12 _ Premier péché : Le nouveau serveur du Leblanc

«Kamoshida se moquait bien de la fureur de Takamaki. Il a claqué des doigts et une dizaine d'armures s'est engouffrée dans la pièce. L'une d'elles étaient plus imposante que les autres, et semblait faites d'or. Le capitaine de la garde rapprochée de Kamoshida, rien que ça ! A son ordre, les autres armures, celles en acier le plus simple, ce sont transformées en monstres. Des rois d'Halloween, des plantes pâlottes humanoïdes, quelques cheveux cornus… rien de nouveau, en sommes, hormis bien sûr le capitaine en lui-même. Il ressemblait à un diable musculeux à la peau gris sombre, barbu, tout nu -oui, encore, Kamoshida doit avoir un problème avec la nudité- assit sur un toilette. Non Sae, ne prenait pas cette expression alarmée, je vais aussi bien que possible dans ma situation et j'ai toute ma tête. Il était bien assit sur un toilette.

»Takamaki s'est élancée directement sur lui, folle de rage mais tout sauf incohérente. Elle nous a laissé le menu fretin, que Ryuji, Morgana et moi n'avons eut d'autre choix que d'éliminer. Le fouet de Takamaki claquait avec violence, et lorsqu'elle découvrit sa capacité à manier les flammes, elle ne se priva pas de les utiliser.

_ AGI !

»Les flammes le dévorèrent impitoyablement, incinérant littéralement le monstre. Morgana la regardait, sous le charme.

_ Tellement forte en plus d'être belle…

»Lorsque nous avons vaincu la dernière Ombre, nous nous sommes rendu compte que Kamoshida avait prit la clé des champs, profitant de la diversion que lui offraient les armures.

_ Merde ! Il faut qu'on le rattrape !

_ Attend blondinet, Miss Ann ne se sent pas bien.

»Takamaki haletait, visiblement fatiguée. Nous n'avons pas été guère plus reluisant, Ryuji et moi, après notre première invocation. Une Persona, ça ne se sort pas d'un claquement de doigts !

_ On devrait rentrer. De toute façon, Kamoshida doit être beaucoup trop sur ses gardes, on ne pourra jamais atteindre son Trésor en l'état actuel des choses.

»Nous sommes donc reparti, retrouvant rapidement la réalité au son de la voix artificielle nous souhaitant un bon retour. Nous sommes allé nous asseoir sur un banc un peu plus loin de la ruelle face au lycée. Ryuji nous a ramené des boissons du distributeur le plus proche, regardant Takamaki d'un air soucieux.

_ Ça va ?

_ Oui, je crois… Tout ça, c'est dur à avaler. Mais… Mais je veux vous aider. Kamoshida doit payer pour ce qu'il a fait, pas seulement à Shiho, mais à toutes les filles qu'il a harcelées, et à tous les garçons qu'il a tabassés. S'il y a un moyen pour le faire expier ses crimes, alors je refuse de le laisser passer !

»Morgana a sauté de mon sac pour atterrir sur les genoux de Takamaki, plongeant ses yeux bleus dans les siens.

_ Tu es sûre de toi ? Vraiment certaine ? Il n'y aura pas de retour en arrière possible.

_ Oui. Rien ne me fera changer d'avis.

_ Alors bienvenue parmi les Voleurs fantômes, Miss Ann !

_oOo_

_ Ann Takamaki est donc devenue votre complice… ça ne t'a pas gêné d'entrainer une fille dans cette sombre histoire.

_ Je suis pour l'égalité des sexes. Donc pas de traitement de faveur simplement parce qu'elle est une fille. Surtout que Takamika était vraiment forte, avec son fouet, et je n'avais aucune envie de m'en prendre un coup parce que je n'allais pas dans son sens !

Ren a sourit avec amusement, autant que son visage boursoufflé le lui permettait.

_ En plus, elle aurait agit seule si nous ne l'avions pas prise dans le groupe, ça aurait été trop dangereux.

_ Plus dangereux que devenir membre d'un groupe de terroristes ?

_ Terroristes… c'est nouveau ça, même mon casier ne m'a jamais valu d'être appelé comme ça…

Sae soupira. Ren avait à nouveau son regard absent. Elle s'inquiétait pour lui, vraiment. Lui n'était pas pressé que leur entretient se termine, mais elle, elle se disait qu'ils devaient en finir au plus vite pour l'expédier à l'hôpital dans les plus brefs délais. Elle n'aimait pas sa respiration sifflante.

_ Est-ce que tu veux te reposer ?

_ Ça ne changera rien… J'en étais à la décision de Takamaki de rejoindre notre groupe. Nous avons échangés nos numéros pour pouvoir communiquer facilement, puis elle est rentrée chez elle. Elle devait avoir envie de réfléchir à tout ce qu'elle venait d'apprendre… et de voir, aussi. Ryuji est parti juste après, et il ne restait plus que moi et Morgana.

»Il m'a regardé avec attention.

_ Je vais venir vivre chez toi.

_ Ce n'est pas chez moi. Et puis je vis dans un grenier…

_ Ça ira très bien ! Dépêchons-nous, j'ai envie de découvrir ma nouvelle résidence !

_ Mais pourquoi tu veux vivre avec moi ?

_ Parce que c'est comme ça !

»Essayez de refuser quelque chose à un chat, vous… Il était peut-être humain, mais n'en restait pas moins terriblement félin ! Je n'avais pas mon mot à dire, Morgana s'est installé dans mon sac et il aura fallut que je l'abandonne sur le quai de la gare pour avoir une chance de m'en débarrasser. Je n'en avais pas envie. Ce dont j'avais envie, s'était d'aller faire un tour du côté de la statue de Buchiko… qui sait, peut-être que l'artiste s'y trouverait encore… Mais Morgana ne l'entendait pas de cette oreille, et il s'est mit à miauler tellement fort que je n'ai eut d'autre choix que de monter dans mon train pour rentrer au café. Ça m'a agacé, et j'espérais franchement qu'il ne me commanderait pas ma vie, du genre m'envoyer au lit quand je voudrais lire ou m'interdire de sortir quand je voudrais respirer un peu d'air nocturne…

»Sojiro était encore derrière son comptoir quand je suis arrivé au Leblanc. Il s'est contenté de secouer la tête devant l'heure à laquelle je rentrais, pas plus tôt que les jours précédents. Le café était néanmoins encore ouvert, et je n'avais jamais vu autant de clients installés là. Un groupe de touristes, assurément. Sojiro paraissait quelque peut perdu par cette affluence inhabituelle.

_ Ne traine pas dans mes pattes pendant que les clients sont là.

»Je l'ai observé, puis la salle pleine, mon sac lourd de Morgana sur l'épaule.

_ Je peux vous aider si vous voulez.

_ M'aider ?

_ Oui. Je ne sais pas faire de café, mais je peux au moins servir les tables. Vous m'offrez le gite et le couvert, je peux bien faire ça en retour. Voyez ça comme une façon de payer mon loyer.

_ Je suis payé pour t'héberger, je te l'ai déjà dis.

_ Je sais mais… ça me dérange quand même de profiter de votre hospitalité. Laissez-moi juste le temps de me changer, et je redescends vous prêter main forte.

»Je ne lui ai pas laissé le temps de protesté et suis monté dans mon grenier pour troquer mon uniforme contre l'un des rare vêtements correct de mes maigres affaires, un pull crème et un pantalon noir. Pour être franc, je n'avais pas vraiment eut le temps de prendre plus quand j'ai quitté la maison de mes parents…

_ Morgana, tu ne fais pas un bruit, comprit ? Mieux, je laisse la fenêtre ouverte et tu vas faire un tour dans le quartier. Je doute que ce soit le bon moment pour parler de toi à Sojiro, alors ouste.

_ Quelle ingratitude. Je t'offre mon aide et tu me remercies en me mettant à la porte !

_ Reviens après le départ de Sojiro. Mais ne fais pas de bêtise, je ne veux pas qu'il me mette dehors. C'est le seul endroit que j'ai, désormais.

»Il a soupiré mais m'a tout de même obéit. Je suis redescendu et me suis planté devant Sojiro. Il a soupiré et m'a tendu un tablier vert bouteille.

_ Apporte le plateau sur le comptoir à la femme que tu vois assise toute seule à la table du fond.

_ Compris.

»Une tasse de café et une assiette de curry étaient posés sur le plateau. Je l'ai prit et me suis approché de la cliente assise seule à sa table, le nez plongé dans un bouquin de médecine. Il me semblait avoir déjà vu cette femme au style punk rock, ses cheveux noir à reflets bleutés coupés courts et ses yeux marrons soulignés de khol.

_ Le garçon qui cherchait son chemin… On dirait que tu l'as trouvé, finalement. Je ne savais pas que tu étais le serveur du café.

_ Ah ! Vous êtes la femme médecin que j'ai croisée le jour de mon arrivée... Tenez, votre commande !

»Elle a incliné la tête en me scrutant avec attention, un peu comme si j'étais un spécimen particulièrement intéressant qu'elle voulait disséquer pour inspecter les entrailles.

_ Tu devrais passer à la clinique, tu es un peu palot. Elle se trouve en bas de la rue, en face du vieux cinéma. Je suis le docteur Tae Takemi.

_ Je vous remercie, mais ne vous inquiétez pas, c'est juste un peu de fatigue.

_ Tu es encore lycéen c'est ça ? J'ai reconnu ton uniforme quand tu es entré. Je ne savais pas que la vie de lycéen était si fatigante que ça… sauf si tu es en train de passer tes concours pour trouver une université !

_ Non, je ne suis quand deuxième année.

_ Profite mon garçon, profite !

»Takemi a refermé son livre et tiré l'assiette de curry à elle, une façon de me dire qu'elle avait assez parlé. Je lui ai souhaité un bon appétit avant de retourner vers le comptoir.

»La soirée est passée vraiment vite, je n'ai pas arrêté de courir d'une table à l'autre. Lorsque la dernière cliente est partie, Sojiro a soupiré et a put tourner la pancarte indiquant que le café était fermé.

_ Ça faisait longtemps que je n'avais pas eut autant de boulot… Merci du coup de main en tout cas.

_ Je vous en prie, c'était avec plaisir.

_ La prochaine fois, je t'apprendrais à faire un bon café. Si ça t'intéresse.

_ Oui, j'aimerai beaucoup !

»Sojiro m'a regardé avec un sourire en coin, bras croisés, appuyé à son comptoir.

_ Je ne m'attendais pas à autant d'enthousiasme de la part d'un délinquant. Je ne m'attendais pas non plus à ce que tu fasses de l'aussi bon travail aujourd'hui. Donc c'est décidé, j'ai un nouveau serveur.

»Son téléphone a sonné. Il a décroché en hochant la tête, échangeant quelques réponses laconique avec son interlocuteur.

_ Il faut que je rentre, Ren. Je peux te confier la fermeture du… c'est un chat, ça ?

»Je me suis retourné et ai eu la merveilleuse surprise de trouver Morgana assit sur les premières marches. Dans les premiers jours, ce maudit félin m'a rendu fou, vraiment. Il nous a regardés, Sojiro et moi, d'un air supérieur.

_ Il y a une folle dans le quartier, Joker, elle m'a courut après en criant ''Flocon ! Flocon !'' Je suis bien mieux ici. Et j'ai faim !

_ Il miaule beaucoup ce chat. Ren, c'est toi qui l'a ramené ?

»Que répondre ? Sojiro et moi arrivions enfin à avoir une conversation normale, et voilà que Morgana gâchait tout.

_ J'ai laissé la fenêtre ouverte, il a dut entrer par là. Je vais le faire sortir si vous voulez.

»Tout plutôt que de perdre le seul toit que j'avais. Morgana s'en fichait, il ne comprenait pas. Je n'avais plus nulle part où aller, mes parents m'avaient mit à la porte sitôt que l'inauguration de mon casier judiciaire flambant neuf avait eut lieu. Et ils n'étaient pas là de me reprendre !

_oOo_

Sae l'avait entendue, cette fêlure dans la voix du jeune homme, qui n'avait rien à voir ses blessures physiques toutes fraiches. Il ne la regardait pas, fixant ses mains. Elle le voyait bien, avoir été viré de chez lui par les gens supposés l'aimer envers et contre tout lui faisait mal. Une blessure qui mettrait du temps à se refermer, si tant est qu'elle se referme un jour.

_ Amamiya ?

_ Ça va. Enfin… j'ai mal partout, mais à part ça, ça va… Vous savez, Sojiro est vraiment quelqu'un de bien malgré son air bougon. Lorsque Morgana s'est pointé devant lui et qu'il a clairement comprit que c'était moi qui avait ramené ce chat au café, il a simplement haussé les épaules. Il m'a dit que du moment qu'il ne le voyait pas en bas, ça ne le dérangeait pas que je m'occupe de lui.

»Je l'ai regardé avec étonnement, ce qui lui a arraché un sourire amusé.

_ Personne ne devrait être à la rue, Ren. Pas même un chat. Et ça te responsabilisera sans doute d'avoir un animal. Tu lui as déjà trouvé un nom ?

_ Morgana.

_ Drôle de nom… Mais ça lui va curieusement bien. Il y a toujours des déchets de viande quand je prépare du curry. Au lieu de les jeter, je te les laisserais de côté pour le nourrir.

_ Merci beaucoup, Sojiro…

_ Allons, ne fais pas cette tête comme si tu allais pleurer. Bon, il faut que j'y aille ! Passe une bonne soirée. Je fermerais la porte derrière moi.

»Sojiro est parti, nous laissant seuls, Morgana et moi.

_ Il est gentil, il a l'air de bien m'aimer ! Plus que toi.

_ Ce n'est pas difficile…

_ Quoi donc ?

_ Rien. Je vais faire mes devoirs, ne me dérange pas.

_ Et pour la folle qui a voulut me capturer, tu comptes faire quelque chose ?

_ Oh oui, bien sûr, je vais aller voir la police de ce pas pour lui dire qu'une gamine a confondu mon chat avec le sien. Ils seront ravis de l'apprendre.

»J'étais un peu sec avec Morgana, je m'en rends compte aujourd'hui. Toujours est-il que je me suis installé au comptoir désormais vide pour étudier. Puis je suis allé me coucher.

»Je n'ai fais aucun rêve, cette nuit-là, mais j'ai très mal dormis. J'avais comme un poids sur l'estomac. Un poids qui portait le nom de Morgana.

»Le lendemain était une belle journée.

_ Je vais venir au lycée avec toi ! Je voyagerais dans ton sac, et je m'installerais sous ton bureau comme ça personne ne me remarquera !

»Rectification. Le lendemain était une belle journée, jusqu'à ce que Morgana décide de se rendre indispensable à mon existence.

_ Je veux bien te trimbaler dans mon sac, mais hors de question que tu viennes en classe avec moi. Tu resteras à l'extérieur, en évitant de te faire ramasser par la fourrière.

_ Mais pourquoi ?

_ Parce que je ne veux pas me faire renvoyer ! Je ne sais pas si tu le sais, mais je suis en période de probation, au moindre pas de travers je file directement en prison ! Et se faire renvoyer du lycée, c'est un pas de travers. Déjà que Kamoshida veut ma tête et que je ne suis pas certain de finir le trimestre… Alors non, tu ne va pas me coller toute la journée.

»Morgana a prit un air vexé, mais s'est tout de même installé dans mon sac.

»Ce fut une longue journée, qui n'avait rien de différent des autres journées de cours. Les profs posaient des questions, je répondais à la plupart, les rumeurs continuaient de courir sur moi et ma prétendue machette, et mes prétendues victimes. Un élève absent pour maladie ? Je l'avais tué et on retrouverait son cadavre dans la benne à ordure ! A la fin des cours, j'ai retrouvé Takamaki et Ryuji sur le toit de l'école. Morgana nous attendait, sa queue frappant le sol avec impatience.

»Un nouveau bac de plantations avait été installé, avec de petites étiquettes portant des noms d'herbes aromatiques. Qui que soit la personne venant ici, c'était une personne que je sentais soigneuse et dévouée.

_ Bon, nous devons parler de nos préparations avant d'infiltrer une nouvelle fois le Palais de Kamoshida.

_ En parlant de ça, j'ai trouvé mon super nom de code ! Appelez-moi Skull !

_ Skull ?

_ Ouais, Skull ! Comme mon masque ! Ça veut dire crâne en allemand !

_ En anglais Ryuji, en anglais…

_ Peu importe, ça en jette ! Maintenant qu'on est prêts, direction le métavers !

_ Moins fort, blondinet. Et non, pas ''direction le métavers''. Pas tant que nous ne serrons pas préparés. Tout d'abord, il vous faut des équipements. Des armes, entre autre. Pas des vraies, mais des répliques, comme celle de Ryuji. Il vous en faut une chacun. Et il faudra passer dans une pharmacie pour obtenir une trousse de premiers secours. Nous risquons nos vies, alors j'aime autant prendre des précautions.

»Là, je ne pouvais qu'être d'accord avec Morgana. C'était plus prudent. Ryuji a sourit.

_ Je sais où on pourra trouver des répliques d'armes. On aura qu'à y aller demain, puisque c'est dimanche et que nous n'avons pas cours. Par contre, pour les pansements…

_ Je m'en occupe, il y a une clinique médicale pas loin du café où je loge, je pourrais y passer avant de rentrer.

_ Parfait.

_ Donc aujourd'hui, on ne fait rien ?

_ Non. Il y a un temps pour tout, et il faut savoir quand agir ou non.

_ Alors je vais passer voir Shiho à l'hôpital, si nous ne faisons rien aujourd'hui. Le médecin m'a dit qu'elle entendait lorsqu'on lui parle, même dans le coma. Je veux lui dire de ne pas s'en faire, que Kamoshida va payer pour ce qu'il lui a fait.

_ Je comprends, Takamaki.

_ Tu peux m'appeler Ann, Amamiya.

_ Alors appelle-moi Ren.

_ Ça marche ! Sakamoto… Pareil, appelle-moi par mon prénom. Ça sera plus simple, surtout qu'on est dans la même galère.

»Ann a sourit et s'est levé. Elle nous a salués de la main avant de partir.

_ Une fille m'a autorisé à l'appeler par son prénom… Dis Ren, tu crois que j'ai une chance ?

_ Avec elle ? Oublies.

_ Miss Ann n'est pas pour toi, Ryuji. Tu n'as pas sa classe !

»Ryuji a levé les yeux au ciel et a décidé de rentrer chez lui aussi. Je n'avais plus qu'à en faire de même.