*Petite erreur d'appellation sur le chapitre 20 Aveu qui est bien le 20 et non pas le 21. Du coup après correction, celui-ci est bien le chapitre 22.

Mio : Tu n'es pas la seule à beaucoup apprécier James et Regulus. Avant de tomber sur quelques rares fics sur eux, je n'aurais jamais misé dessus, et pourtant. Il y a quelque chose... Les ragots pour moi c'est un petit parallèle avec les fakes news et le rouleau compresseurs que sont les réseaux sociaux. Beaucoup de questions auxquels je ne pourrais pas complètement répondre. Le puma c'est Remus et heureusement qu'il était là. Padfoot n'a pas une vie facile, il y a de quoi devenir fou dans sa situation. Espérons qu'après ce chapitre, tu continus à l'apprécier. C'est super que tu ais apprécier le moment révélation. Généralement comme c'est un moment important, on en attendant beaucoup. Je ne voulais pas me rater et provoquer le "c'est tout", ou le plus connu " tout ça pour ça". Et effectivement, maintenant que James et Sirius sont dans l'équation, rien ne sera plus comme avant. Déjà Regulus va devoir partager. Jedusor innocent ou coupable ? Ou plutôt coupable parfait ? Compliqué de savoir la vérité surtout que Dumbledore refuse de se mouiller. Effectivement ces deux personnages se ressemblent, du moins dans ma fic. Ils sont supposés occupées deux places distinctes, le bien et le mal, mais est-ce si simple que ça ? Surtout que le rôle du bien et quelque chose qu'on a fini par attribuer par la force des choses à Dumbledore, oubliant qu'il n'est qu'un homme qui peut également faillir.

Tu rejoints logiquement la liste des gens qui n'aiment pas beaucoup Peter ou du moins qui n'explique plus et ne comprennent plus son comportement. Alors non, il ne s'est pas ce qu'il s'apprête à faire. pour être honnête, il pense surtout et d'abord à sa vengeance, les regrets auront toujours le temps de venir plus tard. Trop tard peut-être.

Tu n'aimes pas Lily ? Et bien je ne peux pas dire grand chose parce que je en l'apprécie pas plus que ça. J'espère ne pas en faire pour autant une personne détestable. ^^

Je prends note du fait que Severus te manque. Il sera de nouveau présent dans la partie 2. Merci beaucoup pour tes derniers commentaires !

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Avant de débuter ce chapitre, je vous invite à prendre une grande inspiration. J'ajouterais également : on ne peut pas aimer tout le monde, mais il ne faut juger personne, ou un truc du genre. Les gens font parfois des choix qu'on ne comprend pas ou qui nous énervent mais c'est comme ça. On fait tous des erreurs, alors ne les détester pas et moi également au passage.

Un énorme merci à ma bêta qui a fait du super boulot sur ce chapitre qui fait quand même 36 pages... Je vous mets tout en entier, pardon pour le pavé et bonne lecture !

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Chapitre 22

Tes erreurs

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Ce lundi matin-là, Padfoot se réveilla dans le corps de Sirius. Et il s'y sentit bien. Il était lui, il ne ressentait aucune gêne, ses pensées étaient en concordance avec celles du Sirius de cette réalité-là, si bien qu'il n'avait pas l'impression de lui voler son corps. Ils partageaient le même, parce qu'ils étaient la même personne.

Le Sirius d'ici était en dormance quand Padfoot était là. Il avait beau être là, il ne l'était pas complètement non plus. La plupart du temps quand Sirius reprenait ses esprits, il remarquait à peine ce qu'il s'était passé. Si les possessions durait trop longtemps, il avait au contraire un sentiment bizarre, une impression d'avoir eu une longue absence. De perdre un peu la tête et de ne pas bien comprendre ce qui lui arrivait. Mais Padfoot faisait tout pour que cela n'arrive pas. Il ne voulait pas prendre la place de Sirius. Juste s'octroyer quelques parenthèses de bonheur. C'était quelques moments ici où là, quelques minutes seulement pour ne pas se faire prendre. Attirer les interrogations, de Sirius, ou d'un autre.

Lorsqu'il était aux commandes, Padfoot pouvait dire et faire ce qu'il voulait, tant que c'était en adéquation avec ce que voulait aussi supposément Sirius. La forte migraine dont le corps de Sirius souffrait, il avait appris à la juguler, à la faire taire voire à l'ignorer.

Padfoot avait vite compris le problème pour son hôte : il était un être au savoir immense et aux souvenirs bien trop nombreux pour que le corps et le cerveau du jeune adulte puissent le supporter. Alors il enfermait certains de ses souvenirs, de ses connaissances sur des univers tout entier pour pouvoir réussir ce miracle. Si souffrir de mal de tête était le prix à payer pour ressentir à nouveau, il l'acceptait bien volontiers.

Il pouvait le supporter.

Après la possession qu'il avait effectuée lors du cours de McGonagall et qui n'avait pas marché, il avait réessayé malgré sa volonté de se tenir éloigné de Sirius. Et il avait eu plus de succès. D'où sa présence dans le dortoir des Gryffondor.

Il était désormais moins présent aux côtés de Régulus. Lentement, il sentait son frère commencer à voler de ses propres ailes. L'étrange capacité de Jedusor à sentir quelque chose n'était qu'un prétexte pour se faire moins présent. Padfoot n'était pas dupe. Il n'était pas parfait et il cédait de plus en plus à la tentation qu'était d'avoir une nouvelle vie heureuse ici. Tout recommencer et essayer d'être heureux jusqu'au bout cette fois.

Ici, il n'y avait pas de guerre.

Ici, Remus avait eu la chance d'échapper à Greyback et le plus important, James et Lily n'allaient probablement pas mourir prématurément. Dans cette réalité là, son frère n'allait pas devenir un Mangemort et il construisait une relation sincère et fraternelle avec lui. Tout était parfait. Il voulait vivre ici, il en avait la possibilité. Alors pourquoi s'en priver ?

Il avait décidé qu'il prendrait possession du corps du jeune Sirius seulement quelques fois. Il ne lui volerait pas sa vie, il la partagerait seulement. Il se persuadait ainsi qu'il ne faisait rien de mal. Il avait le droit de goûter lui aussi à cette part de quiétude, d'être heureux, au moins un peu.

-Jamie, t'es réveillé ? s'écria-t-il soudain.

-Plus maintenant, marmonna son ami.

James tira ses rideaux et bailla longuement, rendant visible sa feuille de mandragore pour tous ceux qui voulaient la voir. Il attrapa ensuite ses lunettes et sauta par terre.

En un instant, Padfoot l'imita. Il semblait prêt à affronter le monde, énergique et souriant. Habituellement, Sirius mettait plus de temps à émerger le matin mais Padfoot était différent. Le sommeil était dangereux dans sa propre réalité.

-Cette fois, on va réussir, j'en suis certain ! affirma-t-il.

-Tu dis toujours ça, mais j'avoue que je suis également confiant !

Petit à petit, le reste du dortoir s'éveilla et même si Padfoot n'en avait pas envie, il quitta le corps de Sirius qui continua sa vie, comme si de rien n'était après un instant de flottement. Peut-être qu'il n'avait rien senti ? Padfoot l'espérait. L'esprit ne se posait que peu la question cependant, de peur d'avoir des regrets et de ressentir l'obligation de rétropédaler. Si jamais ce qu'il faisait était au final néfaste pour le Sirius de cette réalité, cela deviendrait compliqué pour lui. Il serait obligé de renoncer à cette portion de bonheur qu'il s'accaparait. C'était dur à admettre mais l'esprit n'était pas sûr de pouvoir quitter ce corps qu'il empruntait s'il y restait trop longtemps. Et puis, il devait retourner voir Regulus. C'était pour lui qu'il avait décidé de se battre au début. Ce petit frère si précieux qui lui avait donné une raison de continuer, qui avait été son étoile, sa lumière dans le voile.

Regulus devait vivre. Padfoot ne passerait pas un seul jour sans s'y atteler. Il se rappelait les origines de cette histoire et Regulus était toujours à Serpentard, il était encore très attaché à ses parents et les respectait énormément. Mais lui le guidait et le soutenait dans ses choix. Les deux frères se parlaient encore. Serait-ce suffisant ? Brisée une telle constance, un fil rouge qui semblait presque incassable, était-il si simple ? Padfoot l'ignorait, il ne savait même pas pourquoi son frère finissait toujours par rendre son dernier souffle plus ou moins à ses 17 ans.

Il avait beaucoup vu et vécu, des gens étaient morts dans des réalités pour vivre sereinement dans d'autres. Des amitiés s'étaient transformées en des choses vraiment moches dans d'autres. Sans oublier sa propre relation étrange avec Severus. Même celle avec Lily et James l'avait moins perturbé ! Cela lui avait fait comprendre que rien n'était écrit. Et pourtant… James et lui étaient toujours amis, toujours liés, toujours ensemble alors que Regulus rendait indubitablement son dernier souffle, rarement apaisé. Padfoot quitta le dortoir, laissant Sirius reprendre ses esprits et continuer sa vie.

De son côté, Sirius ne ressentit que très légèrement le contre coup de ce qu'il s'était passé plus tôt. Il sembla néanmoins se perdre un instant sur le nœud de sa cravate. James prononça son nom et Sirius se frotta le front avant de lui répondre. Il se sentait parfois bizarre et avait parfois l'impression que son corps ne lui répondait as d'habitude. Mais il ne voulait pas s'inquiéter, pas encore. Avec tout ce qui lui arrivait dernièrement, il n'était pas au mieux de sa forme, tout simplement. C'était comme ses cauchemars, ça finirait par passé.

Cette baisse de régime déjà derrière lui, il discuta d'un ton enthousiaste de la sortie prochaine avec ses compagnons de chambre. James en soupirait d'impatience. Il ne faisait aucun doute qu'il marquerait son nom dès que ce fichu papier sortirait. Au fil de la discussion, ils purent remarquer que leurs amis semblaient moins concernés qu'eux. C'était simplement impensable et incompréhensible pour les Maraudeurs !

-Je suis sûr que Regulus est vert de pas pouvoir y aller !

-Ah bon ?

James était surpris de l'affirmation de son ami.

-J'avais pas remarqué.

-Mais si ! Enfin, là, il l'est pas encore. Mais à notre retour quand on lui racontera combien c'était trop bien, il sera vert !

Ils rirent et terminèrent rapidement de se préparer pour aller dans la Grande Salle. Ils prirent place à la table des Gryffondor, s'apprêtant à commencer de la plus belle des manière cette journée, c'est à dire ensemble.

A un moment, Sirius se retourna brièvement pour échanger un regard avec Remus qui n'avait pas semblé le quitter des yeux une seule seconde depuis son arrivée. Ils échangèrent un sourire et Sirius ne chercha même pas à savoir s'il avait été discret ni même si c'était bizarre. Personne ne viendrait lui reprocher d'être complice avec son ami !

Il se tourna ensuite vers son assiette et ses tartines. Il les beurra et alors qu'il s'attelait à cette tache basique, il sentit sur lui le regard de Peter Pettigrow assis à quelques mètres. Celui-ci ne le lâchait pas des yeux non plus. Il émanait de lui une certaine sérénité qu'il ne dégageait pas habituellement. La plupart du temps en effet, l'adolescent rondouillard se faisait petit et semblait s'excuser de respirer à côté de lui. Sirius était certain qu'il avait dû capter ce qu'il s'était passé entre Remus et lui, d'où son incapacité à le lâcher du regard. Il sourit alors : il appréciait assez d'embêter le blond. Démontrer que Remus était attaché à lui et que cela agace Pettigrow avait quelque chose d'euphorisant.

Il croqua dans sa tartine, le regard de Pettigrow le quittant enfin pour afficher un discret sourire que Sirius ne vit pas.

xXx

Regulus ne se sentait pas forcément très bien ce matin. Il revenait de la volière et se rendait dans la Grande Salle pour prendre son premier repas de la journée, une sorte de boule dans l'estomac. Il venait encore d'envoyer une lettre à ses parents.

Les échanges étaient souvent courts et parfois très espacés, et cela le rendait fébrile car ce n'était pas la relation qu'il voulait créer avec eux. Mais il devait s'obliger à voir les bons côtés et à ne pas trop se lamenter. Qu'ils échangent des courriers, c'était tout de même le signe qu'ils retrouvaient une relation solide. Au vu de la situation dans laquelle ils étaient, Regulus devrait sans doute déjà en être heureux et s'en contenter.

Il ne fallait pas oublier que peu de choses avait changé depuis le départ des deux frères. Regulus refusait toujours de revenir vivre au Square Grimmaurd car il avait ses raisons et l'avait très bien expliqué à ses parents. Ceux-ci n'approuvaient pas, évidemment, mais ne cherchaient plus à le convaincre à tout prix. Regulus aurait pu couper les ponts après ce que ses parents lui avaient fait, mais il avait choisi de ne pas se fâcher avec eux. Ils étaient ses parents, il n'avait qu'une seule mère et un seul père. Il ne voulait pas qu'ils se brouillent. Ne pas couper les ponts mais garder son indépendance lui semblait être le bon compromis.

Il avait décidé qu'il retournerait de temps en temps au Square Grimmaurd. Il pourrait y aller pour passer des vacances ou boire le thé par exemple. Kreattur était son elfe mais également son ami et il se demandait souvent comment il se sentait. Le pauvre elfe de maison devait probablement s'inquiéter pour lui chaque jour tout en s'en voulant de ne pas avoir pu l'aider…

Mais ce n'était pas à cause de Kreattur que Regulus se sentait fébrile à cet instant. En effet, il avait appris que ses parents l'avaient laissé sur la tapisserie familiale mais étaient en train d'établir des conditions sur l'héritage que toucherait l'attrapeur : tant que leur fils resterait dans le droit chemin et respecterait l'éducation et les traditions de la noble famille Black, Orion et Walburga continueraient ainsi.

Bien entendu, ils n'avaient pas manqué de lui faire remarquer leur totale désapprobation par rapport à cette relation qu'il avait eue avec Rosier dans une précédente lettre. Sa mère lui avait même rappelé qu'elle attendait de lui un hériter. Regulus trouvait cela déplacé et ne savait pas pourquoi ses parents avaient même abordé le sujet. Il s'était bien douté que son accord avec Rosier n'échapperait pas à Orion et à Walburga pourtant. Dans un sens, il était même heureux de ne pas avoir à les affronter en face. Il se serait senti complètement déstabilisé et jugé par leur regard dégoûté. Regulus savait ce que pensaient les Black de l'homosexualité.

Était-ce un sujet qu'il pourrait un jour aborder sereinement avec eux ? Le 6ème année ne se faisait que peu d'illusions à ce sujet. Parfois, il se disait que s'il avait juste été banni comme son frère, il n'aurait même pas à se poser la question. Il aurait pu se libérer des attentes que ses parents plaçaient en lui, être libre. Il comprenait en quelque sorte le besoin que Sirius avait eu de partir. Mais cette liberté acquise, il l'avait payée au prix fort. Regulus ne savait pas s'il pourrait faire un tel sacrifice. Que ses parents le rejettent, il ne le voulait surtout pas. Alors il allait devoir trouver son propre chemin.

Il était parti grâce à Padfoot mais était resté pour vivre sa vie, se prouver ce qu'il valait vraiment. Être tout ce qu'il voulait être… Regulus savait bien que Sirius ne le comprenait pas. Il se demandait généralement pourquoi son frère s'imposait ça. Padfoot ne devait pas être mieux, mais l'esprit ne le jugeait pas et le soutenait, comme il l'avait toujours fait.

Il le retrouva d'ailleurs avant d'entrer dans la Grande Salle et lui sourit. Il ne savait pas où avait été l'esprit jusque-là mais n'avait pas envie de lui demander. Il ne voulait pas avoir l'air de trop être sur son dos. Padfoot savait mieux que lui ce qu'il faisait.

Dans un soupir, il s'installa pour prendre son petit déjeuner.

xXx

-Peter ! le héla Dorcas.

Sirius fusilla son amie du regard. Elle n'allait quand même pas l'inviter à les rejoindre ?! Ne pouvait-il pas prendre son petit déjeuner tranquillement ? Était-il réellement obligé de supporter la vision de ce mec qui le détestait et que Sirius commençait également à exécrer ?

Pettigrow les lorgnait depuis plusieurs minutes et bien entendu, la gentille Dorcas avait fini par sentir son regard et l'inviter. Par politesse, par pitié peut-être même ou par réel intérêt. Sirius s'en fichait bien. Il soupira fort et James sourit de son agacement. Lui, son ami qui le connaissait par cœur, savait ce qu'il pensait. Dorcas, elle, ne faisait que peu de cas de leur brouille.

-Viens !

Sirius observa le blond, se demandant s'il oserait. Dorcas lui poussa alors légèrement l'épaule et il fut obligé de s'écarter. Fantastique. Déjà qu'il se tapait les filles et leurs conversations du matin à sa gauche, il allait en plus avoir à ses côtés Peter Pettigrow. Le Gryffondor ne comprenait pas le blond. Il s'était excusé – publiquement- et l'autre avait encore l'air d'avoir quelque chose à redire. Il lui lançait des petits regards quand il était avec Remus et ça l'énervait. Des fois, il était tenté d'aller lui demander – peu aimablement – quel était son problème. Mais Remus allait sûrement grogner s'il faisait un truc pareil.

-Bonjour, Peter, le salua Lily lorsque le garçon les rejoignit.

James fit une mauvaise imitation d'elle juste en face de lui et Sirius et Frank rirent. Mais dès que la rousse les fixa, ils firent semblant de regarder autre chose.

-On parlait de la visite à Azkaban, reprit Frank. Tu vas y aller ?

-Je ne sais pas, c'est un peu flippant quand même, répondit Peter, à la fois heureux et impressionné que le groupe populaire des lions lui parle normalement.

Sirius rit et fit semblant d'avoir entendu une blague très drôle pour cacher le fait qu'il se moquait de lui. Il savait que ça lui serait reproché, comme d'habitude. Tout le monde semblait faire tant d'efforts pour accueillir Peter… Efforts que Sirius jugeait peu utiles et pas forcément mérités.

-C'est vrai que la prison n'est pas l'endroit le plus rassurant et joyeux du monde. Mais pense à l'histoire magique qu'elle referme et à l'insolite de la chose, lui expliqua Lily qui avait choisi d'ignorer l'attitude qu'elle jugeait puérile de Sirius.

-Et puis, l'école n'organiserait pas une sortie pareille si elle n'était pas certaine de pouvoir la sécuriser au maximum, fit Dorcas.

-Ouais…

Peter tritura ses doigts. Il n'était pas sûr et ne préférait pas s'avancer, mais il avait l'impression que les lions essayaient de le convaincre d'y aller, qu'ils voulaient qu'il vienne en quelque sorte. Et il en était heureux. Peut-être avait-il tort de penser ainsi, mais il préférait ne pas s'interroger plus. Pour les garçons, il était assez réservé mais les filles étaient vraiment sympas. Il se sentait aussi moins impressionné : elles étaient avenantes et il se sentait à l'aise avec elles.

Dorcas lui sourit et il se sentit rougir. Depuis le bal, il avait l'impression de découvrir une autre fille. Il se sentait bête d'avoir gardé d'elle l'image d'une fille un peu timide et effacée du début de sa scolarité. Après tout, tout le monde changeait, même lui.

-C'est vrai que dit comme ça, sourit-il. En plus, Isabel et Remus y vont aussi, alors ça pourrait être sympa.

La suite du petit déjeuner apparut pile à ce moment-là. Peter, d'ordinaire bon mangeur, essaya de manger plus lentement : il ne voulait pas donner une image peu appréciable de lui. En plus, généralement, les filles n'aimaient pas vraiment cette attitude. Isabel s'en fichait, mais Isabel était différente. Elle pouvait parfois se montrer encore plus virile que lui, mais savait aussi rester douce et belle. C'était une amie en or. Les Gryffondor, il apprenait encore à les côtoyer. Plus tard, certainement qu'il n'aurait plus à faire attention.

En tout cas, la nervosité l'aidait à avoir moins d'appétit : il n'arrivait même pas à cacher son malaise et son excitation. Heureusement, les Gryffondor à ses côtés ne relevèrent pas. Ils devaient se dire que c'était leur présence à tous qui rendait le blond ainsi et ce n'était pas faux. Mais plus que de se trouver à partager son petit-déjeuner avec l'un des groupes les plus populaires de Poudlard, c'était l'article de Rita Sketter qui le rendait fébrile. Bientôt, des centaines de journaux tomberaient sur les tables et Peter était aussi impatient que nerveux.

Et avant qu'il ne s'en rende compte, ils apparurent.

Le journal de l'école fut ainsi déposé sur les tables, obligeant certains à les réceptionner avant qu'ils ne tombent par mégarde dans leurs plats. Dans son coin, Rita observait la salle, curieuse des réactions que l'article allait susciter.

Lily attrapa celui qui s'était posé sur les pancakes.

-Tu vas pas lire ça quand même ? On sait tous que Skeeter raconte n'importe quoi, lui rappela Alice.

-Marlene le lit, sourit Dorcas.

Et effectivement, à la table des Serdaigle, leur amie lisait conjointement avec une de ses amies de dortoir.

Lily soupira. Elle hésitait. Elle était curieuse et même si elle savait qu'Alice avait raison, une partie d'elle préférait savoir de quoi il était question, au cas où.

James lui se posait moins de questions et il avait attrapé celui qui avait atterri juste devant lui. Il avait moins de scrupules et la plupart du temps, les articles de Skeeter le faisaient rire. Il savait qu'une grosse partie était arrangée à sa sauce pour mieux vendre l'article. Il fallait juste garder ça en tête quand on lisait.

-Par le caleçon de Merlin ! Sirius, il faut que tu regardes ça !

Les filles, intriguées par l'étonnement flagrant du Préfet, saisirent elles aussi un des journaux. Peter en lut un avec Dorcas.

-Quoi ?

L'expression de James était si sérieuse et catastrophé que Sirius s'inquiéta. Il prit le journal et lut l'article.

Le nouveau couple sulfureux et peu scrupuleux de Poudlard.

Par Rita Skeeter

Nous nous souvenons tous avec peine et tristesse de la séparation tragique du couple de Serpentard que formaient Evan Rosier et Regulus Black. Quoi que discutable sur bien des aspects éthiques, on avait tous fini par s'y faire, et même les trouver beaux et mignons. Leur rupture soudaine que personne n'avait vu venir interroge encore aujourd'hui.

Mais avec la photo que vous trouverez à la fin de l'article, nous avons peut-être un début de réponse.

En effet, à peine sa relation finie, il semble que le cadet des Black se jette dans les bras du très mignon et scandaleux Poufsouffle. Celui-même qui avait fini 7ème dans la très chère liste des meilleurs coups ou beaux mecs de Poudlard. Ce n'était donc pas une rumeur ! Remus Lupin arrive vraiment à ensorceler tout le monde. Les homosexuels ont la côte en ce moment !

Mais une autre question se pose.

Et si cette relation avait commencé bien avant que Rosier et Black ne se séparent ? Cette liaison pourrait alors être la véritable raison de leur rupture !

Regulus Black ne se prive donc de rien. Il n'a en l'occurrence aucun besoin d'être dévergondé ! Quel cachotier alors !

Et ce cher Remus Lupin, Poufsouffle de son état, n'aurait donc eu aucun scrupules à séduire un homme déjà pris ? Sans doute n'en est-il pas à son coup d'essai…

Il devait faire partie des rares heureux lors de la séparation des deux Serpentard.

Mais attention au diabolique Poufsouffle ! Aura-t-il ce qu'il faut pour retenir le gourmand Regulus Black ?

Si Rosier avait la réputation, la classe, la beauté, les relations, l'argent et l'éducation, qu'a donc le Préfet-en-chef ?

A part sa beauté un peu banale, pas grand-chose. A moins qu'il ait simplement usé de son insigne de Préfet ? Cela marche sans doute avec quelques jeunes personnes impressionnables.

Nous ne pouvons que supposer. Hier encore, nous ignorions les inclinaisons de cet homme, et qui l'aurait cru ! On ne connait jamais vraiment les gens qu'on aime… On a également coutume de dire que ceux qui sont trop gentils ne le sont jamais par sincérité mais par nécessité…

Quoi qu'il en soit, souhaitons beaucoup de bonheur à ce couple, et qu'il dure plus longtemps que le précédent ! Ce qui ne devrait pas être trop compliqué en soit.

En annexe, la photo du tout nouveau couple sortant d'une partie de jambes en l'air. Très torride et amoureux…

Attention, cette image peut choquer les âmes sensibles !

Sirius dévisagea la page pendant de longues minutes, hébété. Il n'y comprenait pas grand-chose. Il avait lu trop vite, buté sur des mots et sauté quelques passages tellement il avait été pressé d'en voir le bout. Il serait obligé de le relire plus tard, calmement et entièrement, juste pour comprendre dans quelle merde il était.

Il finit par sortir de sa léthargie et baissa les yeux. La photo lui donnerait normalement plus d'indication. Une histoire entre Remus et Regulus ? Il n'y croyait pas une seule seconde ! Bien entendu, ils avait déjà passé un moment à Pré-au-Lard ensemble et Remus était tellement adorable, il devait s'entendre avec tout le monde.

Sirius se souvint alors de l'attaque de centaures, de cet acte traumatisant qu'ils partageaient. Remus avait pratiquement risqué sa vie pour Regulus. Il y avait également ce repas et cette discussion qui n'en finissait pas. Sirius s'en souvenait très bien, il les avait observés un moment. Y en avait-il eu d'autres encore dont il ne connaissait rien ? Sirius respira un bon coup pour obliger les battements de son cœur à se calmer. Rita racontait n'importe quoi. Ce n'était pas possible, point.

Il observa enfin la photo et comprit instantanément. C'était lui sur la photo. On ne voyait pas son visage mais il y avait des airs de ressemblance pour ceux qui savaient bien regarder. Ou qui savaient, tout simplement. Rita avait dû déduire que c'était son petit frère simplement parce que celui-ci avait eu une relation avec Rosier. Et aussi parce que le charmeur Sirius Black ne pouvait pas être gay, n'est-ce pas ? Et dire que pendant un instant, il avait réellement cru à un truc improbable entre Remus et Regulus ! Mais la réalité était bien pire encore.

Il se sentait horriblement mal. Pour Regulus qui se retrouvait mêlé à quelque chose sans qu'il ne sache pourquoi. Et pour Remus, que l'article trainait dans la boue.

Sirius observa la table des Serpentard devant lui. Regulus mangeait tranquillement alors que Severus lui lisait l'article. Son frère savait que c'était faux, mais les autres se fichaient bien de la vérité. La seule préoccupation de Regulus devait être de ne rien laisser transparaître. Une fois de plus, faire comme si tout ça ne le touchait pas. Il ne comprenait sûrement pas grand-chose à ce que lui lisait Severus. Mais très vite, il finit par repousser son assiette pour voir cette supposée photo. Sirius n'eut pas le cœur à le regarder plus longtemps : son frère le reconnaitrait tout de suite.

Et si une partie de l'histoire s'éclairerait pour lui, l'autre se révèlerait être plus floue encore.

Sirius abandonna le journal, but lentement un verre d'eau et croisa brièvement le regard des Gryffondor à sa table. Il avait les oreilles qui bourdonnaient et se sentait nauséeux. Son cœur ne voulait pas reprendre un rythme plus lent et son mal être ne faisait qu'augmenter. Ce qu'il avait toujours craint était en train d'arriver et Sirius sentait la panique se resserrer sur lui comme un étau. Il avait cette horrible impression que tout le monde le regardait, le jugeait. Il pouvait voir dans leurs regards que personne n'était dupe. Ils savaient. Il eut du mal à se raisonner, à se convaincre que ce n'était pas possible. Cela ne le soulagea pas pour autant.

La bulle dans laquelle il s'était enfermé pour ne pas avoir à assumer venait d'éclater. On le forçait à ouvrir les yeux, à affronter ses sentiments et à essayer de comprendre ses désirs. On lui volait son histoire et en plus, on exigeait presque de lui des explications.

Comment Remus le vivait-il ? Sirius s'en souciait réellement, pourtant il se rendit compte qu'il était incapable de se tourner pour s'assurer que le Poufsouffle tenait le coup. Il se sentait pétrifié. C'est à peine s'il écoutait ses amis commenter l'article, s'insurger ou vouloir avoir des détails.

A côté de lui, James semblait surveiller ses réactions, prêt à le soutenir au moindre signe de faiblesse.

-Est-ce que…

Sirius n'osa pas terminer sa phrase. Il bloquait complètement.

James comprit pourtant sans mal ce qu'il désirait. Il observa dans le dos du brun la table des blaireaux.

-Il a l'air gêné mais ses amis semblent être là pour lui. Ça va aller, Sirius.

Celui-ci soupira de soulagement.

-Sirius, il faut qu-

-Chut !

Il se racla la gorge alors que les filles critiquaient une fois de plus Rita Skeeter.

James n'insista pas. Sirius avait besoin de temps pour savoir quoi faire. Bien sûr que ce n'était pas évident.

James espérait juste qu'il allait prendre la bonne décision.

xXx

Le repas n'avait pas été joyeux, loin de là. Sirius n'avait plus dit un mot après avoir lu l'article et était parti aussitôt son repas terminé, encore bouleversé. Cela avait interrogé leurs amis et Lily avait alors fait une remarque qui n'avait pas plu à James. Cela l'avait agacé et il lui avait fait sentir mais à présent, alors qu'il sortait enfin de la Grande Salle à son tour, il comprenait ce que Lily avait voulu dire. Et même, pourquoi elle avait cette impression.

Sirius, homophobe ? C'était le pire truc qu'il n'avait jamais entendu. Il n'y avait pas plus tolérant que son meilleur ami, James le savait. Malheureusement, l'attitude de Sirius jouait contre lui. Il s'était déjà montré très virulent au moment où l'histoire avec Rosier était sortie et aujourd'hui, son mutisme suite à l'article avait fait parler. Lily n'était pas la seule à le penser, Frank avait également grimacé. Alice quant à elle pensait que si le Maraudeur n'avait rien dit, c'était parce que Remus était ami avec Sirius et que le brun le connaissait bien, qu'il savait en substance qu'il n'avait rien à reprocher au châtain. Elle pensait que Sirius devait simplement ronger son frein en apparence, mais qu'intérieurement, il fulminait.

James n'avait jamais eu autant l'impression que ses amis ne connaissaient pas Sirius. Il avait pourtant été si évident que le jeune homme s'était senti mal et coupable, perdu ! Mais tout ça, aucun d'eux n'avait été en mesure de le voir. Sirius se trainait parfois une mauvaise réputation et les gens étaient trop souvent prompts à le juger.

James s'était malheureusement retrouvé bien seul à défendre son ami et avait manqué d'arguments. Comment faire alors même qu'on ne pouvait pratiquement rien dire ? Il ne trahirait jamais les secrets de son ami. Peter était resté silencieux, mais James l'avait trouvé étrangement satisfait. Peut-être l'était-il vraiment ? Malgré les excuses de Sirius, Peter ne lui avait probablement jamais pardonné.

Peu importe, James n'avait pas une seule seconde compté sur le blond.

De son côté, Lily n'avait pas voulu en démordre : elle détestait l'intolérance et semblait plus amère et troublée ces derniers temps, démarrant souvent au quart de tour.

« Tu le défends toujours, même quand tu sais qu'il a tort ! »

James avait serré les dents et Dorcas était intervenue pour calmer le jeu. L'ambiance s'était soudain alourdie. Lily, comme si elle avait compris qu'elle était allée trop loin, s'était excusée mais James avait choisi de l'ignorer.

Sirius déconnait et ce n'était pas parce que c'était son meilleur ami qu'il ne pouvait pas l'admettre, mais que pouvait-il faire pour arranger les choses ? Le Gryffondor connaissait le batteur. Sirius s'était isolé pour pouvoir encaisser le choc de la révélation, la fin de sa petite bulle d'amour et de bonheur. Il savait à présent que Sirius serait dans le déni de ses sentiments, probablement jusqu'au bout. Il pouvait comprendre ses raisons mais pas les accepter. S'il voulait que Sirius ouvre les yeux, que les choses s'arrangent, James allait devoir agir.

Mais le pourrait-il ?

Sa relation avec son meilleur ami était très spéciale. Ils formaient une paire, avait un lien particulier et fort. James savait ce qu'il représentait pour Sirius et inversement. Ils avaient créé une sorte de codépendance dont aucun d'eux n'avait vu l'utilité de se débarrasser.

Il leur arrivait d'avoir des divergences d'opinion, de ne pas être à l'aise avec ce que l'autre faisait. Ça avait déjà été le cas pour l'œuf de dragon : James avait su que ce n'était pas une bonne idée, mais Sirius avait eu l'air si heureux qu'il n'avait pas osé aller contre lui. Sirius quant à lui l'avait prévenu qu'humilier Snape n'était pas la bonne chose à faire, mais James s'était obstiné et au final, Sirius lui avait facilité la tâche.

Envers et contre tout, ils étaient là l'un pour l'autre. Mais être amis, n'était-ce pas également prévenir l'autre quand il faisait une connerie et tout faire pour ne pas qu'il la fasse ?

James pourrait-il raisonnablement laisser Sirius s'enfoncer dans ce mensonge et Regulus, victime collatérale, payer ? Et Remus dans tout ça ? Le Poufsouffle était amoureux du batteur, il le savait, et probablement qu'au fond de lui, Sirius aussi le savait.

James ne savait pas comment agir. Il devait parler à Sirius, mais pas aujourd'hui. C'était trop tôt, trop abrupt. Le pauvre était encore bouleversé. Plus tard. Oui, ce serait mieux. Mais arriverait-il à ne pas céder face à la fragilité de Sirius ? Il n'en était pas sûr. Leur duo marchait comme ça, ils étaient trop faible l'un face à l'autre…

-James ! le héla Regulus.

Le Gryffondor se crispa et sans attendre, accéléra le pas.

Autant il avait pu défendre son ami bec et ongle contre les Gryffondor, autant face à Regulus, ou pire encore face à Remus, il se sentait et se savait incapable d'aligner deux mots. Sirius n'avait en réalité aucune excuse et il le savait très bien.

Regulus se précipita pour le rattraper et à entendre le brouhaha derrière lui, d'autres élèves quittaient également la Grande Salle.

Hésitant, James finit par s'arrêter. Autant Sirius était celui qui devait discuter avec Remus, essayer de rassurer le Poufsouffle si possible, mais peut-être que pour Regulus, il pouvait faire quelque chose. Calmer sa colère par exemple.

-Tu savais, grinça le Serpentard alors qu'il le rejoignait tout juste.

-Ne parlons pas de ça ici, bredouilla-t-il.

Regulus lui jeta un regard noir.

-Quoi, tu as peur que je parle trop fort et que tout le monde sache que c'est S-

James lui couvrit la bouche pour le faire taire. Il s'en voulut pour son geste et retira aussitôt sa main mais attrapa le 6ème année par le bras pour l'entrainer loin de la foule d'élèves qui quittait la Grande Salle.

Heureusement, quand Regulus réussit à se débattre, ils étaient déjà loin et surtout seuls.

James lui fit face, les mains dans les poches et osant à peine croiser son regard. Il pouvait sentir la colère du plus jeune mais en ignorait la cause exacte. Était-ce à cause de cet article diffamant et mensonger ? Parce qu'il payait à la place de son frère ? Ou encore car il n'avait pas été mis dans la confidence de cette relation ? Peut-être était-ce parce qu'il avait tant souffert de son amour pour les hommes, qu'il s'était toujours cru seul alors que Sirius semblait être plus ou moins dans le même cas ? Qu'il se rende compte un peu tard que son frère n'avait jamais eu l'intention de venir lui parler, de le rassurer ?

James sentit son cœur se serrer face à la douleur qu'il percevait dans les yeux bleu gris du plus jeune.

-Re-Regulus…

-Où est-il ?

James se mordilla les lèvres.

-Pas aujourd'hui, lâcha-t-il simplement.

Regulus fronça les sourcils et posa de nouveau sa question.

-Il n'est pas en état de pouvoir supporter ça, avança maladroitement le Gryffondor.

-Parce qu'il compte se plaindre en plus ?! s'indigna Regulus. Et moi alors ?!

-Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je suis désolé, Regulus, je voudr-

-Tais-toi, souffla-t-il.

James tendit la main pour le toucher, le prendre dans ses bras, essuyer ses larmes qu'il sentait proches… Ou pour autre chose ? Peut-être pour qu'il reste, tout simplement. Mais déjà, Regulus reculait en secouant la tête.

-Je ne sais pas pourquoi je te parle… Tu m'as fait croire que tu tenais à moi. Tu m'as même donné de l'espoir et j'ai cru…

Ses lèvres tremblèrent alors que ses sentiments semblaient prêts à imploser.

-Mais ça a toujours été lui ! Comment j'ai pu croire un seul instant qu'on pourrait me préférer à lui ?!

James sentit tout son corps se crisper face à la douleur du plus jeune. Il avait le cœur au bord des lèvres mais aucun mot ne lui vint.

-Je te déteste !

Regulus s'enfuit et James se passa la main dans les cheveux. Déprimé, il continua son chemin. Il devait aller voir Sirius, le convaincre d'aller en cours. Lui promettre que tout irait bien et croire lui-même à ce mensonge…

xXx

Pamela Alton avait 16 ans, son anniversaire était en mai et elle serait alors majeure dans le monde magique. Ses parents étaient de simples moldus aux revenus modestes. Sa mère était une femme au foyer moderne et il lui arrivait de garder les enfants des voisins contre rétribution. Elle s'occupait également du potager et elle revendait les légumes qu'elle cultivait au marché le dimanche. Son père était ouvrier. Il construisait des maisons, travaillait durement dehors, peu importe le temps et la difficulté.

Les Moldus n'avaient pas de magie pour les aider, ils devaient tout faire eux-mêmes et souvent faire preuve d'ingéniosité pour se faciliter la vie. Quand on était sorcier, tout était beaucoup plus simple. En un coup de baguette magique, tous les soucis étaient réglés. Bien sûr, il y avait des lois pour éviter que les gens fassent n'importe quoi mais même avec ça, les sorciers étaient si libres, si forts.

Pamela comprenait qu'il y ait des lois. Si certains les trouvaient trop dures et restrictives, pour elle, c'était normal. Les sorciers étaient bien souvent trop fermés à ce qu'ils ne connaissaient pas. Ils ne voyaient que leur intérêt dans cette pseudo bataille qu'ils pensaient avoir avec les Moldus. Comme si les deux communautés ne pouvaient pas vivre en parfaite cohabitation. Les sorciers avaient tout, les Moldus faisaient simplement de leur mieux : ils pouvaient à peine se défendre contre des attaques puissantes.

Grindelwald avait tenté de contrôler les Moldus, de monter une insurrection. Tout ça pour reprendre des droits qu'il pensait qu'on leur avait enlevé.

Les sorcier s ne comprenaient pas combien c'était dur pour les Moldus. Beaucoup auraient tout donné pour avoir des pouvoirs, posséder une baguette magique et résoudre tous leurs problèmes.

Lorsque Pamela avait reçu sa lettre pour Poudlard et que Dumbledore était venu la voir, elle avait été si heureuse. Ses parents l'avaient sûrement été autant qu'elle. Pamela ne voulait qu'une seule chose : apprendre au maximum, devenir une grande sorcière pour pouvoir ensuite retourner auprès des siens et aider ses parents. Elle était une sorcière, elle pouvait faire de grandes choses.

Enfin… Après ce qu'il s'était passé samedi, elle n'était plus tellement sûre de ce qu'elle voulait.

Pamela avait beaucoup pensé à sa famille ces derniers jours. A sa petite sœur, Monica, âgée de deux ans de moins qu'elle. Ses parents n'étaient pas venus et elle avait été soulagé que Dumbledore ait tenu parole. Elle n'était pas prête. Il était déjà lundi, mais elle doutait que le temps – peu importe qu'il soit long – ne guérisse ses blessures.

Elle passait son temps à prendre des douches et à rester allongée sur son lit à l'infirmerie. Pomfresh prenait bien soin d'elle mais parfois, elle avait l'impression d'être traitée comme une chose fragile et ça l'agaçait autant que ça la réconfortait. Elle n'osait trop rien dire. Dumbledore était venu la veille pour lui dire qu'elle resterait jusqu'en milieu de semaine, le temps de se remettre, et puis elle pourrait retourner à son dortoir ou rester si elle le désirait. Elle avait hoché la tête sans trop savoir ce que ça signifiait.

Lily Evans aussi était passée la voir mais Pamela avait fait semblant de dormir. Elle ne désirait pas lui parler. Elle avait trop honte. Et puis, les deux jeunes femmes n'avaient jamais été proches. Elle ne voulait pas sentir la pitié que pouvait ressentir Evans à son égard.

-Pamela ?

Les rideaux du lit bougèrent, laissant apparaitre le visage étonné de Snape. Pamela sentit alors son cœur battre plus vite. Elle se couvrit un peu plus avec les draps, comme si elle pouvait se protéger de tout par ce simple geste. Une protection vaine sur sa peau.

-Je ne savais pas que tu étais encore à l'infirmerie. Est-ce que ça va ? Tu es malade ?

Pamela bredouilla. Elle tenta un sourire mais son ami fronça les sourcils, soudain inquiet.

-Oui, mentit-elle.

Elle devait expliquer sa présence et nier alerterait son ami. Elle savait comment Severus pouvait être curieux et chercher lui-même les réponses si on refusait de lui en donner.

-Que fais-tu là ? lui demanda-t-elle, désireuse d'orienter la conversation plutôt vers lui.

-J'étais juste venu amener un truc à l'infirmière.

Il resta ensuite silencieux quelques secondes avant de se gratter les cheveux.

-C'est dommage que tu n'aies pas été dans la Grande Salle ce matin, il s'est passé un truc invraisemblable. Le genre de truc que tu aimes bien. Même si sur ce coup-là, c'est dommage pour Regulus…

-Encore un coup de Rita ? devina-t-elle.

La journaliste en herbe faisait souvent la pluie et le beau temps au sein du château à chaque début de semaine. Pamela en avait eu un très bon aperçu avec la liste il y a de cela quelques mois.

Severus esquissa un sourire contrit.

La Serdaigle n'était pas sûre que cette histoire l'intéresse vraiment mais elle sentait que Severus essayait de faire la conversation, de la détendre en quelque sorte. Alton était pale et pas très expressive et il allait finir par lui poser plus de questions. Dans d'autres circonstances, elle l'aurait harcelé pour savoir. Bien que ce ne soit pas noble, elle appréciait de ne pas être la seule trainée dans la boue. Alors elle essaya d'agir comme elle le faisait normalement et d'un sourire, l'invita à continuer.

-C'est pas… Enfin, tu pourras toujours lire le journal, répondit-il alors. Tu sors quand ?

Le regard de Pamela se fit fuyant. Que dire ?

Elle entendit très vite du mouvement et fut sauvée par le retour de l'infirmière. Pomfresh emmena alors Severus avant de l'isoler de nouveau derrière les rideaux de son lit.

-M. Snape, que faites-vous ? Mme Alton est très malade et il lui faut beaucoup de repos.

-Ah bon ? Mais elle n'avait p-

-Tatatatata, l'arrêta Pomfresh. Ne discutez pas et laissez-la se reposer. Vous la verrez plus tard.

-Bon, très bien.

Pamela entendit son ami s'éloigner et l'infirmière soupirer. Elle se tourna sur le côté et ferma les yeux. Elle aurait aimé une potion de sommeil sans rêves, histoire de dormir, d'arrêter de penser, mais Pomfresh voulait espacer les prises pour ne pas atténuer l'efficacité de la potion.

xXx

-Regulus, quel hasard de tomber sur toi ici…

L'attrapeur jeta à peine un coup d'œil au blond avant de se forcer à se concentrer sur ses cours. Sa journée avait été un enfer et l'article n'était sorti que le matin même. Soudain, les rumeurs qui n'avaient été que des murmures auparavant avaient eu l'air d'être chuchotées directement à ses oreilles. A présent, il comprenait la méprise de James lorsque celui-ci l'avait vu discuter avec un Poufsouffle il y a de cela quelques jours. Il était au courant et n'avait pas cru bon de l'en informer.

Regulus détestait son frère et ce satané Potter. Lui n'avait rien fait et pourtant, il passait dans le meilleur des cas pour un don juan ou encore un briseur de cœur. Ou pire, pour un garçon facile, un prostitué. Il ne méritait pas tout ça. Et Padfoot qui n'était même pas là pour lui remonter le moral ! Celui-ci s'était absenté après son altercation avec Potter. Regulus avait eu envie de le retenir mais il ne l'avait pas fait. Il n'avait pas souhaité demander à ce qu'il reste, il avait espéré que Padfoot le déduise seul. Où était-il ? Probablement auprès de Sirius ou James pour ce qu'il en savait.

Le Serpentard avait senti les regards sur lui toute la journée. Il y en avait eu de toutes sortes. Les curieux, les fascinés, les dégoutés, ceux qui le jugeaient et ceux emplis de convoitise. Même lui qui habituellement n'était pas le plus dégourdi n'avait eu aucun mal à les interpréter. Une fille lui avait même pincés les fesses avant de rire avec ses amies et Regulus s'était retrouvé incapable de répliquer, choqué. Bêtement, il s'était attendu à avoir une certaine neutralité de la part des filles mais la bêtise n'était pas réservée à un genre plus qu'un autre.

Il n'avait même pas compris le geste. C'était probablement juste pour se moquer, le faire se sentir plus mal encore. L'humilier, tout simplement.

Comment serait le lendemain. Pareil ou pire ?

Regulus observa Rosier et se rappela qu'au moment où il avait subi du harcèlement, il s'était tourné vers lui. Qu'en quelque sorte, le 7ème année avait réussi à tout arrêter. Il se sentit mal à ses souvenirs. Il avait payé trop cher cette protection et ne retomberait pas là-dedans. Mais étonnamment, il avait l'impression d'avoir quitté un mal pour un autre.

Rosier continuait de le regarder alors il fit de son mieux pour se reprendre.

-Un hasard ? répondit-il enfin. Il s'agit de notre dortoir, je n'appelle pas ça le hasard mais plutôt l'habitude.

Rosier esquissa un sourire et Regulus se demanda si son ainé allait enfin lui parler de l'article.

-Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda justement le blond.

-Rien.

Regulus se leva de son lit alors que Rosier s'installait à son bureau. Il tourna sa chaise en direction du brun puis l'observa, attentif. Il voyait bien que le cadet des Black avait quelque chose à lui dire.

-Je pensais juste que tu t'empresserais de me poser des questions sur l'article.

-Nous ne sommes plus ensemble, Regulus, tu fais bien ce que tu veux. Lupin n'est pas un mauvais choix en plus.

Rosier croisa ses jambes et joua un moment avec sa baguette.

-Tu crois l'article de Skeeter ? s'étonna le plus jeune.

-Je le trouve intéressant en tout cas. Et puis, c'est drôle de te voir dans une telle situation. Comme je te l'ai dit, Lupin n'est pas un mauvais choix.

-Ce n'est pas moi ! le détrompa-t-il. C'est Sirius sur la photo !

Regulus ne voyait pas pourquoi il protègerait son frère, ce lâche. Lui n'avait aucun scrupule à le laisser dans le pétrin. Peu importe les suppliques de James, ce n'était pas son problème. Il n'allait pas mentir pour Sirius.

L'attrapeur attendit ensuite la réaction de son ainé.

Et il sentit son cœur continuer de dégringoler en entendant le blond rire.

-Sirius ? Trouveras-tu sérieusement quelqu'un pour croire ça ?

Rosier se détourna et Regulus se sentit encore plus mal. Alors ça ne servait à rien de dire la vérité ? A quoi s'était-il attendu ? Son frère était populaire, c'était même un tombeur. Lui… Lui, Regulus Black, était le petit pédé.

Sans rien dire, l'attrapeur quitta le dortoir. Il avait besoin de s'aérer ou il allait craquer.

Il pria de tout son cœur pour que ses parents ne l'apprennent jamais. Malheureusement, comme pour beaucoup de choses, il avait très peu d'espoir.

xXx

Le mardi matin lorsque Remus s'éveilla, il oublia pendant un court instant ce qu'il s'était passé la veille. Mais très vite, tout lui revint en tête et il ne put même pas espérer que ce soit le fruit de son imagination. Ses yeux étaient gonflés d'avoir pleuré une partie de la nuit, ses nerfs ayant enfin lâché lorsqu'il s'était retrouvé dans son lit alors que ses camarades dormaient.

Remus était totalement perdu. Il avait encore du mal à assimiler ce qu'il s'était passé : l'article lui avait coupé le souffle. Il n'avait pas été capable d'entendre autre chose que son cœur qui battait bien trop vite et d'envisager l'atterrissage de son idylle avec Sirius. En quelque sorte, il savait que c'était fini. Lundi au petit-déjeuner après l'article, le Poufsouffle ne lui avait pas jeté un regard, il avait eu bien trop peur que n'importe qui l'intercepte et comprenne. Mais peut-être avait-il eu plus peur encore de voir la colère, le dégout chez Sirius.

Le batteur avait toujours tenu au secret de leur relation et voilà qu'ils faisaient la Une. Rita Skeeter avait beau affirmer qu'il s'agissait de Regulus Black, il n'en restait pas moins qu'il s'agissait de Sirius et qu'ils le savaient tous les deux. Et qui savait dans combien de temps la vérité éclaterait…

Courbaturé et fatigué, Remus eut du mal à se lever. Mais il devait le faire. Il n'avait rien fait de mal. S'il pliait, c'était leur donner raison.

Dans sa maison, ses amis et compagnons le soutenaient. En dehors, c'était plus compliqué. Remus n'était pas sûr que beaucoup étaient vraiment attachés au couple qu'avait formé Rosier et Black mais pourtant, beaucoup le jugeaient quand même comme un briseur de couple.

Peut-être qu'il le méritait. N'avait-il pas voulu briser le couple d'Arthur et de Molly ? Il avait aimé Arthur alors que celui-ci était en couple, déjà père même.

Remus souffla. Il ne devait pas trop y penser, sinon il n'allait pas tenir et ne pourrait même pas croiser le regard des autres.

En descendant dans la salle commune des blaireaux, il vit Isabel et Peter qui l'attendaient. Son amie le prit dans ses bras et il se sentit mieux.

-Comment vas-tu ?

-J'ai connu mieux, fit-il, sincère.

-J'arrive pas à croire que Sirius te laisse vivre ça seul ! Je t'avais dit que c'était pas quelqu'un de bien, qu'il te ferait du mal !

Isabel, qui ne connaissait rien de toute cette histoire, observa Peter avec surprise et Remus n'eut pas le cœur ni l'énergie de lui fournir une quelconque explication. Pour autant, il ne comprenait pas la réaction de Peter et s'en trouva blessé. Il connaissait l'aversion que son ami semblait ressentir pour Sirius mais avait pensé qu'il le préserverait un peu plus longtemps avant de lui rappeler qu'il avait prédit cet évènement.

-Ce n'est pas le moment pour ça, Peter, s'agaça-t-il.

-Quoi ? De quoi il parle ? voulut savoir Isabel. Tu n'insinues quand même pas que c'est Sirius sur la photo?!

Remus s'apprêtait à nier même s'il savait que c'était inutile. Il avait promis à Sirius après tout. Et puis, surtout, il avait déjà fait l'erreur de le dire à Peter.

-C'est vrai. Ils entretenaient une relation depuis quelques semaines.

-Peter ! s'indigna Remus. Arrête s'il te plait ! Il dit n'importe quoi, Isabel !

-Je ne te comprends pas, Remus. Il te laisse tomber et toi, tu continues à l'aimer…

Remus détourna le regard. Il ne se sentait pas le courage d'avoir cette conversation avec son ami. Ni même d'affronter la vérité. Comme il était prêt, il quitta la salle commune pour aller se promener dans le parc avant les cours du matin. Isabel semblait perdu et devait probablement s'interroger sur son attitude. Remus semblait fuir la conversation et ce n'était pas quelque chose qui lui ressemblait. Mais heureusement pour lui, son amie semblait bien plus curieuse du comportement de Peter et à ses supposé allégations. Isabel savait que le Gryffondor détesté son homologue et ne voyait pas l'amitié entre Sirius et Remus d'un très bon œil.

Mais jusqu'à quand Isabel serait-elle dupe ?

Remus avait également de la peine pour Peter. Le blond était dur mais il savait qu'il était ainsi parce qu'il tenait à lui. Qu'il était lucide contrairement à lui. Remus devrait un jour ou l'autre se rendre à l'évidence : il n'avait probablement jamais vraiment compté pour le Gryffondor. Et dire qu'il avait cru tant de fois que celui-ci pourrait, avec le temps, l'aimer…

Dans le parc, il vit les Maraudeurs discuter avec deux Serdaigle et il se sentit mal d'apercevoir Sirius. Il ne savait pas quoi faire. Il avait envie de lui parler. Leur histoire ne pouvait pas se finir comme ça.

Nerveux, il s'approcha du groupe. James fut le premier à le voir et il sembla mal à l'aise. Cela ne rassura pas Remus. Il se demanda même s'il faisait bien de venir.

Mais trop tard, tout le monde se tournait déjà vers lui.

-Sirius… Est-ce que je peux te parler, s'il te plait ?

Remus baissa la tête et n'arriva pas à regarder autre chose que l'herbe à ses pieds. Il n'arrivait pas à affronter le regard du Maraudeur. Il avait tellement peur de ce qu'il pourrait y lire…

-On vous lais-

-Désolé, je dois repasser à mon dortoir pour récupérer un truc.

Sous les yeux incrédules de James et l'incompréhension des Serdaigle, Sirius s'éloigna et Remus fit de son mieux pour rester stoïque. Il se détourna finalement et quitta le parc à son tour. Il rentrait tout juste dans le château lorsqu'il sentit James le rattraper.

-Ne lui en veux pas trop, s'il te plait, tenta le brun. Il a juste besoin de temps…

-Ce n'est pas grave.

Remus n'arrivait pas à être déçu. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Peter l'avait prévenu. Il fallait qu'il passe à autre chose.

-Dis-lui juste que ce n'est pas moi, le supplia-t-il. Je ne suis pas celui qui a fourni cette photo à Rita ni qui lui a permis de l'avoir. Je le jure.

Remus ne laissa pas le temps au capitaine de Quidditch de répliquer et fonça vers son premier cours.

xXx

Regulus avait besoin de parler à son frère. Il estimait avoir droit à des explications. Déjà mercredi et toujours rien du côté de Sirius. Il semblait le fuir, ne même pas concevoir qu'il lui devait des explications ou au moins des excuses. Depuis quand le batteur était-il si égoïste, si lâche ?!

La veille, le Serpentard avait enfin pu parler avec Padfoot. La discussion ne l'avait pas autant satisfait que ce qu'il avait pensé mais l'esprit n'était pas capable de miracle. Regulus s'en rendait bien compte. Le 6ème année avait également senti l'esprit mal à l'aise. Cela devait être dur pour lui de faire son auto-critique. Regulus ne pouvait rien faire par rapport à sa situation, pas même dire la vérité. La réaction de Rosier lui avait bien prouvé que c'était inutile.

Qui pourrait le croire ?

L'attrapeur se posait encore la question…

Le cadet des Black n'avait pas reçu de lettre de ses parents et en était rassuré. Mais combien de temps encore ceux-ci le laisseraient tranquille ? Il n'arrivait même pas à se rassurer en se disant qu'une autre polémique, ou même un ragot ou rumeur en tout genre viendrait vite balayer celle-ci. Vite, ça représentait quoi ? C'était difficile à quantifier… C'était demain, dans une semaine, dans un mois ou plus long encore ? Regulus n'était pas sûr d'avoir la force de tenir.

Il n'avait jamais su tenir tête à son frère, ni même été capable de gagner une quelconque confrontation. Mais aujourd'hui, il s'en sentait le courage. La colère était un mauvais élixir et il n'était pas sûr de ne pas lui lancer un quelconque maléfice mais elle lui donnait de l'énergie.

Il avait donc chargé l'esprit de le trouver pour lui et une fois sa cible repérée, il n'aurait plus qu'à le coincer. Il devait juste patienter.

Il ignora ses compagnons de dortoir et alla dans la salle de bain pour se rafraichir un peu. Mulciber pénétra alors dans la pièce presque au même moment que lui. Regulus n'avait jamais été trop à l'aise avec le Serpentard et, méfiant, il l'observa.

-Tu n'as vraiment aucune dignité, lâcha le 7ème année.

Regulus choisit de ne pas répondre. Il savait ce que l'autre pensait de lui et se passait bien de son jugement. Qu'il se mêle de ses affaires et arrête de l'épier constamment. Il n'avait fait que ça lorsque Rosier et lui avaient fait semblant d'être en couple. Il n'avait pas semblé heureux de les lier avec le Serment Inviolable, mais l'avait pourtant fait. Mulciber était un mystère pour lui.

-Lupin en plus, continua-t-il. Alors quoi, Rosier te manquait trop la nuit ?

Regulus se sentit mal. Il voulait soudain que le Serpentard arrête de parler, mais fut incapable de dire quoi que ce soit.

-Quoi, ça te surprend que je sache ? Je t'entendais gémir à chaque fois.

Il y eut un silence et Regulus se demanda si l'autre avait finit de souiller son espace vital de par sa présence. Visiblement non.

-Combien ?

-Combien quoi ? s'entendit-il demander.

-Combien pour la totale.

Regulus écarquilla les yeux avant de serrer les poings, rouge de colère et de honte. Mulciber s'approcha alors de lui et Regulus le repoussa avant qu'il n'ait pu faire le moindre geste.

-Alors Evan et Lupin, c'est bon, mais pas moi ? Quoi, je ne suis pas assez bien pour Regulus Black ?! Sale pute ! cracha-t-il avant de quitter la salle de bain, vexé.

De son côté, l'attrapeur donna un coup de pied dans la porte d'une des douches et quitta le dortoir, les jambes tremblantes. Padfoot vint à ce moment à sa rencontre et l'informa de l'endroit où se trouvait Sirius.

-Regulus ? fit-il quand il remarqua que son protégé marchait sans même lui adresser un regard.

-Laisse-moi tranquille, je m'en fiche ! Je ne veux plus le voir !

xXx

Le 6ème année avait marché un moment dans l'espoir de faire retomber sa colère et s'il avait partiellement réussi, le dégout de lui-même et la tristesse étaient toujours présents. Il s'en voulait d'avoir si mal parlé à Padfoot. Le pauvre n'avait pas dû comprendre ce qui lui avait pris. La nuit était déjà tombée et la quasi-totalité des élèves devaient s'être réuni dans la Grande Salle. Malgré sa faim, Regulus n'avait aucune envie de se retrouver au milieu de tous ses élèves.

Severus devrait faire sans lui ce soir et ce ne serait pas plus mal. Il n'était pas de bonne humeur et pas plus de bonne compagnie ces derniers jours. Le Serpentard lui avait d'ailleurs demandé s'il s'agissait vraiment de lui sur les photos. Regulus avait nié mais ça n'avait pas empêché le 7ème année de le regarder étrangement. Regulus ignorait s'il le croyait ou non. Cela dit, il ne lui avait plus jamais posé la question et Regulus l'en remerciait.

En continuant sa route, l'attrapeur finit par tomber sur Padfoot mais il n'était pas seul. Et en le voyant ainsi avec lui, il comprit où l'esprit avait passé tout son temps ces derniers jours. Lui qui avait cru que celui-ci était parti retrouver James et Sirius maintenant que ceux-ci savaient qu'il existait…

Mais il semblait qu'il y avait une personne dont l'esprit voulait être plus proche encore en ce moment.

Regulus observa Remus Lupin, soucieux. Les deux hommes ne s'étaient pas parlés une seule fois depuis les révélations du début de semaine. C'était à peine s'ils s'étaient croisés en fait.

Le Poufsouffle était sur un des bancs du parc, parfaitement éclairé par les lumières magiques, et lisait un livre. Black contemplait avec beaucoup de tendresse le blaireau et sans y faire attention, Regulus s'approcha d'eux. Bientôt, Remus releva la tête et l'aperçut. Il referma alors son livre et lui fit un petit sourire.

-Tu n'avais pas très faim toi non plus ?

-Pas vraiment.

C'était étrange comme il était facile de communiquer avec le Préfet-en-chef. Il dégageait quelque chose de doux et de assurant. Regulus pouvait comprendre pourquoi son frère et Padfoot l'appréciaient autant. Remus Lupin était vraiment une bonne personne. Le châtain l'invita à s'asseoir à côté de lui et le Serpentard regarda Black. L'esprit s'écarta ensuite, lui laissant ainsi sa place.

-Est-ce que ça va ?

Regulus fut étonné de réaliser que la réponse l'intéressait vraiment. Si lui était un dommage collatéral à la lâcheté de son frère et savait l'histoire fausse, pour Remus, c'était différent. On le reconnaissait parfaitement et la description de Skeeter n'était pas très sympa. Et puis, la journaliste avait dévoilé son homosexualité sans son consentement. Même si lui ne l'avait pas vécu de la même manière, il savait ce que c'était d'être différent et de le voir dans le regard des autres.

L'attrapeur comprit alors que dans tout le château, le Préfet-en-chef était sans doute la personne qui pouvait le mieux le comprendre et inversement.

Et quelque part, Regulus était soulagé de savoir qu'il n'était pas seul.

-Oh oui… Je suis désolé pour toi.

C'était bien Remus de plus s'inquiéter pour les autres que pour lui-même.

-Dis-lui que je suis désolé, Regulus, je t'en prie.

Mais pour une fois, Regulus choisit de ne pas écouter son ami. Pour lui, le Sirius de cette réalité là ne méritait pas qu'il agisse pour lui. Il fallait qu'il rattrape ses bêtises seul.

-C'est pas grave, c'est pas comme si je n'avais pas l'habitude. En fait, les gens me regardent un peu mais c'est tout, mentit-il.

Il se surprit à vouloir préserver le 7ème année. Remus n'était pas responsable de sa situation et allait probablement s'en vouloir s'il lui disait la vérité. Mais surtout, à quoi bon ? Que pourrait donc faire le Poufsouffle s'il lui disait qu'il y a quelques heures à peine, un de ses compagnons de dortoir lui avait fait une proposition indécente et immorale ?

Rien.

Autant se préserver d'un tel embarras. Regulus n'aimait pas se plaindre de toute façon, pas quand c'était important du moins.

-Tant mieux alors.

-Si j'étais toi, je dirais que c'est Sirius. Je ne vois pas pourquoi tu serais le seul à en prendre plein la figure.

La phrase de Regulus perturba Remus qui bredouilla.

-Non… Enfin, ce n'est pas Sirius…

Il rigola, mal à l'aise. Clairement pas doué pour mentir. Regulus le lui fit d'ailleurs comprendre d'un regard.

-Il m'a toujours dit vouloir que ça reste secret alors je ne peux pas lui en vouloir, admit finalement le Poufsouffle.

-Mais c'est quand même le cas.

Remus n'osa pas confirmer.

-Moi, je lui en veux, continua Regulus. J'aurais aimé qu'il me le dise. En fait, j'avais l'impression qu'on s'était rapproché mais justement, c'était juste une impression. Quand ça le concerne, Sirius ne veut rien partager, même avec moi. Je ne comprends pas pourquoi.

-Je pense que c'est parce qu'il essaie d'avoir l'air fort. Il doit sans doute se dire que se dévoiler, montrer ses failles, ça le rend plus vulnérable.

Regulus fit la moue. Il n'avait pas envie de comprendre son frère. Et il se demandait bien pourquoi Remus faisait l'effort de le faire. De toute façon, pour Sirius, il n'y avait que James Potter. Seul lui comptait. Les autres, c'était juste du plus.

-Comment tu as su ? lui demanda soudain Remus.

-Que… ?

Regulus n'était pas sûr d'avoir bien compris sa question mais Remus le lui confirma. Il parlait bien du moment où il avait compris qu'il n'était pas attiré par les filles comme les autres.

-Je ne sais pas. Je l'ai toujours su je crois mais je ne savais pas ce que ça voulait dire quand j'étais plus jeune. Je ne savais pas que ce n'était pas bien.

-Mais, enfin, qu'est-ce que tu racontes, Regulus ? s'alarma le blaireau.

L'attrapeur ne savait pas quoi dire, clairement mal à l'aise d'évoquer le sujet.

-L'amour est toujours beau, ne dénigre pas celui que tu ressens ! C'est la façon d'aimer des gens qui peut parfois laisser à désirer, lui expliqua alors calmement le Préfet-en-chef.

-Mes parents m'ont toujours dit que je ne devais pas être comme ça, que c'était mal, lui fit remarquer le Serpentard.

-Eh bien, ils avaient tort.

-Tes parents le savent ?

Remus acquiesça.

-J'ai mis du temps à comprendre, moi…

Il rigola, un peu gêné.

-Il y avait cet homme pour qui j'avais beaucoup d'admiration sans comprendre que c'était de l'amour. Je voulais juste qu'il me remarque, je pensais que c'était normal. Ensuite, j'ai eu un moment de mal-être. Je n'allais pas bien parce que je savais que j'étais différent tout en ayant du mal à mettre des mots dessus. Je sais que certains n'aiment pas les qualificatifs et que c'est peut-être un truc de moldu, mais moi j'avais besoin de mot, d'une identité. Et cette personne m'y a aidé. Il m'a parlé d'amour, de sexualité en quelque sorte, et surtout, beaucoup, de lui. C'est là que j'ai compris que je n'étais pas bizarre, qu'il fallait écarter les murs de ma pensée pour que je me sente bien. C'est juste que la case dans laquelle j'étais n'était pas aussi étriquée que celles des autres on va dire…

Remus eut un sourire et Regulus l'écouta avec curiosité.

-Quand j'ai enfin pu comprendre que l'être humain est complexe et que chacun est différent, j'ai pu parler à mes parents. C'était une discussion intéressante. Je n'avais pas l'impression de devoir me livrer, d'avoir quelque chose à avouer. C'était vraiment une discussion équilibrée. Ce n'était pas prévu mais ils m'ont raconté comment ils s'étaient rencontrés et j'ai trouvé ça touchant. Sans réfléchir, je leur ai dit que j'aimais les hommes, et seulement les hommes. C'était naturel. Bon, après, c'était quand même un peu bizarre parce que ma mère a éclaté en sanglots... Elle était persuadée que les garçons allaient profiter de moi ! Mon père l'a réconforté en lui disant que ça aurait sûrement aussi été le cas avec les filles et ça m'a fait rire. Ils pensent que je suis trop gentil et qu'en amour, je me ferais obligatoirement avoir. Ils avaient peut-être raison en fin de compte…

Regulus garda le silence tandis qu'il observait le Poufsouffle. Remus avait un regard doux avec des yeux mordorés et des lèvres pleines ainsi qu'un teint plus halé que lui. Ce qui n'était pas difficile, Regulus avait la peau si pale…

Le jeune homme était grand et Regulus lui enviait sa taille. Il espérait pour sa part prendre encore quelques centimètres avant la fin de sa scolarité.

Remus Lupin était définitivement trop bien pour son crétin de frère.

Mais le Poufsouffle avait été naïf de croire une seule seconde aux belles paroles du Maraudeur. A moins qu'il n'y ait jamais cru et ait juste espéré qu'il change ? Qu'il serait celui capable de le faire changer ?

-Qu'est-ce que tu lisais ?

Regulus loucha sur le livre que tenait le blaireau.

-Je ne lisais pas vraiment.

Il présenta le livre au Serpentard.

-C'est le Petit Prince, un conte pour enfant. Même si en vérité, quand tu fais bien attention, tu comprends que c'est plus une œuvre philosophique.

-Je ne connais pas, avoua Black.

-C'est Moldu, c'est peut-être pour ça. Est-ce que ça t'intéresse ?

-Non. Enfin, j'ai assez de livres pour m'occuper.

-Mais il est vraiment très bien, je t'assure ! Je te le passe, je l'ai déjà lu un nombre incalculable de fois. Tu le liras quand tu auras le temps.

Regulus n'était pas très à l'aise d'avoir un livre écrit par un Moldu dans les mains mais il n'osa pas refuser lorsque Lupin le lui passa.

xXx

Sirius sut en le voyant de quoi James voulait lui parler. Il l'avait laissé tranquille lundi et mardi mais avait fait une tentative le mercredi après la visite de Remus dans le parc. Sirius n'avait pas besoin d'entendre ce que son ami avait à lui dire car il pouvait très bien l'imaginer.

Il devait parler à Remus.

S'excuser.

Arrêter de le fuir.

Lui dire qu'il voulait toujours de lui, qu'il voulait rester son ami.

Il devait également toutes ces choses à son petit frère.

Il savait qu'il agissait comme un lâche. Il avait pourtant préparé des centaines de discours, avait même été tenter d'aller trouver Regulus mais n'avait pas pu. Il s'était retrouvé étrangement bloqué, incapable d'aller jusqu'au bout.

Il avait peur. Il pouvait bien l'avouer aujourd'hui et être honnête au moins envers lui-même. Sirius s'était toujours cru tolérant, bien loin de l'image raciste et suprémaciste de ses parents. Mais aujourd'hui, il découvrait qu'on n'était jamais aussi tolérant qu'on voulait le croire et ça lui faisait mal.

Il tenait à Remus. Il avait des sentiments pour lui et cette réalité le perturbait. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il voulait être fort et ne pas penser à toutes ces choses qui tournaient dans sa tête mais c'était peine perdue.

Sa mère l'avait puni à de nombreuses reprises quand il était jeune alors qu'elle le pensait homosexuel. Aujourd'hui, il se retrouvait bloqué parce que malgré tout, aimer un homme n'était pas quelque chose de rationnel et de normal pour lui. Si ça avait été James dans sa situation, ou même Dorcas, ou plus encore Regulus, il les aurait soutenus. Mais pour sa propre personne, il avait du mal. Il ne savait pas s'il aurait la force. C'était trop de complication…

James s'assit en face de lui et Sirius continua à fixer les motifs de sa couverture de lit. Le dortoir était vide et il pouvait entendre en se concentrant bien les bruits de conversation et de musique de manière très lointaine dans la salle commune.

-Tu me détestes ? demanda-t-il.

-Non, répondit aussitôt James.

-Tu devrais. Je fais peine à voir. Moi et ma grande gueule incapable d'assumer que j'aime baiser un mec…

-Te dénigre pas comme ça, Sirius. S'il te plait.

James lui attrapa la main et son meilleur ami la serra très fort en retour.

-Je l'ai perdu, Jamie.

-Non, mais si tu ne fais rien, ce sera le cas et surtout, ce sera irréversible. Parle-lui, parle-leur.

-Je ne peux pas ! s'étrangla-t-il.

Sirius vit dans le regard de son ami qu'il voulait insister. Pourtant, il garda le silence.

James n'avait pas le cœur à le bousculer. Sirius était si mal. Lily et Regulus avaient raison au final : il n'arrivait pas à aller contre Sirius. C'était lui d'abord. Toujours. Il l'avait protégé toute la semaine et continuerait probablement à le faire. Mais là où Regulus avait tort, c'était que c'était bien la première fois que quelqu'un le faisait douter. Si Sirius semblait déjà s'être résigné à perdre Remus, James lui ne pouvait accepter de perdre Regulus.

Alors il tenta une autre approche.

-Il t'aime, Sirius et même s'il t'en veut probablement beaucoup, si tu reviens, il t'écoutera. Je le sais.

-Comment peux-tu en être aussi sûr ? souffla Sirius.

James se voilait vraiment la face s'il pensait une seule seconde que quiconque pouvait pardonner ce genre d'acte, cette lâcheté.

-Parce que malgré tout ce qui lui tombe dessus, la seule chose à laquelle il arrive à penser, c'est toi. Il m'a demandé de te dire qu'il n'y était pour rien. Qu'il ne t'avait pas trahi. Il ne veut pas que tu le détestes, tout simplement.

-Je ne le déteste pas.

Sirius ne put développer davantage. Le reste était coincé dans sa gorge.

-Tu l'aimes, lui fit remarquer son meilleur ami.

La panique prit Sirius et il lâcha la main de son ami pour se lever de son lit. James se releva alors à son tour et Sirius se sentit acculé. Il n'y avait aucun endroit où fuir ici.

-Fous-moi la paix, j'ai pas envie de parler ! Tu peux pas m'y obliger !

-Pourquoi tu réagis comme ça ? s'inquiéta le Préfet. J'essaie juste de t'aider…

-Tu ne peux pas comprendre, grinça Sirius.

Il revoyait cet homme. Sa mère qui le faisait entrer.

« Il sera ton instituteur jusqu'à ton entrée à Poudlard. »

Il repensa à cette timidité, ce sourire tremblant et cette nervosité que l'adulte avait dégagé.

« Il t'éduquera. »

« Tu accompliras ton devoir. »

-Pourquoi est-ce que t'insistes, bordel !?

-Tu crois que ça me fait plaisir, Sirius ? J'aime pas te voir comme ça !

-Alors lâche l'affaire, le supplia-t-il.

-Je peux pas. Pas cette fois.

Sirius secoua la tête, vaincu. Il s'écroula alors à terre et aussitôt, James accourut à ses côtés.

-Sirius, si tu ne fais rien, tu vas le perdre ! C'est ça que tu veux ? Est-ce que tu seras capable de le voir avec un autre ?

Le batteur lui jeta un regard noir : la réponse était clairement non.

-Alors parle-lui. Tu sais comment est Remus, il te pardonnera. Tu as le droit d'avoir peur, de ne pas être sûr. Personne n'est infaillible. Tu as fait une erreur mais ce n'est pas ça qui te définit. Ce qui compte, c'est que tu te débrouilles pour la réparer. Va voir Remus et ensuite, excuse-toi auprès de ton frère. Il ne mérite pas d'être laissé sans réponse plus longtemps. Il a dit qu'il me détestait, comment veux-tu que je vive avec ça ?

Sa tirade eut au moins le mérite de tirer un sourire au plus petit.

-D'accord…

Sirius avait toujours l'impression d'être sur des charbons ardents mais il ne se sentait pas bloqué comme les jours précédents.

-Demain.

James fut miséricordieux et lui accorda ce délai.

xXx

Sirius jouait à déplacer sa feuille de Mandragore dans son lit. Il avait la nausée et il savait que ce n'était pas à cause de ce qu'il avait dans la bouche. C'était tout son être qui le dégoutait. Lundi, il avait été trop pris au dépourvu, trop perturbé pour savoir quoi faire. Il avait souhaité une solution qui ne l'obligerait pas à révéler sa relation avec Remus. Tant qu'elle restait cachée, elle était belle et la dévoiler, c'était s'exposer à tout un tas de problèmes. Du moins, c'est ce qu'il avait cru…

Il lui avait fallu du temps, mais il avait compris qu'attendre que ça se tasse pour ensuite espérer reprendre ce qu'il avait avec le Poufsouffle comme si de rien n'était était utopique. D'ailleurs, cette pensée n'avait duré que quelques heures à peine. Il s'était simplement voilé la face.

Le problème était que comme il n'avait pas agi tout de suite, c'était à présent plus compliqué pour lui d'aller voir le Poufsouffle. Comment justifier l'attente, le silence ? Mais il ne pouvait plus reculer, il avait promis à James de le faire aujourd'hui.

Et avec le peu de jugeote qu'il avait encore, Sirius était capable de prédire que la vérité éclaterait forcément à un moment ou à autre et que ce jour là, ce serait terrible pour lui. Dès que quelqu'un essayerait de creuser un peu plus, tout serait fichu. Et alors quoi ? Il aurait perdu Moony pour avoir quelques semaines ou quelques mois de pseudo tranquillité ?

Il avait fait un cauchemar la veille. Encore ce même instant où sa mère lui avait présenté un enseignant. Un Moldu. Il ne se souvenait pas de grand-chose, mais ça l'avait perturbé et terrifié.

Pourquoi sa mère aurait-elle fait entrer dans leur demeure un Moldu, elle ne les appréciait pas et ne voulait pas que ses fils en côtoient.

Sirius aurait aimé se trouver entre les bras du blaireau. Être avec Remus était rassurant. Ici, seul, il restait avec ses peurs et ses incertitudes.

-Tu ne te lèves pas, Sirius ? lui demanda James.

-J'ai envie de sécher.

-Allez, c'est bientôt le week-end ! l'encouragea son ami.

Sirius sourit et après un soupir, quitta ses draps. Il passa dans la salle de bain et ne s'occupa même pas de ses cheveux, ce qui surprit les autres occupants du dortoir. James et lui attendirent ensuite d'être seuls, son meilleur ami faisant semblant d'avoir du mal avec sa cravate.

-Qu'est-ce que je vais faire, Jamie ? Il me déteste, j'en suis sûr…

Celui-ci se gratta la tête, gêné, puis alla s'installer aux côtés de son ami. Ils avaient toujours été honnête l'un envers l'autre, même quand la vérité pouvait parfois être dure à entendre.

-Parle-lui. Ton silence doit le blesser encore plus.

-J'y arriverai pas…

-Mais si ! Imagine-moi en train de t'encourager juste derrière !

Sirius lui sourit et James le força à se lever. Il fallait qu'ils se dépêchent s'ils voulaient pouvoir manger ce matin.

En sortant de leur salle commune, Sirius alla s'inscrire pour la sortie. James l'avait fait la veille, à l'ouverture de l'inscription, mais Sirius avait eu la tête ailleurs et n'y avait pas pensé. Il savait que Remus aussi y serait. Il espérait ainsi qu'ils se seraient rabibochés d'ici là.

xXx

Padfoot prit une grande inspiration. C'était toujours troublant de sentir cette peau, les températures extérieures et même les vêtements sur son corps. Toutes les sensations qu'on avait lorsqu'on était vivant.

Il se racla la gorge et sortit du dortoir. Vendredi déjà, et Sirius n'avait toujours pas eu le courage de parler à Remus. Il ne pouvait pas laisser cette situation trainer ainsi plus longtemps. Alors une fois de plus, il s'était approprié le corps de Sirius Black.

Il n'en pouvait plus de voir ceux qu'il aimait dans cette situation. Il voulait juste filer un coup de main.

Ce n'était pas un acte égoïste, il se positionnait simplement en sauveur. Il s'aidait à passer ce cap difficile, à faire en sorte qu'une amitié ne soit pas gâchée inutilement. Padfoot avait toujours été faible face à son Moony et dans sa réalité, il avait tout fait pour protéger le garçon que la vie n'avait pas épargné et qui longtemps, n'avait pas cru mériter son amitié à James et à lui.

L'esprit voulait simplement se rendre utile. Il avait malheureusement bien compris que cette fois, Regulus n'interviendrait pas et il ne pouvait pas le lui reprocher. Alors il devait agir. Il le pouvait et le devait.

Il n'était pas obligé de limiter son rôle à errer dans le château, surveiller les gens et accompagner Regulus. Il pouvait faire plus pour les gens qu'il aimait.

Le Sirius de ce monde avait certifié à James qu'il parlerait au Poufsouffle aujourd'hui mais ce matin encore, il avait montré quelques signes de doutes. Padfoot ne lui faisait pas confiance pour mener à bien cette mission. Au contraire, lui savait quoi faire pour récupérer Remus. Après tout, il avait lui-même dû faire face à une situation similaire. Il se souvenait encore de la déconvenue de Moony lorsqu'il avait appris qu'il était celui qui avait permis à Snape de découvrir son secret. Qu'il avait blessé le Serpentard par sa faute.

Padfoot avait dû ramer pour ne pas perdre son ami.

Sirius ne saurait pas trouver les bons mots pour émouvoir Remus. Il n'était pas prêt à dire au Poufsouffle qu'il l'aimait, qu'il avait été lâche parce qu'il avait eu peur, tout simplement. Padfoot savait pourtant que Remus serait sensible à ça.

Descendre les escaliers fut étrange et pendant un instant, Padfoot se replongea dans sa propre réalité. Il se vit courir dans ces mêmes escaliers avec les Maraudeurs, joueur, prêt à fomenter de nouveaux plans. Il vit la cheminée et se rappela de ses soirées passées ensemble, à rire, à s'amuser et à se soutenir dans la douleur. Il arriva en bas, au milieu de la salle commune, et prit le temps de savourer ces sensations extraordinaires, ses souvenirs. Il marcha et déambula dans cet endroit qu'il connaissait par cœur.

Mais soudain, une migraine le prit et il dut s'arrêter, prendre un instant pour bloquer ses souvenirs, essayer de les calfeutrer. C'était étrange. Ça avait semblé plus facile les fois précédentes.

-Sirius ? Est-ce que ça va ? lui demanda Lily qui jouait à un jeu de société moldu avec ses amies.

Padfoot acquiesça et s'empressa de quitter la salle commune. Même si ça avait été douloureux, cette migraine lui avait au moins permise de se focaliser sur sa tache. Il n'arrivait pas à croire qu'il s'était si facilement laissé distraire.

Il devait juste voir Remus, lui dire pardon et qu'il l'aimait. Enfin, pas lui, mais Sirius. Même si lui aussi ressentait la même chose comme il partageait les sentiments de son jeune lui lorsqu'il le possédait…

Il se sentait tout de même étrangement stressé et plus il approchait de la salle commune des blaireaux, plus ce sentiment grandissait. Inconsciemment Sirius flippait, même à travers lui. Et ce sentiment se répercuta sans surprise sur Padfoot. Malgré lui, il commença à ralentir. Sa migraine reprit et il eut du mal à la supporter. Mais pourquoi ? Il ne comprenait pas et à la douleur s'ajouta l'agacement. Il alla s'adosser contre un des murs et tenta tant bien que mal de ne pas attirer l'attention. Il lui restait une petite heure avant le couvre-feu. C'était largement suffisant.

Sa main gauche trembla soudain et Padfoot douta. Il ferma les yeux et se concentra. Il enferma sous des portes scellées les souvenirs appartenant à quelques réalités qu'il avait visitées. Le corps, l'esprit et l'âme de Sirius ne pouvaient supporter une telle quantité de savoir. Aujourd'hui plus que tout, l'esprit fragile de Sirius ne semblait pas suffisamment stable pour la possession qu'effectuait Padfoot.

Padfoot avait pensé qu'isoler des souvenirs serait suffisant, mais il commença à saigner du nez. Pourquoi ? Padfoot ne comprenait pas. Pourquoi ça ne marchait pas ? Ça devait marcher ! Il ne voulait pas reculer… Il essuya le sang d'un revers de main mais le saignement ne s'arrêta pas.

-Salut, Sirius !

Padfoot sursauta. Isabel MacDougal s'approchait de lui et il n'avait pas vraiment le temps de lui parler. Il réfléchissait encore à l'ignorer quand la jeune femme s'arrêta près de lui. Elle n'avait plus son uniforme mais un haut à manches longues assez ample ainsi qu'un pantalon plus près du corps, léger. Ça devait être son pyjama. Elle n'en avait pas conscience mais ses tétons qui pointaient à cause du froid étaient plus que visibles. A cette vision, Padfoot se sentit comme un adolescent et en cet instant, c'était ce qu'il était. Il était troublé par le corps de la blonde, lui qui n'avait pas eu le loisir de regarder quelqu'un comme ça depuis bien trop longtemps.

Il dut faire un effort considérable pour se rappeler pourquoi il était là et quel était son but.

-Salut, Isa.

Il ne remarqua qu'au dernier moment que Sirius n'appelait pas la sorcière ainsi en temps normal dans cette réalité, mais ce n'était pas bien grave. La jeune femme n'y fit même pas attention. Elle encadrait déjà son visage de ses mains, inquiète de l'état dans lequel il se trouvait.

-Par Merlin, mais tu saignes ! s'alarma-t-elle.

-C'est rien.

-Bien sûr que si, s'agaca-t-elle. Allons voir Pomfresh.

-Non !

Isabel le fixa, les yeux ronds. Padfoot ne se sentait pas bien et son nez saignait toujours. Il recula et finit par tenter de s'éloigner. Inquiète, la Poufsouffle le suivit lorsqu'il entra dans les toilettes les plus proches et essaya de se nettoyer.

Comme la porte se refermait derrière eux, une voix martela soudain le crâne de Padfoot.

Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le.

Quitte ce corps !

Sirius.

Padfoot grimaça et enferma d'autres souvenirs.

-Laisse-moi t'aider, proposa alors Isabel d'un air soucieux.

Padfoot se redressa finalement et observa Isabel, la meilleure amie de Remus.

Moony, son ami, un Maraudeur.

Quitte-le.

Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le.

Ce corps n'est pas à toi.

Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le.

Quitte-ce corps !

Souviens-toi pour quoi tu es là.

Qui es-tu ?

Qui es-tu…

Dis-moi qui tu es ? Qui. Es. Tu !

-Sirius? l'appela Isabel.

Sirius Black. Gryffondor. Maraudeur. Sirius Black. SIRIUS BLACK !

Padfoot, Sirius, quelle importance ? Il était lui et l'autre, et l'autre était lui.

A cet instant, Padfoot n'avait plus le choix. Sirius allait tout faire rater alors il enferma sa propre conscience sous un verrou et toutes les autres pollutions de son esprit.

Il voulait la paix.

Sirius et ses souvenirs furent repoussés si loin que seule la conscience de Padfoot lorsqu'il était lui-même encore vivant demeurèrent.

Son nez arrêta de saigner et la migraine qui lui vrillait le crane disparut.

Hébété, le jeune homme observa soudain Isabel sans comprendre ce qu'il faisait là. Il l'étudia, de son visage rond à ses yeux clairs et à sa bouche pleine. Sa peau pale et ses grains de beauté, ses vêtements légers et son manque de sous-vêtements. Il se rappelait d'elle. Isa, la Poufsouffle craquante. Il l'avait toujours trouvé belle mais n'avait jamais eu envie de tenter quoi que ce soit. Il l'avait à tort imaginé trop sage et petite fille. Mais c'était une belle femme qu'il avait devant lui.

Comment s'était-il retrouvé à être si proche d'elle au fait ?

N'était-ce pas la première fois qu'ils se parlaient ?

Isabel termina de lui essuyer le visage avec un mouchoir humide et baissa le regard face au regard intense du brun.

-Je pense que ça devrait suffire. Mais tu devrais quand même aller voir Pomfresh, tu n'as pas l'air bien du tout.

Isabel esquissa un sourire. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était avec Sirius Black, le mec le plus populaire de Poudlard. Elle avait craqué sur lui dès la 3ème année mais le Maraudeur ne l'avait jamais calculée. Elle trouvait ça un peu drôle de se retrouver dans cette situation avec lui. Surtout après les confidences de Peter dont elle ignorait toujours la véracité. Remus avait nié en bloc mais elle l'avait senti énervé par cette discussion. Il était souvent sur les nerfs ces derniers jours et avec la sortie de l'article de Rita, ça n'avait rien d'étonnant.

Padfoot ressortit des toilettes et Isabel lui emboita le pas. La jeune femme était assez perdue. Elle ne savait qui croire. Peter ne voulait pas lâcher l'affaire et Remus refusait de donner l'identité du garçon avec lui. Il disait simplement que ce n'était pas Sirius. L'article disait qu'il s'agissait de Regulus et elle-même en avait bien l'impression. Il était le seul autre homosexuel de Poudlard. Enfin, le seul connu de tous. Et il ressemblait très fortement à la personne sur la photo.

Peter n'accusait-il pas Sirius simplement pour le blesser avec cette folle histoire ? Ce n'était un secret pour aucun d'eux que le Gryffondor détestait le batteur.

Mais peu importe la vérité. Au fond, Isabel s'en fichait bien. Si Remus ne voulait pas parler, c'était son droit. Elle avait néanmoins beaucoup de peine de voir ses amis se déchirer ainsi.

Tout ça pour qui ? Sirius Black.

Elle observa alors le jeune homme devant elle, les interrogations revenant tandis qu'elle se trouvait près de lui. Se fichait-elle vraiment de la vérité ? Pas vraiment, mais elle n'avait pas voulu se montrer trop curieuse de peur de mettre de l'huile sur le feu entre ses deux amis. Elle ne voulait pas relancer des débats et des discussions que Remus n'était pas prêt à tenir.

-Merci, Isa.

Padfoot la vit rougir à ces mots. Les deux restèrent ensuite debout, l'un en face de l'autre, ne semblant pas vouloir partir.

Padfoot pouvait voir ce qu'il provoquait chez la Poufsouffle. Était-ce pour cette raison qu'ils étaient là ? Pour se séduire ? Non, la blonde venait de l'aider.

-Tu devrais rentrer avant d'attraper froid. Super sexy le pyjama d'ailleurs !

-Te moque pas ! rigola-t-elle.

Elle sentit le regard du Gryffondor sur elle et chercha à se cacher.

-Je plaisante, tu es très belle, fit-il, sincère.

Isabel lui plaisait mais c'était physique. Elle avait un beau sourire et un regard séduisant. Il savait qu'il lui renvoyait le même style de regard, que ce soit intentionnel ou pas. Plus il parlait avec la Poufsouffle, plus son côté séducteur et taquin ressortait.

-Est-ce que je peux te poser une question ? lança Isabel.

Le Gryffondor se tourna vers elle, curieux. Il ne savait pas si c'était une tentative de la jeune femme pour le retenir auprès d'elle, de permettre à ce petit quelque chose de grandir, de laisser une chance à ce petit flirt d'aboutir sur quelque chose.

Padfoot trouvait ça à la fois étrange et comique. Le col de sa chemise avait quelques taches de sang et il transpirait pour une raison qu'il ignorait. Il ne savait même pas ce qu'il avait eu l'intention de faire où d'aller en premier lieu. Habituellement, lorsqu'il se trouvait hors de son dortoir après le couvre-feu, il était accompagné de James, Remus et Peter, se baladant avec la carte du Maraudeur pour faire tout un tas de conneries comme aimait le dire Moony.

Ou alors quand il était seul, c'était pour rejoindre une belle demoiselle. Il observa encore Isabel et décida de lui laisser une chance. Il s'étonnait du désir qu'il commençait à ressentir pour elle. Mais tout était si étrange ce soir, à commencer par lui-même.

-Est-ce qu'avec Remus… Qu'est-ce qu'il se passe entre Remus et toi ?

-Un truc avec Moony ? Genre quoi ? demanda Sirius, surpris.

Il capta le regard gêné de la blonde et éclata de rire.

-T'imagine pas qu'on couche ensemble, j'espère ?! Beurk, c'est comme mon petit frère !

Sirius essaya de s'en faire une représentation mentale et frissonna. Il adorait Moony et se sentait le devoir de le protéger. Le pauvre était plein d'insécurité et se sentait toujours horriblement reconnaissant pour tout à cause de sa lycanthropie. James, Peter et lui espéraient qu'un jour, leur ami soit complètement à l'aise avec eux, qu'il n'ait plus l'impression que les Maraudeurs lui faisaient une faveur.

-Alors vous êtes juste amis ?

-Bah oui.

Sirius arrêta de rire et fronça les sourcils face à la réaction étonnante d'Isa. Celle-ci ne savait que penser. Le Gryffondor avait l'air si sincère. Elle se sentait même un peu idiote d'avoir pensé que Peter pouvait avoir raison. Il s'agissait de Sirius Black. Elle l'imaginait mal avec un garçon. Et puis, il tenait à Remus, son discours le prouvait. Il ne laisserait jamais son ami traverser ce moment difficile seul.

-Pardon, c'était stupide, lança-t-elle, nerveuse.

-C'est rien, c'est juste le truc le plus improbable que j'ai jamais entendu ! En fait, je me serai plus attendu à ce genre de réflexion sur James et moi comme on est toujours fourré ensemble. Mais dis-moi...

Il se rapprocha et passa une main dans ses cheveux pour finir par caresser la joue de la Poufsouffle.

-Tu n'aurais pas un petit faible pour Moony ?

Lui qui avait cru que la Poufsouffle avait un faible pour lui ! Se serait-il trompé ?

-Non.

Elle secoua la tête, amusée.

-C'est mon ami, juste mon ami.

Ils se regardèrent, soudain particulièrement conscients de l'attirance, du désir de l'autre, et se sentant stupide de ne rien faire. Mais c'était étrange, ça avait l'air précipité alors qu'il ne s'était rien passé encore. Et alors que Sirius s'était senti déboussolé au point de vouloir rentrer dans son dortoir et retrouver ses amis, il se sentait maintenant incapable de quitter la Poufsouffle.

Avec cette clarification commune au sujet de Moony, c'est comme s'ils s'avouaient leur attirance commune, ouvraient la porte à quelque chose.

Isabel était rassurée par les propos de Sirius et même si ça amenait plus d'interrogation encore, elle n'avait pas envie de trop réfléchir ce soir. Elle le regretterait peut-être plus tard, mais il serait toujours temps de faire face à d'éventuels regrets.

Elle avait toujours eu un faible pour Sirius. Ce n'était pas de l'amour, juste une forte attirance qu'elle n'avait jamais pensé pouvoir assouvir. Et pour la première fois, elle avait l'impression que Sirius le lui rendait bien. Les signes étaient assez clairs et tout cela la poussa à tenter sa chance. Elle s'approcha de lui, un sourire avenant aux lèvres, et lui prit la main.

xXx

Quand Isabel lui prit la main, Sirius sentit son cœur battre plus vite. Il observa son joli sourire, son assurance et son envie. Elle ne lui mettait pas la pression et ne l'obligeait à rien, elle-même devait ignorer jusqu'où ça irait entre eux. Pas vers une relation de couple, Sirius ne la connaissait pas assez pour avoir envie de ça avec elle, mais ce n'était pas ce qu'elle lui demandait non plus alors tout allait bien.

Le Gryffondor avait terriblement envie de l'embrasser et c'est ce qu'il fit. Au moment où ses lèvres touchèrent celles de la blonde, il sentit son envie grandir. Isabel lui répondit avec la même passion et Sirius la serra contre elle, appréciant sa chaleur, sa douceur. Il approfondit le baiser, s'enivrant de ses soupirs, son souffle, son regard sur lui. Il sut très vite que ça ne lui suffirait pas. Il s'écarta alors d'elle et lui prit la main comme elle l'avait fait plus tôt. Il n'osa pas formuler son interrogation à voix haute mais ça n'empêcha pas Isabel de le comprendre. Elle le suivit, son sourire toujours en place.

Les portes de la salle sur demande s'ouvrirent. Les amants ne perdirent pas de temps et s'y engouffrèrent rapidement.

Il l'embrassa à pleine bouche, plaquant Isa contre la porte une fois celle-ci refermée. Il pressa ensuite son corps contre le sien et fit courir ses mains sur sa peau, appréciant sa douceur. Il se sentait durcir et Isabel gémit lorsqu'il se frotta contre elle.

Leurs vêtements volèrent alors qu'ils riaient du spectacle qu'ils pouvaient bien donner. Le batteur la prépara alors que la Poufsouffle s'accrochait fermement à ses épaules pour ne pas tomber. Il prononça le sort de protection et la pénétra. Sirius fut incapable d'être doux, le manque se faisant trop sentir. Il baisa plus qu'il ne fit l'amour à la blonde.

Mais pour se faire pardonner sa rudesse, il fut plus doux et attentif la deuxième fois, plongeant la jeune fille dans un état de plaisir profond et intense. Il se dédia entièrement à son plaisir à elle. Il l'embrassa encore et encore, ne se lassant pas de ses lèvres. Il fut étonné de l'alchimie qu'il y avait entre eux. C'était tellement plaisant. Il ne se souvenait pas de la dernière fois qu'il avait connu ça. Cela lui sembla d'ailleurs étrange pour un homme actif comme lui.

Les deux amants n'avaient plus conscience de rien si ce n'était de l'autre. Ils laissèrent longuement parler le désir qu'ils avaient semblé toujours ressentir pour l'autre. Satisfaits et fatigués, le sommeil les cueillit au milieu de la nuit.

xXx

Pourquoi….

Pourquoi ?

Pourquoi ?!

Pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi POURQUOI ?!

Deux heures plus tard, Padfoot se réveilla, une migraine lui vrillant le crâne. Il quitta les bras d'Isabel précipitamment sans même s'inquiéter de la déranger et encore moins de la réveiller.

Il sentait quelque chose se passer en lui. Une vive douleur le fit grimacer et il sentit avec appréhension quelque chose éclater en lui. Un verrou.

Quitte-le.

Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le.

Ce corps n'est pas à toi.

Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le. Quitte-le.

Quitte-ce corps !

Dégage.

Sirius était en train de refaire brutalement surface dans son propre corps et Padfoot sentit la bile monter en lui. Il porta sa main devant sa bouche, écœuré. Il ne comprenait pas ce qu'il s'était passé. Qu'avait-il fait ? Ce corps ne lui appartenait pas et il n'avait plus 18 ans. Par Merlin qu'est-ce qui lui avait pris ?

-Sirius ?

La voix d'Isabel était inquiète et Padfoot se tourna vers elle. Il n'eut alors aucun mal à distinguer son corps nu malgré la pénombre. Il tomba du lit en se pressant de s'éloigner d'elle. Bien sûr, la sorcière fut encore plus inquiète.

Qu'avait-il fait ? Pourquoi n'avait-il pas réussi à arrêter tout ça ?!

Mais il s'était trouvé si faible, incapable d'agir. C'est comme s'il n'avait pas été aux commandes, que sa conscience s'était effacée et que le jeune homme qu'il avait été avait reprit les rennes et avait juste fait comme il le désirait. Mais n'était-ce pas une simple excuse ? Il était celui qui avait décidé de posséder le Sirius de ce monde avec la prétention qu'il ferait mieux que lui. Mais la vérité était qu'il était un pauvre raté…

Moony…

Une larme lui échappa et il se détourna de la blonde avant que celle-ci ne s'en aperçoive. Tout était de sa faute. Comme d'habitude.

Il ne savait pas encore dans quelle catégorie il devait placer cette connerie là. Stupide et inconsciente, juste à côté de la fois où il avait failli faire tuer Snape ? Ou bête et merdique, derrière celle où il avait choisi de faire confiance à Pettigrow et non à son fidèle ami Remus Lupin ?

Il se leva. Rester à se morfondre ne servirait à rien. Il agrippa la main d'Isabel et lança un lumos pour pouvoir y voir plus clair.

-Il faut qu'on parte ! Je suis désolé de te presser mais…

Padfoot faisait tout pour ne pas croiser son regard et heureusement pour lui, Isabel ne le prit pas mal. Elle devait se douter qu'il avait agi sur un coup de tête. C'était la réputation qu'avait le Sirius de ce monde. Padfoot eut de la peine pour lui : les gens se trompaient sur son compte. Mais ce qu'il venait de faire n'arrangerait probablement pas son cas. Pressé de sortir, Padfoot laissa à peine le temps à Isabel de remettre correctement son haut qu'il l'entraina dehors.

-Je te raccompagne à ton dortoir, lui dit-il. Faut qu'on se dépêche avant de se faire prendre.

Padfoot grogna contre sa chemise qui l'énervait : il avait abandonné l'idée de remettre sa cravate, pourquoi l'avait-il prise en premier lieu ? Vu l'heure, il ne pourrait pas parler à Remus aujourd'hui. Le Préfet-en-chef devait soit dormir, soit faire sa ronde.

Padfoot pria alors Merlin pour que le Poufsouffle soit bel et bien dans son lit car il ne devait jamais savoir ce qu'il avait fait. Il était sûr que s'il demandait à Isabel de garder le silence, elle le ferait. Il se fichait bien de ce que la jeune femme pourrait penser de lui tant qu'il arrivait à sauver sa relation avec Moony.

Plus tard, il devrait s'expliquer mais il aurait au moins eu le temps de préparer une défense solide et des excuses. En réalité, Padfoot savait qu'il avait gâché toutes les chances de Sirius et cela le paniquait complètement. Il avait toujours aussi mal à la tête et donc du mal à réfléchir convenablement.

Il ne vit ainsi qu'au dernier moment la lumière sortant d'une autre baguette. Il se figea alors instantanément.

-Pitié…

Padfoot sentit une sueur froide couler le long de son dos lorsqu'il entendit des bruits de pas à quelques mètres de lui. Il pria pour que ce soit n'importe qui d'autre que Remus mais il n'avait que très peu d'espoir à ce sujet. Ils se dirigeait vers la maison Poufsouffle après tout. Baguette à la main, Remus s'arrêta à quelques mètres d'eux et Isabel se mordit les lèvres, honteuse de s'être fait prendre.

-30 points en moins pour Gryffondor et Poufsouffle pour s'être baladés dans les couloirs après le couvre-feu, lança Remus de manière neutre.

Il croisa un instant le regard de Sirius – Padfoot – puis continua son chemin, passant à côté de lui.

-Moony, attends je t'en prie ! Je peux t'expliquer !

Padfoot planta Isabel dans le couloir et s'empressa de rattraper son ami. Il lui saisit ensuite le bras pour le forcer à s'arrêter mais Remus se retourna et lui donna une claque si forte qu'elle retentit dans les couloirs vides du château. Les tableaux poussèrent des exclamations choquées, tout comme Isabel.

Le regard triste de Lupin cloua Padfoot sur place et, lentement, il quitta enfin le corps de Sirius pour faire demi-tour, le cœur en vrac.

A nouveau en pleine possession de son corps, le Gryffondor en question cligna alors plusieurs fois des yeux, un peu hagard. Et puis, son regard croisa celui de Remus, juste avant que celui-ci ne se détourne pour continuer sa ronde

A cet instant, Isabel n'eut aucun mal à comprendre que Sirius lui avait menti. Mais alors qu'elle voyait la peine déchirante qu'affichait le brun, elle n'eut pas le cœur à l'accabler encore plus. Elle s'en voulait également. Elle n'avait pas été assez méfiante, elle n'avait pas voulu voir ou comprendre peut-être. Elle savait pourquoi elle l'avait fait mais ignorait ce qui avait poussé Sirius à agir ainsi.

-Sirius, tenta-t-elle timidement en approchant. Est-ce que ça va ?

-Non…

Sirius eut du mal à retenir ses larmes.

Fin de la première partie