Chapitre 31 :
Résilience
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-Vous serez amené à enchainer les duels, lança Leroy. Vous ne connaitrez pratiquement jamais vos adversaires, sauf si vous vous battez contre vos amis. Il faudra donc bien utiliser votre cerveau, votre endurance et votre énergie. Ne vous dévoilez pas trop vite et si vous le pouvez, terminez le combat rapidement. Vous serez observé à chaque fois. Des gens essayeront de découvrir vos points faibles et Merlin sait que vous en avez.
De là où il était, Regulus pouvait voir le professeur particulier sourire et examiner la réaction des élèves. La plupart était en train de grommeler et quelque chose disait au Serpentard que le français était assez fier de son effet. Regulus ne connaissait pas bien l'adulte puisqu'il ne le fréquentait pas depuis longtemps, mais il était très observateur. Et il avait plus ou moins remarqué que le français aimait – et pas qu'un peu - être provocateur. Son plaisir le plus grand était probablement de les faire marcher.
Pour sa part, Regulus ne comptait pas rentrer dans son jeu. Il savait qu'il avait des lacunes et s'entrainait pour les combler. Hugo lui-même leur avait dit que les efforts ne mentaient pas et il avait eu l'air sincère. Le 6ème année allait se donner les moyens de réussir. Il voulait une victoire pour avoir enfin pleinement confiance en lui et rendre fier ses parents.
Le professeur ensuite posa les fesses sur son bureau et attendit que les élèves échangent leurs impressions. Lupin, Evans et le reste des élèves sérieux prenaient des notes alors que les deux Maraudeurs semblaient mener une discussion en parallèle tout en arrivant, avec stupéfaction, à suivre ce qu'il se passait durant le cours. Quand le calme fut un peu revenu, Leroy continua à leur donner des conseils. Il leur fit également savoir que lors de leurs prochains cours, ils analyseraient les différents duels du tournoi précédent. C'était un bon moyen de voir à quoi ils devraient s'attendre.
-Votre seul avantage lors du tournoi sera que beaucoup vous sous-estimeront. Vous n'aurez rien à perdre, mais tout à gagner, termina le français. Ce sera tout pour aujourd'hui.
Comme d'habitude, l'heure s'était écoulée affreusement vite. Les élèves s'empressèrent de ranger leurs affaires et Regulus fit de même. Il désirait aller trouver son directeur de maison qui n'avait toujours pas répondu à ses sollicitations. Les démarches pour changer de dortoir étaient longues et fastidieuses et encore, il n'avait même pas commencé… Regulus ne comprenait pas pourquoi Slug n'arrivait pas à trouver un instant pour lui répondre ou le recevoir. Tout cela ne l'emballait pas vraiment et lorsqu'il vit Leroy discuter avec Snape, il se dit qu'il pourrait aller voir son directeur de maison plus tard. Demander au français s'il avait pu parler au directeur au sujet de leur sortie semblait bien plus passionnant.
Regulus n'avait réalisé que très récemment qu'il était bien plus emballé que prévu par l'idée qu'avait émise le français. Sa curiosité et cette notion d'impossible qui s'en dégageait en étaient les principales responsables. Il fallait également dire que c'était le moyen idéal de lui changer les idées.
Il attendit donc que Snape finisse pour pouvoir parler au français.
-Tu viens, Regulus, on va manger ?
Regulus leva les yeux au ciel à l'appellation de Potter et décida de l'ignorer. Cela amusa Leroy qui, malgré sa discussion avec Severus, ne ratait rien de leur échange. Néanmoins, cela irrita le Gryffondor et quand Sirius commença à s'en mêler aussi, cela eut tout de honteux pour le Serpentard.
Il ne put cacher son agacement et soupira avec exagération, surprenant la Poufsouffle qui quittait la pièce. Finalement, Regulus décida de partir au plus vite et ne prit pas la peine de saluer le professeur. Il trouverait bien du temps pour lui parler une autre fois. Il passa alors à côté de son frère et de Potter en les ignorant. Lorsqu'il avait dit au Préfet qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec lui, qu'il voulait retrouver leur relation d'avant son emménagement à Godric's Hollow, il pensait que James avait compris qu'il ne voulait plus vraiment lui parler sauf si c'était absolument nécessaire.
-Regulus !
Il s'agissait de Sirius et le Serpentard soupira avant de s'arrêter. Il ne pouvait pas ignorer son frère de la même manière.
-Qu'est-ce qui te prend ? Ne me dis pas que tu nous en veux encore pour le match de Quidditch ? s'étonna le Gryffondor en le rejoignant. Et quand je dis moi, je parle de James.
Regulus tiqua. Il ne savait pas comment il devait prendre le fait que son frère le pense si immature.
-Il ne s'agit pas de ça.
-J'en étais sûr mais je préférais qu'il n'y ait pas de malentendu.
Sirius soupira et James vint se placer à ses côtés.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce que j'ai fait quelque chose ? insista Sirius.
-Pas plus que d'habitude, le rassura Regulus, pince sans rire.
-C'est James ? comprit-il alors, et son ami lui fit les gros yeux. Ecoute, détends-toi, je sais que vous vous êtes embrassés.
Cette fois, ce fut Regulus qui lui fit les gros yeux. Il n'arrivait pas à croire que James ait été raconté ça à Sirius ! Il s'agissait de son frère et il n'avait aucune envie que celui-ci sache tout de sa vie sentimentale ! Enfin, maintenant, il comprenait mieux toutes ces questions que le Gryffondor lui avait posées avant le match de Quidditch. Il décida finalement de ne pas répondre et s'éloigna pour continuer son chemin.
-Regulus ? s'étonna James.
Celui-ci leva les yeux au ciel et maudit cette fin de journée sans pour autant ralentir. Il avait l'impression qu'il ne pourrait jamais être tranquille. Il n'avait plus du tout envie d'aller trouver son directeur de maison. Il allait simplement aller dans son dortoir, s'allonger sur son lit et attendre que cette journée finisse…
Pendant un instant, il oublia James mais celui-ci se rappela très vite à lui car le Gryffondor vint lui barrer le chemin et Regulus n'eut d'autre choix que de s'arrêter cette fois.
-Quoi ?!
James marqua un temps d'arrêt, pris au dépourvu par le ton hargneux de Regulus.
-Ce n'est pas la peine de me parler comme ça, je voulais juste savoir si on pouvait discuter ensemble.
Devant la légère irritation du Gryffondor, Regulus s'en voulut. Néanmoins, il devait garder en tête la raison pour laquelle il agissait ainsi. Cette fois, il ne devait pas se laisser attendrir par les belles paroles du Gryffondor.
-Je pense qu'on s'est déjà tout dit.
-Ce n'est pas mon avis. Tu penses que je me suis foutu de toi et ce n'est pas du tout le cas.
Regulus croisa les bras sur son torse et pendant un instant, son regard se porta sur James et surtout ses poignets. Il ne pouvait pas voir s'il portait encore le fameux bracelet. A l'infirmerie, James lui avait dit que non et le lui avait même plus ou moins prouvé. Pourtant, Regulus se montrait méfiant. Après avoir si mal réagi à ce propos avant le match de Quidditch, il aurait soudainement renoncé ? Le Serpentard n'y croyait pas vraiment.
-Il y a une seule chose dont on doit discuter toi et moi et c'est du bracelet.
-Je ne l'ai pas sur moi, répondit James, mal à l'aise.
Il mentait, et très mal. Regulus trouvait cela affligeant. Il savait maintenant que le jeune homme ne le lui rendrait pas et il n'avait pas envie de se battre de nouveau avec lui. Regulus fronça les sourcils à cette constatation. Ce n'était pas le genre de James de réagir ainsi ni de ne pas écouter les recommandations des autres sur un sujet aussi grave. Le Serpentard pouvait même dire que James avait changé. Il avait l'air de s'emporter plus vite, d'être également plus sur les nerfs. Était-ce dû au port du bijou ? Il s'agissait d'un bracelet magique renfermant de la magie noire mais Regulus ne savait que peu de choses à ce sujet.
Soudain, l'angoisse envahit le 6ème année. Il ne s'était pas beaucoup renseigné sur l'artefact magique et à présent, il se demandait si la solution qui leur avait semblé salvatrice n'était pas à double tranchant. Il aurait dû être plus attentif et se poser plus de questions. James n'avait pas pu enfiler le bijou au début, il avait été obligé de trouver un subterfuge et au final, il avait fini par le porter avec un tissu pour empêcher que celui-ci n'entre en contact avec sa peau. Rien que cela aurait dû alerter le Serpentard mais sur le coup, tout ce qu'il avait vu était l'aide que cela allait leur apporter à Azkaban. Ensuite, il n'avait pas fait attention, pensant simplement que James et Sirius l'avaient enlevé.
Il tenta de se ressaisir. La situation était plus grave que ce qu'il avait imaginé.
-Nous en reparlerons, dit-il avant de partir précipitamment.
xXx
Maugrey était épuisé et ce n'était pas quelque chose qui lui arrivait souvent. Il aimait son travail, il y passait pratiquement tout son temps et en dehors du bureau des Aurors, il n'avait pas une vie sociale des plus trépidantes. Habituellement, il ne s'en plaignait pas et ne rechignait pas à bosser encore et encore. Il était jeune et capable de très peu dormir la nuit, d'assumer les dossiers en cascade qui s'empilaient sur son bureau tout en enquêtant en douce sur cette affaire de bijou.
Sauf qu'il était habitué à avoir des résultats et que là, ce n'était pas le cas. Tout le monde était sur les nerfs et la plupart des agents se faisaient engueuler tous les 4 matins par le chef après que celui-ci se soit lui-même fait remonter les bretelles par le Ministre de la magie. Un joyeux programme.
Ça n'arrivait pas souvent à Maugrey mais sur ce coup-là, il aurait bien aimé plus de reconnaissance pour tout son travail. Bon, après, il n'en était pas encore à chouiner pour avoir des remerciements ou des encouragements mais en général, c'était toujours quelque chose de sympathique.
Le jeune Auror s'étira sur sa chaise puis se leva pour se servir une tasse de café. Il détestait cette boisson : les anglais étaient plus portés sur le thé mais il admettait qu'elle était excellente pour le requinquer et il avait travaillé une grosse partie de sa soirée de la veille sur cette histoire de bracelet. Il avait épluché d'autres dossiers pour voir si des vols avec le même mode opératoire avaient eu lieu aux mêmes dates. Cela s'était avéré être une piste infructueuse. Il était alors retourné voir les propriétaires de la boutique ce matin et avait enfin obtenu une photo. A présent, il savait ce qu'il cherchait.
Ce n'était pas une affaire très grave en soi. Barjow et Beurk s'étaient faits voler un objet qu'ils avaient au préalable eu de manière illégale. De plus, le bijou avait été réglé. Au fond, il n'y avait pas vraiment d'affaire mais il y avait trop de zones d'ombre et Maugrey était curieux. Il voulait avoir le fin mot de l'histoire.
Cela devrait pourtant attendre parce qu'il était au bureau et qu'il devait avancer sur l'affaire des évadés d'Azkaban. Encore. Maugrey commençait d'ailleurs à saturer. Il lisait des témoignages différents chaque jour, relisait inlassablement le PV d'audition des élèves, des accompagnants et du personnel. Il avait envie de retourner sur le terrain mais apparemment, ce serait pour un autre jour.
Il fit de son mieux pour être productif mais finit par fermer les yeux quelques secondes aux alentour de 10h et se réveilla brutalement 1h plus tard lorsque sa tête heurta le bois de son bureau. Il serra les dents et se massa le crâne. Il soupira et observa les papiers étalés partout. Il fronça les sourcils quand il vit l'article de journal qui parlait de cet évènement : il ne se souvenait même pas de l'avoir sorti. Il le prit et commença à lire. Il ne se rappelait plus de ce qui y était dit exactement. Probablement que les Aurors avaient fait n'importe quoi et avaient failli à leur tache ou qu'envoyer des gamins visiter une prison était une idée saugrenue…
Ce fut plus ou moins le cas, mais quelque chose d'autre attira l'attention de Maugrey dans l'article. Il observa la photo qu'on lui avait donnée et relut plus précisément le passage où Sirius Black et James Potter disaient qu'ils avaient pu communiquer l'un avec l'autre grâce à une de leur invention, un fameux bijou.
Maugrey sourit. Il avait l'impression de tenir enfin quelque chose !
xXx
Le réveil de James fut compliqué ce mercredi matin. Il était irrité mais c'était devenu banal ces derniers jours. Heureusement, il arrivait assez bien à donner le change. Il s'était rendu compte la veille qu'il avait complètement raté son procédé pour devenir Animagus. Tout ça parce que quelqu'un ou quelque chose avait déplacé sa fiole – ça pouvait aussi être lui mais il préférait reporter la faute sur un tiers – l'exposant alors aux rayons du soleil. Il devait tout reprendre depuis le début et c'était tellement rageant ! Il enviait Sirius qui continuait tous les soirs, avec espoir, à prononcer la formule magique.
James était déçu mais il avait l'impression que c'était simplement dans la continuité de ce qui lui arrivait dernièrement. Par exemple, le week-end dernier, il s'était blessé pendant l'entrainement de Quidditch. Ca avait été bénin mais plutôt douloureux sur le coup. Lundi, il s'était disputé avec Frank sur un sujet dont il ne se souvenait même plus. Et le même jour, il avait été sanctionné par Aurora qui l'avait trouvé bien trop turbulent. Il s'était vu écopé de deux heures de colle à faire le soir même. Hélas, la série infernale ne s'était pas arrêtée là. Le midi, il avait dû regarder avec tristesse Lily manger avec Snape, encore. Elle se laissait de plus en plus charmer par Severus et il avait eu l'impression que Lily ne l'avait jamais regardé comme elle regardait le Serpentard. Il semblait la rendre heureuse et James ne pouvait rien dire, ni rien faire à ce sujet. C'était bien pour elle, supposait-il.
Le Gryffondor n'y comprenait plus rien. Quelques jours auparavant encore, il était si heureux et chanceux et d'un coup, le basculement total ! James savait qu'il n'y avait pas à chercher bien loin les raisons de ses malheurs à répétition. Il était dans une impasse et ne savait pas quoi faire. Enfin, il savait très bien, mais ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait admettre.
Le Gryffondor posa les mains sur le lavabo et s'observa dans le miroir de la salle de bain. Il s'était assuré de verrouiller la porte afin que personne ne puisse entrer. Il ne voulait pas que son secret éclate au grand jour. Torse nu, il observa l'image que le miroir lui renvoyait sans arriver à croire que c'était bel et bien lui. Pour une fois, il avait enlevé le charme qui cachait le changement qui s'opérait sur sa peau. Il avait tellement pris l'habitude de l'avoir constamment qu'affronter la réalité lui fit un choc.
Il regarda la noirceur qui partait du poignet où il portait le bijou et qui remontait maintenant jusqu'à son épaule et commençait à la gagner. Il avait l'impression que cette noirceur suivait un chemin bien particulier et semblait s'étendre comme des veines ou des racines.
Il souffla, complètement perdu. Il aurait aimé que l'esprit soit là, il aurait pu lui demander conseil. L'ami de Regulus aurait été de son côté, il en était persuadé, et l'aurait compris. James n'arrivait pas à parler à Regulus pour lui dire la vérité. Il n'arrivait même pas à lui expliquer pourquoi il était parti si précipitamment après qu'ils se soient embrassés ! Comment lui dire qu'il avait été totalement excité par un simple baiser, au point de réagir physiquement ? Il avait l'impression que c'était quelque chose de honteux. Il se demandait également comment réagirait Regulus en comprenant qu'il était attiré physiquement par lui. Même lui en était encore à réaliser que c'était bel et bien arrivé…
Une part de lui se demandait aussi si rétablir la vérité suffirait à convaincre Regulus que quelque chose pouvait se passer entre eux. Il n'en était pas franchement persuadé. Regulus s'accrochait à cette idée stupide qu'il se moquait de lui parce qu'il était incapable de croire qu'on puisse l'aimer sincèrement. Si cela ne s'était pas produit, il aurait trouvé un autre prétexte, un argument quelconque pour ne pas avoir à espérer quoi que ce soit et ce alors qu'ils avaient indéniablement des sentiments l'un pour l'autre.
Le Préfet grogna. Cette histoire avait le don de lui mettre le moral à zéro et il ne pouvait pas y penser maintenant. Chaque problème en son temps. Il attrapa son t-shirt posé à côté du lavabo et l'enfila rapidement avant de passer sa veste. Il utilisa un charme pour cacher ce qui ne devait pas être vu et s'observa une dernière fois dans le miroir. Il n'avait d'autres options que d'en discuter avec Sirius. Cela l'embêtait de rajouter des problèmes et de l'inquiétude à son ami mais il n'avait pas le choix. Il le faisait simplement parce qu'il savait que si Sirius apprenait plus tard qu'il lui avait caché quelque chose d'aussi grave, il ne le lui pardonnerait pas.
Il allait juste falloir qu'il réfléchisse à quoi dire, à bien lui expliquer que pour l'instant, il ne se sentait pas capable de se débarrasser du bracelet. Ensuite, ils réfléchiraient à deux pour trouver quoi faire. Comme d'habitude.
xXx
-Hugo, l'interpella doucement Dumbledore.
Le professeur de duels s'arrêta dans le couloir qui le menait à la tour d'Astronomie et attendit son ami.
-Albus, sourit-il. Il est rare de vous voir vous promener dans le château ainsi.
-C'est vrai, admit le directeur. Il est pourtant nécessaire de ne pas perdre le contact avec les élèves et ce qui se passe dans mon école. Vous devez le savoir, mais j'ai été professeur avant d'être directeur.
-Je le sais. Cela ne vous manque-t-il pas d'ailleurs ? Diriger une école et enseigner sont deux choses différentes après tout.
Les deux hommes montèrent en silence dans la tour d'Astronomie. Hugo savait que le directeur méditait ses paroles et ils observèrent ensuite le paysage un instant, le français admirant la beauté de Poudlard et de ses extérieurs. Dehors, il lui semblait voir une centaine d'élèves dans le parc, jouant et hurlant. Il avait cru comprendre qu'aujourd'hui, c'était l'anniversaire de Remus Lupin , garçon très apprécié dans sa maison et dans l'école en général. Tout le monde avait été si excité à l'approche de cette grande fête ! Des élèves qui n'avaient initialement pas été invité s'étaient visiblement ajoutés sans que ça ne perturbe le déroulement de l'évènement ni n'embête qui que ce soit.
Leroy avait beaucoup entendu parler de Poudlard. Les anglais la qualifiaient à tort de « plus grande école de magie au monde » mais les informations qui revenaient le plus souvent aux oreilles du français était au sujet de la rivalité entre les différentes maisons. Certains l'avaient même décrite comme néfaste et dangereuse il fût un temps. Aujourd'hui pourtant, Hugo ne voyait que des adolescents et de jeunes adultes rire. Malgré leurs maisons et leurs idées, ils restaient encore des enfants.
-Ils ont l'air de bien s'amuser, commenta-t-il.
-En effet, répondit Dumbledore.
Le vieux sorcier fit un pas de plus, observant davantage encore ses élèves, puis lissa sa longue barbe.
-C'est sans doute ce qui me manque le plus. Le fait d'être proche des élèves, de les côtoyer au quotidien. C'est un luxe que je ne peux m'offrir à présent. Malheureusement, les idées au sujet de l'éducation que je défendais m'ont obligé à prendre ce poste et ce n'est pas un choix que je peux regretter.
L'ancien professeur de métamorphose parlait avec beaucoup de sérieux et de nostalgie dans la voix. Cela alerta le professeur de duels qui détacha son regard du parc et des élèves bruyants.
-Vous parlez du groupe de paroles fondé par des élèves de Serpentard et supervisé par le psychomage ?
Comme beaucoup, le français avait entendu les rumeurs – fondées – au sujet de ces discussions qui avaient lieu dans la salle commune des Serpentard, souvent le soir, et qui parfois se prolongeaient même la nuit. Néanmoins, Hugo avait choisi de ne pas s'y intéresser. Il n'était présent que depuis un mois à peine et devait se concentrer sur sa tache. Et puis, le français n'avait jamais été très porté sur la politique. Il trouvait que ce genre de discussion n'avait rien à faire à l'école. Les élèves devaient pouvoir garder leur innocence jusqu'au bout et ne pas avoir à être confronté aux opinions des adultes. Ils apprendraient bien assez tôt à se forger la leur en continuant d'apprendre et en étant ouvert sur ce qu'il se passait autour d'eux.
-Oui. J'ai appris récemment que Tom Jedusor souhaitait s'engager en politique et je pense que ces groupes de parole lui servent à se construire un électorat mais également à s'implanter politiquement.
Hugo haussa un sourcil, troublé par la révélation.
-Ce n'est pas autorisé, je me trompe ? A l'adolescence, les esprits sont malléables et il est facile de les influencer.
Dumbledore hocha la tête.
-Pourquoi ne pas le lui interdire dans ce cas ? Vous êtes le directeur de l'école, Albus, vous en auriez parfaitement le droit.
-Démettre Jedusor de ses fonctions n'y changerait rien.
Dumbledore taisait sciemment le licenciement du psychomage qui prendrait effet après les examens. Il ne souhaitait pas dire et reconnaître auprès de son jeune protégé qu'il avait failli en tant que directeur et en tant qu'homme et défenseur de Poudlard. Ainsi, le viol dont avait été victime la jeune Pamela Alton n'avait toujours pas été sanctionné. Les précisions quant à l'identité de l'agresseur se dessinaient mais il manquait toujours de preuves solides. Pour cause, Dumbledore se refusait à demander l'utilisation du véritasérum, bien trop contraignant pour lui.
Il lui arrivait parfois d'observer la Serdaigle et d'être soulagé de la voir sourire, de remonter doucement la pente. Une partie un peu faible en lui et qui voulait choisir la facilité se disait alors qu'il valait peut-être mieux laisser tomber.
Quel genre de personne était-il devenu pour croire qu'un acte aussi immonde pouvait rester impuni ?
Il ne voulait pas le savoir et il ne voulait pas non plus que le petit-fils de son ancien amant le sache.
Albus soupira et croisa le regard du blond.
-Je pourrais combattre Jedusor mais ses idées seront toujours présentes.
Le directeur fronça les sourcils, étonné lui-même du choix de ses mots.
-Je comprends. Mais le laisser agir ne fera qu'empirer les choses. Je suppose que si vous êtes si inquiet, c'est parce que ses idées ne vous plaisent pas. C'est un extrémiste ? demanda Leroy.
-Je dirais plutôt que c'est un suprématiste en devenir.
Le français passa une main dans ses cheveux avant d'observer son ami et de sourire.
-Vous êtes trop calme pour quelqu'un d'inquiet, Albus. Vous avez déjà une mesure pour le contrer, n'est-ce pas ?
-Peut-être.
Le vieux sorcier se prit à sourire.
-Il y a quelques mois, un élève est venu me voir parce qu'il voulait qu'à Poudlard soit mis en place un moyen de valoriser les résultats et les performances des élèves.
-Et vous désirez le faire ? Cela ne vous ressemble pas, s'étonna le français.
-J'y réfléchis. Je pense surtout qu'il serait bon de mettre en place un autre groupe de paroles où les élèves pourraient s'exprimer sur ce qu'ils souhaiteraient améliorer à Poudlard. On pourrait même mettre en place un système de parrainage. Les 6ème année s'occuperaient des 1er année jusqu'à leur départ de Poudlard 2 ans après par exemple.
-C'est une bonne idée. Ça permettrait aux élèves d'avoir enfin la parole et de s'exprimer. Ils savent parfois mieux que quiconque ce qui est bon pour eux. Et, pardon de le dire, mais il n'y a que des adolescents pour pouvoir aussi bien comprendre des adolescents !
Leroy se mit alors à rire, évoquant sans tabou l'âge avancé de la plupart des enseignants et du directeur lui-même.
-Ce n'est pas tout, n'est-ce pas ? reprit-il ensuite après quelques instants.
Le directeur garda le silence avant de s'éloigner. Une fois de plus, son protégé lisait en lui. S'il pouvait sensibiliser les élèves à la tolérance et aux enjeux qui allaient bientôt se disputer lors des prochaines élections, il le ferait. Il voulait défier Jedusor sur ses idées mais il ne pouvait pas y aller trop frontalement. Les gens prendrait cela comme une sorte de propagande, un message disant que le mode de pensée qu'il transmettait était le bon, et celui du psychomage mauvais.
Dumbledore n'avait pas le droit à l'erreur.
-Vous n'avez pas un cours à donner ? lui rappela le vieux sorcier.
-Si, avoua Leroy.
En réalité, le français n'avait pas envie de déranger ses élèves. Ils s'amusaient tant, ils voulaient les laisser encore s'amuser un peu. On devenait trop vite adulte et on regrettait souvent l'adolescence alors même qu'à cette époque, on ne voulait qu'une chose, se dépêcher de grandir.
-En fait, j'ai quelque chose à vous demander.
Dumbledore acquiesça, sachant déjà qu'il lui accorderait très probablement la faveur que demanderait l'homme. Il aimait faire plaisir au sorcier et savait l'adulte responsable, plein de bon sens et passionné. Mais parce qu'il ne devait pas donner l'impression de céder trop facilement ou de vouloir lui faire plaisir à tout prix, il devait se contrôler et se laisser du temps pour réfléchir.
-Dites-moi tout.
-J'aimerais emmener avec moi un élève en excursion.
-Dehors ? fit Dumbledore, pris au dépourvu.
-Oui. Je suis sûr que depuis le temps, il connait Poudlard sur le bout des doigts ! rit Hugo. Je vous promets qu'il n'y aura rien de dangereux, je m'occuperai bien de lui et cela ne durera qu'une nuit.
-Je ne pense pas pouvoir vous accorder cela. Il faut une autorisation parentale pour sortir de l'enceinte de Poudlard. Cet élève est-il mineur ?
-Il l'est mais s'il faut une autorisation, celle des sorties pour Pré-au-Lard devrait fonctionner, non ?
-Vous avez pensé à tout.
-Il faut toujours avoir de bons arguments lorsqu'on veut convaincre à coup sûr quelqu'un ! Tout se passera bien et cela lui ferait vraiment plaisir.
-C'est donc un garçon, comprit le directeur.
Hugo rit.
-Quoi ? Si ça avait été une fille, votre réponse aurait-elle été différente ?
Albus choisit de ne pas répondre et Hugo haussa un sourcil amusé.
-Ça me vexerait presque !
Le directeur eut un sourire indulgent avant de prendre congé. Il devait vraiment réfléchir à cette demande.
xXx
-Ca fait un moment qu'on n'a pas été seul comme ça, toi et moi. Ça m'avait manqué.
Sirius observa l'air interloqué de Regulus. Apparemment, il ne s'était pas attendu à ce que son grand frère fasse dans le sentimental tout de suite. Le Gryffondor savait que Regulus avait quelque chose d'important à lui dire car jamais il ne l'aurait « convoqué » ainsi si ça n'avait pas été le cas. Il pouvait d'ailleurs deviner rien qu'à l'expression sérieuse du cadet qu'il s'agissait de quelque chose de grave.
Sirius n'arrivait même plus à blaguer quant au fait que son frère semblait attirer encore plus vite les ennuis que lui.
Alors même s'il était vrai que l'heure n'était pas vraiment aux déclarations et aux larmoiements, Sirius avait eu envie de partager ce qu'il ressentait. Ce qu'il avait appris grâce à James sur ses souvenirs lui avait vraiment mis un coup au moral et il avait du mal à continuer à avancer. Il ne tenait debout que grâce à son meilleur ami et à Remus. Remus qui avait tenu le même discours que James, qui ne le pensait pas capable de faire du mal à quelqu'un.
Remus, qui avait décidé de ne pas répondre quand Sirius avait pointé le fait qu'il savait que le Poufsouffle l'aimait.
-J'ai décidé de ne plus faire semblant par rapport à Remus. Je sais qu'il m'aime et je lui ai même fait comprendre que j'en étais conscient, lâcha-t-il soudain. Il me manque. Plus les jours passent, plus je me rends compte à quel point j'ai tout gâché avec lui. On était bien ensemble. Il riait à mes blagues et j'arrivais à trouver les siennes parfois amusantes... Quand il sourit franchement, il a une petite fossette sur la pommette gauche, c'est tellement mignon… Il a des cheveux doux et il sent bon. Et quand il dort vraiment profondément, il a la bouche un peu ouverte.
Sirius se mit à rire, observant le lac devant lui.
-Tout était parfait…
Et le sexe était génial, pensa-t-il. Il sourit ensuite, se retenant de rire à nouveau. Regulus n'avait pas besoin de savoir ça. Il était même prêt à parier tout ce qu'il avait que Regulus ne voulait surtout pas savoir ça.
-On ne se rend compte de l'importance des choses seulement quand on a tout gâché.
Sirius regarda enfin son frère, espérant qu'il comprenne le message qu'il essayait de faire passer. Bien entendu, il s'était mis à se confier sans arrière pensée mais si son expérience pouvait également servir à son frère…
-Quoi que James ait pu faire, sache que ce n'était pas dans le but de te blesser et qu'il t'apprécie vraiment autant, précisa-t-il alors.
Regulus fit la moue et Sirius lui secoua les cheveux pour lui enlever son expression boudeuse.
-Je t'ai déjà dit que je ne parlerai pas de ça avec toi. James est ton ami, tu le défendrais même s'il avait tort.
-Non, pas avec toi. T'es mon petit frère, Regulus, je te protégerai de n'importe qui essaierait de te faire du mal.
Sirius vit alors dans les yeux bleu gris de son petit frère que ce qu'il venait de dire l'avait touché même si Regulus détourna le regard et croisa les mains entre ses jambes. Il resta ainsi silencieux un instant, méditant sans doute ses paroles avant de souffler.
-Nous ne sommes pas là pour parler de ça. Il faut que je te dise quelque chose au sujet de James.
Sirius fronça les sourcils. Regulus lui disait ne pas vouloir parler de ce qu'il se passait avec James mais voulait quand même parler de lui ?
-C'est à propos du bracelet. Il refuse de me le rendre et a une attitude étrange. Tu te souviens, je t'ai dit que le bijou était imprégné de magie noire. Je pense qu'elle agit sur lui et que ça explique son comportement.
-Tu es sûr ? Je n'ai pas l'impression qu'il ait tant changé… Enfin…
Sirius prit un moment pour réfléchir.
-C'est vrai qu'il est parfois assez irritable et étrangement silencieux mais comment peux-tu être certain qu'il s'agisse de ça ?
De son point de vue, il y avait une probabilité très forte que le comportement de James ait à voir avec les révélations sur les sombres secrets des Black, le stress de la compétition à venir et le rapprochement de plus en plus évident de Severus et de Lily.
-Il refuse de me rendre ce bracelet, il est irascible dès que j'en parle et ment constamment. Et puis, marmonna le Serpentard, soudain gêné. Avant le match, j'ai essayé de le lui reprendre et il s'est montré agressif, on a fini par se battre. C'est là qu'on s'est embrassé… Maintenant, je me dis que tout ce qu'il s'est passé à ce moment là n'était peut-être que sous l'influence du bracelet.
Sirius en resta coi. James et Reg' s'étaient battus !? Alors là, c'était inquiétant. Ce n'était pas du tout quelque chose qui ressemblait à son ami ! Il n'était pas violent et Regulus lui affirmait qu'il ne voulait pas se défaire de l'objet alors que James lui disait le contraire lorsqu'ils en parlaient.
-Tu sais ce que fait ce bijou exactement ? Il y a de la magie noire là-dedans mais à quelle dose ?!
-Je ne sais pas, avoua Regulus.
Sirius se leva et serra les poings, tentant de garder son calme et ne pas crier injustement sur le Serpentard. Il n'arrivait pas à croire qu'ils s'étaient montrés si imprudents ! Porter un objet si dangereux sans même se renseigner et faire attention…
-OK, je vais lui dire de me le rendre et on verra après. Les effets devraient cesser dès qu'il ne l'aura plus normalement, tenta-t-il.
-Il ne te le rendra pas, Sirius. Ça fait des jours que j'essaie sans résultat. Il faut que tu le lui reprennes, quitte à le lui voler. Il ne faut pas qu'il se doute de quoi que ce soit, on ne sait pas comment il pourrait réagir.
Sirius s'effondra sur le banc sur lequel il était assis plus tôt. Ils en étaient donc déjà là…
-Je suis désolé, je ne me suis pas rendu compte avant que son comportement étrange pouvait venir de là…
-T'excuses pas, Reg, je ne suis pas mieux. Je pensais juste qu'il était sur les nerfs, un peu stressé, c'est tout…
Sirius esquissa un petit sourire et passa son bras autour des épaules de son frère. Le Serpentard ne devait pas s'en vouloir.
xXx
L'Auror s'impatienta, continuant de tambouriner à la porte. La boutique avait beau être fermée, il savait qu'il y avait quelqu'un. Un des propriétaires était au moins présent et il ne comptait pas abandonner aussi facilement.
-Auror ! Ouvrez !
Il y eut du bruit à l'intérieur. Dans la nuit noire, Maugrey sentait les noctambules curieux de son manège. Barjow ou Beurk, ou même les deux, devaient se demander quoi faire. Lui ouvrir ou non ? L'Auror commençait à être agacé par ces commerçants véreux. L'heure était grave et ils continuaient tous les deux de penser à eux, aux seules conséquences que cette affaire pourrait avoir sur leurs personnes ou sur leur établissement.
Le sorcier ne pouvait pas l'affirmer avec certitude mais les commerçants avaient dû lui cacher des informations essentielles, lui faisant inutilement perdre du temps. Il avait passé un temps infini sur ce dossier, se contentant de miettes et assemblant tant bien que mal ses maigres récoltes. Mais là, il y était enfin. Il lui manquait un simple élément et il n'allait pas laisser ces types le freiner plus longtemps.
Maugrey continua à crier et les menaça bientôt de revenir avec une commission rogatoire et de les embarquer. Après cette énième menace, on vint enfin lui ouvrir. Il fulminait et referma précipitamment la porte derrière lui. Il s'assura ensuite qu'elle soit verrouillée et pointa sa baguette sur Beurk. Barjow se tenait en retrait derrière le comptoir et semblait abattu. Il ne bougea pas. Maugrey fit tout de même attention à garder un œil sur lui au cas où il décide d'avoir un geste complètement inconscient.
-Des élèves de Poudlard viennent-ils parfois ici ?
Beurk hésita mais le regard dur du jeune sorcier le fit plier assez vite.
-Avant oui. Enfin, ils essayaient mais nous les mettions systématiquement à la porte.
Maugrey avait le sentiment qu'il disait la vérité. Les propriétaires de la boutique n'avaient aucun intérêt à laisser des mineurs trainer à côté d'objets si dangereux. Ils pourraient également se montrer trop bavards sur ce qu'il se passait ici et attirer des ennuis judiciaires aux deux hommes.
-Je vais vous poser une seule question et vous avez intérêt à y répondre honnêtement.
Maugrey coula un long regard à Barjow qui se demandait toujours quoi faire.
-Quels sont les pouvoirs exacts de ce bracelet ?
Il y eut un silence pendant lequel les deux hommes tentèrent de se consulter et Maugrey les fusilla du regard.
- Je suis resté discret pour l'instant, ne me donnez pas l'impression que j'ai eu tort. Est-ce que c'est un objet dangereux ?
-Cela dépend, répondit Barjow.
Maugrey relâcha Beurk et se dirigea vers le comptoir : Barjow semblait être le plus coopératif des deux.
-On dit qu'il est capable de propulser un homme au plus haut. Il aurait la capacité d'entendre la voix de toutes choses.
-La voix ? fit Maugrey.
-C'est assez dur à expliquer, moi-même je n'en sais pas beaucoup. Il permettrait de voir ce qui est invisible pour beaucoup et développerait une super intuition.
-Nous n'en savons pas plus, l'arrêta l'autre.
Il y eut encore un échange de regards et Maugrey se mit face à Barjow pour interrompre cette discussion silencieuse.
-Vous n'avez pas vraiment répondu à ma première question.
-C'est… le bracelet est fait de magie noire et a une utilisation complexe.
Maugrey crut entendre l'autre homme soupirer mais l'ignora.
-Il se nourrit de la noirceur de son porteur mais ne fonctionne que si celui-ci compte l'utiliser pour de bonnes actions.
-Comment ça ?
-Il se nourrit des mauvais sentiments. Il les stocke en lui et les transforme en magie puissante ou en manifestation magique lorsque son utilisateur désire ardemment quelque chose. A condition que cela poursuive le but d'une bonne action.
-Je comprends mieux pourquoi vous n'aviez pas réussi à vendre une babiole pareille... Si l'utilisateur n'arrive pas à nourrir ce bijou, il ne fonctionne pas, c'est ça ?
-Si le porteur n'arrive pas à nourrir le bracelet, celui-ci s'en chargera seul et dans ce processus, il empoisonnera l'utilisateur. C'est tout ce que je sais, vraiment.
Maugrey dévisagea Beurk, tentant de deviner s'il aurait d'autres informations, mais il semblait juste inquiet de se faire soudain embarquer alors il jugea qu'effectivement, on lui avait tout dit. Il secoua la tête et quitta précipitamment l'endroit. Les faits étaient trop graves et il avait assemblé assez d'éléments pour lancer une enquête officielle. Il avait besoin d'agir dans la légalité, surtout pour pouvoir intervenir à Poudlard et interroger les deux Gryffondor qui avaient sûrement dû voler ce bracelet.
xXx
Il était difficile pour Regulus de savoir où il en était. Mais contrairement aux autres fois où il avait été confronté à ces mêmes situations, il ne se sentait pas aussi perdu. Il était seul dans son dortoir en ce mercredi soir. Ses camarades de chambre assistaient aux réunions de Jedusor. Severus aussi y assistait, il avait même réussi à y faire venir son amie Alton. Regulus avait également cru voir Lily et cela l'avait étonné mais parfois, des élèves venaient jeter un coup d'œil par simple curiosité et ne revenaient pas. Il était plus juste de se faire un véritable avis avant de critiquer après tout.
Son ami Edmont ne s'intéressait pas vraiment à la politique et depuis peu, il fréquentait de nouveau Eliza alors il s'était également absenté. Regulus aurait pu éventuellement sortir un peu car rien ne l'obligeait à rester dans sa chambre mais il n'était pas d'humeur à discuter avec le professeur de duels ni même à se promener dans le château. Les vacances étaient dans moins de deux semaines et pour en profiter au maximum, il voulait s'avancer autant que faire se peut et étudier. Etudier l'avait toujours calmé.
Il avait beaucoup de choses en tête dernièrement et il regrettait parfois l'époque bénie où sa vie était plus simple. Elle n'avait rien eu d'admirable et il n'avait été honnête avec personne, pas même avec lui, mais au moins, il avait su quoi faire et n'avait pas eu à s'occuper des autres.
Aujourd'hui, Regulus était sincèrement embêté de ne pas réussir à convaincre son frère et James de lui redonner le bracelet. Il avait bien observé Sirius et savait que son frère ne le portait pas souvent, peut-être juste le soir dans les dortoirs. Sirius avait en horreur la magie noire car leurs parents en étaient de grands adeptes. Mais pour Potter, c'était plus particulier. Il y avait peu fait face avant d'utiliser le bracelet et ne connaissait pas vraiment cette branche de la magie. Curieux, fasciné peut-être, mais surtout sous l'emprise de cette forte puissance. Regulus en était certain et bientôt, ce serait difficile de le cacher.
Le Serpentard avait envoyé un courrier à ses parents il y a quelques jours pour essayer d'en apprendre plus sur l'objet mais il n'avait réussi qu'à attiser leur méfiance et leur curiosité. Regulus avait alors compris que ce qu'il s'était passé au début de l'été avait à tout jamais changé leur relation. Qu'ils ne seraient peut-être plus aussi intransigeants avec lui mais qu'il ne pouvait malheureusement pas être lui-même avec eux. Ses parents n'avaient pas voulu des enfants parce qu'ils désiraient être parents, mais parce qu'ils voulaient des héritiers pour la famille Black. Cela faisait partie de leurs obligations.
Regulus ne voulait pas de cette vie là mais il ne voulait pas décevoir ses parents non plus. Il avait passé tellement de temps et fait tellement d'effort pour ne pas que ça arrive, pour compenser la déception qu'avait été son frère ainé. Il doutait pourtant de pouvoir y arriver. Il ne voulait pas non plus choisir. Il espérait seulement qu'avec le temps, il pourrait rendre ses parents plus indulgents et moins méfiants à son égard.
Il aurait vraiment aimé pouvoir compter sur eux mais il ne voulait pas attirer leur attention à ce sujet. En parler avait sûrement été une erreur. A la récupération de l'artefact magique, il avait d'ailleurs compté le leur envoyer par hibou mais là aussi, ce n'était sans doute pas le meilleur choix. Ses parents allaient forcément l'interroger.
Malheureusement, c'était encore le cadet de ses soucis. Après tout, il devait déjà récupérer le bracelet, ce qui s'avérait être une tâche suffisamment compliquée.
Regulus soupira et se frotta les yeux. Il était si fatigué qu'il avait du mal à lire ses notes de cours. Faire une pause était probablement le mieux à faire, il y verrait plus clair après. Il se redressa, s'étirant longuement sur son lit.
Un bâillement lui échappait au moment où il aperçut Padfoot à l'entrée du dortoir. Il se releva alors si vite qu'il faillit trébucher sur un bout de son drap.
Il fixa ensuite longuement l'esprit, troublé. Il n'osa pas bouger et, pris par l'émotion, baissa la tête. La tristesse l'envahit soudain, faisant trembler ses lèvres alors que les larmes ne demandaient qu'à déborder.
Il avait sincèrement cru que son gardien l'avait abandonné, lui préférant son frère et surtout Potter, terriblement déçu par les choix qu'il avait faits.
-Hé, Petit roi, l'appela affectueusement Padfoot.
Il avança doucement vers le Serpentard qui ne put retenir plus longtemps ses larmes. Regulus n'avait jamais eu l'impression de perdre quelqu'un à qui il tenait vraiment, Padfoot avait été le premier. Alors peut-être qu'à cet instant, l'adolescent gérait mal ses émotions mais au moins, il n'essayait pas de les brimer.
-Je suis désolé, Regulus, je n'ai pas été très sympa avec toi, souffla Padfoot.
Regulus essaya de nier malgré ses larmes.
-Bien sûr que si.
Padfoot sourit tristement et essaya de caresser la tête son petit frère mais sa main ne réussit qu'à saisir le vide, à sa plus grande désolation.
-Je suis mort mais il faut croire que ça ne m'a pas aidé à mûrir ni même à ne plus agir comme un gamin…
Regulus essuya ses larmes et observa avec inquiétude son ainé.
-Je suis l'adulte ici et pourtant, à la première dispute, je me suis barré comme un gamin capricieux. Je n'aurais pas dû.
-Je peux te comprendre, lança Regulus une fois calmé. Tu en as eu marre de me répéter toujours la même chose. Je fais toujours n'importe quoi et tu passes ton temps à t'inquiéter, tout ça parce que je ne suis pas assez prudent… Ne plus t'avoir avec moi m'a permis de le comprendre.
Padfoot sourit de nouveau, heureux que son petit frère ne lui en veuille pas tant que ça. Il pointa alors le lit du plus jeune et Regulus alla s'y asseoir tandis que Padfoot flottait devant lui.
Cela faisait des semaines que l'esprit n'était pas revenu dans le dortoir des Serpentard et Regulus eut un peu honte de sa malle à peine rangée. Ça faisait négligé.
-Tu m'estime trop, Regulus, je ne suis pas aussi parfait que tu sembles te l'imaginer. Que je me l'étais également imaginé, je crois. Je te dois des explications.
-Ce n'est pas nécessaire. Tu es revenu, c'est le principal.
L'attrapeur n'était pas vraiment prêt à entendre que Padfoot avait préféré passer du temps avec son meilleur ami, avec tous les autres Gryffondor, sa véritable maison et famille.
-Au début, je suis parti parce que j'étais énervé et il est vrai que je t'avais trouvé ingrat, expliqua tout de même son ami. Que tu me repousses et dises toutes ces choses après tout ce que j'avais fait pour toi. Je voulais juste m'éloigner un peu et ça m'a permis de me rendre compte qu'au fond, tu n'avais pas tort, Regulus. Je viens d'une autre réalité. Je sais beaucoup de choses et j'en ai vécu plus que toi. Être un esprit me permet même d'espionner les gens, de me balader partout et donc d'avoir un paquet d'information. Mais tout ça ne me donnait pas le droit de vouloir te dicter ta vie. L'admettre est compliqué mais j'ai un peu fait comme Walburga et Orion, t'imposer une conduite à tenir sans penser que ça te poserait problème. Je n'aime pas ça mais je dois aussi comprendre qu'il est important que tu te trompes, que tu expérimentes. C'est ça qui te fera grandir. Cela fait un moment que je n'étais plus fâché contre toi, Regulus.
-Pourquoi ne pas être revenu alors ?
-Parce que rester avec les Maraudeurs m'a rappelé ma propre scolarité et tous les bons moments que j'ai passés avec Cornedrue, Moony et même Wormtail… J'ai été égoïste, je voulais continuer à ressentir tous ses sentiments. Ce n'était pas sain mais ça m'a fait tellement de bien… jusqu'à ce que je comprenne que ma place n'était pas ici.
Regulus fronça les sourcils. Le discours de son gardien prenait un tournant bien étrange. L'adolescent avait l'impression que l'esprit faisait bien plus qu'un mea culpa. Il ne s'agissait pas de s'expliquer sur ses semaines de silence, il en était certain. Cela le rendit plus nerveux, sa joie s'effilochant peu à peu.
-Que veux-tu dire ? souffla-t-il.
-Qu'il est peut-être temps pour moi de retourner dans le voile. Et pour de bon.
-Quoi ? Non !
Regulus secoua la tête, choqué.
-Regulus, je n'ai plus rien à faire ici, essaya d'expliquer Padfoot.
-Bien sûr que si ! Et moi ?! Je croyais que tu étais là pour moi !
-Et c'était le cas. Je voulais faire en sorte d'enfin pouvoir sauver mon petit frère. Qu'il ne gâche pas sa vie en étant endoctriné par des fous avec les encouragements de nos parents. Et j'ai réussi, Regulus, tu n'es plus le même. Tu as su faire les bons choix et tu n'as pas besoin de moi pour être heureux. Tu as su te faire des amis sur qui tu peux compter. Et surtout, on a pu se réconcilier. C'est tellement énorme pour moi…
Regulus secoua la tête. Ces arguments étaient loin d'être suffisants pour lui.
-Et la guerre à venir, Voldemort ? Il fait de la propagande toutes les semaines !
-Il n'y aura pas de guerre, petit roi.
Padfoot esquissa un sourire.
-Je pense que j'ai fait sans le vouloir de la projection. Cette réalité n'est pas la mienne… J'ai profité de notre éloignement pour enquêter sur Jedusor, le suivre, et ça n'a pas été simple. Cet homme ne compte pas mener une guerre, mais une campagne. Il souhaite devenir le prochain ministre de la magie. Ce n'est pas plus réjouissant mais au moins, il n'y aura pas des centaines voire des milliers de mort. Ce Jedusor-là ne deviendra jamais Voldemort. Il a grandi à l'orphelinat comme celui que j'ai dû combattre de mon vivant mais il n'a pas grandi avec la même haine. Cela ne lui a donc pas donné envie de tuer tous les être impurs. Il a soif de pouvoir et de grandeur mais ici, ça s'exprime différemment. C'est un combat que je sais que vous pouvez mener sans moi. Il sera tout aussi rude mais au moins, vous ne verrez pas vos amis mourir les uns après les autres sans avoir le temps de les pleurer. Vous n'aurez pas à vous trahir ou vous demander si vous pouvez encore vous faire confiance. Ce sera un combat long, mais vous pouvez gagner. Ne laissez pas ses idées aller au pouvoir.
Regulus était sonné. Padfoot continuait de lui parler, mais tout ça ne l'intéressait pas. Il n'avait pas envie d'évoquer l'avenir du monde sorcier ni même les prochaines élections. Il n'y connaissait rien et même s'il avait une opinion, comme à peu près tout le monde, il ne s'était jamais sérieusement intéressé au sujet. Avant, il s'était simplement contenté de suivre le mouvement et surtout ce que disaient ses parents. Padfoot lui mettait trop de responsabilités sur les épaules alors que lui ne demandait qu'à être un adolescent profitant de sa vie.
-Ne pars pas, le supplia-t-il brusquement, coupant Padfoot dans ses explications.
L'esprit se rapprocha du Serpentard et essaya de capter son regard. Les yeux de Regulus étaient fuyants et si tristes...
-Je n'ai pas le choix.
-Bien sur que si t-
-Regulus !
L'éclat de voix surprit le plus jeune.
-Jedusor me voit, pas distinctement, mais il a déjà réussi à m'apercevoir deux fois lorsque je le suivais ! J'ai évité Dumbledore depuis que je suis ici parce que j'ai peur que ce soit aussi son cas. Je ne peux pas laisser ces deux hommes savoir tout ce que je sais. Sans parler du fait que si toi tu peux me voir et me parler, c'est peut-être le cas d'une autre personne que je n'ai pas encore croisée... Les risques deviennent trop grands pour que je continue de les ignorer. C'est comme ça, je suis désolé.
Regulus ne pouvait rien répondre. Il savait à quel point l'esprit tenait à garder le secret du voile. Si quelqu'un qui n'était pas mort arrivait à voyager de réalité en réalité, cela pourrait s'avérer dangereux. Le pouvoir faisait tourner la tête et il serait difficile de résister à la tentation, de ne pas se servir des informations apprises. Si Jedusor découvrait le monde où il avait mené cette guerre qu'il avait failli gagner, s'en servirait-il pour réussir ? La possibilité que quelqu'un se décide à utiliser cette porte magique pour faire débarquer les plus grands criminels et saccage le monde magique existait.
Tout pouvait arriver.
Regulus en était conscient et savait que ce n'était pas non plus facile pour Padfoot. Il était celui qui retournerait seul, et pour l'éternité, dans l'arche.
-Samedi, murmura Regulus.
Padfoot tendit l'oreille pour mieux l'entendre.
-Allons à Pré-au-lard une dernière fois ensemble avant ton départ samedi.
L'esprit sourit, incapable de le lui refuser.
xXx
Hugo était excité, impatient, euphorique, peut-être un peu nerveux également. Les expéditions, l'aventure, la découverte, le voyage, il avait toujours aimé ça. Déjà petit, il n'appréciait pas tellement d'être trop longtemps au même endroit, enfermé, privé de la nature, de la biodiversité et de tout ce qu'il y avait à voir. Il avait très vite choisi sa voie, conforté dans le fait qu'il y avait encore tellement d'inconnu dans le monde magique. Le français pouvait encore se rappeler avec amusement l'air à la fois inquiet et interloqué de ses enseignants lorsqu'il leur avait fait part de son choix de carrière.
La plupart se disaient que ce n'était pas un vrai métier, que c'était compliqué, qu'il ne pourrait pas en vivre, que c'était dangereux et qu'il ne pourrait probablement pas exercer toute sa vie. Mais Hugo était passionné et n'avait pas envie de se poser toutes ces questions. Pour lui, la vie n'était pas forcément une histoire de calculs. Il faisait ce qu'il avait envie de faire et peut-être que ça ne lui plairait pas éternellement alors à ce moment-là, il ferait autre chose, tout simplement. Rien n'était figé dans le marbre. Il appréciait l'inconnu et l'incertitude ne lui faisait pas peur.
Partager sa passion avec quelqu'un d'autre l'emplissait de joie. Cela le rendait également un peu nerveux. Habituellement, il partait avec sa fidèle compagne, Mimie. Ce soir, quelqu'un d'autre s'ajouterait à l'équation. Son familier et lui partiraient avec Regulus, un élève qui était sous sa responsabilité. Le Directeur de Poudlard l'avait prié de ne pas se mettre dans une situation dangereuse et de faire attention. Il allait de soi que le blond se plierait à ses exigences. Il aurait néanmoins aimé que plus d'élèves participent à cette sortie. Mais il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Il s'y était pris au dernier moment pour organiser tout cela et n'avait pas réellement communiqué dessus. Certains élèves de sa classe avaient eu l'air intéressé mais le délai était court et tous avaient des obligations. Devant leurs mines déçues, Hugo avait promis de planifier une autre sortie mais il avait maintenu celle-ci pour Regulus.
Il fallait dire qu'à la base, cette idée lui était venue en parlant avec le Serpentard et que c'était surtout à lui qu'il avait eu envie de faire découvrir son univers.
Il ne fallait également pas oublier le fait qu'il serait plus facile de gérer un seul élève pour cette première fois. Leroy n'était pas un enseignant, il ne savait pas forcément comment encadrer un groupe d'élèves. Les cours de duels étaient différents. Il ne faisait pas que des cours théoriques et il n'y avait de toute manière pas de véritable mode d'emploi pour enseigner cette pratique.
Le français ne voulait pas trop se mettre la pression. Il était persuadé que tout allait bien se passer.
Juste avant le couvre-feu, Regulus se montra ainsi dans le hall, l'air déterminé et le regard un peu sombre. Leroy n'y fit pas attention et l'accueillit avec le sourire. Il lui fit signe de le suivre et ils passèrent tous les deux les portes du château. Le français avait comme bien souvent installé son amie dans sa poche intérieure. Il la laisserait peut-être sortir une fois à destination si elle en exprimait l'envie.
-N'es-tu pas un peu nerveux de quitter le château après le couvre-feu ?
Regulus sembla interloqué et Hugo comprit très vite pourquoi.
-Je te tutoie, ça te gêne ? Je considère que dans ce cadre, je ne suis plus ton professeur et tu n'es pas vraiment mon élève.
-C'est étrange.
Hugo pouffa.
-Alors ? lui demanda-t-il.
Regulus comprit qu'il revenait au fait de sortir après le couvre-feu.
-Cela m'est déjà arrivé une fois mais j'avoue qu'ici, cela prend une autre dimension.
-C'est sûr étant donné qu'on sort carrément du château.
Le français demeura ensuite silencieux et ils marchèrent, s'éloignant du château jusqu'à pouvoir atteindre l'air de transplanage. Ils marchèrent encore de longues minutes et quand ils purent enfin transplaner, Leroy posa sa main sur l'épaule du Serpentard. Ils atterrirent dans une forêt. Il faisait très sombre et de petits points lumineux éclairaient le ciel.
-Ce sont des lucioles, expliqua Leroy.
Tout comme Regulus, il les observa avec émerveillement. C'était un spectacle magnifique dont il ne se lassait jamais.
-Où sommes-nous ?
-Hum… Malheureusement, je ne peux pas te répondre.
Regulus fronça les sourcils, un brin contrarié.
-On est dans un lieu préservé de tout, mais surtout de l'homme. Une nature qui n'a subi aucune transformation. Il y a des espèces rares et protégées, ce serait prendre trop de risques pour elle que de divulguer ce genre d'information, précisa Hugo.
-Je ne dirai rien.
-Bien sûr que si et ce serait normal. Ce ne serait pas forcément une faute, mais quand on a accès à quelque chose d'aussi magnifique, on a envie de le partager. Tout comme je n'ai pu résister à l'envie de t'amener ici, tu auras probablement envie de partager ton expérience, ta découverte. La personne qui sera au courant sera ensuite forcément curieuse, voudra en apprendre plus et elle-même partager ce trésor. Le meilleur moyen de garder un secret est que le moins de personnes possibles soit au courant. En ne disant rien, je m'assure de cela et si un jour quelque chose fuite, je sais que ça ne pourra venir que de moi.
Regulus soupira mais Hugo vit dans son regard qu'il comprenait sa démarche. D'un signe de tête, il invita alors le Serpentard à le suivre et ils marchèrent dans les herbes hautes. Il y avait beaucoup de bruit d'animaux nocturnes mais aucun visible. Cela ne semblait pas gêner Regulus qui était fasciné par cette végétation, ces plantes surdimensionnées et très colorées. Leroy lui donna parfois quelques explications, lui indiquant ce qu'il pouvait toucher ou non en faisant toujours attention à l'avoir à l'œil. Il fallait faire preuve d'une très grande vigilance lorsqu'on évoluait dans un environnement inconnu.
-Restons-là un moment, fit soudain Hugo.
-Pourquoi ? voulut savoir l'apprenti sorcier.
-Tu verras, fit-il, énigmatique.
Il l'invita à s'accroupir dans l'herbe haute et Regulus ne fut clairement pas très à l'aise. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes avant que le brun ne s'impatiente. Leroy lui demanda d'être patient, encore et encore, et ils attendirent finalement plus d'une heure et demie avant qu'il ne se passe enfin quelque chose. Ayant mal aux jambes, Regulus avait fini par s'asseoir par terre et avait lutté difficilement contre la fatigue.
Avant que celui-ci ne perde complètement sa concentration, le blond lui donna un léger coup de coude et lui montra discrètement le spectacle qu'ils avaient devant eux. Des créatures magiques pas encore répertoriées évoluaient, mangeant les fruits des arbres qu'ils pouvaient atteindre. Il s'agissait d'une famille avec deux bébés. Des bipèdes avec des jambes puissantes et des bras assez courts. Ils approchaient de manière assez singulière de ce que les hommes identifiaient comme des dinosaures.
Hugo les avait découvert lors de sa première exploration dans ce lieu et les étudiait encore. Il n'avait pas encore pu les approcher et cela prendrait du temps avant qu'il ne le fasse. Mais il avait déjà pu constater que ces animaux étaient, ou plutôt ne semblaient, pas très agressifs. Ils étaient originaux avec leurs grands yeux ronds et leur peau si blanche qu'elle semblait briller.
Le français jeta un coup d'œil au Serpentard et fut heureux de le voir complètement subjugué. Regulus semblait de bien meilleure humeur que plus tôt et il le comprenait. Lui aussi oubliait tous ses soucis lorsqu'il se trouvait ici. Il était content de partager ce moment avec le brun, content que Dumbledore l'ait invité en Grande Bretagne, fasse tout pour le faire participer au tournoi de duels et lui donne ainsi un objectif. Il en avait eu besoin après le drame qu'il avait vécu.
En effet, avant de venir à Poudlard, le français avait terminé un projet fastidieux dont il avait été très fier. Tout cela pour se faire voler le fruit de son travail par quelqu'un qu'il avait longtemps considéré comme son ami... Cela lui avait fait comprendre qu'il ne fallait pas donner sa confiance trop vite et que le monde merveilleux des explorateurs dans lequel il évoluait était difficile. Certains étaient à la recherche de notoriété et d'autres franchissaient la ligne pour pouvoir espérer en vivre…
Après ce qu'il lui était arrivé, il avait un peu perdu foi en ses rêves, en son métier, en lui. Être à Poudlard lui avait fait du bien et avoir un objectif, redécouvrir des paysages magiques inconnus du grand public avec quelqu'un qui avait encore cette candeur, ce respect que lui-même avait, c'était agréable.
Regulus voulut dire un mot mais les créatures magiques alertées par le bruit s'empressèrent de filer.
Le Serpentard soupira, déçu, et Hugo éclata de rire.
xXx
Le jeudi matin, lorsque Sirius s'éveilla, sa première pensée fut pour Padfoot. L'esprit leur avait annoncé la veille, à James et à lui, qu'il partait. Regulus était au préalable venu les voir la mine grave pour les prévenir que l'esprit avait quelque chose d'important à leur dire. Son frère lui avait temporairement remis sa moitié de bracelet, James ayant quant à lui conserver la sienne et cela dans le but qu'ils puissent tous deux discuter librement avec Padfoot.
Apprendre qu'il partait avait été un choc pour les Gryffondor. Padfoot leur avait expliqué qu'il ne s'agissait pas de son monde et qu'il craignait le désordre que sa présence pouvait créer. Ce que Sirius pouvait comprendre. James et lui étaient un peu peinés mais ils n'étaient pas les plus à plaindre.
S'il y avait bien une personne pour qui Sirius se faisait un sang d'encre, c'était pour son petit frère. Ce matin-là, sa deuxième pensée fut d'ailleurs pour lui. L'esprit avait également dû faire ses adieux au Serpentard et le lion savait à quel point son frère tenait à l'esprit.
La troisième pensée du Gryffondor fut pour son ami, James. Il avait longtemps repensé aux paroles de son cadet et sachant que Padfoot était quelqu'un d'extérieur, de presque omniscient et qui dans d'autres réalités avait été très proche d'eux, notamment de James, il avait souhaité discuté de cela avec lui. Sans surprise, l'esprit était allé dans le sens de Regulus. Même si Sirius s'en était douté, cela ne l'avait pas empêché de vaciller en l'entendant.
A présent qu'il avait discuté avec son frère, l'attitude alarmante de James ces derniers temps lui sautait aux yeux. Il ne pouvait ignorer son impatience, son emportement et sa manière de s'irriter pour des choses presque insignifiantes. Le batteur savait que James avait déjà discuté maintes et maintes fois avec Regulus au sujet de ce bracelet. James savait donc que ce qui lui arrivait n'était pas normal, qu'il s'agissait de magie dangereuse. Pourquoi alors garder le bracelet ? Pourquoi se taire ? S'obstiner à cacher ce qu'il se passait ?
Et le pire dans tout cela était que James avait commencé à mentir à son meilleur ami. Ce n'était jamais arrivé avant et tous ces éléments mis bout à bout avaient poussé le Gryffondor à agir.
La veille, avant d'aller dormir, il avait donc subtilisé la moitié du bracelet de son meilleur ami. Il avait malheureusement compris que celui-ci ne le rendrait pas de lui-même, sûrement influencé par les ondes néfastes de la magie noire. Il avait ensuite enfermé le bracelet dans son tiroir qu'il verrouillait grâce à un tour en attendant de voir avec Regulus ce qu'il fallait en faire. Le détruire ou le rendre là où James et lui l'avaient volé ? Il n'était pas certain du meilleur choix.
Sirius avait également décidé de mentir pour le bien de son ami et tout cela le rendait nerveux. Il avait inventé un bobard pour se rendre à l'infirmerie et avait joué sur l'inquiétude de Pomfresh pour exagérer sa situation. Il avait alors attendu d'être seul pour aller lui piquer une potion de sommeil sans rêves. Il savait que l'infirmière gardait toute une panoplie de potions et de soins au sein même de l'infirmerie dans une armoire qui ne bénéficiait pas d'une sécurité renforcée, la plupart étant des potions non dangereuses et qui n'étaient pas stockées en quantités importantes. Le reste des soins étaient pour des blessures bénignes. Les potions plus risquées ou nécessitant un suivi particulier étaient gardées dans une réserve qui n'était accessible que par le directeur, l'infirmière et le professeur de potion.
Sirius ignorait si Pomfresh se rendrait compte un jour qu'il avait volé. Il ne s'agissait que d'une seule potion et il doutait qu'elle fasse l'inventaire tous les soirs. A moins qu'elle ait une illumination, il y avait très peu de chances qu'elle le relie à cette histoire.
Cette partie du plan n'avait pas été facile mais le plus dur avait été assurément de faire ingurgiter cette potion à son ami contre son gré. Sirius n'était pas fier de lui. Il l'avait mis dans une boisson qu'il avait ensuite apportée à son ami. James avait confiance en lui alors bien entendu, il ne s'était pas méfié. Sirius s'en voulait atrocement mais Regulus lui avait dit que prévenir James serait inutile.
Au final, il avait réussi, mais il appréhendait la réaction de son ami. Il espérait également avoir fait le bon choix.
Tout ça était si compliqué…
Sirius soupira et se redressa sur son lit : il était temps de se lever. Il observa alors pendant un instant ses camarades de chambre qui n'allaient pas tarder à s'éveiller pour affronter cette journée. Mais tandis que Sirius les observait, une autre pensée lui traversa l'esprit. Celle que la veille, avant d'aller se coucher, tourmenté par toutes ces choses, il n'avait pas récité sa formule pour devenir Animagus.
-C'est pas vrai !
Il se rallongea brutalement dans son lit, toute motivation envolée. Il avait envie de hurler de rage. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait tant galéré pour échouer si bêtement ! Repenser à cette feuille de mandragore qu'il allait devoir garder dans la bouche entre deux lunes l'horripilait déjà ! Allait-il avoir le courage de recommencer ? Il n'en était pas certain…
Sirius rumina un bon moment, ses compagnons de dortoir s'éveillant petit à petit. Quand ce fut le tour de James, il le sentit tout de suite aux aguets. Sirius le vit ainsi s'agiter autour de son lit et il comprit que son ami cherchait ce qu'il lui avait subtilisé la veille. Il commençait à paniquer et cela inquiéta d'autant plus le batteur. James se frotta le poignet droit mais arrêta quand il sentit le regard du brun sur lui.
Sirius esquissa un sourire et fit de son mieux pour ne rien laisser paraître.
-Bien dormi ? lui demanda-t-il.
-Euh…oui, mentit James.
-Cool.
Sirius se leva à son tour et comme ses camarades, commença à se préparer. Il fut prêt avant James et l'observa discrètement essayer de remettre la main sur son bracelet.
Le dortoir se vida assez vite, leurs camarades étant pressés d'aller manger. Sirius les regarda partir en souriant avant que son sourire ne disparaisse lorsque ses yeux se posèrent de nouveau sur son meilleur ami.
-James. James !
Son ami ne sembla pas l'entendre. James dérangea son lit puis regarda par terre avec des gestes précipités.
-Tu as perdu quelque chose, Jamie ?
Sirius se leva et vint secouer l'épaule de son ami.
Le Préfet cligna ses yeux, comme déstabilisé.
-Je…oui. Je ne trouve plus mon bracelet. Tu ne l'aurais pas vu ? lui demanda-t-il, plein d'espoir.
Sirius nia.
-Tu n'en as pas besoin pour l'instant de toute façon. Allons manger. Si on traine plus, on va se mettre en retard.
Sirius tira son ami derrière lui. Il ne voulait pas lui laisser le temps de réfléchir. Avoir l'impression de sevrer son ami était plutôt étrange. L'attitude de James lui faisait penser à ce qu'il avait lu sur les personnes dépendantes. Sirius ne connaissait pas grand-chose à ce sujet et il espérait avoir fait le bon choix en procédant ainsi. Mais n'aurait-il pas mieux fait d'en discuter avec son ami ? De le lui enlever pour quelques heures seulement pour qu'il s'adapte à la sensation de ne plus l'avoir ?
C'était une question à laquelle le sorcier ne pouvait pas répondre. Il n'était pas formé pour faire face à cette situation. Soutenir son ami hagard à travers les couloirs du château lui prenait déjà suffisamment son énergie. Les Maraudeurs passèrent ainsi dans le hall et ils s'arrêtèrent un instant, intrigués d'y voir des visiteurs. Trois Aurors et dans le lot, Sirius reconnut Maugrey. L'étrange sorcier croisa son regard, et Sirius eut un mauvais pressentiment.
-On y va ? l'interrogea James.
Sirius acquiesça, ravi de partir.
-C'était des Aurors, non ? lui demanda son ami.
-Ouais, je me demande ce qu'ils font là.
-Ils doivent encore enquêter sur ce qu'il s'est passé à Azkaban.
Sirius garda le silence. Il n'en était pas convaincu du tout. Pourtant, il ne voyait pas d'autre raison quant à la présence de ces hommes.
Il mangea ensuite en silence, tout comme James. Leurs amis les accusèrent alors de préparer un mauvais coup car c'était inhabituel pour eux d'être si calmes. Sirius ne put que sourire. Depuis quand James et lui n'avaient-ils pas eu autre chose comme préoccupation que de préparer la meilleure blague de l'année ? Cette époque semblait étrangement lointaine.
A la table des lions, Lily partageait avec ses amis son expérience après avoir assisté à une des réunions de Jedusor. Sirius apprit à cet instant qu'elle y était allée. Il en fut si surpris qu'il lui demanda des explications. Pourquoi Lily avait-elle fait une chose pareille ?! Il était évident qu'elle ne pensait pas du tout comme eux ! Et au-delà de ça, avoir des réunions dans les cachots froids des Serpentard en fin de soirée était loin d'être fun.
-Parce que je voulais voir et surtout comprendre.
-Mouais, répondit l'ainé des Black, pas vraiment convaincu.
Lily soupira. Elle essaya alors de leur expliquer comment les choses se passaient.
-Ce n'était pas si mal que ça. Enfin, je m'attendais à pire. Je pensais que je me sentirais exclue et que j'aurais affaire à des fanatiques. En réalité, c'était plutôt bien organisé mais ce n'est pas toujours respectueux et même les profs présents ne cherchent pas tout le temps à calmer les choses. Je pense qu'ils sont plus là en tant qu'observateurs.
-Vraiment ? s'étonna Dorcas.
Lily acquiesça, ce qui surprit tout le monde.
-Le plus gros défaut de ces réunions est que toutes les opinions n'y sont pas représentées, il n'y a donc pas de contradicteur. Parfois, certains disent des choses complètement folles sans que qui que ce soit ne les reprenne. Je n'y retournerai pas même si je dois avouer que c'était intéressant. Tout n'était pas à jeter, même si j'étais rarement d'accord avec eux.
Un silence suivit sa déclaration. C'était étonnant d'entendre Lily, une née-moldu, tenir ce genre de propos. Sirius était certain que même si son amie disait la vérité, le clamer ici n'était pas une bonne chose. Cela allait donner l'impression aux gens que ce qu'il se passait à ces réunions n'était pas si problématique.
Heureusement, ils n'eurent pas le temps d'en discuter plus longtemps : il était temps pour eux d'aller en cours. Il commençait par métamorphose et MacDonagall était intransigeante sur la ponctualité.
Dans la salle de classe, Sirius s'installa à côté de son ami, plutôt silencieux, sous l'œil suspicieux de leur directrice de maison. Elle aussi devait imaginer un mauvais tour.
-Ça va, James ?
-Oui.
L'attrapeur se gratta encore le poignet et ce geste attira de nouveau l'attention de Sirius. MacDonagall commença son cours auquel il ne fut pas attentif. Il ne dura néanmoins pas bien longtemps. Dix minutes à peine après le début, on frappa en effet à la porte. Celle-ci s'ouvrit alors sur le directeur de Poudlard accompagné des Aurors que les Maraudeurs avaient vus plus tôt.
Minerva en fut surprise, tout comme les élèves. Des murmures s'élevèrent et la professeure réclama le silence. Dumbledore se dirigea rapidement vers sa collègue et lui donna des informations que Sirius aurait également aimé avoir. Mais alors qu'il se faisait cette réflexion, Sirius sentit qu'on le fixait. En se tournant, il put alors constater que les Aurors regardaient dans leur direction.
-James, murmura Sirius sans regarder son ami. Je crois qu'on va avoir des problèmes.
Sirius sentit brutalement un poids sur son épaule et se tourna vers son ami, étonné par son geste. James avait posé sa tête sur son épaule et respirait un peu fort.
-James ?
L'attrapeur gémit, touchant soudain sa poitrine. Et puis soudain, il ne fut plus capable de tenir droit et s'écroula complètement. Sirius, pris au dépourvu, fut incapable de le soutenir et son ami s'effondra par terre. Il y eut des cris d'épouvante et de l'agitation. Sirius fut écarté avant même de comprendre ce qui se passait. Lorsqu'il retrouva enfin ses esprits et qu'il voulut rejoindre son ami, il fut retenu par la poigne ferme de Maugrey.
-Tu restes là, mon garçon, siffla l'Auror.
-Minerva, allez chercher Pomfresh.
-Par Merlin, Albus, qu'arrive-t-il à cet enfant ?!
Dumbledore regarda tristement son amie avant d'utiliser sa baguette pour dévoiler le torse de James. Sous l'œil incrédule de Sirius, Dumbledore exposa alors ce que son meilleur ami devait lui cacher depuis des jours : des veines noires qui se dirigeaient vers son cœur.
-De la magie noire, ma chère. Et si nous ne faisons rien, James Potter va mourir.
Minerva reprit ses esprits et envoya un patronus à l'infirmière de l'école.
xXx
Cette situation était étrange pour Maugrey. Il avait la sensation d'enfin arriver au bout de cette quête qu'il avait longtemps menée seul mais une part de lui savait que si un chapitre se tournait, un autre plus compliqué débutait tout juste. Le souffle court, il débarqua dans le dortoir où résidaient James Potter et Sirius Black. Il lui fallait encore trouver l'arme du crime et ensuite, une autre partie plus ardue pourrait commencer. Les interrogatoires, la recherche de la vérité. Les Aurors feraient tout pour savoir ce qu'avait prévu de faire les Maraudeurs avec ce bijou si précieux, comment ils avaient également fait pour se le procurer. Mais surtout, s'ils étaient au courant de sa dangerosité.
Maugrey se dirigea tout de suite vers le lit de James et fronça les sourcils en le voyant déjà retourné. Il fouilla partout, sous le lit, dans le meuble, sur le bureau mais n'y trouva rien d'étrange. Il se servit même d'un sort qui lui permettait de repérer les objets imprégnés de magie noire. Sur le lit, il n'y avait que de faibles résidus. Pas d'objet dangereux mais les fragments laissaient penser que James avait probablement dormi avec le bracelet et que celui-ci avait imprégné les draps.
Le bracelet devait forcément être là car James ne l'avait pas sur lui. Un Auror l'avait tout de même fouillé succinctement avant qu'il ne soit amené d'urgence à St-Mangouste. Le même sort avait été utilisé et confirmé ce fait.
Comme le bijou était introuvable, les Aurors s'étaient lancés à sa recherche. L'ainé de la famille Black n'avait pas été d'une grande aide : il avait à peine pu répondre aux questions. En fait, il donnait l'impression à Maugrey d'être sonné.
Mais les états d'âme du brun, il s'en occuperait plus tard. Leur priorité était de retrouver le bracelet et ensuite, Sirius serait interrogé puisqu'il était le seul en capacité de subir un interrogatoire. Suite à cela, son statut serait défini. Était-il le voleur ? Avait-il œuvré en complicité avec son meilleur ami ? Savait-il que le bracelet était dangereux et surtout pourquoi l'avaient-ils volé ?
Le sorcier continua à fouiller avant de chercher du côté du lit de Sirius. Pour ne pas perdre de temps, il utilisa tout de suite son sort de détection et contrairement au côté où dormait James, il n'y avait pas de résidus de magie noire. Il y eut néanmoins une concentration très forte dans un tiroir et Maugrey sourit. Le bracelet était là, il en était certain. Il eut quelques difficultés à l'ouvrir et se montra suspicieux sur le fait que le Gryffondor protège autant ce tiroir. Cela prouvait en un sens qu'il ne voulait pas que cet objet soit découvert et qu'il devait au moins se douter qu'il était dangereux.
Mais en forçant un peu plus, Maugrey put l'ouvrir et se saisit avec précaution du bijou. Il s'empressa ensuite de rejoindre la pièce où se trouvaient quelques Aurors, le directeur Albus et MacGonagall, les élèves ayant été mis dehors, condamnés à attendre dans le couloir sans explication. Lorsque Maugrey pénétra dans la pièce, le regard de Sirius accrocha tout de suite le métal précieux du bijou et il blêmit.
-Sirius Black, je vais vous demander de nous suivre, vous avez des explications à nous donner. Vous êtes suspecté de vol d'objet maléfique et tentative de meurtre sur James Potter, récita Maugrey.
Un agent tenta de passer des menottes magiques à Sirius mais le Directeur intervint.
-Cela ne sera pas nécessaire, monsieur Black coopère et n'est pas dangereux.
Maugrey fronça les sourcils, n'aimant pas qu'on intervienne dans son travail.
-S'il vous plaît, insista la professeure de métamorphose. Ses camarades n'ont pas besoin de le voir ainsi.
Reconnaissant la justesse de ses mots, Maugrey hocha la tête mais attrapa durement le Gryffondor et l'emmena à l'extérieur.
xXx
Regulus, tout comme les autres élèves de son cours de potion, sentit l'agitation présente dans les couloirs. Il y eut de la dissipation que Slughorn tenta de calmer à deux reprises avant de s'agacer. Les bruits étant de plus en plus forts, le professeur de potions sortit finalement de classe pour essayer de comprendre ce qui se passait.
Il ne revint jamais. Les rumeurs commençaient à enfler dans les rangs, si bien que Regulus, ayant un mauvais pressentiment, arrêta le feu sous son chaudron et sortit à son tour. Il fut suivi par la majorité des élèves.
Suivre le bruit et trouver l'origine de toute cette agitation de bon matin ne fut pas compliqué. Un instant, le Serpentard pensa à une ruse des Maraudeurs. Ce n'était pas chose rare à l'approche des vacances, et celles-ci arrivaient à grands pas. Malheureusement, en arrivant dans le hall, Regulus comprit vite qu'il ne s'agissait pas de ça. La plupart des élèves, des Gryffondor et d'autres Serpentard de 7ème année, étaient groupés près de l'entrée, observant et commentant quelque chose qu'ils ne pouvaient distinguer depuis leurs places.
La situation l'inquiéta de plus en plus. Décidé à agir et à enfin comprendre ce qui se passait, Regulus se faufila à travers les élèves. On le regarda étrangement et cela le troubla encore plus. Son cœur battit plus fort et le mauvais pressentiment qu'il avait eu précédemment ne s'atténua pas. Il fut cependant arrêté dans sa course par une poigne ferme.
Il s'agissait de Rosier.
-N'y va pas, lui conseilla celui-ci.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il.
Le blond hésita et Regulus se mit sur la pointe des pieds pour essayer de voir ce qu'il se passait devant.
-Des Aurors emmènent ton frère.
-Quoi ?!
La surprise était totale.
Rosier ne semblait pas décidé à lui en dire davantage alors Regulus se dégagea violemment et se précipita. Il bouscula quelques personnes, ne prenant pas le temps de s'excuser. Il ne comprenait pas pourquoi on embarquait son frère. C'était impossible, incompréhensible !
-Sirius !
Regulus put enfin venir au-devant de la scène et il le vit. Son frère avait le regard vide. Un Auror le tenait par le bras alors que de l'autre main, il tenait sa baguette, prêt à s'en servir au besoin. L'Auror qui avait été à la fête foraine avec eux aussi était là. Et il tenait dans sa main, protégé par un gant, le bracelet. Et alors, Regulus comprit. Tout prit sens, comme les murmures et les exclamations qu'il entendait autour de lui.
« Il a essayé de tuer James ! »
« Il a utilisé la magie noire ! »
« C'était son meilleur ami, tu te rends compte ? »
« Je ne peux pas y croire… »
« James va mourir apparemment. »
« C'est bien un Black, pourri jusqu'au bout… »
Regulus sentit la tristesse l'envahir. Tout ça lui rappelait ce passé que lui avait raconté Padfoot. Est-ce que son frère allait aller à Azkaban ? James n'était pas mort, il allait guérir ! La veille, il en rigolait encore bêtement…
Mais Padfoot avait raison, ce n'était pas son monde, c'était celui de Regulus et il ne laisserait pas son frère être emprisonné injustement. Ni même devenir fou à cause de la mort de son meilleur ami.
Sans réfléchir, Regulus se précipita vers son frère. Il avait fait si vite qu'il prit au dépourvu les Aurors mais au dernier moment, un des agents pointa sa baguette sur lui. Il hésita cependant à s'en servir, ce qui permit à Regulus de sauter dans les bras de son frère. Il le serra fort contre lui et retint à grand peine ses sanglots. Padfoot allait partir, on ne pouvait pas en plus lui enlever son grand frère. C'était trop pour lui.
-Regulus, chuchota Sirius qui commençait doucement à reprendre pied avec la réalité. J-James ? demanda t-il, sa voix se brisant.
-Il va bien.
Regulus mentait. Il ignorait dans quel état était le Gryffondor et même s'il était déjà entre de bonnes mains, mais il le supposait. De toute façon, son frère devait le croire pour avoir le courage de se battre.
-C'est moi, j'ai…
-Tais-toi, Sirius, siffla-t-il. Ne dis rien, tu es innocent !
Il le regarda dans les yeux et essaya de lui faire passer autant de force que nécessaire pour supporter les épreuves à venir.
-Ça suffit, gueula Maugrey. On l'embarque !
Le jeune Auror fixa avec méfiance Regulus qui perdit de sa superbe. Il s'accrocha encore plus à son frère mais fut violemment repoussé par un des Aurors. Ceux-ci estimaient avoir perdu suffisamment de temps ainsi. Le directeur Dumbledore vint alors à ses côtés, posant une main réconfortante sur son épaule. Il s'attela ensuite avec l'aide des autres professeurs à ramener le silence et le calme dans le château.
La suite fut assez floue pour Regulus. Tout allait mal ces derniers temps…
xXx
Le lendemain, les cours furent maintenus, tout comme la sortie à Pré-au-Lard du samedi. Cela étonna Regulus mais il comprenait que la vie au château n'allait pas s'arrêter parce que son frère avait été embarqué. De ce qu'il avait compris, il avait été placé sous le statut de témoin assisté, mais cela avait plus ressemblé à une arrestation qu'autre chose pour lui. Il n'avait pas de nouvelle et il trouvait cela injuste. Il était son frère, on aurait au moins dû le tenir au courant ! Le Serpentard était ainsi persuadé que Dumbledore savait ce qui se passait mais qu'il mentait lorsqu'il allait le voir. Cela le faisait le haïr encore plus. Il était celui qui avait laissé les Aurors emmener son frère sans protester !
Le directeur de Poudlard avait tout au plus demandé au psychomage d'ouvrir une cellule de soutien psychologique par rapport aux derniers évènements. Le départ de Sirius Black et le transfert de James Potter à St-Mangouste avaient dû en perturber beaucoup. Regulus savait que les Potter s'y étaient rendus la veille et ne quittaient plus l'endroit. L'état de James l'inquiétait, mais il le savait bien entouré. De son côté, il ne pouvait pas laisser son frère seul.
De plus, son autre frère, son gardien, lui faisait ses adieux aujourd'hui.
Il ne devait pas être en retard.
-Je peux rester avec toi aujourd'hui, Regulus, si tu n'as pas envie d'aller à Pré-au-Lard.
La proposition de Rosier le toucha bien plus que le 6ème année était prêt à l'admettre et pour la première fois depuis qu'il avait passé un accord avec lui en novembre, il lui sourit. Sincèrement.
-Merci, mais j'ai besoin d'être seul et de prendre l'air.
Rosier n'insista pas, ne voulant pas le braquer.
Regulus prit alors ses vêtements préférés et alla se changer dans la salle de bain. Il y passa tout le temps nécessaire pour être le plus beau possible. Il voulait se sentir bien aujourd'hui. Que ce soit un beau jour, pas quelque chose de triste, mais une page qu'on tourne avec nostalgie et bonheur. Il voulait une parenthèse pour se souvenir de tous les bons moments passés avec Padfoot et tout ce que l'esprit avait fait pour lui.
Quand il fut fin prêt, il prit la navette de 10h et attendit Padfoot non loin de la cabane hurlante. Il savait que l'esprit le trouverait. Qu'il viendrait. Malgré son retard manifeste, il ne perdit pas espoir et resta simplement là, à attendre. Et il eut raison. Padfoot vint, un sourire triste aux lèvres, et Regulus sourit aussi. L'esprit, après avoir fait ses adieux à James et à Sirius, était retourné dans le voile pour s'y habituer de nouveau mais surtout pour ne plus croiser personne. Il n'était normalement pas au courant des derniers évènements et l'attrapeur ne voulait pas lui en faire part tout de suite.
-Hé, Reg, tu es très beau ! le salua Padfoot. Et dire que je porte les mêmes vêtements depuis que j'ai passé le voile, autant dire une éternité ! Tu crois que je peux les enlever ? rigola-t-il, et cette simple boutade redonna le sourire au Serpentard.
-Où veux-tu aller ? lui demanda-t-il ensuite. Tu adores le magasin de farces et attrapes, non ?
-Tu me connais trop bien.
Regulus sourit de plus belle et invita l'esprit à le suivre. C'était frustrant de ne pas pouvoir lui parler lorsqu'ils n'étaient pas seuls et dans le village sorcier, c'était tout le temps le cas, mais ça ne les empêcha pas de passer un bon moment. Ils essayèrent tout de même certaines fois de s'isoler un peu pour pouvoir parler et n'être qu'entre eux.
Ils passèrent ainsi dans pratiquement toutes les boutiques du village, Padfoot racontant des anecdotes de ses propres sorties. Il lui parla également de bon cœur des quelques passages secrets qu'il connaissait. La journée passa trop vite selon le jeune sorcier, mais c'était comme ça. Bientôt, le moment où il devrait laisser son ainé partir viendrait.
A un moment, Regulus croisa son ami Edmont à la sortie d'Honeydukes qui lui proposa de continuer leur visite ensemble mais comme pour Rosier, il refusa.
Padfoot se moqua alors de lui et de leur étrange rendez-vous. Il n'avait pas pensé Regulus si possessif et sentimental. En réalité, il était touché que le Serpentard tienne autant à lui. Le laisser seul lui déchirait le cœur.
-Il faut que je te dise quelque chose, Padfoot, annonça soudain Regulus alors qu'ils marchaient lentement vers l'endroit où la navette devait venir chercher le jeune sorcier.
-Qu'y a-t-il ?
-Sirius a des problèmes et James aussi.
Padfoot se figea et les explications dites d'une voix faible par le Serpentard ne l'aidèrent pas à aller mieux. Il écouta néanmoins silencieux la tirade qu'avait préparé Regulus.
-Sirius est mon frère et je ne le laisserai pas subir une injustice. Tout ça, c'est ma faute, je ne te laisserai pas souffrir dans cette vie. Tu m'as sauvé, je le sais. Pas seulement d'une supposée mort, mais d'une solitude et d'un mensonge que je ne supportais plus. Tu peux partir tranquille, je m'occupe de tout. Tu as droit au repos que tu mérites.
Padfoot observa son petit frère et se sentit à la fois ému et extrêmement fier. Regulus avait changé, il n'avait plus rien à voir avec l'adolescent qu'il avait rencontré cet été. Pourtant, cela ne faisait pas si longtemps que ça. Il se sentait si triste à l'idée de le quitter. Regulus lui disait que c'était grâce à lui qu'il était là où il en était aujourd'hui, grâce à lui qu'il avait changé sa vie et qu'il se sentait beaucoup mieux. Padfoot n'en était pas sûr. Il trouvait le Serpentard bien élogieux à son propos alors que le bilan de la situation n'était pas si bon que ça selon l'esprit. Il n'oubliait pas que son jeune lui avait été embarqué par les Aurors et qu'il était accusé d'au moins deux délits et d'un autre fait très grave. Une tentative de meurtre sur son meilleur ami !
C'était un véritable cauchemar… Il ne pouvait pas laisser Regulus affronter ça seul. Peu importe ce qu'il disait, Padfoot savait qu'il aurait besoin de soutien.
-Regulus, tu te doutes bien qu'étant donné la situation, je me vois mal partir et t'abandonner. Je sais bien que je ne peux pas faire grand-chose, mais on trouvera une solution, comme pour la sortie à Azkaban, tenta Padfoot.
-Je ne veux pas que tu restes, l'interrompit Regulus. Ça me coûte beaucoup de te dire ça, mais c'est pour le mieux.
L'esprit voulut protester mais Regulus secoua la tête.
-En toute honnêteté, je ne pense pas pouvoir te laisser partir plus tard mais il le faudra bien et ton départ me fera alors encore plus de mal. Et même d'un point de vue pratique, c'est mieux. Sirius a été arrêté à cause de cette histoire de bracelet et je pense que les Aurors ne tarderont pas à découvrir ton existence. Au moins, si tu n'es plus là, ils ne pourront pas pousser les investigations.
-Sirius sait qu'il est important de garder le secret sur le voile. Il ne dira rien.
-Il est accusé de tentative de meurtre, il n'a pas le choix que de dire la vérité !
-Je ne dirai rien et je sais que le Sirius de ce monde fera exactement pareil. S'il dit aux Aurors qu'il était en possession de ce bracelet pour pouvoir communiquer avec un esprit venu d'un univers parallèle, il y aura forcément une enquête. C'est une information qui ne pourra pas rester cachée très longtemps. Ça va tourner au ministère, Dumblerore va forcément le savoir et il a des relations… Le pire serait sans doute que Jedusor le sache. Je ne sais pas si Sirius pense à tout cela mais ça n'a pas d'importance. Peut-être qu'il va juste penser au fait que s'il parle, ça va créer des problèmes. Et il sait combien c'est important pour son petit frère de garder le secret en ce qui me concerne.
Regulus sembla troublé voire choqué par les révélations de Padfoot.
-S'il décide de ne rien dire, je me dénoncerais.
Cette fois-ci, ce fut Padfoot qui fut pris au dépourvu. Regulus lui expliqua alors son choix.
-C'est moi qui ai eu l'idée de voler ce bracelet et qui leur ai demandé de le porter. Si Sirius risque de finir en prison et que James est entre la vie et la mort, c'est uniquement de ma faute... Ce serait normal que je paye.
-Tu ne peux pas faire ça, Regulus. Si j'accepte de repartir comme c'était convenu, tu dois me promettre de ne pas aller te dénoncer.
-C'est du chantage ! s'indigna Regulus.
Padfoot sourit.
-Je m'assure juste de te garder en sécurité car je ne serai plus là pour veiller sur toi. Mais je sais que tu y arriveras. J'ai confiance en toi, Regulus.
-Merci, je te promets de tout faire pour ne pas laisser Sirius aller en prison. Malheureusement, pour James, je ne peux pas faire grand-chose…
La tristesse et l'inquiétude envahirent alors Regulus en pensant au Gryffondor.
-Tu te trompes, Regulus, tu peux faire quelque chose pour lui.
Celui-ci fronça les sourcils et Padfoot eut un nouveau sourire, plus doux.
-Laisse lui une chance. Il est sincère avec toi. Et c'est-ce que tu voulais, non ? Ne gâche pas tout parce que tu n'as pas confiance en toi. Tu es incroyable, ne doute pas de toi.
Ils échangèrent un autre sourire et avant de regretter son choix, Padfoot s'en alla.
Regulus inspira un grand coup pour contenir sa tristesse. Il se dépêcha ensuite pour ne pas rater la navette en direction de Poudlard. Aujourd'hui, il avait encore le droit d'être triste mais demain, il devrait commencer à se retrousser les manches..
Bonne année à tous ! Alors est-ce que cette nouvelle année commence mieux que 2021 ne s'est fini ?
Un nouveau chapitre qui ne se termine pas super bien, mais c'est pas grave, ce n'est pas une surprise avec cette histoire, n'est-ce pas ?
Prochain chapitre "Résonance ".
