Mio : Hey ! Forcément la fête foraine, c'est génial. Bon je ne sais pas si c'est un bon lieu de rendez-vous et de réconciliation, mais c'est un bon endroit pour s'amuser et briser la glace. Beaucoup de confusion par rapport au chapitre précédemment, donc pas mal de réponse dans ce chapitre-ci pour contrebalancer. Reg est parfait, ou en tout cas il est attachant, rien à dire sur lui ! Et James, comme il a fait beaucoup de mal à Regulus au début, c'était pas forcément très visible, mais c'est vraiment une bonne personne, sincère mais qui peut également se montrer maladroit. Merci pour ton commentaire, j'adore les lires, surtout qu'ils sont toujours très gentille !

Merci à pommedapi pour l'aide apporter sur ce chapitre qui m'a donné quand même du mal, juste un tout petit peu ! x)

Bonne lecture à tous.

Merci d'ajouter cette histoire en favoris et en alerte, je ne le dis pas assez souvent, donc voilà !


Chapitre 26 :

Eveil politique

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Soulagé, Peter s'empressa d'ouvrir la porte au psychomage. Il avait cru jusqu'au bout qu'il passerait l'intégralité de ses vacances sans avoir la possibilité d'avoir une séance avec Tom Jedusor. Cela l'avait grandement angoissé, cette éventualité étant inacceptable pour lui. Il avait donc multiplié les missives auprès du psychomage de Poudlard. Il avait craint d'être trop envahissant, bien sûr, mais il estimait que son cas méritait une grande attention car il se sentait vraiment très mal. Il avait à peine réussi à dormir ces derniers jours.

Evidemment, ce qu'il s'était passé à Azkaban y était pour beaucoup. Lui qui jusqu'au bout avait hésité à y aller s'était retrouvé au cœur de quelque chose d'inimaginable. Il aurait dû s'écouter et non pas se laisser entrainer par les autres, ne pas chercher à avoir l'air cool en allant visiter la grande prison magique. La seule chose qu'il avait gagnée au final était des cauchemars. Bien entendu, il n'avait pas vu grand-chose mais peu importe. Rien que de penser à ce qui aurait pu se passer… Peter, comme beaucoup d'autres, ne comprenait pas ce qu'il s'était passé ni même comment ça avait pu arriver. Il avait lu les dizaines d'articles à ce sujet puisque les médias étaient en boucle depuis l'évènement mais loin de l'aider à y voir plus clair, cela l'avait juste un peu plus embrouillé.

Il voulait vite oublier pour passer à autre chose mais dans le même temps, sa curiosité le poussait à s'informer toujours et encore. Sa mère soupirait quand elle le voyait dévorer les articles et lui disait d'aller prendre l'air. Peter la trouvait stupide et pas assez empathique. En quoi aller prendre l'air lui ferait du bien ? Il était effrayé de tomber sur un des prisonniers évadés ! Présentement, les seuls lieux où il se sentait en sécurité étaient tout sauf l'extérieur !

Jedusor le comprendrait. Le psychomage pourrait même faire taire ses délires que la peur engendrait, il en était persuadé.

De plus, la rentrée qui approchait à grands pas augmentait encore son mal à l'aise. La phobie qu'il avait ressentie à chaque retour prochain à Poudlard revenait. Et une fois de plus, celui qui provoquait ce sentiment était Sirius Black. Mais contrairement aux années précédentes, cette fois-ci, c'était bien plus sérieux. Le Gryffondor se souvenait parfaitement des menaces du brun, de la manière dont il l'avait tenu au-dessus du vide. Sirius était fou, comme le reste de sa famille. Une sueur froide coula ainsi le long de son dos lorsqu'il repensa aux regards enragés de l'ainé des Black.

Qu'allait-il lui faire lundi ?

Peter ne savait plus comment s'en sortir. Il avait cru… Il avait pensé qu'avec ce qui s'était passé avec Remus, Sirius serait abattu, qu'il le laisserait tranquille. Bien entendu, il n'avait pas prévu d'être découvert mais au final, cela ne voulait-il pas simplement dire qu'à présent, il était capable de se défendre, de répliquer ? Qu'il ne se laisserait plus faire ? Sirius ne l'avait pas compris ainsi en tout cas. Tout ce qu'il avait réussi au final, c'était réveiller le courroux du batteur.

Tout cela était la faute de Regulus! Il était celui qui avait divulgué son secret. Comment avait-il compris ? Il ne pouvait donc pas se mêler de ses affaires ?!

Peter regarda avec espoir le psychomage qui venait d'entrer et l'invita à s'asseoir. Il se précipita ensuite en cuisine pour lui préparer un thé qu'il espéra acceptable. Sa mère n'était pas là et il en était très heureux. Il allait pouvoir discuter sans crainte avec l'adulte. Il revint alors très vite au salon et tendit timidement la tasse à Jedusor.

-Ne soyez pas nerveux, Peter. Toutes vos lettres m'ont rendu assez perplexe et inquiet. J'ai l'impression que vous en avez gros sur le cœur.

Le blond acquiesça.

-Et si vous vous asseyiez et me racontiez ce qui vous perturbe autant ? Il ne s'agit pas que des derniers évènements parus dans l'actualité, n'est-ce pas ?

Peter resta quelques secondes silencieux, toujours aussi impressionné par la capacité du psychomage à le comprendre et à lire en lui.

-C'est vrai que j'y pense beaucoup et que ça m'inquiète, mais je sais que je ne peux pas y faire grande chose.

-Vous avez peur et c'est normal. Qui ne serait pas effrayé par ce qu'il se passe ? Nous parlons tout de même de trois fugitifs très dangereux, approuva Jedusor. Mais vous ne devez pas non plus en perdre la santé, Peter. Vous êtes un sorcier qui étudie dans la plus grande école de magie du monde et vous êtes débrouillard. Dites-vous également que la plupart des Aurors du pays sont à leur recherche.

-Oui, vous avez raison…

Jedusor lui sourit et Peter se sentit en confiance pour lui parler de la suite.

-En vérité, ce qui m'angoisse encore plus, c'est la rentrée prochaine, admit-il alors.

-Pourquoi donc ?

-C'est… Il s'ag-agit encore de Sirius Black. Il m'a menacé avant la sortie scolaire et je suis mort de peur…

-Il vous a menacé ?! s'indigna le psychomage. Mais c'est horrible ! Comment cela s'est-il passé exactement ?

-Je… Il n'a pas apprécié ce que j'ai fait pour le séparer de Remus, avoua-t-il, pas très fier. Et il est allé loin, il a essayé de me tuer ! Et… j'ai peur que lundi… Il ne recommence. Il finira par le faire, j'en suis convaincu... Il me déteste tant ! se mit-il à pleurer.

-Peter, PETER ! Ressaisissez-vous, vous ne pouvez pas le laisser vous atteindre de la sorte !

-Que dois-je faire ? lui demanda-t-il en tentant d'essuyer ses larmes. Je suis complètement perdu ! Dois-je le dénoncer à Dumbledore ?

Jedusor secoua la tête, ce qui étonna le Gryffondor.

-Je ne crois pas. Ce garçon a déjà eu bon nombre de punitions et d'avertissements et cela ne l'a jamais arrêté. Ayant fui ses parents et le domicile familial, je doute que ces derniers aient encore une quelconque influence sur lui, même s'il les craint encore.

-Alors quoi ? balbutia le jeune homme, atterré. J'attends que ça arrive ? Je ne pourrai pas vivre encore des mois comme ça, aves les moqueries, les coups bas et…

Il s'arrêta de parler et retint difficilement un nouveau sanglot.

-Eh bien, c'est simple. Vous agissez Peter, vous n'êtes plus le petit garçon fragile d'autrefois, répondit Jedusor.

-Mais j'ai déjà utilisé la carte Remus, ça n'a servi à rien ! Et puis, je n'ai plus rien contre lui…

-Bien sûr que si.

Peter fronça les sourcils et observa attentivement l'adulte qui le contemplait également.

-Le point faible de Sirius Black a toujours été devant vos yeux, continua tranquillement le psychomage. Il ne l'a jamais caché et celui-ci a bien plus de failles que son ami.

-James Potter, comprit Peter.

Il mit ses mains dans ses poches et toucha le vif d'or que le Gryffondor lui avait donné il y a plusieurs semaines. Il ne savait pas pourquoi il l'avait gardé, il avait le doux sentiment d'avoir sur lui un porte bonheur, un objet précieux. S'en prendre à James… L'idée ne lui plaisait pas. Celui-ci s'était montré aimable avec lui dernièrement et il avait encore l'espoir de devenir son ami. Ce qui n'arriverait pas s'il lui faisait du mal.

-Je ne sais pas, hésita-t-il. Je n'ai rien contre lui. James a quelques défauts mais ils ne sont pas si affreux. Il a très peu de secrets et tout le monde l'apprécie.

Moi aussi restaen suspens.

Jedusor soupira à ces mots et Peter craignit que son manque d'investissements n'agace l'homme.

-C'est quelque chose que je ne devrais pas vous dire en théorie mais je vous apprécie assez, Peter, et votre détresse me touche, reprit finalement l'adulte. James Potter n'est pas aussi parfait qu'il le laisse penser et comme tout le monde, il a des secrets.

Peter fut tout à coup très intéressé et il écarquilla les yeux : il avait l'impression que le psychomage en savait plus que ce qu'il prétendait.

-Qui pourrait se douter qu'il a ce genre d'attirance, souffla alors Jedusor comme pour lui-même.

L'adulte esquissa ensuite un sourire à l'attention de son élève et se leva.

-Je vais devoir vous laisser, Peter. Je ne sais pas si j'ai pu vous ai-

-Attendez, ne partez pas déjà ! Que venez-vous de dire à l'instant ?

Le psychomage fronça les sourcils et Peter se leva également, le regard empli d'espoir.

-Vous venez de dire « Qui pourrait se douter qu'il a ce genre d'attirance ». De qui parlez-vous ?

-Je…

Le psychomage sembla vouloir nier avant de soupirer.

-N'y faites pas attention, c'est quelque chose qui m'a échappé.

-Vous parliez de James ? Quel genre d'attirance ?

Peter se tût, réfléchissant à toute allure. C'était visiblement quelque chose qu'il pourrait potentiellement avoir honte de dire, qui ne serait pas compris au vu de la réaction du psychomage. Quelque chose qui mettrait en doute l'amour, l'admiration et l'affection que les gens lui portaient. Mais quoi ? Le blond n'était pas idiot. Il se doutait que Jedusor avait fait allusion à une attirance sexuelle et pour James qui s'affichait comme hétérosexuel, il ne pouvait s'agir que d'une homosexualité refoulée.

Peter n'osa même pas formuler ses suppositions à voix haute. Cela semblait tellement improbable… Il avait l'impression de tomber des nues ! Il observa le psychomage, l'implorant de lui confirmer cette information d'une manière ou d'une autre. Jedusor parut comprendre à son regard qu'il savait et il soupira, semblant rendre les armes. Ce fut une confirmation suffisante pour le Gryffondor.

-C'est impossible ! James est fou de Lily ! Ils ne sont plus ensemble mais il n'a pas pu passer à autre chose aussi vite et puis, il n'est pas gay ! ne put-il s'empêcher de lui faire remarquer.

Jedusor ne répondit pas, évitant son regard.

Le cerveau de Peter carbura alors de plus belle et il observa l'adulte. Il se mit à douter. Peut-être qu'il tirait la mauvaise conclusion ? Pourtant, l'évidence semblait pointer dans une seule direction et il repensa soudain à tous les moments que James avait passés avec Regulus. Le fait qu'ils étaient étrangement devenus plus proches que l'année précédente. Pour lui, si cette hypothèse s'avérait exacte, il ne pouvait s'agir que du jeune frère de Sirius. Regulus ne cachait pas sa préférence et avec la rupture de James et Lily, ça avait été le seul changement dans la vie de James. Sirius était comme son frère et étant donné ses précédentes réactions, James ne pouvait pas lui avouer entretenir ce genre de relation…

-Comment avez-vous su ? demanda finalement le blond.

-Ce sont les informations que j'ai reçues d'un des élèves que je vois, admit le psychomage.

Peter se souvint alors que Regulus avait bénéficié d'une séance avec Jedusor quelques semaines auparavant. Il n'avait pas poursuivi mais avait pu lui faire part de cette information et cela voudrait dire que cela durait depuis des mois ! Le choc accabla le blond.

-Est-ce que je devrais le dire à tout le monde ? demanda-t-il, perdu. Vous pensez que ça m'aidera ?

-Ecoutez, je ne suis pas censé tenir ce genre de discussion avec vous mais puisque vous avez deviné, je vais vous dire le fond de ma pensée, soupira le psychomage d'un. Je pense que cela ne servirait à rien. A la rigueur, pourquoi ne pas simplement le dire à Sirius Black ? Lui dire la vérité pourrait vous permettre de faire la paix avec lui. L'idée de son meilleur ami avec son petit frère le troublera, c'est certain, et pourrait remettre certaines choses en perspective.

-Il ne me croira jamais !

-Bien sur que si. Sirius Black est un garçon intelligent. Consciemment ou non, il a forcément déjà dû trouver l'attitude de son ami ou de son frère ambigüe, voire suspecte. En lui apportant la vérité, il changera d'avis à votre sujet.

Jedusor but ensuite une gorgée de thé, un sourire aux lèvres.

-Vous verrez, cela sera amplement suffisant.

xXx

Les vacances touchaient à leur fin et Lily était aussi pressée qu'angoissée de retourner à Poudlard. Cette courte semaine de vacances lui avait permise de prendre du recul, ce qui avait été le bienvenu, surtout après ce qui s'était passé dans la haute prison d'état magique. Seule dans le monde non magique, elle ne pouvait que s'imaginer tout un tas de choses. Lily l'avait d'ailleurs bien regardé : le monde magique commençait à changer. S'informer devenait urgent.

Elle n'était abonnée à aucun journal magique et au début, elle avait fait le choix de vivre pleinement sa vie de moldu et de profiter de ses proches lorsqu'elle serait chez elle. Elle ne souhaitait pas forcément fragmenter sa vie mais avec le temps, ça avait fini par être le cas. Et il était agréable de ne pas tout le temps entendre parler de magie.

Les changements qui s'opéraient actuellement avaient peut-être commencé bien avant et elle avait fait le choix de ne pas les voir. La Gryffondor ne savait pas vraiment ce que les derniers événements impliquaient. Mais par exemple, un groupe s'était lentement créé, un groupe qui parlait de politique et d'avenir du monde magique au sein de la salle commune des Serpentard. Lily n'y avait jamais été, ni aucun de ses amis à sa connaissance, et elle ignorait donc ce qui se disait exactement. Il y avait des rumeurs qui indiquaient qu'il s'agissait de puristes, d'extrémistes qui complotaient contre les nés-moldus. Lily n'y croyait pas une seconde. Tout le monde savait que ce groupe existait et Dumbledore ne laisserait pas quelque chose de ce genre se dérouler dans son école.

Non, il s'agissait d'autre chose. Peut-être simplement de simples adolescents discutant, refaisant le monde…

Jusqu'à présent, la Gryffondor n'avait pas été plus intéressée que ça par ce groupe mais maintenant que les choses changeaient, elle n'était plus sûre de rien. Lily ne voulait pas être laissée de côté ni découvrir un beau jour que le monde dans lequel elle vivait subissait un grand bouleversement.

Hors de question d'être la dernière au courant.

C'était quelque chose qui arrivait souvent malheureusement. Les adultes avaient ainsi tendance à discuter de choses importantes entre eux sans rien dire aux générations suivantes. Les raisons pouvaient être aussi diverses que variées : « trop jeunes » revenait régulièrement, mais celle qui remportait le palmarès était sans aucun doute « c'est pour vous protéger ». Lily n'en doutait pas, mais le silence des adultes créait des fissures. Elle était d'ailleurs presque certaine que le groupe de paroles à Poudlard avait vu le jour exactement pour cette raison. Quand on n'avait pas son mot à dire, on cherchait forcément des gens que nos pensées et nos mots toucheraient, ou au moins intéresserait.

Le premier week-end des vacances, Dumbledore s'était présenté chez elle. Voir le grand sorcier dans sa robe trop colorée dans le salon avait été étrange. Pétunia n'avait pas été là, heureusement. Le directeur de l'école de magie avait discuté de ce qu'il s'était passé à Azkaban avec ses parents : une réunion était prévue les jours suivants. Cependant, ses parents n'étant pas des sorciers ni même coutumiers de ce monde, il n'était pas envisageable pour eux d'aller là-bas. Au moins, le directeur avait fait le déplacement. Lily avait pensé à écouter la discussion que le directeur avait eut avec ses parents avant de se rétracter, ça n'aurait pas été correct. Mais ça avait été dur de se raisonner.

C'était tous ces secrets qui lui faisaient se poser beaucoup de questions.

Pour autant, elle ne voulait pas trop s'en faire : elle pouvait tout aussi bien se monter la tête toute seule. Elle avait vu Severus pendant les vacances. En fait, ils avaient pratiquement passé tout leur temps ensemble. Son ami lui avait parlé d'Alton et Lily s'était sentie un peu patraque, de quoi lui faire oublier ses étranges suspicions sur le devenir du monde magique. Voilà également un sujet avec lequel elle ne savait pas comment réagir. Dumbledore lui avait assuré s'en être occupé et elle savait qu'Alton avait commencé à voir le psychomage avant les vacances. Mais à part ça, pas grand-chose. L'enquête avançait-elle ? Elle n'en savait fichtre rien et c'était frustrant.

Au début, Lily avait cru que la magie pouvait tout régler. Elle avait été bien naïve.

La Préfète-en-cheffe n'avait toujours pas osé aller voir la Serdaigle. Pamela et elle n'avaient jamais été proches et honteusement, elle avait peur d'être mal reçue. Déjà qu'elle ne savait pas comment l'aborder… Comment parler à quelqu'un qui avait une telle blessure en elle ? Ce n'était pas quelque chose qu'on apprenait après les cours de métamorphose. L'école ne nous apprenait pas tout et ce qu'elle ne faisait pas, la vie s'en chargeait. Parfois à la dure.

Lily était certaine que dévoiler à Severus ce qu'avait subi son amie n'était clairement pas la chose à faire. Si Pamela ne lui avait rien alors qu'ils étaient amis, elle avait ses raisons.

La rousse observa un instant sa mère qui avait sorti ses éléments de couture sur le canapé du salon. Elle voulait se confier à elle. Sa mère avait toujours été là, l'aidant comme seule une mère pouvait le faire.

-Qu'est-ce qu'il y a, ma chérie ?

Lily soupira et sa mère arrêta de repriser la chemise de son mari pour l'inviter à s'asseoir à côté d'elle. Toutes les deux seules sur le canapé du salon, elles pouvaient à loisir discuter de ce dont elles avaient envie.

-Est-ce que c'est encore ta relation avec James qui te perturbe? lui demanda-t-elle.

Lily se sentit mal à l'aise : elle n'avait pas encore osé confier à sa mère qu'elle n'était plus avec le capitaine de Quidditch. Elle savait que sa mère trouvait le garçon appréciable et gentil. Même si elle l'avait bien conseillée, Lily ne pouvait s'empêcher de craindre que sa mère lui dise qu'elle avait fait un mauvais choix. En fait, elle avait peur que n'importe qui lui dise qu'elle avait fait une grosse bêtise. Chaque jour qui passait la convainquait du contraire, mais son assurance était encore fragile.

-Je ne suis plus avec lui maman, avoua-t-elle alors.

Comme elle pouvait s'y attendre, sa mère fut surprise. Pourtant, elle savait presque tout de l'histoire. Elle n'avait juste pas dû réellement penser qu'elle pourrait choisir Severus, ce qu'elle n'avait pas vraiment fait non plus.

-Il a fait quelque chose que j'ai eu du mal à pardonner et ça m'a en quelque sorte montré une autre partie de lui. Je connaissais déjà le James gentil, attentionné, blagueur et débrouillard mais j'ai aussi pu voir celui jaloux qui pouvait faire des choses bêtes sans aucune raison. Ça n'a pas été facile.

Elle soupira, un peu fataliste.

-Des fois, je regrette... Je me dis que j'ai abandonné trop vite, que je n'ai pas fait d'efforts. Après tout, nous n'étions pas si mal ensemble…

-C'est normal de douter, ma chérie.

Lily sourit et sa mère lui caressa les cheveux.

-En même temps, je me dis que je ne suis pas non plus malheureuse sans lui. En fait, je ne veux juste pas que ma relation avec lui soit complètement gâchée.

-Tu voudrais encore être son amie ?

Elle hocha la tête.

-Mais il a vraiment fait quelque chose de mal alors j'hésite. Je ne veux pas qu'il pense que je lui pardonne si facilement.

Sa mère sourit, lui signifiant ainsi qu'elle comprenait, qu'elle pouvait prendre son temps. Elle ne lui parla pas de Severus et Lily en fut heureuse. Son ami lui avait bien fait comprendre qu'il était amoureux, qu'il voulait une relation avec elle et que Lily devait arrêter de le voir comme un simple ami mais plutôt comme un homme, un potentiel prétendant. Ce n'était pas facile à faire étant donné qu'elle n'avait jamais envisagé cela.

Parfois, quand ils s'étaient vus pendant les vacances, Lily avait eu l'impression que certains de leurs instants avaient ressemblé à des rendez-vous. Elle en avait été perturbée. Non, intimidée était sans doute un mot plus jute. La Gryffondor ne savait pas encore comment interpréter ces sentiments. Elle savait simplement que pour l'instant, elle n'était pas prête à se réengager toute suite.

Au fil du temps, elle avait même fini par comprendre que si elle n'avait pas souhaité sauter le pas avec James, c'était parce qu'elle ne s'était pas senti prête à s'engager à ce point dans une relation. Elle avait déjà eu quelques copains précédemment mais ça n'avait jamais été si sérieux et fort qu'avec James. Elle avait probablement su - inconsciemment ou non – qu'elle n'éprouvait pas des sentiments de la même intensité que lui. Pour Lily, sauter le pas aurait donné une autre dimension à leur couple, un nouveau cap plus sérieux et intense. Et elle ne le désirait peut-être pas encore. L'amour de James l'avait parfois effrayé. Il voyait déjà leur futur, il lui avait même parlé de mariage au bal… Elle ne s'imaginait pas déjà si loin.

Son objectif était d'abord de finir ses études puis de choisir son avenir : rester dans le monde magique ou retourner chez elle auprès de ses parents. Elle avait à de nombreuses reprises dit qu'elle souhaitait devenir médicomage, mais elle pouvait aussi devenir médecin, même si expliquer où elle avait précédemment passé sa scolarité ne serait pas simple. Le choix n'était pas évident mais rien ne l'était lorsqu'on était une personne normale qui se découvrait un beau jour des pouvoirs. Ses deux parents étaient des moldus alors rien ne la prédestinait à cette vie.

Sa situation était inconfortable. Elle n'était pas complètement acceptée des personnes du monde magique et certains disaient des gens comme elle qu'ils étaient impurs, voleurs de magie ou des sangs-de-bourbe. De la même façon, ici, chez elle, elle devait cacher qui elle était vraiment. Elle ne pouvait pas être elle-même. Si un beau jour elle allait voir quelqu'un pour lui dire qu'elle savait faire de la magie, elle serait moquée et certainement pas crue. Et puis, une fois vérification faite, elle serait prise pour une folle, une erreur de la nature, quelque chose qui ne pouvait pas vraiment exister.

Pétunia, sa sœur, avait eu des mots durs à son égard lorsqu'elles étaient plus jeunes et ses parents avaient su la recadrer pour éviter que leur relation ne dégénère complètement entre elles. Et si les deux sœurs n'avaient plus la relation fusionnelle qu'elles avaient partagée avant la manifestation des dons de Lily, au moins se parlaient-elles parfois.

Lily soupira. Peut-être qu'un jour, tout irait mieux.

xXx

Lorsque Remus rejoignit Peter et Isabel dans le train, il ne sut comment se conduire. Il ne savait même pas comment il se sentait. Il pensait beaucoup au batteur et se demandait s'ils arriveraient réellement à agir normalement, en amis l'un envers l'autre. Il n'en était pas persuadé.

Une partie de lui était convaincue qu'il ne pourrait probablement pas agir avec Sirius comme il agissait avec James ou Peter. Il n'avait pas le même passif et les sentiments n'étaient pas les mêmes.

Sa relation avec le Maraudeur était déjà si compliquée, il aurait aimé au moins se sentir en paix avec ses amis. Mais il n'avait pas reparlé à Isabel depuis leur sortie à la fête foraine qui s'était pourtant bien finie et le Poufsouffle n'avait que très peu échangé durant les vacances avec Peter.

Nerveux, il s'installa donc en face de ses deux amis et sentit de suite l'ambiance tendue, le regard triste et déçu de Peter, celui attentiste d'Isabel. Et alors, il sut. Ses deux amis avaient parlé en son absence et il y avait de fortes chances que Peter soit déjà au courant de ce qui s'était passé avec Sirius. Remus aurait pu en vouloir à Isabel de lui en avoir parlé à sa place mais il savait pourquoi elle l'avait fait. Pour lui éviter cette discussion difficile et douloureuse, lui épargner ce moment pesant. Essayer également de raisonner Peter.

-Eh bien, je crois que c'est la première fois qu'on ne sait pas quoi se dire, souffla Remus, gêné par la situation.

-C'est vrai que ça ne nous ressemble pas, admit Isabel. Est-ce que tu es encore fâché contre nous ?

-Sincèrement, encore un peu.

Peter échangea un regard avec Isabel et Remus soupira.

-Mais je n'en ai pas envie. Surtout que pendant les vacances, j'ai eu le temps de réfléchir et même si je n'approuve pas, je comprends très bien pourquoi vous avez agi ainsi. Pour que les choses soient claires, j'ai fait le choix de discuter avec Sirius et de lui pardonner. A partir de maintenant, il arrivera ce qui arrivera, je suis prévenu et plus méfiant. On verra bien. Laissons simplement cette histoire derrière nous.

-Tu es sûr de toi, Remus ? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, intervint aussitôt Peter. C'est vraiment une mauvaise personne, il l'a déjà démontré à de nombreuses reprises.

-Peter, le rabroua Isabel, lassée.

-J'en suis sûr, répondit le Poufsouffle. Sirius souhaite être mon ami et je lui ai dit que j'essaierai. Si ça ne marche pas, je ne m'en porterais pas plus mal non plus. Il a fait des erreurs mais je reste persuadé qu'il n'est pas le mauvais gars que tu décris.

Peter ne sembla pas convaincu. Pourtant, il n'ajouta rien de plus, n'ayant plus la force de se battre seul pour que ses amis ouvrent enfin les yeux.

-Alors cette fois-ci, on se réconcilie pour de vrai ? souffla Isabel, pleine d'espérance.

Peter regarda également le châtain avec espoir.

A ces mots, Remus sourit et Isabel se jeta dans ses bras, tout comme Peter. Remus eut l'impression d'étouffer sous cet élan d'affection mais peu importe, heureux et soulagé, il serra ses amis bien fort contre lui en retour. Il détestait se fâcher avec eux et était content d'avoir pu aplanir les choses. Ainsi, ils pouvaient tous les trois démarrer cette nouvelle semaine sur de bons rails. Ce qu'ils avaient vécu à Azkaban les avaient tous ébranlés et ils auraient dû pouvoir se soutenir mais au lieu de cela, ils étaient restés chacun dans leur coin, n'osant pas faire part de leurs peurs.

Remus s'en voulait à ce sujet : ils étaient tous responsables. Mais leur trio allait mieux et continuerait d'aller mieux. Il avait craint la réaction de Peter mais le Gryffondor avait mieux réagi qu'il ne l'aurait pensé. Peut-être s'était-il simplement résigné ? Ou alors, vu ce qu'il lui avait fait, il savait qu'il n'avait sans doute pas son mot à dire sur sa décision.

Peu importe. Remus avait confiance en ses amis et le plus important était qu'ils soient ressortis plus fort de cette épreuve.

xXx

Lors de ces courtes vacances scolaires, les réunions avaient beaucoup manqué au Serpentard. Ces instants où ils se réunissaient, parlaient, échangeaient des idées, débattaient, découvraient… Un endroit, un moment, des gens qui les considéraient comme des adultes, des personnes importantes avec des choses importantes à dire, dont d'autres se souciaient. Pouvoir y assister de nouveau était enthousiasmant. Severus était plus que certain qu'il était l'un des rares élèves à ne pas aimer les vacances mais cela n'avait rien d'étonnant : son père avait beau s'être tenu assez éloigné de lui, ne semblant même pas le calculer, cela n'avait rien eu d'agréable. Des vacances ennuyeuses, passées sous le signe de l'anxiété à craindre le moment où son père déciderait de nouveau de s'intéresser à lui.

Severus avait occupé certaines de ses journées moroses à relire ses cours, à rêver de l'après et à se jurer qu'il serait quelqu'un, qu'il partirait et vivrait sa vie. Lily avait également occupé une partie de ses pensées, tantôt avec douceur, tantôt avec cruauté et réalisme. Les deux amis d'enfance avaient passé beaucoup de temps ensemble de quoi à la fois ravir et déboussolé le Serpentard. Lentement, Severus avait l'impression de se résigner et d'accepter qu'il ne serait à jamais qu'un ami pour la rousse. Ce n'était pas réjouissant. Et entre son père et son amour à sens unique, s'informer sur ce qui se passait dans le monde magique l'avait également occupé. Il en avait appris beaucoup, encore et toujours plus, si bien que cela l'avait rendu avide et impatient. L'information devenait un savoir. Il avait eu hâte d'être à ces réunions et de pouvoir partager sur tout ce qui se passait en ce moment.

Et enfin, il y était.

Severus était installé sur un des fauteuils de la salle commune des vert et argent et écoutait attentivement ce qu'il se disait. Le sujet du jour était le détachement du monde moldu. Beaucoup trouvaient qu'ils étaient trop dépendants, trop soumis au dirigeant du monde magique. Même si certains ne souhaitaient plus vivre cachés, c'était loin d'être la majorité du monde magique. Les quelques voix qui s'élevaient pour l'instant étaient minoritaires et ils le savaient tous. Cela n'empêchait pas pour autant les gens de discuter, de vouloir du changement.

Mais être moins dépendant serait au moins un bon commencement. L'actuel Ministre de la magie avait une excellente relation avec le Ministre moldu et cela lui permettait de garder son poste malgré le scandale qu'avait représenté Azkaban.

Le problème était que les choses ne changeraient certainement jamais avec cet homme à la tête du monde magique anglais. Il restait même en partie pour cette raison. Les gens avaient peur du changement et préféraient jouer la sécurité avec quelque chose qu'ils connaissaient déjà.

-Il y a des rumeurs qui disent qu'ils souhaitent enlever les Détraqueurs d'Azkaban, les informa Jedusor.

Aujourd'hui, il y avait beaucoup de monde, certainement la séance la plus pleine depuis le début. Il n'y avait pas d'élèves de moins de 15 ans et toutes les maisons étaient représentées. Une Poufsouffle s'était ainsi laissée convaincre par une amie Serdaigle de venir. Severus était impressionné par l'allure que ces réunions prenaient. Bientôt, la salle commune des Serpentard ne pourrait plus les accueillir. Mais ce n'était pas ça qui inquiétait le plus le Serpentard. En vérité, le directeur de l'école était une préoccupation bien plus grande. Voudrait-il un jour les réguler ou même les interdire ? Severus le sentait, depuis quelques temps, il ne s'agissait plus simplement de jeunes discutant politique. Il y avait des adultes avec eux, le psychomage et deux autres professeurs, mais est-ce que ça rendait leur réunion plus acceptable ?

Severus aimait à penser que oui. On leur aurait déjà dit d'arrêter sinon.

Des choses avaient été transformé en fauteuil ou en chaise mais il n'y avait toujours pas assez de place assises alors beaucoup étaient debout. La réunion durant parfois deux heures, Severus était bien content d'être assis. C'était dimanche soir, le retour des vacances et il était certain que ce serait long : il y avait tant de choses à dire.

-Ce n'est pas une surprise, tout le monde était contre dès leur installation à Azkaban, commenta un élève de Gryffondor.

-Il faut voir le carnage que ça a fait, en lança un autre.

-Mais en même temps, c'est grâce à eux que les prisonniers sont bien gardés, répliqua un Serdaigle.

-Tellement que trois d'entre eux se sont échappés, lâcha Severus.

-C'est dû à un dysfonctionnement du système de sécurité de la prison et à un manque de réaction, répliqua le même Serdaigle.

-C'est surtout quelqu'un de ta maison qui les a libérés, souffla mesquinement quelqu'un.

Il y eut un brouhaha de contestation dans l'assemblée et beaucoup de dissipation. Le professeur de runes magiques se chargea alors de ramener le silence et Slugorhn enchaina ensuite.

-Votre camarade était sous Imperium, inutile de l'accabler plus que nécessaire.

Et la conversation put reprendre, dans le calme cette fois-ci. Les professeurs s'assurèrent que le sujet Marlene ne revienne pas sur le tapis et ils parlèrent de politique, du monde magique et comment chacun se sentait ici. Il n'y avait pas de place pour dire du mal des autres.

Il s'agissait simplement d'un groupe non violent débattant à propos de sujets divers et variés.

La réunion se termina peu après le couvre-feu car le sujet du maintien du Premier Ministre magique enflamma bien plus les débats que prévu. Quelqu'un avait suggéré de faire du bruit, de se servir de ce qu'il s'était passé à Azkaban pour demander la démission de l'homme. Les droits des sorciers bien nés étaient bafoués alors il leur fallait quelqu'un qui ait réellement à cœur les droits des sorciers. Cela n'enchanta pas tout le monde. Il y avait aussi des nés-moldus dans le groupe et ils firent entendre leurs voix. Le premier Ministre n'était pas parfait, mais ils devaient admettre qu'il faisait progresser les mentalités dans leur sens. S'il devait être remplacé, cela devait être par quelqu'un avec une ambition juste.

Severus ignorait si une telle personne pouvait exister.

En réalité, il n'avait pas eu le cœur de participer plus que ça.

Et Jedusor le remarqua. Il vint le voir à la fin comme Severus et quelques autres 7ème année de sa maison restaient toujours un peu après, continuant à discuter, mais écoutant la plupart du temps des récits de vie du psychomage ainsi que les conseils qu'il leur prodiguait parfois.

-Vous semblez préoccupé, Severus.

-Un peu.

-S'il s'agit de la suite de vos études, vous n'avez pas à vous en faire. J'ai déjà envoyé votre dossier scolaire à de nombreux maitres potionnistes avec qui j'avais déjà discuté de vous. Ils étaient tous élogieux.

-Il ne s'agit pas de cela, mais je suis quand même ravi de le savoir.

Le professionnel haussa un sourcil dans une interrogation muette et Severus hésita. Il ne savait pas vraiment comment formuler son inquiétude. Et puis, se livrer dans le bureau de l'homme était une chose, le faire dans la salle des vert et argent en était une autre. Heureusement, Jedusor sembla le comprendre.

-Nous en reparlerons lors de notre prochain entretien si vous le souhaitez. Ce sera normalement notre dernier ensemble et j'aimerais savoir si vous désirez les poursuivre ou non, Severus.

Le Serpentard n'y avait pas pensé, c'était même une surprise pour lui. Il n'y avait même jamais réfléchi avant. Il avait commencé à voir l'homme au sujet de son avenir. Il voyait le conseiller et non pas le psychomage. Puisque les rouages de son avenir semblaient bien huilés à présent, il n'avait techniquement plus besoin de ces rendez-vous. Mais il hésita.

-Je ne sais pas encore, j'aimerais prendre le temps d'y réfléchir.

-Bien entendu.

Jedusor retourna auprès de Rosier et de sa bande ainsi que de deux autres Serpentard, des filles qui s'étaient bien moquées de lui dans ses premières années à Poudlard et à qui il n'adressait pas spécialement la parole maintenant. Severus quitta donc la salle commune pour monter dans les dortoirs. Il alla dans celui de Regulus qui lisait un livre. Il le voyait souvent ainsi. La plupart du temps, il lisait la nuit, seul dans son lit.

-Tu ne dors pas encore, nota-t-il. Tu passes ton temps à lire ces derniers temps.

Severus s'approcha et s'assit à côté de son ami. Regulus referma alors son livre et le posa puis replia les genoux.

-On n'a pas trop eu le temps de parler ces derniers jours, est-ce que ça va ? lui demanda Severus.

Il avait l'impression de faire preuve de maladresse. La manière dont il s'exprimait n'était pas naturelle. Il fallait dire qu'agir ainsi n'était pas habituel pour lui. Mais Regulus était différent, il était un ami précieux et il avait envie de prendre soin de lui.

-Tu ne m'as pas dit comment tu te sentais par rapport à l'article ?

-Cela n'a pas d'importance, le mal est fait de toute façon.

Regulus donnait l'impression de ne pas vouloir en parler, ce que Severus pouvait comprendre. Cette histoire l'avait surpris et comme beaucoup, il était curieux même si en soit, les histoires de cœur du Serpentard ne l'intéressaient pas vraiment. Qu'il sorte ou non avec Remus n'avait que peu d'importance, mais cela faisait tout simplement parler parce qu'il s'agissait d'un couple homosexuel et que c'était inaccoutumé. Dans quelques semaines à peine, tout le monde serait passé à autre chose, se fichant bien de la finalité de l'histoire.

Severus s'en voulait assez de ne pas savoir quoi dire ni quoi faire. Regulus avait été un bien meilleur soutien pour lui dans sa quête du cœur de Lily. Même si au final, cela n'avait rien donné, le cadet de la famille Black avait été là et cela lui avait fait du bien. A présent, Severus se sentait un peu moins mal dans sa peau.

-Tu étais encore à cette réunion, marmonna le brun.

Severus observa le 6ème année, heureux qu'il change de sujet. Les réunions qui avaient lieu dans la salle commune des Serpentard était un sujet avec lequel il était bien plus à l'aise. Il ne remarqua qu'après que le ton du brun n'avait rien d'enjoué. Il fronça alors les sourcils à cette constatation.

-Et toi, tu n'y étais pas. Pourquoi tu as arrêté d'y venir ? lui demanda-t-il.

Regulus ne répondit pas, ce qui intrigua le 7ème année.

-J'ai l'impression que tu es distant. Tu as envoyé très peu de lettres pendant les vacances.

-On se voit moins parce que tu passes ton temps à ces réunions, tenta d'expliquer Regulus.

-On se verrait plus si tu y venais toi aussi. Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas. Je sais que tu as des idées, que tu as envie d'être écouté et de participer.

Regulus se pinça les lèvres. Il ne savait que répondre au Serpentard. Surtout que Severus avait en partie raison. C'était compliqué de ne pas aller à ces réunions, surtout quand on en mourrait d'envie. Il ne pouvait pas dire qu'il s'y refusait à cause de Jedusor. Mais même cette excuse tenait de moins en moins. Si au début il avait été énervé contre l'homme, sa colère avait récemment doucement commencé à retomber.

-C'est bien que tu te sois rapproché de ton débile de frère et de cet idiot de Potter, mais n'oublie pas pour autant tes autres amis, continua Severus. Franchement, Regulus, tu penses qu'ils continueront à te sourire si tu leur livres vraiment le fond de ta pensée ?

Severus soupira et se leva. Il était tard, il devait aller dormir maintenant. Regulus s'allongea ensuite sur son lit, perdu. Une partie de lui était consciente de la véracité des propos de Snape mais l'autre espérait quand même que ce n'était pas le cas. Pendant combien de temps encore pourrait-il faire comme si tout allait bien ? Le monde allait peut-être bientôt changer et alors, Regulus ne pourrait plus faire semblant.

xXx

Le jeune Remus Lupin étant retourné en cours, l'Auror Maugrey avait pu être relevé de ses fonctions de garde du corps. L'expérience avait été ce qu'elle était, ni plaisante ni totalement déplaisante. Le Poufsouffle était un sorcier brillant et intéressant, et l'Auror n'avait pas l'habitude d'être élogieux. Si Remus s'en donnait les moyens, il pourrait faire de grandes choses. Encore fallait-il qu'il ne se fasse pas entrainer dans des plans foireux par les Black. Cette famille n'avait pas bonne réputation après tout.

La reprise à Poudlard était donc synonyme d'une reprise de poste pour le sorcier et Maugrey en était assez content. Il ne s'était pas absenté si longtemps mais beaucoup de dossiers s'étaient accumulés sur son bureau. S'il ne s'y mettait pas maintenant, il n'en verrait jamais le bout.

L'affaire de l'évasion spectaculaire d'Azkaban tenait pratiquement toutes les équipes mobilisées. Ce qui s'était passé passionnait Maugrey et il en rêvait même certaines nuits. Il avait beau avoir tout retourné dans sa tête, il ne voyait pas comment des prisonniers avaient pu s'évader si facilement de la célèbre prison magique. Il avait lu le rapport un nombre incalculable de fois, étudié les témoignages et même vérifié le plan de la prison, mais rien de probant ne lui avait sauté aux yeux. Cette évasion semblait bien trop improbable et c'était trop bien passé. Preuve qu'elle avait été préparée en amont. Et une telle prouesse n'avait pas pu être réalisée sans aide extérieure. Était-ce cette élève supposément sous impérium ? L'impardonnable était dur à certifier. Marlene McKinnon pouvait autant être une victime qu'une complice. Si elle était vraiment une victime et un dommage collatéral, cela voulait forcément dire que les évadés avaient bénéficié d'une aide extérieure car aucun des prisonniers n'avaient pu ensorceler la Serdaigle avant son entrée dans la prison.

Mais alors qui ? Qu'est-ce qui reliait les 3 évadés ensemble ? Avaient-ils un but commun où s'étaient-ils alliés par la force des choses ?

Cette histoire donnerait des cheveux blancs à l'Auror avant l'heure !

Maugrey avait l'impression que toute son énergie passait dans cette affaire. Pourtant, il lui en fallait encore pour faire son boulot d'Auror et ne pas négliger ses autres dossiers. L'un d'eux attirait particulièrement son attention. Il s'agissait d'une affaire étrange, une histoire d'effraction et de disparition. Au début, Maugrey n'avait pas voulu prendre l'histoire au sérieux. Il ne s'agissait même pas d'un vol puisque le bien qui avait été pris avait été réglé. Qu'il ait disparu mystérieusement n'était dans ce cas-là pas un souci. Mais alors qu'il allait refermer et classer le dossier – le bureau étant déjà assez occupé comme ça pour gérer quelque chose de si futile –Maugrey avait lu les noms des plaignants. Barjow et Beurk. Ce n'était habituellement pas des gens qui aimaient avoir à faire aux autorités. Maugrey avait donc relu le dossier avec plus d'implication et découvert que l'objet qui avait « disparu » était sans aucun doute ce qui avait poussé les commerçants à aller voir les Aurors.

L'affaire avait alors pris un autre tournant. Elle avait de l'intérêt. Mais elle n'était pas simple. Il n'y avait aucun indice, Maugrey ne savait même pas par où commencer. Mais peu importe la difficulté, il ne comptait pas abandonner aussi facilement. Il n'était pas du genre à baisser les bras, il allait toujours jusqu'au bout des choses. Il écoutait son instinct et c'était principalement grâce à lui qu'il s'en sortait toujours si bien. En tant que jeune recrue, Maugrey s'était déjà lancé dans pas mal de missions dangereuses, pas toujours autorisées, mais il avait toujours fait mouche.

Beaucoup lui prédisaient un avenir fait de succès, mais le sorcier s'en fichait bien. Les plans de carrière, très peu pour lui. Ce qui l'intéressait était d'arrêter les criminels et les mages noirs. Voilà.

Le bien qui avait mystérieusement disparu était un bracelet ancien et puissant. Il était difficile de définir sa provenance et ses capacités exactes. Maugrey connaissait la réputation des deux commerçants et il était probable que ceux-ci n'aient pas tout dit lors de l'audition, pour se couvrir ou encore pour d'autres raisons. Il allait devoir enquêter sérieusement, peu importe qu'il n'en ait pas vraiment le temps. Il lui faudrait retourner sur les lieux du méfait, analyser la scène et essayer d'y trouver des indices. Tout cela en espérant que personne ne les avait détruits malencontreusement. Mais plus important, il fallait à tout prix qu'il en sache plus sur l'objet en question qu'il recherchait.

Perdu dans ses pensées, Maugrey n'entendit pas frapper à sa porte.

-Vous êtes encore là, Maugrey ?

Le jeune Auror referma le livre qu'il étudiait. Il avait reconnu la voix de son chef d'équipe mais ne lui répondit pas et celui-ci fit bientôt irruption dans son bureau.

-Je faisais des heures sup', avança-t-il.

-Vous devriez retourner chez vous, nous avons une intervention demain.

-Les fugitifs ont été repérés ? demanda-t-il avec espoir.

Son supérieur haussa les épaules.

-Nous avons eu des signalements mais je me fais peu d'illusion. Ce sont de simples vérifications.

Maugrey ne put cacher sa déception.

-Qu'a donné le dernier interrogatoire de Marlene MacKinnon ?

-Rien de concluant. Quelques points troublant, mais rien d'inquiétant.

-C'est justement très anormal.

Maugrey s'agita derrière sa chaise, rangeant son bureau et amenant un dossier avec lui sans que le plus âgé n'y trouve à redire. Maugrey avait une telle passion pour son travail… Il était aussi impliqué que ses parents avant lui, malheureusement morts dans l'exercice de leur fonction.

-Je suis sûr que cette petite ment.

-Peut-être, mais vous ne pouvez pas le prouver. Et elle n'aurait aucune raison de faire ça.

-Nous pouvons lui faire prendre du veritaserum.

-Et comment le justifier ? Vous savez très bien que nous n'avons rien de concret contre elle.

-Et alors ? Avoir une intuition à une époque était bien assez ! s'emporta-t-il.

-Maugrey…

-Elle a certainement fait cela pour son frère, insista-t-il.

-Quitte à libérer de dangereux criminels ? s'étonna son chef. Je ne pense pas cette fille capable de faire ça, elle n'est pas si idiote ni inconsciente. Faire cela nous aurait forcé à la soupçonner. Et puis, ce n'est pas Dorian McKinnon qu'elle a libéré mais bien Antonin Dolohov. Son frère a profité de la confusion pour saisir sa chance, lui rappela son supérieur.

Maugrey ne partageait pas son avis mais il s'abstint de le révéler. Peu importe ce qui avait motivé Marlene, ni même ce qu'il s'était réellement passé ce jour-là. La jeune femme cachait des choses, il en était certain.

Aussi certain que le bracelet empli de magie noire qui avait été dérobé leur apporterait à un moment ou un autre, bien des ennuis.

xXx

-Tu m'excuseras de ne pas pouvoir me taire plus longtemps mais il faut à tout prix que je te demande, souffla James.

Sirius, qui faisait son sac pour le lendemain, haussa un sourcil à son attention. James vint alors poser ses fesses sur son lit et commença à jouer avec sa baguette. Le dortoir était vide, les autres Gryffondor étant en train de s'amuser dans la salle commune. James avait proposé de les rejoindre mais Sirius avait décliné l'offre. James s'était alors moins senti d'y aller. Les cours venaient juste de reprendre et l'ambiance était un peu étrange après ce qui s'était passé avant les vacances. Certains élèves en parlaient beaucoup, et ce même s'ils n'avaient pas été présents. Et au contraire, ceux qui avaient été là en parlaient très peu. Bien entendu, le psychomage avait ouvert ses portes et étendu ses horaires pour les élèves qui ressentaient l'envie d'en parler.

Sirius n'était pas très bien mais James savait que cela n'avait rien à voir avec ce qui s'était passé à Azkaban. Il avait été un peu perturbé, mais tout comme lui, avait vite remonté la pente. Il connaissait son ami par cœur et soupçonnait un autre évènement.

-Quoi donc ? demanda finalement Sirius.

-Tu ne m'as pas vraiment raconté ce qu'il s'était passé avec Remus. Il a dit que vous aviez parlé et que du coup, ça allait mieux, mais depuis qu'on a repris les cours, j'ai l'impression que c'est toujours aussi glacial.

-Comment tu peux dire ça ? On ne s'est même pas croisé ni parlé une seule fois depuis la fête foraine !

-Bah ça justement ! pointa le préfet.

Sirius soupira : il ne savait pas quoi dire.

-Vous ne vous êtes pas réconciliés, c'est ça ? Vous nous avez dit ça simplement pour nous faire plaisir ? s'inquiéta le brun.

-Non, non, je t'assure que c'est vrai.

Sirius s'installa à côté de lui et croisa ses mains entre ses jambes. Il les fixa ensuite un instant, perdu dans ses souvenirs.

-Remus a vraiment été génial, c'est juste que j'arrête pas de repenser à quelque chose qu'il m'a dit.

-Quoi donc ?

-Il m'a dit qu'il aurait voulu… Davantage entre nous. Enfin, ce n'était pas clair. Il a ajouté après que notre arrangement ne lui convenait plus dans tous les cas.

-Et qu'est-ce que ça t'a fait ?

Sirius resta silencieux, essayant de faire le point sur ses sensations.

-Je ne sais pas, je suis juste resté avec un sentiment de déception, de manque,… J'aurais aimé qu'il m'explique vraiment ce qu'il pensait. Qu'il aille au fond des choses. J'ai eu l'impression qu'il ne se sentait pas d'aller jusqu'au bout.

James sembla troublé par ces révélations. Il resta alors lui aussi silencieux quelques secondes avant de soupirer.

-Sirius, est-ce que tu as compris ce que Remus sous-entendait ?

Sirius sembla hésiter, comme s'il craignait de dire ce qu'il pensait. Comme s'il n'osait pas y penser ou y croire.

-On en a déjà parlé mais tu refusais de m'écouter, lui fit remarquer James. Il a des sentiments pour toi, ça doit être ça qu'il voulait te dire.

Sirius baissa la tête, accusant le coup. Il s'y était attendu, l'avait peut-être même espéré tout en ne sachant pas ce que cela allait déclencher chez lui.

-Qu'est-ce que je dois faire, James… On a dit qu'on allait être amis…

-Ce n'est pas incompatible, tu sais.

-J'ai tellement déconné au début ! Je ne veux pas faire n'importe quoi. Il faut déjà que j'arrive à être son ami et je verrai le reste après. Je ne veux pas me projeter, j'irai pas à pas cette fois-ci.

James sourit, heureux de voir que son ami avait vraiment à cœur de bien faire les choses. Il semblait décidé à faire attention aux sentiments de Remus et ne paniquait pas à leur évocation. Bon, il n'avait toujours pas parlé de ses propres sentiments et de ce qu'il désirait, mais James le sentait plus à même de les accepter. Là, il ne voulait sans doute pas trop y penser, de peur de nourrir des espoirs que Remus, échaudé, ne refroidiraient aussitôt.

Remarquant que son ami semblait moins pensif et moins maussade, il lui proposa alors de nouveau de rejoindre le reste des Gryffondor dans leur salle commune. Ceux-ci avaient débuté une partie de bataille explosive et de temps en temps, les Maraudeurs les entendaient s'exclamer et rire. De quoi deviner l'ambiance joyeuse qui y régnait. Sirius accepta.

xXx

Sirius marchait dans les couloirs presque vides du château. Dans moins d'une heure, ce serait le couvre-feu. Ses cartes en main de la nouvelle édition limitée du jeu populaire sorcier entre les mains, le brun retournait dans son dortoir. Il s'était proposé d'aller récupérer les cartes optionnelles du jeu « bataille explosive » chez un Gryffondor qui passait la soirée chez sa copine Serpentard. Un moyen de prendre l'air, de s'isoler tout en inquiétant pas James. Son ami était formidable à tout faire pour l'aider, mais Sirius n'avait pas envie de continuellement l'embêter avec ses histoires.

Bien entendu, ce qui se passait avec Remus le préoccupait mais depuis qu'ils avaient pu discuter, il allait mieux et avait bon espoir que tout redevienne comme avant. Il faudrait simplement qu'il fasse le point assez vite sur ce qu'il éprouvait pour Remus. Néanmoins, son unique but était de ne pas envenimer la situation pour l'instant et surtout, de rester maitre de son corps et de son esprit. Ce qui lui était arrivé le soir où il avait couché avec Isabel le terrifiait. Il ne s'expliquait toujours pas ce qui s'était passé et appréhendait que cela ne se reproduise. Que ferait-il alors cette fois ? Il y avait longuement pensé et se demandait s'il n'était tout simplement pas devenu somnambule. Il voyait peu d'autres choses pour expliquer ce qui lui était arrivé : cette perte de mémoire, le fait de ne pas avoir conscience de ses gestes et actes, le fait de ne pas se rendre compte de leur gravité et de leurs conséquences sur le moment.

Il savait très peu de choses sur le somnambulisme et pouvait tout aussi bien se tromper. Est-ce que cela se soignait ? Est-ce qu'un somnambule pouvait être dangereux ? Cela durait-il toute la vie ? Cette perspective l'angoissait et même s'il ne devenait pas complètement fou, il avait cette impression de ne pas totalement être sain d'esprit.

Sirius s'arrêta brutalement, perdu. Le regarda hagard, il fixa le sol et eut la sensation que le sol tanguait. Que bientôt, il allait s'ouvrir et l'engloutir. Il relâcha les cartes dans ses mains et elles chutèrent. Il les observa tomber et essaya de se ressaisir : on l'attendait pour commencer une nouvelle partie. Il voulut se baisser pour les ramasser mais le sol se mit à tanguer encore plus. Sa tête tournait et sans qu'il ne comprenne comment, il se retrouva à moitié couché par terre. Il eut un moment d'hébètement avant de comprendre qu'il était tombé. Ses mains tremblaient tant qu'il ne pouvait se saisir des cartes.

Sirius se rendit compte que sa respiration s'emballait. Aussitôt, la panique l'étreignit et il n'eut pas la force de se relever. Il eut tout juste la possibilité de s'adosser au mur pour ne pas finir complètement couché par terre. Les couloirs étaient vides et sombres. Il balada alors son regard à gauche et à droite et sa main vint serrer son haut au niveau de sa poitrine. Sa respiration se fit sifflante.

-Moony…

Malheureusement, il n'y avait aucune trace du Préfet-en-chef et Sirius sentit la terreur prendre le pas sur lui. Cette sensation de ne plus pouvoir respirer était affreuse. Il savait qu'il ne s'en sortirait pas seul mais il n'y avait personne pour lui filer un coup de main. Il avait également conscience qu'il ne devait pas paniquer mais seul avec ses pensées tourmentées, c'était peine perdue. Il essaya alors de se rappeler comment il s'en était sorti les fois précédentes mais son cerveau n'arrivait pas à se focaliser sur ces évènements.

-Bo-bordel ! Fais…fais un effort ! s'ordonna-t-il.

Mais il était seul et il n'avait rien à quoi se raccrocher. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?!

Son rythme cardiaque s'envola et Sirius eut l'impression qu'il perdait connaissance. Après un moment, il rouvrit les yeux et aperçut le plafond du couloir. Il se redressa lentement et eut le plaisir de constater que la terre ne semblait plus tourner. Sa poitrine lui faisait pourtant toujours aussi mal. Il entendit alors des pas et tourna la tête vers l'endroit d'où semblait venir le bruit.

-Monsieur Black ? fit la voix du psychomage au loin.

Celui-ci se mit à courir jusqu'à lui et s'agenouilla. Il prit le visage de Sirius en coupe et sembla rapidement l'examiner.

Sirius ne chercha pas à lui résister et après un effort, il attrapa le col de sa propre chemise : il devait lui montrer qu'il avait du mal à respirer. Heureusement, Jedusor sembla le comprendre seul. Il manipula le jeune homme pour l'installer plus confortablement et se mit face à lui pour tenter de lui faire retrouver son calme. Sirius était si désespéré qu'il s'accrocha à chacun de ses mots. Plusieurs longues minutes plus tard, son cœur battait toujours la chamade, mais il allait bien mieux.

-Merci, fit-il lorsqu'il retrouva l'usage de la parole.

-Vous êtes encore bien pâle, constata le psychomage. Vous faites souvent ce genre de crise ? Allons à l'infirmerie.

Sirius secoua la tête et Jedusor fronça les sourcils.

-Dans ce cas, venez dans mon bureau vous reposer. Je pense que nous devrions également parler un peu.

Si Sirius avait été dans son état normal, il aurait réussi à trouver une excuse pour échapper à cette discussion. Depuis l'arrivée dans leur vie de Padfoot, Sirius et James savaient qu'il devait se méfier du psychomage, que quelque chose n'était pas clair en lui, même s'ils ignoraient quoi exactement. Ce qui s'était passé à Azkaban leur avait plus ou moins prouvé, même s'ils ne pouvaient le prouver, que Padfoot ne s'était pas trompé au sujet de cette sortie.

Mais quoi que l'homme prévoyait, pour le moment, il n'avait encore qu'un statut de psychomage et c'était ainsi que le Gryffondor le voyait. Il était fatigué et se sentait vulnérable. Ce fut peut-être pour cette raison qu'il accepta. Il avait besoin d'aide et le hasard avait fait en sorte que ce soit Jedusor qui se trouve à ses côtés à cet instant précis. Il ferait attention. Il n'était pas idiot et prévenu du danger que représentait l'adulte, il contrôlerait ce qu'il dirait.

De toute façon, cette discussion, il savait qu'il en avait besoin. Pour la deuxième fois de son existence, il pénétra donc dans le bureau du psychomage, là même où il faisait ses consultations. Cette fois-ci, il ne s'attarda pas sur le mobilier ni sur la décoration et s'installa directement sur le fauteuil que lui indiqua le psychomage.

-Savez-vous ce qui a provoqué cette crise ?

Sirius pensa à ce qui lui était arrivé, à ce qu'il avait fait à Remus et à ce qu'il pourrait faire à l'avenir. Au fait que rien n'allait.

-Ma vie part en vrille, avoua-t-il alors. C'est l'impression que j'ai en tout cas…

-Qu'est-ce qui vous faire dire ça ?

-J'ai été élevé par des tarés !

Il inspira ensuite un grand coup pour ne pas craquer.

-Ma famille est pourrie et je prends juste conscience que c'est également mon cas…

-Vous y allez un peu fort. Vous êtes surtout bien catégorique. Pourquoi vous rabaissez-vous ainsi ? Vous n'êtes plus sous la responsabilité de vos parents. Ont-ils tenté quelque chose récemment ?

Sirius lui renvoya un regard blasé. Il aurait voulu que Jedusor comprenne sans qu'il n'ait besoin de tout expliquer. Ça aurait alors été bien plus simple.

-Ma mère m'a toujours dit que les homosexuels étaient des criminels, que tout ça était contre nature, qu'elle me tuerait probablement si je devenais comme ça. Elle semblait persuadée que j'en prenais le chemin avant que je n'entre à Poudlard.

-C'est assez sévère. Malheureusement, c'est une idée qui a commencé à germer chez les sorciers avec l'implantation des nés moldus et de l'assimilation de leur culture. Une idée de pourquoi elle pensait ainsi ?

Sirius haussa les épaules.

-Je n'en sais rien. Je sais juste qu'à cause d'elle, j'ai fait du mal à quelqu'un à qui je tiens beaucoup.

Une part du Gryffondor était convaincue que s'il n'avait pas été si terrorisé par ce qu'il vivait avec Remus, ce bonheur qu'il ressentait avec lui, il n'aurait pas agi si lâchement. Bien sûr, à la fin, il avait fini par complètement déconner, mais c'était une autre histoire.

-Il arrive de blesser les personnes qu'on aime plus souvent que vous ne le pensez, vous savez. Est-ce à cause de cela que vous vous sentez mal, que vous avez eu cette crise tout à l'heure ?

Sirius souffla. Il se sentait si las, si apathique. Bien sûr, ce qui s'était passé avec Remus l'avait pas mal travaillé mais il allait mieux à présent. Et s'il ne faisait pas n'importe quoi, il devrait aller de mieux en mieux. Ce n'était pas vraiment ça qui l'angoissait. Il avait suivi Jedusor parce qu'il pensait que l'adulte pouvait lui permettre d'y voir plus clair. C'était un psychomage, son boulot était de l'aider, n'est-ce pas ?

Il observa l'homme. Il ne pouvait se défaire des mises en garde de Padfoot et il essaya d'imaginer comment le psychomage pouvait basculer. Mais il n'en savait rien. Il savait juste qu'il ne lui donnerait pas de réelle arme contre lui, juste au cas où.

Il se trouvait dans une impasse et ne savait plus quoi faire. Pourtant, alors qu'il était assis dans le bureau du psychomage, il se trouvait incapable de s'exprimer. Devait-il peser ses mots ? Pouvait-il lui faire totalement confiance pour s'occuper de sa santé mentale ? Ce qu'il avait à dire n'était pas simple, ni à dire, ni à entendre.

-Sirius ? répéta l'adulte. Est-ce que c'est la première fois que cela vous arrive ?

-Non.

Il repensa à ce qu'il s'était passé plus tôt, à ce qui l'avait mis dans un tel état et à ses propres conclusions. Ça au moins, il pouvait en parler au psychomage. Le Gryffondor n'avait pas l'habitude de se confier, de donner des informations sur lui, mais il savait qu'il lui fallait donner des indications au psychomage s'il voulait que celui-ci l'aide.

-Si j'ai si mal réagi tout à l'heure, c'est parce que j'ai peur d'être somnambule, murmura-t-il soudain.

-Pardon ? Vous vous pensez somnambule ? Ce n'est pas quelque chose d'anodin. Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?

Sirius tenta alors de lui expliquer, de rassembler les arguments qu'il avait. Très peu en réalité. Il pensait être somnambule parce que rien d'autre ne semblait expliquer les agissements qu'il avait pu avoir, tout simplement. Sa perte de mémoire, sa perte de contrôle. Ses instants d'absence…

Le psychomage l'écouta attentivement et Sirius vida son sac sans même s'en rendre compte. Il eut l'impression de se libérer d'un poids, de ne plus avoir à compter que sur lui-même.

-Et vous pensez au somnambulisme, répéta Jedusor, pensif. Vous savez, Sirius, chez l'adulte, le somnambulisme peut avoir des causes psychologiques, notamment en période de stress. Ou des causes psychiques. Ainsi, pour Freud, le somnambulisme peut faire partie de ces symptômes qui sont les résidus et les symboles de certains événements traumatiques. Si vous souffrez vraiment de somnambulisme, il s'agit de savoir si les causes en sont psychologiques ou psychiques. Qu'en pensez-vous ?

Sirius sentit une chape de plomb lui tomber dessus. Il repensa à ces images qui lui revenaient parfois, ce mal-être qu'il ressentait de temps en temps et ce visage flou qui ne voulait pas quitter ses rêves et encore moins ses cauchemars. Cet homme que sa mère lui avait présenté et qui lui avait laissé une étrange impression.

-Sirius, vous semblez encore bouleversé, nota Jedusor devant son silence. Il est tard, nous devrions discuter de cela plus longuement après que vous vous soyez reposé.

-Je ne sais pas...

-Prenez le temps d'y réfléchir. Vous n'allez pas bien, Sirius et vous avez besoin d'aide.

Le batteur le reconnaissait bien volontiers. Malheureusement, il n'était pas encore prêt à affronter cette vérité ni ses souvenirs.

Qu'il soit somnambule ou non, tout comme pour ses crises, cela semblait avoir à voir avec ce qui s'était passé avant son entrée à Poudlard. Il n'était pas sûr de pouvoir surmonter cette épreuve seul et même si un adulte pouvait l'aider, ce n'était pas la première personne à laquelle il pensait. Il avait besoin de James et de Remus.

-Merci… Je dois y aller.

Il quitta le bureau du psychomage sans savoir s'il y reviendrait.

xXx

En cette fin de semaine plutôt calme, Remus et Peter passaient du temps dehors. Il faisait relativement bon. Les températures étaient encore un peu basses mais le soleil brillait dans le ciel. Les Gryffondor s'entrainaient pour le match à venir contre les Serpentard et l'entrainement était ouvert au public. Quelques personnes y assistaient. Peter, qui avait toujours apprécié ce sport, avait voulu venir. Regarder les autres voler, se faire des passes, rigoler, tenter des techniques, des parades, l'émerveillait. Remus avait accepté de l'accompagner, bien qu'il ne soit pas fan de ce sport.

C'est en montant dans les gradins qu'ils virent plus haut l'attrapeur de l'équipe adverse.

Remus sourit et se dirigea vers lui. Peter quant à lui espérait qu'il s'arrêterait avant et ne chercherait pas à bavasser avec le Serpentard. Mais bien entendu, le Poufsouffle ne le fit pas et Peter le regretta. Il avait du mal avec le 6ème année et il avait cette impression que le cadet des Black le considérait comme de la vulgaire salissure, un rat.

-Salut, Regulus, pouvons-nous nous joindre à toi ? lui demanda Lupin.

Celui-ci haussa les épaules : il serait plus facile d'ignorer Padfoot s'il était en compagnie de quelqu'un. Apprendre à se taire pour ne pas être pris pour un fou avait été une habitude étrangement facile à prendre. Et à cet instant, il avait besoin de faire taire la voix de l'esprit qui ne voulait qu'une chose, le perturber pour qu'il n'espionne pas l'entrainement des Gryffondor.

Remus s'installa avec plaisir aux côtés du Serpentard et Peter fit de même malgré son malaise. Regulus était celui qui avait deviné ce qu'il avait fait et l'avait dénoncé. Bien sûr, à ce jour, il n'avait toujours aucune preuve mais il en était persuadé. Peter ne l'appréciait pas beaucoup. C'était une copie ratée de son grand frère. A l'époque où il avait encore espoir d'être ami avec le Gryffondor, cela l'avait déçu. Aujourd'hui, cela ne lui faisait plus grand-chose.

Il se demandait simplement comment Remus et Regulus avaient pu devenir amis. Les deux hommes étaient très différents mais ils semblaient s'être rapprochés après la sortie de l'article les déclarant en couple.

Parfois, il paraissait si facile au Poufsouffle de devenir ami avec des personnes qui lui semblaient insaisissables. Des individus dont Peter ne pouvait même pas rêver parler et rire avec. La plupart du temps, il l'enviait. Quelques fois même, il le détestait. Tout comme il se sentait trahi, humilié et en colère par la décision de Remus de pardonner à Sirius et d'essayer d'être son ami. Cela n'avait aucun sens pour lui même si à ce stade, ce n'était que des mots. Les deux hommes ne s'étaient pas encore parlés ni même vus visiblement. A quoi cela rimait-il ?

Peter trouvait tout cela tellement risible. Il observa le ciel, les allées et venues des joueurs de Quidditch, et repéra très vite Sirius. Celui-ci regardait les gradins dans leur direction. Il avait dû les voir arriver et observait son ancien amant. A côté de lui, Remus leva la tête et croisa aussitôt son regard. Il lui sourit timidement pendant quelques secondes avant de baisser les yeux et de se centrer de nouveau sur Regulus. Sirius pour sa part ne parvint pas à détacher son regard de lui, d'eux. Peter n'osa pas trop observer l'échange de peur de croiser le regard de Sirius. Il ne se rappelait que trop bien les menaces qu'avait proféré le Gryffondor avant la sortie à Azkaban et les vacances prématurées qu'ils avaient eues. Pour lui, il était toujours incroyable et impensable que Remus et Sirius se fréquentent de nouveau, et peu importe que ce ne soit qu'amical.

Cette situation l'énervait autant qu'elle l'emplissait d'incompréhension. Mais il avait bien compris que s'il protestait encore, son amitié avec Isabel et Remus serait mise à mal alors il n'avait d'autres choix que de se taire. Tout cela le blessait pourtant profondément.

Sirius avait gagné en quelque sorte.

Il se rappela alors les mots de Jedusor, cette solution qui lui était offerte. Oserait-il aller jusqu'au bout ? Il osa un timide regard du côté de James non loin de son meilleur ami. Sirius allait-il le croire ? Et si cela l'énervait plus encore ? Il soupira, dépité.

Il ne devait pas y penser maintenant, cela l'empêcherait d'apprécier le moment. Il se concentra donc sur son ami et le Serpentard.

-Tu fais du repérage stratégique ? lui demandait Remus, amusé.

-Même avec ça, il vous sera impossible de battre les Gryffondor, tenta Peter timidement.

Il n'avait pas envie de faire tapisserie et d'être spectateur de la discussion.

Mais le sourire fier du cadet des Black confirma au lion que celui-ci était confiant.

Ils restèrent ensuite silencieux, observant l'entrainement, les rires des joueurs raisonnant parfois dans le stade. Peter fut complètement immergé, repensant à cette envie qu'il avait toujours eu de se trouver sur ce terrain. Aurait-il eu plus de popularité s'il avait été l'un d'eux ? Le blond en était persuadé. Il aurait été acclamé les jours de match, aurait été envié, respecté, reconnu, aimé…

-J'ai terminé le livre que tu m'as prêté. Je te le rendrai demain, lança soudain Regulus.

Peter ne prêta que peu d'attention à lui, ne voyant pas bien de quoi il parlait. Il ne s'adressait pas à lui de toute façon.

-D'accord. Comment l'as-tu trouvé ? répondit Remus.

-Bien, répondit Regulus avec nonchalance.

-Bien est un mot faible pour décrire l'amour et la joie que tu as ressenti en lisant le Petit Prince. Sans doute parce que tu es un Petit Roi. Je suis sûr qu'il y a un rapport.

L'humour de Padfoot volait vraiment bas parfois. Pourtant, ça faisait toujours sourire Regulus, au moins un peu.

-Si tu as aimé, je pourrais peut-être te prêter un autre livre.

Regulus haussa les épaules, l'air de s'en ficher, et Remus choisit de ne pas insister. Il savait le garçon sur la réserve et n'avait pas envie de le froisser. Ils continuèrent de discuter de leurs vacances, des cours, et Peter commença à prêter attention à ce qu'ils se disaient. Il avait encore la sensation d'être de trop, qu'on ne cherchait pas à le mêler à la conversation.

C'était tout le temps comme ça et jamais ça ne changerait. La fin d'après-midi approchait et il serait bientôt temps pour lui de rejoindre la salle commune des Serpentard pour assister à la réunion du jour. Là-bas au moins, personne ne le jugeait. Jedusor était toujours là, bienveillant, et le guidait.

Il ne comprenait pas pourquoi il hésitait encore à s'en prendre à James et à Regulus. Tout le monde se fichait de lui et lui faisait du mal sans penser aux conséquences, pour s'amuser. Peter ne voulait pas laisser Sirius s'en sortir. Il était trop amer pour pouvoir passer à autre chose. Il n'était plus une victime. Sirius et Remus redevenaient amis ? Il ne pouvait l'accepter. Il s'en sortait si mal alors que tout avait l'air de sourire au Gryffondor qui, d'après lui, ne le méritait pas du tout !

Il allait se charger de rétablir l'équilibre.

-Il faut que j'y aille, lança-t-il en se levant.

xXx

Remus n'eut pas le temps de comprendre ni même de répliquer que Peter filait déjà au loin. Il fronça les sourcils face au comportement étrange de son ami. Il pensait que Peter était très heureux de venir voir l'entrainement de Quidditch et celui-ci n'était même pas fini. Que pouvait-il avoir de mieux à faire ?

-Il va aux réunions, lui expliqua Regulus.

-Ne l'inquiète pas, s'il te plaît, fit Padfoot.

-Les réunions ?

-C'est juste des élèves qui se réunissent pour refaire le monde.

-Là, c'est peut-être un peu trop édulcoré, grimaça Padfoot.

-Je crois en avoir déjà entendu parler, ces réunions n'ont pas bonne réputation. De ce qu'on m'en a dit en tout cas.

Regulus fit la moue. Son avis était sans doute biaisé mais il devait néanmoins essayer d'être juste.

-Pas forcément. J'ai participé à certaines et elles sont loin d'être aussi lugubres qu'on le dit. C'est simplement parce qu'elles sont secrètes qu'elles font autant parler. Mais je tiens quand même à dire que ce n'est pas une réunion de gentils petits moutons tout contents. Tous les sujets sont abordés, même les plus durs. Au moins, tu peux parler, ton avis compte.

Remus médita ses paroles. Il ne s'était pas attendu à ça. Il faisait si peu cas des rumeurs qu'il avait encore une fois cru à un mensonge, un truc exagéré. Si Regulus le rassurait en partie sur la part – non sombre – de ces réunions, il s'interrogeait néanmoins sur le profil de ceux qui participaient.

Ton avis compte. C'était les mots de Regulus.

Remus se demandait si Peter y allait justement parce qu'il se sentait écouté là-bas, et incompris à ses côtés. C'est vrai qu'ils avaient eu des divergences au sujet de Sirius, mais ça ne pouvait pas être que ça. Il se sentit soudain très curieux au sujet de ce qu'on pouvait bien y faire et ce qui pouvait s'y passer exactement.

Mais la chose qui taraudait le plus le Poufsouffle, c'était la raison de l'existence de ce groupe.

Pourquoi créer un groupe de paroles ? Qu'est-ce qui avait changé et qui avait ainsi donné envie aux gens de ne plus se taire ? C'était aussi intrigant qu'inquiétant.

xXx

Marlene se sentit nerveuse lorsqu'elle s'enfonça plus en profondeur dans la forêt interdite. Elle serra son sac sans fond dans ses bras pour se donner du courage. Ce n'était pas le moment de trembler. Elle était forte. Elle avait fait un choix surtout.

L'interdiction de pénétrer dans les lieux avait été levée et c'était la première fois que la Serdaigle y retournait. Les créatures semblaient se tenir tranquilles mais la sorcière ne pouvait être sûre de rien. Elle n'avait jamais trop fréquenté l'endroit. Par manque d'intérêt et surtout, elle n'avait pas envie de tomber sur des Acromentules ou encore un centaure à qui elle aurait mal parlé. Et il y avait tellement d'autres choses encore.

Marlene marcha sur une petite branche qui craqua et son cœur eut un loupé. Un seul cependant, avant qu'elle ne se reprenne. Même si la forêt interdite était impressionnante, ce n'était pas tellement ce qui la rendait nerveuse. Depuis ce qui s'était passé à Azkaban, les patrouilles d'Aurors s'étaient faites plus nombreuses. Trois d'entre eux avaient même été détachés pour veiller sur Pré-au-Lard, pendant et en dehors des sorties scolaires des élèves de Poudlard. Le reste du temps, les élèves étant au château, ils étaient sous la surveillance et la protection du directeur et des professeurs. La Serdaigle ne savait pas si c'était un bon choix de venir ce samedi mais c'était encore la meilleure possibilité qu'elle avait. Les élèves étaient disséminés un peu partout et chacun était occupé dans son coin. Qu'elle s'absente du château n'avait rien d'étonnant. Elle pouvait prétendre avoir fait un bref tour à Pré-au-Lard pour rentrer tout aussi vite. Il y avait toujours tellement d'animation ces jours-là, qui porterait attention à elle ?

Dans une semaine environ, il y aurait le match de Quidditch qui opposerait les lions et les serpents. Encore une occasion parfaite pour s'éclipser. Mais elle serait tout de même obligée de se montrer. C'était un trop grand évènement pour qu'elle n'y aille pas, les gens ne comprendraient pas. Tout le monde vénérait tellement le Quidditch. Par amitié, elle encouragerait les Gryffondor, mais elle ne pleurerait pas leur défaite si elle devait arriver.

Marlene approchait. Elle reconnaissait les lieux et sortit sa baguette. La magie la reconnut alors et lui dévoila la vérité. Marlene était heureuse de connaitre autant de sortilèges. Sans ça, elle n'aurait pas pu protéger l'endroit d'un Cave inimicum.

Elle s'approcha, un peu tremblante, de la tente. Il ne fallut pas plus de cinq secondes à son frère pour en sortir, une pierre à la main, et il soupira de soulagement en la voyant. Marlene se mit à rire en pointant la pierre.

-Je n'avais trouvé que ça.

Dorian haussa les épaules puis écarta les bras, prêt à recevoir le câlin que sa sœur voulait lui donner.

-Je suis heureuse de te voir.

-Et moi donc.

Marlene refoula les larmes qui voulaient couler. Dorian n'était plus enfermé et c'était la meilleure chose qui pouvait arriver. Elle savait qu'elle avait fait quelque chose de mal, mais l'erreur avait été commise bien avant. Celle d'enfermer les gens simplement pour leurs idées politiques. Dorian avait été jugé durement pour en faire un exemple et il n'était pas le seul, elle le savait. Azkaban se remplissait toujours plus, à croire que l'emprisonnement était la peine privilégiée à chaque fois. Elle se sentait coupable de ne pas avoir porté attention à cette problématique avant. Elle le faisait maintenant seulement parce que son frère avait été dans cette situation. Toutes ces discussions avec le psychomage l'avaient finalement aidée à y voir plus clair. Elle avait voulu croire le plus longtemps possible qu'il y avait une justice et que si tout n'était pas toujours tout blanc ou noir, les choses qui arrivaient avaient toujours une raison.

Mais ce n'était pas vrai.

Il y avait aussi la bêtise des hommes. Celle-là même qui avait causé des guerres, des injustices et des situations inconfortables.

Elle avait donc volé la baguette de Jedusor et il l'avait laissé faire. Tout comme il lui avait dit où était enfermé son frère. Marlene ne savait pas comment Jedusor avait pu être au courant de cette information. Avec le recul, la jeune femme supposait que le psychomage avait du apprendre une partie du plan de la prison magique ainsi que l'emplacement par catégorie des prisonniers pour des raisons de sécurité. Il était celui qui leur avait fait la visite de la prison, cela tombait sous le sens quand elle y pensait. Il lui était impossible de faire cela sans connaître un minimum l'endroit. Il avait également été en contact avec le poste de sécurité alors il avait pu lui dire quand y aller, quel moment serait le plus propice.

Mais l'homme n'avait rien fait de plus.

Marlene aurait dû se montrer plus curieuse, plus méfiante même. Pourquoi un homme respectable tel que Tom Jedusor l'avait-il aidée à commettre un tel acte ? Elle n'avait pas directement demandé mais lui avait fait sentir son trouble, ses interrogations. Celui-ci avait alors simplement répondu qu'il voulait lui offrir une chance de revoir son frère, de lui parler, de lui demander des explications. Il était vrai également que le psychomage ignorait qu'elle avait l'intention de libérer son frère. Pourtant, lorsqu'il l'avait rejoint à l'étage où se trouvait Dorian, Jedusor n'avait rien fait pour l'attraper. Dans son regard, elle avait compris qu'il la comprenait, qu'il ne la jugeait pas et qu'il était prêt à l'aider jusqu'au bout. Libérer les prisonniers détournerait l'intention des Aurors et ne ferait pas peser de soupçons sur elle.

Malgré tout, elle n'avait pas voulu libérer l'autre prisonnier, Antonin Dolohov. Elle avait néanmoins finit par s'y résoudre. Il était mieux que les Aurors divisent leurs forces à chercher deux prisonniers plutôt que de lancer une meute sur son frère. Elle avait ignoré l'identité de l'homme quand elle avait ouvert ses barreaux. Elle ne s'était renseignée que plus tard. Une sorte de prisonnier politique, comme son frère, même si celui-ci avait vraiment eu du sang sur les mains. Par rapport à la libération de Fenrir par contre, elle n'y était pour rien et ne savait pas ce qui s'était passé.

Concernant Jedusor, elle avait voulu croire qu'il s'agissait simplement d'un adulte prêt à l'aider, à l'écouter. Pour autant, au fond d'elle, Marlene ne pouvait pas se contenter de cette explication. Elle ne pouvait pas croire que Jedusor l'avait aidée par pure bonté d'âme. Elle avait enfreint la loi, il aurait dû la dénoncer et non pas l'aider. Pourquoi faire cela si ce n'était qu'il avait également quelque chose à gagner dans cette histoire ? Tout cela l'inquiétait, mais que pouvait-elle y faire ? Elle n'allait pas aller le dénoncer, elle non plus n'était pas blanche comme neige. De plus, son frère n'était pas encore tiré d'affaire, elle ne voulait pas faire de vagues ni lui créer des ennuis.

La culpabilité qu'elle ressentait était équivalente à sa joie.

Marlene essayait au mieux de soulager sa culpabilité. Parfois, elle se disait qu'elle n'aurait pas dû libérer Dolohov, que son frère était la priorité, mais elle s'inquiétait des retombées, de ce qui pourrait également lui arriver. Comment l'aider une fois dehors si elle aussi finissait enfermée ?

Elle s'en sortirait, elle pourrait s'occuper de son frère. Il était difficile de prouver exactement l'utilisation d'un impérium, mais le contraire était aussi exact. Son attitude étrange, limite hagarde, qui avait été dûe à l'angoisse et à l'appréhension ainsi que le témoignage du psychomage qui l'avait libéré du maléfice allaient dans son sens.

Ça irait, ne cessait-elle de se répéter.

-Je t'ai amené des provisions.

-Tu es la meilleure, petite sœur.

Dorian déposa un baiser sur son front pour la remercier et ils pénétrèrent dans la tente magique. Elle lui laissa les vivres et la couverture puis sortit un livre pour que son frère s'occupe l'esprit : il ne manquerait plus qu'il devienne fou à être ici, isolé. Les Détraqueurs avaient déjà assez entamé son esprit comme ça.

-Je m'en veux de t'impliquer, Marlene.

-Ça suffit, nous avons déjà discuté de ça, le coupa-t-elle. Je vais faire du polynectar.

-Quoi ?! Mais t-

-J'y arriverai. Ça prendra du temps mais j'y arriverai. Tu prendras l'identité d'un élève discret, tu pourras ensuite aller chercher une baguette chez Olivander, prétendant que l'autre s'est cassée. Avec une baguette, ton quotidien s'améliorera.

Elle sourit. Elle voulait y croire.

-…Très bien, céda-t-il.

Dorian voyait bien que sa sœur ne voulait pas être contredite et il était si perdu… Il ne pouvait également compter que sur elle.

Dorian était pourtant inquiet. Il savait que rester près du château était dangereux, surtout pour sa sœur. Il devait vite s'éloigner d'elle pour ne pas éveiller les soupçons sur son implication.

-Quand les contrôles aux frontières baisseront et que les Aurors se rendront compte qu'ils ont autre chose à faire que de chercher quelqu'un d'inoffensif, tu pourras aller en France. Avec les parents, on ira te rejoindre cet été. J'aurais fini Poudlard, on pourra s'installer là-bas.

-Marlene, tu n'y penses pas !

Il eut du mal à ne pas crier.

-Je ne veux pas que vous gâchiez votre vie à cause de mes erreurs !

-Ce sont eux qui l'ont gâchée. Tu ne peux pas savoir le mal que ça nous a fait d'être séparés de toi, d'être sans nouvelles et d'imaginer le pire ! On avait même fini par te détester pour ne pas souffrir de ton absence…

-Petite sœur…

Dorian avait la gorge nouée.

-Je te donnerai l'argent nécessaire pour survivre quelques semaines mais je ne pourrai pas faire plus. Il faudra que tu fasses attention.

Il hocha la tête.

-Les parents sont au courant ? voulut-il savoir.

Elle nia.

-Trop dangereux. Si je dois tomber, je le ferais seule. Moins il y aura de gens au courant, plus on aura de chances de réussir.

-Oui, c'est sans doute mieux ainsi…

Il lui prit les mains et les serra fort.

-Tu devrais y retourner et ne t'oblige pas à venir trop souvent. Je ne veux pas que tu aies des soucis.

Elle hocha la tête.

-Je vais réfléchir à un autre endroit pour toi.

Il secoua la tête mais elle insista. Elle ne pouvait pas laisser son frère dormir dehors, qui sait combien de temps son subterfuge marcherait. Il était sans baguette et ne ferait pas long feu contre un ennemi. Et l'ennemi était partout ici.

Après une brève accolade, elle se leva maladroitement et partit précipitamment. Elle devait arriver à donner le change. Avoir été interrogée deux fois l'inquiétait mais tant qu'ils n'avaient rien, elle ne risquait rien.

xXx

-Severus, merci d'être venu. Je sais que le soir généralement, les élèves aiment être entre eux ou alors réviser leurs cours.

-Ce n'est pas un problème. Vous faites déjà tant pour moi, je pouvais bien prendre de mon temps.

-Installez-vous, je vous prie.

Le psychomage fit entrer l'élève dans son bureau et lui proposa de s'asseoir. Jedusor, comme il le faisait habituellement avec les élèves qu'ils recevaient, ne s'installa pas derrière son bureau et prit le fauteuil en face du Serpentard. Il lui sourit pour le détendre, ravi de la confiance que lui portait le jeune homme. Il était fier de lui : en très peu de temps, il avait réussi à approcher beaucoup d'élèves et à gagner leur confiance. Ainsi, ils pouvaient se confier plus facilement, se livrer et ne pas se sentir obligés de jouer aux forts comme ils pouvaient parfois le faire devant leurs camarades. Ils savaient également que tout ce qu'ils pourraient dire resterait à jamais entre les quatre murs de ce bureau. Du moins supposaient-ils. La fonction jouait beaucoup, mais le psychomage avait également le talent de savoir les écouter, d'aborder les choses et de les rassurer.

Tom Jedusor avait également su trouver les élèves avec qui il pouvait allait plus loin, parler en dehors des consultations et aborder certains sujets. Il appréciait beaucoup le jeune Severus, intelligent, déterminé, curieux et avec un grand besoin de reconnaissance. Sur certains points, il se reconnaissait en lui. Une famille en lambeaux incapable de s'occuper de lui et aucun modèle, aucun adulte digne de ce nom pour le guider. Tout comme lui, Severus avait dû batailler pour en arriver là où il était. Ils avaient tous les deux cette même soif de revanche, de réussite.

Et ils étaient également tous les deux des sang-mêlé. Mais leur ressemblance s'arrêtait là. Tom Jedusor avait un physique avantageux, un charme certain et un don pour la manipulation. Il était populaire, doué et avec des relations. Il possédait également un réel potentiel magique !

Severus Snape ne lui arriverait jamais à la cheville mais il appréciait de pouvoir lui donner un coup de pouce.

-Vous m'avez fait appeler pour discuter de mon avenir ? J'ai lu la liste de noms de maitre d'apprentissage que vous m'avez fournie et ils sont tous extraordinaires.

D'un mouvement souple du poignet, il leur fit servir du thé à la rose et Severus hésita avant de se saisir de sa tasse puis d'en boire une gorgée et de rajouter deux sucres.

-Je suis ravi de l'apprendre, lança le psychomage.

-Mais j'avoue avoir quelques doutes.

Jedusor fronça les sourcils et l'invita à continuer.

-J'ai du mal à croire qu'ils me veulent pour apprenti sans avoir vu de quoi je suis capable.

-Je leur ai transmis une copie de votre bulletin scolaire et croyez-moi, ce fut largement suffisant.

Malgré ces dires, Severus ne semblait pas convaincu. Le Serpentard n'avait pas confiance en lui, c'était évident. Il avait du mal à percevoir ce que le psychomage voyait en lui.

- Vraiment ? Je pensais utiliser l'opportunité de participer au grand tournoi de duel annuel que le directeur nous offre. Si je suis sélectionné, j'aurais l'occasion de me faire un nom et une réputation. Et si j'arrive à bien me classer, je me ferais remarquer. Ces maitres auront plus de chances de s'intéresser réellement à moi dans ce cas, n'est-ce pas ? J'aurais montré que j'ai du talent.

-Vous voulez réussir par vous-même, cela vous honore. Mais ne vous fermez pas des portes, Severus. J'inviterai certains des maitres potionnistes de la liste que je vous ai donnée à une prochaine réunion. Vous aurez ainsi l'occasion de discuter et de directement faire vos preuves si vous le souhaitez. Enfin, si avec vos entrainements de duel, vous avez encore le temps d'y assister. Regulus ne vient plus depuis un moment et j'espère ne pas vous perdre également.

-Non. Enfin, je pense que j'aurais encore du temps, j'aime assister aux réunions. Quant à Regulus, je ne comprends pas trop pourquoi il a arrêté de venir.

-Il me semblait qu'il y assistait avec plaisir au tout début, fit l'adulte.

-Oui, c'est vrai. J'en ai déjà parlé un peu avec lui, je sais qu'il ressent parfois l'envie d'y assister. Il aime débattre, se tenir informé et donner ses idées. Mais j'ignore pourquoi d'un coup, il s'est mis à me dire qu'on me mettait des idées néfastes dans la tête.

-Vraiment ? Il pense que les propos tenus sont trop radicaux ?

Severus haussa les épaules, n'en n'ayant aucune idée.

-Toutes les opinions et les sensibilités politiques y sont représentées et les bienvenues pourtant, s'étonna le psychomage. Je sais bien qu'une certaine droite dure, ou plutôt les idées de cette branche, y sont exprimées, mais il faut l'accepter et justement y venir pour défendre ses idées. Si seuls des gens qui pensent pareils viennent, les réunions s'enfermeront dans une certaine extrémité. Mais cela m'étonne tout de même. Les Black ont toujours été les premiers à défendre ces idées et Regulus a dû grandir avec cette éducation. De plus, je ne pense pas qu'il soit comme son frère, totalement contre à tout ce qui se dit.

-Sans doute. Mais s'il ne veut pas, c'est son choix. Il peut parfois être un peu lunatique, il changera sans doute d'avis plus tard.

Jedusor fronça les sourcils, pas convaincu par les dires de l'élève assis devant lui. Quelque chose sonnait étrange comme Severus l'avait dit. Regulus avait soudain changé d'avis et arrêté de venir. Avant cela, il était un membre actif et prenait souvent la parole. Même s'il se vexait régulièrement, il n'était pas du genre à avoir peur de la contradiction. Au fond de lui, le psychomage se demandait simplement si ce n'était pas son passif avec Evan Rosier qui le freinait. Tom avait commis une erreur en ne prenant pas assez en considération la blessure du 6ème année. Ce qui s'était passé avec le blond l'avait touché et fortement affaibli. Il était possible que Regulus refuse de revenir pour ne pas avoir à être de nouveau confronté à son homologue.

Pourtant, ils se voyaient au château, partageaient le même dortoir. Le psychomage était dubitatif. Il voulait encore essayer de se rapprocher au moins d'un des héritiers Black pour pouvoir approcher la famille mais si cela ne marchait pas, il allait devoir faire autrement.

-Severus, j'ai besoin que vous essayiez de convaincre votre ami. Je ne souhaite pas qu'il s'isole, tout le monde est accueilli à bras ouvert à ces réunions.

-Bien sûr, j'essaierai.

Le Serpentard ne semblait pas vraiment convaincu et motivé mais Jedusor espérait tout de même qu'il ferait un effort. Malheureusement, il ne pouvait pas trop insister auprès du plus jeune sans paraître suspect.

-Merci, je compte sur vous. J'espère que vous aurez les résultats que vous attendez pour le tournoi de duel.

-Je l'espère également.

-Je vous tiens au courant pour les visites de maitres potionnistes.

Severus hocha la tête et quitta le bureau de Jedusor.


Je ne sais pas trop ce que vous avez pensé de ce chapitre, je le qualifie de chapitre de transition, qui insert un gros ( ou moyen ) morceaux à venir. Je sais que ce ne sont pas les plus funs, donc j'espère que ça a quand même été !

Je le dis juste au cas, mais tout le monde fait des erreurs et Peter n'a encore rien fait... x) Enfin vis à vis de James et Regulus.

Prochain chapitre - Douce euphorie - 09/11