Hey ! Les vacances sont finies pour la plupart d'entre vous j'imagine, j'ai de la chance de pouvoir profiter d'encore quelques jours, à peine une semaine de vacances avant de devoir retourner au boulot. J'espère que vous avez pu profiter et que si vous n'avez pas pu partir, vous avez tout de même pu passer de bons moments. Pour ma part j'ai l'impression de ne pas avoir une minute à moi, je ne sais pas ce que je fais pour être aussi occupée. J'ai commencé à aller à la salle de sport après une longue pause et j'espère avoir des résultats ^^'

Enfin assez parler de trucs chiants, parlons du nouveau chapitre. Je n'étais pas certaine de moi, mais ma bêta m'a dit que c'était un bon chapitre, j'espère que vous serez du même avis. Il est long alors prenez une grande inspiration et préparer-vous. J'ai l'objectif secret de vous faire verser une petite larme !

Mais avant ça, j'avais parlé de résumé dans le chapitre précédent et bah, il n'a jamais vu le jour, alors je me rattrape ici. Après un mois, c'est bien de vous rafraichir la mémoire.

Je suis désolé pour les délais, mais les chapitres sont longs. 39 pages pour celui-ci, je crois ! Dans la partie 3, je vais tenter de les réduire, ça me permettra de peut-être réduire les délais comme je les écrirais plus vite. Logiquement !

Allez, bonnes lectures à tous et merci pour vos réactions.

Résumé du chapitre précédent :

Des semaines après l'évasion de trois prisonniers de la prison d'Azkaban, Jedusor décide enfin d'abattre sa carte et de mettre son plan en marche. Le monde magique et Poudlard surtout est pris au dépourvu. Quelques jours à peine après la fin du Tournoi magique qui a vu gagner le protéger de Dumbledore, le français Hugo Leroy, l'école a été attaquée. Les professeurs à leur habituelle réunion ont été bloqués dans leur salle par un sort sacrificiel. Incapable d'agir, ils ne pouvaient venir tout de suite en aide aux élèves. Après un moment de flottement et pour éviter que toute panique ne s'installe, les plus âgés ont pris les choses en main.

Regulus séparer du reste du groupe à vu mourir Marcus et Rosier. En tentant de se cacher du Basilic, il tombe sur James, lui aussi en mauvais état. Plus tôt le Gryffondor était parti chercher des renseignements quant à la situation. Il a été mordu par Greyback. Trop blessé, le lion préfère se séparer de Regulus pour que celui-ci aille chercher les professeurs. Celui-ci refuse, mais après que James et lui se soient avoué leur sentiment, il finit par abdiquer.

Pendant ce temps, Sirius, Remus et Lily reviennent au château après avoir effectué une mission pour McGonagal. Ils comprennent vite que quelque chose ne va pas et réussissent à neutraliser un des prisonniers. Après hésitation et jugeant que c'est leur seule solution, Remus torture le fugitif, Lily ayant quitté la pièce ignore cela, elle pense qu'il s'agit de Sirius qui avait d'ailleurs lancé l'idée. Les informations en main, ils retrouvent le groupe d'élèves dans la salle commune et organisent la résistance. Là-bas tout le monde pense que James est mort. Mais Sirius est ivre de colère et refuse de croire Peter, il le tient même pour responsable, celui-ci ayant fui devant le loup-garou.

Des groupes s'organisent pour retrouver les disparus, prévenir les secours et chercher des médicaments. Peter qui décide d'accompagner Sirius finit par se séparer de lui pour venir en aide à deux jeunes Serpentard, plus tard il se sacrifiera en tentant de les protéger de Greyback que la lune aura déjà transformer.

Sirius quant à lui tombe sur Fumseck qui lui fait parvenir un message de son petit frère. Celui-ci a été prévenu par Dumbledore de la manière de tuer le Basilic. Incapable de le faire, il confie ce rôle à son frère. Celui-ci saisit l'épée de Gryffondor, déterminer à arrêter ce carnage.

Quant au groupe charger d'aller chercher les aurors, ils rencontrent un problème quand après une dispute avec Nott, Pamela montre des signes de fébrilité. Un souvenir de son viol semble lui être revenu... Mais ne pouvant trainer plus longtemps, car ils sont un prisonnier à livrer et des aurors à prévenir, ils se remettent en marche. Ils tombent malheureusement sur un loup-garou, ils pensent d'abord à Greyback alors Remus se porte volontaire pour le retarder et ainsi leur permettre de fuir. Il se rend compte plus tard qu'il s'agit plutôt d'un élève. Au petit matin, lorsque la transformation prend fin, il découvre la véritable identité du loup-garou : James Potter.

Armée de son épée, Sirius est à déterminer à tuer le Basilic, mais la tâche sévère plus ardue encore qu'il ne l'avait pensé. Aider de Lily, ils tentent de le faire tomber. Acculés et blessés, ils pensent que c'est la fin, mais avec l'aide de Fumseck et d'Alice qui le paiera de sa vie, Lily finit par tuer le Basilic.

Regulus qui après avoir transmis l'épée de Gryffondor a été poursuivis par Greyback est à bout de force et pense ne pas s'en sortir, finalement il sera sauvé par Jedusor et aux portes de l'inconscience, laissera échapper une information capitale à son ennemi.

Au matin, les aurors débarquent enfin et prennent les choses en main, mais il est déjà trop tard, il y a eu trop de morts. La communauté sorcière et surtout le gouvernement qui n'a pas été à la hauteur jusqu'à présent organise une cérémonie de commémoration. Ils savent ne pas avoir le droit à l'erreur. En attendant la cérémonie, les élèves tentent doucement de se relever, de panser leurs blessures, mais ce n'est pas facile. Les séquelles ainsi que les traumatismes sont importants. Certains ne pensent pas être capables de se remettre de la mort de leur proche. Des psychomages sont dépêchés pour tenter de les aider. En apprenant que Jedusor va venir voir Remus, Sirius se dit qu'il est temps de lui parler, de lui raconter le déjà que représente l'homme.

James rassure Regulus sur ses sentiments, il pensait tout ce qu'il lui a dit. Ils forment enfin un couple après tant de péripéties.


Ceux qui restent

Partie 2

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Sirius avait donné rendez-vous à Remus près de chez lui, là ou ils s'étaient baladés plusieurs semaines auparavant. A l'endroit même où il lui avait avoué ce qui lui pesait, ce secret de famille qui le rongeait et dont il n'arrivait pas à se débarrasser. A l'époque, Remus avait très bien réagi. A présent, le cadre était toujours aussi magnifique, il faisait beau et le Poufsouffle était probablement en train de sortir de sa séance avec Jedusor. Sirius espérait que tout se soit bien passé et que son petit-ami réagirait tout aussi bien lorsqu'il lui parlerait du psychomage.

Accoudé légèrement sur la selle de sa moto, le brun patientait. Remus ne devrait plus tarder à présent. Il observa l'horizon et le vit arriver quelques minutes plus tard. Il scruta son expression, sa démarche, la moindre petite chose qui serait susceptible de l'alerter. Remus avait l'air préoccupé mais ça pouvait être parce qu'il appréhendait ce rendez-vous. Sirius s'en voulait vraiment de l'avoir quitté plus tôt sans avoir pu le rassurer mais le timing avait été trop serré.

Maintenant, il pouvait se rattraper.

-Salut, l'accueillit-il avec hésitation.

Sirius tendit la main et balaya une des mèches du visage du châtain avant de caresser sa joue.

-Ça a été ? voulut-il savoir.

-Je crois. Je n'ai pas vraiment réussi à me détendre… La bonne nouvelle, c'est que le psychomage ne s'est pas douté une seule seconde que c'était parce qu'on devait se voir.

-Désolé…

-J'ai juste besoin que tu me dises ce qu'il se passe, Sirius, c'est tout.

Le Gryffondor garda pourtant le silence un instant. Il hésitait. Il était celui qui avait donné rendez-vous à Remus, il le savait bien, et même si une grande partie de lui voulait tout lui révéler… Une autre hésitait. Il avait cru au début que s'il n'avait rien dit au Poufsouffle, c'était par manque de temps, que ce n'était pas une décision qu'il pouvait prendre seul, qu'il lui fallait se concerter avec James et Regulus. Mais peut-être que s'il avait au final tant de mal à s'y résoudre, c'était parce qu'il craignait que celui-ci ne soit ensuite en danger. Remus se retrouverait en effet d'une manière ou d'une autre mêlé à une histoire qui le dépassait. En possession d'informations importantes, il pourrait même devenir une cible pour le psychomage, ou pour toute autre personne qui aurait trop à perdre dans cette histoire.

Sirius soupira, se persuadant qu'en lui avouant tout, il lui offrait au moins la possibilité de se défendre, d'être sur ses gardes. Remus avait également le droit de savoir ce qu'il se passait réellement.

-Je ne sais pas si tu vas me croire, commença Sirius avant d'être interrompu.

-Je te crois. Quoi que tu me dises, j'ai confiance. Je sais que tu ne me mentirais pas. Remus lui sourit, comme pour le rassurer, et Sirius se détendit. Remus avait bien vu qu'il était nerveux et faisait tout pour le rassurer. Les rôles auraient pourtant dû être inversés.

-Qu'est-ce qu'il y a au sujet de Tom Jedusor ?

Sirius fixa Remus, ses yeux mordorés à la recherche de réponses, mais il ne vit que son inquiétude.

-Avec James et Reg, on est pratiquement sûr que c'est lui qui a manœuvré pour libérer les prisonniers d'Azkaban, finit par soupirer Sirius. Et je dis qu'on est pratiquement sûr seulement parce qu'on n'a pas d'aveux signés de sa part.

Remus écarquilla les yeux, sous le choc, et resta silencieux quelques secondes.

-Je… Pourquoi aurait-il fait ça ? Qu'est-ce qui vous fait penser que c'est lui ?

Sirius savait qu'il demandait pour avoir plus d'informations et non parce qu'il mettait sa parole en doute.

-On a eu plusieurs témoignages dans ce sens, dont celui de Marlene. Elle m'a avoué à demi-mots que c'était lui qui l'avait manipulée pour qu'elle libère les prisonniers. Même si elle était à moitié dans les vapes après son coup à la tête, je l'ai trouvée très sincère.

Sirius voyait Remus perdre peu à peu ses couleurs et il le comprenait.

-Mais pourquoi ne rien avoir dit avant ? Si tant de personne sont au coura-

-Parce que ça ne représente pas tant de personnes que ça, admit Sirius. En fait, ça ne fait que deux et l'une d'elles a fait libérer des prisonniers. N'importe quel Auror ou avocat pourrait dire que Marlene cherche simplement à sauver sa peau pour éviter une lourde condamnation. Et puis, ni elle, ni l'autre personne ne peut témoigner. Enfin, au sujet de Marlene, c'est surtout qu'elle ne veut pas…

-Pourquoi ? On parle de faits graves ! Ce serait juste pour se préserver ? s'indigna Remus.

-Sans doute. Elle a peut-être été manipulée mais ça n'excuse pas tout. Elle a quand même fait quelque chose de grave. Et puis, Jedusor est dangereux, elle ne doit pas vouloir se le mettre à dos. Même nous, on doit faire attention avec lui. Mon frère pense qu'il est mêlé à l'attaque de Poudlard.

Sirius vit l'effroi se peindre sur le visage de son petit-ami. Sirius aurait aimé pouvoir lui annoncer les choses de manière bien moins brutale. Malheureusement, ce n'était pas son fort et sa nervosité l'empêchait de faire les choses correctement. De plus, il était certain que s'il réfléchissait trop à la manière de présenter les choses, il finirait par se débiner. Il voyait bien que ça faisait beaucoup d'informations d'un coup pour son petit-ami et que ce n'était pas facile à avaler. D'autant plus que le Poufsouffle venait de passer presque plus d'une demi-heure avec le psychomage…

-C'est juste l'avis de Regulus pour l'instant, tenta-t-il de l'apaiser. Pour ma part, j'ai encore des doutes. Mais c'est vrai qu'on ignore encore pourquoi il a choisi de faire libérer des prisonniers. Regulus imagine que c'était pour préparer l'attaque de Poudlard depuis le début. Franchement, je n'en sais rien. Peut-être que son plan était simplement de les libérer et que la suite, il ne pouvait pas la contrôler ni la prévoir. Dans tous les cas, avec quelqu'un capable de faire ce qu'il a fait, on ne peut pas le laisser continuer à agir sans impunité. Il faut qu'on trouve comment l'arrêter.

-J'ai tellement de mal à y croire, lâcha Remus, soufflé.

Il fit quelque pas, troublé.

-Peter lui faisait tellement confiance…

-Il n'était pas le seul. Mon instinct m'a toujours dit deme méfier de lui et pourtant, avant Azkaban, je n'ai jamais rien trouvé à lui reprocher. Même durant notre seule séance ensemble, tout s'est bien passé.

-Il cache vraiment bien son jeu…

Remus s'arrêta et croisa ses bras sur son torse et Sirius vit quelque chose s'illuminer dans son regard : de l'espoir. Il fronça les sourcils, se demandant à quoi pouvait bien penser Remus.

-Tu as dit qu'il avait réussi à manipuler Marlene. Tu penses qu'il a pu faire la même chose avec Peter ? C'est peut-être sous son influence qu'il a fait tout ce qu'il a fait, non ?

Sirius ne savait que dire. Il n'avait jamais réfléchi au cas du Gryffondor.

-Je ne sais pas, sans doute.

Sirius s'abstint de dire que si Jedusor avait pu faire quoi que ce soit à Peter, c'était probablement parce que celui-ci l'avait laissé faire. Le psychomage n'avait pas pu inventer cette haine et cette mesquinerie dont le blond avait pu faire preuve. Tout comme Marlene, Jedusor avait simplement exploité ses désirs et ses faiblesses.

Remus esquissa un sourire, peu dupe. Peu importe ce qu'avait fait Peter en réalité, il voulait garder seulement le meilleur de leur longue relation d'amitié. Le reste n'avait plus d'importance.

-Je sais que ça fait beaucoup à assimiler et je te remercie vraiment de ne pas douter. Ce que je vais te demander ne vas pas être facile, mais il faut que tu fasses de ton mieux pour continuer à agir normalement avec lui.

-Je vais essayer, promit le châtain.

xXx

La psychomage qui avait été mandatée par le ministère de la Santé et qui travaillait en collaboration avec l'équipe pédagogique de Poudlard s'attelait depuis plusieurs jours à faire la tournée des élèves de l'école de magie. L'école avait envoyé un formulaire aux élèves les informant de la visite d'un professionnel de santé et du choix de celui qu'il voulait rencontrer ainsi qu'une date qui leur convenait suivant une proposition de créneaux de rendez-vous. Cela représentait beaucoup d'adolescents à voir et même à deux, Shelby, la psychomage, n'était pas sûre qu'ils puissent tout boucler pour la cérémonie d'adieux.

Sa liste était conséquente et elle ne voulait pas avoir à bâcler ses entretiens dans le seul but de pouvoir tenir son planning. Comme toute la population sorcière, elle était très touchée par ce qui était arrivé à Poudlard. S'en prendre à des adolescents, à de jeunes personnes si vulnérables et tout faire pour qu'ils ne puissent pas s'en sortir était réellement affreux.

Shelby n'avait pas beaucoup d'expérience, exerçant depuis moins de trois ans, mais elle était investie et savait mettre à l'aise ses patients. De plus, elle avait reçu des conseils de quelqu'un qu'elle respectait beaucoup, le psychomage Tom Jedusor. Il avait de l'expérience et connaissait la plupart des élèves. Il lui apportait donc de bons éléments pour pouvoir les aborder. De plus, lui aussi avait vécu l'attaque de l'intérieur. Malgré tout, il assurait ses visites et pensait avant tout au bien être des élèves. La jeune femme avait beau être fatigué, elle ne comptait rien lâcher. Elle prenait l'homme en exemple et le courage dont il faisait preuve lui donnait envie de donner le meilleur d'elle-même.

Bien entendu, les vrais héros restaient les élèves qui avaient tout fait pour se défendre et triompher du mal. Une rumeur circulait même dans les bureaux du ministère comme quoi ceux s'étant particulièrement démarqués de par leurs actes héroïques pourraient recevoir l'ordre de Merlin, une des récompenses les plus prestigieuses du monde magique. Ce n'était pas rien. Peut-être que Tom Jedusor aussi en recevrait un car il avait réussi à débarrasser l'univers d'un être abject, Greyback. Il était pour ainsi dire le seul adulte à avoir briller durant la catastrophe.

Shelby l'appréciait beaucoup et avait une confiance absolue en lui. C'était bien pour cette raison que lorsqu'il lui avait demandé de récupérer un de ses rendez-vous, elle avait accepté. Elle avait été surprise, c'est sûr, mais les explications qu'il lui avait données l'avait totalement convaincue. Les frères Black étaient des élèves qui avaient une importance toute particulière pour lui. Il lui avait expliqué qu'à son arrivée à Poudlard, il avait bien senti qu'ils avaient des problèmes et avait souhaité les aider. Malheureusement, l'ainé comme le cadet avait refusé son aide. Pourtant, à force de patience, d'écoute et d'attention, il avait pu commencer à nouer un lien, une faible confiance avec eux. Il avait envie de poursuivre sur la voie et d'aller jusqu'au bout.

Alors même si les frères Black avaient choisi d'avoir l'entretien avec elle, tant qu'ils voyaient effectivement un psychomage, cela n'avait pas d'importance. Jedusor avait même affirmé à Shelby qu'ils n'allaient probablement pas lui dire grand-chose, à part les trucs habituels. Ces garçons avaient pour habitude de ne pas dire quand ça n'allait pas, de ne pas demander d'aide. Son investissement et l'envie qu'il avait d'aider les Black la touchait. On parlait tout de même des enfants de Walburga et Orion Black, pas forcément toujours bien vus.

Jedusor ne faisait pas de différence entre les élèves et elle lui avait laissé son rendez-vous, admirative. La jeune femme avait néanmoins trouvé bizarre le fait que son collègue ne veuille pas prévenir les principaux intéressés. Il avait alors perdu son air charmeur et doux et elle s'en était voulu d'avoir insisté. Il était expérimenté, de plus en plus reconnu. Il savait forcément ce qu'il faisait.

Et puis, de quoi se plaignait-elle ? Débordée comme elle était, avoir trois rendez-vous en moins - James Potter étant intégré dans le lot - allait lui faire du bien.

xXx

Tom Jedusor voyait très bien que Euphémia Potter était troublée par sa présence. Elle attendait une femme et elle voyait débarquer chez elle un homme. Arrivé depuis cinq minutes seulement, le psychomage faisait de son mieux pour cacher son impatience. Il avait tenu à venir chez les Potter pour une seule et bonne raison : Regulus Black. Il devait pourtant se montrer encore un peu patient et pour l'instant, il était accueilli par la mère de James. Qui d'ailleurs, malgré son trouble, était aux petits soins pour lui. Même si le programme avait changé, il restait un psychomage, un très bon de surcroît et c'était tout ce dont avaient besoin les élèves de Poudlard. Polie et attentionnée, elle lui offrit ainsi un thé et s'installa en face de lui pour faire la conversation.

Le psychomage avait beaucoup entendu parler de la famille Potter mais n'avait jamais fait l'effort de s'y intéresser. C'étaient des gens tellement loin de ses valeurs qu'il savait la chose inutile. Elle était influente, riche est très respectée mais plus encore intègre. Jedusor pouvait admirer cela chez eux. Les gens fidèles à leurs valeurs, ça ne courrait pas les rues, et encore moins dans les sphères influentes.

-Ce thé est délicieux, dit-il.

-Je vous remercie. Je suis encore étonnée de votre visite, nous ne l'attendions pas avant ce début d'après-midi. Votre consœur n'était plus disponible finalement ?

-Effectivement et je m'excuse pour le manque d'information, je m'impose ainsi chez vous sans prévenir… Il y a eu une incompréhension lors de la confection de la liste qui a entrainé quelques troubles. Nous avons fait au mieux pour régler le problème, mais puisque j'ai déjà suivi brièvement les frères Black, nous aurons une approche plus confiante, je pense. Je m'occuperai également très bien de votre fils.

-Oui, bien sûr, je n'en doute pas. Sirius ne devrait pas tarder, il nettoyait sa moto dans le garage avant votre arrivée. Regulus et James se baladaient, je leur ai fait parvenir un patronus. Ils sont sur le retour.

Il sembla suffire que la mère de famille prononce ces mots pour accélérer la venue des jeunes sorciers. Sirius arriva le premier. Il s'essuyait encore les mains sur un bout de torchon et s'interrompit quand il le vit. Jedusor se leva et esquissa un sourire professionnel. Il salua l'élève alors que celui-ci restait figé. Il le vit ensuite froncer les sourcils et son regard alla rapidement sur Euphémia en une question muette. Bien entendu, la mère de James ne dit rien car sa présence l'en empêchait très certainement.

Jedusor décida de désamorcer la situation et de parler pour empêcher Sirius de commencer à se poser des questions et à montrer de la méfiance. De son point de vue, la réaction de Sirius, quoi que normale, l'inquiétait quand même. Dans sa réaction, il pouvait presque lire plus que de la simple surprise. Cela n'augurait rien de bon pour lui et il se demanda si Regulus avait parlé à son frère. S'il avait également touché un mot à James et à toute sa famille. Peut-être même à Dumbledore ou à quelqu'un d'autre...

Il ne devait pas paniquer et continuer à penser de manière rationnelle. Le psychomage savait au fond de lui que Regulus n'avait pas dû ébruiter ce qu'il savait. Il aurait forcément déjà eu des problèmes sinon. Mais il ignorait ce que les gens qu'il côtoyait au quotidien savaient, ni même qui avait bien pu apprendre à Regulus ce qu'il faisait.

Il ne pouvait pas dire qu'il était serein à ce sujet. En fait, il y avait pensé des jours durant, allant jusqu'à se causer des insomnies. L'ancien Serpentard risquait gros et il le savait. Il allait prochainement se lancer en politique, il ne pouvait avoir de tache comme celle-ci sur son CV.

-Je comprends votre surprise, Sirius, mais comme je vous ai déjà un peu suivi, il a été jugé plus simple que je vienne pour cette consultation de contrôle. De plus, si vous ou votre frère ainsi que votre camarade s'avère avoir besoin d'un suivi prolongé, il sera plus simple de poursuivre lorsque Poudlard rouvrira. Entre autres, ajouta-t-il pour ne pas que Euphémia croit qu'il lui avait menti plus tôt.

-Oh, très bien, s'obligea à dire le lion.

Jedusor vit que le Gryffondor n'était pas tout à fait convaincu, mais qu'il allait se contenter de ses explications. Sirius s'installa ainsi en face de lui et il y eut du bruit à l'entrée. Ils entendirent des voix et le psychomage reconnut celle du Serpentard, Regulus Black, et de l'acolyte du Gryffondor, James Potter. Ils se chamaillaient gentiment et le silence qui régnait dans le séjour leur permettait d'en capter quelques brides. La mère de famille toussota alors pour cacher sa gêne et se leva pour aller à leur rencontre.

-Les enfants, nous vous attendions. Le psychomage de l'école est déjà là, dit-elle.

-Oui, on a reçu ton patronus, répondit James. Dommage, on serait bien resté plus longtemps…

Un soupir lui répondit et le trio arriva enfin dans le séjour. Les deux étudiants eurent la même réaction que Sirius quand ils le virent et Tom ne put que sourire devant ce spectacle. Ne voulant pas répéter le même laïus une énième fois, il les invita tout de suite à commencer les consultations.

-Ce qu'il s'est passé à Poudlard est un évènement tragique et marquant. Certains de vos camarades sont morts et il n'est pas facile de vivre avec le traumatisme que cela représente. Il est important de pouvoir parler de ce que vous ressentez, de partager vos craintes, vos questionnements ou même votre colère. Je suis là pour cette raison. Si vous êtes d'accord, je vais vous voir un par un et nous pourrons parler de tout cela.

Il se tourna ensuite vers Euphémia qui était restée debout.

-Y a-t-il une salle où nous pourrons être tranquille ?

-Bien sûr.

-Très bien. James, l'invita-t-il.

Le Maraudeur le suivit, s'adaptant assez vite à cet imprévu. Du coin de l'œil, le psychomage vit néanmoins Sirius et Regulus se mettre à chuchoter et il était quasiment sûr que c'était à son sujet.

La mère de famille les mena jusqu'à une pièce joliment décorée et plus petite que les autres pièces de la maison. Ils s'y installèrent et Jedusor effectua son travail. Ce ne fut pas simple parce que les états d'âme de l'héritier de la famille Potter ne l'intéressaient pas, pas plus que ceux de Sirius. Pour autant, il se devait tout de même d'être attentif pour faire correctement son devoir et surtout pour ne pas manquer une quelconque information qui laisserait entendre qu'ils étaient au courant de son lien supposé avec ce qu'il s'était passé à Poudlard.

xXx

Pendant longtemps, James avait souhaité avoir une séance avec Tom Jedusor. Il en avait fait la demande une fois mais cela n'avait rien eu de sérieux. De toute façon, l'adulte lui avait rétorqué qu'il était trop occupé et que d'après lui, James allait très bien. Cela avait un tantinet vexé James. Que pouvait-il en savoir ? Mais après ce qu'il s'était passé et les différents sentiments par lesquels il était passé, le Gryffondor se rendait compte que sa vie n'avait pas été si mal auparavant. Cette réalisation le faisait même doucement rire maintenant : il n'arrivait pas à se rappeler de ce dont il désirait tant parler au psychomage.

De ses doutes en tant que capitaine ? De l'amour parfois trop envahissant de ses parents ? De sa relation qui allait droit dans le mur avec Lily ? De ce besoin constant d'être regardé, apprécié de tout le monde ? De ces jugements souvent infondés qu'on portait sur lui ? De ses carences en termes d'éducation sexuelle et de son attirance pour Regulus ?

Ridicule.

Mais les choses devaient néanmoins être bien faites puisqu'aujourd'hui, alors qu'il avait besoin de parler mais n'en avait pas fait la demande, le psychomage venait de lui-même jusqu'à lui. James se sentait d'ailleurs assez impressionné. Il n'avait pas pensé à ce qu'il pourrait bien dire lors de ce rendez-vous. Il s'était simplement dit que cela lui viendrait tout seul lorsqu'il serait face au professionnel. Cependant, James se rendait compte que se confier n'était pas aussi facile qu'il l'avait pensé. Cela avait beau être le métier de Tom Jedusor, formé pour l'écouter, l'aider, James ressentait une certaine retenue. Cela demandait tout de même aux gens de se montrer fragile et espérer ne pas être jugé, d'être compris malgré tout. Et pourquoi pas de trouver de l'aide.

Faire tout cela devant un homme dont il se méfiait était encore plus compliqué. Surtout quand James savait très bien qu'il ne pourrait pas parler à cœur ouvert. Ce serait une erreur. Rien que la présence de Jedusor alors qu'il n'était pas prévu était étrange. Pourquoi était-il là ? Simplement pour effectuer son travail ou comme le craignait Regulus, avaient-ils fini par attirer son attention ?

Il avait bien senti dans le salon que Regulus n'en menait pas large et le Gryffondor regrettait de ne pas avoir parlé à ses parents. Il savait ce que Regulus en pensait, mais s'il l'avait fait, il était sûr que sa mère aurait trouvé un prétexte pour empêcher l'homme de se trouver seul avec eux. A présent, ils étaient obligés de jouer le jeu pour ne pas risquer de se trahir. Mais n'était-ce pas déjà trop tard ? A quoi bon faire semblant ? Cela avait tout l'air d'un jeu de dupes ou chacun savait que l'autre savait…

Si Regulus avait raison au sujet de l'implication du psychomage, et James lui faisait confiance à 100%, cela élevait le niveau de dangerosité de l'homme à un point inimaginable. Le fait qu'il œuvre dans l'ombre et joue un double jeu devait soit servir ses intérêts soit être parce qu'il tenait à son image et voulait passer pour quelqu'un d'irréprochable, de charismatique. Il voulait avoir un rôle dans l'avenir de la Grande Bretagne. Ce jeu risible était néanmoins probablement ce qui leur assurait une relative sécurité pour l'instant.

Il ne fallait pas que Regulus craque. Il fallait qu'il ait confiance en Sirius et en lui. Ils allaient se sortir de ce mauvais pas. Ils allaient se rendre à la cérémonie d'adieux de leurs amis puis ils allaient tout mettre en œuvre pour faire tomber cet homme.

L'attrapeur avait vu Sirius s'approcher de son petit frère pour discuter avec lui. Il allait le rassurer, le détendre. Lui pour l'instant devait se concentrer sur sa propre tâche, même si ce n'était pas simple. Cette visite inattendue ne lui avait pas laissé le temps de se préparer, surtout qu'il passait le premier. Jedusor avait bien joué son coup.

James était perdu et ne savait vraiment pas trop quoi dire. Le psychomage ne l'aiguillait pas et ne lui posait pas beaucoup de questions. Malgré son silence et son léger trouble, Jedusor ne faisait rien pour le mettre plus à l'aise. Il se contentait de le regarder de temps en temps, faisant des allers-retours fréquents entre le visage de James et le mur derrière lui. Cela lui apparut plutôt étrange. Ses amis qui avaient déjà eu rendez-vous avec lui à Poudlard n'avaient eu que des éloges à lui faire, louant sa capacité à détendre ses patients, à les faire parler et à ne pas donner l'impression d'être face à un professionnel qui allait disséquer leurs mots.

Le Gryffondor était loin de ces ressentis.

Il prit finalement sur lui et se lança. Il n'allait pas rester silencieux pendant une demi-heure. Le temps lui paraitrait encore plus long alors et il fallait qu'il se conduise normalement, même si ça lui coûtait.

-Je me considère comme chanceux… A vrai dire, j'ai même l'impression que me plaindre serait inapproprié…

Il souffla et se passa la main dans les cheveux.

-Je me suis mal conduit envers Peter et j'avoue ressentir une certaine culpabilité à ce sujet…

-A cause de vos relations passées ? lui demanda-t-il.

James hésita.

-Entre autres. Je l'ai surtout fortement incité à me suivre, lui demandant de faire preuve de courage. Il ne voulait pas monter mais pour finir, il m'a suivi et on est tombé sur Greyback…

-Mais Peter s'en est sorti. Il est mort plus tard. Vous ne voyez pas les choses ainsi ?

-Ce n'est pas ça, j'ai juste des remords à son sujet. J'ai l'impression de m'être toujours mal conduit envers lui. On appartenait à la même maison mais je n'ai jamais cherché à être plus proche de lui. Le pire, c'est que je sais que je n'aurais probablement pas le même discours s'il avait survécu…

-Affronter la mort et la perte nous fait voir les choses autrement, vous n'avez pas à chercher à vous culpabiliser. Le passé est le passé, le resasser ne fera que vous ralentir et rater cette chance qui vous a été offerte, fit Jedusor, reprenant les mots de James.

Le Gryffondor ne semblait pas convaincu et le psychomage se pencha vers lui.

-Il vous admirait beaucoup, James. Je le voyais souvent et je sais qu'il se séparait rarement de ce vif d'or que vous lui aviez offert. Je ne pense pas qu'il vous en veuille une seconde pour quoi que ce soit. On l'a souvent traité de lâche mais il est mort avec courage, en héros. C'est sans doute sa plus grande victoire. Être parti avec fierté, sans regret.

-Comment pouvez-vous le savoir ? Je suis à peu près sûr que vivre l'aurait rendu bien plus heureux… Il aurait eu le temps de se prouver tout ça bien plus tard…

-Peut-être, admit l'adulte. Mais Peter était un Gryffondor et il l'a enfin prouvé.

James ne dit rien, comprenant le raisonnement. Il savait que Peter avait beaucoup souffert de ne pas avoir réussi à trouver sa place chez les lions. Il avait même dû douter d'y avoir vraiment sa place et pour être honnête, James avait également douté. Il espérait maintenant que l'hommage qui serait rendu au blond serait à la hauteur. De son côté, il voulait également avoir un geste pour lui, montrer qu'il était bel et bien un des leurs. Cela arrivait tard, il en avait conscience, mais peut-être que cela pourrait néanmoins parvenir à Peter, où qu'il soit à présent.

-Vous avez dit plus tôt avoir l'impression de ne pas pouvoir vous plaindre, que cela serait inapproprié, lui rappela ensuite Jedusor. Ce qui vous est arrivé reste tout de même grave, vous ne devriez pas le minimiser. Avoir réussi à échapper à Greyback seul… C'est un exploit. Et surtout, vous en sortir avec si peu de blessures. Vous avez l'air en forme en tout cas.

James baissa les yeux, mal à l'aise. Il craignait que le psychomage puisse lire en lui, savoir qu'il ne disait pas toute la vérité à ce sujet. Il doutait pourtant que l'homme s'inquiète réellement de son sort. Si la sécurité des élèves lui importait, il n'aurait pas fait ce dont ils le soupçonnaient. Dans son discours, James avait plus l'impression d'y lire une méfiance, de l'interrogation. Oui, il avait survécu. Avait-il espéré le contraire ? Ou était-ce simplement de la curiosité tout à fait normale ? Il ne pouvait pas dire, il était difficile de savoir véritablement ce que pensait l'adulte.

James n'aimait pas penser au loup-garou. Il ne réalisait pas trop ce qui lui arrivait même s'il tentait de faire bonne figure devant les autres. Il n'était pas dans cet « état » depuis très longtemps et ignorait ce que le futur lui réserverait, ni même comment il allait s'en sortir. Mais il se sentait déjà différent et cela lui procurait un sentiment désagréable sans qu'il ne puisse pour autant l'expliquer. Ce qui lui arrivait était horrible, il le savait, et il serait dur de résister à la tentation qu'était l'apitoiement et la colère. Mais ce n'était pas ce qu'il voulait. Il avait survécu, ce qui n'était pas donné à tout le monde. En plus, il était un adulte, c'était moins traumatisant que pour un enfant. Et il était bien entouré. De plus, Greyback était mort et savoir que le loup-garou ne recommencerait plus le soulageait grandement.

Voilà comment il devait voir les choses. Ne pas trop se centrer sur lui, sur le négatif, sur tous les morts, sur Alice… Mais pas non plus sur son avenir, son identité bouleversée, sa vie comme il l'avait connue avant. Il ne savait pas si c'était la bonne façon de faire, mais penser aux autres lui faisait relativiser sa propre situation.

Réalisant qu'il était resté silencieux bien trop longtemps, le Gryffondor tenta finalement de répondre comme il put au psychomage.

-J'ai surtout eu de la chance. Il n'y a rien d'extraordinaire ou d'héroïque dans ce que j'ai fait. Après avoir échappé au loup-garou, j'étais désorienté et n'avais qu'une seule idée en tête : aller chercher de l'aide. Mais je n'ai pas agi avec beaucoup d'intelligence. A partir de là, ce n'est pas tout à fait clair dans ma tête. Je suis resté caché en m'apercevant qu'il n'y avait pas que Greyback à Poudlard. Je savais que seul, je n'avais aucune chance. Je n'étais plus aussi sûr que ce soit une bonne idée d'aller tenter trouver de l'aide. A un moment, il y a eu une cohue à cause des Nuisibles qui s'étaient échappés. Je me suis blessé à ce moment-là, je crois. Je voyais que ça allait de mal en pis et sur un coup de tête, je suis sorti, même si je n'étais pas en état. Une catastrophe du début à la fin… Enfin, c'est peut-être ça qui m'a sauvé la vie…

Il espérait que Jedusor n'allait pas lui poser de questions trop précises car il serait incapable d'y répondre.

-Par rapport aux autres, je m'en sors très bien, ne put-il s'empêcher de répéter.

-C'est là que vous vous trompez, il ne faut pas comparer vos peines à celles des autres. Il ne s'agit pas d'en légitimer et d'en établir un ordre de grandeur.

L'homme eut un discret sourire à son intention et James se sentit se détendre. Pour la première fois depuis le début de leur entretien, le Préfet commençait à comprendre pourquoi tant de gens faisait son éloge. Il était doué quand il s'en donnait la peine. Mais James ne se laisserait pas berner. Il avait bien vu que dès le début, l'homme n'avait pas eu un grand intérêt pour lui. Il devait agir ainsi simplement pour donner le change.

La séance de consultation se termina quelques minutes plus tard et selon la volonté du psychomage, il fit appeler Sirius. En retournant dans le salon, le lion informa donc son meilleur ami que c'était à son tour. A cette occasion, James fit de son mieux pour faire comprendre au brun que tout s'était bien passé pour lui, que le psychomage ne s'était pas conduit bizarrement. Il ne pouvait se risquer à le dire à voix haute alors il se contenta de lui sourire et de lui faire un clin d'œil, comme s'il lui souhaitait du courage. Sirius hocha la tête et, pas très emballé, alla accomplir son devoir. Le Gryffondor observa ensuite la pièce et fut surpris de ne pas y voir le Serpentard.

-Il est remonté dans sa chambre, lui apprit sa mère.

James monta le voir, frappa mais n'obtint aucune réponse. Il entra alors avec précaution et le vit de nouveau afféré sur son bureau, notant avec empressement des trucs dans son fameux journal.

-Regulus ?

Celui-ci sursauta et James comprit qu'immerger dans ce qu'il faisait, il ne l'avait pas entendu frapper.

-Qu'est-ce que tu fais ?

-Rien de spécial, j'avais simplement besoin de relire certaines choses et de rajouter…

Il s'arrêta, cacha comme d'habitude son journal, et se tourna vers lui. James s'approcha alors et s'assit sur son bureau, se faisant une petite place entre les jambes du plus jeune.

-Comment était ta séance ? lui demanda soudain Regulus.

James haussa les épaules.

-Ça a été. Enfin, je sais bien que ça ne règle rien.

-Tu ne lui as pas parlé de ta condition ? s'alarma Regulus.

-Non, évidemment. C'est sa présence qui t'inquiète ? J'ai vu ta tête quand il est arrivé.

-Il n'était pas prévu, je ne comprends ce qu'il fait là…

James savait combien Jedusor inquiétait Regulus, lui faisait même peur.

-Comment peut-il même être là, répéta Regulus, mal à l'aise. James, je suis sûr qu'il a quelque chose à voir avec ce qu'il s'est passé…

Jedusor avait tellement l'air au-dessus de tout soupçon. James se demandait comment il faisait. Comment faisait-il pour avoir l'air si serein, si aimable et professionnel tout en fomentant un coup pareil ? Tellement de gens étaient morts et encore plus blessés. Mais c'était peut-être ça qui faisait peur à Regulus. Le fait de ne pas savoir de quoi était exactement capable l'homme.

-Si tu penses vraiment qu'il est responsable de ce qu'il s'est passé, tu devrais le dénoncer.

-Le dénoncer ?

-A Dumbledore, à des journalistes, à des Aurors. Ne porte pas ça tout seul.

-On me posera des questions et je n'ai aucune preuve. Je ne peux pas trop en dévoiler, Padfoot ne voulait pas que certains secrets se sachent, paniqua-t-il. Et puis, Sirius et toi, vous savez. Je ne suis pas tout seul, souffla-t-il, la voix faible.

James se leva et le prit dans ses bras. Il le berça doucement, tentant de l'apaiser. Regulus répondit à son étreinte et le Gryffondor eut le plaisir de le sentir se calmer.

-Il faut quand même que tu le dises à quelqu'un d'autre, quelqu'un qui pourra l'empêcher de continuer à faire du mal.

-Personne ne me croira, murmura Regulus.

-Ne dis pas ça. Moi, je crois en toi.

-Ce n'est pas pareil. Tu as vu Padfoot, tu tiens à moi. Tu sais bien qu'au fond, ma parole ne vaut pas grand-chose. Je ne peux rien prouver, je ne sais même pas quel est le but de Jedusor ni même à quoi m'attendre !

James comprenait les craintes de son petit-ami et malheureusement, sur ce point-là, il ne pouvait pas le rassurer. Regulus avait raison. Sans dévoiler l'identité et tout le mystère autour de Padfoot, il n'avait pas grand-chose pour étayer ses accusations envers Jedusor. Aucune parole, aucun acte concret, aucune preuve. Juste de la méfiance et des évènements concordants avec un faisceaux d'indices inquiétants. Mais ils en avaient déjà discuté tellement de fois, ils ne pouvaient plus se taire.

Le Gryffondor prit alors le visage de Regulus en coupe et caressa ses joues. Il posa son front contre le sien et ferma les yeux. Ils trouveraient comment faire pour empêcher l'adulte de fomenter d'autre coups.

Le jeune couple resta ainsi un long moment et puis, dans un soupir, Regulus s'éloigna. Ce serait bientôt son tour. Il ne savait pas ce qu'il allait bien pouvoir dire à l'homme et se retrouver seul avec lui l'angoissait. James savait que cela s'était mal passé la première fois que le 6ème année avait vu le psychomage.

-Je serai dans le couloir si ça ne va pas. Ne t'inquiète pas, j'interviendrais, lui promit-il.

James eut le plaisir de voir Regulus sourire, plus serein.

A peine une minute plus tard, Sirius vint les trouver et Regulus marcha en direction du petit bureau.

xXx

Regulus n'était pas à l'aise. Il n'avait jamais été très loquace mais avait toujours su se débrouiller lors des mondanités auxquelles ses parents l'avaient emmené. Mais face à Jedusor, il semblait avoir perdu toute sa superbe. L'ancien Serpentard était un adversaire bien trop fort pour lui et qui semblait ne pas avoir de failles. Le mieux qu'il puisse faire était d'attendre une erreur de sa part et de trouver comment convaincre quelqu'un de ses élucubrations…

En attendant, il devait se faire discret aux yeux de l'homme.

-Comment vous sentez-vous ?

-Ça va, répondit-il.

-Vraiment ? fit Jedusor, dubitatif. Écoutez, Regulus, je sais que vous n'avez aucune confiance en moi et que votre dernière expérience en matière de séance n'a pas été concluante.

-Concluante ? grinça le plus jeune. Ce n'est pas le mot que j'utiliserai. Vous avez essayé de me convaincre que ce que m'a fait Rosier n'était pas bien grave, que je n'avais pas de raison de me plaindre !

-Je le sais et je le regrette.

-Vraiment ? fit Regulus, un brin dédaigneux.

Il vit les mâchoires de Jedusor se serrer discrètement et il se demanda s'il n'était pas allé trop loin. Il ne pensait pas que le psychomage pourrait s'en prendre physiquement à lui, et surtout pas dans la demeure des Potter, mais il n'en avait pas la certitude. Regulus pensa à James qui l'attendait dans le couloir. Probablement son frère devait-il aussi être présent. Cela suffit à le rassurer et à ne pas craindre une attaque quelconque.

-Je suis sincère, Regulus. Je comprends combien c'est difficile pour vous et combien ça a dû l'être encore plus à l'époque. Entendre ça alors que vous cherchiez de l'aide…

-Je ne vous avais rien demandé, cette séance était obligatoire, lui rappela-t-il.

-C'est vrai.

Jedusor soupira.

-Rien ne vous empêche de parler maintenant. Si vous en avez besoin, vous pouvez le dénoncer mais il est mort. Cela serait-il vraiment utile ?

Regulus resta silencieux, il n'avait jamais réfléchi au fait de dénoncer Rosier ou non. Il le pourrait en principe. Il suffirait qu'il montre ses souvenirs, qu'ils les mettent dans une pensine ou alors qu'il fasse une déclaration sous serment ou autre. Il avait même été plus ou moins contraint de faire un Serment Inviolable, cela avait été loin. Il pouvait parler, se libérer. Une partie du Serpentard était convaincue qu'il n'arrivait pas à se défaire de cette histoire parce qu'il n'avait jamais pu faire éclater la vérité.

Mais Jedusor avait raison. Rosier était mort, il avait même essayé de lui sauver la vie. A la cérémonie d'adieux et d'hommages, une pluie d'éloges allait probablement s'abattre sur lui. Tout le monde allait se rappeler de lui comme une personne merveilleuse, belle et courageuse. Regulus sentit son estomac se tordre à cette idée. Il n'était pas sûr de pouvoir supporter ça. Mais il n'oserait jamais tout déballer, il lui fallait du temps. De plus, salir la mémoire d'un mort avait une connotation assez horrible.

-Parlez-moi de ce qu'il s'est passé pour vous lors de l'attaque à Poudlard.

-Il n'y a rien de spécial à dire, soupira le 6ème année. J'étais terrifié et je ne sais pas comment j'ai fait pour survivre alors que tant d'autres sont morts.

-Êtes-vous tombé sur un des prisonniers évadés avant que je ne vous trouve avec Greyback ?

Regulus observa le psychomage, ayant une drôle de sensation mais ne pouvant la définir.

-Peut-être, éluda-t-il.

-Vous avez peut-être croisé le chemin de Dolohov et vous ne vous en souvenez plus ?

-Je suis peut-être tombé sur l'ainé des McKinnon. Après tout, lui aussi s'est évadé en même temps que les autres. Vous n'avez même pas envisagé ce cas de figure.

Regulus resta silencieux, affrontant le regard en apparence stoïque de l'adulte. Bien entendu qu'il savait qu'il n'avait pas croisé Dorian McKinnon mais il avait semblé si sûr de lui. Regulus sentit son cœur battre plus vite. Jedusor venait-il de faire une erreur en affirmant une chose que seul quelqu'un d'impliqué dans le terrible drame de Poudlard pouvait savoir ? Il n'en était pas sûr, peut-être qu'il s'emballait… Dans tous les cas, il ne devait pas montrer à l'ancien Serpentard qu'il faisait attention à la moindre de ses déclarations.

-Aucun des témoignages recueillis ne mentionne Dorian McKinnon, tout simplement. Allez-vous me faire croire le contraire ?

Il s'apprêtait à répliquer mais s'arrêta, ayant une sensation bizarre. Il sentait comme un malaise, le regard de Jedusor le transperçant et sa tête lui tournant légèrement. La sensation était discrète au départ mais devint plus douloureuse et insidieuse. Il se souvint alors des cours qu'il avait eu en début d'année en DCFM. Les quelques cours d'intronisation à la légimancie et à l'occlumancie. Cette sensation qu'il vivait à l'instant, il l'avait déjà ressentie lors de ses cours.

Avec horreur, il comprit que Jedusor pratiquait la légimancie sur lui, qu'il se servait dans ses souvenirs à la recherche d'un élément qui l'intéressait. Il paniqua et se releva brusquement. Il était effaré. Depuis combien de temps cela durait-il ?! Qu'avait vu le psychomage ? Il ne pouvait pas faire ça ! Le visage du brun était si stoïque, jamais Regulus n'aurait pu deviner son manège s'il n'avait pas été si vigilant !

-Arrêtez !

Le pire était que le psychomage fit semblant de ne pas comprendre.

-Cette séance est terminée, vous n'avez pas le droit d'utiliser la légimancie sur moi !

-Je ne vois pas de quoi vous parlez. Voyons, vous êtes bouleversé, Regulus. Essayez de vous calmer.

Regulus n'aimait pas le ton qu'employait l'adulte. Il se dirigea alors vers la porte et menaça de raconter ce qu'il venait de se passer. Il espérait que la crainte qu'il s'exécute suffirait à faire fuir l'homme mais au contraire, Jedusor s'approcha si vite de lui qu'il ne vit rien venir. Il eut peur et pendant un instant, resta tétanisé.

-Arrêtez de faire l'ignorant et dites-moi comment vous avez su !? gronda soudain l'ancien Serpentard.

Regulus fronça les sourcils, confus. Et puis, il se souvint. C'était à propos de ce qu'il avait dit lorsque Jedusor l'avait secouru. Il se souvenait avoir fait quelque chose mais était incapable de s'en rappeler précisément. Mais en voyant l'expression de l'adulte, tout lui revint en mémoire. Il l'avait accusé d'être celui qui avait libéré le Basilic ! Il n'arrivait pas à croire qu'il avait fait ça… A présent, Jedusor était au courant qu'il savait ! C'était pour ça qu'il était venu aujourd'hui, il voulait tenter de savoir comment il avait eu cette information. Il avait même pratiqué la légimancie sur lui pour se faire.

Jedusor se sentait acculé. Son plan parfait comprenait une faille et il craignait que tout ce qu'il avait mis en place jusque là ne s'écroule à cause d'un pauvre adolescent qui manquait de confiance en lui...

Regulus ne se sentait pas tranquille pour autant. Il ignorait de quoi était capable le psychomage. Il le bouscula alors presque pour pouvoir sortir. Sa main eut juste le temps de saisir la poignée de la porte que Jedusor tenta de la bloquer. Heureusement pour le plus jeune, celle-ci s'ouvrit de l'autre côté. James et Sirius leur faisaient face et les fixaient avec suspicion.

-Est-ce que ça va ? On a entendu du bruit alors on est venu voir, tenta de justifier James.

-Oui, répondit immédiatement Jedusor, sans doute pour devancer Regulus. Nous avions fini. Je vais saluer votre mère, James, et partir. D'autres élèves m'attendent.

Il sourit, un sourire de façade.

-Je suis désolé que cela ne se soit pas passé comme vous l'espériez, Regulus. Peut-être pourrions nous continuer cette conversation plus tard, dans de meilleures conditions.

Il semblait avoir retrouvé son calme et s'était repris assez vite mais n'avait pas réussi à garder son self contrôle tout du long.

Regulus ne répondit pas. Ils savaient tous les deux que cela n'arriverait pas. Jedusor les salua ensuite une dernière fois avant de partir et les trois jeunes sorciers le regardèrent s'en aller sans rien dire, attendant qu'il soit loin pour parler.

-Il était bizarre, non ? constata Sirius. Il n'était pas comme ça lors de ma séance.

-Pareil, avoua James. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il à Regulus.

-Il panique, murmura-t-il.

Regulus n'était pas serein de savoir que le psychomage lui avait potentiellement volé des informations, ni même qu'il n'allait pas le lâcher à partir de maintenant… Mais si Jedusor paniquait, il allait se mettre à commettre des erreurs. La première était de ne pas avoir compté Dorian McKinnon dans le lot des assaillants. Après tout, personne n'avait de preuve formelle à ce sujet et la logique voudrait plutôt qu'il soit, dans le doute, compté parmi eux. Il s'était échappé avec les deux autres criminels après tout. Sa deuxième erreur avait été d'utiliser la légimancie sur lui puis de le menacer.

Une petite étincelle s'alluma doucement en Regulus. Tout n'était peut-être pas perdu.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé là-dedans ? demanda James.

-Est-ce qu'il t'a fait du mal ? s'inquiéta son frère.

Regulus nia, mais tout son corps se contracta au souvenir de la brusquerie du psychomage. Il savait qu'en quelque sorte, il aurait pu lui arriver pire encore. Un homme qui perdait le contrôle et qui n'avait plus rien à perdre pouvait être très dangereux. Ce n'était pas encore le cas de Jedusor, mais celui lui donnait un avant goût de ce qui pourrait arriver quand toutes ses manigances seraient mises en lumière.

-Il m'a menacé, avoua-t-il.

Son frère et James le dévisagèrent, choqués.

-Mais il a perdu la tête ?!

-Je ne m'en souvenais plus mais je lui ai dit que je savais qu'il était celui qui avait manigancé l'attaque de Poudlard quand il m'a retrouvé face à Greyback. Il voulait savoir comment je savais et il a tenté d'utiliser la magie. J'ignore quelles informations il a pu me voler, souffla Regulus.

-Merde ! Je vais le dire à mes parents ! décida James et Sirius acquiesça.

-Attends ! l'arrêta Regulus.

-Tu ne vas pas me dire encore une fois que tu es contre ! Par Merlin, Regulus ce qu'il a fait est impardonnable ! s'indigna le brun.

-James a raison, je ne comprends pas pourquoi tu ne t'affoles pas plus, lui fit remarquer Sirius.

Regulus affronta le regard de son frère avant de leur dévoiler le fond de sa pensée.

-Une partie de moi sait combien c'est grave et a encore peur…. Mais l'autre, l'autre se dit que j'avais raison depuis le début et que j'ai enfin une première preuve de ce que j'avance !

Regulus vit alors James et son frère hocher la tête, comprenant son raisonnement.

-Que comptes-tu faire si tu ne veux pas en parler aux Potter ? voulut tout de même savoir Sirius.

-Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en eux mais je ne veux pas les mettre en danger. Le mieux serait qu'on se mette d'accord tous ensemble avec Remus. A présent qu'il est au courant, je pense qu'il a son mot à dire. Tu lui as tout dit ? demanda-t-il à son frère.

Sirius secoua la tête.

-Je lui ai parlé de tout sauf de Padfoot. Il m'a fait confiance et a compris que je ne pouvais pas lui en dire plus. C'est à toi de voir si tu veux parler de lui.

-Ca veut dire qu'à part nous, personne n'a connaissance de l'esprit. On t'a déjà parlé de l'histoire avec Marlene, Regulus, alors je pense qu'avec ce nouvel élément, on sait un peu mieux où on en est, résuma James.

-C'est vrai qu'avec les informations qui circulent au compte goutte, j'oublie parfois qui sait quoi, souffla Sirius.

-Le plus important est surtout de ne pas faire de gaffes ni de se trahir. L'imprudence que j'ai commise avec Jedusor était dangereuse même si finalement, ça peut nous aider. Il vaut mieux éviter de le confronter à nouveau, décida Regulus.

Son frère acquiesça.

-Ouais, je n'ai pas envie qu'il vienne de nouveau jouer les gros bras.

-Laissons passer la cérémonie et on se réunira ensuite tous les quatre pour voir ce qu'on peut faire, proposa James.

Regulus et Sirius approuvèrent.

xXx

La dernière nuit avant le jour de la cérémonie d'hommages, Lily n'avait que très peu dormi. Son esprit n'avait fait qu'imaginer comment pourrait se dérouler l'instant. Y aurait-il beaucoup de monde ? Tout le monde souhaiterait-il venir ? Tout le monde aurait-il le courage d'assister à la cérémonie ou était-ce encore trop tôt ? Comment se sentirait-elle de revenir à Poudlard alors que les derniers souvenirs qu'elle avait lui causait encore de nombreux cauchemars. Lorsqu'elle ne prenait pas de potion de sommeil sans rêves, il lui arrivait en effet souvent de revivre la scène avec le Basilic, prêt à ne faire qu'une bouchée d'elle juste avant qu'elle ne le transperce avec l'épée de Gryffondor.

Elle ressentait tout : l'odeur, la peau rugueuses et les écailles, le froid, la peur et les battements de son cœur. L'impression horrible qu'elle allait mourir. Coincée dans ce cauchemar, obligée de revivre ces instants et ne pouvant y échapper jusqu'à la fin. Un psychomage l'avait vu très tôt et, sans surprise, avait posé le diagnostic de stress post traumatique. Lily ayant toujours voulu évoluer dans le milieu médical, elle savait ce que cela signifiait. Son chemin pour guérir ne serait pas que physique, mais aussi mental, et il serait très long.

Elle avait discuté avec beaucoup de ses amis et même presque quotidiennement avec Severus, mais elle n'avait pas évoqué ce sujet avec eux. Elle avait eu l'impression que c'était trop tôt, et surtout que ce n'était pas un sujet à évoquer par lettre. Elle avait plus ou moins décrit ce qu'elle ressentait et ce qu'elle vivait à Severus, sans le nommer néanmoins. Elle ne voulait pas l'affoler, il s'inquiétait déjà tellement pour elle. Lily avait également l'impression que sa blessure à la jambe était déjà beaucoup à supporter, même pour elle. Assimiler le fait qu'elle boiterait probablement toute sa vie et qu'elle ne pourrait plus faire de trop grands efforts physiques. Un petit effort la fatiguait déjà tellement en plus de réveiller la douleur...

Elle se disait également qu'en parler avec un psychomage était le mieux à faire. Seul un professionnel pourrait efficacement l'aider. Et si quelqu'un se trouvait dans le même cas, – et c'était forcément le cas – elle pourrait plus facilement lui parler parce qu'il comprendrait très bien ce qu'elle ressentait et vice-versa.

Elle se disait aussi constamment qu'elle aurait toujours le temps de se pencher sur ses problèmes plus tard. Elle ne souhaitait pas s'en préoccuper maintenant. Pas par manque de temps, mais bien parce qu'elle n'était pas sûre de pouvoir accepter la vérité en face. Elle faisait face, arrivait à donner le change devant ses proches, se persuadait d'aller de l'avant, mais elle n'allait pas bien. Lily était persuadée que si elle se relâchait un seul instant, elle ne pourrait plus continuer.

A l'heure actuelle, elle voulait se concentrer sur une seule chose : la cérémonie d'adieux. Elle y avait tant pensé qu'elle n'avait que peu dormi, mais maintenant, elle y était.

La main de Severus qui serra la sienne fit sortir Lily de ses pensées. Elle observa son petit copain qui n'en menait pas large. A vrai dire, Lily non plus ne se sentait pas très bien. Elle ressentait une certaine forme d'angoisse à se trouver ici.

-Allons-y, souffla-t-elle.

Severus acquiesça et ils avancèrent. Ils avaient transplané jusqu'à Poudlard et avait marché de longues minutes pour arriver en face du château. Cela avait donné quelques difficultés à Lily qui ne pouvait pas encore trop forcer sur sa jambe. Severus s'était inquiété et avait pesté contre le fait que Dumbledore aurait au moins pu baisser les barrières magiques pour leur épargner toute cette marche inutile. Lily avait tenté de le calmer et avait certifié qu'il fallait qu'elle marche le plus possible de toute façon, mais elle aussi était inquiète de tous les efforts physiques qu'elle allait devoir faire aujourd'hui. Elle qui avait pensé que seul le côté émotion serait difficile à gérer, elle découvrait que rien que s'y rendre serait difficile. Il n'y avait jamais rien eu à Poudlard pour faciliter les déplacements des personnes à mobilité réduite et Lily avait voulu rassurer Severus mais elle se demandait finalement si sa jambe n'allait pas la lâcher avant.

-Tu penses qu'il y aura beaucoup d'Aurors ? lui demanda soudain Severus.

Lily s'appuya légèrement sur lui pour monter les quelques marches avant de parvenir à la grande porte d'entrée ouverte du château.

-Je pense, même si tout est fini. Ne serait-ce que pour le symbole, le côté rassurant.

-Hum, fit Severus. Il y aura aussi le ministre de la Magie et d'autres membres du gouvernement. Il compte faire un discours. Je ne sais pas toi mais moi, j'ai l'impression que c'est de l'opportunisme. Un truc pour se faire bien voir après le raté à Azkaban. Ce sont ces prisonniers qui ont attaqué après tout.

-C'est possible, admit Lily qui n'avait pas trop d'opinion à ce sujet. Mais je pense qu'au niveau de la presse et pour beaucoup de sorciers, il aurait fait mauvaise impression en ne venant pas.

Lily attendait également de voir ce qu'il allait bien pouvoir dire, s'il allait honorer la mémoire des victimes, de ceux qui avaient souffert où créer un scandale en adoptant un discours plus politique. Ce n'était pas vraiment le genre de l'homme et ce serait une telle faute… Le ministre avait enchainé les erreurs dernièrement et était critiqué au sein même de son parti. Lily ne voulait pas se montrer trop dure avec lui. Il n'était pas parfait et devait avant tout agir en fonction des opinions de sondage, mais elle n'oubliait pas non plus que c'était un des seuls hommes politiques à proposer de réelles mesures en faveur de l'intégration des nés-moldus et une meilleure recherche sur les espèces magiques.

Poudlard, et surtout à cet instant en particulier, devait rester en dehors de la sphère politique.

Le couple entra alors dans le château et fut saisi un instant par les bougies et la musique douce qui sortait des grosses boules ensorcelées. C'était un air de piano qu'aucun d'eux ne connaissait. Le château n'était pas paré de noir, enfin pas uniquement. Il y avait les quatre couleurs des maisons, un moyen de laisser de la place à ceux qui avaient survécu, qui devaient vivre avec ce drame. Pour l'espoir. Pour l'avenir. C'était beau et touchant.

Ils continuèrent d'avancer et Lily ne put cacher une grimace en voyant les escaliers qui se profilaient devant elle. Elle connaissait le château et savait qu'avant d'accéder à la pièce de la cérémonie, il y en avait d'autres. Elle jeta un coup d'œil à sa droite, regrettant que tout cela ne se passe pas dans la Grande Salle, bien plus facile d'accès pour elle. Mais elle comprenait le choix de la direction : cette pièce avait également été le théâtre de drames et d'attaques. De mauvais souvenirs pouvaient ressurgir et il était préférable d'être dans un endroit plus neutre.

-Je vais te porter, décida Severus.

Lily ouvrit de grands yeux incrédules et secoua la tête.

-Non, je vais y arriver. Juste, aide-moi un peu.

Severus voulut répliquer mais elle l'arrêta.

-S'il te plait, Severus. Quand je reviendrai, je serai amenée à monter ces escaliers. Je ne vais pas te demander de me porter à chaque fois que ce sera le cas. Je peux marcher, il faut que j'y arrive.

Lily voyait bien que ce ne lui faisait pas plaisir, mais le Serpentard prit sur lui et la soutint du mieux qu'il pouvait. Lily n'avançait pas bien vite et grimaça lorsqu'ils arrivèrent à la moitié. Monter des marches s'avérait bien plus difficile que de marcher longtemps. Cela demandait un effort plus important et surtout, elle tirait beaucoup sur sa cicatrice et les muscles endommagés.

-Je n'ai qu'à te faire léviter, proposa encore Severus.

-Ne fais pas ça !

Elle se rendit immédiatement compte que le ton qu'elle venait d'employer avait été bien trop sec. Elle reprit alors plus doucement.

-On ne fait pas léviter les gens mais les objets, et pour une bonne raison, Severus. Ce n'est pas stable. Ce ne serait pas confortable et je pourrais avoir encore plus mal.

-Tu as déjà mal, laisse-moi te porter, insista-t-il.

-Je vais y arriver, allons-y pas à pas.

-Lily, souffla-t-il.

Elle secoua la tête et voulut continuer mais le brun s'approcha d'elle et elle se rendit compte avec effarement qu'il allait essayer malgré tout. Elle résista et commença à s'agacer.

-Mais arrête ! Tu ne vas pas y arriver de toute façon !

Elle le repoussa franchement et le mouvement la déséquilibra. Heureusement, elle se retint à la rambarde. Pour sa part, Severus loupa une marche mais tout comme elle, il put se stabiliser. Elle s'apprêtait à l'engueuler pour son geste totalement inconsidéré car il aurait pu lui faire mal et elle avait été très claire sur ce qu'elle voulait, mais s'arrêta en voyant la tristesse sur son visage. Elle comprit alors qu'il avait été blessé par ses mots. Elle ne sut que dire et, fatiguée de rester planter là, démoralisée en sachant ce qui l'attendait encore, elle se détourna et continua seule. Severus garda le silence et se mit derrière elle, prêt à la rattraper lorsqu'elle s'écroulerait.

Malgré l'effort et la concentration que monter ces escaliers lui demandait, Lily entendit sans mal les autres élèves entrer dans le château. Certains étaient silencieux, d'autres plus bruyants. Quelques-uns pleuraient déjà Beaucoup les doublèrent et Lily sentit d'ailleurs à plusieurs reprises des regards sur elle mais ils continuèrent tous leur chemin et Lily avait si mal qu'elle dut s'arrêter. Elle n'en pouvait plus.

Elle se demanda alors si Severus était vraiment capable de la porter. Il n'était pas très épais et n'était pas friand des exercices physiques. A présent, elle craignait même qu'il se sente humilié s'il n'arrivait pas à aider sa copine à montrer de simples marches. Le même genre d'humiliation que ressentait Lily en se sentant si démunie face à une tâche si simple.

-Hey ! Lily ! fit Sirius, bien trop fort dans ce lieu symbolique qui pour un jour au moins, invitait à la retenue.

Elle regarda plus bas : les frères Back et James venaient d'arriver. Ils portaient tous la fleur blanche éternelle que l'école leur avait faite parvenir. Lily tenta de leur sourire et croisa un instant le regard de Severus. Son visage était figé et elle eut du mal à savoir comment il se sentait. Les Maraudeurs s'empressèrent de venir à leur rencontre alors que Regulus avançait d'un pas plus tranquille.

-Bonjour, les salua-t-elle.

-Lily, Snape, fit James.

-Vous êtes venus en amoureux pour assister à cette cérémonie où on risque tous de pleurer comme des madeleines ? lança Sirius, fier de placer un proverbe moldu. Enfin, bien entendu, je ne t'inclue pas dans le lot, Severus.

-Sirius, soupira Lily.

-On dirait que ça ne t'enchante pas, remarqua Severus qui n'avait pas l'énergie de lancer des piques au brun.

-Ce n'est pas ça, contra Sirius. Je crains juste que la direction en fasse des tonnes et qu'au final, ça nous plombe plus qu'autre chose.

-C'est un risque, admit James. Mais compte sur moi pour que ça ne ressemble pas à un enterrement austère.

-James, s'il y a bien un jour où tu dois te tenir tranquille, c'est aujourd'hui, lui fit remarquer la rousse.

-Laisse, Lily, ils ne savent pas ce qu'est la décence, s'agaça Severus.

-Bien sûr que si ! s'indigna Sirius. Contrairement à toi, on a perdu une très proche amie. Alice n'aurait jamais voulu qu'on pleure et qu'on soit triste pour elle, c'est tout !

-Tu penses que parce que je n'ai pas perdu d'être cher ce jour là je ne me sens pas triste et affligé ?

Il n'y avait aucune colère chez Severus, seulement un peu de déception et d'incompréhension. Sirius le remarqua et changea également de ton.

-Non, je dis juste que je ne veux pas que tu me parles de décence.

-Les garçons, s'il vous plait, soupira Lily.

Elle ne parvenait pas à croire qu'ils arrivaient à se prendre la tête aujourd'hui. James échangea alors un regard avec elle et sourit.

-Allez, allons à cette cérémonie.

Regulus arriva à cet instant à leur hauteur et resta aux côtés de Severus. Il le salua à voix basse et ne dit rien de plus. Le groupe se remit ensuite en marche et Lily refit quelques pas, se maudissant de ne pas pouvoir aller plus vite. De plus, à présent que les Maraudeurs et Regulus étaient là, elle n'osait plus demander à Severus s'il pouvait la porter, ni même tenter de la faire léviter.

Néanmoins, les nouveaux arrivants remarquèrent très vite la difficulté qu'elle éprouvait et s'arrêtèrent.

-Attends, je vais t'aider, fit James.

Lily voulut dire quelque chose mais elle fut en un instant soulevée, portée par les bras puissants du Gryffondor. Il fit attention à sa jambe et elle éprouva un réel soulagement à ne pas être obligée de s'appuyer dessus.

-Je n'arrive pas à croire que tu t'es tapé toutes ces marches ! Tu aurais quand même pu lui filer un coup de main, Snape, gronda James.

Lily croisa le regard de Severus, la colère se lisant sur ses traits.

-J'ai essayé.

Il n'ajouta rien de plus et accéléra le pas, ne prenant pas la peine de les attendre et Regulus le suivit. Lily ne s'était pas attendue à autre chose de toute façon. Le Serpentard n'avait pas l'air de l'apprécier plus que cela et la rousse avait décidé de ne pas chercher à comprendre pourquoi.

-Est-ce que tu es sûr que ça va aller ? s'inquiéta-t-elle à l'adresse de James.

-Mais bien sûr ! la rassura-t-il en se mettant en marche. Tu me prends pour qui ? Je suis quand même capable de te porter pour monter les deux derniers étages !

-T'inquiète, Lily, je prendrai le relais avant qu'il te lâche. On ne va pas te laisser te blesser inutilement, s'amusa également Sirius.

Elle les remercia et se rendit compte avec un peu de honte que ce qu'elle avait avec véhémence refusé à Severus, elle l'acceptait plutôt facilement de ses deux amis. Elle pouvait comprendre qu'il soit vexé, énervé et même déçu. Il pourrait même y voir un certain symbole qu'elle soit ainsi portée avec délicatesse par James, son ex petit-ami avec qui il s'était longtemps livré une guerre.

Lily ne voulait pas se fâcher avec son copain et espérait que Severus ne lui en voudrait pas trop. D'autant plus qu'avant l'arrivée de James, Sirius et Regulus, elle avait eu l'intention d'accepter son aide.

-Je ne ressemble pas à un sacré prince charmant ? demanda soudain le Gryffondor.

-Prince peut-être, charmant on repassera, blagua Sirius.

xXx

Regulus avait su que revenir à Poudlard serait dur, le traumatisme de l'attaque étant toujours très vif dans son esprit. Mais malgré le sentiment de malaise qu'il ressentait, il avait besoin d'assister à cette cérémonie d'hommages. Tout était tellement horrible. Des gens étaient morts, des atrocités avaient été commises, l'école avait été saccagée et la peur y avait régné. Les élèves avaient besoin de se réapproprier l'école, de reprendre pied avec la réalité, de dire au revoir convenablement à leurs amis.

Le hall de Poudlard avait été décoré pour l'occasion, si on pouvait nommer les choses ainsi. Le noir était prédominant et une longue rangée de bougies avait été disposée pour tracer le chemin jusqu'à la salle de commémoration. Différentes photos des victimes étaient accrochées et Regulus ne savait que penser. C'était beau et à la fois tellement triste… Quelque part, cela épuisa mentalement le Serpentard. A la moitié du chemin, il ne put faire autre chose que de regarder ses pieds.

Severus marchait à ses côtés et était aussi silencieux que lui. Jusqu'à présent, aucun d'eux n'avait ressenti le besoin de parler. Regulus avait l'impression que Severus devait son air morose à ce qu'il s'était passé plus tôt. A cette vision de James et de Lily, si proches. Severus n'aimait pas James parce qu'il le jalousait beaucoup, l'enviait et le trouvait arrogant, mesquin aussi. Regulus avait également l'impression que Severus se contrôlait beaucoup par peur de commettre une faute, d'énerver Lily et de la perdre. Ces mots « sang de bourbe » devaient encore résonner en lui. Il avait beau ne les avoir jamais prononcés, c'était tout comme et il s'en voulait atrocement. Mais surtout, il ne voulait en aucun cas commettre de nouveau un tel impair.

Voir James et Lily ainsi n'allait sûrement pas l'aider à rester serein. Regulus lui-même ne pouvait pas dire que les voir si proches lui fasse plaisir. Mais il devait s'en accommoder. Ils n'étaient plus ensemble et si jamais l'envie reprenait à James de retourner avec la rousse, il espérait seulement qu'il aurait l'honnêteté de le lui dire.

Regulus soupira en voyant le monde présent dans la salle de commémoration. Il ne sut où se mettre et que faire. Tous les professeurs étaient là, mais beaucoup d'élèves manquaient à l'appel. Il y avait néanmoins beaucoup de monde. Des Aurors étaient postés un peu partout dans la pièce et le ministre de la Magie était en grande discussion avec Dumbledore. Les parents des élèves avaient des places attribuées dans le fond de la salle. Ainsi, les élèves les plus jeunes pouvaient tout de même rester avec eux. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que ces jeunes adolescents aient besoin du soutien de leur famille pour affronter ce qui allait suivre. Les Potter étaient là et Regulus reconnaissait également les Lupin ainsi que quelques familles de Sang-Pur qu'il avait côtoyées plus jeune.

Mais tout le monde n'était pas là, bien au contraire.

Ses parents par exemple brillaient par leur absence. Il était vrai qu'il n'avait perdu personne. Ils connaissaient vaguement Rosier mais s'étaient surtout fâché avec sa famille à cause de l'histoire avec Regulus. Les Black ne devaient voir aucun intérêt à être présents. Pour sa part, Regulus aurait aimé qu'Orion et Walburga soient là mais en même temps, il savait que ceux-ci auraient été incapables de le soutenir convenablement.

Parmi les élèves également, certains manquaient. Marlene McKinnon n'était pas là et cela étonnait le Serpentard. Alice était une de ses proches amies après tout. Était-ce le chagrin qui la retenait chez elle ou la culpabilité ? Il devait être difficile d'oublier que c'étaient les prisonniers qu'on avait aidés à faire libérer qui avaient été la cause de cette tragédie.

Dans les rangs des professeurs, aucun ne manquait à l'appel par contre. Pas même Jedusor alors que le 6ème année aurait bien voulu.

Regulus observa la pièce dans laquelle la cérémonie allait avoir lieu. Les bougies étaient encore présentes dans la salle et les photos des élèves se reflétaient sur le plafond magique. La décoration de la pièce était dans le même genre que le reste du château, les fleurs en plus.

Le 6ème année vit Severus aller s'installer dans le rang du milieu et il voulut le rejoindre mais avant même qu'il ne puisse faire un pas, quelqu'un s'approcha de lui. C'était un de ses camarades de Serpentard à qu'il n'avait jusque-là parlé qu'en de très rares occasions. Mais néanmoins, il se souvenait l'avoir vu souvent parler à Rosier. C'était un de ses admirateurs, Timothy. Regulus se crispa. Allait-il lui parler de Rosier ? Il n'était pas sûr d'en avoir envie. En vérité, il désirait passer inaperçu, se faire tout petit, assister à cette réunion et partir au plus vite.

Avant qu'il se décide sur quoi faire, Timothy était déjà à côté de lui. Il commença à lui parler sans même le saluer et avec une familiarité qui étonna le cadet des Black.

-Je ne sais pas si tu es au courant mais en deuxième partie de cérémonie, les élèves sont invités à dire un mot en l'honneur de nos camarades et amis morts. Beaucoup d'entre nous vont parler en l'honneur de Rosier, c'est aussi une manière de lui dire au revoir.

Regulus comprit que le « beaucoup d'entre nous » signifiait « les Serpentard ».

-On ne pourra pas tous s'exprimer mais on est d'accord pour dire que tu devrais avoir la primeur, reprit-il.

-Pardon ? balbutia Regulus, abasourdi.

-Tu es sorti avec lui, il t'aimait et il est mort en te protégeant. Ça mérite bien quelques mots et des remerciements.

Regulus eut envie de dire que Rosier était mort tout seul et surtout à cause du Basilic. Il n'avait pas prévu de s'exprimer aujourd'hui, il ne savait même pas comment il allait réagir en entendant tous ces gens parler du blond comme un saint. Mais le regard de son camarade était si dur qu'il eut l'impression de ne pas avoir le choix. Tout le monde devait se dire qu'il était normal qu'il parle. Rosier et lui s'étaient fréquentés aux yeux des autres. Le blond avait pris soin de lui dès son arrivée à Poudlard et l'avait aidé de nombreuses fois. Il avait tenté de le protéger et avait même reconnu ses torts à la fin. Mais alors quoi ? Regulus devait forcément le pardonner, faire comme si, effectivement comme tout le monde le pensait, Rosier était un héros, un martyr ?

-Ne me dis pas que tu ne veux pas ? s'étonna son camarade. Ça m'étonne à peine, grinça-t-il finalement. Tu t'es servi de lui. Les gens te fuyaient et il t'a donné une chance, c'est comme ça que tu le remercies ?

Il pesta avant de s'en aller et Regulus ressentit de la honte. Il resta planté là de longues secondes avant d'être enfin rejoint par James et Sirius.

-Tu es tout pâle, ça va ? s'inquiéta son frère.

Il n'eut pas conscience de répondre et n'aurait su dire ce qu'il se passait autour de lui. Il suivit simplement Sirius et James quand ceux-ci rejoignirent Isabel et Remus. Regulus s'installa à côté de James qui lui prit la main et Regulus s'inquiéta qu'on puisse les voir. Pendant un instant, il pensa à retirer sa main puis décida finalement de la laisser. Il avait besoin de James et si celui-ci acceptait de prendre le risque d'être découvert, cela lui allait.

-Qu'est-ce que tu as ? Severus t'a dit un truc méchant ? demanda le brun alors que tout le monde prenait enfin place.

-Non, ce n'est pas… C'est juste cette cérémonie, je ne suis pas sûr que j'aurais dû venir.

James fronça les sourcils et se pencha vers lui.

-Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ?

Regulus jeta un coup d'œil vers ses comparses de Serpentards, hésitant. James le soutenait toujours et il savait qu'il s'inquiétait sincèrement pour lui.

-Ils veulent que je dise quelques mots pour Rosier…

-Et puis quoi encore ? s'indigna aussitôt James.

Il fronça les sourcils et observa le plus jeune.

-Tu n'en as pas envie, n'est-ce pas ?

-Pas vraiment.

-Alors c'est réglé.

-Ce n'est pas si simple. Ce serait pour lui rendre hommage… Les gens ne comprendraient pas, surtout après ce qu'il a fait pour moi…

-Après ce qu'il a fait pour toi ? maugréa James. Rosier et tous les autres ont bien de la chance que tu ne divulgues pas quel connard il était en réalité. Là au moins, tu le laisses partir avec une image intacte. Crois-moi, c'est plus qu'il ne mérite.

Regulus comprenait le point de vue du Gryffondor, mais ce n'était pas si facile pour lui d'intégrer ses paroles. Son regard n'arrêtait pas de faire des allers retours vers là où étaient assis ses camarades de dortoir, quelques Serpentards et des amis du blond. Pour eux, Rosier méritait les honneurs alors que lui ne ressentait que du soulagement à sa disparition. Enfin, il n'allait plus croiser tous les jours ou presque l'homme qui lui avait fait tant de mal. Il se sentait coupable de ressentir cela malgré tout. Il se faisait presque l'effet d'un monstre d'éprouver ces sentiments. Rosier avait à de nombreuses reprises tentées de faire un pas vers lui, de faire en sorte de laisser cette histoire derrière eux. Mais s'était-il vraiment excusé ? Il avait désiré passer à autre chose sans même comprendre à quel point cela l'avait détruit.

Regulus avait beau se mettre ça en tête, il n'arrivait pas à ne pas éprouver de culpabilité. Il revoyait encore Rosier à ses côtés, tentant de l'aider, mourir sous ses yeux. Son visage défiguré, le sang, l'odeur, la peur…

Rosier avait réellement cru l'aimer et il avait été sincère.

Regulus sentit James lui secouer l'épaule et il se tourna lentement vers lui, comme absent. James lui parla, il vit ses lèvres bouger mais eut du mal à comprendre. Il se sentait ailleurs, comme en dehors de son corps.

-Regulus ? Ça va ?

Il acquiesça parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre. Il ne savait pas si c'était vrai ou si cela pouvait être considéré comme un parfait mensonge.

-Tu es étrange, tu as entendu ce que j'ai dit ? insista le brun.

Non, pas vraiment. Mais il ne pensa même pas à répondre à James et se concentra sur le directeur de Poudlard qui s'avançait vers le pupitre.

La cérémonie allait commençait et il devait réfléchir à quelques mots qu'il pourrait prononcer pour Rosier. Il se rendit compte avec angoisse qu'il ne savait pas quoi dire. Il n'avait rien de gentil à dire sur le blond. A chaque fois que quelque chose lui venait à l'esprit, une partie de lui criait au mensonge.

Soudain, Regulus eut l'irrépressible envie de fuir loin du château. Même la présence de James ne l'aida pas à se calmer.

xXx

Alors que Dumbledore prenait place derrière le pupitre pour faire son discours et ouvrir la cérémonie, il sut sans hésitation que ce serait la dernière fois qu'il prendrait la parole en tant que directeur de Poudlard. L'attaque du château avait eu lieu il y a peu et tout le corps enseignant n'avait travaillé que sur le bon déroulement de cette cérémonie. La suite, aucun d'eux n'y avait vraiment pensé. Quand l'école rouvrirait-elle ? Comment accueillir les élèves ? Les travaux seraient-ils complètement finis ? Fallait-il repousser les examens de fin d'année ou encore revoir le protocole et les protections du château ? Personne ne voulait y réfléchir. Cela viendrait bien assez tôt et alors, plus aucun d'eux n'aurait de répit.

Pour l'instant, chacun était encore en train d'essayer de faire son propre deuil, de réaliser ce qu'il s'était passé.

Tous, sauf Dumbledore. Lui ne pensait qu'à l'après et cet après, il le savait, se ferait sans lui. Il ne pouvait pas continuer alors qu'il avait tant de sang sur les mains. C'étaient les victimes de trop. Peu importe qu'elles n'aient pas été causées par lui. Peu importe la façon dont on regardait les choses, il avait failli. Cette école était tout pour lui. C'était la seule chose qui lui restait et il n'avait pas été à la hauteur.

Le vieux sorcier avait ainsi finalisé sa lettre de démission depuis quelques jours déjà. Il pensait la remettre au ministre de la Magie prochainement. Il avait justement été convoqué par celui-ci et le rendez-vous était pour bientôt. Il ignorait si le ministre avait prévu de le limoger. Quoi qu'il en soit, étant donné que Dumbledore avait déjà pris sa décision, celui-ci n'aurait pas à le faire.

Il lui fallait néanmoins encore l'annoncer à ses collègues et amis, s'assurer que l'école serait entre de bonnes mains, dirigée par une personne compétente et de confiance. Il avait conscience qu'en partant, il laisserait le terrain libre à Jedusor mais il considérait qu'il n'avait jamais fait le poids. Les idées du psychomage se propageaient comme une maladie et Dumbledore peinait à convaincre les siens de se mobiliser. Jedusor savait parler aux jeunes, donner envie à ceux qui avaient longtemps pensé que tout était perdu. Il était charismatique, beau, intelligent, sournois et surtout prêt à tout. C'était tout ce qu'il fallait pour évoluer dans ce milieu.

Dumbledore ressentait le besoin de se retirer. Il allait laisser ce combat aux jeunes générations, il leur faisait confiance.

La retraite lui tendait les bras. Il n'aurait jamais pensé prononcer ces mots, et pourtant ! Dumbledore ne savait pas bien encore ce qu'il ferait ensuite. Il savait simplement qu'il voulait aller là où personne ne le reconnaitrait, là où il pourrait mener une vie tranquille, paisible.

Mais pour profiter pleinement de cette vie, il devait encore accomplir une dernière tâche.

-Chers élèves, je vous demande de faire silence, exigea-t-il d'une voix calme.

Il les observa et réussit à distinguer en quelques secondes à peine tous les sentiments qui les habitaient. La peine, la tristesse, le désarroi, l'incompréhension, la colère, la peur et plus encore. Il posa ses mains sur le pupitre et essaya de ne pas serrer le bois entre ses doigts.

-Je vous remercie à tous d'être venus. Je sais combien ça a dû être dur de franchir les portes du château et de venir prendre place ici. D'observer les photos de vos amis, de passer dans les pièces où vous évoluez habituellement avec eux. Je sais aussi que ça n'a pas été difficile aujourd'hui seulement. Ça l'est depuis qu'ils sont partis, depuis qu'ils nous ont quitté tragiquement. Et Merlin sait que ce ne sera pas plus facile les jours à venir. Et parce qu'il vous a fallu une volonté démesurée et un courage extraordinaire, je tenais à vous féliciter.

Je suis le directeur de Poudlard et il est vrai qu'il m'est impossible de connaitre parfaitement chaque élève, vous êtes si nombreux. Certains d'entre vous doivent se dire que même en affirmant vous comprendre, il s'agit de simples mots. Je vous assure que ce n'est pas le cas. J'aime profondément cette école et considère chaque élève comme un enfant, un membre de ma famille, moi qui ai depuis longtemps perdu les miens.

Dumbledore pensa à son jeune frère, à cet homme qui ne voulait plus entendre parler de lui.

-Poudlard est un endroit sacré qui sert de refuge à beaucoup. On le pensait indestructible, inatteignable et pourtant, nous avons été frappés en plein cœur Vous pouvez ressentir de la colère et du ressentiment à ce sujet. Le château, les professeurs et surtout moi-même avons failli à vous protéger. Sachez bien que je ne me le pardonne pas et que je vais devoir vivre avec cette culpabilité toute ma vie. Je n'oublierai pas car l'oubli ne m'est pas permis, ni le pardon. Je tiens néanmoins à vous certifier une chose. Peu importe combien c'est difficile aujourd'hui, vous finirez par vous relever plus fort. Cela prendra peut-être du temps mais vous y arriverez. Poudlard n'est pas qu'une bâtisse. Ce qui fait cette école, c'est avant tout vous, les élèves, les professeurs et les adultes qui y travaillent. Vous devez aller de l'avant sous peine de crouler sous le poids du passé et de la douleur qui vous enlisera.

J'ai confiance en vous. Ne cachez pas votre peine, votre tristesse. Laissez-la sortir. Votre deuil durera autant de temps que nécessaire, nous sommes tous différents face à la douleur. Laissez-la s'exprimer et vous verrez qu'un jour, vous serez capable de penser à ceux qui sont partis sans avoir envie de pleurer, sans penser que vous allez vous écrouler.

Vous êtes les vrais héros ici. Quand on perd quelqu'un, on a l'impression que c'est la fin du monde. On a tellement de peine pour ceux qui sont partis, pour tous ces moments qu'on leur a volés. Ces instants qu'ils ne vivront jamais. Ces rires qu'ils ne partageront plus. Ces larmes qu'ils ne peuvent plus verser. On n'imagine jamais à quel point c'est dur pour ceux qui restent.

Dumbledore fit une pause et observa ses mains de part et d'autre du pupitre. Il arrivait au bout de ses forces. Il savait que beaucoup de ses élèves seraient énervés de son départ. Ils verraient probablement sa démission comme un abandon et ils auraient raison. D'autres seraient certainement contents. Dans tous les cas, il ne pouvait pas rester après le fiasco que cette année avait représenté.

Dumbledore voulait simplement penser à lui et enfin laisser quelqu'un de plus compétent que lui diriger, être sur tous les fronts… La Grande Bretagne possédait de nombreux sorciers et sorcières compétents. Il avait toujours pris toute la lumière. Il était temps de se retirer pour laisser d'autres briller.

-Personne ne connaissait mieux que vous-même les camarades qui nous ont quittés. De ce fait, personne d'autre que vous n'êtes plus habilité à leur rendre hommage. Je vais laisser le ministre de la Magie dire un mot et ensuite, vous serez libre de vous exprimer.

Dumbledore regarda une dernière fois la centaine d'élèves qui lui faisait face, gravant leurs visages dans sa mémoire, puis s'éloigna de l'estrade. Il alla s'asseoir aux côtés de Minerva qui lui sourit. Le vieux sorcier n'avait pas envie de penser à la réaction qu'elle allait avoir. Elle se sentirait probablement trahie. Elle lui avait été si dévouée mais Albus n'avait jamais été capable de laisser tomber la carapace avec elle. Minerva avait toujours su être discrète mais le directeur de Poudlard avait depuis longtemps compris les sentiments qu'elle nourrissait à son égard et c'était peut-être ce qui l'empêchait d'être totalement lui-même.

Personne ne pourrait jamais remplacer Grindelwald. Dumbledore n'arrivait tout simplement pas à se détacher du passé.

Le vieux sorcier écouta le ministre de la Magie et lui fut reconnaissant de rester focalisé sur les élèves sans chercher à se dédouaner ou à rejeter la faute sur qui que ce soit. C'était un hommage et cela devait le rester. La politique n'avait rien à faire ici. Bien sûr, il y avait une enquête en cours et lorsque les coupables seraient désignés, ils devraient être jugés. Mais pour l'instant, le temps était au recueillement.

xXx

Après les discours du directeur de l'école, du premier ministre ainsi que des directeurs de maison qui avaient dans l'ensemble ému tout le monde, il était temps que les élèves mettent des mots sur ce qu'ils ressentaient. Qu'ils parlent de ces proches qu'ils avaient perdu alors qu'ils leur restaient encore tant de choses à vivre. Pour chaque élève parti dont ils allaient parler, une image en gros plan serait projetée derrière le pupitre alors que les autres continueraient de danser sur le plafond.

Les premiers à qui ils rendraient hommages seraient les plus jeunes. Des deuxièmes années étaient morts. L'un tué par le Basilic, l'autre par Greyback. Regulus observait les photos silencieusement avec un sentiment étrange de culpabilité. Il avait vu ces deux Serpentard mourir et il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il aurait au moins pu sauver Marcus. Il avait été à côté de lui, s'était même douté du danger, mais n'avait pas pu réagir à temps. Tout cela parce qu'il avait été tétanisé par la peur au moment le plus important… Il était également celui qui avait demandé au 2ème année de l'amener là où il avait entendu ces fameux bruits…

Il était si jeune, c'était injuste.

Regulus pensa à son ami, celui qui avait réussi à échapper à Greyback. Peter s'était sacrifié pour qu'il survive et Regulus s'était assuré qu'il ne lui arrive rien ensuite. Comment vivait-il tout ça ? Supportait-il cette cérémonie où il devrait se mettre à nu et parler de ses deux amis disparus ? Regulus le chercha du regard dans la pièce mais il eut beau s'y prendre à plusieurs reprises, il ne le vit pas.

N'était-il pas venu ? Cela lui faisait bizarre, lui qui avait tout tenté pour retrouver son ami, il ne venait pas lui rendre hommage… Après quelques secondes de réflexion, la réponse à cette étrange interrogation s'imposa à lui. C'était à cause de sa condition. Erd était un loup-garou à présent. Peut-être n'était-il pas venu parce qu'il avait craint l'accueil qu'on lui aurait réservé. C'était dommage. Erd était celui qui connaissait le mieux Marcus et Jimmy et il ne pouvait même pas être là pour parler de ces deux gamins incroyables que peu connaissaient.

Quelques élèves vinrent dire un mot, mais c'est tout. La plupart des jeunes élèves n'avaient pas fait le déplacement, sans doute encore trop bouleversés et les plus vieux trainaient peu avec les plus jeunes. Il était logique qu'ils ne connaissent pas beaucoup les 2ème année.

Après la culpabilité, ce fut le malaise qui envahit Regulus. La main de James encore dans la sienne avait soudain l'air de trop. Dans le peu d'élèves qui avaient pris la parole, il n'y avait pratiquement eu que des Serpentard. La maison des serpents était soudée et la majorité s'était installée ensemble mais Regulus avait l'impression que plus que le soutien qu'ils désiraient montrer, c'était l'image d'un repli sur eux-mêmes qu'ils donnaient.

Si le cadet des Black ne parlait pas, cela passerait d'autant plus mal auprès de ses compagnons. Allait-il le rejeter ? Rosier était une des stars de leur maison. Charismatique, intelligent et venant d'une puissante famille. Lorsqu'il pensait à son dilemme, Regulus sentait la nervosité le gagner. Il lâcha soudain la main de James de peur qu'il s'en rende compte. Quand celui-ci fronça les sourcils, il se contenta de sourire et détourna le regard.

Si jamais il faisait ce qu'on attendait de lui, tout le monde penserait que lui aussi estimait Rosier. Mais ce n'était pas le pire. Depuis la visite du psychomage, Regulus pensait souvent à ce qu'ils s'étaient dit, au fait de dénoncer ou non Rosier. Regulus n'était pas encore sûr de savoir quoi faire, mais il était certain d'une chose : s'il allait vanter les mérites du Serpentard, plus personne ne le croirait le jour où il déciderait de parler.

Il était tiraillé et n'arrivait pas à choisir. Il se sentait mal et regrettait de plus en plus d'être venu. C'était trop tôt…

Devait-il se taire et faire ce qu'on attendait de lui ou refuser et ensuite s'exprimer, dire la vérité pour enfin se libérer ?

L'hommage à Marcus et Jimmy s'acheva et d'autres visages s'affichèrent derrière le pupitre. Malheureusement, la nervosité du brun ne disparut pas.

xXx

-Alice était quelqu'un de génial, une fille parfaite. Je n'ai pas d'autres mots pour la décrire et encore, j'ai l'impression de ne pas lui faire honneur.

James observa Lily tenter tant bien que mal d'aligner quelques mots en l'honneur d'une de ses meilleures amies. De nombreuses personnes avant elle étaient passées pour faire la même chose. Parler d'Alice Fortescue. Évoquer qui elle était et à quel point tout ceci était injuste. Combien elle allait leur manquer. Parce qu'ils étaient ses amis, tous savaient qu'Alice n'aurait pas aimé leur causer autant de peine mais ce n'était pas quelque chose qui pouvait se contrôler. James était sûr qu'Alice ne leur en voudrait pas.

Le Gryffondor esquissa un sourire en repensant aux paroles de Sirius. Évidemment, la cérémonie avait quelque chose d'assez déprimant mais chacun parlait avec son cœur et on ne pouvait pas leur en vouloir. James, qui avait également été ami avec Alice en plus d'être son capitaine de Quidditch, avait envie de dire un mot mais il savait que tout le monde ne pouvait pas parler. Ils manquaient de temps. Rien que pour la personne magnifique qu'avait été Alice, il aurait fallu toute la journée pour que chacun puisse s'exprimer mais il y avait encore tant d'élèves à qui rendre hommage. Heureusement, le directeur leur avait dit qu'un mémoriel serait bâti et que les élèves seraient libres d'y laisser des fleurs ou un mot.

-Je ne comprends pas pourquoi elle est morte… Elle n'aurait pas dû mourir ! craqua soudain Lily. Ça tourne en boucle dans ma tête, tellement que j'en viens à me demander pourquoi elle ? Pourquoi pas moi ?! Je ne suis que blessée alors qu'elle est morte. Je ne sais pas comment je vais faire sans elle…

Alice était un rayon de soleil. Elle avait le don de redonner le sourire de par sa simple présence. Elle était drôle, joviale, c'était quelqu'un extrêmement à l'écoute qui n'avait pas une once de méchanceté en elle. Elle me manque à chaque instant, à chaque minute… Ça va être difficile mais je ne veux me rappeler que les bons côtés avec elle et il y en a tant. Il n'y a pratiquement que ça. Elle était ma meilleure amie, ma confidente, mon pilier et mon modèle. Je serais plus qu'heureuse si seulement j'arrivais à avoir un tiers de toutes ses qualités. Je ne veux pas être trop triste et aucun de vous ne doit l'être, reprit-elle ensuite, plus apaisée. Ce n'est pas ce qu'elle aurait voulu. Ça pourrait la faire culpabiliser. Je sais qu'elle est en paix tout là-haut et qu'elle continue de veiller sur nous.

James sentit son cœur se serrer et lutta pour ne pas verser de larmes. S'il commençait maintenant, il ne pourrait pas s'arrêter, il en était certain. Lily quitta ensuite l'estrade et Sirius prit sa place.

Ce dernier resta silencieux un moment, bouleversé et sans doute un peu intimidé de faire face à cette foule. Il fallait se mettre à nu et parler à cœur ouvert, ce n'était pas facile pour le Gryffondor qui préférait se cacher derrière des moqueries, des boutades et autres idioties. Mais aujourd'hui, il comptait prendre sur lui pour cet exercice particulier. James avait envie de le rejoindre mais il savait que Sirius parlerait également pour lui. Il savait tout ce que James pensait d'Alice.

Sirius commença à parler, donnant une touche d'humour en parlant de cette Alice que peu connaissaient. De sa maladresse, de cette grande romantique, de ses vexations et de sa sensibilité. Il parla de sa force, de sa passion, de ses rêves et de tout ce qu'elle inspirait. Comme il l'avait mentionné avant que la cérémonie ne débute, il fit en sorte que son hommage ne soit pas larmoyant car ce n'était pas ce qu'aurait voulu leur amie.

James esquissa un sourire, reconnaissant au brun d'avoir allégé l'ambiance. Le Gryffondor regarda ensuite autour de lui et chercha Frank pour le trouver trois rangs devant lui. Il ne pouvait pas voir son visage et ignorait comment il vivait cette tragédie. Il n'avait même pas pu le voir avant le début de la cérémonie pour discuter avec lui, voir comment il allait. Lors des vacances, Sirius et lui avaient envoyés quelques lettres mais Frank n'y avait répondu que brièvement. Il imaginait son ami dévasté. Il savait qu'Alice était l'amour de sa vie. Ils étaient faits l'un pour l'autre et avaient prévu de se marier après Poudlard, de vivre ensemble. Ce couple était une évidence. James ignorait comment Frank allait faire pour vivre sans sa moitié.

C'était déjà si dur pour lui alors la douleur de Frank devait être inimaginable, invivable. Allait-il pouvoir remonter la pente ? Rien que dans l'ombre, il semblait si défait. James craignait que son ami n'arrive pas à se relever, que la tristesse le pousse à commettre l'irréparable. Il avait envie d'être là pour lui mais il ignorait si celui-ci le laisserait faire.

Sirius termina de parler et vint les rejoindre. Frank se leva alors pour prendre sa place et James put enfin l'apercevoir. Il fut choqué de découvrir son état. Pâle, les yeux cernés, les joues creusées et le regard éteint, la tête rentrée dans les épaules. Frank avait pris 20 ans en quelques jours. Il était détruit.

-Je…

Frank s'arrêta, baissa la tête et passa sa manche sur son visage pour essuyer ses larmes. Ce spectacle était douloureux mais James n'arrivait pas à détourner le regard. Parce que Frank essayait si fort, il se devait au moins d'y faire face.

-Je me voyais faire ma vie avec elle, vieillir avec elle. Mourir avec elle, lâcha-t-il d'une voix vide. Elle était mon tout et…

Il s'arrêta, souffla et secoua la tête.

-Je-Je suis désolé, je ne peux pas.

Il s'éloigna précipitamment du pupitre pour revenir prendre sa place dans la salle et Dorcas et Lily le prirent dans leurs bras pour tenter de l'apaiser.

Le directeur vint alors se placer devant l'ensemble des élèves et prononcer quelques mots pour remercier ceux qui venaient de s'exprimer et éviter que les gens ne s'attardent sur ce qui venait de se passer.

-Nous allons maintenant prendre le temps d'écouter les élèves qui veulent s'exprimer au sujet d'Evan Rosier.

James sentit Regulus se tendre à ses côtés. Il savait que ça n'allait pas être un moment facile pour lui. Il avait bien remarqué que Regulus était perturbé et il ne savait pas qui était l'idiot qui était venu exiger un discours de sa part. L'hommage était quelque chose qui devait venir de soi, d'un besoin de s'exprimer, de montrer une facette de notre proche que les autres ignoraient, de dire au revoir. Il avait bien essayé de rassurer Regulus tout à l'heure mais James n'était pas sûr que le 6ème année l'ait entendu.

Il tenta une nouvelle fois de capter son regard, de lui rappeler qu'il était là et qu'il ne devait pas porter attention à ce qui allait se dire. Il allait forcément être difficile pour lui d'entendre les autres parler de Rosier comme un saint, comme un homme qui était mort en essayant de le protéger. En l'honorant de la sorte, Regulus aurait l'impression que les gens nieraient sa douleur. Qu'une fois de plus, Rosier le tourmenterait.

-Regulus, souffla James. Je sais que ce que je vais te dire va te sembler bien facile, mais c'est pour ton bien. Ne prends pas ça trop à cœur, il n'en vaut pas la peine.

-Je sais, souffla-t-il en retour. Mais c'est plus fort que moi.

Regulus détourna alors les yeux comme s'il ne pouvait pas affronter celui de James.

-Je vais le faire. Je vais dire quelques mots pour lui et après, je tenterai de tourner la page.

James voulut protester, tentant tant bien que mal de ne pas s'énerver. Il savait que rien de ce qu'il pourrait dire ne le ferait changer d'avis. Une fois de plus, Regulus s'éloignait, perdu dans son passé, ses traumatismes.

Ça lui faisait mal de le voir ainsi et il ne savait pas quoi faire. Il y avait du monde autour d'eux et c'était une cérémonie, ils ne pouvaient pas s'éloigner ni se mettre à avoir une grande discussion au milieu de tous les autres élèves.

James observa le capitaine de Quidditch des Serpentard retourner s'asseoir avec ses amis. Il n'avait même pas entendu ce qu'il avait dit. Inquiet pour Regulus, il avait du mal à suivre ce qu'il se passait. James ignorait quoi faire. Regulus semblait s'être replié dans une sorte de bulle. Lorsqu'il essayait d'attirer son attention avec un manque de discrétion flagrant, certains élèves lui jetaient des regards intrigués. Même sa directrice de maison pourtant assez loin de lui le fusilla du regard.

Avant qu'il ne s'en rende compte, l'hommage fait à Rosier arriva à son terme. Il en eut conscience quand une bonne partie des regards convergèrent vers eux. Enfin, vers eux. Vers Regulus surtout. James n'apprécia pas. Il imaginait à quel point cela devait être encore plus dur pour le 6ème année. Tout le monde s'attendait à ce que Regulus parle et à présent, James comprenait pourquoi cette situation tracassait autant le Serpentard. Son discours lui sembla plutôt creux. Bien sûr que Regulus avait l'impression de ne pas avoir le choix.

James le vit doucement paniquer puis se relever lentement. Le Gryffondor ne pouvait pas laisser faire et encore moins regarder sans rien faire. Il tendit brusquement la main et attrapa celle de Regulus pour le retenir. Le plus jeune le regarda avec surprise. James avait conscience que c'était probablement le cas de toutes les autres personnes et il entendit même Sirius l'interroger à voix basse.

Avant de le regretter, James passa devant Regulus et toutes les autres personnes assises dans la même allée que lui. Complètement déboussolé, il se dirigea vers le pupitre. Il ne savait pas ce qu'il allait dire, ni même ce qu'il faisait là et personne n'était dupe. Rosier et lui se détestaient, il était la dernière personne que les gens voyaient pour dire un mot gentil.

Les deux pieds sur l'estrade, il regarda la foule d'élèves et croisa très vite le regard perdu de Regulus encore debout, indécis. Ses amis de Gryffondor commençaient à chuchoter et Sirius tentait de lui faire passer un message que James avait bien du mal à comprendre.

-Euh… Je vais dire un mot. Plusieurs en fait.

Il continua à regarder la foule, se sentant idiot. Mais il savait pour qui il faisait ça et ce n'était pas pour Rosier. Il regarda Regulus et esquissa un sourire.

-Je ne vais pas faire semblant. Vous savez tous que je n'appréciais pas Rosier. Je n'ai pas grand-chose de gentil à dire sur lui. Moins j'entendais parler de lui, mieux je me portais. Je n'ai franchement pas une bonne opinion de lui, mais j'ai entendu beaucoup d'entre vous parler. Parler de ce camarade que je connaissais de loin. Cela m'a fait bizarre parce que ça m'a ouvert les yeux. J'ai pu comprendre grâce à vous que tout n'est pas noir ou blanc. Rosier n'était pas une mauvaise personne. Mais ce n'était pas un saint non plus. Il avait une plus grande part d'ombre que vous ne le pensez. Il est mort et c'est triste, mais je ne pense pas qu'il soit devenu un saint pour autant.

-A quoi tu joues, Potter ?! s'énerva quelqu'un que James choisi d'ignorer.

-Connaissant certaines choses sur lui, je n'aurais jamais imaginé qu'il soit apprécié par autant de personnes. Même si tout ce que vous avez dit était formidable et incroyablement élogieux, je ne pense pas changer d'avis à son sujet. Je dois au moins reconnaitre une chose, Rosier était quelqu'un de fort et de courageux, enfin si je peux dire. Ce n'est pas rien à admettre, surtout venant d'un Gryffondor.

James souffla, ignorant exactement où il se dirigeait avec ce discours et combien de temps on le laisserait encore s'exprimer.

-Étonnamment, sa mort m'a fait un choc. Ce n'est pas que je le détestais au point de me foutre de ce qui pouvait lui arriver, c'est simplement que la majorité du temps, j'étais aveuglé par l'animosité que je ressentais pour lui. Mais encore plus étonnant, je crois que j'ai ressenti de la tristesse aussi pendant un instant. Savoir qu'une personne qu'on connait, qu'on a côtoyé n'est plus, ça provoque ce genre de sentiments même si on ne l'appréciait pas spécialement visiblement. Il était jeune et il avait toute la vie encore pour s'améliorer. Je sais, je le vois à certains de vos regards, vous me détestez pour ce discours. Mais croyez-moi, j'ai de bonnes raisons de le faire. Je suis d'ailleurs sûr que je ne suis pas le seul qui connaissait ce Rosier-là. Celui qui était moins flamboyant, qui n'était pas aussi parfait que certains le pensent et qui avait une part bien plus sombre. Mais n'en parlons plus, il est parti tristement en faisant honneur à l'école. Et quoi qu'on en dise, ce qui lui est arrivé était injuste.

James se racla la gorge et regarda autour de lui. Il vit ses parents dans le fond de la salle le fixer les yeux écarquillés et choqués. Probablement essayaient-ils de savoir s'il y avait du bon dans ce qu'il venait de dire où si tout était à jeter... En vérité, James se posait également la question.

Comme le silence se prolongeait et qu'il ne savait pas quoi faire, il se racla encore la gorge. Les gens allaient finir par croire qu'il avait un chat dans la gorge.

-J'ai fini, bredouilla-t-il finalement.

Le silence se prolongea jusqu'à ce que McGonagall ne l'attrape violement par le bras. Elle le tira derrière elle et l'emmena un peu plus loin. Il avait fait ce qu'il avait à faire mais il savait qu'il allait forcément avoir des ennuis à présent. Apparemment, même s'il avait tenté de nuancer ses propos, ça n'avait pas été suffisant. Sa directrice de maison devait considérer que ce n'était ni le lieu, ni le moment pour régler ses comptes. De plus, le ministre de la Magie et plusieurs Aurors étaient là. James aurait aimé s'en ficher mais il savait que la discussion qu'il allait avoir avec la sorcière allait être douloureuse pour ses oreilles…

Néanmoins, il savait qu'il avait bien agi.

xXx

Dorcas cligna plusieurs fois des yeux, encore troublée par ce qu'il venait de se passer. Elle n'arrivait pas à croire que James ait osé agir ainsi. Il n'avait vraiment pas de limites ! Elle ne comprenait pas bien son intervention, ni pourquoi il avait ressenti le besoin de le faire maintenant. Elle n'était pas la seule à se poser des questions, tout le monde parlait autour d'eux. Elle se retourna légèrement pour observer Sirius. Le Maraudeur discutait avec son frère pour savoir si celui-ci savait ce qui avait poussé le lion à agir ainsi.

C'était irrespectueux, même pour les Maraudeurs qui, elle le savait, ne faisaient que peu de cas des règles et de la bienséance. Mais James l'avait dit, Rosier et lui ne s'appréciaient pas. Pourtant, elle avait l'impression qu'il y avait quelque chose de plus dans le discours que venait de prononcer le Préfet. Il s'agissait bien plus que d'une simple rivalité.

Il avait livré sa vision personnelle de Rosier et la manière dont il voulait qu'on se souvienne de lui. Comme une personne qui avait eu de sombres secrets et dont peu connaissaient la véritable personnalité. Même s'il avait voulu noyer le poisson en parlant de la manière dont Rosier avait réagi à la fin et de ses bonnes intentions, il n'avait pas pu tromper tout le monde. Le gros du discours de James était négatif. A présent, elle était curieuse et se demandait ce que le 7ème année pouvait bien savoir de si grave sur le Serpentard.

-Silence, s'il vous plait. Ne laissons pas cet incident perturber cette si belle cérémonie, demanda Dumbledore. Restons concentrés et unis pour la suite. J'aimerais à présent que nous accueillions nos camarades qui ont un mot à dire au sujet de Peter Pettigrow.

Dorcas sentit son cœur se serrer à l'évocation du nom de son petit-ami. Elle avait redouté tout le long ce moment. Quand plus tôt les professeurs leur avaient demandé si des élèves souhaitaient prendre la parole et pour parler de qui, Dorcas était restée silencieuse. Elle ne s'était pas manifestée pour Peter alors qu'il était son petit-ami. Elle en ressentait une grande honte. Personne ne savait qu'ils étaient sortis ensemble et elle s'était plus inquiétée de ça, de comment ce serait perçu plutôt que ce qu'elle dirait. Elle s'était imaginé les explications qu'elle devrait fournir, la surprise chez les autres. Peut-être même le jugement et l'incompréhension. En ce jour particulier, elle ne se sentait pas la force d'y faire face.

Mais qu'est-ce que cela disait d'elle ? Elle se faisait l'effet d'une parfaite égoïste. Peter l'avait toujours idéalisée, regardée comme une merveille. Mais Dorcas savait que personne n'était parfait et elle était consciente de toutes ses failles. Pourtant, il n'était jamais trop tard pour tenter de réparer les choses. Peter avait toujours fait comme si vivre leur relation dans le secret et la discrétion ne le dérangeait pas. Malheureusement, Dorcas n'avait pas été avec lui suffisamment longtemps pour savoir si c'était vrai ou non. La seule certitude qu'elle avait était que Peter l'avait éperdument aimée et que Dorcas avait ressenti la même chose à son égard.

Alors à quoi bon se préoccuper des autres ? Peter n'était plus là, elle lui devait au moins ça. James, lui, ne s'était pas préoccupé des conséquences. Il était sans doute temps pour Dorcas de faire de même. Elle n'avait pas à répondre aux questions si elle ne le désirait pas, surtout que ça ne regardait personne.

-Et dire que James, en tant que Préfet de Gryffondor, devait prononcer un mot pour Peter… Je ne comprends pas bien ce qui lui a pris. Comme d'habitude, il n'en fait qu'à sa tête, râla Lily.

Dorcas, qui était assise juste à côté d'elle, la dévisagea.

-James devait parler pour Peter ? Ils n'étaient même pas amis !

-Je sais, souffla Lily. Mais Peter adorait James, il était un peu fan de lui. James a dit regretter de ne pas avoir fait le nécessaire pour apprendre à le connaitre avant. Et voilà qu'il gâche tout…

-Mais il va revenir, McGonagall ne va pas le garder jusqu'à la fin !

-Elle avait l'air remonté… Et normalement, il devait prendre la parole le premier.

Dorcas fronça les sourcils et observa le pupitre. Effectivement, il était vide. Elle voyait Dumbledore en grande discussion avec le ministre de la Magie et les professeurs se lancer des regards perdus.

-Qu'est-ce qu'il va se passer alors ?

-Je ne sais pas, souffla Lily.

-Tu ne vas pas dire quelque chose à sa place ? Au nom des Gryffondor, précisa-t-elle.

-Pour dire quoi exactement ? soupira Lily. Je n'ai pratiqué jamais parler avec Peter, je ne le connaissais pas vraiment. Ça me donnerait l'impression d'être une usurpatrice et de faire semblant…

Dorcas pouvait la comprendre mais que Lily n'essaie pas la décevait quand même un peu. Mais au fond, était-ce si grave ? Remus et Isabel étaient ses meilleurs amis, ils allaient forcément dire quelque chose. Et elle aussi. C'était peu, mais au moins ceux qui s'exprimeraient seraient ceux qui connaissaient le plus Peter et qui l'avaient aimé. Et c'était le plus important. En vérifiant une fois de plus derrière elle, la Gryffondor vit Remus tenter de se déplacer, de remonter sa rangée pour pouvoir aller prendre la parole.

Elle ne savait pas si Dumbledore l'avait vu puisqu'il se dirigeait lui-même vers le pupitre pour probablement annoncer un changement dans le programme ou indiquer à la personne suivante de s'avancer. Dorcas se décida brusquement. Elle voulait agir avant de se dégonfler de nouveau alors elle se leva. Elle avait l'impression de rejouer la même scène que James.

-Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda Frank quand elle passa devant lui.

-Je vais parler à la place de James, annonça-t-elle seulement.

Avant d'atteindre le pupitre, elle fit signe au Poufsouffle qu'elle s'en chargeait. Celui-ci parut étonné mais ne dit rien et hocha la tête, curieux de savoir ce qu'elle allait dire au sujet de Peter. Le chemin pour arriver sur l'estrade lui sembla affreusement long. Tout le monde la regardait, se demandant bien ce qu'elle faisait. Même les professeurs la gardaient à l'œil, comme s'il craignait qu'elle ait été inspirée par Potter et qu'elle aussi compte gâcher ce moment de recueillement. Qu'ils se rassurent, elle n'avait pas l'intention de faire quelque chose d'aussi stupide. Cela étant, elle avait tout de même été inspirée par James, mais seulement concernant sa prise de parole imprévue.

-Ce n'était pas prévu, mais j'aimerais prendre la parole. James n'étant pas disponible, je pense que personne n'y verra d'inconvénient. Je me dois également de vous rassurer, je ne dirai que des choses merveilleuses au sujet de Peter. C'était une personne formidable et je ne me vois pas dire autre chose à son égard.

Dorcas fit une pause, tentant d'observer tout ce monde face à elle. Elle se sentait nerveuse. Elle avait l'impression que la petite fille timide qu'elle avait été au début de sa scolarité refaisait surface. Ce n'était pas facile, mais elle n'allait pas reculer pour autant. Elle chercha alors parmi les spectateurs des visages amicaux, essayant de trouver le courage nécessaire dans leur bienveillance.

-Peu de personne le savent, et c'est à cause de moi, mais je sortais avec Peter Pettigrow. Voilà qui répondra à ceux qui se demandent ce que je fais là. Comme vous tous, jusqu'à il y a peu, je ne le connaissais pas vraiment. Je n'avais pas vraiment d'opinion sur lui, je me disais juste que c'était un garçon discret, sans doute pas méchant. J'ai beaucoup de regrets à présent, de ne pas avoir tenté de le connaitre avant. De ne pas avoir prêté plus attention à sa souffrance, à cette solitude qui lui pesait beaucoup. Je regrette tout ça. Si j'avais fait un pas vers lui avant, j'aurais eu plus de temps à ses côtés. Peter avait bien des défauts mais beaucoup d'entre nous se sont arrêtés à ça sans chercher à en savoir plus. C'était quelqu'un de sensible, de gentil. Il manquait de confiance en lui mais arrivait toujours à voir le meilleur chez les autres. Il était doux, drôle…

Elle fit une pause, ayant du mal à continuer. Des images de Peter, de leurs moments lui revenaient. Elle avait pourtant bien commencé, se contentant de dire ce qu'elle avait sur le cœur sans trop réfléchir. Mais plus elle parlait, plus le chagrin la rattrapait. Elle baissa alors les yeux et fixa un instant le bois du pupitre pour se ressaisir.

-Je l'aimais vraiment et je ne sais pas comment c'est arrivé, admit-elle alors que sa voix se brisait. Je pense qu'il a seulement fallu que je passe un peu de temps avec lui. Il était touchant, me faisait sentir que j'étais belle, intelligente, importante.

Elle tenta de sourire et dégagea une de ses mèches pour se donner une contenance, sans résultat.

-Tout me plaisait chez lui, même ses côtés moins lumineux. C'est ce qu'il était. Mais j'ai beau dire tout cela, la vérité est qu'une part de moi avait honte. J'avais honte parce que les gens me faisaient sentir autour de moi que cela devait être ainsi. Parce que Peter ne remplissait pas les critères de beauté, qu'il était le vilain petit canard, qu'il était tout le temps seul, un peu bizarre aussi… Je ne comprenais pas comment il faisait pour accepter cette solitude et tous ces jugements. J'en détestais beaucoup d'entre vous pour ça. Oui, j'avais beaucoup de rancune avant de comprendre que j'étais comme vous, avant de comprendre pourquoi Peter ne disait rien. Il pensait que c'était la seule chose qu'il pouvait obtenir, ce qu'il méritait. J'aurais dû lui dire que c'était faux, que c'était vous qui ne le méritiez pas, que je ne le m-méritais pas… Je le fais à présent en espérant qu'il ne soit pas trop tard. Je pense que tout le monde a le droit à l'erreur et j'espère sincèrement avoir pu vous faire changer d'avis à son sujet. Peter était un formidable Gryffondor, un merveilleux ami et un petit ami fabuleux.

Elle esquissa un sourire avant de quitter sa place.

Elle ne fit pas attention aux regards, aux réactions provoquées par sa prise de paroles. Elle retourna s'asseoir à sa place et fut étonnée de sentir Frank passer un bras autour de ses épaules. Lui qui était resté immobile, presque catatonique depuis le début, eut un sourire discret à son intention qui lui fit du bien. A présent apaisée, elle put continuer à écouter le reste des élèves rendre hommage à leur camarade. Ecouter la chorale clôturer la cérémonie avec émotion. Celle-ci n'avait pas été parfaite, mais elle avait accompli sa tâche : permettre aux élèves et au corps enseignant de se réunir, de dire au revoir à ceux qui n'étaient plus là. De supporter ensemble le fardeau que représentait d'être « ceux qui restent ».

xXx

Sirius, James et Regulus venaient tout juste de rentrer de Poudlard. A peine avaient-ils franchi la porte que les parents de James étaient venus à leur rencontre pour s'assurer qu'ils allaient bien. Ils étaient repartis un peu plus tôt pour laisser aux jeunes le temps de se retrouver entre eux et il savait que la cérémonie avait été rude. Pour sa part, Regulus n'était pas sûr de savoir comment il se sentait, il n'avait d'ailleurs pas répondu. Il était heureux que ce soit fini et cela lui avait laissé un sentiment bizarre. Les Potter avaient d'ailleurs dû le comprendre parce qu'aucun d'eux n'avait insisté.

A présent, les apprentis sorciers devaient continuer à attendre des nouvelles de l'école de sorciers. Pour savoir ce qu'ils devaient faire, s'ils pourraient retourner à Poudlard et ce qui changerait. Regulus n'imaginait pas que tout redevienne comme avant, c'était impossible.

Alors que la cérémonie l'avait épuisé, Regulus ne ressentit pas le besoin de s'isoler dans sa chambre. Il resta au salon avec le reste de la famille et prit avec gratitude le thé que lui tendit Euphémia. Le père de famille avait sorti un jeu de société et ils s'apprêtaient tous à passer un joyeux moment.

-C'est bien que vous y soyez allés, cela a l'air de vous avoir fait du bien, commenta-t-il.

-Étonnamment, oui, lança Sirius. C'était aussi triste qu'à un enterrement mais c'était quand même bien.

-Cela doit venir du fait que vous avez pu constater de vos yeux que vous n'étiez pas les seuls dans votre situation. Que tous les autres souffrent autant que vous, approuva la mère de James.

-Nous étions assez loin mais dans l'ensemble, nous avons trouvé que c'était une très belle cérémonie, très touchante, fit Fleamont.

-Nous sommes fiers de vous. Sauf de toi, James, approuva Euphémia en fixant durement son fils.

Le Gryffondor se crispa. Il était évident que ses parents allaient vouloir revenir sur ce qu'il s'était passé là-bas.

-Ne vous inquiétez pas, Rosier était vraiment une mauvaise personne. James n'a fait que dire la vérité, le défendit Sirius.

-Mais pourquoi tu as fait ça ? insista son père, perdu.

James garda le silence et Regulus l'observa. Lui avait bien une petite idée de ce qui avait poussé le Gryffondor à faire ce qu'il avait fait. Il en était assez touché. James avait en partie fait ça pour lui, pour lui éviter ce moment difficile. Sa prestation pouvait être critiquée et Fleamont n'avait pas l'air ravi, ce qu'il comprenait. Il s'était forcément attendu à autre chose venant de son fils. Regulus lui-même ne pouvait pas vraiment le féliciter. Il n'en restait pas moins que son geste restait honorable et que cela l'avait touché. Il n'avait pas menti à propos de Rosier et entendre que quelqu'un défendait son point de vue, ses sentiments, lui donnait la sensation que ce qu'il avait vécu n'était pas rien. Ça donnait du crédit à sa souffrance.

Il soupira, arrêta de regarder James, et écouta à peine les Potter rappeler les règles de bienséance et de politesse à leur fils. Le Serpentard se demandait plutôt si tout ce qu'avait dit James allait vraiment être pris au sérieux. Il avait agi comme un lanceur d'alerte mais finalement, il n'avait fourni aucune preuve de ce qu'il avançait. Rosier s'était toujours bien conduit avec tout le monde. Ses amis, qui devaient forcément être au courant de sa nature mais n'y voyaient pas de problème, n'allaient certainement pas le balancer.

Mais le doute allait s'installer, il en était convaincu. Que ce soit pour son côté manipulateur, supérieur… Et même le fait qu'il soit un prédateur sexuel. Est-ce que des gens allaient se mettre à réfléchir, à être soupçonneux et le regarder différemment ? Comprendre ce qu'il s'était passé… ?

Cette idée aurait dû le faire paniquer, pourtant ce ne fut pas le cas. James lui avaient fait comprendre qu'il n'avait pas à avoir honte. Il n'avait rien fait de mal. Jedusor avait tenté de lui faire croire le contraire mais cela avait probablement été une simple manœuvre pour le déstabiliser. Il n'était pas celui qui avait le plus à perdre dans cette histoire. Il serait intéressant de voir toutes ces personnes qui adoraient Rosier et le voyaient comme une bonne personne tomber des nues en apprenant qu'il n'hésitait pas à profiter de la faiblesse des autres. Qu'il était capable du pire pour les soumettre et obtenir ce qu'il voulait.

Regulus esquissa un discret sourire. C'était un grand exploit pour lui d'arriver à penser ainsi.

-Qu'est-ce qui te fait rire ? lui demanda James. Je suis en train de me faire engueuler là, marmonna-t-il ensuite.

-Je me demandais juste ce que t'avait dit le professeur McGonagall, lança subitement Regulus.

Euphémia sembla elle aussi très intéressée, pour le plus grand malheur de son fils.

-Rien d'important…

Son père fronça les sourcils, l'incitant à ne rien leur cacher.

-Je n'ai pas tout compris au début. Elle parlait tellement vite et bas, comme si elle retenait sa colère. Je crois que je ne l'ai jamais vue comme ça...

-Eurk, content de ne pas avoir été à ta place, commenta Sirius.

James acquiesça et Regulus était sûr qu'il aurait aimé ne pas être à la sienne également

-J'ai un nombre de retenues incroyables… Il me faudra probablement recommencer ma scolarité juste pour les faire. Je devrais aussi être l'assistant du Rusard et ce ne sera même pas compté comme une retenue.

-Oh, dur…

James fit semblant de vomir.

-C'est mérité, James. Il faut que tu comprennes que ce que tu as fait n'était pas bien. Tu ne peux pas régler tes comptes dans une cérémonie mémorielle ! Peu importe les griefs que tu avais contre lui, il y a un temps de recueillement à respecter. Il est mort, James ! lui rappela sa mère.

-Le fait de mourir n'absout pas tous les péchés, le défendit Regulus.

James le regarda et Regulus essaya de lui faire comprendre à quel point il était reconnaissant, même s'il ne pouvait pas clairement l'exprimer.

Les parents échangèrent un regard puis soupirèrent.

-C'est dur mais peut-être qu'elle finira par changer d'avis, tenta Sirius.

-Je suis également renvoyé de l'équipe de Quidditch, termina James.

A ces mots, Sirius bondit de sa chaise.

-Non, ce n'est pas possible, elle ne peut pas faire ça ! Juste pour deux-trois mots pas très gentils, c'est disproportionné !

Même les parents du Gryffondor semblaient un peu étonnés par la nouvelle. Ils avaient pensé que les sanctions ne concerneraient que le domaine scolaire. Mais priver James de ce qu'il aimait le plus était probablement le meilleur moyen de le punir et les Potter soutenaient la décision du professeur. Celui-ci devait d'ailleurs s'estimer heureux de ne pas être en plus puni à la maison. Mais savoir qu'il les avait déçus était déjà une sanction en soit pour l''héritier. Probablement que ce n'était pas assez lourd, mais Euphémia et Fleamont estimaient que plus que le punir, il fallait discuter avec lui pour comprendre ce qui lui avait pris.

-Non, non, répéta Sirius. On va faire une manifestation et elle changera d'avis !

-Je doute que qui que ce soit à part vous se mobilise pour une cause comme ça, fit Regulus.

-Mais si, Lily m'a dit que les gens avaient adoré le sit-in !

-Pas moi, j'avais détesté, souffla le Serpentard.

Sirius leva les yeux au ciel.

-Ça ne sert à rien de s'agiter. Après tout, on ne sait même pas quand est-ce qu'on pourra retourner à Poudlard, ni même si on pourra vraiment y retourner, admit Sirius.

Cela rendit tout le monde assez morose, sauf James qui s'était déjà montré peu bavard depuis qu'ils étaient revenus de la cérémonie. Regulus mettait ça sur le compte de ce qu'il s'était passé avec sa directrice de maison. En vérité, il se demandait même si au vu des multiples punitions dont il avait hérité, le Gryffondor ne regrettait pas son choix. Ce n'était pas le genre de James, mais on ne savait jamais. Il faudrait qu'il lui parle plus tard pour en avoir le cœur net.

Alors que le silence s'étirait, James se leva alors et prit congé, prétextant de la fatigue. Regulus fut surprit par ce départ soudain et il ne fut pas le seul. Mais tout le monde comprit qu'il avait besoin d'être seul, sans doute pour encaisser ce qu'il s'était passé plus tôt.

Regulus avait une sensation bizarre. Il avait l'impression que James ne leur disait pas tout. Même si sa directrice de maison avait déjà fait très fort en termes de punition, l'impression qu'effectivement, James regrettait ce qu'il avait dit sur Rosier le gagnait de plus en plus. Peut-être que le Serpentard ne devait pas attendre avant d'aller le voir, qu'il devait aller lui parler maintenant pour crever l'abcès.

Pour détendre l'atmosphère, Sirius décida pour sa part de parler : il avait encore plein de choses intéressantes à raconter aux parents de son meilleur ami !

-La cérémonie était belle et on a quand même appris des choses exceptionnelles ! expliqua-t-il comme pour détendre l'atmosphère. Dorcas sortait avec Peter Pettigrow !

Regulus leva les yeux au ciel et se leva. Il n'avait pas envie d'assister à la suite. De plus, il n'avait même pas besoin de se justifier. Les autres le connaissaient assez bien pour savoir qu'il n'était pas friand de ce genre d'histoires. Il décida alors de rejoindre James. Il monta à l'étage et fut étonné de trouver la porte de la chambre du brun ouverte. Il s'annonça avant d'entrer mais ne vit le Maraudeur nulle part. Il le chercha un instant avant de le trouver sur le balcon. Il y était accoudé et regardait le jardin.

-Est-ce que ça va ? lui demanda-t-il.

James lui jeta un rapide coup d'œil avant de continuer son observation en contrebas. Regulus vint s'accouder à côté de lui et attendit qu'il réponde.

-Ça pourrait aller mieux, avoua James.

-Je suis d'accord avec mon frère, McGonagall a certainement dit tout ça sous le coup de l'énervement et de la déception mais elle ne peut pas te priver de Quidditch. Ce serait fausser le tournoi e-

-Je pense que je vais quitter Poudlard.

Regulus écarquilla les yeux, incrédule. D'où lui sortait une idée pareille ? Pourtant, il voyait à l'attitude de James qu'il était sérieux.

-Qu-Quoi ?

-Même si Poudlard rouvre, je n'y retournerai pas, répéta James.