Mio : Coucou ! Je suis contente de pouvoir à nouveau lire tes commentaires ^^. Et j''y lis bien toutes les émotions par lesquels tu es passée ! L'amitié entre Sirius et James est quelque chose que j'ai toujours trouvé incroyable est belle, ça a quelque chose de pur dont on peut rêver. Il est normal que je fasse au mieux pour y coller. Peter à rater son coup mais il aura malgré lui permit à Sirius de pouvoir parler à James. Le cliffhanger y'en a un nombre important dans cette fic, d'autres sont plus difficiles à supporter que d'autre. Regulus n'a pas confiance en James, qui pour le lui reprocher, il lui a laissé beaucoup de chance. Maintenant c'est James qui va lui courir un peu après pour changer. Mais combien de temps ça va duré encore ? Hum.. Les parents de Sirius ne sont vraiment pas les meilleures. Cela dit je ne sais pas si je fais un peu de bashing où s'ils sont vraiment comme ça dans l'œuvre originale.

Je t'avoue que j'ai eu envie de mettre Pamela et Severus ensemble, ils sont attachants tout les deux. Mais Severus n'a d'yeux que pour Lily, pourrait-il renoncer à elle ? James à toujours vécu dans une bulle, choyé, aimé et il n'a jamais manqué de rien, ses parents lui ont donné une bonne éducation et ont parfois pu peut-être se montrer un peu laxiste. La vraie vie comme ont dit est une rude découverte pour lui. C'est compliqué pour lui de faire face à la face sombre du monde. Il n'est pas forcément toujours très mature et n'est pas un ange mais cela reste des jeux et de l'immaturité. Référence à ses blagues à Rusard et Severus.

C'est vrai que le dernier chapitre n'est pas facile et qu'on se demande comment les Maraudeurs vont se sortir de tout ça. Mais ça ne vient pas de nulle part, l'enquête de Maugrey à aboutit, c'est un excellent auror après tout. Je ne me réjouis pas de ta tristesse, promis ! x) Des jours meilleurs sont à venir.


Chapitre 32

Résonance

.

Jamais de sa vie Sirius n'aurait pensé se trouver dans une telle situation. Il avait toujours plus ou moins flirté avec la légalité, mais à chaque fois ça n'avait pas été bien méchant. Il s'agissait surtout d'idioties d'adolescent cherchant à rendre sa scolarité plus palpitante et au passage, à amuser la galerie. Bien évidemment, il y avait cette histoire d'Animagus non déclaré qu'il s'entêtait à vouloir devenir, mais ce n'était pas encore le cas et il doutait fortement que les Aurors aient pu en entendre parler. Sirius savait bien que la raison de sa présence ici était l'état inquiétant de James.

Son ami allait très mal. Il n'était pas au courant de grand-chose malheureusement, mais il savait que James était malade et que peut-être, il pourrait ne pas s'en sortir. Cela le rendait fou. Il n'avait aucun moyen de s'assurer que son ami allait bien et le pire était qu'en plus, on le pensait responsable de son état. On ne lui donnait pas beaucoup d'informations. Par exemple, à son arrivée dans le bureau des Aurors, on l'avait bien interrogé mais, encore secoué par ce qu'il venait de se passer, Sirius avait été incapable de fournir des réponses satisfaisantes. Depuis, il était laissé dans une cellule et il ne faisait rien d'autre qu'attendre. On lui donnait à manger mais personne ne lui disait rien. La petite fenêtre dans sa cellule lui permettait à peu près de se repérer dans le temps, mais c'était tout.

Combien de temps encore allait-il rester là ? Qu'attendait-on de lui ? Si Sirius ne faisait pas attention, il était certain de se laisser gagner par la panique. Il devait garder la tête froide pour ne pas commencer à délirer et sous la pression d'un interrogatoire qui le pousserait dans ses limites, avouer quelque chose qu'il n'avait pas fait. Le jour où James s'était effondré et où on l'avait amené ici, il avait failli tout balancer, convaincu que tout cela était vraiment de sa faute. Après tout, James était son meilleur ami mais il n'avait même pas remarqué qu'il n'allait pas bien. Il avait négligé les signes qu'il avait devant les yeux et même quand Regulus l'avait prévenu, il n'avait pas su prendre les bonnes décisions.

Il se sentait tellement coupable. Si ce n'était pas pour son frère, sans doute aurait-il craqué. Mais Regulus lui avait dit de tenir bon, qu'il n'était pas responsable de ce qui était arrivé au Gryffondor. Le batteur pouvait également imaginer la peine de son frère : il était celui qui avait eu l'idée de s'emparer de ce bijou et qui les avait convaincus de le porter. Avouer, c'était également condamner son frère.

Sirius admettait aussi qu'entendre son frère le soutenir sans hésitation lui avait donné la confiance nécessaire pour y croire lui-même. Le problème était de savoir comment il allait se sortir de cette situation. Il ne pouvait pas finir à Azkaban. Pour l'avoir visitée avec Poudlard, il savait que c'était un endroit horrible. S'il y allait, c'en serait fini de lui. Il n'y avait pas de vie après Azkaban car on obligeait pratiquement la famille et les proches à couper les ponts avec les condamnés. On se retrouvait seul et les réinsertions n'étaient qu'une mascarade. Impossible d'obtenir un emploi convenable et personne pour vous laisser oublier vos erreurs, même si vous les aviez déjà payées.

Mais dans le bureau des Aurors, Sirius était bien seul pour se défendre. Il ne pensait pas pouvoir tenir face à des enquêteurs prêts à tout pour le faire avouer. Ils allaient lui mettre la pression, pointer du doigt la moindre incohérence, mettre en évidence des éléments auxquels il n'avait pas pensés et qui pourraient mettre à mal ses dires. Le pire serait probablement le changement de version. Il devait au maximum dire la vérité pour éviter de se troubler et de se contredire au fil du temps. Sans donner trop de détails ni montrer une attitude posée.

Sa stratégie prête, il ne lui restait plus qu'à savoir ce qu'il allait dire exactement.

Sirius se leva de la surface dure qui lui servait de lit. Il resta ensuite quelques secondes immobile devant la fenêtre de sa cellule. Elle était si haute qu'il ne pouvait pas s'y pencher pour voir ce qu'il y avait de l'autre côté. L'endroit avait beau être propre et avec le minimum de confort, être ici l'angoissait. Il détestait être enfermé, ne pas être libre. Cela lui rappelait trop quand ses parents le laissaient dans le placard pour le punir.

Le Gryffondor fit les cent pas, déterminé à trouver une issue à sa situation catastrophique.

Il était hors de question de dire toute la vérité et de balancer que le bracelet provenait de Regulus pour pouvoir échanger avec un esprit. Regulus aurait des problèmes. De plus, Padfoot étant retourné d'où il venait, ce serait difficile à prouver. Il savait également qu'il ne pouvait pas tout nier. Il y avait trop d'éléments qui jouaient contre lui pour qu'il fasse semblant d'être blanc comme neige.

La porte de sa cellule s'ouvrit soudain et Sirius se tourna vers le gardien. Ce n'était ni l'heure de manger, ni celui de l'extinction des feux. En voyant le visage sérieux de l'adulte, le Gryffondor sut alors qu'on l'emmenait pour un nouvel interrogatoire. Il n'avait pas eu le temps de réfléchir à ce qu'il allait dire : il allait malheureusement devoir improviser.

-Sirius Black, tendez les mains devant vous.

Le sorcier venait de sortir sa baguette et Sirius se demanda ce qu'il allait lui faire exactement. Il hésita avant de s'exécuter. Il savait que se rebeller ne mènerait à rien de bon.

-Je vais entrer pour vous passer les menottes, restez tranquille ou je serais obligé d'utiliser la force contre vous.

Sirius hocha la tête pour lui montrer qu'il avait compris. Comme il le lui avait dit, le gardien entra ensuite pour lui passer les menottes. Elles étaient trop serrées au goût du Gryffondor, mais il n'eut pas le courage de se plaindre. Le gardien le regarda d'un œil méfiant alors même que le brun s'était montré coopératif et n'avait pas montré un seul instant un comportement agressif depuis son arrivée. Le sorcier continua de le prévenir de chaque action qu'il allait exécuter tout en lui répétant de rester calme. Ils quittèrent finalement tous les deux la cellule et Sirius observa les couloirs qu'ils arpentaient. Il ignorait où ils se rendaient exactement. Il savait bien que l'homme ne lui faisait pas faire une simple promenade. Il allait être interrogé, il en était certain. Où ça ? Par qui ?

Il espérait de tout son cœur que ce n'était pas par cette espèce d'Auror balafré. Décidément, quelque chose ne passait pas avec lui. Dire qu'à leur première rencontre, il l'avait trouvé assez charismatique… A présent, il ne voyait que son regard plein de jugement, celui qui disait qu'il était une pourriture, un adepte de la magie noire, comme le reste de sa famille.

Lorsqu'on l'installa dans la salle d'interrogatoire et qu'il vit que l'inspecteur qui allait l'interroger n'était pas Maugrey, il n'en fut pas soulagé pour autant. Il voyait dans le regard de cette personne qu'il le pensait déjà coupable.

xXx

Remus Lupin avait toujours eu une vie simple. Fils unique, il avait bénéficié de tout l'amour de ses parents, enfant choyé avec un énorme potentiel. Il était timide, mais sa gentillesse et sa douceur donnaient naturellement envie aux gens de l'approcher. Il n'avait jamais fait le premier pas vers qui que ce soit avant de rencontrer Peter. Le Gryffondor avait été le premier ami pour lequel il avait fait ce pas là.

Mais jusqu'à récemment, il s'était rendu compte qu'il n'était ni heureux, ni malheureux. Il ne manquait de rien, mais n'avait pas grand-chose non plus. Sa vie semblait parfois plate. Jusqu'à il y a peu, l'attaque de Greyback à laquelle il avait miraculeusement réchappé avait été la mésaventure le plus dangereux de sa vie. C'était le seul évènement qu'il pouvait éventuellement raconter autour d'un diner pour ne pas que sa vie paraisse trop ennuyeuse. A condition que cette histoire trouve son public.

C'était ça sa vie avant. Un peu terne, mais agréable.

Et puis, Sirius Black était entré dans son quotidien. Pour la mettre en bordel, littéralement, et aussi bien sa tête que son cœur. Sirius avait changé sa vie, comme James avait probablement changé la vie du batteur.

Remus ne pouvait toujours pas dire qu'il était heureux ou malheureux mais sa vie était plus intense, plus passionnante. Et cela changeait beaucoup de choses.

L'amour avait ce pouvoir là parfois.

C'était sans aucun doute cette raison qui le poussait aujourd'hui à être présent avec Lily et Regulus dans le parc de Poudlard, non loin de ce qui serait dans le futur, la cabane d'Hagrid. Le Poufsouffle, tout comme la Gryffondor, avaient répondu présent à l'invitation du Serpentard. Regulus souhaitait aider son frère et l'ainé étant fâché avec sa famille, il n'y avait pas grand monde pour l'aider. Remus avait entendu dire que les Potter ne croyaient pas du tout que Sirius ait pu essayer d'attenter à la vie de leur fils. Et ils l'avaient fait savoir. Malheureusement, l'état du Gryffondor étant toujours critique, ils ne pouvaient mettre leur énergie dans une autre bataille. Ils avaient peur pour leur fils et Remus les comprenait

Pour être honnête, il ne voyait pas bien ce que le Serpentard attendait de Lily et de lui. Ils ne pouvaient pas faire grand-chose, c'était évident. Pourtant, ils étaient tous les trois là, espérant qu'une solution miracle sortirait d'un des cerveaux présents, leur permettant d'aider Sirius. Ils lui devaient au moins d'essayer. Pour James Potter par contre, ils n'avaient guère le choix que de prier. Entre de bonnes mains à St-Mangouste, le reste ne dépendait plus que de lui et des médicomages à ses côtés.

Il était étrange pour Remus d'être confronté à cette situation. Sa vie avait toujours été si calme avant, presque terne. Sirius avait définitivement tout chamboulé en décidant de faire partie de sa vie. C'était incroyable et étrange mais Remus avait enfin l'impression d'avoir trouvé sa place, d'être utile et de s'épanouir un peu plus. Même s'il avouait tout de même que cette arrestation à Poudlard était quelque chose qu'il n'aurait jamais pensé vivre. Sirius avait eu l'air tellement désemparé ! N'importe qui l'aurait été dans sa situation. Mais l'image qui avait le plus marqué le Poufsouffle était bien celle des deux frères enlacés. Avant cela, il ne les aurait jamais pensé si proches.

Leur fuite du Square Grimmaurd restait toujours un mystère pour lui, et probablement pour bon nombre d'élèves. Il regrettait presque aujourd'hui de ne pas avoir prêté attention aux rumeurs en septembre et lorsqu'il avait été plus proche de Sirius, de ne pas l'avoir interrogé à ce sujet. En fait, Remus, s'il faisait son introspection, se rendait compte qu'il n'avait pas cherché à en savoir beaucoup sur la vie de Sirius, sur son passé, alors même qu'il savait que le Gryffondor cachait des secrets et souffrait d'un mal-être.

Il n'avait jamais posé de questions avant parce qu'il ne s'était pas pensé suffisamment proche de Sirius. Ensuite, il s'était dit que cela n'était sans doute pas si important ou encore que Sirius lui en parlerait lorsqu'il se sentirait prêt. Qu'il ne voulait pas forcer les choses. Mais le Poufsouffle n'avait jamais pensé que peut-être, cela s'avérait être trop difficile pour le brun. Qu'il y avait des choses dont il était tout simplement difficile de parler.

En bon observateur, Remus pouvait certifier que les choses avaient commencé à changer depuis la fin de l'été. Tout n'avait pas commencé cette année, bien sûr, mais Remus n'échangeait pas plus que cela avec les deux frères alors il ne pouvait pas s'avancer sur ce qu'il ne savait pas.

Regulus et Sirius semblaient nourrir une relation de rivalité et avant cette fuite de chez eux, le dialogue paraissait impossible entre eux. Qu'avait-il bien pu se passer l'été dernier pour que cela bouleverse autant leur vie et leurs habitudes ? Remus n'était pas sûr d'avoir un jour la réponse, mais ça avait été assez fort pour que les frères Black quittent leur foyer et entretiennent soudain des liens forts.

C'était dans ces moments là que Remus regrettait d'être enfant unique. Il ne saurait jamais ce que c'était que d'avoir une grande famille. Il n'aurait jamais d'enfants non plus et cela l'attristait puisqu'il n'aimait pas les femmes et doutait de pouvoir en approcher une dans le seul but d'avoir un bébé. Il enviait Arthur qui avait une grande famille, des enfants et une femme qu'il aimait…

-Est-ce que ça va, Regulus ? demanda Lily.

Remus releva la tête. Une brise secoua ses cheveux et il plissa les yeux, incommodé par les feuilles qui se détachaient des arbres. Avant que Lily ne parle, il ne s'était pas rendu compte du silence, ni du temps qui était passé depuis qu'ils étaient assis-là, dehors. Le château était étrangement calme. Pourtant, le dimanche, jour de repos, les élèves étaient habituellement agités. Décompressant au mieux avant d'attaquer une nouvelle semaine de cours. La fin de la semaine avait été étrange de toute façon. Poudlard sans les Maraudeurs, ce n'était pas la même chose.

Le Préfet-en-chef passa une main dans ses cheveux pour essayer de les discipliner. Ses yeux chocolat observèrent ensuite Regulus qui dardait un regard dur sur la Gryffondor. Le Serpentard n'avait pas l'air d'apprécier la rousse, sans pour autant paraître la détester. Regulus donnait souvent l'impression d'être froid ou inaccessible au premier abord. Tout le contraire de son grand frère qui était jovial et blagueur. Mais pour l'avoir un peu plus côtoyé ces derniers mois, Remus comprenait que Regulus affichait ce masque pour ne pas avoir à montrer ses vraies émotions, quelles qu'elles soient.

-Bien sûr que non, mon frère risque de finir à Azkaban !

Lily rougit d'embarras et Remus échangea un regard avec elle, essayant de la rassurer sans avoir à prononcer un mot. Regulus était à prendre avec des pincettes. Le Poufsouffle avait l'impression que ce qui s'était passé jeudi n'était pas la seule chose qui avait perturbé le brun.

-Pourquoi nous avoir demandé de venir ? lança-t-il. Tu voulais nous parler de quelque chose ?

Regulus croisa son regard quelques secondes avant de se détourner lentement. Remus se mordilla alors les lèvres, peiné par la tristesse et la fatigue visibles sur les traits du jeune homme.

-Oui, j'aimerais que vous m'aidiez à faire en sorte que personne ne croit en la culpabilité de Sirius. Que tout le monde sache qu'il est innocent. C'est important pour lui.

Remus, tout comme Lily, garda le silence. Ils comprenaient la requête, mais ne savaient comment y accéder. Apparemment, le bijou comportant la magie noire qui était responsable de l'état de James avait été retrouvé dans les affaires de Sirius. Bien des personnes allaient sauter à la conclusion qu'effectivement, le batteur était coupable. Remus espérait simplement qu'ils seraient les moins nombreux.

-Vous aussi vous savez qu'il n'a rien fait, n'est-ce pas ? leur demanda soudain Regulus, anxieux.

-Bien sûr ! répondit Lily.

Elle soupira ensuite, affichant un discret sourire.

-Sirius a bien des défauts, mais je sais qu'il ne ferait jamais de mal à ses amis et James est plus qu'un ami pour lui. Entre nous, James a très bien pu se mettre dans cette situation tout seul, il est le premier à avoir des idées stupides.

Regulus baissa la tête à ces mots. Il se leva ensuite, écourtant la conversation.

-Merci, dit-il du bout des lèvres. J'aimerais qu'il soit libéré au plus vite alors si vous avez des solutions…

-Eh bien, à part trouver le coupable, je ne vois pas vraiment, souffla Remus.

Lily acquiesça.

-Si James se réveillait, il pourrait certainement innocenter Sirius. J'espère qu'il ira bien, on a aucune nouvelle, reprit le Poufsouffle.

Il y eut de nouveau un silence, puis Regulus s'en alla, les surprenant tous les deux.

-Il était bizarre, non ? constata Remus.

-Oui, répondit Lily qui observait le Serpentard se rapprocher du château. Je me demande s'il ne sait pas quelque chose…

-Comme quoi ?

Elle haussa les épaules.

-Je ne sais pas, c'est juste… Je crois qu'il se disputait beaucoup avec James ces derniers temps.

Remus pensa à ces quelques fois où les deux sorciers avaient discuté et où Regulus avait montré de l'agacement envers le Gryffondor de 7ème année. Mais à chaque fois, ça avait été justifié par une raison différente. Il ne comprenait pas les questionnements de son amie mais était d'accord pour dire que Regulus venait d'agir étrangement.

-Peut-être que nous pourrions envoyer un cadeau à James ? Il sera content de savoir qu'on pense à lui quand il se réveillera.

Lily acquiesça, heureuse. Elle était inquiète pour le garçon qu'elle avait sincèrement aimé et qui restait, malgré leur séparation, un précieux ami.

xXx

Regulus évita l'attaque de peu. Il se releva prestement et pointa sa baguette sur Alton. Ses doigts étaient crispés sur son arme, ses yeux fixés sur la Serdaigle. Pourtant, il avait du mal à voir ses gestes, à les prévoir et à être réellement dans le duel. Il était là sans l'être, son esprit ailleurs. Il n'avait pas envie d'être en cours, même celui de duels qu'il adorait tant. Mais il ne pouvait pas sécher. Il restait une semaine avant les vacances et le tournoi de duels pour lequel il espérait encore être sélectionné.

Il était fatigué et énervé. Mais surtout, il se sentait seul. Padfoot n'était plus là et il avait le cœur en miettes. Il avait l'impression de ne pas avoir le droit d'être trop triste, que les gens ne comprendraient pas, s'interrogeraient. Il était le seul qui avait pu parler et voir l'esprit. Aux yeux des autres, ce Padfoot n'avait jamais existé. Et cela le rendait d'autant plus triste. Personne d'autre ne savait à quel point Padfoot était génial…

-Diffindo ! attaqua Regulus.

-Protego ! se défendit Alton.

Elle ne fut pas assez rapide et un coup la toucha, dessinant une coupure légère sur sa cuisse droite. Elle tomba par terre et grimaça. Regulus s'approcha doucement d'elle, ses pieds foulant l'herbe verte du parc. Il leva de nouveau sa baguette, prêt à attaquer. La Serdaigle se releva alors précipitamment pour ne pas être une cible trop facile pour le Serpentard.

-Everte Statum !

Le sort propulsa Alton en arrière qui grimaça à nouveau sous le choc. Sa baguette n'était plus dans sa main et la Serdaigle semblait trop déboussolée pour avoir le reflexe de s'en saisir immédiatement. Regulus leva de nouveau sa baguette et Hugo Leroy avança rapidement vers lui.

-Oppungo.

-Ventus ! contra Hugo.

Les oiseaux furent repoussés au loin, finissant même par disparaître, et la bourrasque fut si puissante qu'elle éjecta le Serpentard au loin. Les élèves spectateurs fermèrent les yeux, dérangés par le vent.

-Très bien, le cours est fini pour aujourd'hui, annonça le professeur particulier.

Il y eut quelques bavardages, mais il les fit taire en tapant dans ses mains. Il fit ensuite disparaitre le mobilier présent d'un sort, faisant bien comprendre aux élèves qu'il devait partir maintenant.

-Pas vous, Regulus.

Celui-ci soupira et s'approcha d'Hugo alors que les autres élèves retournaient au château.

-Je sais ce que vous allez me dire, commença-t-il.

-Vraiment ? s'étonna le français.

-Oui, ce n'est pas difficile à deviner.

Regulus se mordilla les lèvres alors que l'adulte croisait les bras sur son torse, un fin sourire aux lèvres.

-Le but du duel est de désarmer son adversaire et ma dernière attaque n'était pas utile.

-Effectivement.

Regulus hocha sèchement la tête, prêt à se détourner pour partir, mais Hugo l'en empêcha.

-Je comprends que la situation que vous vivez n'ait rien de facile, mais ne vous déchargez pas sur vos camarades, ça ne vous aidera pas.

-Je le sais, répondit Regulus, les dents serrées. Ça n'arrivera plus.

-Vous n'avez pas besoin d'être ainsi avec moi, je ne suis pas votre ennemi, continua Hugo. Comme je l'ai dit plus tôt, la situation que vous vivez n'est pas simple.

Regulus détourna le regard, perturbé par l'attitude du professeur particulier. Il ne savait que répondre.

-Je ne sais pas quoi faire, avoua-t-il soudain. J'ai essayé de parler au directeur ce matin avant les cours, mais il avait des choses à faire !

Il soupira tandis que ses poings se serraient.

-J'avais surtout l'impression que ça ne l'intéressait pas…

-Il est le directeur de Poudlard, c'est normal qu'il soit occupé. Ne vous inquiétez pas pour votre frère, je suis sûr que ça ira.

-Non, vous n'en savez rien, répondit Regulus, la voix basse.

-C'est vrai, souffla Hugo. Vous vous sentez impuissant et je le comprends bien, mais au lieu de tout garder pour vous, vous devriez vous confier à vos amis et faire ce qu'à votre échelle, vous êtes capable de faire.

Regulus fronça les sourcils, surpris. Il n'avait aucune idée de ce qu'Hugo essayait de lui dire. Il avait déjà fait tout ce dont il était capable. Malheureusement, à son échelle justement, il était presque impuissant. C'était pour cette raison qu'il avait essayé de chercher de l'aide auprès de Remus et de Lily puis auprès du Directeur qui n'avait même pas pris le temps de l'écouter. Il avait mieux à faire apparemment. Regulus était énervé, mais il ne s'était pas attendu à mieux de la part d'Albus Dumbledore. Un puissant sorcier qui avait décidé depuis longtemps d'être spectateur de sa vie, se contentant d'agir comme un vieux sage inutile.

-Je fais déjà de mon mieux et je ne vois pas ce que vous voulez dire, admit-il finalement en espérant que le français utilise un anglais plus compréhensible pour lui.

-Grève, manifestation, protestation, sit-in, blocus ? énuméra Hugo. Je sais que c'est une spécialité de mon pays mais quand même, vous devez bien connaître ces méthodes pacifistes pour faire entendre vos réclamations et opinions.

Regulus pencha la tête sur le côté, confus.

-Quoi, vous êtes trop Sang-Pur pour vous intéresser aux méthodes moldus ? s'amusa alors le professeur.

Hugo agita sa baguette et transforma deux chaises puis invita le Serpentard à s'asseoir. Les explications allaient être longues…

Et effectivement, elles le furent. Avant cela, Regulus ne s'était jamais intéressé plus que de raison à la vie des moldus, ni même comment ceux-ci faisaient pour se débrouiller au quotidien. Avec honte, il avoua qu'il avait longtemps pensé que les êtres non magiques étaient limités. Ils ne pouvaient pas utiliser de magie, perdaient du temps dans leurs déplacements parce qu'ils ne pouvaient pas transplaner, devaient travailler dur, tout le temps et seulement en s'aidant de leurs mains. Des singes un peu plus évolués que les précédents qui s'adaptaient à la situation, tellement inférieurs aux sorciers et qui pourtant, dirigeaient le monde mais également le leur, celui des sorciers. C'était ce que ses parents, ses cousines Narcissa et Bellatrix, lui avaient appris. Et qu'il avait fini par croire et n'en fasse sa vérité. Pourtant, il reconnaissait que les nés-moldus qui débarquaient à Poudlard n'étaient pas moins dégourdis que les autres. Mais leur proportion à s'agiter et à s'émerveiller pour un rien les avaient rendus idiots aux yeux du Sang-Pur.

Néanmoins, alors qu'il était au pied du mur, une méthode moldue allait peut-être le sortir de l'impasse. Il écouta donc Hugo le conseiller, essayer de le détendre et le mettre en garde. Cela lui fit du bien. Le professeur particulier de duels était un adulte, il n'était pas proche de Sirius mais avait tout de même l'air de se sentir concerné. En somme, il avait les idées claires et son aide était sincère.

-Reposez-vous bien et bonne chance, termina le blond lorsque Regulus le quitta un peu plus tard.

Le dîner avait déjà commencé mais une fois de plus, Regulus ne se sentit pas assez bien pour manger. Il monta directement dans son dortoir et alla prendre une douche. Il resta longtemps sous l'eau, méditant les paroles du français. Serait-il capable de faire une chose pareille ? Peu importe la méthode qu'il choisissait, pour que ça ait de l'impact, il fallait qu'ils soient nombreux. Sirius était populaire à Poudlard. Il faisait parler de lui, était drôle et charmeur. Mais il avait autant d'ennemis que d'admirateurs.

Le mois de mars continuait à défiler et après les vacances et le tournoi de duels, ils seraient en avril et avant que quiconque ait pu s'en apercevoir, les examens de fin d'année seraient là. Et même avant cela, il y avait les habituels contrôles et examens blancs. Regulus avait l'espoir que son grand frère serait vite relâché. Il était innocent après tout. Mais si ça ne se passait pas comme il le souhaitait, qui choisirait de se battre pour lui plutôt que de penser à son avenir ?

L'eau coulant sur son corps devint désagréable et ses pensées moroses alors le Serpentard sortit de la cabine de douche. Il se sécha et s'observa distraitement dans le miroir. Il examina son apparence qui lui semblait étrangement juvénile. Il allait pourtant bientôt avoir 17 ans. Dans un peu plus d'un mois, il serait majeur. Pour autant, son reflet ne lui renvoyait pas celle d'un homme, mais encore celle d'un adolescent.

Il toucha son ventre plat. Ses muscles légers se faisaient discrets mais ses côtes étaient plus visibles qu'avant. Il avait maigri, voilà pourquoi il avait cette impression. Il était devenu plus chétif et ses cheveux noirs avaient trop poussé depuis l'été. Ses mèches gagnaient du terrain sur son visage fin, accentuant l'épaisseur de ses lèvres roses.

Regulus ressentit alors quelque chose qu'il avait peu ressenti avant. Du dégout. Pour lui et pour son corps qui ne faisaient pas assez homme. Sirius n'était pas bien plus grand que lui et avant qu'il ne perde du poids, il n'y avait eu qu'une minime différence physique entre eux. A présent, la différence était flagrante. Sirius avait un corps plus sec, athlétique. Le Gryffondor était beau et personne n'avait jamais remis en doute sa virilité. Personne ne l'avait jamais utilisé pour son plaisir, ni n'avait parlé derrière son dos pour l'insulter ou ricaner à cause de ce qu'il était. Il était aimé alors que lui, son premier amour… Le garçon qu'il avait aimé en secret pendant des années l'avait supplié de le rassurer, de lui dire que non, il ne l'aimait pas. Tout ça parce que ce serait trop compliqué pour lui de le gérer, de faire face à ses sentiments inconvenants. Tout ça pour regretter et une fois seuls, vouloir s'amuser avec le petit Regulus !

Potter était comme Rosier mais au moins, le Serpentard l'avait laissé le haïr. Il restait ainsi difficile pour Regulus de simplement faire confiance à James après qu'il lui ait fait autant de mal. Il ne pouvait pas lui trouver des excuses, dire que tout cela était à cause du bracelet et passer à autre chose. Non… Une part du Serpentard avait l'impression qu'il s'agissait également de James, que s'il l'avait vraiment aimé, jamais il n'aurait pu le traiter comme il l'avait fait.

Mais peut-être que ces mots, James les avaient vraiment pensé…

Le Serpentard s'effondra, une main sur sa bouche alors que le dégoût se transformait en nausée. Il s'emmitoufla dans sa serviette et posa sa tête contre le mur, secoué de tremblements. Ses yeux se fermèrent alors qu'il tentait de prendre de grandes inspirations pour se calmer. Il repensa à Padfoot. Après un été sans lui, l'esprit lui était réapparu ici. Une larme lui échappa alors et le sorcier murmura le nom de son gardien, ayant l'espoir fou que celui-ci lui reviendrait. Il était dévasté. D'un coup, il regrettait de lui avoir dit de partir, d'avoir cru qu'il pourrait s'en sortir seul. Il se connaissait, il aurait dû savoir que cela se passerait comme ça. Il essayait de paraître fort mais la vérité n'était pas quelque chose qu'on pouvait cacher, surtout à soi-même. Regulus se sentait pathétique. Le fait qu'il s'apitoie sur son sort et commence à déprimer en était un parfait exemple.

Faire le deuil de la seule personne pour qui il avait vraiment compté, qui avait été présente dans ce monde pour lui, qui l'avait vu lui et non pas d'abord un autre, lui semblait impossible.

Fatigué, il finit par s'assoupir sans même sans rendre compte, encore nu et à peine recouvert par sa serviette, les joues trempées de larmes.

Après un temps indéfini, il sentit quelqu'un secouer doucement son épaule. Il fronça les sourcils et avant même d'ouvrir les yeux, sentit des courbatures dans tout son corps.

-Severus ?

Il chercha à se relever mais sentit sa serviette glisser. Il baissa alors les yeux et remarqua qu'il était nu, que sa serviette ne cachait pas grand-chose. Il la récupéra et fit de son mieux pour se couvrir. Il rougit et tandis que ses yeux remontaient sur Severus, il aperçut Rosier derrière lui, présent vraisemblablement depuis le début et qui le fixait.

-Qu'est-ce qu'il fait là lui ?!

A la pensée que Rosier ait pu l'observer alors qu'il était aussi vulnérable, un frisson de dégout l'envahit.

-Je ne t'ai pas touché. Je t'ai trouvé comme ça en remontant et tu ne répondais pas quand je t'ai appelé. J'ai dit aux autres de rester dans la chambre et je suis parti chercher Snape. Est-ce que ça va ?

Regulus n'était pas certain de le croire mais il hocha la tête, espérant juste que le Serpentard allait s'en aller.

-Je peux m'en occuper seul à présent, Rosier, grogna Severus.

Regulus comprit que son ami avait déjà dû essayer de renvoyer le blond plusieurs fois. Celui-ci sembla néanmoins enfin comprendre le message et il soupira avant de s'en aller. Regulus se détendit enfin.

Severus l'aida alors à se lever et essuya maladroitement les larmes qu'il avait encore au coin des yeux.

-Reste ici, je vais te chercher des vêtements.

Severus sembla vouloir ajouter quelque chose mais après une hésitation, se contenta de soupirer. Il revint vite, comme si laisser le plus jeune trop longtemps ne le rassurait pas. Il donna heureusement un peu d'intimité au brun pour qu'il puisse se changer. Regulus sortit ensuite de la salle de bain le plus dignement possible. Il ignora le regard des autres Serpentard quand il pénétra dans le dortoir et alla directement vers son lit. Il fut néanmoins surpris que Snape le suive.

-Qu'est-ce qu'il se passe, Regulus ?

-Rien. J'ai sommeil, mentit-il.

Snape soupira mais un de ses camarades de chambre lui grogna de partir et le futur potionniste leva les yeux au ciel. Il était temps pour eux de dormir alors il n'avait guère le choix. Regulus le remercia tout de même du bout des lèvres avant de tirer les rideaux de son lit. Il fallait à tout prix qu'il se ressaisisse. La semaine ne faisait que commencer, les jours à venir seraient plus durs. Il était temps de montrer que lui aussi était fort. Les doutes n'étaient plus permis.

xXx

Maugrey détestait le mardi. Il détestait également le lundi et n'appréciait pas plus le mercredi. Il avait en horreur le dimanche et le jeudi l'horripilait. En réalité, il ne supportait pas vraiment plus les autres jours car les criminels ne se reposaient pas et il avait du boulot tout le temps. Il prendrait le temps d'apprécier tous ces jours lorsqu'il serait mort. Il dormirait alors autant qu'il le souhaiterait et même plus encore. Tous les soucis du quotidien n'existeraient plus et on le laisserait enfin tranquille.

Malheureusement, ce n'était pas pour tout de suite.

Maugrey avait choisi le boulot difficile d'Auror dans l'espoir de se rapprocher de ses parents, héros morts en service. Il ne les avait pratiquement pas connus. Ses parents avaient vécu pour le boulot et Maugrey prenait le même chemin. Être Auror, au-delà du prestige, c'était surtout un boulot ingrat. Beaucoup de travail pour peu de résultats et une paye acceptable, mais qui n'aidait pas à réaliser ses rêves. Alors il ne fallait pas rêver trop grand. Les gens vous traitaient d'incapable quand vous échouiez et voyaient plus vos échecs que vos réussites. Souvent, la hiérarchie vous mettait des bâtons dans les roues et le protocole vous faisait vous arracher les cheveux.

Mais malgré tout, Maugrey adorait ce qu'il faisait. En plus, il était bon.

Auror, ce n'était pas un métier, c'était une vocation.

Ce n'était plus aussi dangereux que du temps de la guerre contre Grindelwald mais les agents pouvaient toujours partir le matin et ne pas revenir le soir. Maugrey n'avait pas peur, il avait dépassé ce stade depuis longtemps. Il n'avait pas de famille et pas vraiment d'amis, rien ne le retenait et seule la mort était capable de donner le repos éternel. Non, ce qui lui donnait des insomnies, c'était bien cette foutue histoire autour d'Azkaban. Il y avait encore tellement à faire. Il avait l'impression que le bureau des Aurors faisait du surplace à ce sujet.

Le châtain releva la tête de ses papiers pour fixer la jeune femme mal à l'aise devant lui. Il se retint de l'envoyer paitre : impossible d'avoir la paix ! Elle lui avait parlé, peut-être même posé une question, et partirait probablement dès qu'il y aurait répondu.

-Quoi ?

-Eh bien, c'est au sujet de Sirius Black…

-Encore lui ? s'agaça-t-il.

-Oui, les interrogatoires ne donnent rien et il continue à clamer son innocence.

Maugrey garda le silence. Il inspira même un grand coup, se fichant de ne pas avoir l'air discret et observa sa jeune collègue.

-Et pourquoi venez-vous me dire ça ? Sirius Black n'est pas mon problème, j'ai autre chose à faire, comme réinterroger des témoins et des fugitifs à capturer.

L'Auror estimait avoir fait sa part de travail. Il avait pratiquement bossé seul sur cette affaire, il n'allait pas continuer à faire le boulot de ses collègues ! Il avait d'autres dossiers, dont celui des évadés d'Azkaban. Son supérieur était ulcéré par la lenteur de l'enquête et Maugrey ressentait à peu près la même chose.

Bien entendu, Maugrey était content d'avoir suivi son instinct et ainsi d'avoir pu éviter une catastrophe. James Potter n'était toujours pas tiré d'affaire mais sans son intervention, il serait probablement déjà mort. Il avait été félicité pour ses différentes initiatives et son supérieur avait même eu un mot gentil pour lui alors qu'habituellement, il ne s'exprimait qu'en criant et en vociférant. Toujours sur les nerfs, constamment fatigué, l'homme semblait usé par la vie. Maugrey se demandait si l'homme aimait réellement son métier.

L'Auror savait en quelque sorte qu'il pouvait être fier de lui, mais quelque chose le troublait dans cette histoire. Tout accusait Sirius Black. Les preuves étaient contre lui et cela semblait trop facile. Il s'obstinait à clamer son innocence mais Maugrey savait depuis longtemps qu'il ne pouvait pas croire les gens sur parole parce que les gens mentaient. La seule chose dont Maugrey ne douterait jamais était son intime conviction. Et le véritasérum. Car malheureusement, les preuves également pouvaient être manipulées.

Cette affaire n'était plus de son ressort, le département des Aurors possédaient des inspecteurs suffisamment compétents pour faire la lumière sur cette histoire. Il avait affaire à suffisamment de sollicitations comme ça et ne possédait pas assez de temps ni de bonté d'âme pour continuer de discuter avec sa collègue. Il n'y avait pas qu'elle qui réclamait son aide sur cette histoire. Hier encore, Maugrey avait regardé de longues minutes la lettre que lui avait envoyée Remus. Fatigué, l'Auror avait fini par la jeter. Il la connaissait presque par cœur à force de la relire et il savait bien qu'il n'y répondrait pas. Il appréciait assez le Poufsouffle mais ce n'était pas pour cette raison qu'il pouvait lui donner des informations sur une enquête en cours. Bien entendu, Remus ne l'avait pas formulé ainsi mais peu importe les chemins détournés pris, la finalité restait la même.

Maugrey ne se faisait pas de souci pour le Préfet-en-chef, il ne prendrait pas mal son silence. Il devait savoir pourquoi Maugrey ne lui répondait pas, même pour lui donner une petite information sans conséquence. Tout comme Maugrey ne se vexait pas que Remus ait pu se servir de l'attachement et du respect qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre pour obtenir des informations secrètes.

L'Auror soupira et jeta un coup d'œil à sa collègue toujours à ses côtés. Celle-ci semblait hésiter à lui faire part de quelque chose et Maugrey s'impatienta.

-Je suis agent de terrain, pas enquêteur ! Si vous avez des doutes, ce n'est pas à moi qu'il faut en faire part.

Maugrey soupira puis se leva sous le regard ahuri de la jeune femme. Il récupéra le dossier qu'il étudiait plus tôt et tomba sur Dawlish dans le couloir. Il l'interpella.

-Qu'a donné la demande de filature de la famille de Dolohov ?

-Bonjour, Maugrey, sourit l'Auror, habitué à l'attitude parfois brusque du plus jeune. La filature n'a rien donné pour l'instant.

-Hum, le contraire m'aurait étonné, marmonna-t-il. Cet homme est loin d'être bête. Le meilleur moyen de se faire arrêter est d'aller retrouver ses proches, il doit se douter qu'elle est sous surveillance.

-Nous n'avons pas obtenu plus de résultats du côté de McKinnon. Sa famille avait de toute façon apparemment coupé les ponts avec lui suite à son emprisonnement.

-Ça n'a pas empêché sa sœur de le libérer.

-Sous impérium, précisa Dawlish.

-Je n'y crois pas une seule seconde et vous non plus.

Le plus âgé se contenta de soupirer. Il avait des soupçons mais ne pouvait être aussi catégorique que son collègue.

-D'autres nouvelles ? demanda Maugrey.

-La protection auprès de la famille Lupin sera levée à la fin du mois.

-Quoi ? Ça fait seulement un mois !

-Nous sommes en sous-effectif et nous n'avons pas de nouveaux éléments qui nous permettent de penser que cette famille est en danger dans l'immédiat.

-Greyback est dehors, ça devrait être une raison suffisante, grinça Maugrey.

Il abandonna là son collègue pour aller patrouiller. Cette affaire allait le rendre fou. Depuis février, ils n'avaient pas avancé. Ils ignoraient encore si les trois fugitifs étaient ensemble, et même s'ils avaient des projets communs. Mais Maugrey le sentait, le temps pressait. Ces criminels s'étaient forcément échappés d'Azkaban pour une bonne raison et n'avaient pas pu le faire sans aide extérieure, que ce soit grâce à une élève ou à qui que ce soit d'autre.

xXx

-Docteur, j'ai les résultats des examens de James Potter.

Meredith Douglas se tourna vers l'infirmier et attrapa le dossier que celui-ci lui tendait. Elle le remercia et alors qu'il s'en allait, se laissa de nouveau tomber sur son fauteuil. Elle contempla le dossier sur son bureau et soupira. Elle était fatiguée. Elle avait terminé sa journée deux heures auparavant déjà mais pourtant, elle était encore là et elle savait qu'elle ne partirait pas tout de suite. Meredith Douglas était une médicomage qui avait déjà dépassé les 65 ans. Elle était une née-moldue et aurait dû prendre sa retraite cette année. Mais par professionnalisme et bon cœur, elle avait décidé de repousser ce moment. L'hôpital manquait cruellement de personnels. De plus, depuis qu'elle vivait dans le monde magique, elle avait pu remarquer qu'en plus de vivre plus longtemps, les sorciers travaillaient beaucoup plus longtemps.

Il était alors hors de question de partir plus tôt que tout le monde. De plus, ses enfants étaient grands et son époux aussi travaillait. Elle avait peur de s'ennuyer si elle restait seule à la maison. Elle n'avait aucun projet en cours et elle aimait son travail. Même si les jours où elle n'en voyait pas le bout parvenaient à la faire douter…

Meredith était celle qui s'occupait du cas de James Potter depuis son arrivée. Elle avait déjà vu des cas de malédiction ou d'intoxication à la magie noire, mais le cas du Gryffondor était bien plus complexe que ce à quoi elle s'était attendue. L'analyse du bracelet magique avait pu lui permettre de savoir vers quoi orienter ses recherches. Une fois que les Aurors lui avaient fourni l'objet, elle avait pu lancer la batterie de tests adéquats. Il était temps de découvrir les résultats. Elle enfila ses lunettes et ouvrit enfin le dossier qu'on lui avait fourni plus tôt.

Elle parcourut rapidement le dossier avant de le relire une deuxième fois plus lentement. Elle fronça ensuite les sourcils avant de sortir son bloc notes et de prendre un stylo. Au premier abord, James Potter souffrait de ce qu'on pouvait appeler grossièrement une sévère intoxication. Mais dans les détails, les choses étaient plus compliquées que ça. Le bracelet avait commencé à imprégner de sa magie noire le sang de James, coulant directement dans ses veines. Une grande quantité en était imbibée et c'était quelque chose de dangereux. Le sang ayant changé de composition, James avait fini par tomber malade, sévèrement.

Meredith devait vite trouver une solution pour purifier son sang et elle avait quelques pistes en tête mais elle allait d'abord devoir échanger avec ses collègues pour qu'ils puissent l'aider ou lui proposer des alternatives. La solution à laquelle elle pensait n'était pas sans risque. Elle se leva, prit les différents dossiers dont elle avait besoin et sortit de son bureau. Elle espérait que ses collègues aient une solution miracle car elle ne voulait pas avoir à annoncer aux parents que la solution pour soigner leur fils pouvait aussi bien le sauver que le tuer.

xXx

Dumbledore observa la centaine d'élèves présents dans le parc. Toute cette agitation lui rappelait ce qui s'était passé il y a quelques jours pour l'anniversaire de Remus Lupin. Mais le directeur ne s'y trompait pas, ça n'avait rien d'une fête, que ce soit pour les élèves assis par terre en signe de protestation que pour les directeurs de maison qui essayaient de faire entendre raison à leurs élèves.

-C'est vous qui leur avait soufflé l'idée, n'est-ce pas ?

Hugo Leroy observa son ami, un sourire innocent aux lèvres. Il garda néanmoins le silence.

-Vous savez que c'est inutile ? continua Albus. Ces élèves devraient être en cours et rien de ce qui se passera ici ne pourra aider leur ami, bien au contraire.

-Ça, c'est vous qui le dites, Albus. Laissez-les agir. Il faut qu'ils apprennent à prendre leur destin en main et qu'ils sachent s'aider eux-mêmes. Vous pensez réellement que Sirius Black a tenté de tuer son meilleur ami ?

-Non, répondit lentement le directeur. Mais le fait est que le bijou a été retrouvé dans les affaires de Sirius Black et cela joue malheureusement contre lui.

-Et vous ne comptez pas l'aider ? demanda le blond, étonné.

Albus fut surpris par sa question. Il avait eu l'impression d'entendre de la déception chez son jeune ami. Comme beaucoup, Hugo devait penser qu'il était capable de tout. Hors, c'était loin d'être le cas. Il n'était qu'un homme, perclus de défauts et qui avait malheureusement bien trop de choses à s'occuper. Contrer Jedusor s'avérait plus compliqué que prévu. Le sorcier s'était fait discret à Poudlard ces derniers temps pour mieux s'implanter auprès de l'aristocratie sorcière et chez quelques Sang-Pur intégristes. Il avait même pu intégrer un cercle très proche de sorciers travaillant au Ministère et qui partageait ses idées.

C'était triste à dire, mais Dumbledore avait appris à choisir ses batailles et encore plus ses priorités.

-Je pense que cet enfant n'est pas coupable, il finira par être relâché, reprit-il après un instant.

-C'est noble de votre part d'ainsi croire en la justice de votre pays, de votre monde. Mais vous savez comme moi que cette justice n'est pas infaillible parce que les hommes qui la rendent ne le sont pas eux-mêmes, fit Hugo.

-Je comprends que tu doutes, mais le monde magique possède suffisamment de ressources pour éviter les erreurs judiciaires.

Leroy sembla alors se perdre dans ses pensées pendant un instant avant de s'adresser de nouveau au directeur de l'école.

-Vous avez déjà pensé à intervenir ? Sirius Black a été emmené il y a plusieurs jours, vous pourriez peut-être accélérer sa libération.

Dumbledore plongea son regard dans les yeux du français et se demanda s'il pourrait accepter un jour d'y voir de la déception. Non, il n'avait même pas pensé à intervenir. Il doutait d'avoir le pouvoir de changer quoi que ce soit à la situation. Plus fou encore, il avait cet espoir un peu candide que tout finirait par s'arranger très vite. Mais ce n'était pas le cas. Sirius Black n'était toujours pas revenu à Poudlard et l'état de James s'était légèrement stabilisé mais il n'y avait pas encore de guérison en vue.

Contrairement à lui, les élèves de Poudlard s'étaient mis depuis peu à vouloir mener des actions concrètes en soutien à leurs amis. Même si cela partait d'une bonne intention, Dumbledore savait que ça allait probablement causer plus de problèmes encore. S'ils se mettaient à manquer des cours, les professeurs ne pourraient pas rester sans rien faire. Les parents pourraient se plaindre, exiger que leurs enfants puissent avoir une scolarité qui n'était pas perturbée.

En un instant, Dumbledore put faire défiler dans son esprit tous les problèmes qui allaient probablement survenir.

-Albus ? l'appela Hugo, comme celui-ci ne répondait pas.

-Il faut laisser faire le temps, dit-il simplement.

xXx

Peter Pettigrow se sentait bien seul dans la salle commune des Gryffondor. Il était revenu d'une de ses séances avec le psychomage et avait été étonné de voir la maison des lions inhabitée. Il savait que quelques Gryffondor étaient à la bibliothèque mais la plupart étaient dehors, en train de protester en faveur du grand Sirius Black. C'était n'importe quoi. Peter n'avait pas envie de rentrer dans les détails pour savoir si le batteur était coupable ou non, le fait est que des élèves n'avaient pas à se mêler de ça. Ils avaient déjà raté une journée de cours et de ce qu'il comprenait, ils allaient passer la nuit dehors. Sirius Black méritait-il tout ça ?

Il n'en était pas sûr. Ce qu'il savait, c'est que si ça avait été un autre, plus d'un ne se serait pas bougé. Mais c'était Sirius Black, le mec le plus populaire de Poudlard. C'était étrange comme il avait l'impression que les autres s'inquiétaient plus pour le potentiel criminel que pour la victime. James Potter allait peut-être payer de sa vie son amitié avec Sirius Black.

Soudain, il y eut du bruit dans le couloir et cela sortit le blond de sa solitude. Curieux, il se leva de son fauteuil et alla voir de quoi il retournait. Il devait se faire discret. Chez les lions, c'était un peu mal vu que de ne pas défendre quelqu'un de sa maison. Il allait certainement être catalogué de lâche ou de traitre, une fois de plus. A moins que comme d'habitude, personne ne remarque son absence. Ils étaient beaucoup après tout, ce n'était pas la moitié de Poudlard, mais c'était déjà extraordinaire. Les Serpentard n'avaient que peu participé. Seuls les amis proches de Regulus étaient là et c'était avant tout pour lui et non pas pour son frère. Les Poufsouffle, émus et attristés, s'étaient quant à eux précipités pour montrer leur soutien. Il y avait beaucoup de jeunes mais en soi, toutes les années étaient présentes. Rien d'étonnant pour la maison de la loyauté. Il n'y avait pas beaucoup de Serdaigle par contre. Plus que les Serpentard, mais beaucoup chez les aigles avaient fait le choix de ne pas prendre de retard dans leurs cours. Personne ne savait si le sit-in servirait à quelque chose, ni même combien de temps il durerait.

Il y avait des examens à la fin de l'année. Sirius, ni aucun autre élève, ne méritait que d'autres ne gâchent leur avenir.

Néanmoins, ça n'empêchait pas certains de s'acharner. Peter eut une moue triste en voyant ainsi son ami accompagné de Dorcas Meadowes, des sacs dans les mains, dans les couloirs. Il était 19h passé et ils semblaient se diriger hors du château. Il ne faisait aucun doute pour le blond qu'ils étaient partis au ravitaillement.

-Remus, appela-t-il doucement.

Celui-ci s'arrêta et Dorcas fit de même. Peter, après une hésitation, les rejoignit.

-Vous étiez dans les cuisines ? demanda-t-il pour avoir confirmation.

Dorcas acquiesça.

-Les autres vont déployer les tentes, on va manger ensemble et puis beaucoup iront se coucher, je suppose. Il ne faut pas croire, c'est fatiguant ce genre de chose, sourit Remus.

Mais Peter n'avait pas envie de rire.

-Vous êtes vraiment sérieux ?

Il soupira.

-Ça ne sert à rien et ça n'en vaut pas la peine.

-Nous devons au moins essayer.

-Il a raison, je pense d'ailleurs que ça a de grandes chances de marcher, approuva Dorcas. En lisant le journal ce matin, j'ai vu un petit article qui parlait de l'affaire Black. C'est comme ça qu'ils la nommaient dans le journal. Ils parlaient rapidement des faits, disaient que Sirius continuait à clamer son innocence et que beaucoup d'élèves de Poudlard lui apportaient son soutien, à lui et à James. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est déjà un début.

Remus acquiesça.

-Il faut qu'on continue comme ça, c'est notre seul moyen de nous faire entendre. Si plus de journaux parlent de nous, ce sera encore mieux. On peut même imaginer réussir à avoir l'opinion publique de notre côté. A terme, on pourrait réussir à faire plier les autorités !

Peter n'en croyait pas ses oreilles et à voir ses deux amis si enthousiastes, il se dit qu'ils se berçaient tout simplement d'illusions.

-D'ailleurs, demain, nous allons faire…

Dorcas s'arrêta, ayant un trou de mémoire.

-Un feu d'artifice sorcier, compléta Remus.

-Ouais, c'est ça ! Donc demain, on va faire un feu d'artifice sorcier en soutien à James parce qu'on ne l'oublie pas.

Peter fit la moue. Il avait envie de leur dire de ne pas y aller, mais ne savait pas comment le faire sans passer pour un gros égoïste.

-Tu veux venir avec nous ? lui proposa le Préfet-en-chef.

-Non, répondit-il aussitôt.

Surpris, Remus fronça les sourcils. Peter avala sa salive et essaya de se tenir bien droit. Les séances avec Jedusor lui avaient apprises à ne pas avoir honte et à avoir au moins le courage de s'exprimer plus facilement.

-Et tu ne devrais pas y aller non plus, lui fit-il alors remarquer. Tu rates des cours, Remus, vous serez en dehors du château après le couvre-feu et tu es l'un de ceux qui a organisé ça. On pourrait t'enlever ton insigne de Préfet-en-chef.

-Je le sais, répondit lentement le châtain.

Peter le regarda avec des yeux effarés.

-Sirius Black t'a vraiment retourné la tête ! C'est un connard, Remus, comment peux-tu être si aveugle et te plier en quatre pour lui ?! explosa-t-il soudain.

Dorcas le dévisagea, à la fois peinée et surprise. Elle avait l'horrible impression que la conversation qui allait suivre aurait méritait d'être privée.

-Il ne s'agit pas que de Sirius ! s'énerva Remus à son tour.

-Bien sûr que si ! T'es amoureux alors tu fais n'importe quoi, comme d'habitude !

Remus rougit et essaya de faire abstraction de la présence de la Gryffondor à ses côtés. Personne n'était au courant de ce qui s'était passé entre Black et lui, mais Peter venait de gaffer et cela allait mettre la puce à l'oreille de son amie. Il lui en voulut et lui lança un regard noir. Il en avait assez des leçons de morale de Peter et de ses jugements. Le Gryffondor faisait une fixette sur Sirius et alors même que celui-ci s'était désintéressé de lui, Peter continuait de construire sa vie en fonction de lui.

-Il s'agit de faire en sorte qu'un innocent n'aille pas à Azkaban. Bon sang, tu étais à la sortie toi aussi, tu sais combien c'est horrible ! Je ne souhaite ça à personne. Alors oui, je tiens à Sirius et c'est pour ça que je me bats, mais tu devrais également te trouver avec nous parce que c'est une cause juste. Non, on n'est pas sûr du résultat et on met peut-être notre avenir en jeu, mais il y a des choses plus importantes que d'être Préfet-en-chef ou d'avoir un Optimal en rune. Je ne suis pas égoïste comme toi, ni lâche, je n'aurais aucun regret en quittant Poudlard !

-Remus, tenta de tempérer Dorcas qui se sentait impuissante face à la dispute des deux amis.

-Lâche ?! couina Peter. Il t'a bien monté le cerveau !

-Mais arrête de tout ramener à Sirius, Peter !

-Si ! Si, je ramène tout à lui ! s'écria le blond, rouge de colère. As-tu oublié tout ce qu'il m'a fait ?! As-tu oublié tout ce qu'il t'a fait ? Moi non, tu étais tellement triste avant Noël, c'est moi qui t'es consolé ! Et si je te dis ça, c'est parce que moi, contrairement à lui, je tiens à toi ! C'est mon devoir en tant qu'ami de t-

-Ami ? ironisa Remus. Un ami n'aurait jamais fait ce que tu as fait, Peter ! Je ne t'ai jamais rien reproché pour les photos mais j'ai peut-être été trop indulgent avec toi. Un ami n'aurait jamais fait ça ! Tu savais combien je voulais garder mon homosexualité secrète…

-C'était pour te protéger, répondit le blond, honteux.

-Non, c'était pour te venger et tu le sais aussi bien que moi.

Remus secoua la tête et c'est les lèvres tremblantes qu'il s'en alla. Peter le regarda partir et éclata en sanglots. C'était la première fois qu'il se disputait autant avec Remus et c'était douloureux.

-Peter, c'est vrai cette histoire ? C'était toi, la photo ? Je croyais… On croyait que c'était Regulus…

Dorcas semblait avoir encore plein de questions mais Peter n'était franchement pas en état d'y répondre. Il essuya grossièrement ses larmes, ne voulant pas plus se ridiculiser devant la fille qu'il appréciait. Il s'excusa piteusement et se précipita à l'intérieur de la salle commune des lions. Dorcas s'empressa alors de le suivre et le rattrapa avant qu'il n'ait pu monter dans son dortoir.

-Peter, attends !

-Laisse-moi, je ne suis qu'un minable.

Peter entendit Dorcas soupirer et elle lui attrapa le poignet pour le forcer à s'asseoir sur un des fauteuils. Il obéit, se sentant trop fatigué pour protester. Elle s'installa ensuite à ses côtés et lui passa un mouchoir pour qu'il puisse se nettoyer un peu.

-Merci.

Elle lui sourit et lui frictionna gentiment l'épaule.

-Ne t'en fais pas, Remus ne pensait pas tout ce qu'il a dit.

-Je suis sûr que si et il aurait raison. Il a toujours été là pour moi mais moi, qu'est-ce que j'ai fait pour lui à part des conneries ?

-Tout le monde fait des erreurs en essayant de faire le bien.

Peter eut un sourire triste.

-Pas toi. T'es vraiment formidable…

Ils se sourirent et, plongé, dans le regard doux de la lionne, Peter sentit soudain son cœur battre la chamade. Dorcas et lui s'étaient beaucoup rapprochés depuis le bal et Peter avait pu apprendre à connaître et à apprécier cette jeune femme assez discrète au premier abord. La sorcière à la peau d'ébène et aux longs cheveux bruns était aussi douce que forte. Elle était comme un modèle pour l'adolescent rondouillard. Timide et effacée à son entrée à Poudlard, elle s'était transformée pour devenir une belle jeune femme, sensible et affirmée.

En se rapprochant de la Gryffondor, Peter avait réalisé qu'entre ce que les gens laissaient croire et ce qu'ils étaient vraiment, il y avait souvent un gouffre. Longtemps obnubilé par les Maraudeurs et Marlene Mckinnon, il n'avait que peu fait attention à ce qui l'entourait et aux possibilités qui lui étaient offertes. Aujourd'hui, il se rendait compte que ce qui l'avait attiré chez les Maraudeurs, c'était leur popularité. Il les avait enviés pour l'apparence de leur vie simple car tout avait l'air de leur sourire. Peter était tombé de haut en se rendant compte à quel point ces deux garçons qu'il admirait tant n'étaient en fait que des imbéciles immatures.

Quant à Marlene, il était tombé sous son charme au premier regard mais en fin de compte, il ne savait rien d'elle. Il l'aimait parce qu'elle était inaccessible. S'il avait l'occasion de passer un moment avec elle, il ne saurait pas quoi lui dire, aurait peur de passer pour un imbécile et redouterait constamment que le moindre blanc s'installe. Peter savait qu'il se sentirait toujours troublé face à elle mais à présent, il savait que ce qu'il ressentait pour elle n'était pas de l'amour, pas vraiment.

Avec Dorcas, il avait envie de dire que tout était différent. Il se sentait bien, à l'aise. Le Gryffondor avait cette impression d'être son égal et de pouvoir s'exprimer comme tel. Il trouvait adorable la façon dont elle ne pouvait s'empêcher de faire craquer ses doigts avant de commencer à effectuer une tache, de lever les yeux au ciel lorsqu'elle était exaspérée et de toujours faire en sorte de communiquer sa bonne humeur aux autres.

Le blond commençait à éprouver des sentiments pour sa camarade et avait l'impression qu'elle aussi l'appréciait. Il rougit alors qu'il prenait conscience qu'il n'arrivait pas à détacher son regard de Dorcas et qu'elle l'observait toujours, un sourire aux lèvres. Le cœur du blond battait de plus en plus fort dans sa poitrine et ses mains étaient à présent moites. Il avait envie de l'embrasser et c'était si flagrant qu'il était certain que Dorcas avait deviné ses intentions. Elle continuait néanmoins à lui sourire et il se dit alors qu'elle aussi devait en avoir envie. A cette pensée, le cœur de Peter battit encore plus vite et il décida pour une fois de se montrer courageux et audacieux. Avant de le regretter, il s'approcha vivement d'elle et tenta de l'embrasser. Il eut cependant à peine le temps de fermer les yeux que celle-ci recula in extrémis.

Il la fixa, les yeux grands ouverts, accablé de honte.

-Excuse-moi. Pardon ! J-je ne sais pas ce qu'il m'a pris, tenta-t-il.

Il n'osait pas la regarder dans les yeux.

-Non, ne t'excuse pas ! l'arrêta-t-elle.

Elle le regarda, penaude.

-C'est… j'ai été surprise, c'est tout. D'un coup, tu ne disais plus rien, tu te contentais de me fixer bizarrement. Je…je ne savais pas que je te plaisais, avoua-t-elle. Enfin, si j'ai bien compris…

Peter ne savait pas quoi dire, il était seulement certain d'une chose : nier était inutile. Il se sentait nerveux parce qu'il n'avait jamais avoué ses sentiments à personne. Mais Dorcas avait beau avoir à peu près deviné de quoi il retournait, elle ne le fixait pas avec dégout. En fait, son regard n'avait pas changé. Décidé, le blond rassembla à nouveau tout son courage et se tourna vers elle.

-C'est exact… Tu es vraiment géniale, Dorcas, tu me plais beaucoup.

Elle rougit et Peter se sentit horriblement embarrassé.

-Tu sais, si j'ai eu cette réaction plus tôt, c'est parce que j'ai été surprise, pas parce que je ne le voulais pas…

Peter fronça les sourcils avant de comprendre ce qu'elle voulait dire. Il se sentit alors si heureux qu'il s'approcha d'elle et put la voir faire de même. Il ferma les yeux et quelques secondes plus tard, sentit contre les siennes les lèvres de Dorcas. Son premier baiser eut le goût du bonheur.

xXx

La première chose que vit Dawlish en entrant dans la salle d'interrogatoire fut à quel point Sirius Black n'avait pas l'air bien. Accompagné d'un inspecteur, il gérait l'affaire Black. Maugrey avait fait du bon travail jusqu'à présent, arrivant à dénicher cette affaire très importante liée à de la magie noire. Mais Dawlish pouvait affirmer sans se tromper qu'aucun de ses collègues n'avait trop confiance en Maugrey pour mener un interrogatoire. Ce n'était pas un exercice facile où il fallait faire preuve de psychologie, de maitrise et de calme, mais surtout d'analyse. L'Auror n'avait pas encore suffisamment d'expérience pour cela.

Malgré qu'il s'occupe de cette affaire, c'était la première fois que l'Auror allait interroger le principal suspect. Cette partie là du travail avait jusqu'à présent incombé à son collègue. Dawlish, lui, avait continué de mener son enquête et de rassembler des preuves. L'Auror était retourné voir les gérants de la boutique cambriolée, avait interrogé la famille Black sur le bracelet. Parler à Orion et Walburga avait été très compliqué. Ceux-ci avaient en horreur les Aurors mais à force de persévérance, l'homme avait réussi à obtenir un court entretien. Il avait alors pu apprendre que Sirius ne s'était jamais intéressé à la magie noire et que les parents n'avaient jamais parlé à leur fils ainé de ce bracelet.

Dawlish en avait eu la confirmation en interrogeant quelques personnes de l'entourage de Sirius Black à Poudlard. Même les parents de James Potter refusaient de croire que le batteur ait pu vouloir faire du mal à leur fils. Ce dernier se trouvait pourtant dans une position délicate : toutes les preuves matérielles accusaient le Gryffondor mais pour le reste, c'était plus compliqué. Il n'y avait pas beaucoup de choses qui suivaient ce sens mais l'Auror savait qu'au final, seules les preuves matérielles comptaient. Ca et les aveux du coupable. Bien que certains criminels n'ait jamais avoué, même une fois à Azkaban, alors que d'autres avaient tenté de minimiser pour réduire l'impact de leur peine.

Il y avait quelque chose d'autre qui embêtait assez l'Auror et c'était le soudain intérêt de la presse pour cette affaire. Il savait que quand les médias commençaient à se mêler des enquêtes en cours, ça virait rapidement au délire. Surtout si à travers elle, l'opinion publique se mettait à prendre fait et cause pour Sirius Black.

Les Aurors ne faisaient vraiment pas un travail facile.

Dawlish s'installa face à Sirius qui releva à peine les yeux pour le regarder. L'Auror ouvrit le dossier, relut devant le suspect les différents éléments notifiés et une fois fini, il repoussa au loin le dossier pour observer le brun, silencieux. Tout cela était calculé. Il fallait lui mettre les nerfs à rude épreuve, le fatiguer suffisamment pour qu'il commence à commettre des fautes. Jusqu'à présent, ça n'avait pas été le cas.

-Pouvez-vous me répéter ce qu'il s'est passé, s'il vous plait ?

Sirius eut un rire désabusé.

Le jeune homme était intelligent et Dawlish savait qu'il devait se douter de ce qu'il espérait en agissant ainsi. En regardant ses yeux, l'Auror pouvait voir malgré la fatigue que sa volonté, sa résistance, étaient toujours intactes.

-A quel sujet exactement ?

-Au sujet de tout, mais surtout comment vous êtes entré en possession d'un bien si dangereux.

Sirius ne niait pas le vol du bracelet mais seulement la tentative d'assassiner son meilleur ami.

-Je l'ai repéré lors d'une sortie à Pré-au-Lard. James et moi étions entrés dans le magasin de Barjow et Beurk. On savait qu'on allait se faire virer, c'était une manière de s'amuser, de faire tourner en bourrique les propriétaires. Mais avant que ça arrive, j'ai vu le bracelet et il s'est passé quelque chose de bizarre.

Sirius releva un instant les yeux sur lui mais Dawlish resta silencieux, concentré sur ce qu'il disait.

-Même une fois qu'on avait quitté le magasin, j'ai fait que d'y penser. Plus tard, j'ai appris que c'était quelque chose qui appartenait à ma famille. J'en ai parlé avec James et on a continué à se renseigner un peu. Très vite, les capacités magiques du bracelet nous ont intéressés. Je l'ai volé, c'est vrai, et j'ai enfreint plein de règles pour ça, mais j'avoue que je n'étais pas totalement dans mon état normal. Je n'avais même pas l'impression de le voler. Barjow et Beurk sont des magouilleurs, tout le monde le sait. Je me doutais qu'aucun membre de ma famille ne se séparerait d'un bien si précieux. Je me disais que je récupérais mon héritage. Mes parents se sont débarrassés de moi, c'était également leur faire un pied de nez.

-Comment avez-vous procédé ?

Sirius soupira, fixa la table et continua son récit de manière neutre. A force de se répéter, il semblait à présent simplement rabâcher un texte. Sa voix garda donc la même intonation lorsqu'il parla de la suite.

-J'ai utilisé un passage secret de l'école pour sortir et me rendre dans la boutique.

-Quel est ce passage secret ?

Le brun esquissa un sourire.

-Si je vous le disais, ce ne serait plus un secret.

-Je dois donc vous croire sur parole. Il est aussi probable que vous ayez bénéficié d'une aide pour sortir. Celle d'un enseignant, d'un élève ou même d'une aide extérieure.

-C'est vous l'Auror, à vous de savoir si je dis la vérité.

Dawlish sourit. Décidément, le Gryffondor ferait un très bon Auror s'il décidait de se mettre dans le droit chemin. Mais s'il écopait d'une condamnation, ce serait alors impossible.

-J'avais la cape d'invisibilité de James, c'était facile.

-Pourquoi avoir payé pour un bien que vous considériez déjà vous appartenir ?

-Par acquis de conscience. J'espérais également échapper aux problèmes. Si je payais, ce ne serait pas considéré comme un vol.

-Vous me dites avoir fomenté ça seul alors qu'au début, James était avec vous. Vous espérez sincèrement me faire croire qu'il n'est pas impliqué là-dedans ?

-Et pourtant, c'est vrai. Je ne lui ai pas dit que je comptais le voler. Il pensait que je voulais le récupérer de manière honnête, c'est ce que je lui avais fait croire.

-Pourquoi ne pas l'avoir réellement fait ?

-Je n'avais pas confiance en Barjow et Beurk. Je suis un élève, rien que rentrer dans le magasin est compliqué. Il n'aurait jamais admis l'avoir eux-mêmes déjà volé et je me disais qu'une fois qu'ils sauraient que je voulais le bracelet, ils se méfieraient de moi et ne me laisseraient plus approcher du magasin. Comme je vous l'ai dit plus tôt, je ne pensais pas à mal.

Il soupira.

-Si j'avais su comment ça se terminerait, je l'aurais laissé à sa place. Je n'ai jamais voulu ce qui s'est passé… James…

-Vous vous êtes renseigné sur le bracelet et dans vos recherches, vous n'avez pas trouvé les effets néfastes d'une magie si puissante ?

-Pas vraiment. Je n'ai pas trouvé tant d'informations que ça et je n'allais pas demander à mes parents. Je sais que j'ai agi comme un crétin, vous n'avez pas besoin de me le dire.

Dawlish observa Sirius Black et ressentit de la compassion pour le suspect, ce qui ne lui arrivait pas souvent. Il voyait les capacités du Gryffondor et n'avait pas l'impression d'avoir un criminel en face de lui, ni même quelqu'un de dangereux.

-Pour être honnête avec vous, Sirius Black, je pense qu'effectivement, vous n'avez pas réellement tenté d'assassiner votre meilleur ami.

Il vit les yeux de Sirius briller, l'espoir le gagner.

-Mais ce que je pense n'a que peu d'importance, surtout quand il y a autant de preuves contre vous. Néanmoins, je peux vous proposer quelque chose pour vous sortir de là.

Sirius fronça les sourcils, toujours autant suspendu à ses lèvres.

-Le véritasérum. Je peux faire une demande et si vous l'acceptez, cela sera vite réglé.

Dawlish se tut, attendant la réponse du suspect. Il vit le trouble chez lui et sans qu'il ne comprenne pourquoi, le Gryffondor sembla soudain se refermer.

-Non, je ne vais pas le faire. Ce n'est pas à moi de prouver mon innocence, mais à vous de prouver que je suis coupable.

Dawlish soupira mais n'ajouta rien. Il se leva et reprit son dossier avant de quitter la salle sans saluer Sirius Black.

xXx

Severus observa Regulus, se sentant idiot de ne pas avoir pris la mesure de la tristesse et du mal-être du plus jeune avant. Lundi, lorsqu'il l'avait vu endormi dans la salle de bain et qu'il avait vu son corps amaigri, c'était comme s'il avait reçu une énorme claque. Regulus était du genre à se plaindre et à geindre dès que quelque chose l'agaçait mais là, il n'avait rien dit. Avec amertume, Severus pensa au fait qu'il n'avait pas dit grand-chose non plus quand Rosier lui avait mis la main dessus.

Il ne comprenait pas comment les deux frères avaient autant pu se rapprocher en un été seulement mais au fond, peu importait. La vérité était que Regulus tenait à son grand-frère et il devait l'accepter au lieu de chercher comment un tel miracle avait pu avoir lieu. Dans l'état dans lequel il était, Regulus était incapable de veiller sur lui-même. Alors Severus le ferait discrètement pour lui, mais il le ferait.

La journée de jeudi se terminait déjà. Le beau temps aidant, rester dehors n'était pas trop difficile. Très vite, certains avaient mis en place des activités pour créer des pancartes avec des messages de soutien aux Maraudeurs. Les feux d'artifice de la veille avaient été magnifiques, ça les avait soudés et avait ramené un peu de joie et d'espoir chez chacun d'eux. Petit à petit, il avait fallu trouver de quoi s'occuper la journée et pour ne pas être accusé d'être présents seulement pour sécher les cours, les élèves les plus âgés avaient mis en place des sessions de révision en groupe. C'était bon enfant et même si ce n'était pas aussi pédagogique que les cours traditionnels, les élèves ne prenaient plus de retard. Grace à ce système, davantage de Serdaigle les avaient rejoints et d'autres Serpentard avaient eu envie de participer.

Severus était certain que tous les élèves présents ne l'étaient pas que pour défendre Sirius Black et soutenir James Potter mais cela n'enlevait rien à l'origine de leur combat.

En quatre jours, tout le monde avait trouvé ses repères et une bonne organisation s'était mise en place. C'était agréable, un mot que Snape n'aurait jamais pensé dire un jour. Lui qui avait toujours été un solitaire, moqué par beaucoup, se retrouvait au cœur de quelque chose qui le dépassait et qu'il appréciait.

Il avait passé le plus clair de son temps avec Lily, tout en surveillant Regulus. Dernièrement, il avait eu l'impression de s'être rapproché encore plus de son amie. Comme Pamela le lui avait conseillé, il avait arrêté d'agir en ami avec elle, pour qu'elle ne se méprenne pas et pense que ses sentiments s'étaient estompés ou qu'il accepterait une simple amitié avec elle. Il avait réussi à la faire douter, à la faire rompre avec James, le beau gosse de Poudlard. Le plus dur était fait. Mais le chemin était encore long.

Parfois, quand il lui parlait, elle riait, amusée et attendrie. Il arrivait aussi que leurs regards restent accrochés plus longtemps que nécessaire l'un à l'autre ou encore, que ses joues se colorent face à un des compliments de Severus. Un soir, Lily l'avait embrassé sur la joue pour lui souhaiter bonne nuit et le Serpentard avait eu un sourire béat toute la soirée. Le lendemain également.

Quand ils étaient seuls, tout se passait bien. Mais dès que d'autres étaient intégrés dans le lot, tout se compliquait. Severus n'était pas à l'aise en groupe généralement, il avait souvent l'impression d'être moqué. Il pouvait lancer des piques et donc être blessant, parfois sans raison, et il le reconnaissait. Lily le lui reprochait souvent et il avait promis de travailler dessus. Il n'avait déjà pas un bon physique pour lui alors sur le reste, il voulait être irréprochable.

Pour la femme qu'il aimait, tout comme pour son ami.

Lily lui passa la barquette en carton dans laquelle était le repas du soir. Il lui sourit pour le remercier et interpella Regulus qui écoutait distraitement son ami de 5ème année lui raconter une histoire.

-Je n'ai pas faim, rejeta le cadet des Black.

Regulus se détourna et Severus resta avec sa barquette dans les mains, interdit. Lily remarqua son trouble et l'interrogea.

-C'est juste que Regulus ne mange pas assez ces derniers temps, lui expliqua-t-il.

-Il n'a sans doute pas très faim. Quand t'es inquiet, t'as souvent l'estomac noué. On demandera quelque chose de plus léger pour lui la prochaine fois, le rassura-t-elle.

Severus n'eut pas le cœur de la contredire mais il savait au fond de lui que le problème de son ami ne pouvait pas être réglé aussi facilement qu'avec un changement de menu. L'inquiétude et le stress étaient certainement la cause de son manque d'appétit mais connaitre la cause ne lui donnait pas forcément de solution. Le Serpentard se sentit impuissant. Lui qui voulait l'aider se retrouvait déjà dans l'impasse. Il n'allait pas forcer Regulus à manger si celui-ci ne le désirait pas.

Il soupira et continua à manger mais le repas du groupe fut vite perturbé par l'agitation des élèves. Trois professeurs venaient de nouveau à leur rencontre. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Au tout début de leur sit-in, les directeurs de maison étaient venus les voir pour les convaincre de retourner en cours. Bien entendu, personne n'avait obéi et au fil des jours, plus d'élèves les avaient même rejoints. Cela expliquait sans doute que les professeurs de Poudlard se décident de nouveau à agir. Baguette en main cette fois-ci.

Lily se leva précipitamment, abandonnant son repas, et cria de se préparer. Lupin et Severus avaient mis en place un moyen pacifique de ne pas se faire déloger si jamais les adultes passaient à l'action.

Les 7ème année se mirent donc devant, formant une ligne protectrice alors que les plus jeunes se tenaient les mains, alignés derrière eux, une main les reliant à leurs voisins d'à côté, et à celui de devant, les pieds bien ancrés au sol. Un sort de glu fut lancé alors que les 7ème année lançaient un puissant bouclier.

Les professeurs en furent cois. Leurs élèves étaient bien décidés à rester et avaient pensé à tout pour pouvoir aller au bout, de manière intelligente en plus. Chourave essaya une fois de plus de discuter avec les jeunes sorciers, sensibilisant quelques Poufsouffle, mais leurs camarades leur rappelèrent de tenir bon.

-Nous allons faire céder leurs barrières, décida soudain Slughorn.

-Vous n'y pensez pas, Horace ! Et si nous blessions des élèves !? s'inquiéta Minerva.

-Nous ne pouvons les laissez continuer ainsi ! Bientôt, nous serons la risée du monde magique ! Tout cela pour quelques élèves rebelles et un corps enseignant incapable de faire respecter l'ordre !

-Nous aurons plus d'ennuis encore si un élève fini blessé. Et pour être honnête, j'admire leur dévouement envers leur ami, expliqua la professeure de métamorphose.

Celui de potion grimaça.

-Bien entendu, il s'agit de l'un de vos chouchous.

Il grogna et fit demi-tour.

MacGonagall soupira. Pour l'instant, ils étaient bloqués.

Cela faisait déjà quelques jours et le fait qu'ils n'aient pas réussi à faire cesser le mouvement allait faire empirer les choses. Les parents n'allaient plus se contenter de lettres mettant en doute les capacités du directeur à assurer un bon enseignement à Poudlard. Minerva était sûre que certains allaient carrément vouloir se déplacer à présent.

Elle partie avec ses collègues, laissant pour ce soir encore les élèves seuls.

De leur côté, les jeunes sorciers baissèrent leurs baguettes et après un instant de flottement, libérèrent leurs camarades plus jeunes. Il y eut ensuite une exclamation de joie. Ils avaient réussi à résister ! Ne restait plus qu'à faire aussi bien pour les fois suivantes.

xXx

Euphémia était une femme discrète et forte, ainsi qu'une mère aimante et selon son fils, parfois étouffante. Elle le lui accordait bien volontiers. Ayant toujours appartenue à une famille aisée et s'étant mariée à un homme fortuné, elle n'avait jamais eu besoin de travailler. Cela n'avait pas été dans son éducation. Euphémia Potter était une Sang-Pur et avait été élevée comme telle. Elle n'avait pourtant pas pris les quelques mauvais traits que cette éducation pouvait comporter, comme certains. Cela voulait bien dire que tant qu'il y avait de l'amour, de l'éducation et de la tolérance, les choses pouvaient bien se passer. Elle était la preuve que tous les Sang-Pur n'étaient pas fermés ni intolérants et encore moins vieux-jeu. Elle avait fait de même avec son fils, James. Fleamont et elle avaient fait de leur mieux pour donner le meilleur à leur fils. Sans doute l'avaient-ils trop gâté malheureusement.

James n'avait jamais connu le manque et avait toujours été choyé et aimé. Il n'avait jamais été puni non plus. La première fois avait été à Poudlard, après avoir fait une bêtise avec son acolyte, Sirius. Son agitation et sa propension à l'indiscipline venaient pour ses parents d'un besoin flagrant d'exprimer sa créativité et également de se construire.

Euphémia et Fleamont n'avaient jamais eu d'enfant avant James. Il avait été leur petit miracle, leur bébé. Ils l'avaient traité comme un trésor, ne faisant peut-être pas toujours les bons choix. Mais ils aimaient leur fils et pour eux, il était parfait. Le perdre serait une tragédie. Euphémia, en larmes dans les bras de son mari, suppliait ainsi Merlin de ne pas lui enlever son fils. Elle était certaine que si ça arrivait, elle mourrait de chagrin…

Devant elle, James venait de faire un arrêt cardiaque et les médicomages s'agitaient tout autour de lui, lançant divers sorts pour tenter de ramener le jeune homme.

Elle faillit s'évanouir sous l'émotion et son mari la retint, la serrant plus fort contre elle alors qu'impuissant, il observait les médicomages tenter le tout pour le tout. Et puis soudain, le cœur de James repartit. Les larmes de ses parents redoublèrent. Fébrile, Euphémia s'approcha de son fils et prit sa main pâle dans la sienne. Son mari était toujours auprès d'elle, tout aussi bouleversé.

Les médicomages s'attelèrent finalement à les rassurer et Fleamont acquiesça à chaque parole mais sans doute que, tout comme sa femme, il était plus concentré sur le visage fatigué de leur enfant que sur les mots professionnels qui se voulaient plutôt rassurants. Le plus dur était passé, disaient-ils.

-James, chuchota Euphémia.

Elle eut un sanglot.

-Je suis tellement heureuse de t'avoir près de moi…

Elle renifla et esquissa un sourire épuisé.

-Je sais que tu vas t'en sortir, alors dépêche toi d'aller bien. Sirius a besoin de toi, mon fils…

xXx

Lorsque James ouvrit enfin les yeux, se fut pour sortir avec brutalité du coma magique dans lequel il avait été plongé. Il paniqua, déstabilisé. Les lumières beaucoup trop vives pour ses pupilles qui avaient été plongées dans le noir pendant si longtemps l'empêchaient de voir correctement ce qui l'entourait. Il ignorait où il se trouvait et pourquoi. Il tenta de bouger mais avant de comprendre que cela lui était impossible, quelqu'un vint l'en empêcher.

-Monsieur Potter, fit une voix, celle d'une femme. Ne bougez pas, vous allez vous faire mal. Vous êtes à St-Mangouste, vous venez de subir une lourde opération mais vous êtes sorti d'affaire à présent.

James tenta de se calmer, d'écouter ce que cette femme lui disait. Il ferma les yeux et les rouvrit plus calmement. Sa vue s'éclairait petit à petit, si bien qu'il s'en voulut d'avoir aussitôt paniqué. Lentement, il assimila les paroles qu'il venait d'entendre. Une lourde opération ? St-Mangouste ? Il ne comprenait pas ce qu'il faisait là. Il avait mal à la tête et peinait à se souvenir des jours précédents. Depuis quand exactement était-il à l'hôpital ?

-Je suis Meredith, je suis la médicomage qui s'est occupée de vous. Vous nous avez fait une belle frayeur mais vous êtes un battant. D'ici quelques jours à peine, ce qui vous est arrivé ne sera qu'un mauvais souvenir.

James tenta de lui parler mais sa voix était enrouée et il avait du mal à sortir un son correct.

Meredith lui sourit et lui tendit un verre d'eau. Même si James n'avait pas soif, il le but tout de même. Comme il ne pouvait pas encore s'exprimer clairement, il n'était pas sûr de pouvoir en demander un quand ce serait le cas. La médicomage continua à lui parler, lui expliquant ce qui allait se passer ensuite. James lui en était reconnaissait mais tout ce qu'il souhaitait était d'avoir des réponses à ses questions. Pourquoi avait-il été amené ici ?

Malheureusement, il termina dans sa chambre avec une infirmière l'installant confortablement puis réalisant une série assez courte d'examens pour s'assurer que tout allait bien. Finalement, elle s'en alla et malgré son esprit embrumé, James comprit qu'elle allait prévenir ses parents et que ceux-ci seraient très vite là. Parfait. A eux, ils allaient peut-être pouvoir leur poser des questions. Et même si ce n'était pas le cas, ses parents le connaissaient, ils sauraient de quoi il avait besoin exactement.

James se rendormit sans même s'en rendre compte, fatigué par les soins qu'il avait subis. Il se réveilla une nouvelle fois sans savoir combien de temps exactement s'était écoulé entre ses deux prises de conscience. Ses parents étaient là et son mal de tête était parti. Son père et sa mère voulurent se jeter sur lui mais de peur de le brusquer, se contentèrent de retenir leurs larmes au dessus de son visage. Cela le fit sourire. Il tendit les bras pour un câlin et s'étonna d'avoir la force nécessaire.

Pendant de longues minutes, il laissa ses parents distribuer leur amour et s'assurer qu'il allait bien, profitant de cet instant. Il comprit alors qu'il avait vraiment dû traverser quelque chose de grave pour que ses parents soient si bouleversés. A son réveil, la psychomage avait fait bref pour ne pas le submerger et probablement qu'elle reviendrait le voir quand il serait plus éveillé pour avoir une discussion plus aboutie avec lui. Même si James aimait avoir ses parents dans ses bras, il termina néanmoins par les repousser et tenta de les interroger d'une voix mal assurée.

-Qu-qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Il vit ses parents se concerter et serra la main de sa mère.

-S'il te plait…

Il détestait ne pas savoir.

-Très bien, fit son père.

Son père lui demanda de bien s'installer et c'est ce qu'il fit. Il le regarda ensuite, dans l'attente de cette vérité qui pourrait l'éclairer.

Son père n'était pas au courant de toute l'histoire alors il lui raconta seulement ce qu'il savait. Mais ce ne fut pas un problème car au fur et à mesure de son discours, les souvenirs de James remontèrent à la surface. Le bracelet. Tout était parti de là ! Son attitude souvent discutable des derniers temps lui revint en mémoire, la douleur que l'artefact provoquait en lui. Impossible néanmoins de se rappeler des dernières minutes avant de s'évanouir.

James s'en voulait. Il aurait pu éviter tout cela, tous les signes pour dire qu'il n'allait pas bien étaient là ! Il avait simplement décidé de les ignorer.

-Et Sirius ?

Son meilleur ami aussi avait porté un bout de ce bijou, comment allait-il ? Était-il également à St-Mangouste ? A moins qu'il ait réussi à échapper au même sort que lui. James se souvenait que contrairement à lui, son ami n'avait jamais eu de problème à enfiler ou enlever le bracelet.

-James…

Soudain, le visage de sa mère semblait avoir perdu toute trace de joie. Elle souffla un bon coup comme pour se donner du courage, lui assenant la terrible réalité.

-Il a été arrêté. Il est accusé d'avoir tenté de t'assassiner.

-Q-quoi ?!

James n'en croyait pas ses oreilles.

-Les Aurors pensent ça parce que le bracelet qui était rempli de magie noire appartient aux Black et qu'il a été retrouvé dans les affaires de Sirius.

-Mais c'est n'importe quoi !

James se sentit soudain accablé et plus il s'agitait, plus il s'épuisait.

-Nous le savons très bien, James, calme-toi, lui demanda son père.

-Je veux leur parler !

-Tu devrais d'abord te reposer, tenta sa mère.

-Je pense qu'au contraire, je dors depuis bien trop longtemps !

Sa mère passa sa main sur son front et James tenta de l'implorer du regard. Elle finit par lui sourire.

-Nous nous doutions que tu agirais ainsi. Nous allons faire le nécessaire pour que tu puisses parler à un enquêteur. En attendant, s'il te plait, ménage-toi. La médicomage Meredith va revenir te voir.

James acquiesça. Tout ce qu'il désirait était de sortir Sirius du pétrin dans lequel il était. En espérant qu'il ne présumait pas de ses forces dans cette histoire. Il ignorait les charges exactes qui pesaient sur son meilleur ami après tout…


Prochain chapitre - le 14 ou 15/02 - Le goût de tes baisers. Un chapitre qui fait très st-valentin !