Chapitre encore une fois relu et corrigé par ma bêta pommedapi, merci à elle.
Bonne lecture à tous !
Chapitre 2 :
Quand je te vois
-Dépêchez-vous ! râla Sirius. On met toujours une éternité à cause de toi, James !
-Qu'est-ce que j'y peux, moi, si mes parents mettent toujours un temps infini à me dire au revoir ! s'agaça son ami.
-Ça tu l'as dit, rigola Sirius. Je m'étonne qu'aucun de nous n'est encore pris racine sur le quai 9 ¾ !
-Pourquoi tu es si pressé ? lui demanda Regulus.
Sirius s'arrêta dans sa course et James lui rentra dedans. Il pensa à s'engueuler gentiment avec lui avant de se souvenir que son frère venait de lui poser une question. Il approcha alors son visage du sien et esquissa un sourire qui ne disait rien de bon au Serpentard.
-Parce que j'ai un petit rituel, tu vois, commença-t-il lentement.
-Oh vraiment ? fit semblant de s'intéresser Regulus.
Tous les ans, il avait vu Sirius particulièrement joyeux pour la rentrée. Il avait toujours cru que c'était parce qu'il retournait à Poudlard – ça devait aussi forcément joué – et parce qu'il pourrait enfin faire à nouveau les 400 coups avec son meilleur ami. Mais apparemment, il y avait une autre raison cachée. Voulait-il vraiment le savoir ? Pas vraiment. Une fille ou un mauvais tour. 50-50.
-Si je n'embête pas Lupin à chaque rentrée, je passe une mauvaise journée, lui expliqua finalement Sirius.
-C'est idiot, répondit son frère.
-D'où te sort cette certitude ? lui demanda James.
Sirius haussa les épaules. Mais venant de Sirius, il n'y avait pas d'autre réponse possible.
-C'est un rituel de toute façon, est-ce que ça doit forcément être logique ?
Il se remit en route, suivi par son meilleur ami et son frère.
Si Sirius et James ne virent pas les regards insistants dont ils faisaient l'objet – l'habitude – Regulus, lui, en fut douloureusement conscient. En plus, ses deux ainés, imbus d'eux-mêmes qu'ils étaient, devaient penser qu'il s'agissait, comme d'habitude, d'admiration. Mais Regulus le voyait, il le sentait, tout le monde avait appris ce qu'il s'était passé dans la famille Black cet été.
-Pourquoi Lupin ? demanda-t-il simplement pour ne plus sentir ces regards sur lui.
-Pourquoi déjà, James ? s'amusa Sirius.
-Parce qu'il prenait toujours la défense de Pettigrow avant. Alors tu as décidé de t'en prendre directement à lui.
-Je ne m'en prends pas à Lupin, nuança Sirius. Je le taquine.
Pas sûr que le principal concerné pense pareil, nota son frère dans sa tête.
-Pourquoi embêter Pettigrow ? voulut-il tout de même savoir.
Le pire, c'était que ça l'intéressait vraiment.
-Je ne l'embête plus, répondit son frère. Mais je le faisais avant parce que c'était amusant.
-Moi je préférais quand tu t'amusais avec Pettigrow. Remus et Lily sont amis et elle me fait la gueule à chaque fois que tu en fais trop avec lui.
-Lily ne sait pas s'amuser, répondit Sirius.
-Ne dis jamais ça devant elle.
Mais James ne nia pas.
Ils montèrent dans le train et Regulus et James refusèrent d'accompagner Sirius chercher Lupin. Regulus parce qu'il ne voulait pas risquer de se faire punir alors que l'école n'avait pas encore commencé et James, lui, ne voulait pas se mettre en porte à faux auprès de sa copine.
Ça n'entacha pas la bonne humeur de Sirius qui se mit en quête du jeune homme.
Remus se laissa tomber sur sa banquette habituelle et fit un immense sourire à son ami de Gryffondor, Peter Pettigrow. Les deux adolescents s'étaient connus dans ce même compartiment lors de leur première année. Ils avaient très vite sympathisé et étaient devenus amis, même si ensuite ils n'avaient pas été réparti dans la même maison. Peter à Gryffondor et Remus à Poufsouffle. Mais ils avaient tout de même réussi à rester amis.
Cette amitié comptait beaucoup pour le jeune Lupin. Lui qui était d'un naturel timide avait pris confiance en lui. Peter était le premier enfant qu'il avait abordé de lui-même. Il avait réussi à s'en faire un ami grâce à ses efforts.
Mais par la suite, si lui avait eu une bonne scolarité dans sa maison, ça n'avait pas été le cas de Peter qui s'était – il ne savait comment – attiré les foudres de Sirius Black et de son acolyte James Potter. Remus était certain que le garçon n'avait rien fait pour le mériter, que les deux stars de Poudlard l'embêtaient simplement pour le plaisir de rire. Il n'y avait rien de drôle à faire du mal à quelqu'un, à se moquer de lui et à l'humilier en public. Mais bien entendu, ces deux là ne pouvaient pas comprendre.
Peu importe la popularité des deux gamins, Remus n'avait pas hésité à défendre son ami. Et peu importe qu'aujourd'hui, il soit celui que Black aimait embêter. C'était toujours mieux que Peter. Il pouvait encaisser les moqueries, lui au moins était soutenu. Le pauvre Peter était malheureusement si seul. Il était son seul ami, il n'allait pas l'abandonner par lâcheté.
La première fois que Remus s'était interposé, Sirius en avait été si surpris qu'il avait oublié de déguerpir avant l'arrivée de McGonagall. Une autre fois, il avait répliqué en lui lançant un sort. Il l'avait alors aussitôt regretté : Remus n'était pas quelqu'un de violent. Et le pire, c'est que ça avait semblé amuser Black. Et si à présent James le laissait tranquille puisqu'il sortait avec son amie Lily, Black semblait ne trouver de l'intérêt qu'en l'embêtant. Pour preuve, il avait laissé Peter tranquille et s'attaquait directement à lui. Les punitions et les remontrances n'y avaient d'ailleurs rien fait. Dès que Black le croisait, il souriait de cet air un peu charmeur, comme pour se faire bien voir et amadouer les gens, juste pour qu'ils oublient qu'il préparait un mauvais coup.
La dernière blague de l'ainé des Black à son encontre avait été de propager la rumeur d'une hypothétique homosexualité de sa part. Sirius avait lancé en plein milieu d'un couloir bondé un « C'est parce que vous êtes en couple que tu traines tout le temps avec Pettigrow ? C'est bien de défendre ton mec, Lupin ! » avant d'éclater de rire, ce son si particulier. Rémus avait essayé de nier avant de comprendre qu'il jouait simplement le jeu de Black. « C'est vrai que Pettigrow est loin d'être canon. Qui voudrait de lui ?! »
Pourquoi ? Remus avait laissé tomber depuis longtemps le fait de comprendre le cerveau malade du Gryffondor, aussi pourri que sa famille.
Des gens l'avaient cru. D'autres le connaissaient et savaient que Sirius aimait juste embêter le timide Poufsouffle. Et puis, d'autres, sans forcément y croire, avaient trouvé amusant de faire circuler la rumeur. Il en avait souffert tout en le cachant. Hors de question de laisser voir sa tristesse aux autres.
Ils étaient dans les années 70, bien évidement que l'homosexualité n'était pas accueillie avec joie. Elle était plus tolérée dans le monde magique mais pas pour autant acceptée. Cette année là, cette année où Black avait cru hilarant de dire qu'il était gay, il en avait vraiment bavé. Mais Remus avait toujours su s'entourer et ses amis avaient été là pour lui.
Il parlait peu de tout ça avec Pettigrow. Son ami culpabilisait déjà assez.
-Comment étaient tes vacances ? lui demanda soudain Peter.
Un sourire se dessinait sur son visage, exagérant sa rondeur.
-Super, on a un peu voyagé avec mes parents et mon père m'a appris des nouveaux sorts.
-Comme si t'étais pas assez fort comme ça, baragouina Peter, ce qui amusa son ami.
-Et toi ? Est-ce que tu as enfin invité la fille qui te plaisait à sortir avec toi ?
Peter nia avec force.
-Pourquoi ? voulut savoir Rémus, attristé.
-C'était inutile, elle aurait dit non. De toute façon, c'était une moldue, mentit Peter, simplement pour avancer une raison.
-Et alors ?
-Ça aurait été compliqué d'être avec elle sans pouvoir lui parler de qui je suis vraiment…
-Je suis sûr que ce n'est qu'un prétexte pour ne pas l'avoir fait.
Mais Remus souriait. Au fond, Peter n'avait pas tort. Le compartiment où ils étaient s'emplissait peu à peu, ils se saluaient tous, heureux de se retrouver.
-Je suis sûr que tu seras Préfet-en-chef cette année, reprit Peter après un moment.
Remus ne voulait pas se prononcer mais c'était également son souhait.
Isabel MacDougal, une amie de sa maison, les rejoignit bientôt et le train démarra. Peter fit un denier signe de la main à sa mère encore sur le quai avant de ne plus les apercevoir. Pour une fois, elle avait choisi de venir : elle ne l'avait plus fait depuis sa 3ème.
Alors que le train n'était parti que depuis cinq minutes à peine, Sirius Black fit son apparition dans le wagon. Peter se tassa un peu sur lui-même, honteux de manquer de courage. Mais après des années à avoir été ridiculisé par l'adolescent, il n'arrivait pas à agir autrement.
Il avait toujours admiré Sirius Black. L'adolescent était tout ce qu'il n'était pas. Beau, riche, intelligent et populaire. Il pouvait tout faire, on lui pardonnerait toujours. Il prenait toute la lumière alors que Peter rasait les murs, s'excusant d'être ce qu'il était. Il se demandait souvent pourquoi il avait atterri à Gryffondor mais le Choixpeau magique avait déclaré que c'était le moins pire des choix. Rassurant.
Isabel regarda le 7ème année, à la fois impressionnée et un peu charmée. Bien entendu, elle gardait ses pensées secrètes : Remus et Peter ne seraient pas ravis d'apprendre qu'elle avait un béguin pour l'idiot de service. Mais l'ainé des Black était si doué pour séduire. Pourtant, depuis l'année dernière, l'activité principale de Sirius Black était de « taquiner » Lupin. Il en oubliait même de draguer. Ce n'était pas une mauvaise chose, il y avait eu moins de cœurs brisés du coup.
Et comme James s'était mis en couple avec Lily Evans, ça laissait plus de chance aux autres.
-Petit gros, se moqua Sirius. Isabel, salua-t-il dans un sourire la brune.
Il reporta ensuite son attention sur la raison de sa venue et se fit d'autorité une place aux côtés de Lupin. Sirius sentait les regards sur lui. Les autres devaient certainement être dans l'attente d'une de ses prochaines blagues. Le wagon où se trouvait Lupin était principalement constitué de Poufsouffles – sans blague – et de Serdaigle. Sans pour autant lui être favorable, ils n'avaient pas d'amis partout contrairement à ce que pensaient certains, mais au moins n'avait-il pas d'ennemi ici.
Il colla sa hanche contre celle de Lupin et passa un bras autour de son épaule. Si on ne connaissait pas leur passé commun, on aurait pu se tromper et croire à cette illusion d'amitié que jouait Black.
-Bonjour, Lupin, comment a été ton été ?
La question avait été posé avec courtoisie mais Remus choisit de ne pas y répondre. Black n'avait jamais de bonnes intentions. Le meilleur moyen de gagner contre lui était de l'ignorer. Et cette technique était d'une fiabilité déconcertante.
Remus ne vit donc pas le visage de Sirius mais à sa poigne qui se raffermit sur lui, il devina que son silence ne lui plaisait pas. Bien décidé à se venger, Sirius fit alors la conversation à Peter et à Isabel. C'était étrange mais les deux sorciers lui répondirent.
Sirius parla de ses vacances qui n'intéressaient pas une seule seconde Remus. Il tilta néanmoins à la mention de Regulus, le cadet des Black. Il essaya de ne pas écouter. Il avait entendu quelques rumeurs sur une fuite des enfants Black mais n'y avait pas prêté attention. Ecouter les ragots menait toujours à quelque chose de mal. Mais là, c'était Black lui-même qui en parlait…
-Pour de vrai, on a tenu tout l'après-midi ! s'exclama avec grandiloquence Sirius.
Remus ignorait de quoi il pouvait bien parler. N'avait-il pas évoqué son frère il y a quelques instants seulement ?
-Qu'est-ce que c'est ?
Sirius fit brutalement un geste pour prendre le pendentif que Remus portait depuis son 17ème anniversaire en mars. Il s'agissait d'une dent de loup polie et magnifique. Jusqu'à présent, elle avait appartenu à son père. C'était un trésor pour Lyall Lupin, il l'avait gagnée en arrêtant in-extremis Greyback alors que celui-ci avait tenté de le mordre lorsqu'il était enfant. A quelques minutes près, il aurait été mordu et sa vie aurait alors basculé pour toujours. Remus avait longtemps tanné son père pour l'avoir et celui-ci avait enfin accepté à son anniversaire. Remus y tenait énormément. L'année dernière, c'était ce pendentif qui lui avait donné le courage de supporter ce qu'il s'était passé suite à la mauvaise blague de Sirius.
Le regard que portait Black sur ce bijou ne lui plaisait pas. Le bijou n'avait rien d'onéreux, rien d'extraordinaire, et seuls ceux qui connaissaient l'histoire pouvaient en comprendre la beauté. Il avait également une valeur sentimentale. Black n'avait pas à y toucher.
Mais comme si celui-ci avait deviné ses pensées, il courba ses lèvres dans une moue innocente et lui arracha d'un coup sec le collier avant de disparaitre du wagon. La douleur cloua Remus sur la banquette pendant quelques secondes. Il se massa ensuite la nuque, ressentant une légèrement brûlure.
-Par Merlin, Remus est-ce que ça va ?! s'inquiéta Isabel.
Il hocha la tête mais la brune savait qu'il mentait.
-Je reviens, s'excusa-t-il.
Remus se leva et sortit du compartiment, ses amis ignorant s'il partait à la poursuite de Black où s'il souhaitait simplement s'isoler.
-Il abuse ! s'énerva Isabel. Qu'est-ce qu'il a contre Remus, bon sang ! C'est le garçon le plus gentil de la terre !
-C'est Black, fit Pettigrow comme si ça expliquait tout.
Et c'était sans doute le cas pour lui.
Une fois à Poudlard, Remus dut ainsi avouer avec ennui à ses amis qu'il n'avait pas réussi à récupérer son bien. Sirius n'avait jamais été seul et si Remus pensait pouvoir rivaliser avec lui en duel, entouré de ses amis, il doutait d'avoir même le temps de lever sa baguette. Il avait honte et sentait l'énervement le gagner petit à petit. Au diner, après la répartition des nouveaux élèves, Sirius lui avait fièrement montré le bijou. Il avait même embrassé la dent de loup et Remus avait souri. Il avait hâte du jour où il avouerait à Black que c'était une dent de loup. Le brun serait dégoûté à coup sûr.
Il récupèrerait son bien. Peut-être pas aujourd'hui ni demain, mais il le récupèrerait très vite.
Il essaya de ne pas se morfondre davantage. S'il se mettait en colère, ce serait la victoire du Gryffondor. Alors il fit de son mieux pour au moins passer une bonne soirée avec ses amis dans la salle commune. Il monta se coucher en premier dans son dortoir et fut vite rejoint par ses compagnons.
Le premier jour de cours était le plus important. En plus, il avait défense contre les forces du mal, sa matière préférée.
-Tu as fait quoi ?
-Chut ! grogna Sirius qui sortit discrètement le collier de sous son pull.
James le regarda avec étonnement avant de sourire.
-Joli ! Qu'est-ce que c'est ?
Sirius haussa les épaules.
-J'en sais rien mais c'est à moi maintenant. Comme je l'avais dit, mon petit rituel fonctionne toujours. Ça fait une semaine et je ne m'en lasse pas ! A chaque fois qu'on croise Lupin, il m'envoie un regard noir. Comme quoi il peut se montrer aussi hargneux des fois.
Le professeur de potion commença son cours mais ça n'empêcha pas les deux adolescents de continuer à parler. Severus Rogue, assis à côté de son amie Lily Evans, lança plusieurs fois des regards agacés aux deux rigolos sans que rien ne change. Bien entendu, à la fin du cours, James et Sirius avaient raté leur potion alors que Severus et Lily avaient obtenu un résultat parfait. Rien d'étonnant pour les meilleurs élèves de leur promotion.
A la fin du cours, Slughorn demanda à Sirius de rester. James essaya de l'attendre mais son ami le rassura : il pouvait très bien se faire engueuler seul parce qu'il n'avait rien écouté au cours. De toute façon, il n'aimait pas le cours de Slughorn.
-Merci, monsieur Black, commença le professeur une fois qu'ils furent seuls.
-Si c'est parce que j'ai pas eu un bon résultat, ne vous inquiétez pas, monsieur, je me rattraperai une prochaine fois.
-Je ne vous ai pas demandé de rester par rapport à vos résultats dans ma matière, monsieur Black.
Sirius haussa un sourcil. Il était intrigué et ne put s'empêcher d'être sur la défensive.
-De quoi est-il question alors ?
-Il s'agit de votre petit frère, Regulus Black.
Sirius fut tout d'un coup tout ouïe.
Depuis la rentrée, il avait surveillé de loin son frère, mais vraiment de loin. Il avait pourtant proposé au plus jeune de manger avec lui et James à la table des Gryffondor mais cet entêté avait refusé.
-Que se passe t-il ? demanda-t-il en essayant de masquer son inquiétude.
-Eh bien, j'ai l'impression qu'il rencontre quelques problèmes avec ses camarades.
-On le malmène ? s'horrifia-t-il.
Il était difficile pour Sirius d'imaginer Regulus subir quelque chose comme ça. Son frère était loin d'être un Peter – une victime quoi – et était respecté chez les Serpentard.
-Non, je ne dirais pas ça. Je pencherais plus pour de l'agressivité passive.
-Qu'est-ce que c'est que ça ? se perdit Sirius.
-Il est isolé, monsieur Black.
Sirius détestait la manière dont le prof avait de l'appeler ainsi à chaque fois.
-Oh…
-Pour l'instant, ça n'a pas l'air bien grave mais chacun sait combien l'isolement peut être dur en milieu scolaire.
Sirius hocha la tête tout en se demandant ce qu'il pouvait bien faire. Les rares fois où il invitait Regulus, celui-ci refusait.
-Ce sera tout.
Sirius fut soulagé de ne pas l'entendre dire « monsieur Black » et partit sans demander son reste. Il fallait qu'il ait une discussion avec Regulus ce soir.
Maintenant qu'il avait tout les deux quittés la maison familiale, ils allaient devoir se serrer les coudes. Sirius lui faisait confiance à présent. Il avait choisi de rester à ses côtés de son plein gré. Pendant l'été, lui et son petit frère avaient ainsi appris à se côtoyer de nouveau. Ils s'étaient même rapprochés, une sorte d'amitié fragile naissant entre eux.
Sirius avait espéré que rien ne change avec Poudlard mais il avait souhaité ça sans y croire. Sirius ne parlait pas de toutes les conneries de Sang-Pur avec son frère simplement pour ne pas se disputer avec lui.
Il espérait tout de même le faire changer d'avis d'une manière où d'une autre, avant qu'une première dispute n'éclate.
-Tu manges avec ton grand-frère ce soir ! déclara-t-il alors qu'il tirait le Serpentard à sa suite un peu plus tard.
Regulus essaya de se dégager de sa poigne sans succès.
-A quoi tu joues ?! marmonna-t-il en observant les gens autour de lui.
Tout le monde les regardait et il détestait ça.
Sirius l'obligea ensuite à s'asseoir à sa table et Regulus tritura avec nervosité sa cravate. Il aurait dû lancer un sort à son frère.
-Toi, à quoi tu joues ? Pourquoi tu ne m'as pas dit qu'on t'embêtait ? lui demanda alors Sirius.
-Ce n'est pas le cas, répondit-il vivement.
-Ne pas avoir d'amis, c'est le pire truc qui peut arriver, répondit son frère comme si c'était une évidence.
-Tu n'as pas d'amis, Regulus ? s'étonna James.
Regulus en rougit de honte. Le regard de Potter sur lui pesa lourd et il baissa les yeux.
-James !
Lily donna un coup de coude à son copain qui baragouina quelque chose auquel la rousse ne répondit pas.
-Je peux me débrouiller seul.
-Ouais, c'est ça, se moqua Sirius.
-Regulus, ce qu'essaie de te dire ton frère avec beaucoup de difficultés, c'est qu'il aimerait que tu te sentes le droit et la possibilité de te tourner vers lui quand ça ne va pas, lui traduisit gentiment Lily.
Elle souriait et Regulus détestait être réconforté par elle. Il avait toutes les raisons du monde de la détester, et pas seulement parce qu'elle était une née-moldue.
-Peut-être, mais ce n'est pas facile à faire, concéda-t-il.
-Et pourquoi ça ? voulut savoir James. C'est vrai que la plupart du temps, Sirius envenime les choses mais qui sait, un jour ses solutions marcheront peut-être, tenta de plaisanter le plus jeune.
-Peut-être que l'entraide est le maitre mot ici mais à Serpentard, ça ne marche pas tout à fait pareil.
-Tu penses que ce sera pire si tu es vu avec nous ? comprit la rousse.
Regulus acquiesça.
Et puis, dans un soupir, il retourna à sa table. On l'ignorait mais ce n'était pas si dramatique que ça. Il avait toujours été seul, d'une manière ou d'une autre.
Sirius regarda son frère partir et grogna.
-Pourquoi il se préoccupe tant de ce que les Serpentard pensent !
-Tu ne peux pas dire ça, Sirius. C'est important de se sentir bien dans sa maison, lui fit remarquer Lily.
-Pourquoi il n'essaierait pas de devenir ami avec Severus ? proposa soudain James.
Lily le regarda, émerveillée.
-James ! C'est une excellente idée !
Sirius voulut répliquer mais il n'avait pas forcément de meilleure solution. Avec James, ils échangèrent alors un regard lourd de sens : demain, il coincerait Severus entre deux cours pour lui louer les qualités de Regulus. Ils se pencheraient d'ailleurs sur cette liste ce soir, histoire de ne pas se retrouver à court d'arguments. Ce maudit Serpentard allait leur donner du fil à retordre, il le sentait. Pourtant, lui aussi n'avait pas beaucoup d'amis. Pourquoi ne disait-il pas simplement oui ?!
Sirius mangea avec agacement son plat en oubliant qu'il n'avait encore rien demandé au brun et que celui-ci n'avait pas encore refusé quoi que ce soit.
-Hé, j'y pense, réfléchit James.
-Ah, parce que ça t'arrive ? rigola Sirius.
Ils étaient dans leur dortoir à présent et Frank Londubat ronflait déjà depuis longtemps. Comme la majeure partie des élèves de Poudlard. Les deux amis grimpèrent alors dans leurs lits qui étaient voisins.
-Imaginons que par le plus grand des miracles, Severus accepte de se coltiner un 6ème année.
-Il le fera, crois-moi. Ce mec n'a pas d'amis, c'est une fleur qu'on lui fait.
-Lily est son amie, avança James.
James et Sirius échangèrent un autre regard. Celui qui disait qu'ils se comprenaient une fois de plus sans avoir besoin de parler. Ils avaient certainement dû être des âmes-sœurs ou des frères dans une autre vie.
Il était en effet évident pour tout bon observateur que le grincheux Serpentard était fou amoureux de Lily Evans. Enfin, tous sauf elle. James n'allait pas s'en plaindre. Pas qu'il doute que Lily lui préfère un jour Severus mais des fois, c'était bien de faire comme si ça n'existait pas, simplement parce que le changement était trop compliqué. Il était certain que Lily en serait gênée et aussi très triste de faire de la peine à son ami sans même s'en rendre compte. Et si ces deux-là étaient en froid, James était certain que la jolie rousse réduirait leurs séances de baisers endiablés.
-On est aussi supposé être ses amis, ajouta-t-il ensuite.
-Qui a décidé ça ?! fit Sirius comme s'il apprenait la nouvelle.
James éclata de rire et Frank ronfla un peu plus fort avant de devenir complètement silencieux.
-Tu rigoles, Sirius ? fit son ami une fois calmé. On traine avec lui depuis presque deux ans. Il t'a aidé à ne pas te rater en Potions pour les BUSES !
-Il t'a aidé aussi, l'informa le brun qui ne voulait pas être le seul dont les piètres qualités en potion étaient rappelées.
-Pourquoi tu fais comme si tu t'en rappelles pas alors ?
-Je n'avais pas tilté que ça voulait dire qu'on était devenu amis.
-Eh bah, si. Enfin, c'est pas ça le problème. C'est pas parce que Severus pourrait être d'accord que ce sera également le cas de Regulus.
Sirius grimaça, d'accord avec son ami.
-Je lui parlerai, soupira-t-il.
-Non. Moi, je lui parlerai. On a déjà vu qu'il ne t'écoutait pas vraiment, décida James.
-Pourquoi t'aurais plus de chances ? s'étonna sincèrement Sirius.
-Après toi, je dois être celui qui le connait le plus, chuchota James qui réalisait seulement maintenant qu'ils n'étaient pas seuls, qu'ils parlaient fort, que tout le monde dormait et que Sirius et lui auraient dû lancer un sort depuis longtemps.
Mais tant pis. Pas comme si les gars du dortoir n'étaient pas habitués à leurs discussions nocturnes.
-Tu as raison ! Par Merlin, il faut qu'on trouve un ami à Regulus !
Et Sirius partit dans un grand éclat de rire qui réveilla Frank pour de bon.
-Hé !
James surgit devant le Serpentard de 6ème année alors que les élèves sortaient précipitamment du cours d'histoire de la magie.
-Bonjour, Regulus.
Le frère de Sirius l'observa avec méfiance mais James ne se démonta pas.
-Ça te dit qu'on aille se balader un peu ?
-Pourquoi est-ce que tu me parles ?
-Et pourquoi pas ? Depuis quand il faut une raison pour parler à son ami ?
Regulus se mordilla les lèvres mais au moins n'était-il plus fermé.
James entendit les gens murmurer autour d'eux et décida de très vite éloigner le jeune Black de ses mauvais racontars. Il n'avait pas envie d'être rembarré comme son meilleur ami vendredi dernier. Sirius avait en effet parlé avec Severus. Si on pouvait dire ça ainsi. Ces deux-là s'entendaient comme chien et chat, si bien que James ignorait la nature exacte de leur relation. Ami ou ennemi.
Enfin, Sirius avait déclaré fièrement avoir réussi sa mission. Mais la veille, Lily lui avait dit avoir parlé à Severus et que c'était elle qui avait réussi à le faire accepter de côtoyer un peu le jeune Black. Snape verrait bien si ça accrochait entre eux. Il ne voulait pas s'obliger à côtoyer quelqu'un qu'il n'appréciait pas.
James aurait aimé taquiner son ami et sa discussion avortée qui s'était terminée sur un échec auprès du Serpentard mais il préférait ne pas se moquer avant d'avoir lui-même réussi.
Regulus le suivit finalement dans le parc, silencieux et presque impressionné. Durant l'été, James avait beaucoup observé le jeune Black. Il était étonnant de voir combien les deux frères pouvaient être si différents et semblables à la fois. Alors même si Regulus avait un caractère plus réservé que son frère, il arrivait à très bien s'entendre avec lui. Il était certain que quand celui-ci se déciderait enfin à être moins timide avec eux, ils pourraient être un trio formidable.
-C'est mon frère qui t'a demandé de venir me parler ?
-Peut-être. Peut-être que j'avais juste envie de passer du temps avec toi. De t'embêter, de te faire marcher pour que tu t'interroges. Ou alors de te faire marcher pour que tu améliores l'allure de tes gambettes, déclara-t-il.
-Gambette ?
-Les jambes. Lily l'a dit une fois, j'aime bien comment ça sonne.
-Qu'est-ce que mes jambes ont à voir là-dedans ?
James haussa les épaules, aussi surpris que lui.
-C'est toi qui en a parlé ! s'agaça Regulus.
James souriait et observait Regulus. Il laissa alors son regard s'attarder sur les jambes du plus jeune, juste parce qu'ils en parlaient, et Regulus regretta de ne pas avoir pris sa cape. Il tira ensuite inutilement sur son pull fin, comme si ça pouvait le soustraire aux yeux marron du plus vieux.
-En vrai, je le fais parce qu'avec les autres, on n'a pas envie que tu te sentes seul. Tu fais déjà partie de notre groupe mais t'as l'air d'être le seul à pas encore être au courant. Lily dit que c'est triste de ne pas se sentir bien dans sa propre maison, Sirius veut que tu aies des amis et moi, j'aimerais bien te voir sourire un peu. Si tu souris pas, c'est que t'es malheureux et t'as aucune raison d'être malheureux.
-Et pourquoi ça ?
-Parce que t'es ami avec le mec le plus populaire et doué de Poudlard !
Il se pencha vers Regulus, passant un bras autour de son épaule pour qu'il ne s'éloigne pas.
-Et en vrai, entre Sirius et moi, c'est moi la tête pensante. Il aime juste faire croire le contraire.
Regulus sourit, mais simplement parce qu'il était impossible de faire autrement.
-T'es beau comme ça, je suis sûr que t'aurais vachement de succès avec les filles si t'essayais d'avoir l'air plus avenant, tenta aussitôt de lui démontrer James.
-Je ne cherche pas de copine, marmonna Regulus qui se dégagea du bras du Gryffondor.
-Tant mieux, pas sûr qu'avec Snape, t'en trouves une tout de suite.
-Pourquoi tu me parles de Snape ?
-Eh bien, il se peut qu'il vienne te voir prochainement et te parle dans une vaine tentative d'amorcer un lien d'amitié avec toi. Tu le laisseras faire, n'est-ce pas ?
-On verra, souffla Regulus qui rebroussait chemin pour retourner au château.
Au diner, James fit comme Sirius. Il mentit en parlant du franc succès qu'avait été sa discussion avec le jeune Serpentard.
-Rends-moi ça, Black !
-Et pourquoi donc ? frima Sirius.
Deux semaines étaient déjà passées depuis la rentrée et il ne s'était pas déroulé un jour sans que Lupin ne vienne quémander auprès de lui.
Au moins cette fois-ci avait-il réussi à le coincer dans un couloir désert : c'est qu'il faisait des efforts. Avant aujourd'hui, Sirius n'aurait jamais cru qu'un Poufsouffle puisse être aussi intéressant et dangereux. Mais il pouvait l'être plus encore, il n'en doutait pas.
Lupin le dépassait de quelques centimètres – à peine – mais Sirius était plus musclé, plus rusé et avait moins de scrupules à se servir de sa baguette. Pas comme si un seul Poufsouffle s'était un jour montré dangereux. Réellement dangereux.
-C'est à moi et ça devrait être une raison suffisante.
-Je ne vois pas en quoi.
-Le contraire m'aurait étonné, pas qu'il y ait la moindre parcelle de logique en toi.
-Merci, sourit Sirius.
Remus se força à ne pas répondre.
-La vraie question, Lupin, c'est pourquoi tu y tiens tant.
-C'est une blague ?! C'est un cadeau de mon père !
Sirius sortit le collier et l'observa de longues secondes. Remus fit de même.
-Je ne comprends pas pourquoi tu t'acharnes autant. Qu'est-ce que je t'ai fait au juste ? voulut-il soudain savoir, toute trace d'énervement l'ayant quitté.
Il était juste triste et fatigué.
-Je ne comprends pas ce que j'ai bien pu te faire pour que tu décides de faire de ma vie un enfer, ajouta-t-il d'une voix amère.
-N'importe quoi, tenta de se défendre Sirius, perturbé par son brusque changement.
Comptez toujours sur un Poufsouffle pour vous faire culpabiliser !
-Arrête d'en faire tout un plat, c'est juste des blagues, c'est pour s'amuser, se dédouana-t-il ensuite.
-Des blagues, répéta Remus. Est-ce que tu as vraiment l'air de trouver que je m'amuse ?
-Tu n'as jamais l'air de t'amuser, Lupin.
Sirius était dos au mur mais ça ne l'inquiétait pas. Il fit un pas vers Remus qui le regardait faire avec prudence puis s'arrêta à un peu plus d'un mètre du plus grand pour opter pour une posture pleine de désinvolture.
La main de Remus se serra alors sur sa baguette rangée dans sa poche. Il ne voulait pas s'en servir mais Sirius était si rapide à dégainer qu'il fallait au moins qu'il se tienne prêt. Il n'avait pas pour objectif de s'en servir et pour l'instant, son souhait avait l'air d'être entendu.
-Désolé de ne pas trouver tes petits jeux méchants et mesquins amusants.
-Qu'est-ce qui te fait rire dans ce cas ? demanda le Gryffondor.
-La même chose que la plupart des gens, soupira-t-il.
-Je ne suis pas la plupart des gens.
Sirius soupira, pencha la tête d'un côté puis de l'autre, avant de finalement ranger sous son pull le collier. Il s'écarta ensuite de deux pas et entendit les pas d'un groupe d'élèves à proximité d'eux. La première heure de cours n'allait pas tarder à débuter et Sirius n'avait franchement pas envie d'arriver en retard au cours de McGonagall. Il avait parié avec cette chieuse de Marlene qu'il pouvait tenir une semaine sans faire perdre de point à sa maison. La semaine débutait tout juste alors il n'allait pas déjà perdre. Surtout que celle-ci lui avait promis de belles faveurs s'il réussissait.
Sirius s'était rappelé en la voyant que cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pas fréquenté de filles.
-Raconte-moi une blague, exigea-t-il soudain.
-Je ne suis pas ton bouffon, Black…
Sirius fronça les sourcils, ne comprenant pas l'expression. Mais il était hors de question qu'il demande à Lupin de lui traduire.
-Si tu me racontes une blague et que ça me fait rire, je te rendrais ton collier, décida-t-il en le faisant tourner devant ses yeux pour le narguer.
-Et pourquoi je te croirais ?
-Parce que si t'y arrives, ça veut dire que t'as un minimum d'humour et donc je te le rendrais.
Remus fronça les sourcils, incertain. Black était-il sincère ou se moquait-il une fois de plus de lui ? Malheureusement, c'était la seule solution pacifique qu'il avait.
Remus chercha donc une blague. Il ne savait pas ce qui faisait rire Black à part des trucs de gamins et sans doute un peu idiots.
-Très bien. C'est l'heure du souper et à table, une femme demande à son époux :
« Je te sers ? » Et son époux répond : « Depuis qu'on se connaît, je n'ai toujours pas trouvé à quoi... ».
Remus resta silencieux, attendant de voir le Gryffondor rire ou non. Savoir avec angoisse s'il avait réussi ou pas, qu'il puisse enfin arrêter de s'humilier plus que nécessaire.
-Sérieux, Lupin ? Une blague misogyne, j'aurais jamais pensé ça de toi !
Sirius souriait et avait même du mal à se retenir de rire.
-C'est une blague et les blagues ne sont pas supposées être politiquement correctes. Et tu as ri.
Il tendit sa main droite.
-Rends-moi mon collier.
-Je n'ai pas ri, protesta Sirius.
-Bien sûr que si ! s'indigna Remus.
-J'ai pas rigolé à cause de ta blague mais parce que t'étais trop nul.
Sirius pouffa encore de rire et profita que Remus ne détourne son attention de lui lorsqu'il entendit des élèves parler plus fort dans le couloir d'à côté pour s'en aller.
Il pressa le pas : il ne devait sous aucun prétexte arriver en retard. Il arriva juste à temps pour ne pas se faire soustraire de points par sa directrice de maison et prit place avec Lily, James s'étant fait attribuer une place le jour même de la rentrée. Et malheureusement pour lui, c'était loin de Lily et loin de son frère de cœur.
-Qu'est-ce que tu faisais ? lui demanda la rousse.
-Je m'amusais un peu avec Lupin.
-T'embêtais Remus ? Encore ! s'énerva-t-elle à voix basse. Laisse-le tranquille un peu ! Pourquoi tu t'acharnes sur lui ?
Cette question revenait régulièrement et Sirius n'avait pas tellement de réponses convaincante. Il détestait voir Lupin trainer avec Pettigrow et n'aimait pas quand celui-ci l'ignorait. C'était juste plus fort que lui. Dès qu'il le voyait, il ressentait le besoin d'attirer son attention, de s'amuser un peu à ses dépends.
-C'est drôle, Evans.
Elle secoua la tête, dépitée. De toute façon, elle ne pouvait pas comprendre.
Prochain chapitre le 08/10 : S'essayer au changement
