Chapitre 17 :

Bouleversement

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Lily prit bien le soin de fermer la porte de la cabine du train après elle, offrant ainsi une intimité bienvenue à l'endroit. Elle avait besoin de parler à ses amies. Dorcas, Alice et Marlene la regardèrent. La Gryffondor aurait voulu que Remus aussi soit là mais ces derniers temps, il semblait s'être rapproché de Sirius et donc un peu de James aussi. Elle préférait ainsi ne pas le mettre en porte à faux auprès des Maraudeurs. Et surtout, elle ne voulait pas l'obliger à choisir un camp ou encore à devoir mentir aux garçons si ceux-ci le questionnaient.

Lily s'installa à côté de Dorcas et soupira. Trois paires d'yeux la fixaient avec intérêt, curieux de savoir ce que la rousse avait de si important à leur dire. Habituellement, les filles ne s'isolaient pas dans une cabine mais partageaient plutôt un wagon avec les garçons de leur maison ou d'autres amis.

-J'ai quelque chose à vous dire, annonça Lily, piquant encore un peu plus la curiosité de ses amies. Une fois au château, vous n'allez sans doute pas tarder à l'apprendre et même si j'aurais aimé garder cette histoire entre James et moi, je sais bien comment ça marche dans la vie… Rien ne reste secret très longtemps.

Elle esquissa un pauvre sourire, preuve qu'elle n'avait pas vraiment envie de se montrer de bonne humeur, et ses amies restèrent silencieuses, lui offrant tout le temps nécessaire pour se confier.

-A choisir, je préfère encore que ce soit de ma bouche que vous l'appreniez…

-Est-ce que ça va ? voulut savoir Alice.

-Tu nous inquiètes vraiment avec tous ces mystères, souffla Dorcas.

-Entre James et moi, ça ne va pas très fort. Et c'est surtout de ma faute, leur expliqua-t-elle alors. On va peut-être rompre…

-Quoi ?! Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Est-ce que c'est à cause de votre dispute au bal ?

-Sois un peu plus observatrice, Alice. Ca date de plus longtemps, n'est ce pas ? devina Marlene.

Lily trembla. Elle sentait que les larmes n'étaient pas loin. La culpabilité était toujours là et le fait de bientôt revoir James l'angoissait. Elle était certaine qu'il la détestait. Elle n'avait jamais eu de réponse à sa lettre et ignorait ce que le jeune homme en pensait. Choisir de faire une pause ne se décidait pas seul pourtant. Peut-être James souhaitait-il rompre tout de suite et ne pas donner de sursis à leur couple ? Ou peut-être encore voulait-il des éclaircissements ? Il ne désirait peut-être même plus être son ami pour ce qu'elle en savait…

Lily ignorait comment se conduire avec lui lorsqu'elle le reverrait. Leur attitude distante serait en tout cas très vite remarquée par les autres élèves. Et surtout par Rita Skeeter qui s'empresserait de faire un article sur eux comme si ça méritait les gros titres !

-Je ne sais pas… Sans doute que je refusais de le voir. Je ne comprends pas, avoua-t-elle ensuite. Tout était merveilleux et c'est comme si soudainement, ce que j'acceptais avant est plus difficile aujourd'hui. J'ai l'impression d'être une garce et James ne mérite pas ça…

-Tu n'as pas à t'en vouloir, relativisa Marlene.

-Elle a raison, les sentiments ne se contrôlent pas. Si les coups de foudre existent, je suis certaine que l'inverse est aussi vrai. Les sentiments peuvent diminuer avec le temps pour un beau jour complètement disparaître. Il vaut mieux arrêter maintenant que de le faire espérer pour rien, approuva Dorcas.

-Tu crois ? murmura la rousse. J'ai demandé une pause pour mettre au clair mes sentiments. Peut-être que ça va passer…

Alice, Marlene et Dorcas se regardèrent, mal à l'aise.

-Si tu penses que votre histoire a encore un avenir, c'est le bon choix, mais ne tarde pas trop à lui donner une réponse. James n'est pas mon meilleur ami mais le pauvre doit être vraiment mal, lui fit remarquer Marlene.

-Si tu hésites beaucoup, Lily, c'est que tu te poses les bonnes questions, intervint Dorcas. Ou alors au fond de toi, tu as déjà la réponse mais tu refuses de l'admettre.

-J'ai vu ta tête quand il a parlé de mariage, grimaça Alice. Tu n'avais pas l'air de vouloir t'engager à ce point là avec lui.

-Et c'est normal ! trancha Marlene. Elle n'a même pas fini ses études, elle a le droit de vouloir autre chose que de se marier à la fin de l'année !

-C'est ça qui t'a poussé à demander une pause ? lui demanda Dorcas.

Lili resta silencieuse. Le regard de ses amies sur elle la faisait hésiter. Devait-elle évoquer Severus ? Elle-même ne savait pas le rôle qu'il avait exactement joué dans ses choix. Mais son meilleur ami lui avait dit que jamais elle n'accepterait d'être avec lui parce qu'elle avait trop honte, qu'elle préférait être vue en compagnie du si populaire James Potter au lieu du solitaire et étrange Serpentard. Alors juste pour lui prouver qu'il avait tort, elle décida de parler de lui.

-Severus m'a avoué qu'il m'aimait et on s'est disputé.

Le silence qui accueillit sa réponse l'inquiéta. Pourtant, ça n'avait rien d'une annonce spectaculaire, elles étaient déjà toutes au courant. C'était même ses amies qui lui avaient ouvert les yeux et l'avaient obligé à l'admettre. C'était à la fin de sa cinquième année et durant la rentrée, elle s'était rapprochée de James et avait enfin accepté de sortir avec lui.

En y pensant, ne l'avait-elle pas fait pour obliger Severus à passer à autre chose ? Non… Pas complètement. James avait changé à cette époque et ils s'étaient déjà un peu rapprochés avant. Elle s'était simplement laissée séduire puis avait finalement accepté parce que ça lui avait semblé la bonne chose à faire. James lui avait plu et il avait tout fait pour être quelqu'un de bien à ses yeux. Ses efforts l'avaient touchée. Plus tard, elle était réellement tombée amoureuse de lui et avait espéré ne pas perdre son meilleur ami.

-Est-ce que tu l'aimes aussi ? lui demanda timidement Alice.

Le visage douloureux de Lily se tourna vers elle.

-Non, je ne crois pas… Mais quand j'imagine qu'il ne me parlera plus jamais…

-Ça te brise le cœur, finit Dorcas pour elle.

-Severus et moi, on a toujours été ensemble et pour moi, il est simplement un ami ! J'ai du mal à le voir autrement…

-Mais c'est aussi un homme et lui te voit déjà comme une femme et non plus sa petite voisine avec qui il s'amusait petit.

-On dirait bien.

Elles soupirèrent de concert, ayant l'impression d'être dans un triangle amoureux compliqué.

Finalement, un semblant de solution vint d'Alice.

-Profite d'être partiellement célibataire, Lily. Ils peuvent bien attendre un peu de savoir qui tu choisis vu comment il malmènent tous nos neurones ! se mit-elle à rire. Pense un peu à toi, tu m'as l'air d'en avoir besoin…

xXx

Remus, Isabel et Peter prirent place dans une des calèches qui devaient les mener au château. Sirius aperçut à cet instant le châtain, tout sourire, parler de ses vacances à ses amis. Il tira alors un James morose derrière lui et monta dans la même calèche que les deux Poufsouffle et le Gryffondor. Regulus avait déjà fait bande à part après que Edmont Court, un Serpentard de 5ème année, soit venu lui parler dans le train. Sirius ignorait que son frère et le blond étaient amis mais ça semblait récent. Enfin, tant mieux pour Regulus. Les deux serpents semblaient bien s'entendre et ils avaient rejoint Snape. Sirius se demandait bien de quoi ces trois là pouvaient discuter.

Mais ce n'était pas ses oignons. A l'heure actuelle, il espérait seulement ne pas rougir juste parce que Remus le regardait prendre place dans la même calèche que lui. C'était étrange de le revoir ainsi, si simplement, alors que la dernière fois, ils s'embrassaient fiévreusement tout en frottant leur corps l'un contre l'autre. Il essaya de ne pas trop y penser histoire de ne pas se taper une érection malvenue, quoique sa robe de sorcier devrait normalement cacher ce genre de désagrément. Il préférait tout de même ne pas se balader avec ce genre d'inconfort dans le pantalon.

Il salua Pettigrow et MacDougal qui furent surpris de leurs présences et doucement, les calèches se mirent en route. Sirius se remémora avec amusement l'émerveillement qui avait habité la plupart des élèves lors de leur entrée à Poudlard, pensant que les calèches avançaient seules, comme par magie. Lui, les Sombrals, il les avaient vus tout de suite sans savoir ce que cela signifiait. Il s'était cru anormal alors il n'avait rien dit. Puis, plus tard, lorsqu'il avait appris que seul ceux qui avaient déjà vu la mort en face pouvaient les voir, il s'était inquiété. Qui avait-il bien pu voir mourir pour être capable de voir de telles créatures ?

Il n'en avait aucune idée et pourtant, ce n'était pas rien. C'était supposé être un évènement marquant, traumatisant même. Mais il n'arrivait pas à s'en souvenir.

De plus, Regulus semblait ne rien percevoir alors Sirius en avait déduit que ça avait dû arriver lorsqu'il était seul. Ne trouvant pas de réponse, il avait vite abandonné. Qui que ce soit, ça ne devait pas être quelqu'un de proche de lui s'il l'avait oublié si facilement.

-Tu as une petite mine, James, constata Isabel.

James affronta le regard clair de la Poufsouffle avant de sourire timidement sans répondre. Il observa les alentours, à la recherche de Lily, mais ne la vit nulle part. A croire qu'elle l'évitait. Mais c'était peut-être de sa faute : il n'avait pas répondu à sa lettre. Triste et en colère, il avait eu besoin de temps pour digérer la nouvelle mais maintenant, il regrettait. Il ignorait comment se conduire avec elle. Il avait raté l'occasion de se montrer mature et intelligent, encore une fois.

-Alors vos vacances ? demanda Sirius même s'il se fichait bien de la réponse.

Pas qu'il ait vraiment envie de trainer avec Pettigrow et Isabel. Il se demandait d'ailleurs ce que Remus pouvait bien leur trouver. Néanmoins, il écouta avec un sourire poli le récit enjoué de MacDougal et celui plus nuancé de Pettigrow. Puis, il raconta à son tour son Noël et son nouvel an. James, à l'évocation de ces bons souvenirs, se mêla un peu à la discussion, ce qui fit plaisir à son ami. Pour qu'il garde sa bonne humeur, Sirius embraya ensuite sur leur prochain match qui aurait lieu dans tout juste deux semaines.

James et lui avaient également prévu un mauvais coup mais il garda cette précision pour lui, ne pouvant pas se permettre de le mentionner devant les autres.

-Tu fais une ronde ce soir, Remus ? voulut soudain savoir Sirius.

-Non. Tu sais, nous n'en faisons pas tous les soirs. On se met d'accord entre préfet et chacun doit au moins en faire une par mois. Si certains veulent en faire plus, ils le peuvent.

-C'est généralement moins que plus, admit James qui avait parfois du mal à se motiver pour effectuer ses rondes.

-Mais tu pourrais peut-être en faire une ce soir ? insista Sirius. C'est la reprise des cours, personne ne s'attendrait à ça, expliqua-t-il avec nonchalance.

-Je ne sais pas…

Remus était perdu. Le regard de Sirius accrochait avec bien trop d'intensité ses yeux mordorés.

-Vas-y, mon petit doigt me dit que tu feras une bonne rencontre ! lança encore le Maraudeur, un sourire taquin sur les lèvres.

Et alors, la compréhension se fit enfin dans l'esprit de Lupin.

Le lion lui donnait rendez-vous pour le soir même, certainement pour qu'ils aillent dans la forêt interdite et qu'il l'observe encore se changer en puma ! Il ne savait pas si c'était une bonne idée. Déroger aux règles de l'école était toujours dangereux, notamment lorsqu'il s'agissait de telles activités. Sortir de l'école après le couvre-feu n'était rien du tout comparé à sa condition d'Animagus non déclaré. Sirius aussi devait le savoir : s'il se faisait prendre, Remus était celui qui risquait le plus.

Mais étrangement, Remus était prêt à prendre ce risque. Parce qu'il était minime et parce qu'il serait avec Sirius. Il ne se voilait pas la face à ce sujet. Cette parenthèse leur permettrait aussi de renouer de manière innocente et joviale après la ligne qu'ils avaient franchie lors du bal de Noël. Pourtant, dans les sourires, dans le regard et dans l'intonation du Gryffondor, Remus avait l'impression de retrouver le Sirius de cette nuit-là. Celui qui était dans le jeu et la séduction.

-C'est sans doute une bonne idée, répondit finalement Remus.

Il ignorait cependant si c'était vrai ou non.

Sirius, lui, était ravi.

xXx

Lorsque les élèves arrivèrent au château, ils se dispersèrent dans leurs dortoirs pour ranger leurs affaires avant de se réunir pour le diner dans la Grande salle.

A cette occasion, le directeur Albus Dumbledore les regarda évoluer et prendre place à leurs tables avec impatience. Il appréciait chaque rentrée, une opportunité pour lui de retrouver tous ses élèves. Lui qui croulait sous le travail était souvent heureux lorsque les vacances arrivaient car elles lui offraient un semblant de répit. Malheureusement, il se rendait vite compte que le château semblait bien vide et inanimé sans le fourmillement habituel des élèves. Les différentes reprises de cours étaient d'ailleurs généralement l'occasion de grandes annonces. Et bien entendu, il en avait une à faire aujourd'hui.

Après avoir donné son feu vert au psychomage, il avait travaillé avec lui sur la manière la plus sûre et éducative de mettre en place ce projet. Azkaban avait beau se rengorger d'une histoire magique fascinante, ça n'en restait pas moins une prison. Jedusor avait bien vendu son projet au Directeur mais faire de même avec les élèves et plus encore avec leurs parents serait beaucoup plus difficile. Dumbledore n'était pas naïf. Il trouvait que le projet valait le coup et avait donc construit et élaboré une stratégie pour que cette sortie se passe au mieux.

L'annonce aux autres professeurs n'avait pas été accueillie avec beaucoup d'entrain. A raison, ceux-ci s'inquiétaient et voyaient surtout les difficultés d'une telle sortie, d'un tel projet. Mais le corps enseignant avait eu une bonne partie des vacances pour en parler et avait finalisé leur décision lors de leur réunion mensuelle. Jedusor n'avait pas été présent mais Dumbledore l'avait bien entendu très vite tenu informé.

Comme à chaque rentrée, le directeur de l'école accueillit donc les jeunes sorciers avec un discours bien rodé. Les élèves habitués l'écoutèrent plus ou moins distraitement et alors qu'ils pensaient qu'ils pourraient bientôt se jeter sur un repas succulent, Albus fit en sorte de retenir leur attention un peu plus longtemps.

-Il y a de ça plusieurs semaines, le psychologue et conseiller d'orientation, Tom Jedusor, m'a fait une demande pour une sortie scolaire.

Aussitôt, Dumbledore vit tous les élèves le fixer avec intérêt, commençant à chuchoter entre eux alors que l'impatience les gagnait.

-Il s'agit d'une visite de la prison d'Azkaban.

La nouvelle en fit trembler certains et en excita d'autres. La prison magique était un monument célèbre et personne ne pensait pouvoir y mettre les pieds, pas de leur plein gré et sans certitude d'en sortir un jour en tout cas. Mais là, c'était différent. Poudlard leur offrait l'opportunité d'en apprendre plus sur ce si mystérieux monument magique tant décrié.

Voyant les réactions partagées des élèves, Dumbledore décida de leur expliquer concrètement les conditions de cette sortie. Albus commença ainsi par expliquer que bien entendu, cette sortie n'était pas ouverte à tous. Qu'il faudrait s'inscrire et que seuls les 20 premiers pourraient y participer. Il prit alors le temps d'observer les différentes réactions avant de continuer.

-Pour des raisons de sécurité et d'autorisation, seuls les élèves majeurs pourront inscrire leur nom sur la liste que je mettrai à votre disposition fin janvier. Vous pourrez la trouver à l'entrée de mon bureau.

C'était un point sur lequel il n'avait pas dérogé avec le psychomage et les professeurs étaient bien d'accord avec lui. De toute façon, il connaissait peu de parents qui autoriseraient leur progéniture à aller dans ce genre d'endroit. Au moins, les élèves majeurs pouvaient y aller même contre l'avis de ceux-ci.

-Bien, conclut Albus. Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite un bon appétit !

La nourriture apparut alors sur les tables après un geste du directeur et pendant le repas, tout le monde ne parla que de ça.

xXx

Sitôt le repas avalé, les Maraudeurs étaient retournés dans leur dortoir, étonnant leurs amis. La plupart les suspectaient déjà de préparer une de leurs fameuses blagues et amusés des regards qu'on portait sur eux, Sirius s'était contenté de sourire avec malice. Effectivement, les deux amis avaient des projets pour faire de nouveau tourner la tête de leurs professeurs et amuser les élèves mais à cet instant, aucun d'eux n'avait la tête aux plaisanteries.

Allongés sur le lit de James, ils pensaient à tout autre chose.

-Elle a mangé à l'autre bout de la table. J'ai l'impression qu'elle m'évite… Je ne sais pas quoi faire, soupira le capitaine de Quidditch.

-Laisse-lui du temps. De toute façon, tu ne peux rien faire d'autre. Si elle t'aime, elle reviendra. Sinon, tu devras passer à autre chose, James.

-Mais je ne devrais pas essayer d'aller lui parler ou même de la reconquérir ?

Sirius hésita. Son ami comptait vraiment sur lui.

-Je ne crois pas. Elle aurait l'impression que tu ne comprends pas son souhait d'espace pour réfléchir. Montre-toi juste ouvert, qu'elle sente qu'elle puisse venir vers toi quand elle en aura envie.

-Depuis quand tu es de si bon conseil, rigola le préfet.

-Depuis toujours ! fit semblant de se vexer Sirius.

Son ami sourit un instant et puis bien vite, son sourire s'effaça. Sirius ne savait pas s'il devait ajouter quelque chose ou non. Il faisait de son mieux pour soutenir son ami mais en vérité, il avait du mal à comprendre les difficultés que traversait le couple. C'était bien trop compliqué pour lui. Il avait toujours trouvé que Lily et James étaient très différents et même s'il appréciait la rousse, il s'était longtemps demandé pourquoi James en était tellement dingue. Il avait arrêté de s'interroger lorsqu'ils s'étaient mis en couple. Ils s'aimaient et étaient beaux ensemble, c'était le principal. Mais tout ça ne semblait plus être suffisant et ils souffraient maintenant tous les deux.

Cette histoire renforçait l'idée de Sirius que les relations sans attaches étaient les meilleures.

-Ça va aller, James. Si jamais Lily ne veut plus de toi, tu trouveras une autre fille.

-C'est plus facile à dire qu'à faire.

-Sans doute, mais ce n'est pas impossible. Surtout pour un Maraudeur.

James fit la moue et après un instant, soupira bruyamment.

-Ouais, t'as raison…

Le Préfet se redressa et Sirius leva les yeux vers lui avant de les porter de nouveau sur le mur d'en face.

-On attend mercredi pour mettre en place notre plan Pink Poudlard ?

Le changement de sujet ne surprit pas Sirius. Ca lui allait parfaitement en fait. Il acquiesça, ravi de l'initiative de son meilleur ami, puis quitta son lit pour s'effondrer dans le sien. Il n'était pas fatigué mais comme il ne comptait pas dormir beaucoup cette nuit, il préférait se coucher tôt histoire de dormir quand même un peu.

-Qu'est-ce que tu compte faire avec Remus ce soir ? lui demanda James.

Sirius haussa les épaules et James plissa les yeux. Cela fit sourire l'ainé des Black.

-Je n'ai pas prévu de coucher avec lui si c'est ta question. On n'en est pas vraiment encore là, tu sais, précisa-t-il après avoir réfléchi à ses mots.

-Je demandais juste.

James fit ensuite la moue puis se tourna vers son ami.

-Dis, est-ce que ça t'énerve si je te dis que je t'ai imaginé avec Remus tout à l'heure dans la carriole ?

L'ainé des Black fronça les sourcils et se tourna également vers son ami.

-Comment ça?

-En couple, précisa James.

-Moony et moi, on n'est pas ensemble, rectifia aussitôt Sirius. On est amis, c'est tout.

-Oui, d'accord, je voulais juste dire que vous êtes beaux ensemble. Vous n'arrêtez pas de sourire bêtement quand vous vous regardez. Pour Remus, c'est normal je suppose…

James ne termina pas sa phrase car Sirius ne semblait pas vouloir en entendre plus.

-On va juste parler et s'amuser un peu. Je pense qu'il acceptera également de se transformer. J'espère, c'est tellement cool ! En puma, il est tellement impressionnant !

-La chance, gémit James. Tu crois qu'il accepterait de me montrer à moi aussi ?

-Sans doute, je lui demanderai ce soir.

-Tu crois que tu seras quoi, Sirius ?

-Un cygne ou un lion ! Ce serait trop la classe si j'étais un oiseau !

James rigola et Sirius se redressa sur son lit.

-Quoi ?

-Non, c'est juste que comme ton Patronus est un chien, tu ne crois pas qu'il y ait de grandes chances que tu sois également un chien sous forme Animagus ?

-Ce n'est pas un chien mais un loup !

-Un loup qui ressemble à un chien.

-Et alors ? se vexa le brun.

James haussa les épaules.

-J'espère que ça marchera cette fois-ci. J'ai même pas senti le gout de ce que je mangeais tellement j'étais occupé à bien conserver ma feuille, soupira James.

Sirius n'ajouta rien mais James allait, tout comme lui, devoir affronter bien des déconvenues avant de réussir, il le savait. Ca ne l'empêchait pas d'espérer réussir vite. Ils pouvaient être aussi extrêmement chanceux des fois.

Sirius s'endormit lorsque que Frank et les autres entrèrent dans la chambre. James, qui ne trouvait pas le sommeil, leur proposa alors une partie de cartes.

xXx

Lorsque Remus sortit de son dortoir, il se sentait à la fois excité et angoissé. Il ne s'agissait pas de patrouiller ou de simplement se balader dans les couloirs. Remus avait cette drôle d'impression que Sirius Black avait une mauvaise influence sur lui. Sans être un élève modèle non plus, il était tout de même un élève studieux qui n'aimait pas aller contre les règles ou faire quelque chose qui pourrait porter atteinte à quelqu'un. Et pourtant, lorsque le Gryffondor lui donnait rendez-vous la nuit en dehors des dortoirs, il y allait presque sans hésiter. Avec une certaine impatience.

Sirius secouait sa vie si tranquille et Remus se rendait compte qu'il aimait ça. Le chamboulement que Black lui faisait vivre était agréable, tout comme ses baisers et ses caresses auxquelles il avait beaucoup pensé pendant les vacances.

Le seul point noir était qu'il ne savait pas ce que Sirius voulait. Il essayait néanmoins de ne pas s'imaginer que c'était pour continuer ce qu'ils n'avaient jamais pu finir la nuit du bal. Sirius n'aimait pas les hommes même s'il avait eu un discours ambigu à ce sujet la dernière fois. Il s'était agi de circonstance particulière. C'était un moment festif et l'alcool avait dû le rendre un peu joyeux en plus de le désinhiber. Aujourd'hui, les choses étaient différentes et il n'avait aucune raison de vouloir se perdre dans ses bras. Et même si c'était le cas, Remus était certain que Sirius pouvait trouver mieux que lui. Parfois, il se demandait même pourquoi Black s'intéressait autant à lui. Ils étaient très différents et Remus était souvent considéré comme le gentil copain, le gars charitable. Sirius au contraire était le gars populaire, beau et farceur.

Forcément donc, Remus s'interrogeait mais il appréciait la présence du lion qu'il avait lentement appris à connaitre. Alors malgré ses quelques craintes, il ne désirait pas déjà s'éloigner de lui.

Sans doute s'amuseraient-ils comme la dernière fois, faisant au mieux pour retrouver une relation amicale. Ce serait déjà génial s'ils arrivaient à se parler en se regardant dans les yeux et sans trop rougir... Oublier ce qu'il s'était passé dans la cabane hurlante serait difficile mais pas impossible.

Il suffisait d'y mettre du sien.

Seulement, Remus avait du mal à trouver la volonté…

Le Poufsouffle aperçut le lion devant le tableau de la Grosse Dame qui fixait le brun avec suspicion mais comme à son habitude, Sirius semblait en faire peu de cas. Dès qu'il le vit, le Maraudeur lui sourit et Remus sentit son cœur faire un bon dans sa poitrine.

Calme-toi, idiot !

Sirius se couvrit de la cape de James et l'invita à le rejoindre. Remus étant un peu plus grand, il dut légèrement se baisser et Sirius les conduisit en silence jusqu'en dehors du château. Remus essaya ensuite de ne pas penser à la proximité du brun et à son odeur entêtante qui lui enivrait les sens.

Parfois, il se demandait comment il avait pu basculer à ce point pour le Gryffondor. Bien entendu, il l'avait toujours trouvé séduisant et captivant mais l'attitude parfois méprisable et complètement idiote de l'ainé des Black avait gardé son cœur en sécurité. Néanmoins, depuis la rentrée en septembre, Sirius se conduisait différemment. Et lentement, ils s'étaient rapprochés. L'attitude enjôleuse du brun était craquante, sa fragilité tout autant que sa force était admirable et son sourire merveilleux.

Remus était perdu et le savait déjà mais il n'était pas obligé d'avoir le cœur brisé. Il devait se protéger. Rien ne se passerait de toute façon. Sirius semblait simplement chercher son amitié et pour l'avoir quelquefois observé – et avoir des amis en commun qui lui parlaient du brun – il savait que Black était un ami exceptionnel. C'était déjà plus que ce qu'il n'aurait pu espérer.

Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent dans la forêt interdite et Sirius les débarrassa de la cape d'invisibilité. Il la plia soigneusement et la mit au pied d'un arbre, à l'abri. Remus l'observa à la dérobée, ne sachant que faire : il n'était pas celui qui était à l'initiative de cette sortie.

Il croisa alors le regard gris si envoutant du lion et déglutit avec peine. Sirius s'approcha de lui et l'obligea lentement à reculer. Hypnotisé, Remus faillit chuter lamentablement à cause d'une racine qu'il n'avait pas vue et il se retrouva le dos collé contre un arbre, son cœur s'emballant malgré lui. A la fois impatient et terrorisé, il percevait avec une clarté incroyable les bruits de la forêt, celui des animaux nocturnes et ceux plus dangereux des créatures magiques qui y vivaient. Remus était dans l'expectative de cette suite qui n'arrivait pas. Il ne savait même pas ce qu'il attendait, ni même s'il ne s'imaginait pas ce petit truc qui était en train de se passer entre eux.

L'atmosphère était étrange mais Sirius semblait égal à lui-même. Il ne regardait que lui et le voir si troublé à cause – grâce – à lui semblait tout ce qui lui importait.

-On fait quoi ? demanda-t-il tout à coup, surprenant le blaireau.

-Je ne sais pas, admit Remus. Je pensais que tu avais prévu quelque chose…

Il se passa une main nerveuse dans les cheveux. Il ne s'était pas vraiment attendu à ce que cela se passe ainsi. Bien entendu, il n'avait eu aucune attente particulière mais il avait pensé que Sirius ferait en sorte qu'ils n'aient pas l'air de deux idiots.

-On pourrait se promener dans la forêt, il paraît qu'on a une petite chance d'apercevoir une licorne ou d'autres créatures légendaires les nuits claires comme celle-ci, suggéra Sirius d'une voix un peu trop rapide. Ou alors je connais un passage secret qui peut nous emmener d-

-Non. Enfin, ce n'est pas la peine.

Le Gryffondor semblait nerveux et le voir ainsi apaisa un peu Remus. Savoir qu'il n'était pas le seul que la situation rendait anxieux lui faisait du bien.

-Peut-être qu'on pourrait juste parler ? proposa le Poufsouffle.

-Du fait qu'on a failli coucher ensemble ? répondit Sirius alors qu'il mettait ses mains dans ses poches.

Remus rougit mais acquiesça.

-Déjà, je te remercie. Tu avais raison, je n'étais pas dans mon état normal. Par contre, je ne peux pas t'affirmer que j'aurais regretté qu'il se soit passé quelque chose.

Remus observa la réaction du Gryffondor, voulant savoir si son audace ne lui faisait pas peur, s'ils étaient sur la même longueur d'onde. Et si jamais ce n'était pas le cas, tant pis. Il devait se montrer honnête avec Sirius à propos de son attirance. Et alors là seulement, le Gryffondor pourrait décider s'il voulait ou non accorder son temps et son amitié au blaireau.

Sirius se mit à rire en retour et ancra son regard dans le sien.

-Tu ne devrais pas me dire des choses comme ça, Moony, ça ne m'aide pas à croire que j'ai pris la bonne décision.

-Je ne comprends pas.

-Je ne sais pas si j'ai envie d'être ton ami ou si je veux autre chose.

-Je vois… Eh bien, malheureusement, je ne peux pas répondre à ta place.

-Je sais.

Remus comprenait que Sirius soit perdu. Lui-même l'avait été lorsqu'il avait compris qu'il n'était attiré que par les hommes. Cela devait être d'autant plus perturbant pour le Gryffondor étant donné qu'il était tourné exclusivement vers les filles habituellement.

-Je ne t'oblige à rien, Sirius, je m'amuse beaucoup avec toi. Tu as l'air moins débile que tu ne le laisses paraître.

-Hé ! fit mine de s'indigner Sirius, mais Remus savait qu'il n'était pas fâché : il souriait trop pour ça.

Le Poufsouffle était sincère. Sirius l'attirait mais il était lucide, il savait que si jamais il commençait quelque chose avec le brun, ça n'aurait rien de sérieux, pas en l'état actuel. Alors il préférait qu'ils continuent à être amis que de tout gâcher bêtement. Mais ce serait dur, il le savait.

-On ne pourrait pas juste faire ce qu'on veut ? soupira finalement Sirius.

-Comment ça ?

Le Gryffondor fit un pas vers lui et prit le temps de réfléchir avant de lui exposer son idée.

-Exactement ce que ça veut dire. Je crois que les moldus appellent ce genre d'arrangement « des amis avec avantages ». Ce serait cool, non ? On n'a pas besoin d'étiquette, comme ça on peut faire ce qu'on veut. Amis et parfois plus.

Remus cligna bêtement des yeux sans savoir quoi répondre. C'était une offre à laquelle il ne s'était pas attendu. Voilà ce que Sirius désirait. Cela l'étonnait à peine s'il y réfléchissait bien : le Gryffondor n'était pas du genre à s'enfermer dans une relation et ce qu'il avait partagé avec Marlene ressemblait à ce qu'il lui proposait. Il aimait être libre, avoir son espace. Cette constatation le blessait un peu car avec cette proposition, Sirius lui faisait comprendre qu'il ne serait pas mieux considéré que les autres filles qu'il avait fréquentées. Ou moins encore. Remus était un garçon et pour de nombreuses raisons, leur relation semblait vouée à rester cachée.

-Je ne veux pas te forcer, Moony.

Remus avait cette horrible impression que les rôles s'étaient brutalement inversés et il décida de reprendre la main.

-Qu'est-ce que tu entends par « ce qu'on veut » ? Qu'est-ce que tu veux, Sirius ?

-J'ai envie de t'embrasser, répondit le brun sans hésiter.

Remus baissa la tète et se mordit les lèvres. Le Gryffondor était bien trop tentant. S'il continuait d'affronter ses iris gris, il allait finir par céder trop vite. Sirius n'ajouta rien de plus et Remus aussi garda le silence. Ils étaient toujours aussi proches l'un de l'autre et le Poufsouffle se demanda si Sirius allait l'embrasser et si lui-même le désirait. Il était de plus en plus confus quant au comportement du Gryffondor.

C'était la première fois qu'un gars qui lui plaisait lui témoignait également de l'intérêt et était prêt à tenter quelque chose avec lui. Que ce ne soit pas aussi romantique qu'il l'avait espéré n'entrait qu'en second plan au bout du compte. De toute façon, Remus s'était déjà fait à l'idée de ne pas avoir de vie de famille et de ne peut-être jamais s'exposer comme une personne hétérosexuelle.

Remus s'était juré d'être prudent et rationnel mais en amour, difficile de tenir ce genre de promesse. Le Poufsouffle releva la tête. Sirius le regardait toujours, l'invitant à poser ses lèvres sur les siennes, et Remus sentit son cœur battre plus vite à cause de la nervosité et de l'envie. Il se pencha vers Sirius et écarta ses mèches de cheveux, dégageant ainsi son regard. Il ferma ensuite les yeux et sentit bientôt le souffle chaud du Gryffondor se mélanger au sien. L'hiver était encore là, la neige sous leurs pieds était dure et faisait frissonner leur corps. Mais ça ne gênait aucun des deux sorciers et quand les lèvres de Remus se posèrent sur celles du plus petit, il retrouva les sensations de bien-être qu'il avait déjà éprouvées le fameux soir du bal.

Sirius entoura bientôt son corps de ses bras et Remus répondit à son étreinte avec force. Il se força néanmoins à demeurer calme, ne voulant pas consumer trop vite cette flamme qui l'habitait. Ils se séparèrent ainsi rapidement mais Remus ne s'éloigna pas. Avec hésitation, il nicha sa tête sur l'épaule de son ami et Sirius ne dit rien, ce qui la rassura.

Cette proximité troublait Remus et même s'il avait donné implicitement son accord pour débuter une relation spéciale avec le Gryffondor, il ne voulait pas se dévoiler trop vite ni que Sirius prenne conscience de l'ampleur de son attachement. Il s'éloigna alors et d'un sourire vacillant, invita le brun à marcher avec lui.

Maintenant qu'ils avaient parlé du sujet sensible, aucun autre sujet de conversation ne venait en tête au Poufsouffle. Pourtant, lorsqu'il jeta un coup d'œil au brun, il put le voir clairement cogiter.

-Sirius ?

Celui-ci leva la tête vers lui et se gratta la tête.

-Non, c'est juste que je suis en train de réfléchir au fait que je ne connais pas vraiment ce qui se fait entre deux garçons qui se fréquentent. J'ai envie que ça se passe bien et j'aimerais donc éviter de faire des gaffes.

-Je ne pense pas que ce soit différent d'une relation… plus classique, hésita le châtain.

Remus n'en savait pas grand-chose non plus à vrai dire. Il n'osait cependant pas faire part de son inexpérience à son ami. Sirius et lui ne sortiraient pas ensemble, leur relation se résumerait à quelque chose de physique en plus de leur amitié. Il devait normalement pouvoir s'en sortir sur ces deux points-là, du moins il l'espérait.

-Ouais mais… Enfin, avec une fille, je n'ai pas à me demander qui fait quoi, tu vois ?

Même si Remus fut surpris, il n'en montra rien. C'était le genre de propos maladroit qu'il s'attendait à entendre. Au moins, Sirius n'avait pas demandé qui jouerait le rôle de la fille entre eux. Pourtant, ça l'agaça quand même un peu.

-Désolé, s'excusa soudain Sirius.

Il s'arrêta et Remus fit de même.

-Pourquoi ? s'étonna-t-il.

-C'était nul et stupide, je crois.

Remus baissa la tête, comprenant que Sirius n'avait pas eu de mal à déchiffrer sa mine fermée.

-C'est juste que je ne sais pas comment ça marche, reprit le Gryffondor en soupirant. Et je me suis dit que le mieux était qu'on en parle. Je sais quel rôle je veux jouer mais je ne sais pas si ça te convient. Je ne veux pas que tu penses que ça doit être comme ça parce que je suis hétéro et que toi, t'es gay. Tous les homos n'aiment pas la sodomie, non ?

Remus écarquilla les yeux. Son fou rire fut incontrôlable et puissant, et il se sentit mal pour Sirius qui avait essayé de prendre des pincettes.

-Ce n'est pas…

Après quelques instants, Remus prit une grande inspiration pour chasser définitivement son rire mais les larmes lui coulaient encore des yeux.

-J'apprécie la bonne volonté que tu mets, Sirius, mais je doute que nous ayons besoin d'aller jusque là. T'embrasser, te toucher me va très bien. Et comme tu l'as dit, tu n'es pas attiré par les hommes. Il y a une différence entre vouloir et pouvoir.

-Si je ne te connaissais pas si bien, je pourrais penser que tu ne veux pas de moi, Moony, plaisanta Sirius.

-Non, ce n'est pas ça, bredouilla le châtain.

Il observa Sirius et se décida enfin à lui dire la vérité.

-C'est juste que ça me blesserait énormément si jamais d'un coup, tu devais me repousser ou même si je lisais du dégout sur ton visage.

-Ça n'arrivera pas.

-Tu n'en sais rien, répondit aussitôt Remus. Tu as dit que tu n'aimais pas les hommes. C'est déjà assez bizarre de vouloir en embrasser un…

-C'est vrai, admit-il. Il y a des mois, si on m'avait dit que j'aurais envie d'embrasser un garçon, je n'y aurais jamais cru ! Mais maintenant, j'ai l'impression de ne penser qu'à ça !

Tu pourrais avoir l'air plus troublé que ça, je n'ai pas vraiment l'habitude de m'étendre ainsi, le taquina-t-il ensuite en voyant son ami rougir.

-Désolé, je ne sais pas comment gérer ce genre de situation…

Sirius lui sourit et l'attira dans ses bras. Ils restèrent ainsi un moment et Remus put en profiter pour remettre ses idées en place. Il avait cette impression idiote d'avoir soufflé le chaud et le froid en quelques minutes à peine. Il était perdu et avait besoin de conseils. Sirius lui promettait quelque chose de facile, mais était-ce vraiment possible ?

-Nous devrions rentrer, il est déjà tard, murmura le Poufsouffle comme une excuse.

-Oh, je pensais qu'on aurait pu s'amuser encore un peu. J'ai aussi envie de te voir te transformer !

Sirius fit la moue et Remus se trouva incapable de résister.

-OK, abdiqua-t-il.

xXx

La nouvelle de la rupture ou de ce qui y ressemblait entre Lily et James était déjà dans toutes les bouches le mercredi. Ça n'avait pas été difficile de le remarquer car le couple semblait s'éviter, ou au moins prendre de la distance. La morosité de James était également presque un aveu en soi et cela avait aussi permis aux gens de déduire que la décision avait sûrement été initiée par la rousse. Mais la situation compliquée que vivait son couple ne semblait pas ternir l'esprit farceur et l'imagination débordante de Potter parce que le matin même, tous les élèves s'étaient éveillés entourés de murs roses. Aucun doute qu'il s'agissait des Maraudeurs : ceux-là avaient le chic pour frapper lorsque personne ne s'y attendait.

Il était assez étonnant de voir que malgré toutes les frasques de James Potter, Dumbledore et McGonagall le laissent rester Préfet. Même si à la base Severus ne comprenait pas bien pourquoi il avait été nommé. Enfin, si on considérait qu'il était un peu le chouchou de sa directrice de maison, c'était peut-être déjà un bon début de réponse.

Vis-à-vis des révélations qui animaient la vie au château, en ce qui concernait Severus, il ignorait comment prendre la nouvelle de ce couple qui battait de l'aile. Il essayait de ne pas y voir un quelconque rapport entre sa déclaration et le choix de Lily de s'éloigner de Potter. La preuve, elle ne s'était pas empressée de venir le retrouver pour lui déclarer sa flamme. A vrai dire, elle semblait aussi prendre ses distances avec lui. Ca devait être parce qu'il l'avait si mal reçue la dernière fois dans la librairie : Severus s'était montré dur mais il n'avait pas apprécié être vu dans cette situation par la fille qui lui plaisait.

Misérable, blessé et tellement pauvre qu'il était obligé de bosser. Mais bientôt, tout changerait : il devait revoir Jedusor pour confirmer l'aide qu'il lui apporterait pour sa formation après Poudlard. Ça lui permettrait de quitter son père et de vivre enfin sa vie, de ne plus être obligé d'affronter les coups et sa haine. Il avait manqué de vigilance et avait oublié le bleu sur son visage, le seul vraiment visible. Et une fois qu'il avait été vu par son employeur, il pouvait difficilement venir le lendemain le visage en bon état, cela aurait paru étrange. Severus refusait que les gens pensent qu'il se maquillait, même pour masquer un bleu.

Peut-être devait-il faire de nouveau un pas vers Lily ? Mais pour lui dire quoi ? Leur situation n'avait pas vraiment changé. Il était toujours amoureux d'elle et elle le considérait toujours comme un bon ami. N'était-ce pas mieux au final de rester ainsi et tenter une bonne fois pour toute de l'oublier ?

Il avait pourtant déjà essayé un nombre incalculable de fois sans grand résultat. Il l'avait dans la peau, c'était comme ça.

Il avait même discuté de sa situation avec Alton. Regulus était trop proche de James - par le biais de son frère - pour que ça ne paraisse pas étrange. Et puis, même si les deux Serpentard étaient proches, ils n'en étaient pas encore à parler de sentiments aussi profonds et complexes. Alton était vraiment formidable et elle l'avait fait relativiser. Elle avait surtout été capable de voir les choses du côté de Lily et d'expliquer plus clairement à Severus ce qui se passait certainement pour la rousse.

Il ne pouvait pas lui reprocher de ne le voir que comme un ami : ils se connaissaient depuis touts petits et le jeune homme avait d'abord été un soutien dans ce monde qu'elle ne connaissait pas et un ami de valeur. Et le problème était bien là. Il s'était toujours conduit comme un ami et ne lui avait jamais montré qu'il pouvait être autre chose. Il n'avait jamais tenté de la séduire et n'avait jamais rien dit concernant les mecs qu'elle avait plus ou moins aimés. Il n'y avait eu que James mais c'est parce qu'ils avaient eu un passif en commun assez compliqué. Le brun l'avait pris en grippe dès la première année et Severus le lui avait bien rendu. Jusqu'à ce qu'ils se calment tous les deux pour Lily. Une chance que Sirius se soit concentré sur Pettigrow car ça le rendait moins disponible pour appuyer les attaques de Potter.

Enfin, Pamela lui avait fait remarquer qu'il ne pouvait pas espérer que Lily tombe subitement amoureuse de lui. Si vraiment il voulait être avec elle, il allait devoir se battre pour elle. Snape ne savait pas s'il en était capable. Il ne rivalisait pas un seul instant contre James Potter, il était lucide.

Pourtant, Lily se posait la question rompre avec lui alors n'y avait-il pas un espoir ?

Le Serpentard soupira et pressa le pas. Il devait se dépêcher d'aller rendre son devoir d'Histoire de la magie. Il bouscula alors Lily au détour d'un couloir et resta figé tandis que la jeune femme s'empressait de se relever.

Elle l'observa, toute aussi surprise que lui de leur rencontre.

-Pardon, murmura-t-il finalement.

Il n'avait pas bougé pour l'aider alors il devait au moins s'excuser sincèrement.

-J'étais pressé.

Il montra son parchemin et Lily comprit. Elle hocha la tête, compréhensive.

Ils restèrent ainsi quelques secondes immobiles avant que Lily ne commence à s'éloigner.

-Attends !

La Gryffondor se retourna, surprise. Elle ne pensait pas que Severus désire encore lui adresser la parole, il avait été clair dans la librairie après Noël.

-Je suis désolé, je t'ai demandé de penser à mes sentiments ce jour là mais je me rends compte aujourd'hui que je n'avais pas vraiment pensé à toi.

En parler coutait à Severus et il se sentit d'ailleurs assez honteux de le faire dans les couloirs de Poudlard. Il se mordilla les lèvres, mal à l'aise. Et comme il n'avait rien à ajouter, il se détourna. Au moins, il avait pu s'excuser et faire un pas vers elle, lui faire comprendre qu'il ne voulait pas la perdre, pas sans se battre. Même s'il jugeait qu'il était trop tôt pour tenter quoi que ce soit : il ne savait même pas comment s'y prendre.

Pourtant, il ne fit pas un pas avant d'entendre Lily le rejoindre.

-Je t'accompagne ?

Elle souriait timidement et Severus acquiesça, heureux qu'elle ne le fuit pas comme elle fuyait James. D'une manière ou d'une autre, il comptait pour elle.

Ils avancèrent ainsi silencieusement l'un à côté de l'autre. Lily n'avait jamais été embarrassée à ses côtés et cette attitude fit sentir à Severus qu'enfin, elle avait probablement conscience de sa présence en tant qu'homme.

Caché derrière l'un des renfoncements du mur, James demeura figé jusqu'à ce qu'ils passent. Il avait aperçu Lily alors qu'il se dirigeait vers le terrain de Quiddictch pour vérifier les balais pour leur entrainement du week-end. Sirius lui avait bien dit de lui laisser du temps et de l'espace mais la voir aujourd'hui, si belle et si indifférente, lui avait fait du mal. Il avait juste voulu lui parler, prendre de ses nouvelles, mais en avait été incapable. A la fin, il l'avait simplement suivie pitoyablement jusqu'à ce qu'elle croise Severus et qu'il surprenne cette conversation étrange.

James comprenait maintenant qu'il avait dû se passer quelque chose pendant les vacances entre les deux amis. Severus avait dû enfin lui parler de ses sentiments et Lily l'aurait lâché pour lui ? Non, ce n'était pas possible !

Il n'était pas sûr de comprendre mais tout ce qu'il voyait et comprenait, c'est que c'était la faute de Severus si ça allait si mal avec la rousse en ce moment.

Et il était bien décidé à le lui faire payer.

xXx

Allongé sur son lit, James jouait avec son vif d'or, faisant tourner délicatement la petite balle entre ses doigts. Parfois, il la lançait légèrement, la laissait tournoyer au dessus de lui puis la récupérait. Il était encore très tôt en ce samedi matin. Rares était ceux qui se levaient avant 7h. Même le petit déjeuner dans la Grande Salle était servi plus tard.

Il entendait la respiration régulière de son voisin de gauche et même Frank qui se retournait dans son lit. Et puis, à un moment, il y eut Sirius. Sirius qui toussa et jura quelques secondes plus tard. Il toussa ensuite longtemps avant de se recoucher avec rage et James le vit finalement tenter de trouver de nouveau le sommeil. Il venait certainement de perdre sa feuille de mandragore et James eut de la peine pour lui. Sirius s'investissait tellement alors que lui commençait déjà en avoir marre. Il continuait seulement parce que son meilleur ami l'encourageait même s'il admettait bien volontiers que ce serait trop classe d'être Animagi ensemble. Lui avait encore sa feuille, mais pour combien de temps ?

Il voulait tellement vite réussir.

Il avait besoin que quelque chose aille bien pour lui. Un évènement extraordinaire pour lui faire oublier qu'avec Lily, tout était sûrement fini. Pour la première fois de sa vie, James subissait une peine de cœur et c'était horrible. Il y avait la douleur, bien entendu, et il était certain de n'avoir jamais eu autant mal au cœur. Mais il y avait également tout le reste qui l'empêchait de sourire de nouveau.

Il y avait la colère qui des fois laissait place à la tristesse ou se mélangeait avec. Il y avait la fatigue, l'envie de rien et ses pensées stupides qui tournaient en boucle dans son esprit. Comme s'il pouvait avoir la réponse ! Il n'était pas celui qui avait décidé de cette situation, il ne faisait que la subir !

Le pire était que Lily n'était toujours pas venue le voir pour parler avec lui. Il ne comprenait pas à quoi elle jouait. Ne devaient-ils pas communiquer pour régler leur problème ? Mais le voulait-elle seulement ? Après l'avoir vue en milieu de semaine avec le Serpentard, James se demandait si tout n'était pas déjà très clair dans l'esprit de Lily. Peut-être qu'au fond, elle ne faisait que retarder le moment fatidique. Elle ne souhaitait plus être avec lui mais ne savait pas comment le lui annoncer. La Préfète-en-cheffe le trouvait stupide ou quoi ? Au vu de la situation, James était ainsi capable de se faire ses propres conclusions.

Lily s'était rapprochée de Snape. Certes, ils avaient toujours été proches parce qu'ils étaient amis mais maintenant, l'un d'eux aimait l'autre alors forcément, ça ne pouvait plus être innocent. Après la discussion qu'il avait surprise, James les avait espionnés de nouveau, juste pour savoir ce qui se passait exactement. Dans ces cas là, c'était bien pratique d'avoir une cape d'invisibilité. Malheureusement, ça n'avait pas forcément été une bonne idée.

Les voir se parler et être si complices et parfois gênés l'avait dégouté. Oh, ils avaient juste discuté mais, et alors ? Lily et lui étaient techniquement encore ensemble, parler à un autre mec était complètement proscrit ! Enfin, tout ça pour qu'il finisse par apprendre que l'anniversaire de Snape approchant, Lily lui avait proposé de passer un moment ensemble à Pré-Au-Lard. Et ça, c'était le pompon. Par le caleçon de Merlin, il était mieux que le Serpentard quand même !

Enfin, peu importe ce qu'il pensait, il ne pouvait rien changer à la situation. Et alors qu'il avait cherché à parler à Lily, maintenant, il la fuyait presque. Il ne voulait pas la voir venir pour qu'elle lui annonce que tout était vraiment terminé.

Il ne laisserait pas les choses se finir ainsi. Il était bien décidé à jouer un petit tour à Severus, un truc dont il se souviendrait. On ne convoitait pas impunément la copine d'un autre !

James resta encore plus d'une heure à réfléchir à son plan lorsqu'enfin, quelqu'un d'autre se réveilla. Il sauta alors de son lit et lança un bonjour tonitruant. Il allait faire ça aujourd'hui. Humilier Snape lui redonnerait le moral, ça faisait longtemps et il était euphorique ! Comme quoi, tout ça lui avait manqué. Il avait arrêté pour Lily mais n'avait franchement plus aucune raison d'épargner le vert et argent. Et peu importe que leur relation se soit améliorée ces derniers temps, qu'il ait participé au plan pour aider Regulus et bien d'autres choses encore. Ils n'étaient pas amis et James n'avait de la considération que pour ses amis.

-Je sens que ça va être une superbe journée aujourd'hui ! s'exclama t-il alors que les autres commençaient tout juste à sortir de leurs lits.

Il fila se préparer et entra dans la salle de bain avant Frank. Le joueur de Quidditch grommela avant d'observer Sirius qui préparait ses affaires. Il sut à cet instant qu'il ne devait absolument pas laisser l'autre Gryffondor passer également devant lui.

James se prépara avec entrain, pressé de commencer la journée. Il se coiffa et fut plus ou moins satisfait du résultat, se brossa les dents puis alla s'habiller à l'extérieur. Il noua sa cravate en chantonnant et attira sur lui les regards de ses camarades. Sirius, qui attendait son tour pour la salle de bain – les deux douches étant occupées – décida de se rapprocher de son ami.

-T'as l'air de bonne humeur, lui fit-il remarquer.

James lui jeta un coup d'œil avant de se lever de son lit et de faire son sac.

-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

-Bah déjà, t'es prêt hyper tôt.

Sirius fronça les sourcils.

-Et tu chantonnes, rigola-t-il.

James hocha la tête et n'y tenant plus, alla s'asseoir à côté de son meilleur ami. Son sourire fut éblouissant et ses yeux s'illuminèrent de malice à l'idée de partager son plan avec le brun. Le Préfet savait que ce qu'il avait en tête n'était pas bien du tout. C'était de loin la plus grosse connerie qu'il s'apprêtait à faire et il risquait gros. Mais il en avait envie, presque besoin.

-C'est parce que j'ai décidé d'arrêter de m'apitoyer sur mon sort.

-Bonne nouvelle !

-Et j'ai également décidé de faire payer à Severus son opportunisme.

-Hum… Moins bonne idée.

-Allez, Sirius, ce sera drôle !

-Je ne dis pas le contraire mais t'en prendre à Severus, c'est le meilleur moyen de te mettre définitivement Lily à dos.

-C'est déjà mort de toute façon. Elle a juste pas le courage de venir me le dire.

James soupira, son air renfrogné revenant. Il se leva et continua à préparer son sac. Sirius fit de même, n'ayant rien de mieux à faire en attendant son tour à la salle de bain.

-Je sais ce que je risque et combien c'est une idée stupide. J'ai eu le temps d'y penser toute la nuit, Sirius. Mais je suis juste mal et j'ai besoin de le faire payer à quelqu'un. J'arrive pas à être énervé contre Lily alors peut-être que je m'en prends à Snape parce que c'est plus simple. Mais je pense qu'en même qu'il le mérite. Il tourne autour de Lily depuis des années et n'a jamais eu le courage de lui dire qu'il l'aimait et là, comme par hasard, il attend que ça aille mal entre nous pour tenter quelque chose !

-Qu'est-ce qui te fait dire ça ? s'étonna Sirius.

-Lily me l'a dit. Et j'ai des yeux, je les ai beaucoup observés dernièrement. C'est pas fair-play ce qu'il fait. S'il la voulait, il n'avait qu'à procéder autrement.

James boucla son sac et s'affala sur son lit. Il attendrait que Sirius soit prêt pour qu'ils descendent ensemble dans la Grande Salle.

-Tu t'en fais peut-être pour rien. A mon avis, il n'y a aucune chance que Lily ait envie de sortir avec lui un jour…

-Elle avait dit la même chose à mon sujet, lui rappela James.

Sirius sembla vouloir ajouter quelque chose mais n'osa pas. Il n'en eut pas besoin en réalité car James savait très bien ce qu'il voulait dire. Tout le monde le pensait d'ailleurs. Et même si le Gryffondor était d'accord, James savait aussi que l'amour n'avait pas de barrière ni de critère. Ce n'était certainement pas quelque chose réservé à une catégorie de personnes. Snape n'était pas beau mais il y avait bien une personne à qui il devait plaire. James serait juste le garçon le plus malchanceux du monde si cette personne était Lily…

-Je vais lui foutre la honte de sa vie. Ca n'arrangera rien mais ça va me faire du bien ! continua James. J'ai juste besoin que tu l'amènes quelque part. Est-ce que je peux compter sur toi, Sirius ?

James s'en voulait de lui demander de prendre parti et pire encore, de l'impliquer dans ses bêtises mais il avait besoin de son meilleur ami à cet instant.

-Tu sais bien que oui, répondit le brun.

Deux minutes plus tard, la salle de bain se vida de ses occupants et Sirius put enfin aller se préparer. James savait qu'il allait mettre une éternité alors il se repassa son plan en tête. Et une fois de plus, il ne trouva aucun motif pour reculer. Il pourrait bien s'en mordre les doigts plus tard.

xXx

-Reg' !

Regulus sentit son cœur faire un bon dans sa poitrine. Black n'avait jamais de considération pour lui : il arrivait comme une fleur et lui parlait de but en blanc, le surprenant ainsi horriblement. Parfois même, il en jouait et hurlait pour lui faire peur avant d'éclater de rire. Comme quoi, même s'il était plus vieux et plus mature, il restait bien Sirius Black, blagueur compulsif à ses heures perdues.

Mais quelque chose dans sa voix lui fit comprendre qu'il ne s'agissait pas d'une quelconque boutade cette fois. Pour autant, il était à la bibliothèque pour terminer un devoir en ce samedi après-midi, entouré d'un tas d'autres élèves : il ne pouvait pas vraiment lui répondre et il devait même se contenir pour ne pas se retourner vers lui.

-Il faut que tu ailles dans le parc tout de suite ! James va faire une grosse bêtise !

-Hum, fit Regulus comme si un simple soupir lui avait échappé.

Il demandait en vérité à Padfoot de préciser.

-Bouge, on n'a pas le temps ! rugit la voix du fantôme.

Regulus grogna et sa voisine de table lui lança un regard étrange.

Il rangea ses affaires et alla ranger les livres qu'il comptait emprunter. Il ne voulait pas paraître suspect mais n'avait visiblement pas tellement de temps à perdre non plus. Il les posa donc sur la première étagère à l'abri des regards qu'il trouva. Il se ferait enguirlander par Mme Pince plus tard si elle le découvrait. Et elle le découvrirait certainement. Il s'empressa de sortir avant d'avoir une remarque et marcha rapidement dans les couloirs alors que Black le conjurait de courir.

-Mais qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il finalement, n'y tenant plus.

-Je pense que James compte refaire la petite blague qu'il avait faite à Snape en 5ème année dans mon monde.

Regulus s'arrêta, surpris.

-Celle où Severus insulte Evans de…

Il ne termina pas sa phrase parce que des gens arrivaient mais Black acquiesça et il continua à courir.

-Peut-être que Snape n'insultera pas Lily, leur relation est différente et ce ne sont pas tout à fait les même ici. Mais ce qui est sûr, c'est que si James fait ça, Lily lui en voudra énormément et là c'est certain, ce sera fini entre eux !

Regulus leva les yeux au ciel : comme si ça l'intéressait. Il se fichait bien du couple que formaient Lily et James, il serait même heureux de les voir séparés en un sens. C'était néanmoins une réaction puérile et il le savait. Au fond de lui, il ne pouvait s'empêcher de vouloir éviter que Potter ne fasse une bêtise pareille et il voulait plus encore aider Severus. Se faire humilier publiquement, il ne méritait pas ça. Il fallait qu'il arrive à temps au moins pour l'empêcher de détruire son amitié avec la rousse. Black avait raison : rien ne disait que Severus le ferait mais peu importe, il voulait s'en assurer quand même.

Il se remit ainsi à courir, se fichant d'avoir l'air étrange. Marcher prenait bien trop de temps, surtout que le château était immense !

-Monsieur Black, l'arrêta soudain la voix de Jedusor.

Regulus se figea instantanément comme il parvenait aux côtés du psychomage.

-Vous semblez bien pressé, où allez vous ?

-Nulle part. Enfin, je dois retourner dans les cachots pour récupérer quelque chose et puis ensuite revenir à la bibliothèque pour finir autre chose. Ce serait trop long à vous expliquer, répondit-il maladroitement.

-Je vois.

Jedusor esquissa un sourire et Regulus se demanda s'il pouvait partir.

-Qu'est-ce qu'il nous fait chier, lui ! On est pressé !

-Je suis heureux de tomber sur vous.

-Vraiment ? s'obligea à répondre Regulus.

-Oui, je voulais vous parler de la séance que nous allons bientôt avoir.

Black lui fit les gros yeux et Regulus se mordilla l'intérieur des joues. Lui aussi pensait qu'il allait exploser.

xXx

James marcha fièrement vers le parc de Poudlard : il savait qu'il y retrouverait Snape. Il avait confié à Sirius qu'il avait l'intention de jouer un mauvais tour au Serpentard et qu'il avait besoin qu'il l'attire dans le parc à un endroit bien précis. Son ami avait accepté : il adorait jouer des tours, tout comme lui.

Quelques élèves le suivaient déjà car il leur avait dits qu'il préparait un petit truc dehors.

James sourit, se sentant beaucoup mieux. C'était étrange. La veille, il était presque malade de chagrin mais occuper son esprit et surtout faire payer au responsable son état lui redonnait de la force. Il arriva ainsi dans le parc, repérant tout de suite Sirius qui plaisantait avec Snape. Il s'approcha vivement d'eux et l'attroupement qu'il avait participé à former inquiéta le Serpentard, si bien qu'il sortit sa baguette.

-Experlliamus !

La baguette de Severus vola loin de lui et Sirius s'éloigna, se plaçant ainsi en simple spectateur dans l'attente de la suite. James se mit à rire et tendit les bras. Les élèves se massèrent autour de Severus qui se rapprocha sans s'en rendre compte de l'arbre sous lequel Sirius l'avait emmené. Avec tous ces gens autour de lui, il ne voyait même pas où se trouvait sa baguette. Il devait lancer un Accio et vite, mais James l'en empêcha.

-Levicorpus !

James pointait toujours sa baguette sur Snape et il n'y avait pas à dire, ridiculiser le Serpentard lui faisait complètement oublier sa peine. Les autres rigolaient en voyant Snape bouger inutilement les bras pour essayer de se libérer, la tête en bas et le visage décomposé.

Mais James décida de ne pas s'arrêter là.

-Qui veut que je déshabille Snivellus ? lança-t-il à la cantonade.

Il se rappelait que son ami avait déjà appelé le Serpentard comme ça deux ou trois fois et il avait trouvé le surnom marrant. Pas très sympa mais peu importe, ça allait si bien au Serpentard ! Il y eut quelques exclamations encourageantes mais aussi certains murmures moins approbateurs. Pourtant, personne ne l'en empêcha.

Le premier vêtement tomba sous les rires et Severus continua de gigoter, humilié. Il chercha le regard de quelqu'un, d'une personne qui pourrait l'aider, mais n'en trouva aucune. Bien sûr, ils étaient tous avec James Potter et tout ce que faisait Potter était drôle et fantastique. Ce qui lui arrivait à lui n'était pas bien grave.

Il sentit bientôt les larmes inonder se joues au moment où son pantalon lui fut arraché, le froid de janvier lui glaçant les membres. Sa chemise était encore un peu longue pour cacher son caleçon d'un noir terne mais quelle importance cela avait-il vraiment ?

Allait-il réellement finir complètement nu devant tous ces gens sans que personne n'intervienne ? Severus ne comprenait pas pourquoi James faisait preuve d'une telle cruauté envers lui. Même si au fond de lui, il pouvait quand même le supposer.

Lily Evans.

-Liberacorpus ! s'écria soudain la voix de la concernée.

Severus chuta lentement dans la neige encore présente mais ne chercha pas à comprendre ce qu'il venait de se passer ni pourquoi il était enfin sur la terre ferme.

Il s'empressa de ramasser ses vêtements à ses pieds et enfila rapidement son pantalon, la honte l'écrasant tout entier. Il ne désirait qu'une chose, se cacher. Se soustraire à tous ses regards et à ses rires d'hyène.

Et puis, une claque retentit. Il tourna instinctivement la tête et écarquilla les yeux lorsqu'il comprit que Lily venait de gifler James.

-Espèce d'imbécile ! Tu viens de tout gâcher ! hurla la Gryffondor, les yeux remplis de larmes.

Severus ignorait si elle était plus triste qu'énervée mais il n'eut pas le temps de s'y attarder car Lily abandonna bientôt son petit-ami pour venir vers lui. Severus recula d'un pas. Elle voulait certainement l'aider mais elle en avait assez fait comme ça. Certes, il avait souhaité que quelqu'un intervienne, mais Lily était sans aucun doute la pire des options. Il croisa alors les regards moqueurs de certains élèves et vit dans leurs yeux les pensées qu'il redoutait : il était trop faible pour se défendre tout seul, il avait besoin d'une fille pour l'aider. Une née moldue en plus ! Ce constat l'énerva brusquement autant que la compassion sur le visage de sa meilleure amie et il fusilla Lily du regard.

-Laisse-moi tranquille !

Il la repoussa brutalement malgré ses joues encore humide et refusa son aide, clamant qu'il pouvait se débrouiller seul. Face à lui, Lily refusa de capituler.

-Laisse-moi t'aider, Severus !

Mais Snape n'entendait que les rires et derrière Lily, il contempla le regard moqueur de James. Ce dernier avait obtenu ce qu'il voulait en réalité : Severus se sentait trop mal pour se montrer devant son amie, il avait tellement honte. Il était faible et avait eu besoin d'être secouru. Bon sang, il n'était pas une demoiselle en détresse ! Il était celui qui devait protéger celle qu'il aimait, pas l'inverse ! Quel genre d'homme était-il s'il en était incapable ?

Et Lily qui ne comprenait même pas le problème !

Il se redressa alors de toute sa hauteur, le regard venimeux. Avant qu'il ne s'en rende compte, une insulte qu'il n'avait jamais osé proférer envers son amie dansait au bout de sa langue.

Il n'eut cependant pas le temps de la formuler que Regulus bondit sur lui pour le tirer prestement à sa suite.

-Crois-tu que c'est le moment de vous engueuler, Evans ? fit-il remarquer à la rousse qui l'observa avec surprise. Il fait très froid, la priorité est que Severus rentre se mettre au chaud !

-Tu as raison…

Lily connaissait son ami de toute façon : toujours à vouloir tout faire seul. Elle n'allait pas le changer maintenant.

-Je l'accompagne dans la Salle Commune des Serpentard, reprit Regulus.

La Gryffondor acquiesça.

-On se voit plus tard, Severus ?

Mais elle n'obtint aucune réponse.

Baguette en main, Regulus écarta ensuite les élèves pour se frayer un chemin. Ses yeux étaient si sombres que ça en dissuada plus d'un de se mettre en travers de son chemin. Ils passèrent ainsi à côté de Sirius qui les observa partir tranquillement, le visage neutre.

-J'espère que tu te rends compte de l'énorme bêtise que tu aurais pu dire, articula finalement Regulus, les dents serrées quand ils furent enfin seuls.

-Oui…

Severus avait un nœud dans l'estomac.

Il avait failli insulter la femme qu'il aimait, sa meilleure amie, de sale sang de bourbe.


Ne détester pas James, s'il vous plait ! Il a ses défauts et ses qualités, ça ira mieux après. ^^

Prochain chapitre : Fêlure