Après plusieurs mois d'arrêt, à cause de ma santé et d'une situation au travail compliquée, je suis heureuse de pouvoir reprendre la publication de cette fic !

Le chapitre que je devais poster faisait plus de 8000 mots, donc j'ai décidé de le couper en deux. Vous aurez normalement la suite samedi prochain !

En attendant, j'espère que vous apprécierez ce nouveau chapitre !


"Loup, y es-tu ?

Entends-tu ?

Que fais-tu ?"

Promenons-nous dans les bois


Le regard des bêtes transcende leurs yeux, s'immisce jusque dans leur souffle. Celui de Remus s'était amplifié. Sa langue avide palpait l'air sans relâche, frottant contre ses dents allongées par la faim, impatientes de percer. Le corps accroupi qui les prolongeait était à la fois si fin et si féroce qu'il ne pouvait être saisi, encore moins arrêté.

Bellatrix aussi se montra fougueuse. Ses ongles durs raclèrent le sol tandis qu'elle se dépêchait de se relever. Elle épia Remus un instant, le visage tendu, retenant sa respiration, pareille à une proie aux aguets. Son collant déchiré laissait apercevoir sa cuisse blanche, maculée en son centre d'un bleu violacé et de traces de dents. Avec, sous sa peau, l'artère palpitante, la poche de sang. Cette odeur qui émanait d'elle. Si forte qu'elle devenait un besoin. Celui de mordre à nouveau la blessure, lécher la plaie jusqu'à ce que la vie en déborde.

Bellatrix dut avoir conscience de son désir. Piquée par son regard, elle agrippa un pan de son manteau et se hâta de se couvrir.

"Comment tu peux te relever ?", cria-t-elle, stupéfaite, ses cheveux en pagaille se hérissant autour de son visage. "Le sort que je t'ai jeté, c'était de la-"

"Magie noire...", la coupa Remus dans un murmure étouffé. Quelque chose dans son corps buvait sa voix, ne lui laissait plus qu'un maigre filet. Chaque mot semblait venir de très loin, se traînant dans son haleine. "Je sais..."

Il savait, oui. Bien que la raison de sa résistance lui demeurait inconnue.

Bellatrix eut un recul que Remus rattrapa d'un pas tranquille. La jeune fille commençait à paniquer ; le moindre de ses mouvements devenait facile à anticiper. Cela aussi, elle dut s'en rendre compte. La peur fit pulser ses veines, et, la voix devenue rauque, elle leva sa baguette devant elle, criant cette fois le nom de son sort tout en agitant son poignet.

La même brûlure qui avait possédé Remus lors de sa dernière attaque, se répandit brièvement à travers tout son corps avant de se dissiper, ne laissant qu'un bref essoufflement qui lui tira un rire. Ses pupilles dilatées se levèrent vers la jeune fille, la gueule ouverte dans une grimace hilare, dévoilant ses dents laquées de salive. La Bête était là, tapie au bord de ses lèvres, dans le bout de ses doigts, prête à fondre. Elle fixait Bellatrix, si petite et frémissante devant elle, secouée de tremblements ridicules.

La morsure n'était qu'une broutille par rapport à ce qu'Elle allait lui faire subir.

"Expelliarmus !", résonna soudainement la voix de James.

Le cri strident qu'émit Bellatrix en lâchant sa baguette fut des plus frustrants. Et la scène qui suivit, plus rageante encore. James fondit sur l'arme de Bellatrix, l'obligeant à se tourner vers lui pour la récupérer. Un bref instant de vulnérabilité dont Sirius profita pour se ruer sur elle. Ses bras s'enroulèrent autour de la taille de sa cousine pour la soulever dans les airs avec une force exceptionnelle avant de plonger avec elle aux pieds de Remus. Bellatrix tomba au sol la tête la première, Sirius s'écroulant sur elle pour mettre brutalement fin à son règne de terreur.

Le corps de Remus s'embrasa à leur vue, sa conscience submergée par les ardeurs de la Bête à qui l'on venait d'ôter la proie. Il bondit en avant, ses ongles imprégnés de fureur se plantant dans les bras de Sirius pour le forcer à lâcher prise. Ce dernier le fixa, confus, confondant sûrement sa colère avec une volonté de vengeance contre Bellatrix. D'un geste ferme, il repoussa Remus, attrapant ses deux poignets pour les maintenir ensemble.

"Laisse," dit-il. "Je gère. Quant à toi", se mit-il à rugir en direction de sa cousine."Je veux plus te voir rôder près de mes amis, tu m'as compris ? Sinon, je te le jure… je te le jure, putain, je te défonce la gueule ! Et si je… Remus ? REMUS !"

La haine sauvage avec laquelle les mâchoires de Remus s'étaient plantées dans son épaule le fit mugir. Remus n'était plus qu'un ramassis de dents et de griffes. Avec cette hargne sans nom, que rien n'apaise ni ne console. Qui lui changeait jusqu'à l'allure, le tassant, le crispant en un seul bloc sournois et traître, guettant la moindre faille, attendant la moindre ouverture pour donner le coup fatal.

D'un bond, Sirius se leva et attrapa les épaules de son ami, usant de toutes ses forces pour le détacher de lui. Le corps de Remus suivit le mouvement, se détendant tout à coup, déchaîné, souple et fort à la fois comme un chien sauvage. Ses dents, ses bras, ses mains serraient si fort Sirius qu'il se confondait avec lui, respirant en même temps que lui, laissant le moindre de ses mouvements le parcourir. Il fallut l'aide de James et Severus pour le faire lâcher prise, Sirius accompagnant leur effort d'une puissante poussée de la jambe qui les fit reculer tous les trois. Remus atterrit au sol dans un grondement, tentant d'échapper à la poigne de James qui s'était refermée sur ses jambes.

"REMUS", hurla de nouveau Sirius tout en se précipitant vers lui. "REMUS, REGARDE-MOI !"

Ses grandes mains se saisirent de son visage, ses pouces tirant sur la peau tendre de chaque côté de ses yeux. Une légère écume sillonnait les lèvres tremblantes de Remus qui eut un mouvement de colère, comme s'il se débattait dans un cauchemar, mais Sirius tint bon.

"REPRENDS-TOI !", reprit-il, le visage crispé par l'effort alors qu'il tentait du mieux qu'il pouvait de le maintenir en place. "BORDEL DE MERDE, REMUS ! AH, PUTAIN, EXCUSE-MOI, MAIS-"

Il ne termina pas sa phrase, décalant à la place l'une de ses mains pour la rabattre avec force sur la joue de Remus dont le souffle se coupa. Le sang quitta son crâne, ne lui laissant plus qu'un visage de mort. Le bourdonnement qu'émit sa tempe l'étourdit tant qu'il l'écœura et le monde devint flou.

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Le brouillard se dissipa lentement, laissant place à la pesanteur et l'inconfort. Son corps usé le lançait de toutes parts et il sentait tout autour de lui de curieux frôlements. Une présence se distinguait dans le vague, une volonté d'approche, bienveillante. Avec cette odeur qui dégageait une douceur confuse, qui lui apportait une impression de protection. Un sentiment obscur de réconfort…

"Remus…"

Une main se posa sur sa tête, caressant ses cheveux, et Remus frémit avant d'ouvrir les yeux. Une stupeur infinie voilait son regard pâle tandis qu'il contemplait les doigts qui s'enfonçaient dans sa chevelure.

"Remus… Ça va ?"

Deux grands yeux bleus se penchèrent vers les siens. Remus les contempla en silence, essayant de se souvenir à qui ils appartenaient. Ce long visage, ce nez droit, cette bouche aux lèvres épaisses… Remus ne songeait même pas à les trouver beaux. Il avait simplement l'impression qu'ils étaient faits pour lui. Qu'ils étaient aussi à l'aise dans son regard que son cœur dans sa poitrine. Il aurait aimé poser sa main sur cette joue, dans cet amas de cheveux noirs, mais les voir seulement le rendait déjà heureux. Un bonheur qui ne lui semblait ne dépendre ni du lieu ni du temps ; dont rien ne saurait altérer la puissance ; qui, même effacé, renaîtrait de lui-même, reviendrait selon un rythme aussi naturel, aussi régulier que celui de la lune et du soleil.

Ce n'était pas la première fois qu'une telle pensée le traversait. Cela était déjà arrivé, le jour où ses jambes trempaient dans une rivière, près d'un grand manoir. Celui de James. Bien avant même, lors de sa première année, quand cet enfant, si grand et sûr de lui, l'avait invité à s'asseoir à ses côtés en souriant.

La première fois, cela l'avait frappé de plein fouet, touchant tout à coup un point douloureux, qui lui avait fait monter une rougeur inexorable aux joues, puis provoquer un frémissement du menton, annonçant un sanglot. Il lui avait semblé que tout le feu de sa vie, toute sa vie, s'était concentré dans le creux agonisant de sa maigre poitrine. À cette violence, il avait été bien incapable de donner un nom. Qu'avait-elle en effet de commun avec ce que les gens appelaient l'amour, et les gestes qu'il connaissait ? Ceux qui unissaient, et unissaient seulement, un homme et une femme, et qu'il voyait partout, dans la rue, les livres, à la télévision ? Elle l'avait poussé à se trouver odieux et ridicule. Anormal et vicié. Plus encore que quand il pensait à son statut de bête. Avec cette urgence de tout enfouir, de ne plus jamais y penser. Ne rien montrer surtout, pour être à la hauteur de l'amitié qui lui avait été offerte, sans laquelle il aurait, encore une fois, été si solitaire…

"Remus, tu m'entends ?"

Remus se raidit au son de la voix de Sirius. Lentement, il hocha la tête, son regard déviant du visage de son ami pour observer à la place son uniforme. La cape de Sirius avait un trou au niveau du bras droit, laissant voir au travers le tissu humide de sa chemise blanche. De part et d'autre de ses épaules, James et Severus le fixaient. L'absence de bouche de ce dernier donna à Remus envie de s'écarter, mais Sirius le retint contre lui, collant son corps au sien, créant une chaleur entre leurs deux corps qui provoqua chez Remus l'envie de disparaître.

"Est-ce que tu te rappelles ce qu'il vient de se passer ?", demanda-t-il avec douceur.

La question laissa Remus confus. Ce qu'il venait de se passer ? Il ne se rappelait pas, non. Son dernier souvenir se résumait au talon pointu de Bellatrix qui lui broyait l'épaule. Que lui avait-elle fait ? Est-ce qu'elle lui avait encore jeté un sort ? Il se sentait épuisé tout à coup, comme s'il subissait le contrecoup d'une montée d'adrénaline. Est-ce qu'il s'était évanoui ? Il n'avait même plus la force de se relever…

"Non, je…"

Sa gorge lui fit si mal qu'il en gémit. Sa bouche était sèche, chaque mot lui raclant l'arrière du palais. Malheureusement, sa réponse ne sembla pas satisfaire les autres qui se regardèrent tous en silence.

"Il faut qu'on l'emmène à l'infirmerie", déclara finalement James, la mine sombre. "On ne peut pas le laisser dans cet état. C'est grave, là…"

"Je m'en occupe", dit Sirius. "On y va maintenant."

"Mais… Qu'est-ce…. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?", demanda Remus, encore ahuri.

Les trois hésitèrent, James jetant un coup d'œil à Sirius, avant de répondre :

"Écoute… Tu viens de…", quelque chose attira tout à coup son attention par-dessus la tête de Remus. "Hé, Barjotrix. C'est moi qui ai ta baguette. Pas besoin de perdre ton temps à la chercher."

Surpris, Remus se retourna. Le visage rouge de honte, à moins que ce ne soit de colère, Bellatrix se relevait péniblement. Toute sa superbe avait disparu. Ses cheveux noirs se dressaient sur sa tête dans un bouquet désordonné, ses vêtements en vrac ou déchirés laissant voir çà et là des pans de peau, dont un gros bleu qui décorait sa cuisse. Remus grimaça de dégoût à sa vue.

"Je...", finit-elle par balbutier, complètement déboussolée.

Elle marqua un arrêt en voyant Remus, ses grands yeux noirs le détaillant de la tête aux pieds. Était-ce de la peur dans son regard ? Remus n'en revenait pas.

Peut-être qu'il ne lui était rien arrivé, en fin de compte. Peut-être que c'était lui qui avait fait quelque chose de terrible.

Merde, qu'est-ce qu'il avait bien pu faire à Bellatrix Lestrange pour qu'elle le dévisage de cette façon ?

Il fallut qu'elle pose les yeux sur son cousin pour qu'elle reprenne enfin contenance. Son petit visage rond rentra dans ses épaules et, telle la vipère qu'elle était, elle se mit à cracher :

"Putain, je... Je vais le dire à tante Walburga… Je vais le dire à ta mère, Sirius ! Et elle ne va pas te rater !"

"Tu ne vas plus rien dire du tout pendant un bon moment. Limacius Eructo."

Un éclair frappa Bellatrix de plein fouet, la faisant de nouveau s'effondrer au sol pour découvrir derrière elle la silhouette de Lily. Elle avait retrouvé ses esprits, et était visiblement en fureur. La Serpentard tourna la tête vers elle, la dévisageant avec horreur avant qu'un tremblement ne secoue son corps. Ramenant ses mains à sa gorge, elle se recroquevilla sur elle-même, les lèvres pincées pour tenter de retenir ce qui remontait le long de son gosier. Puis son teint vira au vert et un torrent de limaces s'échappa de sa bouche pour se répandre au sol.

Voyant qu'elle était hors d'état de nuire, Sirius se concentra de nouveau sur Remus :

"Est-ce que tu sais où tu es ?", lui demanda-t-il, toujours avec cette même douceur suspicieuse.

Lentement, Remus regarda autour de lui. Ils étaient dans la Grande Salle et une bataille faisait rage. Ses sens se ravivèrent à la vue de la scène, une cacophonie de sorts, de cris et de chocs lui vrilla tout à coup les tympans, et il se crispa contre son ami. Toutefois, la situation paraissait être sur le point de changer. Flitwick avait réussi à maîtriser ce qui semblait être un Épouvantard, et McGonagall, arrivée en renfort, tentait de ramener l'ordre. Dire qu'elle était hors d'elle n'était qu'un euphémisme et de nombreux élèves détalèrent à sa vue, se ruant vers les portes de la Grande Salle avant qu'elle ne les claque d'un coup de baguette, les enfermant à l'intérieur.

"Oh, n'envisagez même pas de vous enfuir !", les avertit-elle d'un ton ferme. "Je vous assure que personne ne quittera cet endroit avant que je n'aie éclairci toute cette affaire ! Vous battre ainsi comme des sauvages… N'avez-vous pas honte ? Je veux connaître la raison de ces affrontements et les principaux instigateurs ! Je… Horace ? Que faites-vous caché derrière une table ? Levez-vous, bon sang ! Maîtrisez vos étudiants !"

La longue tirade d'excuse du professeur Slughorn, arguant qu'il avait dû se cacher en urgence suite à une attaque vicieuse de marmite volante, ne la mit que plus en pétard.

"Putain, si elle nous choppe, on est mort !", lâcha James en s'agrippant les cheveux. Il sembla à Remus que c'était la première fois depuis bien longtemps qu'il le voyait exprimer une véritable émotion. En temps normal, cela l'aurait rassuré, mais là, ça signifiait qu'ils étaient dans une sacrée merde…

"Ce n'est pas notre faute si la situation a dégénéré comme ça", répliqua Lily en lui passant devant, le bousculant presque pour atteindre Severus qui l'accueillit en la prenant dans ses bras.

James fut tellement surpris qu'elle lui adresse la parole qu'il recula d'un pas, mais elle ne s'en formalisa pas. Son œil droit avait enflé comme un œuf à cause du coup de Bellatrix et elle peinait à garder le deuxième ouvert tandis qu'elle observait le visage de Severus dont la bouche demeurait toujours absente. James voulut se joindre à l'étude, mais la rousse le repoussa d'un geste brusque et Severus, après lui avoir jeté un long regard en coin, finit lui aussi par se décaler, laissant le Gryffondor interdit.

"Elle comprendra sûrement si on prend le temps de tout lui expliquer", continua Lily, en croisant les bras, sûre de la bonne foi de leur professeur.

"Parle pour toi !", rétorqua Sirius. "Avec tout ce qu'on a déjà fait cette semaine, elle va vouloir nous tuer ! Faut qu'on se tire d'ici !"

"Et qu'avez-vous fait pour mériter sa fureur ?" demanda Lily, soudainement menaçante.

Sirius ne répondit pas, laissant James, le visage redevenu inexpressif, reprendre les rennes de la conversation :

"Peu importe que ce soit les Serpentard qui aient tout fait pour envenimer la situation. On a été les premiers à créer des problèmes et la vieille McGonagall va forcément perdre son sang-froid et se retourner contre nous. On est déjà dans son collimateur, on va prendre plus cher que les autres. Mais, ça ne change pas que chaque élève sur lequel elle aura mis la main va aussi s'en prendre plein la poire. Les points des Gryffondor vont chuter comme jamais et ça va les rendre fous..."

"Putain, ils vont vouloir nous dépecer…", lâcha Sirius, complètement déconfit.

"Ça, il fallait y penser avant de faire des conneries", répliqua Lily. "Ils vont tous vous tomber dessus et ce sera bien fait pour vous."

"Je te rappelle que tu es préfète", lui répondit James d'un ton acerbe. "McGonagall te dira sûrement que tu as mal fait ton boulot. Ça va te retomber dessus aussi."

Lily tenta de le tuer d'un regard auquel James tint tête, levant bien haut le menton.

Au milieu de toutes ces tensions, Remus fixa d'un air absent les portes de la Grande Salle contre lesquelles des groupes d'élèves s'étaient entassés. Il fallait trouver un moyen de se sortir de ce bourbier. Surtout, il fallait que l'initiative vienne des professeurs eux-mêmes, et non pas des élèves…

"Il faudrait forcer les professeurs à ouvrir les portes…", murmura-t-il.

Sirius pencha sa tête vers lui, "Qu'est-ce que tu as dit ?"

"Le sort que tu avais lancé chez James", continua Remus en marmonnant. "Celui pour lancer des feux d'artifices, tu t'en souviens ?"

"Celui que j'ai lamentablement raté et qui a explosé partout?", répliqua Sirius en haussant un sourcil, cherchant déjà où Remus voulait en venir. "Oui, je m'en souviens. On a dû se mettre à couvert ! J'ai failli mettre le feu à la baraque !"

Malgré la situation, un sourire nostalgique se dessina sur son visage à l'idée du bordel pyrotechnique qu'il avait involontairement déclenché.

"Refais-le", lui intima Remus.

Sa demande laissa le grand brun momentanément sans voix, une foule de questions se lisant sur son visage. "Je... Non, mais... T'es sûr de ton coup là ?", bafouilla-t-il. "Sans vouloir te vexer, je suis pas certain de la pertinence du truc…"

Remus hocha mollement la tête, mais ce fut James qui reprit son idée :

"C'est pas con. Si t'arrives à le lancer aussi mal que la dernière fois, ça va péter dans tous les sens et elle sera obligée de nous laisser évacuer la salle. Vas-y, fais-le. Ensuite, on court tous vers la sortie."

"Fais-le, oui…", insista Remus.

Ses doigts se posèrent par réflexe sur le bras de Sirius qui répondit immédiatement à son toucher en se raidissant. De peur d'avoir fait une mauvaise action, Remus retira sa main, la repliant pudiquement contre lui. Le grand brun suivit son mouvement avec une expression proche du malaise. Remus se serait volontiers excusé – en fait, il aurait même volontiers disparu de la surface de la planète si cela avait été possible – mais Sirius ne lui en laissa pas l'occasion. Secouant la tête comme pour chasser une pensée parasite, il abattit sa main sur l'épaule de Remus, la serrant entre ses doigts.

"Vas-y. Je… J'vais tout foirer pour toi…"

La tête que faisait Sirius était aussi étrange que la formulation de sa phrase. Malheureusement, il ne laissa pas le temps à Remus de lui demander des explications et se dressa immédiatement sur ses longues jambes pour s'éloigner de quelques pas.

Prêt à relever le défi, il prit une profonde inspiration avant de tendre sa baguette devant lui d'un geste assuré.

"IGNIVOMUS SCINTILLARE !"

Un éclat de lumière intense jaillit de sa baguette, se transformant en une multitude de feux d'artifice étincelants, et Remus se demanda presque s'il n'avait pas, malheureusement pour une fois, réussi son sort avant de les voir s'éparpiller dans tous les sens. Vraiment dans tous les sens. Des colonnes de feux colorées s'élevèrent dans les airs pour étrangement rebondir sur le plafond et atterrir au sol dans des impacts impressionnants, provoquant le hurlement des élèves, tandis qu'une pluie de javelots argentés se mit à heurter les murs avant de se disperser en de multiples rayons aveuglants. La fumée qui suivit fut si épaisse, si étouffante, que toute la Grande Salle se colora d'un gris opaque, les quintes de toux des élèves couvrant bientôt les explosions.

Puis, il y eut un grand appel d'air tandis que la voix du professeur McGonagall résonna dans leurs oreilles.

"Évacuez la Grande Salle ! Immédiatement !"

"Maintenant !", cria James. "On se casse !"

Lily ne se le fit pas dire deux fois, s'enfuyant en emportant Severus avec elle. James les suivit de près, cachant son visage dans sa manche pour essayer de se protéger des fumées. Remus aurait bien voulu l'imiter, mais l'air irrespirable, combiné à sa fatigue soudaine, le clouait au sol. L'odeur piquante du feu lui fit cracher ses poumons jusqu'à en avoir la migraine. Merde, comment est-ce qu'il allait se sortir de là ?

"T'arrives à marcher ?", lui demanda Sirius tandis qu'il se penchait à ses côtés.

Remus n'arriva même pas à répondre, secouant simplement la tête.

"Alors, viens, je vais te porter !"

Sa déclaration laissa Remus totalement chamboulé, mais il n'eut pas le temps de le repousser. Dans la seconde qui suivit, il fut décollé du sol et ramené contre le torse de Sirius qui s'élança avec lui vers les portes de la Grande Salle.

"On va t'emmener à l'infirmerie !", cria-t-il tandis qu'il se frayait tant bien que mal un chemin à travers la cohue. "On va passer par l'extérieur ! Ce sera plus simple !"

Encore une fois, Remus demeura silencieux, pris dans une émotion indescriptible. Son cœur pulsait avec une telle intensité dans ses tempes qu'il assourdissait tous les autres sons autour de lui. La fumée irritait ses yeux, floutait sa vision. Pourtant, il s'efforçait du mieux qu'il pouvait de discerner les traits du visage de son ami, essayant de s'accrocher à chaque détail que révélaient les éclats des feux d'artifices, se les imaginant par défaut. Les boucles de Sirius adoucies par le rose, sa peau nuancée de bleu, le vert qui flattait l'angle de sa mâchoire. L'orange des flammes dans son regard, le faisant briller d'une intensité surnaturelle.

Un spectacle presque poétique.

"PUTAIN, MAIS POUSSEZ-VOUS BANDE DE CONS !", hurla tout à coup Sirius.

Les lustres du couloir vinrent baigner leurs visages d'une même lumière blafarde, anéantissant l'impression de suspension qui s'était emparée de Remus quelques secondes plus tôt. Autour d'eux, les élèves courraient comme des dératés, les bousculant de toutes parts, certains se prenant les pieds de Remus dans la tête quand ils passaient trop près d'eux. Cherchant à échapper à la fois au danger et à la punition colossale qui leur pendait aux nez si jamais leurs professeurs venaient à les attraper, tous fuyaient vers leurs différentes salles communes.

Sirius lutta comme il put pour traverser la foule, essayant d'atteindre une galerie adjacente qui leur permettrait d'accéder à l'infirmerie par l'extérieur, mais des échos de sortilège émanèrent de l'endroit. Les combats s'étaient apparemment étendus aux abords de la Grande Salle et, quand l'un des sorts fusa dans leur direction pour éclater sur le pavé, la marée humaine qui les entourait se rua de plus belle vers les grands escaliers, les entrainant au passage.

Un tumulte assourdissant régnait tandis que le flot d'élèves se déversaient dans le grand hall, hurlant, griffant, s'agrippant les uns aux autres, poussant dans tous les sens avec une sauvagerie hallucinante, leurs pas résonnant par dizaines sur le marbre. Sirius fit de son mieux pour amortir les chocs, resserrant son emprise autour de Remus pour le protéger tant bien que mal tandis qu'ils évoluaient au centre de la foule. Blotti contre lui, Remus ne disait rien. Trop stressé par la situation, il se contentait de s'accrocher au corps du grand Gryffondor comme si sa vie en dépendait.

Toute cette situation était sa faute. Il le savait. Il n'aurait jamais dû répliquer aussi violemment face à Ferguson et ses sbires. Il n'aurait même jamais dû se rendre à la Grande Salle. Ni s'empiffrer de ces maudits bonbons anti-fatigue. Il aurait dû rester à l'infirmerie, là où était sa place, visiblement. Il avait voulu défier le Sort, et le Sort l'avait puni…

Désespéré, Remus fixa sa chemise, essayant de se concentrer sur sa propre respiration pour ne pas céder à la panique. Il enfonça sa tête dans le cou de Sirius qui montait deux à deux les marches, vacillant sous les mouvements de l'escalier qui pivotait avec une telle force que certaines personnes manquèrent de basculer par-dessus les rambardes.

La majorité du troupeau progressa ainsi jusqu'au septième étage. À chaque palier, la cohue s'intensifiait, les élèves se marchant dessus pour atteindre leur destination. La violence atteint son paroxysme devant le tableau de la Grosse Dame qui hurla en voyant la foule fondre sur elle. Trop occupée à courir dans le décor du tableau pour se cacher derrière un muret, elle laissa la porte s'ouvrir d'elle-même, permettant aux Gryffondor de se ruer à l'intérieur. Portés par l'élan collectif, Remus et Sirius se laissèrent emporter dans leur salle commune, déjà grouillante de monde.