Mio : C'est compliqué de défendre Peter parce que généralement les arguments pour expliquer pourquoi on ne l'aime pas se tienne et qu'il est loin d'être parfait. Je dirais juste que Peter n'est pas une mauvaise personne, c'est juste quelqu'un qui a fait de mauvais choix. Il est également pas très bien conseillé et est obsédé par Sirius. Je dois également dire qu'il pense à tort ou a raison que Remus sera toujours son ami, alors même si il sait que c'est mal, il sait et espère que ça ne lui coutera pas son amitié. Ni avec Remus, ni avec Isabel qui a un avis plus tranché sur ses actes. D'ailleurs en parlant de Peter il change d'angle d'attaque, a t-il atteint la bassesse que tu craignais ?

Maugrey est intéressant est très drôle, j'aime son ait bourru et son manque de tact. Des ennuis ? Allons on parle de James et Regulus, y'a t-il vraiment du suspense à ce sujet ? x) Un passage dans ce chapitre devrait peut-être faire redescendre ta colère au sujet de Padfoot. Effectivement Jedusor continu d'avancer ses pions et Marlene prends conscience qu'elle s'est peut-être fait avoir, mais au final, elle aussi avait quelque chose à gagner dans l'histoire. Merci pour ton commentaire !

Bonne lecture à tous !


Chapitre 27 :

Douce euphorie

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Regulus avait décidé d'aller tôt à Pré-au-Lard ce samedi matin. L'après-midi, il avait prévu de s'occuper des cheveux de Severus. Son ami s'était plaint qu'ils passaient moins de temps ensemble et il avait raison. Et en tant qu'ami, Regulus devait à tout prix s'occuper des trucs que le Serpentard avait sur la tête. De plus, s'il rusait assez, il pourrait probablement s'amuser un peu aussi.

Oh, il savait bien que Snape lui reparlerait des réunions : les gens ne parlaient que de ça ces derniers temps. Et Regulus avait enfin pris sa décision à ce sujet. Il n'en avait pas parlé à l'esprit parce qu'il ne voulait pas être influencé ni même sermonné. Padfoot était son gardien, il veillait sur lui, mais c'était encore sa vie et Regulus ne voulait pas avoir à demander la permission pour tout ce qu'il faisait.

Il appréciait Padfoot et même s'il pouvait parfois être étouffant, il était heureux de l'avoir auprès de lui. Le fantôme avait complètement bouleversé sa vie.

Aujourd'hui, Padfoot trainait avec Sirius et James qui iraient à Pré-au-Lard l'après-midi. Regulus ignorait comment ils passaient exactement leur journée et il s'en fichait bien.

Le 6ème année alla donc récupérer de nouvelles affaires scolaires et il passa ensuite chez Honeydukes pour s'acheter quelques sucreries. Il ne pouvait guère faire plus car Sirius se montrait plutôt radin ces derniers jours. A la fête foraine, James les avait invités, dépensant son argent comme seul un enfant gâté pouvait le faire. Mais Regulus n'allait pas le juger, il avait fait pareil avant de ne plus vivre chez ses parents.

Après avoir échangé plusieurs lettres avec eux, Regulus avait d'ailleurs compris qu'ils n'avaient pas vidé son compte. Il ignorait son contenu exact et le découvrirait lors de sa majorité. Il ne pouvait accéder à son compte à Gringott's avant malheureusement.

Pressé de rentrer, Regulus ne fit pas attention en sortant de la confiserie magique et il rentra dans un homme qui se mit à rire de sa maladresse.

-Faites attention, s'agaça le Serpentard.

-Vous me rentrez dedans et c'est moi le responsable ! s'amusa l'inconnu.

Regulus haussa un sourcil face au comportement de l'adulte. Il se montrait familier avec lui, en plus de se moquer. Pire, il avait l'impression d'être traité comme un enfant. L'homme avait tout d'un jeune étudiant, blond, avec un fort accent. Il n'était pas anglais et cela fit grimacer le cadet des Black. Il avait des cheveux fous, pire que ceux de Severus, mais ça lui allait. Des boucles blondes que Regulus trouvait malgré lui assez jolies. L'étranger avait un physique avantageux, mieux bâti que le Serpentard, mais cela n'impressionna pas réellement Regulus et il conserva son air confiant.

-Ce ne serait pas arrivé si vous n'agissiez pas comme un empoté à trainer devant la porte, lui fit-il remarquer quand l'homme lui sourit avec amusement.

-Des cheveux aussi sombres que les ténèbres, pas très grand et un regard nuancé de gris fabuleux. Un Black, sans aucun doute. Et si j'en crois les rumeurs, quelqu'un d'aussi merveilleux ne peut être que ce cher Sirius !

Regulus cligna bêtement des yeux, gêné par la description.

-Je… je suis le cadet, Regulus.

-Intéressant.

Il y eut un court silence durant lequel le Serpentard ne sut pas quoi ajouter. Il lui semblait même s'être énervé pour rien à présent. Mais partir maintenant sonnerait comme une défaite, surtout qu'il était celui qui avait provoqué l'homme, il le savait. D'un autre côté, s'excuser serait reconnaitre sa faute et ce n'était pas quelque chose qu'on faisait souvent chez les Black.

-Oh, excusez-moi, fit l'homme au bout d'un long moment.

Il s'écarta et Regulus ne chercha pas à discuter plus longtemps. Il passa à côté de lui pour partir mais l'homme le retint, semblant ne pas en avoir fini avec lui.

-Je suis heureux de rencontrer un élève de Poudlard ! Je sui-

-Je m'en fiche, le coupa Regulus. Je suis pressé, j'ai des choses à faire.

Ce n'était pas tout à fait vrai mais l'inconnu n'avait pas à le savoir.

-Je… Oui, bien entendu, veuillez m'excusez, fit l'homme, pris au dépourvu.

Dès qu'il lâcha le bras du Serpentard, celui-ci lui tourna le dos et s'éloigna. Le blond ne chercha pas à l'arrêter. Il passa une main dans ses cheveux, les ébouriffant un peu plus au passage. Il observa ensuite quelques secondes la silhouette de Regulus qui disparaissait dans la foule.

xXx

Dumbledore regardait depuis un moment par la fenêtre. Le ballet des élèves revenants de Pré-au-Lard était quelque chose qu'il avait toujours apprécié. Le soleil commençait doucement sa descente mais brillait toujours autant et la nuit ne tarderait pas à tomber. Le mois de février arrivait déjà bientôt à son terme, rendant Albus bien las.

Quand avait-il commencé à être fatigué de la vie ?

Parfois, il se rappelait avec nostalgie de ses jeunes années à Poudlard. Son amitié sincère avec Doge, l'apprentissage, le savoir et la force qu'il avait récoltés. Poudlard devait toujours être ce genre d'endroit. Un terrain d'apprentissage et une maison pour ceux qui n'en avaient plus. Cela le rendait heureux quand certains disaient que Poudlard avait été leur famille. Il jugeait alors avoir fait correctement son devoir mais ça arrivait si peu ces derniers temps.

Les réunions, comme les élèves les appelaient, l'inquiétaient. Cela prenait de l'ampleur et ce n'était pas quelque chose de maitrisé ni qu'il pouvait contrôler. Il savait que ce n'était pas quelque chose qui finirait obligatoirement de manière tragique mais ça pouvait arriver et les risques grandissaient si ce n'était pas encadré. Toutes les idées n'étaient pas bonnes à dire ni à exprimer.

Le directeur ne pouvait pas mettre ça sur le compte du psychomage. Ce serait trop facile, même s'il savait que les réunions avaient débuté avec lui. Jedusor avait eu une excellente évaluation de chacun des élèves qu'il voyait, si bien que le directeur en venait parfois à douter de la méfiance qu'il nourrissait à son égard. Sur quoi basait-il ses soupçons au final ? Des observations rapportées dans une école moldu des années plus tôt et dans laquelle il n'y avait jamais eu de preuves concrètes ni de signalement véritable.

Il assurait peut-être juste lâchement ses arrières.

En effet, la peur de l'erreur le suivait toujours, constamment, et c'était épuisant. Parce qu'il était fort, puissant et respecté, tout le monde attendait tout le temps le meilleur de lui, qu'il soit irréprochable. Il se rappela alors ses rêves d'adolescent, puis de jeune homme. Il avait tant changé. Était-ce pour ça que sa vie lui paraissait fade ?

Dumbledore sourit : son invité n'allait pas tarder.

Il s'éloigna de la fenêtre et alla se poser derrière son bureau. Il fit ensuite venir grâce à un mouvement souple de sa baguette de quoi leur servir à boire.

Les réunions étaient avant tout la volonté des élèves de davantage s'impliquer dans le monde dans lequel il vivait. Ils ne voulaient plus laisser les adultes toujours tout décider. C'était une bonne chose en soi, seulement le directeur n'appréciait pas la manière dont cela se déroulait. Il avait interrogé les deux professeurs qui y avaient assisté et qui, sans rentrer dans les détails, avaient expliqué leur contenu. Dumbledore était déjà en train de réfléchir pour mettre en place une idée alternative à ces réunions, un endroit où les gens pourraient aussi refaire le monde mais de manière plus légère et encadrée. Il savait qu'il ne se passait rien d'illégal même si des 7ème années restaient parfois entre eux après et que Jedusor était encore et toujours présent.

Malheureusement, si l'idée d'un autre groupe venait de lui ou d'un professeur, surtout avec des règles, les élèves penseraient que le corps enseignant essayait de les formater, qu'ils ne seraient pas aussi libres, que ça ne leur appartiendrait plus vraiment. Dumbledore réfléchissait donc à des possibilités et espérait pouvoir les mettre en place très bientôt.

Soudain, il sourit en regardant la porte et l'ouvrit d'un geste de la main. La surprise qui passa dans le regard de l'homme qui s'apprêtait à frapper l'amusa un instant. Son invité sourit finalement : au fond, il s'y était attendu. Il n'y avait rien que Dumbledore ne savait pas.

-Albus ! s'exclama-t-il en entrant.

-Installe-toi donc, mon ami.

L'homme s'approcha vivement du bureau et écarta les bras pour une accolade mais Dumbledore se lissa seulement la barbe, immobile. L'homme leva alors les yeux au ciel avant de consentir à se contenter d'une poignée de main.

-Les anglais ! Toujours à être si précieux ! s'exclama-t-il en français.

Il rit avant de s'asseoir. Dumbledore poussa alors une tasse de thé vers lui avant de boire une première gorgée de la sienne.

-Un bonbon au citron ou une part de gâteau peut-être ?

-Volontiers.

Dumbledore sourit. Hugo Leroy était bien le seul à toujours accepter.

Alors que le blond devant lui mordait dans son gâteau moelleux, le directeur de Poudlard l'observa pendant quelques secondes. Il chercha cette ressemblance qu'il trouva vite : son regard, son sourire. Mais c'était tout. Physiquement, le blond tenait beaucoup de sa mère mais pour le reste, Hugo avait la même puissance que son grand-père. Dumbledore savait que chercher à retrouver certains traits de Grindelwald dans son petit-fils n'était pas nécessaire. Les deux hommes ne s'étaient jamais connus. Pendant la guerre, alors qu'il était en Europe, son ancien amant avait eu une aventure avec une femme. Une sang-mêlé. Elle avait fui en découvrant sa grossesse alors que le mage noir tentait d'échapper à ses propres poursuivants. L'histoire s'était déroulée en France. Elle ignorait son identité et avait seulement souhaité aider un homme blessé. Il avait dû la charmer pour avoir sa pleine participation.

Quand la française avait découvert l'identité de l'homme qu'elle avait sauvé, il était trop tard. Il était parti et elle s'en était voulu. Elle avait hésité à se débarrasser de l'enfant quand elle avait découvert un mois plus tard son état. Mais elle en avait été incapable, autant parce que la magie qui protégeait l'enfant était trop forte que parce que l'idée d'aller jusqu'au bout lui était insupportable.

Elle avait suivi l'ascension de Grindelwald de loin, élevant seule son enfant en espérant que personne ne sache jamais de qui il était. Cela avait été plus simple que ce à quoi elle s'était attendue. En effet, alors que durant sa grossesse, la magie avait semblé déborder de lui, l'enfant n'en avait montré aucun signe une fois né. Pourtant, impossible de dire qu'il était complètement cracmol. La mère était morte alors que l'enfant n'avait que 15 ans et elle ne lui avait jamais dit la vérité. Il avait de toute façon grandi chez les moldu et Grindelwald n'avait jamais fait mine de s'intéresser à ce qu'elle avait pu devenir. Il ne devait pas être au courant que leur union avait donné naissance à un merveilleux enfant. Il l'avait abandonné bien avant que les signes de la grossesse ne soit visible. Il avait peut-être sentit quelque chose, sa magie ou un changement chez elle, mais si ça avait été le cas, il n'en avait jamais rien montrer les quelques fois où ils s'étaient vu. Jusqu'à la chute du mage noir, le secret fut bien gardé, l'adolescent continuant sa vie et se mariant bien plus tard. En 1958, sa femme accoucha d'un enfant, Hugo Leroy. Un sorcier puissant, comme son grand-père.

A 11 ans, Hugo avait intégré Beauxbatons et y avait fait des ravages. Dulmbledore était tombé sur lui lors d'une visite et il avait cru un instant avoir le jeune Gellert en face de lui. Son cœur en avait été si troublé qu'il avait écourté sa visite. Inquiet et curieux, il avait commencé ses recherches et il avait eu une réponse très vite. Il avait gardé cette découverte pour lui. Même Hugo l'ignorait. Il s'était ensuite lié d'amitié avec le gamin, incapable de s'éloigner de lui. Il voulait jouer le rôle de mentor et peut-être de famille que Grindelwald n'avait pas pu occuper.

Dumbledore avait été aussi triste qu'heureux en découvrant l'existence d'Hugo. Savoir que son amant avait été avec une autre alors que son cœur saignait depuis leur séparation l'avait dévasté. Mais à présent, il n'y avait que la joie, celle d'avoir encore quelque chose de lui. Si Hugo était aussi puissant et dégourdi, Dumbledore refusait qu'il emprunte à son tour le mauvais chemin.

-Délicieux, mais trop sucré. Les gâteaux français sont nettement meilleurs.

Dumbledore secoua la tête : c'était du Leroy tout craché. Un bon français devait forcément se plaindre constamment.

-Je suis heureux que tu aies pu venir. Quand penses-tu être disponible ?

-Dans une semaine ou peut-être même dès vendredi matin. Je suis heureux de pouvoir faire ça, surtout que grâce à vous, Albus, je vais pouvoir participer au tournoi de duels alors que je ne suis même pas anglais ! précisa-t-il en lui faisant un clin d'œil.

-Je pensais d'ailleurs que pour cette raison, tu refuserais. Auras-tu suffisamment de temps pour ta propre préparation ?

-Bien sûr. Je m'entrainerai avec les élèves. Pendant les cours de duels, ils apprendront autant que moi. Avez-vous déjà choisi les élèves que vous souhaitez voir participer ?

Dumbledore garda le silence et but une autre longue gorgée de son thé. Hugo sourit, certain que le vieil homme travaillait juste son effet. Il regrettait de lui avoir appris le suspense, c'était criminel !

Dumbledore reposa finalement sa tasse et vint lui donner une liste. Le tout nouveau professeur de duels la parcourut alors rapidement et sourit en voyant un nom en particulier.

-Albus, vous êtes toujours aussi gourmand. Je vous rappelle que vous ne pouvez inscrire que 4 élèves au tournoi.

-Je le sais bien.

Il recommença à lisser sa barbe.

-Mes quatre noms sont dedans, je veux juste qu'après t'être également fait ton avis, tu m'en donnes aussi 4.

-Pour voir si on a les mêmes ? devina-t-il. Vous n'êtes pas sûr de vos choix ?

Dumbledore n'était plus sûr de rien, mais il ne l'avoua pas.

C'était la première fois que des élèves pourraient participer à ce tournoi magique. Dumbledore en faisait la demande depuis presque cinq ans. Il savait que ce serait profitable à ses élèves. Mais ce n'était pas quelque chose d'anodin, c'était même dangereux. Pourtant, rien n'était facile dans ce monde. Si des élèves pouvaient se livrer aux épreuves du tournoi des trois sorciers, ils pouvaient bien faire ce tournoi de duels. Dumbledore savait qu'ils seraient capables de grandes choses et ce, même si aucun d'eux ne gagnait à la fin. Jedusor et lui ne participaient pas et ça augmentait déjà leurs chances. Mais avec Hugo Leroy à leur tête, en avait-il seulement ?

-J'ai hâte ! se contenta de dire le sorcier quand il fut évident qu'il n'aurait pas de réponse.

xXx

Le dimanche matin, lorsque Sirius ouvrit les yeux, il tomba directement sur cette lettre qu'il avait délaissée la veille en rentrant de Pré-au-lard. En remontant dans son dortoir, il l'avait vue sur son lit et avait juste eu le temps de la prendre entre ses doigts pour constater qu'il n'y avait rien d'indiqué sur l'enveloppe.

A cet instant, on l'avait appelé pour aller manger. Pensant qu'il ne s'agissait de rien d'urgent, il l'avait mise sous son oreiller avant de rejoindre ses amis. Plus tard, celle-ci lui était complètement sortie de la tête jusqu'à ce matin. Il avait bougé cette nuit, l'oreiller qu'il serrait fort contre son torse le lui prouvait, et la lettre était réapparue. Encore un peu ensommeillé, il la prit et l'ouvrit. Il bailla et ne pensa que plus tard qu'il pouvait s'agir d'un mauvais coup de ses parents. Au moins n'était-ce pas une beuglante car la lettre n'avait pas l'air magique, c'était assez étrange.

Il se frotta les yeux, s'installa confortablement et commença à lire.

A l'attention de Sirius Orion Black

Je souhaite rester anonyme alors je tairai mon nom. Sache tout de même que je fais cela pour ton bien et que je pense simplement que tu as le droit de connaitre la vérité. Je t'ai toujours admiré et tu es quelqu'un qui m'inspire beaucoup. J'espère qu'en te révélant la vérité, je pourrais t'aider et non te blesser. Cela n'est en aucun cas mon intention.

Je ne vais pas perdre mon temps en conjectures inutiles et aller directement droit au but. Pardonne ma brutalité, mais il n'y a aucun moyen décent d'annoncer une telle chose.

Ton ami, ton meilleur ami, celui que tu considères comme un frère, celui dont tu es le plus proche au monde, te ment. Pire que cela, il se joue de toi.

James Potter entretient depuis des semaines voire des mois une relation avec ton petit frère, Regulus Black. Cela a probablement commencé après l'été, ils se sont rapprochés et se sont découverts des intérêts, des sentiments. Ils se cachent et mentent. James Potter va même jusqu'à jouer un double jeu, se languissant de Lily Evans tout en allant se consoler dans les bras de cette version de toi plus jeune.

Peut-être sont-ils amoureux ou alors s'amusent-ils seulement, cela ne me regarde pas. Mais à toi, ils doivent la vérité.

Je sais que tu doutes probablement mais si tu y penses bien, tous ces regards échangés, ces disputes et prises de têtes incompréhensibles, leurs comportements étranges l'un vis-à-vis de l'autre ne peuvent signifier qu'une seule chose.

Je ne pouvais me taire plus longtemps. Peut-être cela ne changera-t-il rien pour toi mais à présent au moins ne peuvent-ils plus te mentir.

-Sirius, t'es réveillé ? lui demanda James depuis son lit.

Le brun sursauta et s'empressa de froisser la lettre puis de la cacher dans le tiroir de sa table de chevet. Un instant plus tard, James ouvrait les rideaux de son lit et lui souriait.

-Comme tu le vois, sourit-il.

-Faut qu'on se prépare pour affronter cette journée, lui rappela le capitaine de Quidditch.

Il laissa ensuite tomber les rideaux et s'en alla dans la salle de bain. Sirius le regarda partir, encore sonné parce qu'il venait de lire. Il prit finalement une grande inspiration et se mit une petite claque pour se ressaisir. C'était n'importe quoi, il devait forcément s'agir d'une blague ou de quelque chose de similaire. La lettre n'était pas signée et quelqu'un qui n'aurait rien à se reprocher n'aurait pas agi ainsi. Et puis surtout, il connaissait James. Jamais son meilleur ami ne lui mentirait sur quelque chose de si important

James et Regulus ? Il ne pouvait pas y croire. Ces deux-là ne s'étaient jamais adressés plus de cinq mots avant que Regulus et lui ne viennent vivre chez les Potter.

Cette plaisanterie le troublait tout de même et il quitta son lit en soupirant. Devait-il en parler avec James ? Ce serait drôle de voir la tête que celui-ci ferait ! Ils pourraient même essayer de trouver ensemble qui avait pu lui faire parvenir la lettre. Jouer aux détectives, ils ne l'avaient pas fait depuis toute cette histoire de Serment Inviolable.

Perturbé malgré lui, il se prépara comme chaque matin, sortant ses vêtements du jour. Il dut ensuite attendre son tour pour pouvoir utiliser la salle de bain, ses camarades de dortoir ayant compris qu'il fallait vite prendre la pièce d'assaut avant qu'il ne la monopolise. Frank trainait encore dans son lit et relisait en vain son dernier cours de Rune, espérant probablement retenir deux ou trois notions au cas où le professeur l'interrogerait. Pendant ces longues minutes d'attente, Sirius ne put que penser à cette fichue lettre dans son tiroir. Cela le turlupinait mais ça irait mieux une fois qu'il en aurait parlé avec James. Ils avaient encore beaucoup de temps avant leur premier cours. Ils feraient alors tout ce que Sirius avait imaginé plus tôt.

Au fond, cette histoire tombait bien : cela le distrairait de ses tourments. Tout pour ne pas repenser à la manière dont il s'était humilié devant Jedusor. Il n'arrivait pas à croire qu'il s'était ainsi laissé aller. Pourtant, il reconnaissait que cela lui avait fait du bien. A présent, il comprenait que si tout allait de travers dans sa vie, c'est parce qu'il souffrait à cause d'une blessure profonde qui n'avait pas encore pu guérir. Cela ne serait pas simple et Sirius ne savait pas s'il était prêt à en parler, ses propres souvenirs n'étant pas très clairs. Il avait d'ailleurs peur de ce qu'il pourrait découvrir. Pourrait-il y faire face ?

Pourtant, il le devait, il n'avait pas le choix.

A cette pensée, Sirius sentit une boule se former dans sa gorge. Il avala sa salive nerveusement et sentit sous sa langue la bouillie que formait la feuille de mandragore. Il cligna des yeux, la baladant dans sa bouche. C'était la première fois qu'il oubliait qu'il l'avait. Après plusieurs essais, il s'était habitué à cette substance dans sa bouche. Soudain, il prit conscience d'une chose : la prochaine pleine lune arrivait bientôt. S'il continuait ainsi, il pourrait passer à l'étape suivante. James et lui étaient en passe de réussir et le Gryffondor avait désespérément besoin d'une victoire.

Par Merlin, ils y étaient enfin ! Pendant un moment, James et lui avaient cru que d'une manière ou d'une autre, ils allaient finir par passer toute leur 7ème année avec une feuille pourrie dans la bouche. Ce n'était pas une vie !

James avait d'ailleurs déclaré que s'il se ratait encore, il allait entrer en dépression. Ca avait juste réussi à faire rire son ami. Sirius était certain de son coup pour sa part et sa confiance réussissait à booster James. Une fois que la pleine lune serait là, ils pourraient dégueuler la feuille et passer à l'étape 2.

Cela mettait du baume au cœur au Gryffondor. Il se sentit ainsi plus apaisé lorsqu'il put enfin utiliser la salle de bain. Il ne s'y attarda pas cependant. Depuis ce qui s'était passé avec Remus, il portait moins d'importance à son apparence, à l'image qu'il renvoyait et au physique que les gens voyaient. A présent, il ne cherchait pas à plaire aux autres, à attirer les regards et à mettre en avant ce qu'il considérait l'un de ses plus grands atouts. Il voulait au contraire passer inaperçu, qu'on arrête de le renvoyer à cette image de bad boy hétéro blagueur. Ces derniers temps, il avait eu l'impression de se perdre dans ce rôle.

Il avait sans doute été plus naturel envers ses amis proches et Remus. C'était ce Sirius là que Remus avait apprécié et voulait connaitre, pas celui pour qui tout le monde était en pâmoison. Le Gryffondor voulait lui montrer que ce Sirius était celui qu'il était vraiment, qu'il n'avait jamais joué un rôle avec lui mais plutôt inconsciemment avec les autres.

Fin prêt, il rejoignit bientôt James sur son lit et repensa une fois de plus à la lettre. Il voulut lui en parler mais on frappa à la porte. Il s'interrompit alors et observa ses autres compagnons de dortoir, curieux.

Qui cela pouvait bien être ? La réponse ne tarda pas à tomber.

Lily Evans.

-Bonjour, James, Sirius. Je suis contente de tomber directement sur vous, je craignais de vous manquer. Le directeur veut nous voir.

-On n'a rien fait ! se dédouana James.

Lily essaya de ne pas sourire.

-Je le sais sinon je ne serai pas comprise dans le lot. Du moins, je l'espère !

-Tu marques un point, Evans ! rit Sirius.

-Cela dit, je ne vais pas relever que ce que tu viens de dire est louche et que probablement, tu essaies simplement d'enlever tout soupçon qui pourrait peser sur toi, dit-elle à l'adresse de James.

-Je t'en remercie.

-Pourquoi le directeur veut nous voir ? demanda Sirius.

-Je n'en sais rien, la missive qu'il m'a envoyée n'en disait pas beaucoup.

-Eh bien, allons-y. Nous serons fixés comme ça, décida James.

Ils se mirent en route, les deux Gryffondor contents d'avoir un truc à faire. Il était plus facile d'être sage lorsqu'on était occupé. Comme à son habitude, James essaya de faire la conversation à son ancienne copine. Plus le temps passait, moins la rousse se montrait dure avec lui. Il ne savait pas si elle lui avait pardonné sa blague ou non mais elle semblait moins en colère. Il sentait qu'avec le temps, ils pourraient retrouver une bonne relation tous les deux. Elle essayait parfois de garder ses distances sans réussir et ça lui faisait plaisir.

Mais il gardait dans un coin de son esprit que c'était fini.

De son côté, Sirius imaginait ce que le directeur pouvait bien avoir à leur dire. Il ne devait pas s'agir de quelque chose de grave : comme l'avait pointé Lily, elle ne serait pas comprise dans le lot sinon. Cela pouvait également avoir un rapport avec ce qui s'était passé à Azkaban mais le Gryffondor l'imaginait mal. Aucun d'eux n'avait d'éléments particuliers à apporter et Albus Dumbledore n'avait aucune raison de les tenir informés de l'avancée de l'enquête.

xXx

Alors qu'ils arrivaient devant la statue donnant accès aux escaliers du bureau du Directeur, ils virent Severus, Evan et Regulus y pénétrer également. Sirius fronça les sourcils, surpris. Les Serpentard avaient rendez-vous avec le directeur en même temps qu'eux ? Ça ne pouvait pas être une coïncidence ou une erreur. Il fut de plus en plus curieux de la raison pour laquelle Dumbledore pouvait bien vouloir les voir et Lily et James semblaient partager son sentiment. Le plus étonnant était que Dumbledore n'avait rien dit à la Préfète-en-cheffe alors qu'au vu de son statut, elle aurait pu être mise dans la confidence.

L'euphorie commença à prendre le Gryffondor : il sentait qu'ils étaient à l'aube de quelque chose d'important et incroyable. Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ? Quoi ? Ils allaient le savoir.

A leur tour, ils prirent donc le chemin menant au bureau du chef d'établissement. A l'intérieur, celui-ci était déjà bien garni. En plus des trois Serpentard se trouvaient également Lupin et MacDougal pour les Poufsouffle et McKinnon ainsi qu'Alton pour les Serdaigle. Les quatre maisons étaient ainsi représentées. Des chaises avaient été prévues pour eux alors les lions s'y installèrent. Comme s'il avait senti qu'ils étaient enfin au complet, le Directeur fit son entrée. Il surgit de la cheminée, s'épousseta à peine et observa ses élèves. Il hocha ensuite la tête, comme satisfait, et s'installa derrière son bureau.

-Bonjour, les enfants ! les salua-t-il.

Il leur sourit et Sirius sentit son cœur battre plus vite à cause de l'impatience.

-Si je vous ai convoqués dans mon bureau, c'est pour vous annoncer une grande nouvelle. Rien de dramatique, ne vous inquiétez pas.

Lily soupira de soulagement : une infime partie d'elle avait quand même douté malgré les propos qu'elle avait tenus devant les Maraudeurs. Marlene aussi sembla plus sereine car ses épaules se détendirent.

-De quoi s'agit-il, monsieur le Directeur ? demanda Lily.

-Ne vous inquiétez pas, j'y viens. Mais avant ça, désirez-vous du thé ou bien une petite sucrerie ?

-Ce ne serait pas conseillé, le repas est pour bientôt, déclina poliment Rosier.

Dumbledore sembla accepter l'excuse et tout le monde en fut heureux : le Directeur leur donnait toujours des choses trop sucrées. Regulus soupira bien fort quand Dumbledore se servit une tasse de thé et il reçut quelques regards de désapprobation. Ce genre de choses ne se faisait pas mais Regulus n'était pas connu pour sa patience et il était poli seulement si la situation l'exigeait. Il n'avait pas l'insolence de son frère, c'était plus qu'il cachait mal ses sentiments. L'ennui qu'il éprouvait en cet instant, il ne souhaitait pas vraiment le camoufler cela dit.

-Professeur, tenta timidement Isabel.

-Oui, excusez-moi.

Il repoussa sa tasse, s'essuya la bouche avec un mouchoir et observa pendant de brèves secondes le feu de cheminée qui crépitait. Puis, il reporta son attention sur ses élèves.

-Vous devez savoir que le tournoi de duels magiques de Grande Bretagne se tiendra le 21 mars.

-On va assister au tournoi ? espéra James.

Il n'était que 10 élèves, des privilégiés sans doute. Mais il préférait penser que c'était parce qu'ils étaient les meilleurs. Et c'était forcément le cas. Pourquoi eux sinon ? Rosier cacha mal son petit rire moqueur face à la question de Potter et James lui lança un regard noir. Sirius observa brièvement l'échange, intrigué. Il n'avait jamais cherché à savoir pourquoi les deux hommes se détestaient autant. C'est vrai que cela pouvait questionner. Cela avait l'air presque viscéral entre eux à présent, bien loin de ce que ça avait été au début. Mais lui-même n'appréciait pas Rosier, il le trouvait antipathique et arrogant. Sans compter ce qu'il avait fait subir à son petit frère. En fait, ce n'était pas qu'il ne l'appréciait pas, il le détestait.

Et il avait de bonnes raisons en toute objectivité. Il supposait donc qu'il agaçait James de la même manière. Pour autant, leur animosité ne semblait pas concerner uniquement Regulus, il y avait l'air d'avoir quelque chose de plus profond encore entre les deux hommes.

-Non, monsieur Potter. Vous allez participer.

-C'est vrai ?!

Remus souriait, la joie éclatant sur son visage. Isabel et lui se prirent ensuite la main, partageant une joie commune.

-Oui, la commission magique a enfin accepté ma demande. Seuls quatre d'entre vous seront sélectionnés.

-Oh…

Certains étaient soudain un peu démoralisés : la concurrence serait rude. Seule Alton resta relativement neutre.

-Comment allez-vous choisir ? En vous basant sur les notes et le comportement ? demanda Sirius.

Il espérait sincèrement que ce ne serait pas le cas. James et lui avaient beaucoup de mauvaises appréciations au vu de leurs comportements. Pourtant, ils avaient d'excellentes notes et se débrouillaient en duel.

-Mes méthodes de sélection resteront secrètes mais je ne serai pas le seul à décider. En attendant le tournoi, vous suivrez des cours de duel pour vous mettre à niveau. Votre professeur me soumettra son opinion et j'affinerai ensuite mes choix.

-Ça va être trop bien !

Regulus était du même avis que son frère mais se garda bien de le dire. La joie était étrangement plus compliquée pour lui à exprimer. Il partagea donc simplement un sourire avec Snape.

-Monsieur le Directeur ?

Marlene levait timidement la main.

-Oui.

Dumbledore lui fit signe de parler d'un signe de tête.

-Est-ce obligatoire ?

-Vous souhaitez vous abstenir ?

Il fronça les sourcils. Le grand sorcier ne s'était pas attendu à ça et les autres non plus apparemment.

-Si c'est possible.

Elle soupira.

-Il y a les Aspics en fin d'année et préparer ce tournoi va demander beaucoup de travail et de temps. Je ne suis pas sûre que ce soit un investissement que je pourrais faire. Et puis, donner autant d'efforts pour un résultat qui risque au final d'être peu concluant, je n'en ai pas envie. Les chances qu'un élève gagne sont quasi inexistantes et même si me fera une bonne expérience, il me sera toujours possible d'y participer plus tard. A l'inverse, je n'aurais pas l'occasion de repasser mes Aspics ni d'avoir les résultats souhaités.

-Je comprends, approuva Dumbledore. Le sérieux que vous mettez dans vos études vous honore. Si une autre personne ne souhaite pas participer, elle le peut sans problème.

Mais à part Marlene, personne ne se manifesta. Dans un sourire crispé, la sorcière quitta alors le bureau et Dumbledore se racla la gorge pour reprendre le contrôle de la conversation. Il était peut-être un peu déçu car la Serdaigle avait fait partie de son choix. Et s'il ne savait pas si elle aurait été capable de gagner ou non, il était certain qu'elle aurait pu surprendre. Elle était si douée.

-Très bien, laissez-moi vous présenter votre professeur. Il a accepté de chambouler son emploi du temps pour faire une brève apparition. Les cours ne débuteront que vendredi soir.

Dumbledore se tourna alors légèrement vers la cheminée et tendit le bras. Quelqu'un jaillit de la cheminée, les flammes s'élevant à son arrivée, et les élèves se levèrent d'un bon pour accueillir le professeur.

Celui-ci n'avait pas l'air tellement plus vieux qu'eux et était blond. Sa cape s'agita un peu avant qu'il ne la tapote pour enlever la poussière. Il releva ensuite la tête pour fixer les gens autour de lui.

-Laissez-moi vous présenter Hugo Leroy, un duelliste d'exception. Le meilleur de France.

-N'êtes-vous pas un peu jeune pour nous faire cours ? pointa aussitôt Severus.

-Bonjour à vous d'abord, sourit-il, et Severus grommela quelque chose de similaire.

Le français soupira ensuite et sembla réfléchir au commentaire du Serpentard.

-C'est exact, répondit-il finalement, et son accent fut parfaitement perceptible. Mais je ne serai pas vraiment un professeur, pas comme vos enseignants à Poudlard. Mon statut est plus particulier. Mon jeune âge ne m'empêchera pas non plus de faire preuve d'autorité face à vous.

Il sortit alors sa baguette et la toucha un peu comme s'il la soupesait pour en tester la flexibilité.

-Comme je ne suis pas vraiment professeur, j'ai le droit d'utiliser les sévices corporels pour faire régner l'ordre, continua-t-il. Dans les duels, il n'y a pas de place pour l'indiscipline.

A ces mots, Dumbledore s'approcha de lui dans son dos et se racla la gorge, attirant l'attention de son jeune ami.

-Les sévices corporels ne sont pas autorisés Monsieur Leroy, lui rappela-t-il.

La surprise se peignit sur le visage du blond.

-Même si je n'utilise pas ma baguette ?

Certains élèves présents dans la pièce furent désappointés par les commentaires du blond mais le sourire du Directeur fut une réponse en soit.

-Vous n'avez pas d'inquiétude à avoir, ce sont les meilleurs élèves de cette école. Ils sont sérieux et ont à cœur d'apprendre.

-Pourquoi ne pas avoir choisi Monsieur Jedusor pour nous enseigner ? demanda Rosier. Il est parfaitement qualifié.

-Parce que Monsieur Jedusor est psychomage et qu'il a déjà assez à faire, répondit Dumbledore.

-N'ayez crainte, monsieur Rosier, vous apprendrez tout aussi bien avec moi, le rassura Leroy.

Evan fut étonné que l'adulte connaisse son nom.

Le regard du blond croisa alors brièvement celui de Regulus qui ne savait plus où se mettre. Le futur enseignant s'approcha de lui.

-Comment allez-vous, Monsieur Black ? Regulus, n'est-ce pas ?

-Très bien, je vous remercie, répondit-il calmement.

Cela fit sourire l'homme et Regulus se sentit un peu bizarre. Il n'arriva pas à supporter son regard plus longtemps et baissa les yeux.

-Je vous connais un peu, enfin autant qu'il est possible en lisant vos fiches scolaires. Mais je tiens à vous dire que je n'en tiendrai pas compte lors de nos cours, expliqua Leroy, et James et Sirius se tapèrent dans la main. Faites juste de votre mieux pour m'impressionner tout le temps par tous les moyens. Travaillez, encore et encore. Les efforts ne mentent pas, il n'y a que comme ça que vous atteindrez votre objectif.

Les élèves hochèrent la tête, pour la plupart déjà conquis par le personnage. Dumbledore et lui échangèrent ensuite quelques mots puis Leroy quitta le bureau.

Dumbledore précisa alors quelques informations supplémentaires sur les cours à venir puis les laissa repartir.

xXx

Pamela arriva la première en bas des marches mais Severus s'était hâté pour la rejoindre. Son amie était distante et elle n'avait pas dit un mot dans le bureau. Il voulait passer un peu de temps avec elle avant le début des cours, essayer de lui parler et de comprendre si quelque chose n'allait pas, ce dont il était de plus en plus convaincu.

Néanmoins, comme à chaque fois, la Serdaigle le fuyait.

-Je suis désolée, Severus, j'ai rendez-vous avec le psychomage. Peut-être après.

Severus savait que c'était faux. Elle ne pouvait pas avoir de séance maintenant car les rendez-vous ne pouvaient pas déborder sur les heures de cours. Il la regarda donc partir, inquiet. Elle l'évitait probablement parce qu'elle sentait qu'il voulait l'interroger. Lily vint alors le trouver et il lui sembla qu'elle aussi avait l'air triste. Mais peut-être l'imaginait-il ?

Celle-ci sentit son regard sur lui et esquissa un maigre sourire. Elle se passa ensuite une main dans les cheveux, lui cachant pendant un instant son visage. Elle repoussa finalement ses cheveux en arrière et d'un coup, son inquiétude, sa tristesse et sa morosité n'étaient plus, semblant même ne jamais avoir existé.

-Je n'aurais jamais imaginé une telle annonce, c'est génial.

-Oui, c'est sûr, répondit-il.

-Je n'ai jamais assisté à ce tournoi mais j'en ai toujours tellement entendu parler !

-Moi aussi, je n'arrive pas encore à réaliser, admit-il.

-Pareil. J'ai tellement hâte ! Ce serait merveilleux si on pouvait être sélectionné tous les deux.

-Ouais.

Il en rêvait également et il était heureux de constater que Lily le voulait également.

-Mais rien n'est gagné, tu as vu le prof qu'on a ?

-Oh, Severus, rit-elle, habituée aux plaintes de son ami. Dumbledore a dit qu'il était le meilleur duelliste de France !

-Et cela devrait me rassurer ? Les français ont un bien plus faible niveau que nous. Même si on arrive à participer, ce n'est pas dit qu'on arrive à avoir de bons résultats. On pourrait même se ridiculiser à vrai dire. Ce serait horrible !

Severus écarquilla les yeux d'effroi à cette pensée.

-Le Grand Tournoi de duels magiques est très prisé, si tu arrives à te faire remarquer par de célèbres sorciers, tu peux espérer faire une brillante carrière plus tard, lui expliqua-t-il. Le tournoi t'ouvre également des portes, des sponsors. Tu y gagnes une renommée !

-Eh bien, tu es encore plus fan que moi.

Severus rougit de son enthousiasme. Heureusement, Lily ne sembla pas lui en tenir rigueur.

Pour lui, participer représenterait énormément. Jusque-là, Jedusor avait beaucoup fait pour lui et son avenir mais réussir lors de ce tournoi serait un moyen d'y arriver seul, par ses propres moyens. Il pourrait ainsi dire qu'il devrait sa place à ses propres capacités et non pas à un piston. Severus n'avait rien pour lui si ce n'était son talent et il voulait pouvoir réaliser ses rêves grâce à ça.

Il n'avait ni argent, ni nom, ni prestige, ni physique, ni relation… A cause de son père, de sa situation, il avait toujours cru qu'il n'irait jamais loin dans la vie, on ne lui avait pas laissé avoir de l'ambition. Mais depuis l'arrivée de Jedusor, tout s'éclairait. Et voila que le directeur lui offrait une possibilité de plus.

Il voulait croire à cette opportunité de pouvoir s'éloigner de son père, d'échapper à sa violence et à son dégout.

Il sourit à Lily. S'il était sélectionné et donnait une bonne prestation, peut-être que son amie le verrait autrement. Pourrait-elle alors être séduite par ce Severus qu'elle ne connaissait pas bien, celui qui l'aimait et qui voulait la séduire ? L'homme derrière l'ami d'enfance ?

-Tu as quelque chose de prévu ? lui demanda Lily.

-Euh…non. Je voulais discuter avec Pamela mais elle semble me fuir en ce moment. Je pense qu'elle me cache quelque chose.

-Qui sait.

Lily haussa les épaules, bottant en touche, et Severus la fixa longuement, ayant un sentiment bizarre.

-Si tu es libre, allons manger ensemble, lui proposa-t-elle finalement.

Severus acquiesça, ravi de son invitation.

-Oseras-tu t'asseoir à la table des lions ? le taquina-t-elle ensuite.

Il grommela, imaginant déjà comment on le regarderait… Mais Lily avait déjà tant de fois fait l'effort de venir à celle des Serpentard. Et puis, il voulait passer du temps avec elle, continuer de se rapprocher d'elle. Il espérait qu'au bout du compte, ses efforts finiraient par payer.

xXx

Dès qu'il quitta le bureau, Rosier retourna dans son dortoir sans attendre qui que ce soit. Il semblait pensif. Lily et Severus partaient tout juste quand une autre poignée d'élèves arrivèrent dans le couloir, la plupart n'ayant pas pu attendre que la porte du bureau se referme pour partager leurs impressions.

Sirius voulait continuer à parler à son meilleur ami de la nouvelle étonnante que le directeur venait de leur apprendre mais il remarqua que celui-ci ne faisait plus vraiment attention à lui. Il le vit même se diriger vers Regulus et le suivit sans même y penser, curieux de savoir ce que James pouvait bien vouloir à son frère. Les deux sorciers étaient fâchés de ce qu'il avait compris à la fête foraine. Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien avoir à se dire ? Une pensée fugace le troubla soudain. Pourquoi étaient-ils fâchés ? Il avait la sensation de n'avoir jamais eu le fin mot de l'histoire.

Regulus soupira à leur arrivée et Sirius se demanda pourquoi il n'était pas déjà parti si leur présence le gênant tant…

-Tu veux faire une partie de bataille explosive dans notre dortoir, Reg' ? lui proposa James.

Sirius n'avait pas un très bon souvenir de la dernière partie qu'ils avaient faite et il n'était pas certain de vouloir y rejouer tout de suite alors il espéra que son frère déclinerait. Il aurait d'ailleurs aimé que James le tienne au courant de ses intentions.

-Je ne peux pas, j'ai un devoir à finir.

-En quoi ? voulut savoir James.

-En potion.

-On peut t'aider, lui proposa son frère.

-Je croyais que vous alliez faire une partie de bataille explosive ?

-Ouais mais à deux, c'est moins marrant. On va t'aider un peu, ça ira plus vite.

-Avec votre niveau en potion, non merci.

Regulus les planta ensuite sur place et James en resta coi.

-Tu t'attendais à quoi ? lui fit remarquer Sirius.

-J'en sais rien mais je trouve ça dommage de rester fâchés.

-Je trouve aussi, dit-il en pensant à Remus. Ça ira mieux, c'est Regulus, tenta-t-il ensuite de le rassurer. En tout cas, c'est génial qu'on ait tous notre chance d'être sélectionné pour le tournoi de duels. Le prof a l'air super, pas trop strict !

-Ça c'est sûr ! On va bien s'amuser. Ce serait bien qu'on soit tous les trois sélectionnés, rêva James.

-Soyons honnêtes, ça a peu de chances d'arriver. Enfin, les probabilités sont minces. J'aime pas non plus me dire que je suis en compétition avec mon frère.

Ce n'était pas la première fois que c'était le cas mais de manière aussi directe, ça n'était jamais arrivé avant. Il était enjoué et impatient. Les duels sorciers pouvaient être autant spectaculaires que brefs. Seul le plus fort triomphait et cela apportait une sensation grisante, une douce excitation provoquée par l'adrénaline et le danger.

-Je suis étonné que McKinnon ait refusée, elle est bizarre en ce moment, commenta James.

Sirius ne le dit pas mais il était certain que la Serdaigle aurait été sélectionnée sans mal. Elle faisait partie des meilleurs de l'école.

-C'est une Serdaigle, toujours la tête dans les livres, balaya-t-il.

-Remus sera forcément choisi, c'est le meilleur en DCFM et il a un bon niveau en duel. Apparemment, il s'est un peu entrainé avec l'Auror aux cicatrices pendant les vacances de février en plus, souffla James. Lily aussi a toutes ses chances, elle est douée.

-Lily apprend vite, c'est vrai, elle a des facilités. Mais nos profs nous disent tout le temps qu'en situation réelle, tout est bien plus difficile.

-Ouais, enfin tant qu'on y est tous les deux !

-Exactement, confirma l'ainé des Black.

-N'y comptez pas trop ! les interrompit alors Remus.

-On est nombreux et tous doués, la concurrence sera rude ! ajouta Isabel.

-La concurrence ne nous fait pas peur, lança James.

-Tant mieux, la bataille n'en sera que plus belle et acharnée.

Remus sourit et Sirius le lui rendit, à la fois soulagé et heureux de pouvoir reparler au Poufsouffle, même si ce n'était que brièvement.

Les Maraudeur les quittèrent ensuite pour se rendre dans la Grande Salle. Leurs ventres commençaient à crier famine et ils devaient se dépêcher s'ils souhaitaient manger quelque chose avant leur première heure de cours.

xXx

En ce début de soirée, Jedusor accueillit Pamela Alton dans son bureau. Habituellement, il ne commençait ses rendez-vous qu'après le repas du soir mais le cas de la jeune Pamela était particulier. Il préférait prendre son temps avec elle et la voir en dehors des horaires pour qu'elle n'ait pas à croiser les autres élèves. Et puis ainsi, il pouvait prendre tout son temps. C'était déjà leur troisième séance et il ne comptait pas la première, la Serdaigle ayant été incapable de parler, encore trop bouleversée.

Aujourd'hui, elle remontait tout juste la pente mais ça ne faisait pas encore un mois, c'était tout à fait compréhensible.

-Comment allez-vous ? lui demanda le psychomage.

-Ça va, j'ai connu pire.

-Et votre rendez-vous avec le directeur ?

C'était quelque chose qu'il mourrait d'envie de savoir.

-Bien, je suppose. Des élèves pourront participer au tournoi de duels en mars. Nous allons avoir des cours pour nous améliorer et le Directeur nous annoncera les sélectionnés plus tard.

-C'est une bonne nouvelle. Cela vous ravit-il ?

-Oui et non.

Elle soupira et joua avec l'ongle de son pouce.

-J'ai un peu du mal à apprécier les choses en ce moment mais avoir l'opportunité de m'améliorer en duel est une belle occasion. Malheureusement, je doute d'être dans les quatre sélectionnés, je ne pense pas être capable de m'y mettre corps et âme. Et ce serait tant mieux, les autres sont bien plus méritant que moi.

-Je comprends. Mais c'est une bonne chose que vous ayez envie de vous investir dans quelque chose, vous faites de votre mieux.

Jedusor garda ensuite le silence un instant, observant la jeune femme se perdre dans ses pensées. Le psychomage trouvait la situation aussi étrange qu'amusante. Dumbledore voulait le voir partir sous prétexte qu'il le pensait responsable de l'agression qu'avait subi la Serdaigle et pourtant, malgré ses doutes, il était en cet instant seul avec elle. Sa supposée victime.

Cette situation était regrettable. Etre ainsi accusé ! Tom Jedusor avait toujours eu beaucoup d'admiration pour Albus, il était un sorcier tellement puissant. Malheureusement, en venant travailler à Poudlard, il avait pu approcher l'homme et se rendre compte que comme souvent, on idéalisait les gens qu'on admirait.

Dumbledore n'avait plus rien du puissant sorcier qu'il avait pu être à l'époque. Il ressemblait tout juste à un vieux directeur d'école, le regard souvent douloureux.

Quelle déception.

Et dire qu'on avait proposé au sorcier le poste de Ministre de la magie, celui-là même qu'il convoitait ! Si les gens avaient pu être intéressés par le potentiel de l'homme, il le serait encore plus par le sien. Son plan de carrière évoluait très bien : il avait été invité pendant les vacances par une famille influente qui travaillait au ministère. C'était les parents d'un Serdaigle qui assistait aux réunions. Ses idées, sa manière de voir les choses se propageaient peu à peu dans les foyers. Cependant, il restait encore neutre car les mots ne devaient pas encore sortir de sa bouche, ce serait trop prématuré.

Les réunions étaient de son fait et se tenir en retrait ne faisait que donner l'illusion aux élèves qu'ils étaient les maitres du jeu. Ce n'était pas plus mal. Il était facile pour quelqu'un comme lui d'influencer les esprits. Certains se montraient très prometteurs et parfois même assez virulents. Des gens partageaient ses idées et se chargeaient de les propager à sa place.

Les Moldus avaient toujours cristallisé les tensions et le monde magique avait commencé à dérailler lorsque les vrais sorciers avaient décidé de leur faire une place.

Jedusor savait qu'on ne pouvait pas leur fermer les portes de leur monde car proposer une telle option briserait le monde magique et le placerait dans une posture délicate. Même si peu l'avaient connu, Grindelwald ayant surtout sévi en dehors de l'Angleterre, les gens ne voulaient pas revivre quelque chose qui les diviserait. Jedusor voulait donc autre chose, quelque chose de plus acceptable.

Selon lui, la plupart des problèmes venaient de la méconnaissance des nés-moldus sur le monde magique. Pour eux qui avaient grandi dans un monde où la magie n'était réelle que dans des romans fantastiques ou dans des livres, arriver dans un monde complètement diffèrent n'était pas facile. Il arrivait donc souvent que ceux-ci se méprennent sur les us et coutumes de leur monde ou ne connaissent pas très bien le fonctionnement de celui-ci. Jedusor voulait remédier à ce problème. S'il s'avérait qu'un individu était doté de pouvoirs magiques, il était inacceptable de le laisser dans un monde qui ne lui appartenait pas jusqu'à son entrée à Poudlard. Procéder ainsi était également cacher la vérité à ces enfants. Il fallait les informer très tôt, leur apprendre à grandir avec la magie. Le psychomage voulait même aller plus loin. Faire voter une loi pour les nés-moldus. S'ils voulaient être de vrais sorciers, ils devaient abandonner le monde non magique. Les enfants qui s'avéreraient dotés de pouvoirs se verraient alors pris en charge par des services compétents qui les aideraient dans leur éducation et subviendraient à leurs besoins. En ce qui concernerait les adultes, ils leur demanderaient de choisir : il faudrait obligatoirement qu'ils abandonnent l'un des deux mondes.

De cette manière, il verrait tous ceux qui valaient vraiment le coup. Il était inutile d'apprendre à des gens qui ne feraient ensuite rien de cet enseignement.

Mais avant d'en venir là, il avait du travail à faire et se montrer irréprochable en faisait partie. Il devait se présenter puissant et performant. Il ne laisserait pas Dumbledore, ce sorcier qui n'était même plus d'actualité, entraver ses plans. De toute façon, le vieux sorcier ne serait pas un problème longtemps.

En attendant, il devait se contenter de faire proprement son travail.

-Vous êtes-vous souvenue de quelque chose ? Peut-être pourrions-nous reprendre une fois de plus le récit, voir si vous arrivez à en parler sans trop de difficulté.

Jedusor prenait toujours soin de parler doucement et avec attention à ses patients. Ce n'était pourtant pas une de ses qualités premières normalement. Les faibles, il n'en voulait pas. Il était devenu psychomage parce que l'esprit des gens l'intéressait. Il se demandait même s'il n'avait pas choisi ce métier parce qu'il ferait face à des esprits malléables.

A cet instant, Alton remplissait toutes les cases.

La Serdaigle parla lentement, butant parfois sur les mots mais racontant comme elle pouvait l'agression qu'elle avait vécue. Jedusor prenait des notes, évitait de l'interrompre, mais à la fin, il posait toujours des questions. Il avait fait une analyse de sa précédente consultation et en avait fait part au directeur qui en avait été perturbé.

Il y avait souvent des éléments du récit de la jeune femme qui changeaient. Parfois, elle rajoutait des détails dont elle ne se souvenait pourtant plus avant. Elle décrivait tantôt son agresseur grand et musclé, des fois trapu. Elle avait d'abord parlé d'une odeur mais ne s'en souvenait plus vraiment maintenant. Alton était troublée et Jedusor ne relevait pas devant elle ses incohérences. Elle était perturbée, c'était normal.

Jedusor avait émis la possibilité auprès du directeur que le garçon qu'avait fréquenté la Serdaigle pouvait être le coupable. Dans une grande majorité des cas, le violeur faisait en effet partie de l'entourage de la victime. Alton avait eu rendez-vous avec lui ce soir-là, il devrait donc être un suspect bien plus sérieux que lui. Ces arguments avaient troublé Albus même si celui-ci ne l'avait pas clairement dit. Les trous de mémoires de la 6ème année pouvaient être véridiques mais peut-être cherchait-elle aussi, inconsciemment, à protéger son agresseur. Ou à se protéger elle-même d'une vérité qu'elle n'était pas prête à accepter.

Cela supposait également qu'elle le connaissait. Fouiller son cerveau n'avait rien donné car l'instant était entouré d'un voile opaque et laissait hagard ceux qui s'y aventuraient. C'était un cas assez rare. Il était possible de forcer le passage, mais cela détériorerait alors la psychologie et la santé mentale du patient. On ne pouvait forcer quelqu'un à faire face à un traumatisme si celui-ci n'y était pas préparé.

La séance allait bientôt se terminer et le psychologue la rassura sur la suite des évènements.

-Je sais que vous êtes angoissée et que vous avez du mal à vous ouvrir aux autres. Jedusor ouvrit un des tiroirs de son bureau et en sortit une petite fiole.

-L'infirmière vous a donnée une potion calmante la première semaine mais en ce moment, vous n'avez rien pour vous aidez.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda Pamela, intriguée.

Elle se retenait de se saisir de la fiole. Peu importe ce que c'était, elle avait besoin de quelque chose pour l'aider à tenir.

-Une sorte de booster. Il vous aidera à aller de l'avant.

L'adulte la glissa vers la Serdaigle.

-Une goutte sur la langue tous les matins. Pas plus, pas moins. Vous êtes une fille intelligente, je vous fais confiance pour respecter les doses.

-Bien sûr, merci.

Elle lui sourit et rangea la fiole dans sa poche. Elle quitta ensuite le bureau pour aller dans la grande salle. Le repas avait déjà dû être servi.

xXx

-Je pense rejoindre les réunions, lança Regulus alors qu'il se séchait les cheveux dans la salle de bain.

Une fois de plus, le cadet des Black avait attendu que tous les autres garçons aient fini d'utiliser la pièce pour pouvoir s'y rendre. C'était tellement plus tranquille quand il n'y avait personne à côté. Regulus avait demandé à Severus s'il pouvait le laisser de temps en temps utiliser la salle de bains des Préfets et Snape avait dit y réfléchir.

Padfoot resta silencieux, observant de ses yeux gris son petit frère. Il se retenait de soupirer, de lever les yeux au ciel ou de montrer un quelconque signe d'agacement mais en cet instant, il en ressentait. Il avait l'impression que Regulus avait oublié tout ce qu'il lui avait dit à leur rencontre. Regulus était pourtant celui qui en connaissait le plus sur lui, il lui avait parlé de sa vie, de ses erreurs, de ses amis et de la guerre qui avait détruit bien trop de choses, de vies.

Il lui avait dit qu'il faisait toujours les mauvais choix, que c'était pour cette raison qu'il mourrait prématurément. Mais même ça, Regulus semblait ne plus s'en souvenir, ni même s'en soucier à cet instant.

-Je sais bien que ça t'inquiète et que tu préfères que je reste loin de ces choses-là mais j'ai déjà assisté à ces réunions. Il ne s'y passe rien de mal. Et puis, je compte rester loin de Jedusor.

-Tu as bien préparé tes arguments à ce que je vois, ne put-il s'empêcher de remarquer.

-C'est parce que j'y ai bien réfléchi, je sais ce que je fais.

-Tu ne sais rien, Regulus, souffla Padfoot. Pour l'instant, c'est le début, ça n'a pas l'air bien méchant mais les sorciers qui y participent pratiquent la magie noire.

-Pas tous ! l'arrêta le Serpentard.

-Mais c'est comme ça que la guerre a commencé. Elle n'a pas éclaté du jour au lendemain. C'était des gens qui se réunissaient pour cracher leur haine, refaire le monde parce que ça ne leur convenait pas. Voldemort a fait beaucoup de dégâts mais ceux qui l'ont suivi n'étaient pas mieux. Il n'aurait d'ailleurs été qu'un pauvre fou si tant de gens n'avaient pas partagé ses idées. Il est dangereux, c'est vrai, mais ses idées le sont encore plus parce qu'elles lui survivent !

Padfoot observa alors Regulus se figer et réfléchir à ce qu'il venait de lui dire. Il espérait de tout son cœur que son frère change d'avis. Même si Regulus avait raison lorsqu'il certifiait qu'il ne s'agissait que d'adolescents parlant de politique, échangeant sur le monde, leurs idées, l'esprit avait trop peur de voir là où cela le mènerait. Bien entendu, le Regulus de ce monde était au courant des dangers, savait qu'il devait se méfier alors que son frère à lui avait ignoré que tout irait si loin, que Voldemort n'avait en fait été qu'un fou.

Il s'inquiétait, tout simplement.

Tout cela ne lui disait rien qui vaille. Il voulait que ce monde continue à prospérer et il sentait qu'il était de son devoir de tout faire pour que tout aille bien. Il l'avait vu dans certaines réalités. La fin de Voldemort n'était qu'une étape et pour la sienne, elle n'avait même pas signifié la fin de la guerre. Ses disciples, ivres d'admiration, avaient continué sans lui, convaincus de perpétuer la volonté de leur maitre, prêts à mourir pour lui.

Des idées bien ancrées qui avaient trouvé des successeurs pour continuer à les propager, à les faires vivre.

Il ne voulait pas revivre ça, regarder et être impuissant. Que des gens souffrent encore alors que cela aurait pu être évité.

-Regulus, l'implora-t-il.

-Je comprends que tu sois inquiet, fit le Serpentard.

Il se tourna vers lui et le fixa avec détermination.

-Je te demande simplement de me faire confiance. Je ne suis pas un enfant, je peux prendre mes décisions seul mais surtout, tu as fait un bon travail, je sais que je dois me méfier.

-Je ne comprends pas pourquoi tu changes d'avis si soudainement, soupira Padfoot.

-Ce n'est pas soudain, j'y pensais déjà un peu de temps en temps. J'avais envie d'y retourner, j'avais même déjà plus ou moins pris ma décision. Severus est même venu me parler et je crois que ça m'a conforté dans mon choix.

-Je dois t'avouer que je ne comprends pas ce qui te plait là-bas.

-J'aime débattre, échanger, apprendre, avoir accès à des informations qu'on n'a pas dans les médias classiques. Je pense également qu'il est intéressant d'échanger avec tout le monde et parce que ces gens ne sont pas socialement corrects, je trouve injuste qu'on les mette de côté pour leurs idées. Et puis surtout….

Regulus s'interrompit et Padfoot s'inquiéta de la suite.

-Je partage bon nombre de leurs opinions, admit-il dans un souffle. Je ne suis pas d'accord avec tout, notamment sur les méthodes ni sur les injures, mais c'est comme ça.

L'esprit fut sonné un instant avant de se ressaisir. Il acquiesça ensuite et tenta de sourire à Regulus pour lui dire qu'il comprenait mais ne fut pas sûr d'avoir réussi. Il soupira finalement et ressentit le besoin d'être seul.

-Je vais faire un tour, dit-il simplement.

Il partit si vite qu'il n'eut pas le temps d'entendre ni de voir la réaction de Regulus. Padfoot avait cette folle envie d'intervenir, mais comment ? Regulus lui avait donné ses arguments et au fond, il pouvait les comprendre. Il devait le laisser faire ses choix, ne pas lui imposer les siens. Il avait bien vu ce que ça avait donné la dernière fois. Il ne voulait pas être responsable d'une nouvelle catastrophe. Mais sa position n'était pas facile, il avait l'impression d'être un spectateur.

L'esprit n'en était pas très heureux, ça lui rappelait combien sa vie était étrange. Le reste, le passé appartenait à une autre vie. Se souvenir était douloureux. Comme oublier l'avait également été.

Voilà ce qu'était sa vie à présent, compliquée et douloureuse.

L'esprit espérait que cette petite promenade l'aiderait à relativiser, à calmer ses inquiétudes. Il ne voulait pas être fâché avec Regulus. D'ailleurs, il ne l'était pas. Sauf que cette discussion avait jeté un froid entre eux. C'était normal que ça arrive au moins une fois, il savait qu'il demandait beaucoup au Serpentard. Juste l'écouter aveuglement n'était pas simple. Regulus voulait de l'indépendance et lui-même en avait toujours recherché. Il était assez fier de son petit frère, celui qui prenait sa vie en main et agissait en adulte, autant qu'il le pouvait en tout cas.

Padfoot était heureux de la relation qu'il avait avec lui. Regulus le voyait, l'entendait et pouvait lui parler. Padfoot était son ange-gardien. Il y croyait de plus en plus. Il devait donc veiller sur le 6ème année et faire en sorte qu'il vive le plus longtemps possible, que son petit frère ait droit, contrairement à lui, à une fin heureuse.

Il ne permettrait pas que le Serpentard meure à tout juste 18 ans, assassiné. Surtout pas en se noyant à cause de Voldemort. Plus jamais.

Padfoot avait simplement l'impression que peu de personnes étaient en mesure de le comprendre.

Il était mort.

Bon sang, sa cousine Bella l'avait envoyé à travers le voile ! Techniquement, il n'était pas complètement mort car Sirius avait entendu dire que le voile était cette séparation entre la vie et la mort. Aujourd'hui, il comprenait que s'il était cet esprit trainant dans les couloirs du château, c'était parce qu'il n'avait pas pu trouver le repos éternel comme le disaient certains moldu. Mais comment pouvait-il reposer en paix ? Il fallait être mort pour ça et il ne l'était pas, ou à moitié seulement ! Personne n'allait venir et finir le travail, il était un esprit et il doutait que quoi que ce soit puisse le blesser physiquement. Regulus le voyait pour une raison inconnue et les Maraudeurs simplement parce qu'ils avaient en leur possession un objet imprégné de magie noire.

Padfoot ne savait pas combien de temps encore il resterait un esprit. Est-ce que son existence allait se résumer à ça à présent ? Juste errer à travers le voile ? Et puis, que lui arriverait-il une fois que la vie ici se finirait, que les jeunes adultes de Poudlard vieilliraient tellement qu'ils finiraient par s'endormir à tout jamais ? Il allait juste chercher désespérément quelqu'un d'autre qui pourrait parler avec lui, histoire de rompre sa solitude, pour qu'il ne plonge pas plus dans la folie… Quel triste programme !

Ça lui faisait peur d'y penser mais ça allait arriver, ce qu'il vivait là était magique. C'était pour cette raison que cela le dérangeait autant que Regulus ne prenne pas plus conscience de la chance qu'il avait de vivre, de pouvoir faire des choses. Padfoot avait été à Azkaban mais il avait juste été inutile. Pire, il s'était montré négligent.

S'il avait pu agir, avoir un corps capable d'être entendu… L'image fugace du Sirius de ce monde s'imposa brutalement à son esprit et il eut du mal à la chasser. Il essaya alors de se vider l'esprit. Sans qu'il n'ait contrôlé son trajet, il arriva dans la Salle Commune des rouges et or mais ce n'était pas si étonnant : cet endroit resterait toujours son ultime demeure.

Il monta dans le dortoir des garçons, ne s'attendant à rien de particulier. Il avait ruminé longtemps et tout le monde devait dormir à présent. Padfoot fut donc surpris de voir le lit de James vide et les rideaux du lit de Sirius tirés. Le batteur dormait, d'un sommeil pas tout à fait réparateur. Padfoot comprit alors que Sirius avait dû avoir un sommeil agité, que James avait dû l'entendre ou le savoir d'une manière ou d'une autre et que si à présent ça allait mieux pour l'un, c'était plus compliqué pour l'autre.

Padfoot s'approcha de James et avisa la moitié du bracelet qu'il portait sur lui. Il en fut étonné mais à la fois ravi. Cela signifiait en quelque sorte que l'objet avait de l'importance pour le Gryffondor. L'esprit y voyait également le fait que par ce geste, James signifiait qu'il n'avait pas envie de manquer la moindre discussion avec lui. C'était différent de Sirius qui ne le portait que très rarement ses derniers temps et jamais le soir. Mais Padfoot avait une relation différente avec James et n'avait pas chercher à aboutir celle avec Sirius pour des raisons évidentes.

Il observa James ainsi quelques secondes, simplement assis sur le rebord de la fenêtre, observant la lune presque pleine. Bientôt, les garçons pourraient passer à la prochaine étape. L'esprit manifesta alors sa présence et James sursauta légèrement.

-Dure nuit, lança Padfoot.

James haussa les épaules avant de nouveau de fixer le ciel.

-Tu ne dors jamais en fait ? sourit-il après un instant.

Padfoot rigola et le son du rire interloqua le Préfet.

-Je n'en ai pas vraiment besoin. Et je pense que si quelqu'un me voyait « dormir », ce serait vraiment étrange ! T'imagine Peeves piquer un somme ?

-Ce serait marrant ! chuchota James.

Padfoot observa le dortoir, se rappelant avec nostalgie l'époque où lui aussi avait résidé en ces lieux. Son regard s'arrêta de nouveau sur Sirius dont les traits semblaient moins tirés que tout à l'heure.

-Sirius a mal dormi, n'est-ce pas ?

-Je…

James semblait hésitant.

Sirius n'était pas quelqu'un qui parlait beaucoup de ce qui allait mal alors se confier à Padfoot n'était peut-être pas une bonne idée. C'est ce que pensait James en tout cas, et puis il se rappela que l'esprit pouvait aller partout. Il devait connaitre un tas de trucs sur eux, surtout qu'ils avaient été amis dans une autre vie apparemment. Sa question laissait aussi penser qu'il savait déjà un peu ce qui arrivait au batteur.

-Je ne sais pas vraiment ce qu'il a, admit-il avec émotion. Avant, Sirius me disait tout ! Il a déjà fait des cauchemars, il m'en parlait, disait comme Walburga était cinglée. Mais là... Ça a l'air différent. Des fois, quand je lui parle, il dit juste qu'il ne s'en souvient pas mais je ne le crois pas. J'ai arrêté de lui poser des questions quand je me suis rendu compte qu'il mettait un sort de silence parfois avant de dormir pour ne pas m'alerter.

-Je pense qu'il ne veut pas t'inquiéter, répondit Padfoot.

-Ouais… mais il est comme mon frère, ça m'inquiète encore plus quand il ne me dit rien. J'imagine des choses horribles et c'est dur. Ses parents lui ont tellement fait du mal que j'ai du mal à savoir ce qu'il pourrait y avoir de pire…

Padfoot ne sut pas quoi répondre. Lui n'avait pas vécu ce que James décrivait. Qu'avait donc pu vivre ce Sirius-là de si horrible qu'il souhaiterait taire ? Le 7ème année avait apparemment confié pas mal de chose à James, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Pour Padfoot comme pour Sirius, James était comme une extension d'eux-mêmes, une âme sœur. Peut-être que Sirius ne se taisait pas parce qu'il le voulait…

-As-tu pensé au fait que lui-même ne sait peut-être pas vraiment ce qui lui arrive ? C'est certainement ça qui lui fait peur, qu'il parle pendant son sommeil, que tu apprennes avant lui ce qu'il a. Si c'est un truc si grave, il se dit peut-être que ça te fera de la peine et il ne veut pas. Au moins, si ça vient vraiment de lui, il pourrait l'atténuer.

-Je n'y avais pas pensé, souffla James. Mais si c'est si grave, Sirius devrait peut-être aller voir le psychomage. Je sais bien que dans le monde dans lequel tu viens, ce n'était pas quelqu'un de bien mais ici, ce n'est pas la même chose, n'est-ce pas ?

Padfoot pouvait difficilement répondre à la question. Il avait été persuadé de beaucoup de choses en arrivant ici mais plus le temps passait et moins il était sûr de lui. Il s'était même convaincu un jour qu'il essayait peut-être simplement de recréer son vrai monde ici pour mieux se sentir exister, revivre étrangement ce qui avait été la plus belle période de sa vie, sa scolarité.

-Tu n'as pas tort, lâcha-t-il après un long moment.

James n'ajouta rien. Il continua à regarder par la fenêtre et Padfoot se demanda si James allait rester là toute la nuit. Le Gryffondor était fatigué mais c'était sans doute plus dû au fait d'avoir veillé son ami. Dormir le tentait peu, très bien, Padffot ne voyait pas d'inconvénient à l'accompagner dans sa nuit blanche.

Le jour n'était pas encore près de se lever, le ciel était encore bien sombre et les étoiles visibles. Padfoot ne se rappelait plus la sensation de partager ce genre de moment avec son meilleur ami. James lui avait manqué toute sa vie. Peut-être pourrait-il supporter cette errance pour l'éternité juste pour ces quelques instants ?

Auparavant, il aurait dit oui. Maintenant, il n'en était plus sûr.

Après avoir goûté à autant de bonheur, forcément, il en voudrait plus.

Encore une fois, il tourna la tête vers le jeune homme qui dormait dans son lit. Celui qui avait la chance de ne pas faire les âneries qu'il avait faites. Mais Padfoot pouvait-il être certain que ce Sirius là ne ferait pas n'importe quoi ? Lui savait ce qu'il y avait à faire et à ne pas faire. Il n'était pas ingrat et saurait profiter de ce que la vie lui donnait.

L'esprit ferait mieux à sa place, il en était persuadé.

Encore cette pensée qui revenait sans cesse…

Une question de James le sortit de ses pensées obsédantes. Padfoot reporta alors son attention sur lui, s'obligeant à rester concentré, à résister par-dessus tout à la tentation.

-Tu es encore là ? répéta James tout doucement.

-Oui, excuse-moi. J'avais l'esprit ailleurs.

-J'imagine, sourit le Gryffondor.

James pointa la lune du menton.

-C'est Sirius qui voulait devenir Animagus. Il m'a si bien vendu le truc que je l'ai juste suivi par amusement mais depuis que Greyback s'est évadé, je n'arrête pas de penser à cette vie où Remus souffre à chaque pleine lune. C'est dommage qu'il n'ait pas été réparti à Gryffondor, je suis sûr qu'on serait devenu amis plus tôt.

-D'où je viens, vous êtes des amis inséparables dès la 1ère année. Toi, Sirius, Remus et…Peter, termina l'esprit.

Celui-ci tourna la tête vers là où provenait la voix étant donné qu'il ne pouvait voir l'esprit.

-Pettigrow ?

James ouvrit de grands yeux surpris puis éclata de rire, son qu'il étouffa dans sa main.

-J'ai du mal à y croire ! Comment on a pu devenir amis avec un mec comme ça ? C'est un peureux et il n'est pas très drôle !

Padfoot esquissa un sourire triste.

-A cause de Remus. Remus était gentil avec tout le monde alors on a fini par devenir ami avec Peter. Peter nous, enfin, Peter vous admirait beaucoup.

L'esprit s'était rattrapé de justesse et espérait que James n'y avait pas fait attention. En tout cas, le garçon était toujours nonchalamment posé en appui sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu au loin.

-Ils voulaient être comme vous, reprit-il. Je crois aussi qu'avoir ce genre de regard encourageant et émerveillé vous plaisait. C'était ce genre d'amitié, un peu déséquilibrée, mais sincère. Vous étiez un groupe soudé et vous auriez fait des tas de choses juste pour le voir sourire ou l'aider. Il avait réussi à devenir un Animagus pour aider Moony.

-Il avait l'air d'être un bon ami, dit James comme s'il ne semblait pas y croire.

Padffoot fut mal à l'aise. Il ne devait pas dire à James que ce sale rat de Peter avait été celui qui avait provoqué leur mort. Le Pettegrow d'ici était un adolescent encore innocent. Il n'était pas obligé de mal tourner. Leurs rapports n'étaient plus les mêmes, peut-être que celui-ci se montrerait courageux.

-On a réussi à être des Animagi quand ?

-Lors de votre 5ème année. Vous avez franchement galéré !

-Je veux réussir et mes raisons ont complètement changé. Avant, soupira James, Sirius devait souvent m'encourager parce que franchement, c'est hyper chiant. Je crois qu'il le voulait plus que moi. Mais maintenant, c'est différent.

-Vous allez y arrivez, le rassura Padfoot. Vous en avez les capacités.

-Ouais, il nous reste juste la journée. Quand la nuit tombera de nouveau, on pourra passer à la prochaine étape.

James sourit, levant son pouce à un endroit au pif, ce qui fit rire l'esprit.

-Tu penses souvent à ce que je vous ai dit sur vos autres vies ? Enfin, à ce que Regulus vous a raconté ?

Il n'avait pas pensé que ça travaillerait autant le Gryffondor. Regulus avait étonnamment mieux accepté son récit que James. Lui s'interrogeait plus, il était curieux et affecté. Padfoot ne savait pas si c'était une bonne chose. Son but n'était pas de perturber dans le mauvais sens la vie de tout le monde. Contrairement à ce qu'avait sous-entendu Regulus en début de soirée, il ne cherchait pas à les influencer ni à en faire des marionnettes. Il voulait juste aider. Retrouver ses amis.

-Un peu. Quand je ne suis pas occupé à penser au Quidditch et à comment me moquer de Snape. Lily et moi avons-nous le même genre de relation qu'ici ou est-ce que j'ai réussi à mieux faire les choses ?

-Vos relations sont différentes, ce sont d'autres univers. Rien n'est exactement pareil.

-Ouais, sans doute. Je me demande quand même ce que j'ai pu faire de différent ici pour que ça ne marche pas, souffla James.

Il regarda à côté de lui, là où il pensait que l'esprit s'était installé, et Padfoot le fixa à son tour. Il avait plein de théories sur le sujet mais il doutait que les évoquer soit une bonne idée. Leurs mondes étaient différents, tout simplement, et c'était sans doute la meilleure explication.

Mais s'il devait développer, il avancerait d'abord le cas Severus. Dans sa réalité, Lily n'avait pas eu d'aussi bons rapports avec le Serpentard et certainement pas jusqu'à la fin de sa scolarité. L'animosité entre les lions et les serpents était beaucoup plus faible ici, rendant leur profonde amitié moins anormale. Severus n'avait pas non plus insulté sa meilleure amie et la femme qu'il aimait de sang-de-bourbe. Les idéologies de Sang-Purs n'étaient pas aussi virulentes ici et les relations entre sorciers étaient un peu moins électriques.

Cette Lily ici appréciait profondément Severus. C'était visiblement plus que de l'amitié mais pas vraiment de l'amour. L'esprit ignorait tout de même si ça allait évoluer un jour.

Il y avait aussi le contexte politique. La guerre n'était pas aux portes du château, enfin pour ce qu'il en savait, et les sentiments étaient souvent décuplés lorsqu'on était incertains du lendemain. Les gens vivaient l'instant présent, ils se posaient moins de questions et écoutaient leurs cœurs. Quand la bataille fait rage et que votre vie est menacée, il y a peu de gens à qui vous pouvez faire confiance, vos amis peuvent tout aussi bien vous trahir. Pettigrow en avait été un parfait exemple. Avoir une personne à aimer, sur qui se reposer, était probablement la chose la plus merveilleuse au monde.

Ça semblait peut-être stupide d'évoquer la guerre comme explication, mais le principe des réalités alternatives était qu'un rien pouvait tout changer. Le moindre détail avait son importance. L'effet papillon.

Mais peut-être s'agissait-il encore de James ou même de Lily. Les gens ici étaient différents.

Une pensée lui vint alors à l'esprit, l'image d'une personne s'installant derrière ses rétines. Il n'avait pas voulu y croire pendant longtemps, essayant plus ou moins de raisonner Regulus, lui donner des conseils pour qu'il ne se brûle pas les ailes. Il n'avait pas cru une seule seconde que James pourrait délaisser Lily pour se tourner vers son petit frère. Il avait été persuadé dès le début que cet amour était voué à l'échec. Mais il avait été forcé de constater que les sentiments du Serpentard avaient commencé à atteindre James.

Cela avait dû jouer, forcément.

Aujourd'hui, James ne pouvait plus affirmer que Regulus était simplement un ami et le petit frère de son meilleur ami.

-Je ne sais pas, James, avoua Padfoot. Les choses sont comme ça, c'est tout. Mais comme je te l'ai dit, elles peuvent aussi changer. Il existe d'autres réalités où tu ne finis pas avec Lily.

-Ouais, j'imagine. Désolé, mes récriminations de cœur brisé doivent être soulantes...

-Non, bien sûr que non. J'ai eu l'habitude avec Regulus.

Padfoot se mordit aussitôt les lèvres, observant James qui soupira. Le sujet n'allait pas être simple pour son ami et lui-même aurait aimé l'éviter mais il ne pouvait pas. Il devait clarifier les intentions de James car il s'agissait de son petit frère.

-Ouais… Tu sais même ce genre de choses alors, chuchota James.

-Je ne te juge pas, James, j'imagine que ça doit être compliqué. Tu l'apprécies et ne cherches pas à le blesser.

-Je l'ai déjà rejeté, avoua-t-il.

-C'est bien. Enfin, c'est le mieux pour lui. Il va pouvoir aller de l'avant.

James baissa la tête, son visage se contorsionnant dans une étrange grimace.

-Est-ce que je peux être honnête avec toi ?

James tourna vers lui un regard suppliant.

Padfoot hocha la tête avant de se souvenir que le Gryffondor ne pouvait pas le voir.

-Bien sûr.

James regarda de nouveau le ciel et se mordilla les lèvres.

-Ça m'a fait un mal de chien. Je l'ai blessé et en même temps, j'avais l'impression de me faire du mal aussi.

-Tu tiens à lui, c'est normal. Tu as de l'empathie pour ton ami…

James haussa les épaules et Padfoot continua de l'observer. Il croyait comprendre de quoi il était réellement question mais ne voulait pas le brusquer.

-James, est-ce que tu voulais réellement le rejeter ?

Le Préfet se passa la main dans les cheveux à plusieurs reprises avant de soupirer.

-Tu… ressens quelque chose de plus pour lui ? tenta Padfoot, retenant son souffle.

-J'aime Lily, éluda-t-il.

-Ce n'est pas ce que je te demande. Dans un des univers que j'ai visités, tu étais poly-amoureux et en couple avec Sirius et Lily

James écarquilla les yeux, clairement choqué.

-Je ne m'y connais pas vraiment, mais sans doute qu'il est possible d'aimer plusieurs personne en même temps, lui expliqua alors Padfoot.

-Je…je ne sais pas. C'est tellement spécial et…

James se prit la tête dans les mains.

-Tu es perdu, c'est normal, voulut alors l'apaiser l'esprit. N'y pense pas trop pour l'instant. Tu devrais aller dormir, il est tard. Concentre-toi plutôt sur demain et l'achèvement de cette première étape pour être Animagus.

James acquiesça mais resta néanmoins quelques instants de plus à observer les étoiles avant de quitter son poste d'observation.

Padfoot sourit et après que James ait caché sa tête sous les draps, quitta le dortoir. Il n'avait pas envie de retourner tout de suite chez les Serpentard alors il continua de se promener encore un peu. Il n'avait rien d'autre à faire de toute façon.

C'était ça sa vie.

xXx

Remus s'installa par terre, à l'ombre du soleil sous un grand arbre. Les branches le protégeaient des quelques fortes brises de vent. Les cours venaient de se terminer et le Poufsouffle avait reçu plus tôt une lettre de ses parents qu'il n'avait pas encore eu le temps de lire. Il déchira donc l'enveloppe et sourit en reconnaissant l'écriture délicate de sa mère. La lettre était longue même si au final, il n'y avait pas grand-chose d'important. Simplement ses parents qui s'inquiétaient pour lui, prenait des nouvelles et lui en donnaient en retour.

Il la lut deux fois et rigola de la même manière lors du récit de la tentative culinaire ratée de son père. Les brèves vacances après Azkaban lui avaient fait tellement de bien. Etre avec ses parents le mettait toujours de bonne humeur. Finalement, il souffla, replia la lettre et observa le paysage, les élèves présents dans le parc tout comme lui. Il vit alors Sirius marcher d'un pas rapide et nerveux. Il le suivit du regard. Celui-ci avait la tête baissée, semblant tourmenté par quelque chose. Il releva ensuite la tête et s'arrêta, regardant autour de lui comme s'il se demandait où il allait exactement. Son regard finit par croiser le sien et Remus vit qu'il hésitait à le rejoindre.

D'un signe de tête, il l'invita à le faire.

Le brun avança alors vers lui de manière nonchalante et se laissa tomber à côté de lui de la même manière.

-Salut, fit Remus. Dure journée ?

-Je ne crois pas, grimaça Sirius. Mais fatigante.

-C'est le match qui approche qui te met dans cet état là ?

Sirius le fixa de longues secondes, dans l'incompréhension, avant qu'une lumière ne s'allume chez lui.

-Oh…non, mais ça aurait été super. Qu'est-ce que tu fais ici ? Il fait encore un peu froid pour rester dehors, non ? lui demanda-t-il ensuite.

-Ça va, répondit-il. Je lisais une lettre que m'ont envoyée mes parents.

Il l'agita pour la lui montrer.

-Sympa. Généralement, quand mes parents m'écrivaient, c'était pour m'engueuler ou pour me dire quel genre de punition m'attendait une fois rentré pour les vacances.

Il eut un rire nerveux à ce souvenir et Remus ne sut comment réagir. C'était bien la première fois que Sirius lui parlait de ses parents et de la relation houleuse qu'ils semblaient entretenir. Bien entendu, il y avait eu quelques rumeurs discrètes et peu fiables à ce sujet. Mais rien qui n'aurait pu avoir l'air plausible. En plus de cela, il y avait également cette fuite que le Poufsouffle n'expliquait pas encore et il se voyait mal demander des explications au Gryffondor.

Son regard sur le brun dut avoir l'air trop insistant cependant car Sirius se mit à être mal à l'aise et Remus s'en voulut.

-Tes parents ont l'air très dur. J'ai un peu entendu parler des Black et tu ne leur ressembles pas du tout. Tu es un esprit si libre, intense et déstabilisant, lui confia-t-il alors.

Il y eut un silence et Remus fut embarrassé par sa déclaration.

-Désolé, c'était déplacé... Je ne connais même pas tes parents en plus.

-Non, il n'y a pas de problème. Je suis content d'être si différent d'eux. Je suis du genre très anticonformiste !

Remus sourit.

-Ah, au fait, j'ai un truc génial à t'annoncer ! s'exclama soudain le brun.

Remus haussa les sourcils, curieux, et Sirius se pencha vers lui.

-Tu sais quel jour on est aujourd'hui ? Ou plutôt ce qu'il y a cette nuit ?

Le Préfet-en-chef fronça les sourcils, perdu. Sirius sourit alors à pleines dents avant de lui tirer la langue pour lui montrer la matière visqueuse qui s'y trouvait.

-La pleine lune !

-Chut !

Sirius le fit taire avec sa main avant de l'enlever aussitôt et de faire comme si de rien n'était.

-Exactement.

-Waouh, commenta Remus. Euh, waouh, beurk, répéta-t-il avec une grimace. En fait, je ne sais pas si je suis impressionné ou dégouté.

-Sans doute les deux en même temps, trancha le batteur.

-Probablement plus dégouté, rit le châtain.

Sirius le rejoignit dans son fou rire avant de s'arrêter net.

-Arrête de me faire rire, tu veux me faire rater ?!

-Non, désolé.

Remus essaya alors de se calmer.

-C'est extraordinaire d'en être déjà là en si peu de temps.

-Ouais, enfin, c'est pas encore fait mais c'est génial. C'est grâce à toi !

-Je n'ai rien fait à part céder à un chantage…

-Je préfère dire que tu as été conquis par mes arguments et mon bagout.

-Disons ça.

Remus se leva, le froid commençant à le faire trembler.

-J'espère que ça ira, c'est super pour vous.

Il commença à s'éloigner, jetant quelques coups d'œil au brun.

-A plus tard ? sembla lui demander le Gryffondor.

-A plus tard, répondit le châtain.

xXx

-Je veux être un cygne, rêva Sirius.

-C'est pas encore fait, Sirius, rigola James.

Le Préfet tourna la tête en direction de son ami. Allongés sur leurs lits respectifs, ils s'observaient.

-Et puis, un cygne, c'est pas si cool que ça. Je veux être un lion !

-Ça n'arrivera pas, Jamie.

James ronchonna : il savait que son ami avait raison malheureusement.

-Tu penses que je serai quoi ?

-Une loutre, proposa Sirius.

James lui renvoya un regard blasé.

-Mais il faudra bien que tu puisses aller dans le lac avec moi, insista Sirius. Moony pourra pas.

-Si on fait ça, on va se faire manger par les sirènes, rigola James.

-Je suis pratiquement sûr que les sirènes ne mangent pas de viande. Et puis, tu aurais mauvais goût.

-Parle pour toi, je serais une loutre appétissante avec une viande moelleuse ! Toi, tu serais gras.

-Les cygnes ne sont pas gras. Ce sont les oiseaux les plus majestueux au monde.

-De une, je suis sûr que tu viens d'inventer ça et de deux, je t'ai déjà dit que tu serais un chien.

-Un loup.

-Je croyais que tu voulais être un cygne ? pointa James, perdu par les changements de son ami.

-C'est toi qui m'embrouille, marmonna Sirius. Dormons, souffla-t-il finalement. Mais je suis tellement heureux que je sais pas si je vais réussir…

-Pareil. En tout cas, c'est cool de te voir de bonne humeur. Ça n'avait pas l'air d'être ça ces derniers jours. Je sais que tu as refait des cauchemars, Sirius.

-Ouais…

En quelque sorte. Sirius savait qu'il était inutile d'essayer de cacher la vérité à son ami et encore moins d'atténuer ses tourments. Il aurait néanmoins aimé le tenir à l'écart de tout cela. Le dire à James, cela rendait tout affreusement concret.

-Je pense pas mal à ce que je t'ai raconté avant, le pourquoi de mon comportement étrange. Je… C'est probablement complètement fou mais pendant un moment, je me suis pensé somnambule, lui avoua-t-il alors.

-Quoi ?!

La voix de James était partie légèrement dans les aigus, exprimant clairement son choc.

-Mais pourquoi ?!

-Certains symptômes correspondaient mais je ne suis sûr de rien. J'ai brièvement parlé avec le psychomage, ça m'a encore plus embrouillé. J'ai envie de mettre ça de côté, j'ai dû me tromper…

-Ouais… Si t'avais été somnambule, je l'aurais remarqué, je crois.

Sirius n'en savait rien.

-De toute façon, j'ai pas envie de penser à ça ni à cette lettre étrange.

-Quelle lettre ? lui demanda James, curieux.

Il se pencha vers le lit de son ami, le fixant avec insistance, et Sirius comprit qu'il venait de faire une erreur. Il esquissa alors un sourire et secoua la tête. Il n'avait vraiment pas envie d'en discuter comme il venait de lui dire. C'était n'importe quoi, ça ne pouvait être que ça. Il ne voulait pas se prendre la tête avec ce genre d'âneries mais simplement se consacrer à l'exploit qu'il allait accomplir aujourd'hui.

-Rien, une mauvaise blague. On essaie de dormir pour ne pas être fatigué ?

-Je ne suis pas sûr d'y arriver, confia l'attrapeur.

-Moi non plus, soupira Sirius.

Ils laissèrent leurs rideaux ouverts, fermant les yeux, mais quand leurs compagnons de dortoirs vinrent se coucher, Sirius et James ne dormaient toujours pas. Ils furent pourtant débordants d'énergie et alertes au moment de se lever quand la lune fut enfin pleine et dégagée.

Ils prirent alors le nécessaire pour passer à la deuxième étape. Cachés sous la cape d'invisibilité de James, ils progressèrent ensuite doucement jusqu'à l'orée de la forêt interdite. Ils avaient été excités et impatients toute la journée mais alors qu'ils y étaient enfin, ils se sentaient nerveux, bien que tout aussi heureux.

Sirius retira finalement sa feuille et la mit dans une petite fiole en cristal alors qu'elle était baignée de salive, comme il était exigé de faire. James était face à lui et fit la même chose. Ils échangèrent alors un sourire complice avant de passer à la suite. Une mèche de cheveux plus tard, une autre de cuillère en argent de rosée et puis enfin, la chrysalide d'un Sphinx tête-de-mort.

Ça y est, ils y étaient. Ils entamaient officiellement la deuxième étape.

Avant d'aller se recoucher, les Maraudeurs se prirent dans les bras, partageant ensemble ce moment important et presque magique.


Prochain chapitre - le 23/11 - Leçons particulières