belle affaire !" lui répondit sarcastiquement Wilkes en levant les mains au ciel. "Quelle chance on a de t'avoir dans cette école !"
Il fut brusquement interrompu par un autre élève qui l'empoigna par le col pour lui cracher des insultes au visage, déclenchant instantanément un tumulte. Les frères Lestrange, Rodolphus en tête, en profitèrent pour se précipiter sur Sirius, indignés du surnom donné à Bellatrix. Ce dernier, fidèle à lui-même, se dépêcha d'en rajouter une couche et ce fut finalement James qui dût les tenir à distance avec sa baguette.
Les autres Serpentard ne tardèrent pas à sortir les leurs, se préparant à l'affrontement, tandis que les Gryffondor, plus nombreux, commencèrent à les encercler, les poussant à reculer jusqu'à ce qu'ils se tiennent dos à dos. L'un des sbires de Ferguson se saisit de Mulciber, qui, les yeux brillants de terreur, préféra s'enfoncer au milieu du cercle formé par ses camarades plutôt que de se battre. Mary tenta de toutes ses forces de les séparer, mais fut rapidement poussée sur le côté par Calvin et sa bande, qui se dressèrent devant Wilkes pour le défier. Lily dut user de toute sa diplomatie pour calmer les esprits.
Peter, qui observait jusque-là la scène aux côtés de Remus, choisit ce moment pour prendre ses jambes à son cou, prétextant aller chercher un professeur. Du point de vue de Remus, c'était la meilleure chose à faire, à condition qu'il tienne parole et ne se cache pas simplement dans un coin du château. La situation était sur le point de dégénérer. Le premier coup, Remus priait pour que ce ne soit pas l'œuvre de Sirius, allait inévitablement mettre le feu aux poudres. Malheureusement, aucun enseignant ne se trouvait dans les environs pour empêcher ce désastre imminent.
Complètement démuni, Remus prit son visage entre ses mains pour se masser les tempes. Il se demandait s'il devait plonger lui-même dans le conflit ou tenter de le désamorcer. Un regard échangé avec Severus lui fit comprendre qu'il se trouvait dans la même impasse. Répondre aux provocations risquait de le mettre en porte-à-faux avec le groupe de Serpentard le plus redoutable de l'école. Prendre leur défense après avoir été insulté n'était pas non plus une option judicieuse. Enfin, ne pas réagir et attendre que l'orage passe le ferait sûrement passer pour un lâche. Dans tous les cas, il était pris au piège.
Au milieu du chaos, Bellatrix éclata d'un rire strident, savourant son petit moment de triomphe avec un plaisir déconcertant. C'était la première fois que Remus la voyait aussi heureuse. Avec ce sourire dérangeant, dépravé. Chaque cri d'indignation, chaque expression de dégoût la faisait frétiller. Il semblait même à Remus qu'elle s'en nourrissait. Comme un vampire. Une putain de sangsue se repaissant de la détresse des autres.
En parlant de détresse, elle dut sentir celle de Severus, puisqu'elle braqua soudainement son regard sur lui, son sourire redoublant à sa vue. Sa sœur avait dû s'éloigner d'elle pour venir en aide à Wilkes, et elle en profita pour foncer sur sa cible comme un taureau dans l'arène. Paniqué, Severus recula à toute vitesse, tentant désespérément de maintenir de la distance entre eux, mais c'était peine perdue. La dispute entre Serpentard et Gryffondor n'avait été qu'une mise en bouche pour Bellatrix ; c'était lui le vrai festin. Lui aussi, elle s'apprêtait à le dévorer, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien.
Remus tenta de l'intercepter avant qu'elle ne l'atteigne, mais Lily fut plus rapide. Surgissant de la foule, elle se précipita sur Bellatrix, attrapant sa manche pour la forcer à lui faire face.
"Laisse-le tranquille", siffla-t-elle, rouge de colère. "Et retire tout ce que tu as dit. Tout de suite."
D'abord surprise, Bellatrix se mit à glousser. Puis, d'une voix toujours aussi méprisante, elle répondit :
"Ôte-toi de mon chemin. Je n'ai aucun ordre à recevoir de ta part. Sale sang-de-bourbe."
La claque magistrale que lui infligea Lily résonna dans toute la Grande Salle. Toutes les têtes se tournèrent vers elles tandis que celle de Bellatrix restait inclinée sur le côté, ses yeux écarquillés fixant le vide, totalement ahuris. Déjà, l'empreinte brûlante de la main de Lily commençait à ressortir sur sa peau pâle, la marque de ses doigts lui barrant la joue.
Puis une haine terrifiante envahit son visage. Ses traits de poupons se déformèrent et elle mugit presque, les narines soudainement enflées, le regard devenu fou. Son corps gracile, ses cheveux noirs, tout chez elle gonfla sous la colère, et ce fut au tour de Lily de la fixer, la bouche ouverte, complètement hébétée.
"Bellatrix, attends, je..."
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, Bellatrix lui assénant un coup de poing avec une force inattendue. Le choc résonna dans l'air, accompagné d'un gémissement étouffé de douleur, et Lily s'effondra au sol, son corps frêle incapable de supporter l'impact.
James fut le premier à réagir. Il pointa sa baguette sur Bellatrix en hurlant le début d'un sort, un éclair aveuglant se formant déjà devant lui. Remus eut à peine le temps de s'inquiéter de ce qu'il allait produire, étant donné son niveau catastrophique en sortilèges, qu'il surprit Bellatrix dégainer sa propre arme pour contre-attaquer. Avec une rapidité déconcertante, elle désarma James avant de l'envoyer valser sur le côté. Pas un mot ne s'était échappé de ses lèvres durant sa riposte. Sa maîtrise des sortilèges informulés était tout bonnement stupéfiante.
Severus tenta de la prendre à revers, mais fut à son tour projeté en arrière, non pas par Bellatrix, mais par Rabastan. Ce dernier en profita pour envoyer bouler dans un même mouvement Ferguson et Calvin qui avaient voulu se joindre à la bataille, avant de lui-même se prendre un maléfice en pleine poire de la part de Sirius. Le nez se mettant à cracher de la vapeur comme une locomotive, Rabastan fut projeté sur le pauvre Ferguson qui peinait à se relever, et les deux roulèrent au sol dans un mélange brumeux de pieds et de poings sous les cris des autres élèves.
"Merde !" cria Sirius à l'adresse de l'ancien préfet. "Désolé, mec ! Ça va ?"
Sa question resta sans réponse. Seuls des grognements s'échappèrent de l'épais nuage. Puis la fumée se dissipa subitement, révélant le visage écarlate du Serpentard, Ferguson à moitié assis sur lui, l'étranglant par-derrière.
"C'EST LA GUEEEEEEERRE !" hurla-t-il d'une voix stridente.
Et, en effet, ce fut la guerre. En l'espace d'une seconde, la Grande Salle de Poudlard se transforma en un champ de bataille. La plupart des élèves présents dans la salle cherchèrent à fuir, mais certains profitèrent de la bagarre générale pour régler leurs propres différends. Des étincelles fusèrent dans toutes les directions, frappant à l'aveuglette, emportant sans distinction les élèves des différentes maisons pour les faire voler à travers la pièce.
Wilkes fut victime d'un maléfice du saucisson et soulevé comme un sac à patates par Calvin et sa bande. Ils tentèrent de le jeter tête la première dans l'immense chaudron rempli de punch avant de s'effondrer eux-mêmes sous les assauts d'Avery et Rosier. Un Gryffondor lança un sort pour graisser les moteurs sur Narcissa. Recouverte de cambouis de la tête aux pieds, elle hurla avant de contre-attaquer avec un Aguamenti, créant un geyser d'eau qui emporta tout sur son passage dans une panique générale.
Réagissant par pur instinct, Remus esquiva l'attaque de justesse. Paniqué, il se précipita à quatre pattes vers Lily, toujours étendue au sol, pour enrouler ses bras autour d'elle et essayer de la tirer vers un endroit sûr.
"Allez", gémit-il, en la secouant, essayant de lui faire reprendre connaissance. "Allez, Lily, réveille-toi, il faut qu'on se mette à l'abri…"
Il tenta d'ériger un bouclier magique pour les protéger, mais sa baguette, fragilisée par sa mésaventure dans les bois avec Sirius, ne répondit que par un éclat rougeoyant et une fissure supplémentaire. Évidemment, maintenant qu'il en avait vraiment besoin, elle le lâchait. Un juron s'échappa de ses lèvres :
"Merde !"
"Lily va bien ?" demanda soudainement Severus d'une voix pantelante.
Il avait réussi à se relever pour les rejoindre, mais l'attaque de Rabastan semblait l'avoir pas mal secoué. D'une main tremblante, il dévia de leur trajectoire une pluie de citrouilles qui s'étaient décrochées du plafond à cause du rebond d'un maléfice avant d'attraper à son tour la rouquine.
"Elle est sonnée", expliqua Remus. "Faut pas qu'on reste ici !"
Les regards des deux garçons balayèrent les lieux. Un recul stratégique était nécessaire, et Severus, plus rapide dans sa réflexion, désigna une table renversée non loin.
"Là, on sera à couvert !"
Esquivant les éclairs colorés et les projectiles qui sifflaient autour d'eux, ils se retirèrent avec prudence vers leur nouvel abri. Leur initiative inspira un des sbires de Ferguson et Mulciber, qui décidèrent de faire une trêve pour renverser à leur tour une table et se planquer derrière, bientôt rejoints par Mary. La pile de paquets de Chocogrenouilles qui reposait dessus vola en éclats, libérant les chocolats qui se dispersèrent en bondissant dans toutes les directions, semant la zizanie parmi les combattants.
Le chaos atteignit son apogée lorsqu'un élève, perdu dans la mêlée, fracassa par erreur l'armoire de l'Épouvantard. Libérée de sa prison, la créature commença à prendre la forme de toutes les phobies qu'elle rencontrait sur son chemin. Des hurlements de terreur s'élevèrent parmi les élèves, déjà en proie à la confusion de la bataille, tandis qu'elle se métamorphosa d'abord en un énorme dragon, puis en un chien féroce, avant d'éclater en un nuage de sauterelles.
L'une d'elles atterrit dans l'œil de Rodolphus, alors qu'il était en plein affrontement avec James et Sirius. Profitant de la diversion, ces derniers l'immobilisèrent avec un maléfice de Jambencoton.
"Bande de sous-merdes !" cria-t-il tandis qu'il tentait de ramper vers sa baguette. "Le Seigneur des Ténèbres vous le fera payer ! Quand il prendra le pouvoir, vous serez tous réduits en esclavage !"
"Le Seigneur des Ténèbres, il peut aller s'faire foutre !" lui répondit une petite fille haute comme trois pommes avant de lui donner un coup de pied dans les parties.
Elle fut tout à coup emportée, tout comme James et Sirius, par un tourbillon créé par Rabastan.
"Allons, allons, les enfants !" cria le professeur Slughorn, sa baguette sur la gorge pour amplifier le son de sa voix. Embusqué derrière lui, Peter, qui l'avait sûrement rameuté ici, contemplait la baston générale d'un air médusé.
"Voyons !" reprit-il en observant la cohue avec un sourire crispé.
Il avait beau agiter sa main de son vieil air paternaliste, personne ne semblait lui prêter attention.
"Ne pensez-vous pas qu'il serait plus judicieux de discuter ? Ce ne sont pas des manières, enfin ! Je… Mademoiselle Ferry, veuillez lâcher les oreilles de Monsieur Garcia, s'il vous plaît… Je… Je vous promets que, si vous vous arrêtez maintenant, personne ne sera puni. Nous réglerons cela entre nous, je… Arrêtez-vous. Non, mais… Arrêtez, je vous dis ! Je vous demande de vous arrêter ! Écoutez-moi, je sais que parfois les esprits s'échauffent, mais, vous savez, quand j'avais votre âge, je…"
Une marmite, attirée par un Accio, le coupa dans son monologue en manquant de le renverser dans sa course et il dut rapidement se replier derrière la barricade improvisée où se trouvait Mulciber. Peter se dépêcha de le suivre, mais sa tête ronde resta suffisamment longtemps à découvert pour se faire griller la frange par un sort de feu. Les combats s'intensifiaient dans la salle, les sortilèges crépitant dans tous les sens. Si les Gryffondor étaient plus nombreux, les Serpentard étaient bien plus expérimentés et n'hésitaient pas à lancer des sorts de plus en plus violents. Bellatrix était l'une des combattantes les plus coriaces. Animée par une folie furieuse, elle refusait de se soumettre et se battait avec une adresse terrifiante, ayant déjà mis au tapis une bonne partie de ses assaillants.
Ignorant le désordre qui régnait autour d'elle, elle partit en quête d'une nouvelle victime. Sa tête se tourna brusquement sur le trio caché derrière la table et le cœur de Remus rata un battement. Merde. La situation venait de prendre une tournure redoutable.
Sans réfléchir, il se redressa pour la repousser, mais Bellatrix le projeta violemment contre le mur. Le choc lui coupa le souffle, et il s'effondra au sol, sa baguette roulant à ses côtés. Severus ne tarda pas à le rejoindre. Bellatrix avait dévié son attaque d'un simple mouvement du poignet puis l'avait réduit au silence en faisant disparaître sa bouche de son visage. Le cri resté bloqué dans sa gorge résonna dans un gargouillis horrible et Remus sentit un frisson d'effroi lui parcourir l'échine.
"Tiens donc", dit Bellatrix en s'approchant d'eux. "Je ne sais pas si tu l'as remarqué…", elle ponctua sa phrase d'un coup de talon sur la baguette de Remus qui fit craquer le bois déjà fissuré jusqu'à ce qu'il se brise en deux. "Mais ta baguette est cassée."
"Espèce de...", tenta de répliquer Remus.
Une douleur cuisante le réduisit au silence. Il ne savait pas quel sort Bellatrix venait d'utiliser, mais ça faisait mal. Putain de mal, même. Une sensation de brûlure intense le consumait de l'intérieur, comme si des flammes léchaient ses poumons. De la magie noire ? Cette cinglée en était capable.
"Assez joué", déclara Bellatrix d'un ton soudainement ennuyé. "Je suis venue pour la rouquine. J'en ai pas fini avec elle."
La douleur s'estompa, laissant place à un vide béant dans le corps de Remus. Haletant, il observa Bellatrix saisir les cheveux de Lily, toujours inconsciente, puis pointer sa baguette vers elle. Elle n'était plus en colère, juste... sinistre. Ce qui lui semblait pire encore. Une vague de terreur l'envahit à l'idée de ce qu'elle était capable de faire dans cet état d'esprit.
"S'il... S'il te plaît, Bellatrix", implora-t-il, cherchant à la raisonner, à supposer que Bellatrix soit assez saine d'esprit pour faire preuve de logique. "Ne lui fais pas de mal... Je t'en prie, tu... T'as pas besoin de faire ça..."
À ses côtés, Severus hocha vigoureusement la tête, allant même jusqu'à tendre à la jeune fille sa propre baguette dans une tentative désespérée de l'amadouer. Les yeux de Bellatrix glissèrent vers l'offrande et elle pencha la tête sur le côté, un sourire malicieux étirant ses lèvres.
"Suppliez-moi", susurra-t-elle. "Et je réfléchirais..."
La garce. Elle voulait les humilier jusqu'au bout. La colère qui envahit Remus fut doublée d'un sentiment d'impuissance. Que pouvaient-ils faire pour se sortir de cette galère ?
Les cris désespérés du professeur Slughorn résonnèrent en arrière-plan, se mêlant à ceux de Flitwick, probablement en train d'essayer d'attraper l'Épouvantard. Allaient-ils seulement les remarquer ? Et Sirius et James ? Ils n'étaient pas réapparus depuis l'attaque d'Avery. Sans doute étaient-ils en train de se battre contre lui à l'autre bout de la salle. L'espoir de voir une âme charitable, ne serait-ce qu'une seule, voler à leur secours était mince, voire inexistant. Severus tentait déjà d'attirer l'attention d'autres élèves par des gestes discrets de la main quand Bellatrix ne le regardait pas, mais Remus doutait de l'efficacité de son plan.
Serrant les dents, Remus se résolut à s'abaisser devant Bellatrix, se prosternant devant elle tandis qu'il déclarait avec réticence :
"Je… Je t'en supplie, Bellatrix, ne lui fais pas de mal… Elle n'est pas de ton niveau... Épargne-la..."
Il aurait aimé l'envoyer valdinguer dans les airs comme il l'avait fait avec Ferguson et les deux autres crétins, mais, malgré sa concentration, rien ne se produisait. Il n'avait réussi à les repousser que parce qu'il avait été confronté à son propre traumatisme, comme cela s'était déjà produit dans son enfance. Severus lui avait raconté que lors de leur combat à l'infirmerie, il avait fait preuve d'une force herculéenne contre lui. Pourtant, Remus ne s'en souvenait pas. La seule chose qui persistait dans sa mémoire était la terreur qui l'avait envahi cette nuit. Cette sensation de devenir fou. D'être sur le point de mourir.
Pourquoi fallait-il toujours qu'il soit sur le point de perdre la boule pour révéler son plein potentiel ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement faire preuve d'efforts, comme tout le monde ?
Le pied de Bellatrix s'écrasa sur son dos, l'obligeant à embrasser le sol. Remus lutta pour réprimer un gémissement lorsque le talon de sa botte s'enfonça dans son omoplate.
"Continue", ordonna-t-elle simplement.
Severus l'encouragea à obéir en pressant son poignet, le sommant de ne pas craquer, mais Remus n'y arrivait pas. Il sentait monter en lui une colère terrible. Il en avait marre d'être une victime. Marre de se faire marcher dessus par des personnes comme Bellatrix ou comme Ferguson. Des connards qui profitaient de sa faiblesse pour le tirer vers le bas. Pire encore, il en avait marre de lui-même. Il ne supportait plus d'être malade et à la traîne. De devoir se gaver des médicaments pour juste aligner un pied devant l'autre. Il n'en pouvait plus de devoir se reposer sur Sirius, quand bien même il aimait la chaleur de ses bras, quand bien même il savait que ce dernier ne se lasserait jamais d'intervenir. Il ne voulait plus être le fardeau du groupe, celui que l'on devait secourir en permanence.
Peut-être que les choses ne changeaient pas parce que Remus stagnait. À moins que ce ne soit le contraire ? Est-ce que ce n'était pas le fait d'être constamment assisté, que ce soit par ses parents, l'infirmière ou ses amis, dans toutes les étapes de sa vie qui l'empêchait de progresser ? Après tout, les rares fois où il avait réussi à accomplir quelque chose ces derniers temps, c'était quand personne n'avait été là pour lui venir en aide, même s'il avait ensuite dû être ramassé à la petite cuillère…
Il était temps pour lui d'évoluer, de devenir plus fort, peu importe le prix à payer. Il devait trouver un moyen de reproduire et de contrôler ce qu'il avait fait à Ferguson. Retrouver la force dont il avait fait preuve face à Severus. L'ivresse qu'il avait ressenti dans le hangar à bateaux, quand la brise avait caressé son cou. Ce soudain désir qui l'avait poussé à dépasser sa faiblesse pour marcher près du lac. Qu'est-ce qu'il avait fait pour se sentir comme ça ? Qu'est-ce qui lui avait donné ce besoin de se battre ? Comparé aux deux autres situations, c'était quelque chose d'étranger à son traumatisme, mais il n'arrivait pas à se le remémorer. Ses souvenirs étaient flous, comme s'il avait été en transe au moment des faits. Il se rappelait seulement d'une faim intense et cette puissante envie de vivre.
Une chose était sûre, il ne pourrait pas éternellement être la demoiselle en détresse. Il fallait qu'il apprenne à se venir en aide seul. À devenir son propre Sauveur.
"Alors ? Qu'est-ce que tu fous ?" l'interrompit furieusement Bellatrix.
La pression de son talon s'accentua sur son dos, le perçant jusqu'aux os. La douleur provoqua un sifflement strident dans ses oreilles, et Remus fut pris d'un vertige, ses yeux roulant sous ses paupières.
"Je vais finir par me lasser si tu ne trouves rien à dire...", continua Bellatrix, ignorant royalement sa souffrance. "Et, arrête de respirer fort comme ça, j'ai l'impression d'avoir un clébard sous le pied. Je déteste les chiens."
C'était vrai que Remus haletait. Il était même à bout de souffle. Il avait la bouche sèche, la langue qui pendait entre les dents, lapant l'air, le goûtant. La fumée qui se dégageait des baguettes, le jus de citrouille renversé au sol, la sueur des élèves qui se battaient sans relâche, tout vint s'ancrer à l'arrière de sa gorge dans un mélange infâme qui lui donna envie de vomir. Puis l'odeur des bottines en cuir de Bellatrix prit le dessus et les yeux de Remus s'allumèrent, brillant d'une soudaine fièvre.
"Bellatrix", dit-il d'une voix si sonore, si étrange que, malgré la domination dont jouissait la Serpentard, elle eut un mouvement de recul.
Remus ne la laissa pas faire. Ses mains raclèrent le sol pour remonter le long de la jambe de la jeune fille, ses bras s'étirant, son dos se cambrant. Le frisson qui traversa Bellatrix quand elle tenta une nouvelle fois de se dégager résonna dans son propre corps.
"Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu veux ?" cria-t-elle en tentant de garder son sang-froid, sans doute trop fière pour admettre qu'elle sentait monter la peur.
Remus ne lui répondit pas. Son dos se décala de sous sa semelle et il avança lentement la tête vers elle jusqu'à se trouver à la hauteur de son genou. Déjà, Bellatrix avait pointé sa baguette vers lui, mais la bizarrerie de la situation était telle qu'elle hésitait à attaquer. Outre la cruauté, elle semblait avoir un autre vilain défaut : la curiosité.
Il n'allait pas laisser passer cette opportunité.
Sans crier gare, il planta sauvagement ses dents dans sa cuisse, mordant à travers son collant de laine pour atteindre sa chair. Des hurlements retentirent alors que Bellatrix cherchait à se débattre. Elle frappa la tête de Remus de sa main, arracha ses cheveux pour le forcer à reculer, essayant de dégager une fenêtre de tir, mais Remus tint bon. Severus se joignit à la mêlée en se jetant également sur Bellatrix, et les trois chutèrent au sol, les beuglements de la Serpentard résonnant de plus belle. Elle parvint finalement à se débarrasser de Severus en lui plantant sa baguette dans l'œil, puis en lui donnant un coup de pied, avant de profiter que Remus la surplombe pour lui lancer un sort.
De nouveau, un feu dévastateur le consuma, le forçant à relâcher la jambe de Bellatrix dans un gémissement. Il n'avait pas réussi à la mordre jusqu'au sang et la sécheresse qui persistait dans sa bouche le fit davantage souffrir que les flammes invisibles qui lui ravageaient la poitrine. Puis, il y eut ce petit couinement qui s'échappa des lèvres de Bellatrix pour ricocher dans sa tête et il se sentit partir. Les voix et les gestes se confondirent, comme dans un film où les scènes s'entremêleraient à la façon des rêves. Un trou béant naquit dans son torse, s'étirant dans sa tête, ses bras, ses jambes, jusqu'à ce qu'il se sente si loin de lui-même, blotti quelque part à l'arrière de son esprit. Il ne sentait plus la chaleur des flammes, ni même le froid du carrelage. Il ne percevait plus le son des combats. Il n'entendait même plus son propre esprit. Comme s'il était mort avant de mourir. Incohérent de vide.
Puis, profitant du grand creux qu'il était devenu, elle s'immisça en lui. La faim. La faim hideuse qu'il avait déjà ressentie. Celle qui l'avait possédé dans le hangar à bateaux, quand il chassait cette souris, grattant frénétiquement contre les planches.
Ah, il s'en souvenait maintenant. Il voyait les images défiler devant lui. Les cordes rêches, la mousse, les feuilles jaunes. Les terriers et l'étang. Ses doigts engloutis par l'eau, cherchant désespérément quelque chose à se mettre sous la dent.
La douleur avait disparu, mais Remus ne chercha pas à se redresser. Tenir sur deux jambes lui parut absurde et il préféra s'appuyer sur la pointe de ses pieds et le plat de ses mains pour avancer comme une longue bête, chaque mouvement marqué par une étrange souplesse. Le visage dénué d'expression, il s'approcha de Bellatrix, soudainement distrait par l'odeur qui émanait d'elle. Un parfum de peur, rendue plus forte, plus entêtante, à chaque pulsation de son cœur.
Elle aussi, il allait la fouiller. Jusqu'à la moelle.
Jusqu'à ce qu'il ne reste d'elle plus que de la vase.
