Chapitre 14 :
Nuit d'ivresse
Partie 2
.
Contrairement à ce qu'on pouvait penser de lui, Sirius n'avait pas eu beaucoup de copines, ni tant de relations que ça. Il était un Don Juan et le reconnaissait volontiers, mais il n'aimait pas collectionner les filles et préférait une relation sincère d'amitié que celle passionnée d'une histoire amoureuse. Il était jeune et ne comprenait pas qu'on puisse s'engager corps et âme dans une situation si contraignante alors que lui, tout ce qu'il désirait, c'était profiter de sa jeunesse et s'amuser avec ses amis. Peut-être aussi qu'il avait l'impression d'être moins libre lorsqu'il était en couple.
Il y avait les concessions, la jalousie, le fait de devoir rendre des comptes, être moins égoïste, penser à l'autre avant soi… Il n'était pas sûr d'en être capable. C'était galère et il jugeait l'engagement comme des chaines qu'on acceptait de porter et dont on avait du mal à se débarrasser ensuite.
Sirius ne voulait pas utiliser l'éducation bancale et le manque d'amour de ses parents pour expliquer certains de ses choix. Ainsi, à voix haute, il n'assumait pas ses faiblesses mais au fond de lui, il se demandait si Walburga et Orion lui avaient laissé des séquelles. D'où ses cauchemars et sa peur de l'engagement peut-être. Sirius était par exemple persuadé d'être perclus de défauts. Il y avait simplement une chose dont il était certain, c'est qu'il était beau, séduisant, charmeur et attirant.
On le lui avait maintes fois répété et c'était plaisant de l'entendre. Il savait donc pourquoi la plupart des gens l'abordait en premier lieu. Pourquoi il en fascinait certains. Et pourquoi il était si populaire.
Pourtant, il était aussi un crétin – parfois – et manquait de maturité. Il ne savait pas faire grand-chose et la magie avait une place très importante dans sa vie. Trop peut-être. Un jour, Alice lui avait parlé d'un livre ou d'une œuvre quelconque - Sirius était rarement attentif lorsqu'elle parlait - et elle avait affirmé que les gens découvraient leur vraie valeur dans la difficulté et seulement lorsqu'ils étaient livrés à eux-mêmes. Et pour une fois, Sirius partageait son avis.
A l'inverse, Remus était un gars bien et il ignorait pourquoi le châtain l'appréciait. En effet, il ne pouvait pas dire qu'il avait été très sympa avec lui depuis qu'ils se connaissaient. Néanmoins, les choses avaient doucement changé entre eux sans que lui-même ne comprenne pourquoi. Ça avait été plus fort que lui. Un sentiment qu'il n'avait pu combattre. Mais il en était heureux parce que le Poufsouffle s'avérait moins ennuyeux qu'il n'en avait l'air. L'embêter avait ainsi été divertissant mais apprendre à devenir son ami le rendait heureux.
Au fond de lui, Sirius n'avait donc que peu de doutes quant à ce qui allait suivre. C'était étrange car il appréhendait autant qu'il le souhaitait.
Il avait bu, mais pas tant que ça. Il avait vu Nott agrémenter les boissons de diverses fioles et il ignorait ce qu'il y avait dedans mais d'après lui, le brun avait dû doser trop fort. Sirius aimait boire mais n'avait pas besoin de se bourrer la gueule pour apprécier une soirée. Et il avait toutes ses capacités ce soir, ce qui rendait son désir pour Remus plus troublant encore.
Le voir danser, rire, si extraverti et libre avait déclenché des sentiments inconnus en lui. Peut-être était-ce parce qu'il n'avait pas eu de relation sexuelle depuis plusieurs semaines, que c'était le soir avant les vacances de Noël ou simplement parce que ça avait le goût de l'interdit, mais le désir qu'il ressentait pour le Poufsouffle était intense.
-C'était bien ? demanda-t-il finalement pour briser le silence et cacher sa gêne.
Sirius avait l'impression d'être un peu gauche et cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti ainsi. Sa question lui parut même pathétique mais il n'avait pas su quoi dire d'autre. Il avait besoin de savoir comment le Poufsouffle ressentait ces dernières minutes, s'il avait apprécié, et plus que tout, s'il n'avait pas de regret.
Remus était toujours assis à côté de lui et le Gryffondor était heureux que le châtain ait décidé de rester. Il n'avait pas l'air très à l'aise et Sirius fut pris d'un doute. Le baiser qu'ils venaient d'échanger ressemblait à ceux de ses premiers émois, maladroit mais sincère, empli d'appréhension et de sentiments. Etait-ce justement le problème ?
-C'était ton premier baiser ? voulut-il savoir.
-Qu-quoi ?
Remus croisa enfin son regard, émergeant de ses pensées.
-C'était ton premier baiser ? répéta Sirius.
-Non ! Non.
Sirius s'en trouva soulagé. Il avait cru un moment que si son ami s'était fait si silencieux, c'était parce qu'il lui avait pris son premier baiser et qu'à présent, il regrettait de l'avoir offert au Gryffondor. Mais il se sentait un peu stupide rétrospectivement. Remus avait 17 ans, il était plus que probable qu'il ait déjà embrassé des gens avant. Enfin, ce n'était pas forcément le cas de tout le monde, mais Sirius savait maintenant que ce n'était pas tant le baiser que la personne avec qui il l'avait échangé qui perturbait le Préfet-en-chef.
-J'embrasse si mal que ça ? plaisanta-t-il alors pour détendre l'atmosphère.
Il prit sa main dans la sienne pour appuyer son propos d'un air faussement blessé et fut heureux d'entendre Remus rire.
-Non, c'était très bien. C'est juste… que j'ai du mal à y croire. Je ne comprends pas bien pourquoi tu le voulais…
-C'est si étonnant ?
-Un peu. Tu préfères les filles, non ?
-Ce n'est pas une raison pour ne pas avoir envie de t'embrasser, pointa-t-il, soudain plus sombre.
Sirius n'avait pas vraiment envie d'en discuter. De toute façon, il n'était pas certain de pouvoir apporter beaucoup de réponses à ce sujet. Avant aujourd'hui, il ne s'était jamais intéressé à un garçon ni même imaginer en embrasser un. Et pourtant, ce soir, tout avait été si facile, presque évident. Il n'avait pas envie que Remus doute de lui et remette en cause ce qu'il s'était passé. Sirius était celui qui avait proposé qu'ils s'embrassent et Remus n'avait pas refusé non plus.
Cherchant à se rassurer, l'ainé des Black se tourna alors vers son camarade et prit son visage en coupe pour plonger ses yeux dans ceux du plus jeune.
-Ne te prends pas la tête, pourquoi ne pas juste te laisser aller ce soir ?
Remus ne répondit pas et Sirius n'attendit pas qu'il le fasse. Comme précédemment, il s'approcha de lui, mais cette fois ce fut le châtain qui rompit les derniers centimètres qui les séparaient et comme la première fois, Sirius se sentit nerveux. Lorsqu'il embrassait Remus, il avait l'impression de ressentir tout un tas de trucs déstabilisants : il entendait son cœur s'emballer et à cause de la nervosité, ses mains étaient un peu moites tandis qu'il caressait les cheveux courts de son ami en espérant que ce ne soit pas un problème. Ils se détachèrent ensuite une seconde le temps de reprendre leurs souffles avant de souder de nouveau leurs lèvres.
Le baiser s'approfondit puis se prolongea. Remus avait le goût très léger du jus de pomme qu'il avait dû boire une partie de la soirée ainsi que l'arrière goût particulier de l'alcool du whisky-pur-feu. Sirius aussi devait avoir un goût similaire. Ce n'était pas déplaisant et le Gryffondor apprécia l'instant. Il joignit ensuite sa langue à celle de Remus et dans un même mouvement, ils s'enlacèrent et basculèrent sur le lit, haletants.
Sirius observa les yeux mordorés du châtain et lui sourit. Remus caressa alors sa joue avant que sa main ne descende timidement vers son torse, là où la peau était visible. Sirius ne le quitta pas des yeux, le laissant le toucher et il hocha même la tête lorsque Remus lui demanda s'il pouvait entièrement déboutonner sa chemise.
Sirius voulut rapidement faire de même et après une hésitation, Remus accepta.
-Je ne suis pas aussi beau que toi, se justifia-t-il.
Remus ne l'avouait pas mais il avait peur que Sirius soit subitement dégoûté par son corps d'homme, se rende compte de la bêtise qu'il était en train de faire. Il vit ensuite Sirius observer son torse sans rien dire. Il posa sa main sur son ventre et Remus se contracta comme l'effleurement l'avait un peu chatouillé. Sirius sourit et remonta sa main, toucha les tétons roses qui l'intriguaient et obtint un accro dans la respiration du plus jeune.
Sirius prit lentement conscience que ses gestes, ses caresses faisaient réagir son ami. Il le vit ainsi rougir, se troubler, soupirer, le désirer et il se rendit compte que tous ces réflexes avaient le même résultat sur lui que lorsqu'il était en compagnie d'une fille. Il ressentait en effet de la fierté, de l'amusement, de l'emballement et de l'excitation. Cependant, à toutes ces réactions s'ajoutait la fébrilité à laquelle il n'était pas habitué à faire face. Il en venait même à guetter les réactions de Remus pour être certain qu'il se sente bien et qu'il agissait de la meilleure des manières. Ses gestes étaient donc nerveux et étrangement, cela n'en rendait l'instant que plus beau, plus authentique.
Son regard croisa soudain celui de Remus et il sut au plus profond de lui-même que le Poufsouffle ressentait une fièvre similaire à la sienne. Une fois encore, ce fut pourtant le châtain qui fit le premier pas et il poussa les caresses jusqu'à présent presque innocentes à des contacts plus tendancieux et provoquant. Il s'agissait maintenant de découvrir le corps de l'autre d'une autre manière.
Alors, lorsque la main de Remus se glissa timidement dans son pantalon, Sirius le serra plus fort encore dans ses bras.
-Excuse-moi, je… Tu veux bien ? voulut savoir le Poufsouffle, inquiet.
Sirius prit le temps de respirer. Il avait cette sensation horrible d'être celui qui avait besoin d'être rassuré dans leur échange intime. Remus semblait en effet avoir plus d'assurance que d'ordinaire. Lui qui avait plutôt imaginé le blaireau mignon et timide, c'était finalement lui qui le guidait. Quand est-ce qu'il avait commencé à imaginer ça d'ailleurs ? L'interrogation le surprit mais il n'avait pas envie de se pencher là-dessus pour l'instant. Il ne voulait pas laisser son esprit s'égarer.
Sirius se rappela alors la question de Remus qui caressait doucement son ventre, flirtant avec le bouton de son pantalon. Oui, il en avait envie. Il le supposait du moins. Son regard quitta pourtant un instant le visage du Poufsouffle et accrocha le plafond décrépi de la chambre. C'est vrai qu'ils se trouvaient dans la cabane hurlante, cet endroit lugubre et loin du château. Pour autant, Remus et lui étaient sur un des lits de la maison, s'embrassant comme si tout était normal alors qu'à côté d'eux, rien n'avait de sens. L'endroit sentait mauvais et malgré leur bonne volonté du début, c'était encore bien poussiéreux à certains endroits. Sous lui, les draps rêches étaient désagréables et il ne voulait pas penser aux microbes et souillures qui les tâchaient sûrement.
La seule chose de belle et qui valait le coup dans cet endroit était Remus. Et lui comptait faire quoi exactement au Poufsouffle dans ce taudis ? Coucher ensemble à l'abri des regards dans un endroit minable ? Dans un sens, c'était une excellente occasion. C'était le bal, bientôt Noël, et ils n'auraient pas à se voir pendant les vacances. Sirius pourrait alors faire comme d'habitude. Faire comme si cette nuit n'avait pas d'importance mais se montrer aimable et touché pour ne pas être détesté. Garder cette personne près de lui parce que malgré tout, même s'il ne l'aimait pas d'amour, il aimait quand même Remus et il ne voulait pas le perdre.
Oui, il pouvait faire comme d'habitude.
Pourtant, il n'en avait pas envie. En effet, il percevait tant de choses dans le regard de Remus. Il voulait ainsi être à la hauteur de ce qu'il observait, ne pas le décevoir. Être responsable.
-Je ne peux pas, je suis désolé.
Et ces mots lui coutèrent bien plus qu'il ne l'aurait cru. Il vit également tout de suite la déception envahir son ami. Remus essaya un instant de faire bonne figure avant d'abandonner et de baisser la tête, essayant de dissimuler sa honte, sa déception, son incompréhension.
-Pardon, je croyais que tu étais d'acc-
-Oui, enfin non. Ce n'est pas…
Remus releva la tête et lui renvoya un regard triste. Il se sentait soudain stupide d'avoir cru que Sirius en avait autant envie que lui. Voilà qu'à présent, le brun essayait maladroitement de lui faire comprendre qu'il n'en avait pas tellement envie. Malgré tout, Remus voulait la vérité et non pas des excuses pour le ménager.
-Alors quoi ?
Il s'éloigna car la chaleur du corps de Sirius qu'il avait tant recherché plus tôt était subitement devenue insoutenable. De son côté, le Gryffondor avait le regard fuyant mais après une hésitation, il se redressa également. Ils restèrent ainsi l'un à côté de l'autre, ne sachant trop comment se comporter.
-Tu as trop bu et demain, tu le regretteras, soupira finalement Sirius.
-Non, chuchota Remus.
Son ami secoua la tête.
-Si. Et demain, tu me détesteras.
Malgré la tendresse qu'il percevait dans la voix du batteur, Remus n'entendit que le rejet. Il avait ainsi la solide impression que son discours n'était qu'une excuse. Il comprit alors avec douleur qu'il avait espéré bien trop fort qu'il se passe vraiment quelque chose ce soir. Qu'enfin, quelqu'un lui montre qu'on tenait à lui. Malheureusement, il s'était fait des films. Sirius aimait les femmes et il était un homme. Il n'avait certainement pas de quoi séduire Sirius Black. Il s'en voulait maintenant d'avoir cédé, d'avoir été faible et de s'être ridiculisé. Encore une fois, une personne qu'il désirait vraiment le repoussait et il avait mal.
-Si demain ou même un autre jour tu veux toujours de moi, pourquoi pas, continua Sirius.
Il essaya ensuite de prendre sa main mais Remus s'éloigna. Ce dernier passa alors une main nerveuse dans ses cheveux puis se redressa.
-J'ai sommeil, mentit-il. Je voudrais rentrer.
Sirius fut déçu mais s'interdit de lui en vouloir. Tout ça était pour le mieux.
-OK, rentrons vite avant que les gens ne remarquent notre absence, on aura des problèmes sinon.
Le préfet en chef acquiesça et Sirius se rendit compte qu'il avait de plus en plus de mal à garder son sourire poli. Ils remirent rapidement de l'ordre dans leurs vêtements puis quittèrent la cabane hurlante toujours sans un mot. Pour eux, la fête était finie.
Tandis qu'ils marchaient vers le château, Sirius pensa à ses amis restés au bal, s'amusant et s'enivrant malgré l'interdiction des professeurs. Il compara alors leur fin de soirée à la sienne, pathétique, mais dont il n'arrivait pas à regretter l'issue. Partir avec Remus lui avait en effet permis de se sentir bien, de se vider la tête et d'apprendre à connaitre plus en détail une personne qu'il appréciait. Il n'aurait simplement jamais imaginé que cela évoluerait ainsi entre eux.
Les deux sorciers passèrent sans encombre sous le petit tunnel du saule cogneur et Remus resta silencieux et distant. Sirius ne put s'empêcher de l'observer, essayant de voir si le Poufsouffle ne lui en voulait pas trop. C'était plutôt improbable. Remus lui avait confié que le Gryffondor lui plaisait et Sirius l'avait embrassé et même fait des avances pour ensuite le repousser. Il devait se sentir affreusement mal, bien évidemment.
Malheureusement, le brun ne savait que dire pour soulager sa peine. Il n'était pas très fort de ce côté et c'était sûrement la raison pour laquelle les gens se confiaient peu à lui. Il était bon pour déconner, s'amuser, pas pour consoler.
Regulus devait taire ses problèmes pour ces mêmes raisons : il n'avait pas confiance en son grand frère.
Penser à son petit frère et à la situation qu'il vivait anéanti brutalement Sirius. Cela le replongea dans l'état morose du début de soirée alors que pendant quelques heures, Remus avait su le lui faire oublier.
-Je vais dans mon dortoir, l'informa soudain le châtain à voix basse, comme pour ne pas déranger les pensées du batteur.
Sirius ne sut quoi dire et il hocha la tête, tournant les talons pour ne pas voir Remus s'éloigner. Il ne savait pas quoi faire. Retourner dans la salle de bal ? Aller dans la salle commune ou son dortoir ? Ses pas résonnèrent ainsi de manière sinistre dans le grand couloir vide. Bientôt, Sirius entendit de la musique et il releva la tête pour remarquer la lumière qui filtrait au loin. C'était celle de la salle de bal. Il en était tout prêt. Il s'arrêta pourtant, toujours indécis.
A cet instant, la porte s'ouvrit pour laisser passer Lily, l'air agacé, et Severus dont Sirius n'arriva pas à voir le visage.
Il les vit partir et disparaitre rapidement. Quelque chose avait du mal se passer entre Lily et James. Sirius observa la porte, la lumière, écouta la musique et tourna finalement les talons. Il retourna dans son dortoir, là où Lily et Severus ne seraient pas. Et alors qu'il avait toujours été là pour James, ce soir, il ne se sentait pas la force d'aller le trouver. Il avait besoin d'être seul. A présent que la magie qui l'avait entouré lorsqu'il avait été avec Remus et qui lui avait fait oublier sa situation et celle de son frère s'était dissipée, l'ainé des Black mesurait avec une précision douloureuse la catastrophe dans laquelle il se trouvait.
xXx
Dorcas suivit des yeux son amie qui quittait la salle de bal aux côtés de Severus. Dans son coin, James l'observait également, le regard noir. Elle grimaça, pressentant que pour eux, la nuit allait mal se finir. Elle n'y comprenait décidément rien. Au début de la soirée, tout avait pourtant si bien commencé. Elle avait même découvert que Peter Pettigrow n'était pas d'aussi mauvaise compagnie que certains le disaient. Il s'avérait en fait être un garçon très gentil, maladroit et pas très bavard. Elle se retrouvait ainsi parfois à devoir mener la conversation pour deux mais le Gryffondor n'avait rien en lui qui méritait qu'il ait été écarté de sa propre maison pendant si longtemps. Mais quelqu'un méritait-il un tel traitement ?
Quand Dorcas avait invité Peter, elle lui avait dit qu'elle au moins n'avait jamais rien fait contre lui et avait - tout comme Lily - réprimandé à de nombreuses reprises Potter et Black pour leurs idioties. Mais n'était-ce pas seulement pour se donner bonne conscience ? Alors qu'elle apprenait à découvrir le garçon, elle se disait qu'elle aurait dû faire plus. Malheureusement, il était trop tard pour regretter. Elle ne pouvait qu'avancer et faire en sorte de ne pas commettre d'autres erreurs. Elle avait maintenant très envie de devenir amie avec le garçon rondouillard. Ils n'avaient certes pas beaucoup de points communs mais Pettigrow savait écouter et ne jugeait pas.
Et puis, il avait dans ce regard l'admiration et la bienveillance que la Gryffondor avait souvent espéré voir chez les autres à son égard. En effet, pour tout le monde, elle restait la plupart du temps la bonne copine, sorcière remarquable mais pas assez douée pour être la première. Elle était toujours derrière quelqu'un. Que ce soit derrière Black en métamorphose, James en sortilège, Severus ou Lily en potion, Lupin en DCFM ou même Marlene en ce qui concernait le physique ou la puissance.
Ce n'était pas de la jalousie, la jeune femme ne voulait pas s'abaisser à ressentir un sentiment aussi peu glorieux. Elle avait juste besoin de reconnaissance. Elle voulait pour une fois réussir quelque part, exceller et trouver sa place. Jedusor l'aidait en ça. Il était merveilleux et sous son regard, elle se sentait vraiment spéciale. Ses séances avec lui étaient ainsi agréables et lui faisaient du bien. Elle avait tout de même peur des sentiments qui naissaient en elle lorsqu'elle l'évoquait. La jeune fille savait combien il était compliqué de tomber amoureux d'un homme plus âgé, surtout quand celui-ci était responsable d'elle. Elle ne voulait pas lui apporter de problèmes mais elle doutait pouvoir se passer si facilement de sa présence. Alors pour l'instant, elle taisait l'attirance qu'elle ressentait pour le psychomage. De toute façon, elle était certaine qu'elle n'était pas la seule à être charmée et elle ne pouvait s'empêcher de se trouver ridicule. Elle appréciait probablement davantage la manière dont l'adulte la faisait se sentir que l'homme en lui-même. Elle était intelligente, elle aurait dû être au-dessus de ça. Pourtant, ce n'était pas le cas.
-Tiens.
Peter lui tendit un verre d'eau et Dorcas le remercia. A force de danser, ils avaient eu tous les deux très soif et se passer de boisson pour se désaltérer était vite devenu impossible. Alors Peter s'était proposé pour aller leur chercher de l'eau. Dorcas préférait ne pas savoir si le blond était assez doué pour invoquer ou transformer de l'eau ou s'il avait été en chercher autre part. Aux toilettes par exemple, même si elle préférait penser qu'il en avait pris dans les cuisines du château. A moins que les blagueurs de Poudlard aient au moins eu l'amabilité de laisser la fontaine d'eau intacte…
-J'ai croisé Evans qui partait avec Snape, commenta-t-il.
Dorcas soupira. Elle sentait que son amie n'allait pas être bien demain matin.
-Je crois que James et elle se sont disputés.
Peter fut sincèrement surpris. Qui aurait pu croire que ce couple puisse un jour rencontrer des problèmes ? Comme quoi, tout n'était pas parfait pour Potter.
Il essaya néanmoins de cacher sa joie car Lily était l'amie de sa cavalière et se réjouir des problèmes des autres était mal. Mais James Potter n'était pas son ami et il se fichait bien s'il souffrait ou non.
Peter observa le capitaine de Quidditch qui se tenait à l'écart de la piste de danse. Il avait un air morose sur le visage et était loin de s'amuser. Peter se décida alors à être un peu curieux.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Dorcas garda le silence longtemps, si bien que Peter ignorait si elle allait lui répondre. Et puis, au bout d'un moment, elle haussa les épaules. Peter crut qu'elle mentait : il était normal qu'elle ne délivre pas les secrets d'une de ses plus proches amies. Mais en vérité, la Gryffondor n'en savait rien.
A vrai dire, encore aujourd'hui, Dorcas en était à essayer de comprendre comment Lily avait craqué et fini par sortir avec Potter. Ils étaient si différents. De plus, Lily lui avait toujours dit que James n'était pas son type de garçon à l'époque où les deux Gryffondor ne se fréquentaient pas encore.
Mais quelque chose chez l'attrapeur l'avait fait changer d'avis, lui avait donné envie d'essayer. Probablement qu'aujourd'hui, Lily non plus n'arrivait pas à se souvenir de pourquoi elle avait fait ce choix.
-Ne nous préoccupons pas d'eux. Et puis, je doute que ça t'intéresse vraiment.
Peter bredouilla et cela la fit sourire. Dorcas imaginait bien ses pensées face à cette situation. Ce n'était pas très noble mais elle n'eut pas le cœur à lui en vouloir.
-Désolé, souffla finalement le blond. C'est triste pour Lily et j'aimerais dire que j'espère que ça s'arrangera mais je ne suis pas certain de le penser…
-Ce n'est rien probablement. Ça ira mieux demain. Tous les couples se disputent, c'est comme ça, lui fit-elle remarquer sans être pourtant avancée sur la question.
-J'ai du mal à imaginer que tu puisses te disputer avec qui que ce soit, rit Peter.
-Et pourquoi ça ? s'amusa Dorcas.
-Tu es tellement gentille et juste. Je ne vois pas ce qu'on pourrait te reprocher !
-Tu es adorable, Peter. Merci, sourit la lionne.
xXx
-Je suis désolée, Severus, je te gâche la soirée... Tu préfèrerais certainement être là-bas à t'amuser plutôt qu'à m'écouter me plaindre…
-Non, bien sûr que non.
Severus se rapprocha de sa meilleure amie et après une hésitation, passa son bras gauche autour de ses épaules. Lily le fixa une seconde et il pensa qu'elle allait le regarder étrangement ou le repousser mais elle n'eut qu'un sourire sincère pour lui et cela le rassura. Elle ignorait ses sentiments alors bien entendu, elle ne voyait rien de mal à ce rapprochement !
En allant chercher à boire et quelques encas dans la salle de bal, le Serpentard avait eu la surprise de tomber sur Lily et Potter en pleine discussion houleuse. Il n'avait pas osé approcher même s'il en avait eu très envie. De plus, d'où il était, il lui avait été impossible de savoir pourquoi le couple s'empoignait. Ça n'avait pas eu l'air d'être un sujet futile. Severus les avait donc observés de loin, buvant un verre qu'il avait saisi au hasard. Il avait eu du mal à détacher son regard de Lily. Tellement en colère et tellement mal. Qu'avait donc bien pu faire James pour la mettre dans cet état ? Parce que pour Severus, ça ne pouvait être que de sa faute : le Gryffondor enchainait les bourdes avec la rousse et était loin de se rendre compte de la chance qu'il avait de l'avoir à ses côtés.
Au loin, un des professeurs responsable du bon déroulement de la soirée veillait sur les danseurs, la fatigue visible sur ses traits. La soirée toucherait bientôt à sa fin, il se faisait tard.
Severus s'était soudain crispé en voyant Potter serrer les poings et s'en aller. Il était parti se perdre parmi la foule, loin de ses yeux, loin de Lily. Le Serpentard avait ensuite observé son amie, inquiet, et il avait senti la tristesse s'abattre sur lui en la voyant prête à pleurer. Ne pensant plus à rien, il était allé la voir. Elle n'avait pas eu l'air surprise de le voir, lui qui plus tôt dans la journée lui avait pourtant certifié ne pas vouloir mettre les pieds au bal. Il lui avait proposé de sortir prendre l'air et elle avait accepté. Elle lui avait ensuite demandé s'il connaissait un endroit tranquille pour parler car elle ne désirait pas tout de suite rentrer dans son dortoir. Il lui avait alors proposé la roseraie intérieure près de la salle de cours de botanique. Severus avait ainsi espéré qu'un endroit si joli redonnerait du baume au cœur à son amie.
La nuit été bien avancée et Regulus avait dû trouver de quoi s'occuper seul. Severus s'était senti un peu coupable de l'avoir abandonné aussi facilement pour une fille, mais c'était Lily et jamais il ne pourrait l'abandonner. Il l'avait déjà bien trop délaissée avant. Ça avait permis à Potter de la séduire et de prendre cette place qu'il avait toujours tant désirée.
A présent, seuls dans la roseraie, le bal se terminerait dans un peu plus d'une heure et chacun retournerait dans sa chambre, profitant d'une dernière nuit à Poudlard avant de le quitter le lendemain matin.
-Qu'est-ce qui se passe, Lily, je ne suis pas habitué à te voir comme ça, souffla-t-il
Lily posa sa tête sur son épaule et Severus sentit son cœur battre plus vite. C'était étrange de constater que ce contact lui faisait autant de bien que de mal. Pourtant, il savait qu'il ne devait rien espérer de la Gryffondor. Il devait se contenter de ce rôle qu'il aurait à jamais auprès d'elle. Seulement, combien de temps devrait-il souffrir avant de pouvoir réellement la voir comme une amie ?
Parfois, il en voulait à Lily de ne rien voir de ses sentiments. Si seulement elle pouvait le repousser et briser son cœur pour qu'il arrête enfin d'être ainsi. Mais pourraient-ils encore être amis une fois son secret découvert ? Peut-être, peut-être pas. Ne valait-il pas mieux se languir d'amour que de perdre son amitié ? Il devait au moins avoir ça, sinon il la perdrait à jamais.
-La soirée n'était pas si bonne que ça. Tu as bien fait de ne pas venir, rigola-t-elle.
-Vraiment ? s'étonna-t-il.
Il n'aimait pas ce genre de fête mais celle de Poudlard était plutôt célèbre pour être particulièrement plaisante.
-Non… Enfin, c'est juste que ça ne s'est pas très bien passé avec James…
Lily observa le brun. C'était son meilleur ami et elle savait qu'elle pouvait tout lui dire alors elle lui raconta.
-Il t'a demandé en mariage !?
Le choc et aussi la colère déformèrent malgré lui le visage du Serpentard.
-Pas exactement…
Elle soupira.
-Il voulait simplement savoir ce que j'en pensais.
-Parce qu'il compte le faire, insista Severus en retrouvant son calme.
Et puis, en voyant la petite mine de la rousse, il s'interrogea.
-Ca ne te fait pas plaisir ?
Severus était réellement étonné. Bien sûr, c'était effrayant de se voir proposer ce genre de chose alors qu'on avait seulement 17 ans mais savoir que le garçon que vous fréquentez vous aime assez pour avoir envie de passer le reste de ses jours à vos côtés, ça avait un côté romantique qui plaisait généralement aux filles. James était sincère dans ses sentiments et Severus l'avait toujours su. Ca avait été donc encore plus difficile de lui laisser Lily. Qu'aurait-il pu dire pour dissuader son amie alors même qu'il savait que Potter l'aimait vraiment ? Pas autant que lui, il en était certain, mais il l'aimait quand même. Lily avait donc choisi celui dont elle était amoureuse et non pas celui qui l'aimait le plus. Du moins, c'est ainsi que Severus l'interprétait.
Potter était célèbre et bon nombre de jeunes femmes de Poudlard auraient aimé être à la place de la rousse. Le Préfet de Gryffondor était populaire, riche, un sang-pur, sorcier d'exception, beau, attrapeur et bien d'autres qualités que se refusait à énumérer le brun. Et malgré tout ça, Lily n'avait pas l'air emballé.
Elle avait même l'air mal à l'aise sous le regard profond de son ami. Assise par terre près de l'un des pieds de rosier magique, elle bougea finalement les épaules comme pour évacuer une certaine raideur.
-Je ne sais pas, c'est… Je n'ai pas vraiment envie d'y réfléchir maintenant. On a encore nos ASPIC à passer à la fin de l'année et puis, qui sait si nous serons encore ensemble cet été ou même dans deux ans ? Je n'ai pas osé lui dire, mais mon but dans la vie n'est pas de me marier…
Elle baissa les yeux, honteuse. Beaucoup considérait que dans un foyer, le rôle de la femme était de garder la maison et d'élever les enfants. Moins maintenant, mais le monde ne changeait pas aussi facilement et pour les moldus encore plus. Elle ignorait comment c'était chez les sorciers, mais elle ne voulait pas de ce rôle même si elle adorerait avoir une famille.
Alors pendant qu'elle le pouvait encore, elle voulait penser à elle. Continuer ses études, devenir médicomage ou psychomage, réaliser ses rêves et juste profiter au jour le jour de ses amis et de son copain. Cependant, James voyait plus loin qu'elle et ça lui faisait peur. Lentement, Lily se mettait à douter de son couple, de ses sentiments. Elle aimait James mais elle se sentait coupable que ses sentiments ne soient pas aussi grands et intenses que les siens.
-Tu n'as pas à t'en vouloir, Lily.
Severus pressa l'épaule de son amie. Il ne croyait pas en la chance mais était-ce un signe ? Par Salazar, si Lily n'aimait pas tant Potter que ça, peut-être le verrait-elle enfin !
-James est super et je l'aime, mais j'ai parfois l'impression qu'on n'est pas en symbiose, reprit-elle. Même si je suis bien avec lui, nous n'aimons pas les mêmes choses et si jusqu'ici ça ne m'a pas trop dérangé, je ne sais simplement pas si plus tard, ce sera toujours le cas.
-Je ne veux pas paraitre pessimiste mais il est rare de finir sa vie avec son copain de l'école.
Il lui fit un sourire penaud et Lily soupira. La pauvre ne voyait même pas ce qu'essayait de faire le brun.
-Je m'en doute…
Cette constatation l'attristait, ce qui n'était pas le cas de Severus. Lily ne pensa donc pas à rappeler à son ami qu'elle était toujours en couple avec James et que ce qui s'était passé ne changeait rien à ses sentiments. Elle ne pensait pas avoir besoin de défendre son couple auprès de son ami. Lily avait besoin de se confier, pas de se disputer avec le Serpentard sur les qualités ou non de son copain.
-Pourquoi a- t-il fallu que ça se termine comme ça, se désola-t-elle après un moment. On était censé s'amuser, je ne sais pas pourquoi James à évoquer ça ! Je ne comprends pas sa manière de penser !
Severus n'écoutait pas vraiment. Est-ce que ça avait la moindre importance ? Lily lui parlait, lui disait ce qu'elle avait sur le cœur et le regardait.
Elle sourit soudain, amusée par le regard du brun sur elle. Elle se sentait si chanceuse d'avoir un ami aussi sincère et fidèle que Severus. Elle lui prit soudain la main, la serrant contre la sienne, et Severus sentit son cœur battre plus vite encore. Il fit alors cette chose complètement folle qu'il n'avait même jamais osé imaginer : il l'embrassa.
Sans réfléchir, Lily ferma les yeux, réconfortée par l'affection que lui portait son ami. Et puis, elle se secoua mentalement. Que faisait-elle !? Severus était son meilleur ami, elle ne pouvait pas l'embrasser ! Elle était avec James !
-Arrête, Severus.
Elle le repoussa et s'en voulut de ne pas l'avoir fait tout de suite. Elle avait été faible. Elle avait voulu être écoutée, consolée, réconfortée et elle avait tout oublié. La Préfète-en-cheffe n'osa pas croiser de nouveau le regard de son ami.
Le Serpentard sentit pour sa part la terre se refermer sur lui. Il venait de perdre son amitié, il en était certain. Pourquoi avait-il fait ça ?! Il était bête, il le savait en plus !
-Lily, pardo-
-Severus, s'il te plait, l'arrêta t-elle.
Il voyait qu'elle essayait de le préserver pour qu'il ne s'humilie pas davantage et cela le toucha autant que l'attention le blessa. Il se sentait ridicule, comme un moins que rien, incapable d'interpréter convenablement les signaux qu'une fille lui envoyait. Il avait embrassé Lily sans son consentement et ce geste insensé allait lui coûter tout ce qu'il aimait. Que pouvait-elle bien penser de lui maintenant ?! Peu de chose agréables, probablement…
Snape avait cette impression profonde qu'il avait tout gâché, que jamais plus ils ne pourraient revenir en arrière, que jamais ils ne pourraient oublier ce baiser. Il était même certainement fou mais pendant un instant, il avait eu l'impression que Lily avait désiré ce baiser autant que lui. Pourtant, il se trompait forcément.
Désespéré, le brun choisit d'enfin livrer ce qu'il avait sur le cœur à la fille qui occupait toutes ses pensées depuis si longtemps. Il avait le sentiment qu'il le lui devait. Qu'elle ne pense pas qu'il avait fait ça sur un coup de tête.
-Je suis désolé, Lily, mais je…
Les mots avaient du mal à sortir. C'était étrange. Severus avait imaginé cet instant tant de fois. Comment il la regarderait, la manière dont il la rassurerait, la toucherait, et enfin se confesserait.
« Je t'aime depuis toujours ».
Quelque chose de simple pour ne pas l'embarrasser, ne pas lui imposer ses sentiments. Mais à l'instant fatidique pourtant, rien ne lui venait et il se sentit terriblement mal, honteux et misérable. Cette fois, ce fut lui qui n'osa pas regarder son amie. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et malgré la chaleur dans la roseraie, il frissonna.
Le silence s'étira et il entendit Lily renifler. Elle se releva alors et lui tendit la main. Il la saisit, incapable de le faire seul. Il croisa ensuite son regard triste mais clair. Elle ne lui en voulait pas.
Ce simple geste chassa toute l'angoisse que le Serpentard avait ressenti ainsi que son mal être et son appréhension.
-Il se fait tard, nous devrions rentrer.
Elle se détourna de lui et commença à s'éloigner.
- Merci de m'avoir écouté.
-Lily, attends ! l'arrêta-t-il tandis que Lily se figeait. Il faut que je te dise quelque chose.
Il prit une grande inspiration.
-J-je… Enfin, je- j'ai des sentiments pour toi. Je…
-Ne le dis pas.
Lily avait seulement murmuré et pourtant, Severus l'avait perçu aussi fort qu'un cri.
Elle se tourna alors vers lui, ferma les yeux un long moment, avant que son visage blême n'affronte de nouveau celui du Serpentard.
Cette attitude étrange, Severus mit un temps à la comprendre et puis enfin, la lumière se fit.
-Tu… savais ? articula-t-il d'une voix blanche. Pendant tout ce temps, tu savais et tu n'as rien dit ?
Lily garda le silence, les yeux fuyant, et pendant un instant, Severus se perdit dans ses pensées. Il fixa les fleurs, la végétation et la nuit noire dehors d'un œil vide. La belle roseraie devint subitement étouffante et il dépassa Lily pour sortir, encore hagard.
Il ne souhaitait qu'une seule chose, c'était s'éloigner de Lily. Quel imbécile il avait été !
-Severus, attends !
Lily lui courut après et agrippa son bras. Il se dégagea vivement mais elle ne lui en voulut pas.
-Comment as-tu pu me faire ça ?! Pourquoi n'avoir rien dit !?
-Parce que je voulais rester ton amie, murmura-t-elle, peinée.
-Et moi alors ?! As-tu pensé à mes sentiments, Lily ?! Je t'aime même si tu ne veux pas l'entendre !
Etrangement, sous le coup de la colère et de la douleur, ces mots étaient sortis facilement. Comme un coup qu'il portait pour se défendre.
-Je suis désolée, Severus, je suis avec James.
-James, le gars dont tu passes ton temps à te plaindre ! Celui avec qui tu n'as rien en commun et dont tu viens de m'avouer que tu doutes l'aimer autant que tu ne le devrais ?
-Je n'ai jamais dit ça. Tu es horrible de déformer mes propos simplement parce que tu m'en veux.
Severus pinça les lèvres, pas désolé du tout.
-Pourquoi tu ne me dis pas que tu me trouves trop moche, que tu as trop honte pour ne serait-ce qu'envisager quelque chose avec moi ?
-Ça n'a rien à voir… Je te vois simplement comme un ami, Severus, c'est tout, s'excusa-t-elle.
Son regard triste fut trop pour le brun qui se détourna.
-Mais moi, je n'ai pas envie d'être ton ami. Je veux plus que ça.
Le Serpentard quitta la pièce, laissant la jeune femme seule, et Lily resta debout un long moment à l'entrée du petit jardin avant d'aller dans sa chambre. Elle se mit ensuite au lit et sentit les larmes monter. Elle venait de perdre son ami le plus précieux. Une larme lui échappa.
Deux minutes plus tard, ses amies pénétrèrent à leur tour dans la pièce. Elle fit semblant de dormir pour ne pas avoir à répondre à leurs questions.
xXx
Le bal de Noël était terminé depuis peu et James ne s'était pas fait prier pour quitter la salle. Il avait passé une mauvaise soirée et avait attendu en vain que Lily revienne. Ça lui avait fait un coup au cœur de la voir partir avec Snape, tout ça à cause d'une dispute qu'ils auraient pu éviter. Mais voilà, il était trop tard pour regretter. James avait alors au moins espéré se réconcilier avec sa petite amie mais Lily avait choisi de partir. Le Préfet de Gryffondor n'était pas sûr de passer une bonne nuit : il était certain de ressasser.
Lorsque James arriva dans son dortoir, il eut la surprise d'y trouver Sirius. Rodolphe et Ceslestin quant à eux dormaient déjà, ayant quitté le bal bien longtemps avant James. Le Gryffondor les observa quelques secondes, s'attardant à peine sur le lit vide de Frank, et examina son meilleur ami. Sirius se tenait debout devant la fenêtre et regardait dehors. Le ciel était bien noir et les étoiles visibles. La lune était presque pleine, rappelant à l'attrapeur que bientôt, la pleine lune serait de nouveau là.
Était-ce à ça que pensait son meilleur ami ?
-Sirius ?
Il s'approcha et fut étonné de n'avoir aucune réaction de la part de l'ainé des Black. Sirius n'avait pas l'air bien. Avait-il passé une soirée aussi pourrie que lui ? Une fois Lily partie, James avait amèrement regretté de ne pas l'avoir suivie. Il était certain que Severus avait médis à son sujet pour éloigner Lily de lui. Il était donc énervé contre Severus et aussi un peu contre elle. Après avoir ramené les verres, Lily s'était en effet montrée étrangement distante. Il lui avait posé des questions et elle avait répondu qu'elle souhaitait simplement oublier et passer une bonne soirée avec lui. Mais James n'était pas de cet avis et la conversation avait jeté un froid entre eux. Après tout, il avait juste voulu mettre les choses à plat.
Tout avait dégénéré. Il s'était énervé et avait accusé Lily de ne pas autant l'aimer que lui si elle ne voulait pas l'épouser plus tard. Il n'avait pas voulu le dire – et peut-être qu'il le pensait vraiment – mais le mariage n'était pas vraiment d'actualité pour lui non plus. Malgré tout, la réaction si réticente de sa copine lui avait fait peur.
Il avait ainsi espéré pouvoir se confier à Sirius mais son ami ne semblait pas être en état d'écouter ses états d'âme.
James l'appela de nouveau et lorsqu'il n'eut toujours aucune réaction, il posa sa main sur son épaule pour forcer son ami à se retourner. Il sursauta alors en découvrant le regard vide de Sirius. Il avait la peau pâle et semblait ne pas le voir. Sa peau était froide et cela lui fit peur.
James pensa immédiatement à une possession parce que l'état de Sirius inspirait chez lui les mêmes sentiments que lorsqu'il traversait par mégarde un des fantômes du château.
Il appela Frank qui déboula rapidement de la salle de bain et les deux dormeurs de la chambre se réveillèrent en sursaut. Tous pensèrent d'abord que Sirius refaisait une crise mais il était bien là, debout et réveillé.
-Qu'est-ce qui se passe ? demanda Frank en dévisageant leur ami.
-Je ne sais pas, Sirius est bizarre, répondit James.
Il secoua le concerné comme s'il pouvait chasser le mal qui l'habitait et Frank voulut l'arrêter : malmener ainsi le brun était une mauvaise idée. Pourtant, Sirius cligna des yeux avant d'observer James comme s'il se réveillait tout juste d'un rêve. Il s'accrocha ensuite brutalement à lui et ce dernier eut peur l'espace d'une seconde. Que venait-il d'arriver à son ami ? Était-ce bien lui et allait-il bien?
Et puis, il se reprit. Bien sûr que c'était Sirius, son ami et son frère. Il ne recula donc pas et le laissa s'appuyer contre lui.
-J'ai trouvé, Jamie ! Je sais comment aider Regulus, souffla Sirius à son oreille.
-Qu'est-ce qu'il raconte ? voulut savoir Rodolphe.
Tous savaient que Sirius était étrange ces derniers temps, James plus que quiconque encore, mais quoi qu'il venait d'arriver à son meilleur ami, il était préférable qu'ils en parlent seul à seul.
-Rien, il a juste besoin de se rafraichir un peu.
A ces mots, James tira Sirius par le bras jusqu'à la salle de bain, dépassant et ignorant les mines inquiètes de ses compagnons. Sirius le suivit avec une docilité étrange. Il avait toujours cette expression un peu absente qui collait mal avec l'euphorie qui semblait pourtant l'habiter.
-James ! s'enthousiasma-t-il encore. J'ai trouvé, je te dis ! Je vais le sauver, tu vas voir !
-Comment ? demanda-t-il simplement alors qu'une dizaine de questions se bousculait dans son esprit.
-Je l'ai vu, répondit Sirius.
-Comment ça tu l'as vu ? Je viens de te trouver, Sirius et t'étais près de la fenêtre à regarder la lune comme si t'étais possédé, s'inquiéta le brun. T'étais vraiment bizarre, j'avais beau t'appeler, tu ne répondais pas.
-J'étais ailleurs, encore dans ce rêve. Enfin, ce souvenir.
-Ce souvenir ? Sois plus précis, s'il te plait, je ne comprends rien...
-J'ai vu ce qu'il s'est passé lorsque Rosier et Regulus ont fait ce Serment Inviolable. Remus avait raison quand il disait qu'il y a toujours une faille ! Je ne sais pas si Regulus l'a fait exprès mais grâce à lui, je peux l'aider !
James esquissa un sourire timide. Il avait du mal à suivre son ami et n'avait pas envie de trop le bouleverser avec plus de questions. Sirius n'était pas dans son état normal, il préférait parler de tout ça avec lui une autre fois, au calme et à tête reposée.
-Très bien, c'est génial, dit-il quand même.
Et il le pensait. Si le batteur avait réellement trouvé une manière de sauver Regulus, alors c'était sans doute la meilleure nouvelle de la soirée.
-Allons dormir, on continuera d'en discuter demain, lui proposa-t-il.
-Je ne pense pas que j'arriverais à dormir, lui confia son ami.
-Moi non plus…
Sirius lui adressa un regard surpris et James soupira.
-Lily et moi, on s'est disputé. Je sais que je ne vais pas arrêter d'y penser.
-Oh… Je suis désolé, James.
Celui-ci haussa les épaules. Son ami n'y était pour rien. Il ne savait même pas qui blâmer pour tout ça. Lui-même, Lily ou ce satané Severus qui avait une place bien trop importante dans la vie de la rousse ?
-C'est rien. Et toi, ta soirée ? Tu es parti tôt, non ? Je t'ai à peine vu là-bas.
-Mouais, je ne suis pas resté longtemps, je n'arrivais pas à m'amuser.
James sentit tout de suite que Sirius lui cachait quelque chose. Est-ce que ça concernait le bal ou alors cette étrange découverte qu'il aurait faite ? Pendant combien de temps Sirius était-il resté à observer cette lune d'ailleurs ? Cela le fit frissonner.
-Ça va ? lui demanda-t-il, mais il ignorait quelle réponse il souhaitait bien avoir.
Sirius acquiesça et Frank tapa à la porte de la salle de bain pour savoir s'il pouvait entrer et terminer ainsi de se préparer. Sirius et lui échangèrent alors un regard et sortirent. James alla dans son lit et observa le batteur contempler encore l'extérieur. Il l'appela, de peur qu'il recommence à s'éloigner de lui, mais Sirius lui sourit et fila sous ses draps.
Comme il l'avait pressenti, James eut du mal à trouver le sommeil cette nuit. Mais contrairement à ce qu'il avait pensé, ce ne fut pas à cause de sa dispute avec Lily. En effet, il pensait à Regulus alors que cela faisait un moment qu'il ne l'avait pas vu ni n'avait échangé avec lui.
xXx
Tom Jedusor pénétra dans le bureau du directeur du château de bonne heure le lendemain matin. Il n'avait pas fait la fête et heureusement, n'avait pas été relégué à la surveillance des élèves pour le bal. Surveillance négligée étant donné que de l'alcool avait tout de même circulé, mais rien de grave n'était arrivé alors ce n'était pas bien important. A cette heure matinale, le château et surtout les élèves dormaient encore. Bientôt, ils s'éveilleraient, mangeraient un petit déjeuner copieux avant de se préparer à prendre le train.
Pour l'instant, le psychologue devait s'entretenir avec Albus Dumbledore avant de lui aussi être en vacances. Il espérait que ce soit au sujet du dossier de sortie qu'il avait transmis 4 semaines plus tôt. Jedusor savait que visiter Azkaban serait une idée difficile à accepter. Le regard que Dumbledore lui avait lancé lorsqu'il lui en avait parlé avait été un parfait exemple. Après avoir évoqué une première fois l'idée avec lui, Jedusor avait travaillé sur un dossier pour expliquer son projet en tenant compte de nombreux paramètres, un moyen de rassurer le directeur. Malgré son travail acharné, il s'était attendu à recueillir un refus de la part du vieux sorcier. Pourtant, les jours avaient passé sans nouvelles, faisant ainsi comprendre au psychomage que le directeur étudiait avec sérieux son projet.
Ce jour-là, Albus était souriant, en pleine forme alors qu'il semblait ne jamais dormir et être sur plusieurs front en même temps.
Comme toujours, Dumbledore proposa une sucrerie à son visiteur qui refusa, comme toujours. Pourtant, ça ne l'empêchait pas de continuer. Il fallait dire que Jedusor n'était pas vraiment un amateur de confiseries contrairement au directeur. Si le psychomage se laissait aller à ses analyses, il penserait que le vieil homme recherchait probablement de la douceur dans ces friandises.
-Il s'agit de ma demande pour faire visiter Azkaban aux élèves ? demanda-t-il après les salutations d'usage.
-Je ne peux rien vous cacher et comme je sais que c'est quelque chose que vous attendez avec impatience, je vais être direct avec vous.
-Merci, Dumbledore. Je vous remercie déjà d'avoir sérieusement étudié ma demande. Je ne suis pas un professeur et j'ai peu de pouvoir décisionnaire ici mais j'ai à cœur l'éducation et le développement de ces jeunes.
-Je le comprends et c'est tout à votre honneur.
Albus invoqua à lui le dossier remis presque un mois plus tôt par le psychomage.
-Vous avez indiqué que ce serait une sortie éducative qui aurait pour objectif d'ouvrir nos jeunes sorciers au monde extérieur et à une autre grande institution du monde magique, si je puis l'appeler ainsi.
-C'est exact. Ils ont déjà pu visiter le Ministère, enfin les parties ouvertes au public, et ceux du cours de l'étude des moldus ont pu bénéficier d'une après-midi en ville en pleine immersion. Je pense sincèrement qu'il est nécessaire de leur montrer toutes les facettes de notre monde, pas seulement le bien ou celui policé que certains essaient de mettre en avant.
Albus ne fut pas dupe. Jedusor parlait de cette politique qui était menée pour intégrer de plus en plus les familles de sang-mélé et nés-moldus au monde magique et à l'adaptation de leur monde pour s'acclimater aux lois adoptées par le premier ministre. Le fait que leur propre premier ministre de la magie y semblait soumis et ne les défendent pas autant que certains l'aimeraient faisait apparaître de l'animosité. La rétrogradation des sang-purs dits non progressistes avait fait grincer quelques dents.
On repassera pour l'unité du monde magique.
-C'est également un lieu historique chargé de magie.
-Je vous l'accorde. Et les conditions que vous avez annotées me vont.
-Vous m'en voyez ravi. Il est hors de question pour moi de les mettre en contact avec des criminels. Ils visiteront une aile aménagée avec peu de cas dangereux. Il sera surtout question d'apprendre l'histoire du lieu et non pas des personnes enfermées.
-Oui, je vous fais confiance. Toutefois, j'aimerais émettre d'autres conditions.
Jedusor se félicita de ne rien laisser paraitre sur son visage. Il avait fait assez de concessions comme ça et estimait avoir déjà renoncé à beaucoup de choses.
Pourtant, il se força à poursuivre la discussion.
-Quelles sont-elles ?
-Pas de mineurs et c'est seulement sur la base du volontariat.
Ce n'était pas ce que Jedusor avait espéré mais tant pis. Ses plans ne seraient pas si chamboulés que ça. Il se savait assez habile pour arriver tout de même à ses fins.
Doucement, il continuait ainsi d'avancer ses pions.
L'entrevue se termina ensuite assez rapidement. Jedusor se leva et remercia le vieux sorcier pour les précieuses minutes qu'il venait de lui accorder. Il remarqua alors la liste de noms sur un bout de papier maintes et maintes fois manipulé, abimé par endroits. Des noms avaient étés barré, d'autres écrits avec hésitation. Son regard resta longtemps scotché à ce bout de papier et Dumbledore le remarqua mais ne chercha pas à cacher cette liste.
-Il s'agit des élèves qui participeront au tournoi de duel ? demanda-t-il pour en avoir le cœur net.
-Quelques idées seulement, cela n'a rien de définitif. Un ami doit venir prochainement pour m'aider. Il saura se montrer plus clairvoyant et impartial que moi, sourit le vieux sorcier.
Un instant, l'ancien Serpentard resta bloqué sur le sourire tendre et sincère du plus vieux. Jamais il n'avait vu Albus Dumbledore sourire ainsi. Il ignorait même si quelqu'un l'avait vu tout bonnement sourire ces dernières années. La fatigue habitait constamment ses traits. Il était devenu un sorcier usé par le temps, les déceptions et les responsabilités. Qui que soit cet ami, le directeur avait l'air de l'apprécier grandement.
-J'ai hâte de connaitre votre choix final, dit-il.
Dumbledore hocha la tête.
Le tournoi de duel se déroulait tous les ans en mars et attirait toujours beaucoup de monde. Le tournoi durait entre deux et trois jours suivant le nombre de participants. De grands sorciers y participaient et il fallait être quelqu'un pour fouler l'arène. Les sorciers qui n'avaient pas de nom pouvaient participer seulement par recommandation. De plus en plus de voix s'élevaient pour critiquer ce système mais malgré les invectives, le tournoi restait résolument célèbre et très suivi.
Jedusor lui-même y avait déjà participé deux fois lors de ses jeunes années. Il avait gagné le tournoi ces deux fois-là. Cela lui avait valu une notoriété plus grande encore, des sommes conséquentes et du prestige. Il avisa de nouveau sur le bureau la liste des noms retenus par le directeur pour le prochain tournoi de duel.
-J'espère que vous ne songez pas à y participer, nos chers élèves n'auraient alors aucune chance ! plaisanta Dumbledore.
-N'en soyez pas si sûr, répondit le psychomage, mais il n'en pensait pas un mot et Dumbledore le remarqua d'ailleurs très facilement.
Après un dernier signe de tête, le brun quitta enfin le bureau du directeur. A présent que sa demande de visite d'Azkaban avait été acceptée, il devait se hâter de monter son projet et d'obtenir toutes les autorisations requises. En arpentant les couloirs du château, il eut alors la surprise de tomber sur Dorcas Meadowes, une des élèves qu'il avait en consultation.
-Dorcas, l'arrêta-t-il. Que faites-vous là ? Le Poudlard Express est sur le départ.
-J'avais oublié quelque chose dans mon dortoir.
Elle grimaça de sa maladresse et l'adulte lui sourit.
-Pendant un instant, j'ai pensé que vous aviez eu l'idée folle de passer Noël au château. D'ailleurs, en parlant de Noël, comment était le bal ?
-Très agréable. Je suis contente d'y être allée avec Peter.
-Vous m'en voyez ravi. Peter est un gentil garçon, il mérite qu'on lui laisse une chance. Je suis sûr que vous avez aussi gagné à être avec quelqu'un de simple et de si authentique avec ses qualités et ses défauts. Je suis ainsi persuadé que vous n'avez pas pensé pendant cette soirée à un moyen d'être parmi les meilleurs.
-Presque pas, c'est vrai.
-C'est déjà ça.
Il s'éloigna d'elle, continuant lentement à marcher mais gardant ses yeux sur elle.
-Je suis heureux de vous avoir croisée mais je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Je m'en voudrais si vous ratiez votre train par ma faute.
Dorcas sembla soudain prendre conscience qu'effectivement, elle était pressée. Sans rien ajouter, elle s'élança vers l'extérieur.
Jedusor quant à lui continua son chemin. Il avait encore du travail.
Merci d'avoir lu !
Prochain chapitre - Un magnifique noël - le 10 ou le 12 avril.
