Mio : Tout mes personnages sont important, dans cette partie, Marlene à sa part à jouer. Elle sera encore mise en avant dans ce chapitre, il est important de la connaitre un peu, de la comprendre et de savoir ce par quoi elle est passée, cela permet d'avoir du recul sur ses choix, ses actes. Va t-elle suivre ton conseil ? ^^

Isabel est probablement autant déçue que toi par ce qu'elle a fait, elle essaie de se rattraper. Sa volonté de bien faire l'honore. Quant à Peter, malheureusement son ressentiment vis à vis de Sirius l'aveugle et il ne se rend pas compte que ce qu'il fait est mal. Il estime avoir des raisons de faire ce qu'il fait. Doit-on lui donner tort ou raison ? A voir où tout ça va les mener. Remus le doux et gentil, est-ce que ce sera toujours le cas dans cette histoire. Pour l'instant il a les deux rôles, le bon parce qu'il est adorable et le mauvais parce qu'il se fait tout le temps avoir le pauvre, il souffre...

James et Regulus font l'unanimité, je ne vais pas m'en plaindre ! Je n'ai jamais vu Dumbledore comme un saint, le symbole de la lumière, je ne sais pas s'il joue avec le feu, mais il n'est pas irréprochable, c'est sûr. Padfoot ne peut pas avouer ce qu'il a fait, il n'en est pas capable, il ne veut pas voir la déception chez Regulus. C'est un peu tout ce qui lui reste à présent.

Malheureusement Sirius n'a pas fini de se tourmenter.

Merci énormément pour ton commentaire !

Bonne lecture à tous !

Encore une fois, chapitre corrigé et améliorer avec l'aide de ma bêta pommedapi, comme tout les précédents et ceux à venir.


Chapitre 25 :

Azkaban, forteresse impénétrable

.

Sirius ouvrit les yeux sur un nouveau matin, une nouvelle journée affreuse et déprimante. Il se sentait las, fatigué et tellement triste. Il entendait ses camarades de dortoir s'activer. Dans deux jours, le petit groupe d'élèves partirait pour visiter la célèbre prison magique et la sortie occupait toutes les conversations. Pour sa part, Sirius n'était plus autant sûr de vouloir y aller mais il ne voulait pas se désinscrire. Malgré son manque d'envie, il savait que s'il n'y allait pas, il le regretterait forcément plus tard.

Le batteur prit une inspiration, rassembla tout son courage et consentit enfin à se lever. Il échangea ensuite un regard avec James et enfila son uniforme avant de retourner sous ses draps pour attendre son ami. Petit à petit, le dortoir se vida et bientôt, il ne resta plus que les Maraudeurs.

-Tu es déjà prêt ? l'interrogea James qui tentait de peigner ses cheveux.

Sirius s'assit sur son lit et pendant presque une minute, le regarda se battre avec sa tignasse noire et épaisse. La chose la plus incroyable était probablement que le peigne ne se soit pas encore cassé. James avait vraiment un problème avec ses cheveux et habituellement, ça amusait Sirius mais aujourd'hui, il n'avait même pas le cœur à en sourire.

-Ouais, répondit-il simplement.

James soupira et lança le peigne sur son lit. Il croisa alors les bras et chercha comment parler à son ami.

-Ecoute, Sirius, tu peux pas continuer comme ça.

-Et pourquoi pas ?

-Parce que c'est évident que ça n'aide pas. Il faut que tu te bouges pour régler tes problèmes. T'es pas bien et j'aime pas te voir comme ça. Tu suis à peine en cours, tu ne fais plus rien en dehors, tu ne souris plus et surtout, tu sens mauvais. Il faut que tu prennes une douche.

-Ça fait genre 3 jours, 4 si on compte aujourd'hui. Je ne peux pas déjà sentir si mauvais.

James ne pouvait pas le contredire.

-C'est juste pour le principe. T'adores avoir l'air impeccable en plus !

Il soupira.

-Dis-moi ce qu'il s'est passé avec Remus, s'il te plait. Je te promets qu'on va arranger ça.

Sirius se passa la main dans les cheveux.

-Impossible. J'ai vraiment fait une grosse connerie et Remus me déteste, c'est sûr… Et il a raison, je suis vraiment pitoyable.

Sirius n'arrivait pas à se sentir autrement. Aujourd'hui encore, il ne comprenait pas ce qui lui avait pris. Comment analyser son comportement alors que lui-même ne se l'expliquait pas ? Il avait l'impression qu'il n'avait pas le droit de lui demander pardon, de l'importuner plus encore. Il était perdu sur ses propres sentiments et sans doute que Remus n'avait pas besoin de quelqu'un qui ne savait pas ce qu'il voulait. Le mieux était qu'il se fasse oublier.

-J'irais lui demander si tu ne me dis rien, l'avertit James.

Sirius releva brusquement les yeux vers son ami, terrifié.

-Je te laisse une chance de me raconter ta version de l'histoire, poursuivit-il. Je te l'ai dit, t'es mon ami et je ne te laisserai pas te morfondre plus longtemps encore.

Sirius soupira, vaincu.

-Tu veux savoir ? D'accord. Le jour où je devais aller parler à Remus, j'ai couché avec Isabel.

James écarquilla les yeux.

-Quoi ? Mais pourquoi ? Elle te plait ?

Sirius hésita.

-Non… Enfin, avant de la croiser ce soir-là, je lui accordais peu d'importance. Mais je ne sais pas, c'est comme si d'un coup, je l'avais trouvée très bien. Ses qualités me sautaient aux yeux. J'avoue que c'est flou pour moi…

-Comment ça ? s'inquiéta le capitaine de Quidditch.

-Je ne pourrai pas t'expliquer Jamie, c'était juste bizarre. J'avais juste envie d'elle et plus je voyais que c'était réciproque, plus mon désir grandissait. Je ne sais même plus de quoi on a parlé et j'ai regretté tout de suite après, réalisant que ça blesserait Moony.

-Il le sait ?

Sirius acquiesça.

-Merde.

James fronça les sourcils.

-C'est étrange, ça te ressemble pas de faire un truc comme ça. Tu te rappelles pas comment t'en es arrivé là ?

-Pas complètement.

-Ça t'est déjà arrivé avant d'avoir des absences ?

-Quelquefois, admit Sirius. C'est comme si j'avais un truc à faire et qu'en cours de route, j'arrivais plus à me souvenir de quoi ni même pourquoi je voulais le faire. J'ai l'impression de vriller, James…

-Mais non, ça arrive parfois ce genre de choses. Si ça se reproduit souvent, là c'est plus inquiétant. Peut-être que…. En étant avec Isabel, t'as vu un moyen de ne pas aller au bout avec Remus, d'arranger les choses ?

-Ce serait encore pire, marmonna l'ainé des Black. Alors, tu penses toujours que ça peut s'arranger ? lui demanda-t-il finalement.

James ne sut quoi répondre.

-J'en sais rien. Excuse-toi pour le mal que tu lui as fait, ce sera déjà un bon début. Je suis sûr qu'à l'heure actuelle, il pense que tu te fiches de lui et de ce que vous avez partagé ensemble. Tu ne peux pas le laisser penser ça.

-Tu as raison, soupira son ami. Et j'aime pas ça.

Sirius sourit, en quelque sorte soulagé de ne pas être jugé trop durement. Finalement, il était plutôt heureux de ne pas avoir à gérer ça seul.

-J'essaierai de lui parler après la sortie à Azkaban, décida-t-il.

-Pourquoi pas avant ?

-Il attend la visite de la prison magique avec impatience, j'ai pas envie de lui gâcher sa joie en venant lui parler de choses compliquées...

James acquiesça puis se leva et s'étira.

-Allez, on se bouge. On doit voir Regulus ce midi et discuter de certains trucs avec lui.

Sirius grimaça. Il avait presque plus peur de devoir se confronter à son frère que de s'expliquer avec Remus. Regulus pouvait être si belliqueux et rancunier. Il gémit pitoyablement et secoua ses cheveux. Il savait que le Serpentard lui en voulait beaucoup et à raison : il n'avait pas été à la hauteur et il le regrettait..

Mais il devait en passer par là pour retrouver son petit frère. Ils ne pouvaient pas continuer à s'ignorer. Regulus lui manquait beaucoup et même s'il se morfondait à longueur de journée, il arrivait tout de même à trouver du temps pour s'inquiéter pour lui.

-Oh… il va me pourrir, James.

-Tant mieux, il n'y a pas de raison que je sois le seul à passer un mauvais moment dès que je le vois.

Sirius fronça les sourcils.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Ce serait trop long à te raconter, éluda-t-il. Dépêche, j'ai faim.

Et sur ces bonnes paroles, ils quittèrent le dortoir.

xXx

Comme attendu des Maraudeurs, ils furent en retard. Regulus regrettait de ne pas être venu plus tard mais par acquis de conscience, il avait quand même tenu à être à l'heure. Et puis, les miracles existaient alors il avait sans doute aussi un peu espéré que ce soit le cas.

En les attendant, il fit le tour de la salle de bain des préfets, le bracelet familial dans les mains. Il l'avait regardé toute la nuit et avait hâte de le tester. Padfoot et lui étaient pleins d'espoir.

-Avoue que c'est mieux que ton idée grotesque de prendre la place d'un élève, lança-t-il à l'esprit, taquin.

-Hé, je suis sûr que ça aurait marché !

Regulus leva les yeux au ciel, amusé.

Il posa ensuite ses fesses sur le bord d'un lavabo et essaya le bracelet magique. En plus d'être beau, il était empli de magie très forte et exerçait une certaine attraction. Ce bijou permettait-il vraiment de réaliser des choses impossibles ?

Il avait beau renfermer une petite partie puissante de magie noire, Regulus le trouvait très beau et lumineux.

Il le mit finalement dans sa poche et se tourna vers Padfoot.

-Si j'ai raison et que tu peux discuter avec Sirius et James, est-ce que tu en profiteras pour te rapprocher d'eux ?

Regulus savait que c'était quelque chose dont Padfoot avait envie et il ne pouvait pas le blâmer. Il n'était pas très à l'aise à cette idée parce que comme pour la révélation de son existence, il avait l'impression de perdre un peu le lien fort et unique qu'il avait avec l'esprit. Il connaissait l'étendue de son attachement pour James et craignait qu'à la longue, l'esprit finisse par passer tout son temps avec le Préfet.

Il avait également craint un moment ce que l'esprit pourrait apprendre à James, notamment l'enfant qu'il avait eu avec Lily dans sa réalité. Cette possibilité qu'il puisse la reconquérir et même fonder une famille avec elle. Aujourd'hui, ça n'avait plus la même importance. Potter pour lui, c'était fini. Il avait été si stupide d'espérer quoi que ce soit.

-S'ils veulent bien, j'aimerais beaucoup. Mais ça ne veut pas dire que tu ne me verras plus. Je suis un esprit tenace, tu auras beaucoup de mal à te débarrasser de moi, mon Petit Roi.

-Pourquoi est-ce que tu m'appelles comme ça ? l'interrogea-t-il soudain, embarrassé par la déclaration.

-C'est ce que tu es, non ? Je ne suis que ton humble serviteur. Je pense également que c'est comme ça qu'on devrait te traiter. Tu es précieux et fantastique, Regulus. C'est dommage qu'il n'y ait pas assez de monde pour te le dire.

Regulus se sentit troublé par ces mots réconfortants. Padfoot savait toujours lui remonter le moral et l'aider.

La porte de la salle de bain des Préfets s'ouvrit alors et Regulus se tourna vers les nouveaux arrivants. Les Maraudeurs vinrent à sa rencontre et comme la veille, James sembla se mettre en retrait.

-Regulus, comment ça va ? Est-ce que tu veux me descendre maintenant ou après ? Je t'autorise même à me frapper, mais une seule fois et pas fort. Et surtout pas au visage, souffla le batteur.

Regulus croisa les bras sur son torse alors que Padfoot souriait.

-Alors c'est comme ça que tu comptes régler le problème ?

-Oui ? Non ? J'en sais rien, reconnut-il. Ecoute, Reg', je suis désolé. Je sais que c'est un choc pour toi mais ton grand-frère n'est pas infaillible. J'ai paniqué et j'ai merdé. J'arrivais pas à me sortir de là et plus le temps passait, plus je me disais que je n'y arriverai pas…

-Pourquoi ne pas être venu me voir ? J'ai été mêlé à une histoire qui ne me regarde pas !

-Je sais, admit l'ainé. Même si je savais que j'avais déconné, je n'avais pas envie de voir à quel point je t'avais déçu alors que ça allait si bien entre nous à ce moment-là. Et comme je t'ai dit, j'ai paniqué. Ne me fais pas trop la tête, s'il te plait. Toi mieux que quiconque sait combien ce genre de situation est compliqué…

Regulus fit la moue et baissa la tête. Il était vraiment énervé contre son frère, mais le voir se repentir ainsi douchait sa colère.

Il soupira et sans qu'il ne puisse protester, se retrouva étouffé dans les bras de son frère. Il râla pour la forme car il ne devait pas avoir l'air de lui pardonner trop vite.

-Je ne vous ai pas fait venir pour ça.

Il se dégagea de l'étreinte de son frère puis sortit le bracelet de sa poche et Sirius se pencha dessus.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Un trésor familial. Il devrait vous permettre d'échanger avec Padfoot. L'entendre et lui parler, mais pas le voir.

-C'est vrai ? Cool !

Sirius échangea un sourire ravi avec son meilleur ami qui n'avait pas encore dit un mot.

-Il sera avec vous à Azkaban.

-C'est possible ça ? s'étonna Sirius.

-Il pense vraiment qu'un truc pourrait mal tourner ? intervint enfin James.

-Il vaut mieux que vous en discutiez avec lui, répondit le 6ème année.

C'était également un bon moyen de savoir si le bijou sur lequel Padfoot et Regulus fondaient tant d'espoir marchait vraiment.

Sirius se proposa pour tester le bijou et James, qui s'était légèrement brûlé la veille, préféra passer son tour. Il n'avait pas envie de souffrir inutilement. Si le bien familial fonctionnait, il n'hésiterait pas cependant, en espérant que ça ne ferait pas aussi mal que la première fois.

-Coucou, Sirius, fit Padfoot.

Sirius sursauta avant de sourire. Il répondit et James, rassuré, voulut essayer à son tour. Contrairement à la veille, il n'eut pas aussi mal : le contact du bijou sur sa peau était désagréable mais cela n'avait rien à voir avec la première fois qu'il avait tenté de le prendre.

Comme son ami, il échangea quelques mots avec Padfoot et fut vraiment déstabilisé. C'était étrange… C'était donc ça que vivait et ressentait le Serpentard ?

Pendant plus de 5 minutes, Sirius et lui s'échangèrent le bracelet pour avoir le plaisir d'entendre cette voix qui semblait venir de nulle part. Tout ça avant que Regulus, las de leurs enfantillages, les rappelle à l'ordre.

Ils passèrent alors comme ils purent quelques doigts dans le bracelet pour pouvoir tout les deux entendre l'esprit et celui-ci leur parla de Jedusor et de pourquoi il craignait une catastrophe lors de la sortie à Azkaban

Regulus observa leurs réactions et ils furent tantôt curieux, stupéfaits et effrayés.

S'il n'avait pas déjà eu affaire à la face sombre et aux jeux de manipulation du psychomage, il aurait pu douter des paroles de Padfoot. Ou au minimum, ne pas comprendre son inquiétude. Sa réalité n'était pas celle de Regulus après tout. Sirius et James pourraient-ils le croire sur parole, se fier à un être dont ils ne connaissaient que ce que le Serpentard leur avait dit ?

-J'ai du mal à croire que le psychomage puisse être un mage noir mégalomane mais franchement, je ne préfère pas prendre de risque, souffla finalement James.

-Pareil ! grimaça Sirius.

Padfoot était soulagé et Regulus sentit la tension dans ses épaules disparaitre.

-Je vais reprendre le bracelet. Je vais essayer de trouver un moyen de le partager en deux sans l'abimer.

-Pour quoi faire ? demanda son frère. On a réussi à l'utiliser à deux là, non ?

-Vous ne serez peut-être pas toujours ensemble là-bas. Je préfère ne pas prendre de risque.

Sirius sourit.

-On s'inquiète pour son grand-frère ? T'es adorable.

Regulus s'agaça et sans dire au revoir, prit congé. Il n'avait pas encore mangé et avait très faim.

Son frère lui courut après cependant et il se demanda bien ce qu'il lui voulait encore.

-Attends, Reg', pars pas si vite ! On a à peine pu discuter.

-De quoi d'autre veux-tu parler ?

-De l'article, de comment ça a été pour toi. Je ne sais même pas comment tu vis tout ça… On t'emmerde pas trop ?

-Il est un peu tard pour t'en soucier, répondit-il sèchement.

-Regulus, souffla Sirius.

-Ça va, j'ai l'habitude, répondit-il finalement.

En réalité, il était touché que son frère s'intéresse à son ressenti.

-Et puis, ça m'a permis de me rapprocher de Lupin, il est très sympa.

-Ah… ouais, c'est bien.

Regulus sentit que son frère n'était pas très à l'aise avec cette information. Peut-être que ça lui déplaisait que Remus et lui deviennent amis. Pourtant, il n'avait pas envie de le rassurer ni de le ménager, il n'en était pas encore là. Il préféra donc revenir sur le sujet de l'article.

-Tu sais… Je crois que c'est Peter Pettigrow qui a donné cette photo à Rita Sketter et qui lui a du coup soufflé l'idée d'écrire un article sur vous. Enfin, ça devait être son intention. Au final, c'est devenu un truc sur Remus et moi.

-Q-quoi ?!

Sirius le dévisagea, parfaitement abasourdi.

-Tu en es sûr ?!

-Certain, fit Regulus. J'en ai parlé à Lupin mais je ne sais pas s'il m'a cru ni même s'il va faire quelque chose.

-Putain ! Ce sale rat !

Regulus esquissa un sourire à l'appellation.

-Je te le dis pour que tu fasses attention. Il te déteste vraiment, à un point qu'on n'imagine sans doute pas. Padfoot t'en parlera peut-être mais dans la réalité où vous êtes tous amis, Pettigrow vous trahit. Et je me dis qu'il n'est peut-être pas si différent de celui que Padfoot connait puisqu'il trahit de nouveau son meilleur ami. Bien sûr, ce n'est pas la même chose, mais bon.

Face à lui, Sirius semblait bouillonner de fureur.

-Ça va aller ? s'enquit alors le Serpentard.

-Ouais, marmonna-t-il. Merci de me l'avoir dit, Reg.

Sans rien ajouter de plus, Sirius fit marche arrière et Regulus échangea un regard avec Padfoot qui avait le visage fermé.

-Lui parler de ça n'était peut-être pas une bonne idée...

-Pourquoi pas ? Il avait le droit de savoir.

Regulus haussa les épaules et entra dans la Grande Salle.

xXx

La veille de la sortie scolaire, Peter se sentait à la fois nerveux et impatient. Il allait vivre une expérience extraordinaire et il savait qu'il était chanceux. Bien sûr, Azkaban ne faisait pas rêver mais dans quelques jours, mois ou années, il pourrait dire : j'y étais. Ça donnait le sentiment d'être privilégié, surtout que personne ne savait si une telle chose pourrait se reproduire à l'avenir. Le Gryffondor en avait parlé rapidement à sa mère dans une lettre mais elle n'avait pas eu l'air de s'y intéresser plus que ça.

Peter ne s'en était pas vexé. La plupart des parents n'étaient pas emballés par cette sortie qu'ils jugeaient inutile en plus d'être trop dangereuse. Le Gryffondor était heureux d'avoir au moins pu partager ça avec elle et demain, il passerait un agréable moment avec ses amis. Pendant un instant, il avait cru qu'il pourrait perdre Remus à cause de Sirius et même si le trahir ne lui avait pas plu, au final ça avait marché. Le batteur ne trainait plus autour de son ami et mieux encore, Remus le détestait. Peter avait enfin pu montrer à quel point Sirius Black était une pourriture : il semblait parfait en apparence mais au fond, il ne valait pas mieux que lui.

Bien sûr, arriver à ce résultat là n'avait pas été simple et Peter ne s'en vantait pas. Ça avait clairement foutu le bordel dans son trio d'amis. Par exemple, le blond n'en revenait toujours pas qu'Isabel ait pu coucher avec Sirius. Comment cela avait-il pu arriver ? Le Gryffondor avait encore moins de morale qu'il n'avait cru. Cela avait encore plus blessé Remus mais sur ce coup-là, le Gryffondor n'y était pour rien.

Peter n'avait pas non plus prévu d'avouer ce qu'il avait fait mais pour une certaine raison, Remus avait fini par le découvrir. Le blond avait dû avouer, contraint. Mentir à son ami avait été au-dessus de ses forces mais probablement que si Remus ne l'avait pas confronté, jamais il ne lui aurait dit la vérité. Le Poufsouffle avait d'ailleurs si bien réagit… Jamais Peter n'aurait pu penser qu'il ne lui en tiendrait pas rancœur. Mieux que ça encore, il comprenait ! Cela dit, le blond savait que si Remus comprenait, il ne lui pardonnait pas pour autant. Mais cela viendrait avec le temps, il en était certain. Petit à petit, leur trio se reconstruirait, tout irait bien.

Peter pressa le pas, soudain heureux et enthousiaste. Il était encore tôt mais il devait avancer sur un devoir de potion avant demain. Avec la sortie scolaire, il n'aurait pas le temps de réviser. Il voulait faire ça avant le diner parce qu'il savait qu'il n'en aurait pas le courage après. Et puis, il devrait se coucher tôt pour être en forme. S'il y arrivait du moins. Pas sûr qu'excité comme il était, il y arrive. Il espérait seulement de tout son cœur se retrouver dans le même groupe que ses amis.

Mais s'ils étaient regroupés par maison ?

Peter sentit son estomac se tordre à cette idée. Il n'en avait aucune envie. C'était peu probable de toute façon. Ils n'étaient pas un nombre équivalent dans chaque maison à participer à la sortie pour que ce soit le cas. Malgré lui, il soupira de soulagement. Il baissa ensuite la tête, absorbé par ses pensées, et esquissa un sourire.

Il eut conscience à la dernière seconde que quelqu'un se trouvait devant lui et releva les yeux. Il pila alors au dernier moment pour éviter de percuter Sirius Black. Instantanément, il ouvrit grand les yeux d'effroi et sentit le stress monter. Il se trouva incapable de dire quoi que ce soit tandis que les orbes d'un noir profond semblaient le foudroyer sur place.

Les élèves autour d'eux firent à peine attention à l'étrange association qu'ils formaient car ils s'en fichaient bien. Peter aurait aimé qu'ils s'y intéressent, qu'ils s'attardent même, parce qu'il le sentait, Black n'était pas là pour s'amuser.

-Tiens, Petit Gros, quelle coïncidence de te trouver là. Je te cherchais justement.

-J-je…

-Suis-moi, il faut qu'on parle d'un truc.

Sirius ne fit même pas semblant d'avoir l'air amical. Il passa son bras autour de ses épaules et l'entraina à sa suite. Peter continua à regarder autour de lui, cherchant à croiser le regard de quelqu'un, lui faire comprendre que quelque chose n'allait pas, mais sans succès. Personne ne croisa son regard assez longtemps pour comprendre et il n'osa pas appeler à l'aide. De quoi aurait-il l'air ? Il avait le cœur qui battait si fort et ses mains tremblaient légèrement.

Il pria Merlin pour qu'il se fasse des idées au sujet de cette rencontre. Que Sirius cherche juste à lui faire peur ou n'importe quoi d'autre.

Ils marchèrent ainsi jusqu'à la tour d'astronomie déserte et cela ne rassura pas le blond. Black le tenait toujours contre lui et Peter n'osait pas croiser son regard.

-Tu peux me critiquer, Petit Gros, mais moi je t'ai toujours attaqué de face.

Peter se figea. Il savait que la suite ne lui plairait pas.

-Tu pensais que je ne le saurais pas ? Dommage, je ne suis pas un crétin et je suis vraiment hors de moi.

La seconde d'après, Peter se retrouva plaqué contre un des murs de la grande tour. Il battit des bras, essaya de repousser l'autre Gryffondor, mais en fut incapable. Il n'avait jamais rien pu faire contre Black, il en avait bien trop peur.

-C'était des mauvaises blagues, voilà ce que ça a toujours été. Je ne méritais pas ça et Remus encore moins, gronda-t-il.

-Tu as fait de ma vie un enfer ! s'écria Peter en retour. Tu passais ton temps à m'humilier, à me rabaisser ! Je voulais juste être ton ami…

Sirius l'observa de longues secondes sans émotion avant de soupirer.

-Eh bien, ce ne sera jamais le cas, lui assena-t-il. T'es qu'une merde, Peter. Et crois-moi, je vais te faire payer ce que tu as fait. Un enfer, vraiment ? Parce que je peux faire beaucoup mieux. Tu verras la différence et tu regretteras l'époque où je ne faisais que m'amuser.

Peter se sentit ensuite saisi au niveau du col de sa chemise et Sirius le bascula vers la fenêtre, penchant son corps vers l'extérieur. Il se débattit, complètement paniqué, et une larme lui échappa alors qu'il faisait face à la colère et à la folie de Black.

-Arrête ! Arrête !

Il regarda derrière lui et ne vit que le vide. Il ferma alors les yeux alors que d'autres larmes lui échappaient, terrorisé. Il supplia le batteur et essaya même de lui griffer le visage pour que le brun le relâche.

-Je le dirai à Remus !

-Et alors ? Il me déteste déjà si t'avais pas remarqué. J'ai absolument rien à perdre, répliqua Sirius d'un air sombre.

Il redressa pourtant finalement le corps de Peter, le stabilisant sur ses deux pieds, puis lui jeta un regard dédaigneux.

-On est lâche tous les deux mais moi au moins, je ne suis pas un connard égoïste. J'en ai pas fini avec toi, Peter.

Sirius lui jeta à peine un regard avant de s'en aller et Peter n'attendit pas plus longtemps pour s'écrouler par terre. Il était anéanti. Tout allait encore recommencer mais cette fois, ce serait pire. Il en avait mal au cœur. Cela ne s'arrêtait donc jamais ?!

Comment Sirius Black avait-il pu apprendre ce qu'il avait fait ? Rita Sketter n'aurait jamais balancé son nom, elle n'avait aucun intérêt à le faire. C'était une journaliste, le secret des sources était important, du moins Peter l'espérait. Il repensa alors à Remus et à ce que son ami lui avait dit.

Regulus Black. Oui, le Serpentard était celui à avoir mis le Poufsouffle sur la bonne voie. Il avait certainement dû le faire pour son frère aussi. Peter se rappelait encore du regard de l'attrapeur le jour où ils s'étaient croisés dans les couloirs alors qu'il attendait la Serdaigle.

-Putain !

Peter n'était pas prêt à revivre ce qu'il avait enduré les années précédentes. Il était déterminé à ne plus se laisser faire. Mais en dévoilant le vrai visage de Black à Remus, Peter avait retiré la protection que son ami lui offrait. A présent que Remus et Sirius n'étaient plus ensemble, rien n'empêchait Black de s'en prendre à lui. Il s'en rendait compte seulement maintenant et c'était trop tard pour regretter. Il avait protégé son ami, son geste n'avait pas été inutile, c'était ça qui comptait.

Jusqu'ici, il avait toujours refusé de s'en prendre à James et à Regulus mais peut-être qu'aujourd'hui, il n'avait plus le choix.

xXx

Le jour de la sortie dans la prison sorcière, Tom Jedusor était déjà débout alors même que le soleil se levait à peine. Il était assez content de lui : le jour qu'il avait tant attendu était enfin arrivé. Dumbledore avait bien essayé de le priver de cette sortie, tentant de le remplacer par un professeur, mais sans succès. Des difficultés à la prison l'avaient forcé à reculer. Ainsi, si le très célèbre directeur de Poudlard avait pu faire passer son remplacement en un simple claquement de doigt auprès des professeurs de l'école, le directeur de la prison avait plus rechigné.

En effet, l'homme avait accepté de faire entrer des élèves dans la prison magique seulement parce que Jedusor lui même en avait fait la demande. Trop tard pour annuler, Dumbledore avait préféré réintégrer le psychomage que de devoir changer tous ses plans et devoir en plus prévenir les élèves. Des professeurs feraient simplement partis de l'équipe encadrante.

Le psychomage avait accueilli avec le sourire la nouvelle. Tom était de plus en plus connu et apprécié. Il se faisait lentement mais sûrement une réputation, différente de celle de Dumbledore qui vieillissait et qui avait du mal avec le virage que prenait le monde magique. Malgré ses faits d'armes, l'ancien Gryffondor restait aujourd'hui cantonné à son rôle de directeur d'école. La bataille contre Grindelwald semblait déjà loin. A cette époque, Albus avait été au sommet de sa forme et de sa gloire, battant seul un des plus puissants sorciers du monde et entrant un peu plus dans la légende. Mais depuis, il ne faisait rien, plongé dans une vie monotone. Le monde en paix oubliait ses héros et était tellement focalisé sur l'avenir qu'il oubliait de regarder le passé pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Et Jedusor avait conscience de tout cela.

Contrit, Albus avait donc dû revoir la sanction arbitraire qu'il lui avait donnée. De plus, les questionnaires qu'il avait faits distribuer aux élèves que le psychomage avait en consultation n'avait rien donnés. Beaucoup étaient très élogieux le concernant et Jedusor le savait : la balance penchait en sa faveur. Le psychomage ne souhaitait pas mener une guerre contre Dumbledore, homme qu'il respectait et craignait à la fois. Mais il était bien décidé à ne pas se laisser faire. Dumbledore s'acharnait contre lui et avec ses suspicions, il risquait de lui mettre des bâtons dans les roues. Tout ça pour quoi ? Une Serdaigle aux mœurs légères !

Jedusor étouffa un rire et malgré l'heure matinale, il décida de se servir un verre de Whisky pur-feu. Il avait travaillé sur son plan la veille. Marlene McKinnon serait présente et elle était sa pièce maitresse, tout ne pouvait que bien se passer. Qu'il y ait des blessés n'étaient pas de son ressort ni une de ses préoccupations. Il espérait juste des dégâts suffisants pour que le Ministre de la magie actuel soit ébranlé. Celui-ci avait récemment mis en service les Détraqueurs contre l'avis de la population et il avait déclaré que c'était le meilleur moyen de garder les prisonniers, que la population ne courrait aucun risque. Mais Jedusor allait s'atteler à démontrer le contraire, faisant ainsi monter un élan d'incertitude et de protestation dans la population.

xXx

Son bracelet en place, Sirius rejoignit le groupe auquel il appartenait. Il n'était pas avec James et c'était un véritable crève cœur. La veille, son fidèle acolyte lui avait raconté l'aventure qu'il avait vécue avec son jeune frère et comment ils avaient réussi à se procurer un tel bien. Sirius avait été envieux : il aurait aimé être avec eux dans cette boutique pour se saisir du bijou. Il ne comprenait pas bien pourquoi James ne l'avait pas réveillé mais bon, ce n'était plus très important maintenant.

Regulus avait coupé le bijou en deux pour permettre aux deux Maraudeurs de l'utiliser en même temps. Sirius se demandait encore comment son frère avait fait mais apparemment, Regulus avait des talents insoupçonnés. Un ruban invisible leur permettait d'attacher le bijou et si lui n'avait pas eu de mal à l'enfiler, James avait récolté quelques brûlures légères au bout de plusieurs minutes. A la fin, il s'était avéré que James pouvait le mettre sans crainte si le bracelet ne touchait pas directement sa peau. Tout cela n'avait pas rassuré Sirius mais son ami lui avait dit de ne pas s'inquiéter. Il avait simplement bandé son poignet pour ne pas que l'artefact magique soit en contact direct avec sa peau. Sirius espérait que ça marche car les Maraudeurs n'avaient pas vraiment pu tester la technique.

Ils étaient 31 à participer à la sortie puisque Marlene avait eu l'accord de venir même après la clôture des inscriptions. Trois groupes de 8 et un groupe de 7. Sirius se trouvait avec Lily, Marlene, Frank, Rosier pour son plus grand déplaisir, Rita dont Lily et Marlene n'étaient pas vraiment proches et Avery dont Sirius ne se souvenait pas avoir entendu un jour la voix. Ainsi que Severus.

Ça chahutait un peu dans le hall, les élèves étant pressés de partir. Quelqu'un passa un peu trop près de Sirius, le bousculant légèrement, et le Gryffondor se retourna. Il sentit alors son cœur battre un peu plus fort en tombant sur les yeux mordorés de son ancien ami.

Pour sa part, Remus osa à peine croiser son regard et s'excusa avant de continuer à se faufiler le plus discrètement possible vers son groupe.

Celui où était James.

Sirius se sentait vraiment maudit. Il observa ainsi le Poufsouffle sourire de plus belle en voyant avec qui il était. A Poudlard, beaucoup avait remarqué que depuis la sortie de l'article et de la photo, Remus et lui s'évitaient. Ils croyaient tous que c'était parce que Sirius n'approuvait pas la relation que le Poufsouffle entretenait avec son petit frère. Après tout, il n'avait pas été plus content quand Regulus s'était affiché au bras de Rosier. Mais Remus avait été son ami, alors il ne pouvait pas se lancer dans une bagarre avec lui.

Sirius les trouvait si bêtes. Quand il entendait ces murmures derrière lui, il avait parfois envie de se retourner et de hurler que c'était lui qui était avec Remus. Qu'il n'y avait que lui à avoir pu gouter ses lèvres, toucher sa peau, entendre ses soupirs et à avoir pris possession de son corps et de son cœur. Qu'ils n'étaient pas amis. Que le Poufsouffle avait toujours été plus pour lui… Mais il n'avait jamais rien laissé échapper.

Et la situation était ce qu'elle était aujourd'hui parce qu'il avait gardé le silence. Il ne se sentait pas d'être pardonné, il avait fait assez de mal comme ça. Rester loin de Lupin était ce qu'il pouvait faire de mieux. Il avait vraiment fait n'importe quoi et le regrettait tellement. Il ne savait pas pourquoi il avait fait ça. Pas qu'un jour, ses actes aient eu un sens…

Sirius se mettait à douter de lui. Le batteur avait dit à son meilleur ami qu'il irait au moins présenter ses excuses et il le ferait, mais il savait que ça n'y changerait rien. Comme il l'avait laissé entendre à Pettigrow, il avait déjà tout perdu.

Et si au final, s'excuser ne faisait qu'aggraver les choses ? Remus le détestait. Si Sirius venait lui dire qu'il tenait à lui et qu'il regrettait, qu'il s'excusait, le Poufsouffle n'aurait-il pas plus de mal à tourner la page ? S'il continuait à le détester, il pourrait plus vite passer à autre chose, non ? Parce que Sirius en était persuadé, rien de ce qu'il pourrait dire ne lui permettrait de retrouver l'ami qu'il s'était fait en ce début de 7ème année.

James avait de la chance de pouvoir encore être ami avec Remus. Leur groupe était constitué en plus d'eux deux, d'Isabel et de Peter les deux amis du blaireau, de Dorcas, d'Alice, de Diane Carter, une Poufsouffle de 6ème qui avait atteint sa majorité une semaine seulement auparavant, et pour finir, d'Anthony Otterburn, un Serdaigle plutôt sympa.

Sirius n'était pas certain de ne pas préférer le groupe de James et pas seulement parce que son ami y était. Il aurait dû y être à la place de Peter Pettigrow. A le voir échanger avec Remus, Sirius devinait que les soupçons de Regulus n'avaient pas pris auprès du Poufsouffle. A moins que le Préfet-en-chef ait tout simplement décidé de pardonner au Gryffondor... Sirius serra les poings, trouvant cela injuste. Enfin, il n'avait aucune preuve de ce qu'il avançait. De toute façon, il avait décidé de faire payer à Peter son comportement.

xXx

Lily se sentait étrange. Lorsqu'elle observait ses camarades, elle ne voyait pratiquement que des sourires ou de l'impatience sur leurs visages et elle aussi aurait dû être dans le même état d'esprit. A l'annonce de cette sortie scolaire si particulière, elle l'avait d'ailleurs été. Mais depuis, il s'était passé des choses, un évènement en particulier qu'elle n'arrivait pas à oublier. Elle se sentait mal à l'aise et trouvait tout bizarre maintenant. Une de leurs camarades s'était faite violer et tout le monde continuait sa vie comme si tout allait bien, comme si rien ne s'était passé. Ça la dépassait.

Elle avait beau se dire que c'était parce qu'ils ne savaient pas, ça ne suffisait pas à arrêter ses questionnements, son mal être. Ne disait-on pas « On n'est jamais heureux qu'au prix de quelques illusions et beaucoup d'ignorance » ? Lily avait conscience que parce qu'elle savait justement, elle ne pouvait plus faire semblant et se bercer d'illusions. Une partie d'elle trouvait cela injuste d'être la seule à savoir parmi ses camarades. Une autre les enviait.

Ce qui s'était passé la travaillait souvent. Inquiète pour Pamela Alton, elle avait essayé de prendre des nouvelles mais la 6ème année avait manifesté le désir de ne pas lui parler. Lily pouvait la comprendre. Elles n'avaient jamais été très amies alors la Serdaigle ne devait pas avoir envie de se confier à elle. La rousse imaginait également que d'une manière ou d'une autre, Pamela devait tout simplement avoir honte ou ne pas avoir envie de se rappeler, dans le regard de la Préfète-en-cheffe, ce qui lui était arrivé. La blonde devait avoir déjà suffisamment à faire avec sa propre douleur, sans avoir à gérer les tourments de Lily.

Lily pouvait théoriquement comprendre tout cela, mais dans les faits, c'était plus dur. Elle avait cette sensation qu'elle devait faire quelque chose. Parce qu'elle savait, elle ne pouvait pas juste continuer sa vie normalement. Elle se posait également beaucoup de questions. Dumbledore avait fait une simple annonce pour rappeler les règles de Poudlard, aucun mot sur ce qui s'était passé vendredi soir dernier. Aucun élève interrogé, aucun Auror venu enquêter ni de prévention quelconque.

Elle ne pouvait pas imaginer que le directeur de l'école n'ait réellement rien fait. La rousse ne devait pas être au courant, voilà tout. Il était impossible que le directeur laisse un violeur se balader tranquillement dans le château. A moins qu'il ne se soit agi d'un intrus et que la menace soit déjà éloignée ? Elle n'en savait rien et c'était bien là le problème.

Lily devait faire comme elle le pouvait et continuer sa vie, même si la fin de son adolescence n'avait plus la même saveur. Parfois, elle se demandait si Severus savait, ou au moins s'il se doutait de quelque chose. Elle savait la Serdaigle et le Serpentard très amis même si elle avait trouvé cela étrange au début, les deux jeunes adultes n'ayant à sa connaissance rien en commun. Que Pamela n'ait pas souhaité se confier à elle était une chose, elles se connaissaient à peine et n'avaient pas forcément eu de très bons rapports jusqu'à présent. Lily pouvait à présent avouer à demi-mot que parce qu'elle était une femme et qu'elle savait ce qui était arrivé, elle aurait pensé que Pamela se confierait plus facilement.

Mais Severus était son ami, il la connaissait et la comprenait sûrement mieux qu'elle. Il n'était pas facile de parler de l'agression qu'elle avait subie, de ce qu'elle ressentait, le faire avec quelqu'un dont elle avait la certitude qu'il écouterait et ne la jugerait pas était plus simple. Pour autant, Lily avait conscience qu'il y avait également énormément de personnes qui n'en parlait jamais.

Elles souffraient alors en silence.

En tout cas, malgré son refus d'en parler, Pamela avait un langage corporel très parlant. En faisant attention, il était facile de voir que quelque chose avait changé, qu'elle n'allait pas bien, sans pouvoir forcément mettre un mot sur les maux dont elle souffrait. Lily avait cet espoir que Severus avait pu mettre le doigt sur ce quelque chose. Il était observateur, curieux et obstiné. S'il ne savait pas, ce n'était peut-être qu'une question de temps.

Que Pamela ne souhaite pas en parler était une chose mais Lily, elle, n'était pas sûre de pouvoir vivre encore très longtemps avec un secret si lourd. Pourtant, jamais elle n'irait contre la volonté de la Poufsouffle et ne révèlerait quelque chose de si intime qui ne lui appartenait pas. Mais si Severus était déjà au courant, c'était une autre histoire. Il était également son ami, son meilleur ami, et elle avait besoin de lui parler…

Elle espérait sincèrement qu'Azkaban lui changerait les idées mais elle n'en était pas sûre. En plus de Pamela Alton, la rousse s'inquiétait en effet pour Marlene. Elle ne savait pas ce qui avait motivé le changement d'avis de sa camarade concernant la visite. La Serdaigle parlait peu de son frère et ses amies avaient compris que c'était un sujet sensible. Visiter une prison n'avait rien de réjouissant et la Gryffondor en prenait conscience seulement maintenant. Ça lui faisait d'ailleurs tellement étrange qu'elle se demandait comment elle avait pu être enthousiaste une seule seconde à ce sujet. Pour ne pas trop ruminer, elle essayait de se rappeler qu'ils y allaient surtout pour l'architecture, l'histoire et la magie que renfermait ce lieu.

Pour ne pas penser à ses propres problèmes, elle se rapprocha ensuite de son amie.

-Marlene, ça va aller ?

-Je crois, soupira la Serdaigle.

Lily ne sut pas quoi ajouter d'autre et eut cette horrible impression d'être inutile. Elle ignorait comment Marlene se sentait vis-à-vis de son frère. Avait-elle honte ? Lui manquait-il ? Espérait-elle le revoir ? Ou alors, ne désirait-elle sous aucun prétexte être associée à lui ? Lily n'en savait rien. Elle ignorait pour quel motif Dorian McKinnon avait été incarcéré à Azkaban. La vie des prisonniers n'était pas belle mais personne n'allait les plaindre, il s'agissait de criminels. Lily n'avait pas l'impression que les prisonniers moldus étaient mieux traités dans le monde d'où elle venait, ni s'ils méritaient réellement une quelconque miséricorde mais au moins là-bas, on laissait le droit aux proches d'être tristes, on ne les obligeait pas à couper les ponts. Les prisonniers d'Azkaban ne pouvaient pas recevoir de visites.

Elle ne voulait pas les plaindre et imaginait bien que les gens ne terminaient pas en prison pour avoir volé une orange ou bousculer quelqu'un dans la rue, mais elle avait cette impression qu'en agissant ainsi, on punissait également les familles.

Et quand elle observait son amie, elle trouvait cela véritablement injuste.

-C'est bien que tu sois venue. Tu l'aurais peut-être regretté sinon.

-C'est ce que je pense aussi, sourit tristement Marlene. Et puis, je me rends bien compte que c'est quelque chose d'exceptionnel. Après Poudlard et le Ministère de la Magie, Azkaban est un des plus vieux et puissants monuments magiques.

-Je reconnais bien la Serdaigle en toi.

Lily sourit et se concentra sur les professeurs quand ceux-ci prirent la parole.

xXx

Les deux professeurs encadrants, Aurora Sinistra et Minerva McGonagall, ainsi que le psychomage Jedusor regroupèrent les élèves : ils allaient pouvoir partir. Ils prirent plusieurs moyens de transport et Sirius se doutait que c'était pour brouiller les pistes. L'endroit était supposé être difficile à trouver et il ne fallait pas qu'un beau jour, un ancien élève décide d'y aller parce qu'il se souvenait de l'endroit après l'avoir visité plus jeune. Tous ces déplacements laissèrent Sirius patraque.

Mais voir la célèbre prison d'Azkaban lui redonna un peu de couleur. En effet, l'endroit était lugubre mais respirait la magie. C'était différent de Poudlard où tout était magique, pur et beau. Là, c'était froid, sombre et impersonnel. Le cœur de Sirius battit un peu plus fort quand les portes se refermèrent derrière eux. Il était toujours aussi nerveux, mais aussi très excité. Il échangea un sourire avec James.

Il fallait quand même rester vigilant. Sirius se demandait si le fantôme qui faisait partie de sa famille allait se manifester auprès de lui à un moment ou un autre. Padfoot avait été absent avant leur départ mais comme il ne pouvait pas le voir, seulement entendre sa voix, il y avait la possibilité que l'esprit soit à leur côté, silencieux.

Le directeur ainsi que deux Aurors vinrent les accueillirent. On leur annonça les règles de sécurité ainsi que la manière dont allait se passer la matinée. Sirius n'en écouta pas la moitié : plus c'était long et plus c'était difficile de se concentrer. Le directeur de la prison n'était décidément pas un bon orateur. Sa voix avait toujours le même ton et James se cacha pour bailler. Il se fit alors reprendre par le regard sévère de sa directrice de maison. Remus lui fila même un coup de coude, juste pour s'assurer que le message était bien passé et Sirius sourit, attendri par le spectacle. Remus dut pourtant très vite sentir son regard sur lui – ses instincts de fauve peut-être – et se tourna vers lui. Il fronça les sourcils et Sirius s'obligea à détourner les yeux. C'était étrange de se dire que le fait de juste observer son ami pouvait être considéré comme inapproprié.

Les explications prirent exactement 45 minutes. Heureusement, le directeur avait aussi pensé à faire la distribution du matériel histoire de leur faire gagner du temps. Sirius aurait pu mourir d'ennui sinon ! Dire qu'il avait été si euphorique avant… Mais ça n'allait pas tarder à revenir, il sentait déjà les prémices de la joie et l'impatience le couvrir. Chaque élève bénéficia ensuite d'une carte à son nom permettant de les identifier et qui permettait également de repousser les sorts mineurs, simple mesure de précaution. Ca n'empêcha pas Peter Pettigrow d'avoir un soupir étranglé. Les visiteurs eurent également une pierre blanche banale, même pas brillante mais très utile. La prison étant remplie de protection, elle leur permettait en effet de s'y balader sans se voir risquer d'être carbonisé ou encore expulsé.

En fait, seules les parties où les prisonniers étaient enfermés étaient sécurisées à l'aide de sorts. Il était plutôt simple de les désactiver car les pierres devaient entrer en contact avec la partie lisse près des portes de sortie de chaque secteur. Le directeur ne s'inquiétait cependant pas de passer de tels objets à des élèves. Il le fallait pour pouvoir passer les protections et c'était toujours mieux que de les abaisser. De plus, le plus important était que les prisonniers ne pouvaient rien faire depuis leur cellule. Il était ainsi désolant de voir que sans leur baguette, les sorciers devenaient bien plus fragiles que les Moldus.

Et puis, si le directeur était aussi sûr de lui, c'était grâce aux Détraqueurs. Pas un prisonnier n'avait la force de s'y opposer ni même n'avait l'idée assez folle pour essayer de s'évader.

-Le Ministre de la Magie est très fier de ce projet, il viendra à la fin de vos visites pour échanger quelques mots avec vous !

-Il sera surtout là pour les photos, lâcha malicieusement Rita Skeeter.

Sirius ne lui donnait pas tort.

Le premier groupe partit ensuite, dirigé par leur professeur d'Astronomie et un Auror surveillant. Un quart d'heure plus tard, le deuxième groupe s'en alla et ainsi de suite. Sirius faisait partie du 3ème groupe et celui de James était le dernier.

-Ça avait l'air plus grand vu de l'extérieur, souffla Marlene comme ils commençaient la visite.

-Ça l'est, répondit Jedusor. N'oubliez pas que la prison est constituée de plusieurs étages.

Son groupe était le seul à ne pas bénéficier d'instructeur et Sirius ne put s'empêcher de trouver cet aspect troublant. Il avait entendu parler d'effectif restreint et de coupure budgétaire sans être sur de comprendre de quoi il s'agissait concrètement. Il se rappelait simplement d'un article qui était parût il y'a pratiquement 1 an sur le fait que le Ministre de la magie avait enlevé du personnel pour pouvoir économiser du budget et ainsi investir encore plus dans des Détraqueurs. Les Détraqueurs étaient souvent associés à des travailleurs plus performants, qui avaient moins d'exigences et étaient dans le même temps, moins faillibles.

Sirius ne savait pas s'il s'agissait de la vraie raison, il savait néanmoins que tout le personnel de la prison ne pouvait pas être réquisitionné simplement pour leur faire visiter la prison magique.

Il y avait tout de même un hic.

Un seul groupe ne bénéficiait pas d'instructeur et comme par hasard, c'était le groupe de Jedusor. Peut-être qu'il n'avait rien à y voir. Ecouter Padfoot l'avait probablement rendu trop méfiant. Jedusor avait été l'instigateur de cette sortie, il avait déjà au préalable fait quelques visites dans la prison et eut de nombreux entretient avec le directeur. Ça ne pouvait être que pour ça qu'il pouvait faire faire la visite seule, parce qu'il ne savait suffisamment pour ce faire. Du moins le Gryffondor l'espérait.

Au fond de lui il ne savait que penser du psy. Le fait qu'il n'ait pas été réglo dans ses autres vies faisait-il forcément de lui une mauvaise personne ici ? Sirius était tenté de dire non car il était pour laisser une chance à chacun.

-Les détenus les plus dangereux sont bien entendu gardés dans les derniers étages, c'est aussi là que se trouvent les Détraqueurs.

-Cool, on ne devrait pas les voir alors ! s'exclama Sirius, rassuré.

Jedusor esquissa un sourire.

Le groupe avançait lentement. Rita, en tant que journaliste en herbe, avait voulu prendre des photos mais ça lui avait été interdit. Elle pouvait cependant écrire un article car aucun secret ne lui serait montré de toute façon. A un moment donné, ils pénétrèrent dans une petite salle où les contrôles des visiteurs se faisaient - visiteurs composés principalement d'Aurors pour les interrogatoires ou encore de politiciens. Le contrôle magique leur laissa une sensation de mal de mer que beaucoup eurent du mal à contenir. Jedusor sourit à ce spectacle. Ils débouchèrent ensuite dans un petit couloir avec deux portes, les vestiaires et les sanitaires, et une autre porte les faisant pénétrer dans la première partie de la prison. Le secteur 1, vide. Tous sentir alors quelque chose vibrer doucement en eux en entrant dans la pièce.

-C'était quoi? demanda Lily.

-C'était étrange, marmonna Severus.

-Il me semble que c'est une première protection. Mais la direction nous avait pourtant informés qu'on les sentirait à peine, répondit Marlene.

-On ne doit pas avoir la même définition du mot alors, souffla Rosier.

-Il est normal que les protections soient efficaces, allons-y, éluda Jedusor.

La visite du secteur 1 fut plaisante. Comme elle était vide, ils purent visiter les cellules et Lily trouva ça curieux. Marlene quant à elle resta étrangement silencieuse. Tous les autres se laissaient déborder par la curiosité mais elle restait beaucoup en retrait, ne souriant pas et observant à peine ce qu'il se passait autour d'elle. Lily, à ses côtés, tentait de la détendre, de lui parler, mais Marlene n'avait pas envie de discuter. Plus le temps passait et plus elle semblait regretter de se trouver là. Malheureusement, il était trop tard pour rebrousser chemin.

Comme Lily, voir les autres élèves s'émerveiller la dérangeait. Des gens étaient enfermés à vie ici, d'autres y mourraient et au-delà de ça, ils se trouvaient dans le même bâtiment que des tueurs, des voleurs, des extrémistes violents ou des violeurs.

Marlene avait l'impression d'étouffer, d'être en décalage. Elle jeta un regard à Jedusor, nerveuse, mais fit l'effort d'écouter ce qui leur racontait.

Le psychomage à qui on avait relaté suffisamment de faits pour qu'il puisse servir de guide à son groupe leur parla un peu de l'histoire de la prison. Il parla des objets magiques présents et de comment la prison avait été construite. Tout le monde grimaça un peu quand le psychomage parla du cimetière présent derrière la prison, réservé aux prisonniers morts durant leur incarcération.

-C'est étonnant que les familles ne puissent pas récupérer leurs proches au moins pour les enterrer et organiser des funérailles, souffla Lily.

-Je pense surtout qu'ils sont heureux de ne pas avoir à s'en occuper. Les familles ayant un proche enfermé à Azkaban ne s'en vantent pas vraiment, lui fit remarquer Rosier.

-Et qu'est-ce que tu peux en savoir ? répliqua sèchement Marlene. Tout le monde ne tourne pas forcément le dos à sa famille.

Lily se rapprocha de son amie et lui pressa la main mais Marlene ne sembla pas se détendre pour autant. Sirius se rappela alors que la Serdaigle avait son frère ici. La situation ne devait pas être simple pour elle et Sirius était heureux de ne pas être à sa place. Aurait-il eu le courage et la volonté de venir ? Il n'en était pas sûr. En fait, plus il avançait dans leur visite, plus il se sentait étrange.

Il avait comme un mauvais pressentiment. Il regarda alors autour de lui, à la recherche de quelque chose, d'un signe ou d'une preuve expliquant son sentiment, mais il ne vit rien. Il voulut appeler Padfoot mais ses lèvres restèrent closes. Il y avait trop de monde autour de lui pour qu'il puisse s'adresser à l'esprit sans attirer l'attention. Il toucha ensuite nerveusement son bracelet en se répétant que si quelque chose était amené à se produire, l'esprit le préviendrait. Regulus avait une énorme confiance en cet être spécial et Sirius n'imaginait pas Padfoot ne pas mériter cette confiance.

Il fit de son mieux pour se reprendre et s'immergea de nouveau complètement dans les propos du psychomage.

xXx

L'esprit n'appréciait pas du tout Azkaban, et peu importe qu'il le visite en homme libre. Enfin, il n'était pas non plus sûr que cette appellation soit correcte. Et si on voulait aller plus loin encore, libre, il ne l'était pas. Il n'avait malheureusement pas pu être blanchi du crime dont on l'avait accusé avant sa mort. Bon, il le serait plus tard et donc son honneur serait lavé, sa mémoire préservée. Mais à quoi bon… Toutes ces années gâchées, enfermé et accusé à tort. Il avait ensuite dû se cacher, vivre comme un fugitif, un minable sans argent, sans toit, sans allié.

Le temps avait beau avoir passé, Padfoot gardait toujours cette blessure en lui. A cela s'ajoutait le fait qu'il avait l'impression que sa vie avait été perdue. Qu'elle se soit terminée prématurément était une chose, qu'il ait tant souffert en était une autre. Padfoot était parti avec une ribambelle de regrets. Était-ce pour cela qu'il n'arrivait pas à trouver le repos éternel ? Allait-il doucement continuer à basculer ?

Tout cela le rendait fou. Voilà pourquoi il s'obligeait à rester loin de son lui de ce monde. Il savait qu'il n'avait pas la volonté nécessaire pour résister à la tentation qu'était Sirius, de vivre sa vie, de se donner une chance d'être à nouveau heureux.

Padfoot savait qu'il devait rejoindre le groupe de Sirius car Jedusor y était et c'était l'homme qu'il surveillait. Et il pouvait difficilement le faire en étant si loin. Mais la prison ne lui rappelant pas de bons souvenirs, il tenait à rester éloigné du jeune Sirius pour ne pas affecter ses sentiments. Et peut-être aussi qu'il avait honte de voir dans quelle situation pitoyable il avait mis ce jeune homme. Remus et lui ne se parlaient même plus. Au moins à son époque, lorsqu'il avait joué sa mauvaise blague à Snape, Moony avait été en colère contre lui, lui avait dit et l'avait fait ramer. Là, il n'y avait rien et Padfoot ne savait pas comment rattraper le coup, ni même s'il devait le faire.

Quand exactement tout avait commencé à dérailler ?

Il soupira et observa le groupe devant lui. Celui de James et de Remus. L'ambiance était bon enfant et énergique. Chose assez déroutante étant donné qu'ils étaient en train de visiter une prison, mais McGonagall était une bonne enseignante et faisait passer ça pour un cours différent. C'était ça en fin de compte. Padfoot se sentait bien avec eux et cela lui faisait presque oublier que tout pouvait basculer d'une seconde à l'autre.

Presque.

A regret, il s'approcha finalement de son meilleur ami et se racla la gorge pour ne pas trop fortement le surprendre. Il l'informa alors qu'il allait retrouver le groupe de Sirius. L'esprit avait la chance de ne pas bénéficier des contraintes de déplacement au sein de la prison dont souffraient les visiteurs. Comme pour Poudlard, il pouvait se balader librement. Le seul endroit où il n'avait pas pu avoir accès à ce jour était bien le bureau de Jedusor. Cela l'étonnait car même le bureau de Dumbledore ne lui avait posé aucun problème.

C'était un mystère sur lequel il devrait se pencher.

Padfoot s'éloigna de James et alla enfin retrouver le groupe le plus problématique de cette sortie.

xXx

James Potter passait un agréable moment. Le Gryffondor avait la capacité étonnante de se contenter de peu, et peut-être était-ce parce qu'il possédait déjà beaucoup. Il appréciait plus l'attention et les relations que les choses matérielles pourtant plus faciles à conserver et entretenir.

Il était difficile de croire qu'on pouvait s'amuser dans une prison et pourtant, à l'instar du Gryffondor, les élèves autour de lui oubliaient où ils se trouvaient. Le directeur et le personnel d'Azkaban avaient semblé avoir fait le ménage avant et bien condamner les entrées menant aux pièces dangereuses. Cela donnait une impression de sécurité, de normalisation.

Ainsi, les visiteurs exceptionnels qu'ils étaient pouvaient se consacrer à l'architecture, la magie et l'histoire de ce monument magique. James avait attendu avec impatience cette sortie et il en était très heureux. Cela lui faisait du bien de ne pas penser aux problèmes qu'il rencontrait actuellement. Le fait que deux de ses amis s'étaient embrouillés, que Moony souffrait et qu'il ne savait pas quoi faire pour arranger les choses. Il y avait Sirius qui agissait étrangement et qu'il ne comprenait plus forcément très bien. Son ami ne lui disait pas tout, il souffrait et il le voyait bien.

Bien entendu, Sirius avait commencé à se confier à lui, mais James le sentait bien trop sur la retenue. C'était difficile pour lui et même si James était content qu'il le fasse, au fond de lui, il ne savait pas s'il était à la hauteur. Il pouvait deviner chez son meilleur ami une grande douleur, quelque chose qui le rongeait. Et James avait beau faire de son mieux, il craignait de ne pas être à la hauteur si jamais Sirius se décidait à complètement déballer son sac. Voilà pourquoi le sujet psychomage avait été mis sur le tapis : Sirius semblait avoir accepté et compris qu'un professionnel pourrait très certainement l'aider. En y réfléchissant bien, peut-être que dès son arrivée, Jedusor avait remarqué le mal être dont souffrait Sirius et que c'était pour cette raison qu'il avait voulu l'avoir en consultation.

Malheureusement, les choses avaient changé depuis que Sirius avait pris cette décision. La plus grande étant l'arrivée dans leur vie de Padfoot et ses révélations fracassantes. L'esprit leur enjoignait de se montrer très prudent, il semblait convaincu que cet homme ne pouvait qu'être mauvais. Sirius et lui ne pouvaient pas ignorer ses recommandations. Le batteur allait-il pour autant appliquer les conseils de l'esprit à la lettre et rester loin du psychomage tout en le gardant à l'œil ? James ne savait pas quel était le bon choix.

Il y avait déjà tellement à penser….

Il y avait également Regulus. Se disputer avec le Serpentard était très éprouvant, principalement parce qu'il avait l'impression de passer pour un gros connard. C'était dur à admettre, mais depuis peu, le 6ème année était de plus en plus dans sa tête et dès qu'il y pensait, il avait du mal à s'en débarrasser. Il ne comprenait pas bien ce qui lui arrivait et c'était justement ça le problème. Il ne saisissait pas comment Regulus faisait pour ne pas le laisser indifférent. C'était un sentiment étrange qui n'avait rien à voir avec une simple connaissance, quelqu'un qu'il appréciait mais à laquelle il n'était pas forcément attaché. Ils avaient quand même vécu ensemble pendant des mois et avaient partagé quelques galères ensemble. Si Regulus était plus qu'une connaissance… Était-ce un ami ? James avait envie de dire oui, il devait dire oui, mais s'il était honnête, il n'en savait rien. Il ne pensait pas à longueur de journée à ses amis, il ne s'inquiétait pas comme un fou pour eux, ni ne culpabilisait parce qu'ils l'avaient rejeté. Il y avait également ce baiser qu'il n'arrivait pas à oublier sans savoir si c'était mal ou bien, si c'était grave ou pas. Ca n'avait duré qu'une seconde à peine, bon sang !

Non, James ne pouvait pas encore qualifier Regulus d'ami, même s'il le désirait. Alors quoi ? Était-ce un confident, un simple copain, un ennemi ? Non, il le savait. Peut-être… Un potentiel prétendant, un homme pour qui il commençait à avoir des sentiments ? James refusait d'y penser. Il était encore fou amoureux de Lily… ça n'avait aucun sens.

Il ne pouvait pas rester dans cette situation. Il voulait se réconcilier avec le Serpentard mais Regulus semblait peu motivé à ce sujet. Il lui avait à peine adressé la parole la dernière fois tandis qu'il avait semblé plus ou moins passer l'éponge pour son frère. C'était injuste, du moins c'est ce qu'il pensait, mais Regulus le lui avait bien dit : il n'était rien pour lui alors que Sirius était son frère, son sang.

A cet instant, James eut la nette impression qu'il serait plus facile de rabibocher Sirius et Remus que de faire revenir Regulus à de meilleurs sentiments. Il était également préférable qu'il sache ce qu'il éprouvait exactement pour le 6ème année avant de retourner vers lui. Histoire d'éviter d'autres impairs !

-James, l'interpella soudain Isabel.

Le Gryffondor se tourna vers elle, surpris. Ils ne s'étaient pour ainsi dire jamais parlé. Peut être un bonjour ici et là et cela, seulement par politesse. D'ailleurs, il se demandait encore comment et pourquoi Sirius avait couché avec elle. Il la calculait à peine, qu'il sache son nom était un exploit en soi !

Il dut se montrer trop étonné parce qu'Isabel esquissa un sourire timide. Il regarda alors autour de lui. Personne ne faisait attention à eux, observant les objets présents dans la pièce et écoutant le récit professoral.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

Isabel souffla, semblant peser le pour et le contre. Elle releva ensuite un instant les yeux sur Remus au loin qui discutait avec Peter avant de se tourner de nouveau vers James.

-J'ai une question à te poser et j'ai besoin que tu sois sincère.

-Euh…

James fronça les sourcils, intrigué.

- Okay.

-Est-ce que Sirius aime Remus ?

James se mordilla les lèvres, mal à l'aise. Il ne savait pas quoi dire. Il n'appréciait vraiment pas la situation dans laquelle son ami l'avait mis. Isabel cherchait-elle à savoir cela pour Remus ou pour elle ?

-Il tient beaucoup à lui, biaisa-t-il.

Même sans la connaitre, le Gryffondor imaginait mal Isabel venir s'informer pour elle alors qu'elle savait que son ami subissait encore une peine de cœur.

Cependant, malgré son honnêteté, la Poufsouffle leva les yeux au ciel.

-Ecoute, James, j'ai déjà fait du mal à Remus et je ne suis pas sûre qu'il me pardonne une seconde trahison. Je joue une amitié de longue date alors s'il te plait, mets-y du tien.

Isabel semblait presque désespérée.

-Oui, il l'aime.

-Pourquoi ne lui avoir jamais dit alors ?!

-Il n'en avait pas conscience, c'était encore trop tôt pour lui, soupira James qui recommença à marcher.

Leur groupe passa dans la pièce suivante.

-Remus a toujours dit qu'il ne devait pas lui en vouloir parce que Sirius ne lui avait jamais vraiment menti mais si tu veux mon avis, il n'a jamais été très honnête non plus, reprit-elle.

-C'est compliqué… Mais Sirius s'en veut vraiment. Il n'espère pas être pardonné, il souhaite juste avoir une chance de s'excuser, de peut-être s'expliquer.

-Tout n'est peut-être pas perdu dans ce cas.

James la regarda avec des yeux ronds. Lui-même n'aurait pas parié là-dessus.

-Peter refuse de m'aider mais je suis sûre que toi, tu n'y verras aucun inconvénient. Je voudrais me rattraper, permettre à Remus d'être heureux. Quand on s'aime autant, c'est trop triste de laisser les choses se terminer ainsi sans même se donner une nouvelle chance…

James repensa soudainement à sa propre histoire avec Lily. Parfois, on n'avait simplement pas le choix. Il avait envie d'aider Isabel qui semblait pleine de bonne volonté, mais était-ce réellement la chose à faire ? Il n'avait pas envie de donner de fausse raison d'y croire à son ami. Lui mieux que quiconque savait combien ce genre d'entreprise était compliquée et ne se finissait pas nécessairement comme on le voulait.

Il ne répondit pas et Isabel, après un énième soupir, s'éloigna de lui. Ils étaient en pleine visite d'Azkaban, ils continueraient cette conversation une autre fois, avait-il décidé. Cela lui laisserait suffisamment de temps pour réfléchir à son choix.

xXx

Padfoot avait enfin rejoint le groupe de Sirius et celui-ci se sentait plus rassuré. Il était également heureux d'avoir été patient. L'esprit lui avait signalé sa présence et l'avait informé de la situation concernant le groupe de James et de Remus, à savoir que tout allait bien. Sirius aurait aimé l'interroger davantage mais malheureusement, il ne pouvait pas vraiment parler. La dernière chose qu'il voulait était d'attirer l'attention sur lui.

Ce que lui avait raconté l'esprit sur le dernier groupe lui donnait plutôt envie. Il se serait tellement amusé avec James ! Son groupe était morose et Jedusor leur donnait bien trop de détails. Il était passionné, cela ne faisait aucun doute, mais de son côté, Sirius n'avait que très peu de raison de sourire : il n'appréciait pas Rosier, se fichait bien de Severus, Avery ne disait jamais un mot et pas sûr s'il l'avait fait que Sirius l'aurait écouté. Quant à Lily, elle semblait souvent songeuse et n'avait pas l'air aussi euphorique que les autres au sujet de cette visite. Et Marlene… Elle avait carrément un comportement étrange mais Sirius ne pouvait pas la blâmer vu sa situation.

Il n'y avait bien que Rita pour se montrer un tant soit peu intéressante, et Sirius n'aurait jamais cru dire ça un jour.

Ses sentiments mitigés toujours en tête, la visite se poursuivit.

A un moment, ils arrivèrent dans une pièce où des expériences leur étaient proposées. Une qui leur permettait de tester la solidité des pierres avec lesquelles avaient été construites la prison, une autre qui permettait de ressentir les effets d'une privation de magie et une autre l'afflux de magie. Ils s'y essayèrent tous avec enthousiasme, sauf Marlene qui se récolta un commentaire de Rita mais se contenta de lui lancer un regard noir.

-Bien, nous allons pouvoir accéder à un secteur où les prisonniers sont présents mais ont un taux faible ou moyen de dangerosité, leur apprit alors Jedusor.

-Quoi ? s'étonna Severus. Je pensais qu'on ne devait pas entrer en contact avec les prisonniers ?

-Normalement, mais le groupe avant nous a pris du retard. Apparemment, ils sont trop captivés par la séance d'interrogatoire pour vouloir la quitter avant son dénouement. Nous devons continuer parce que nous avons un planning à respecter et si on s'arrêtait aussi, ça forcerait le groupe derrière à faire de même. Deux groupes ne peuvent pas se trouver au même moment dans la même pièce. Même si la prison a été sécurisée et que des mesures ont été prises en supplément pour permettre le bon déroulé de cette sortie, il est indispensable que nous restions en petits groupes. Il est ainsi plus facile de nous balader et de ne pas affoler les sorts de protection. Nous observerons la pensive de l'Auror à Poudlard.

-Dommage, c'était sûrement le truc le plus intéressant, marmonna Sirius.

Il observa encore la pièce dans laquelle ils étaient avec l'envie d'à nouveau tester la pierre qui augmentait la magie. C'était une expérience intéressante et assez bouleversante. A cet instant, Marlene passa à côté de lui et il se demanda si elle allait enfin se dérider et arrêter de broyer du noir en les suivant docilement. Mais elle ne s'arrêta pas et alla trouver le psychomage. Sirius l'observa mais il ne voyait pas son visage ni n'entendait ce qu'elle disait. Il trouva cet échange bizarre et tenta de se rapprocher discrètement. Jedusor écoutait attentivement la Serdaigle et son expression neutre n'était pas vraiment un bon indicateur pour le Gryffondor. Malheureusement, il n'eut pas le temps de se rapprocher plus ni d'entendre quoi que ce soit, le psychomage leur demandait déjà de se rassembler pour se mettre en route.

A côté de lui, Padfoot lui donna plus d'information.

-Je n'ai pas tout compris mais Jedusor avait l'air de la rassurer et de la calmer. Il lui demandait d'être patiente. Je n'ai pas entendu le début.

Ça ne donnait pas forcément plus d'indication à Sirius mais c'était déjà ça. Si au final rien ne se passait, ça lui allait également très bien.

Sirius garda un œil sur son ex lorsqu'ils arrivèrent dans la pièce suivante. Marlene dégageait une espèce d'apathie et la vue de prisonniers ne la perturba pas plus que ça. Sirius quant à lui se désintéressa de ses camarades pour observer les cellules.

A leur venue, certains prisonniers semblèrent se réveiller et tapèrent sur les barreaux de leurs cellules. Lily et Rita sursautèrent. Severus aussi, mais plus discrètement, et Sirius rit sous cape.

-Vous n'avez pas d'inquiétude à avoir. Notre changement d'itinéraire avait été prévu et la direction a libéré 3 Détraqueurs dans une pièce à côté, prêts à intervenir si les prisonniers se montrent trop rebelles.

-Je pensais que les prisonniers ressembleraient à des larves à cause des Détraqueurs, remarqua Severus.

-Ils sont juste répugnants et sales.

Rosier se couvrit le nez, moqueur, et cela sembla énerver encore plus les prisonniers.

La situation mettait Lily mal à l'aise. Elle savait que les personnes enfermées ici l'étaient pour de bonnes raisons mais elle avait l'impression que les faire défiler ici était les réduire à l'état de bêtes en cage. Ils devenaient des animaux devant leurs yeux. Privés de libertés et de dignité. Assister à un interrogatoire n'était pas forcément mieux, mais les prisonniers n'auraient pas eu à affronter leur regard et leur jugement au moins.

-Les Détraqueurs, comme je vous le disais plus tôt, ne trainent que dans les hauts étages. Il est donc plus que probable que ces prisonniers n'en aient côtoyé que très peu.

Sirius marchait à bonne distance des cellules comme on le lui avait dit : ce n'était pas le moment de faire n'importe quoi. En passant devant l'une d'entre elles cependant, il eut soudain un haut le cœur. Il s'arrêta et tourna la tête, observant un homme qu'il reconnut aussitôt. Pourtant, il était certain de ne l'avoir jamais vu, même pas en photo.

Fenrir Greyback.

Il était massif, même si on pouvait voir que la prison l'avait aminci, et Sirius n'osa pas imaginer à quoi pouvait ressembler l'homme lorsqu'il était au sommet de sa force. Il était debout, ses jambes et ses bras étaient longs, ses cheveux sales et gris et sa barbe ressemblait à un nid d'oiseau mal entretenu. Ses mains étaient crasseuses et ses ongles jaunis. Il ne devait pas avoir pris une douche depuis au moins des mois, voire des années. Ses dents étaient pointues et Sirius avait l'impression qu'à tout moment, la bête pourrait sortir les crocs. Une puissante odeur de terre, de sueur et de sang émanait de son corps et l'odeur nauséabonde dont parlait Rosier devait certainement venir de lui.

C'était lui qui avait essayé d'attaquer Remus lorsqu'il était petit. Il aurait pu le contaminer et même le tuer.

Sirius serra les dents. Il se sentait tellement en colère.

-Je te plais, mon mignon ?

La voix de Greyback le fit sursauter et Jedusor le rappela à l'ordre, priant Sirius de rester près du groupe et de ne pas adresser la parole au prisonnier. Mais Sirius resta bloqué sur le loup-garou, un sentiment bizarre en lui.

Il sortit de son étrange contemplation lorsqu'un cri retentit dans la pièce. Abasourdi, il vit alors Marlene bousculer le psychomage pour lui voler sa baguette. Elle le menaça ensuite avec quand celui-ci tenta de s'approcher et comme ses camarades, Sirius resta figé de stupeur. Mais que faisait la Serdaigle ?!

-Marlene !

Celle-ci ignora Lily et quitta précipitamment la pièce. Les prisonniers chahutèrent, amusés et excités par la tournure des évènements, créant un brouhaha qui paniqua encore plus le groupe.

-Marlene ! cria une fois de plus Lily, atterrée.

Jedusor fixa la porte close quelques instants avant de regarder de nouveau les membres du groupe restant, visiblement indécis.

-Restez groupés et ne bougez pas d'ici. Je vais chercher Mlle McKinnon. Dès que j'aurais récupéré ma baguette, je demanderai au professeur McGonagall de venir vous récupérer. J'espère que vous m'avez bien compris. Restez loin des prisonniers. Ne bougez pas, n'oubliez pas que des Détraqueurs ne sont pas loin et qu'il vous est impossible de faire demi-tour. Je fais au plus vite !

Après une nouvelle hésitation, le psychomage disparut.

-Mais c'est quoi ce bordel ! souffla Avery.

Sirius sut alors que le Serpentard pouvait donc parler. Mais à cet instant, c'était bien le cadet de ses préoccupations. La menace ne venait donc pas du psychomage mais de Marlene ? Il avait du mal à y croire, ça ne ressemblait tellement pas à la jeune femme ! Mais en même temps, elle s'était montrée étrange tout le long de la visite.

-On ne va quand même pas rester là ?! s'agaça Severus.

-C'est ce que Jedusor nous a dit de faire, répliqua Rosier.

-Avec des prisonniers ? tiqua le futur potionniste. C'est stupide, on n'est pas du tout en sécurité. Il n'y a pas de mesure à suivre, un protocole si ce genre de cas survient ? On est livré à nous-même !

Pour une fois, Sirius était bien d'accord avec lui. Et l'agitation continue des prisonniers lui donnait raison. Il ne comprenait pas pourquoi Greyback se trouvait là. Cette aile n'était-elle pas réservée aux prisonniers avec une dangerosité faible ou moyenne ? Greyback était un monstre sanguinaire. Il avait détruit la vie de plein de gens et tuer des enfants innocents pour un idéal barbare. Le sorcier avait-il toujours été comme ça ou avait-il commencé à décliner en devenant un loup-garou et en vivant en marge de la société ?

Sirius n'avait aucune empathie pour le détenu et se fichait bien de la réponse. Tout ce qui lui importait était que Remus ne tombe pas nez à nez avec lui. Pourtant, si la visite réussissait par miracle à suivre son cours, Remus et Greyback se feraient face.

Mais ça n'arriverait pas, n'est-ce pas ? Marlene s'était enfuie il ne savait où avec la baguette du psychomage, la visite n'avait aucune chance de continuer comme si tout allait bien.

Le vacarme des prisonniers le lui confirma une fois de plus. Pire que tout, Greyback se fit un point d'honneur à s'acharner contre les barreaux de sa cellule. Rita sursauta et Sirius le quitta des yeux.

-On devrait quitter les lieux et attendre sagement dans la pièce suivante, proposa Rita, peu rassurée.

-On devrait partir avant que l'un d'eux n'arrive à se libérer, approuva Sirius.

-Ne t'emballe pas non plus, Black, il est impossible pour les prisonniers de s'échapper d'Azkaban, contra Severus.

Sirius lui jeta à peine un regard. Le Serpentard avait beau le contredire, il n'avait pas l'air très serein pour autant. Sirius était certain que Severus n'en aurait pas mis sa main à couper et Sirius non plus.

-On va pas commencer à prendre des initiatives sans en parler à personne, c'est le meilleur moyen de créer plus de problèmes, soupira Rosier.

Sirius se demandait encore pourquoi ils écoutaient le blond. Celui-ci suivait tout ce que pouvait dire Jedusor, il admirait bien trop l'homme pour aller une seule fois contre son avis…

-Moi, je suis d'accord pour qu'on parte, fit savoir Sirius.

-Et on irait où ? Je vous rappelle qu'on est incapable de se repérer ici, pointa Rosier.

-On a peu de chance de tomber sur une situation pire que celle-là, ricana le Gryffondor.

-Bah si, le détrompa Rita. Jedusor a parlé d'une pièce à côté de celle-ci avec les Détraqueurs.

Un long silence s'installa dans le groupe à l'annonce de Rita.

-Vous voulez vraiment partir ? comprit Rosier, incrédule. Dans ce cas, il y a forcément une autre porte de sortie que la pièce avec les Détraqueurs. McKinnon et Jedusor l'ont forcément empruntée pour partir. D'après le plan qu'on a…

Il ressortit le papier magique qu'on leur avait donné avant le début de la visite. Il n'affichait que les pièces qu'ils avaient déjà visitées et ne donnait aucune information sur les suivantes. Il ne montrait ainsi que celles qui étaient à proximité immédiate.

-Si on sort de cette pièce, on atterrit comme toujours dans un petit sas magique avant de devoir emprunter une autre porte pour continuer notre visite et passer les barrières magiques, réfléchit-il. On n'a aucune idée de laquelle prendre, ni dans quelle condition sont gardés les Détraqueurs. Pour pouvoir agir librement et au plus vite, je doute qu'ils soient dans une cellule comme les prisonniers qu'ils surveillent !

-Alors on fait quoi ? On compte sur la chance pour ne pas tomber sur la mauvaise porte ? demanda Lily.

-Je ne sais plus trop si je préfère rester là avec les prisonniers ou b-

La fin de la phrase de Rita, Sirius ne l'entendit pas. D'un coup, Padfoot cria son nom, le faisant sursauter et totalement oublier les autres. Quelque chose n'allait pas avec Greyback. Son corps semblait se déformer comme pour amorcer une transformation mais ce n'était pas possible, ce n'était pas la pleine lune. Sirius fit quelques pas en direction des prisonniers. Effectivement, la bête en lui semblait plus ressortir que précédemment. Il tordait les barreaux de sa cellule et pour cela, il puisait dans sa force de lycanthrope pour se libérer. Et il allait réussir. Sirius n'était d'ailleurs pas le seul à le constater.

-Il faut sortir d'ici ! paniqua Rita.

Le reste du groupe avait également vite compris ce qu'il se passait et l'affolement étreignit tout le groupe.

Au milieu des cris angoissés des uns et des tentatives de solution des autres, Greyback marmonnait des trucs incompréhensibles derrière ses grognements. Finalement, l'impensable se produisit. Il se libéra.

Tout le monde se figea, les yeux agrandis d'horreur, et Sirius avala sa salive.

-Préviens James, marmonna-t-il en espérant que l'esprit l'ait entendu.

Sans baguette, leur groupe ne pourrait pas faire grand-chose contre le loup-garou.

xXx

James ne savait pas exactement où ils en étaient de la visite. Il avait l'impression qu'ils avaient déjà vu tellement de choses mais qu'il en restait encore tant à voir. Il se posait beaucoup de questions quant au groupe avant le sien. Sirius n'avait pas forcément était très gâté. A part Lily, il ne s'entendait pas très bien avec les autres. Il y avait bien Marlene, mais comme à chaque fois, sa relation avec la Serdaigle était bien compliquée. James se demandait d'ailleurs à quel moment ça avait commencé à devenir comme ça entre eux. Il espérait que ça allait s'arranger, il ne voulait pas qu'il y ait de fracture dans leur groupe parce que certains pourraient prendre parti. On lui reprocherait probablement encore de défendre son ami parce que s'il devait y avoir une scission, il prendrait évidemment le parti du Maraudeur.

A moins que cette sortie ne gomme les erreurs du passé ? Il voulait être optimiste là-dessus. Avec Remus, même si ça n'avait pas été évident au début, ils avaient réussi à se reparler comme avant. Le Préfet était heureux que le Poufsouffle n'ait pas décidé de le rayer de sa vie.

Tous les élèves du groupe écoutaient le professeur McGonagall leur parler des fameuses pierres en exposition, leur composition et à quoi elles servaient. James était fasciné et avait bien envie d'en ramener une à Poudlard. Il s'apprêtait à négocier avec sa directrice de maison quand Padfoot l'interpella brusquement. Ne s'y attendant pas, il sursauta et fit un petit bruit bizarre qui attira l'attention sur lui, surtout celui de McGonagall.

-Désolé… c'est, je n'ai pas complètement fini de muer et des fois, ça fait des trucs bizarres, bredouilla-t-il.

Son excuse ne sembla duper personne et certainement pas sa directrice de maison qui lui demanda de rester tranquille. James frotta son poignet, déplaçant son bracelet pour soulager sa peau et les picotements que le bijou lui procurait.

-Désolé, fit Padfoot, et simplement à son ton de voix, James sut que quelque chose n'allait pas. Quelque chose de grave est arrivé, Greyback s'est libéré et il tente de s'évader. Il devrait croiser votre groupe d'une minute à l'autre. Pour l'instant, c'est le groupe de Sirius qui est coincé avec lui.

James écarquilla les yeux de surprise. Il n'arrivait pas à y croire. Comment la situation avait-elle pu dégénérer aussi vite ? Il avait envie de demander à l'esprit comment le loup-garou avait bien pu sortir de sa cellule et même pourquoi il n'y avait personne pour l'arrêter. Merlin, Sirius allait-il bien ? Et Lily ? Sans compter tout le groupe et les autres élèves de Poudlard qui étaient encore présents dans la prison ! Était-ce vraiment un coup de Jedusor ?

Malgré toutes ses interrogations, James savait qu'à cet instant précis, il n'y avait pas un moment à perdre.

-Professeure ! s'écria-t-il, l'interrompant dans ses explications.

La professeure de métamorphose fronça les sourcils et l'interrogea du regard.

-On a un gros problème.

-Que se passe t-il encore, Potter ?

xXx

Greyback ne croyait pas en sa chance. Tout se passait bien pour l'instant. Se débarrasser d'élèves sans baguette avait été d'une facilité déconcertante car avec sa force de loup-garou, personne ne pouvait l'arrêter. Le plan qui avait été mis en place il y a de cela plusieurs semaines se concrétisait enfin. Lui, la bête que tout le monde craignait, avait été approchée pour faire partie d'un grand plan. Il n'en connaissait pas forcément les aboutissants mais s'en fichait bien. On lui avait affirmé qu'il serait bientôt libre et tout ce que désirait Greyback était d'augmenter la population lycanthrope de la Grande Bretagne magique. Apparemment, tout cela arrangeait bien son bienfaiteur.

Cela était assez nouveau pour lui. Habituellement, il était craint ou détesté. Personne n'avait jamais fait semblant d'avoir besoin de lui. Greyback avait toujours dû se débrouiller seul, faire face à la haine, au dégout, à la solitude. Les loups-garous étaient des parias que personne n'essayait de comprendre. Même les Cracmol ou les elfes de maison, pourtant peu considérés eux aussi, n'avaient que des sentiments négatifs pour eux. Les sorciers avaient trop tendance à oublier les Hommes qu'ils étaient pour les voir comme des bêtes.

Greyback l'avait compris très vite. Il n'y avait qu'avec les gens de son espèce qu'ils pouvaient se comprendre et se soutenir. Pourquoi s'encombrer des autres, les loups-garous étaient forts, il fallait juste qu'il soit nombreux. Greyback ne faisait qu'aider son espèce en augmentant sa population. Ils ne seraient plus une minorité opprimée. Bientôt, les non-lycanthropes seraient obligés de revoir leur traitement et la situation s'inverserait complètement. La vengeance serait aussi belle que douce.

Il était en marche pour accomplir son destin. Tout se déroulait comme prévu : il n'avait qu'à suivre le plan et tout se passerait bien. Il avait réussi à s'échapper grâce à cette potion ingurgitée des heures plus tôt, transmise par son complice. Grâce à elle, il bénéficiait pendant près d'une heure d'une force similaire au soir de pleine lune. Briser ses barreaux avait été un jeu d'enfant et les élèves de Poudlard avaient complètement paniqué lorsqu'il s'était approché d'eux. Ils avaient tenté de fuir, terrorisés sans leur baguette. L'un d'eux, celui qui l'avait observé de longues secondes, avait crié qu'il ne fallait pas qu'ils se fassent prendre. Ça l'avait fait rire. Bien sûr qu'aucun d'eux ne voulait approcher la bête ! Puis, le détenu avait compris. Les visiteurs utilisaient les bracelets pour se déplacer : il se souvenait les avoir vus faire plus tôt. Voilà donc pourquoi le brun les avait mis en garde.

Greyback ne pouvait pas échouer. Il s'était donc soudain rué sur eux, attrapant la blonde avec des lunettes. Elle avait crié si fort qu'il en avait grimacé. Dans d'autres circonstances, il aurait adoré s'amuser avec elle avant de lui infliger une belle morsure mais son temps étant compté, l'idée l'avait vite quitté. Il avait arraché le bracelet, sa carte de sortie, avant de se ruer vers la porte. Les jeunes sorciers n'avaient pas été un problème : la plupart s'était écarté immédiatement de lui. Seul le petit brun avait fait mine de lui courir après mais Greyback était inarrêtable. Au final, l'élève de 7ème année n'avait pu que l'observer s'en aller, maudissant probablement sa faiblesse.

Cette précédente victoire avait beau avoir rendu le loup-garou euphorique, Greyback savait qu'il ne serait sorti d'affaire qu'une fois qu'il serait hors des murs de cette prison. Plus il mettrait de temps à partir, plus il laisserait de temps aux Aurors et aux gardiens de s'organiser pour lui mettre la main dessus. Sa force surhumaine était un atout mais contre plusieurs sorciers armés de leurs baguettes, il ne pourrait lutter. Son but n'était pas de faire un carnage et d'en emporter le plus possible avec lui dans la tombe mais bien de repartir sur ses deux pieds de cet endroit maudit. Pour cela, il devait faire diversion. Un seul fugitif était facile à attraper mais pas une dizaine. Greyback allait donc se faire un plaisir de leur compliquer la tâche.

Il monta ainsi dans les étages supérieurs et sa venue surpris les détenus qui mirent un moment à réagir. Greyback utilisa de nouveau sa force de lycanthrope pour briser les barreaux et les prisonniers commencèrent alors à beugler, d'autres s'essayant à l'exercice sans résultat. Très vite, la nouvelle et la compréhension se firent : un ou plusieurs détenus s'évadaient. En brisant leurs barreaux, Greyback leur offrait la possibilité de faire de même.

Le loup-garou suait, il était autant excité qu'angoissé. Tout cela le rendait fébrile. Il approchait de son but, il ne devait pas craquer maintenant. Il n'était pas le genre d'homme à obéir aux ordres mais contrairement à ce que beaucoup pensait, il n'était pas idiot. Probablement une intelligence moyenne, et cela lui allait très bien. C'était amplement suffisant pour atteindre ses objectifs. On lui offrait une porte de sortie alors même si on se servait probablement de lui, cela lui allait. Il y avait également ses intérêts et l'homme était curieux de voir jusqu'où la personne qui l'avait approché allait bouleverser leur monde.

Cet homme, Greyback le connaissait à peine mais il avait de l'intérêt pour lui, presque de l'admiration devant son talent et son audace. Les deux hommes n'étaient pas amis, ils se connaissaient à peine. Il s'agissait simplement de deux personnes effectuant un bout de chemin ensemble car ils avaient des intérêts communs.

Puisant dans ses ressources et laissant la bête en lui s'exprimer, le lycanthrope passa d'une cellule à l'autre, déterminé à mettre le bazar dans la célèbre prison magique. Soudain, il entendit l'alarme se déclencher et marqua un temps d'arrêt, surpris. Il venait à peine de quitter le groupe d'élèves à qui il avait subtilisé un bracelet. Ces derniers ne pouvaient pas faire demi-tour et le groupe précédent était encore loin devant, surtout que l'itinéraire du groupe du psychomage avait été changé. Greyback partait dans les interrogations mais il savait que c'était mauvais : il perdait du temps. Il n'avait pas à s'occuper de ça, il devait simplement improviser, changer ses plans. Ne pas perdre son sang-froid. Il n'était pas forcément fort pour élaborer des plans avec des stratagèmes fabuleux mais l'action, les conflits et les situations dangereuses et stressantes, il connaissait.

Comprenant qu'il était temps pour lui de se sauver, il cessa de secouer les barreaux des cellules et s'empressa de quitter l'endroit, laissant les prisonniers nouvellement libres livrés à eux-mêmes. Tandis qu'il courait, il se repassa le plan de la prison en tête et continua jusqu'à attendre son objectif, espérant ne pas déjà tomber sur les gardes lancés probablement à ses trousses. La liberté, il pouvait la toucher du bout des doigts. Un son guttural franchit alors la barrière de ses lèvres lorsqu'il sentit qu'il approchait de son but.

Il pénétra dans une autre pièce et il le vit, son sauveur. Il sourit. Greyback s'approcha de son complice qui était accompagné d'une jeune femme qui suintait le stress et les remords. Il la reconnaissait, c'était celle qui s'était sauvée du groupe plus tôt. Le lycanthrope ne lui porta que peu d'attention. Il y avait deux autres personnes avec eux : un homme d'âge mûr et un autre beaucoup plus jeune. Son complice sortit alors un porte-clés et le leur montra. Un Portoloin. Greyback s'en saisit avant qu'un jeune homme plutôt mince et qui avait l'air bouleversé fasse de même. Greyback ignorait de qui il s'agissait. Par contre, l'autre homme lui disait quelque chose. Un fervent adhérent du précédent mage noir durant la grande guerre magique qui tenait une baguette dans ses mains.

Celui-ci sentit très vite l'observation dont il bénéficiait et observa à son tour Greyback. Il n'eut aucune réaction particulière. Le Portoloin allait bientôt se déclencher et le groupe n'échangea pas un mot durant ce court laps de temps.

Tout avait déjà été dit avant. Pas besoin de perdre plus de temps ni de se mettre en danger.

Le plan était parfait.

Quelques secondes avant que le Portoloin ne s'active, Greyback esquissa un sourire.

Il avait réussi.


Une sortie très mouvementée et qui n'annonce rien de bon pour la suite !

Prochain chapitre - Leçons apprises - le 12/03