Résumé de a partie précédente :
Après avoir été blesser par l'attitude étrange de Sirius, Remus décide de couper tout contact avec lui. Peter qui en partie conseiller par Jedusor a fait en sorte que son ai s'éloigne de son harceleur, est très heureux de voir que Sirius ne fera plus partie de sa vie, de près ou de loin. Tout en ayant des sentiments mitigés a ce sujet. Peter ne sait pas s'il était jaloux de Remus ou de Sirius au bout du compte. Regulus blesser par son amour a sens unique et les stratégie de ses parents pour le faire revenir au Square Grimmaurd, ne vois qu'en Padfoot son seul soutien. Evan Rosier qu'il voyait au tout début comme un ami et un soutien, montre très vite son vrai visage. Regulus déjante et à cause d'un Serment Inviolable, doit vivre un long moment dans la souffrance. Finalement ni la cassure du lien entre eux, ni la separation de James et Lily ne donne de l'espoir a Regulus. Contrairement à Severus qui ne baissera jamais les bras pour l'amour de sa vie, Lily Evans.
Tout les problèmes personnels sont mis de côté le temps de la visite a Azkaban. Muni d'un bracelet ancien des Black, les Maraudeurs et Padfoot sont près a déjoué les plans du psychmage. Mais malgré leurs efforts, celui-ci parviens à ses fins. Des prisonniers son libérer par Marlène. Albus doit en porter la responsabilité, il est sur la sellette et s'inquiète de plus en plus des réunions dans la salle commune des Serpentard. Il sait que même si Jedusor reste en retrait, il est aux manettes et son ambition et son besoin de reconnaissance, le pousse grimper l'échelle sociale. Le monde magique britannique tremble devant le danger que représente les fugitifs. Les auriez sont sur le coup et Maugrey désire suivre son instinct et ne lâche pas la Serdaigle. Cela vire à l'obsession, de plus il n'est pas soutenu par sa hiérarchie.
A Poudlard, la vie continue tant bien que mal. James ressent les premiers effets néfastes du demi bracelet emploi de magie noir. Cependant il ne dit et laisse la maladie l'atteindre, grisé par la sensation de toute puissance procurer par le bracelet. Maugrey sommé de laisser les recherche sur Marlène de côté, s'intéresse à James et a son bracelet. Il lance une recherche qui met en cause Sirius. Regulus qui voit les changements chez James le met en garde, mais celui ne veut rien entendre. Avant le match Serpentard vs Serpentard, James dérape et embrasse Regulus. Celui-ci ne sait pas comment réagir, il est déçu et ne sait pas a quoi joue le lion. Lors du fameux match, James effectué une action aussi surprenante que dangereuse et Regulus fini blessé. Sirius en veut a James se demandant si son action était délibéré. James comprend enfin qu'il doit se débarrasser, mais il ait incapable.
L'enquête sur Azkaban piétine et Sirius qui ne sais pas comment se faire pardonner de Remus, tente une approche maladroite. Il n'a pas le temps d'aller plus loin, James s'effondre a cause de l'empoisonnement a la magie noire. Sirius est suspecté et est emmener chez les aurors ? Ses amis le soutiennent et mettent la pression a l'école et au politique. James frôle la mort mais reviens et innocente son meilleur ami. Sirius est libéré et se rapproche du Poufsouffle.
Le Grand Tournoi de magique se rapproche et si Regulus, James et Sirius sont éliminés de la pré sélection, Severus, Lily, Remus et Pamela sont déterminés a se démarquer. Notamment Pamela qui après son viol, souhaite se reconstruire et se relever, ainsi que Severus qui souhaite se faire remarquer par des Maître potionniste pour ses études. Hugo Leroy leur professeur de duel est le Grand gagnant. Il souhaite repartir en France avec son familier et Fumseck mais des problèmes administratif l'en empêche. Il rencontre alors l'aurore qui lui donne un coup de main. Lentement les deux hommes se lient d'amitiés. Hugo confie Fumseck a Regulus, les deux sorciers se sont rapprochés grâce à leur amour pour les animaux magiques, Hugo se prend d'affection pour le 6eme année et agis comme son mentor.
Jedusor qui a fini de mettre en place son plan, attend le bon moment pour agir. Son heure bien très vite et les élèves de Poudlard ne voit rien venir. L'attaque est mortelle et de nombreux élèves et personnel du château meurt. Les professeurs enfermer et incapable de se battre, les élèves les plus âgés livrent bataille eux-mêmes. James et Erd subissent la morsure de Greyback avant qu'il ne soit tuer. Lily perd l'usage d'une de ses jambes après avoir été blessée par le Basilic. Une fois de plus la défaillance du directeur est pointé du doigts, celui las et se sentant coupable décidé de démissionner après la cérémonie d'adieu.
Lors de l bataille, Regulus et James s'avoue mutuellement leurs sentiments. Pour la première fois depuis que Padfoot est retourner dans le voile. Regulus se sent moins seul. Mais si des couples se forment, d'autres rencontre plus de difficulté. Severus sent Lily s'éloigner et se sent impuissant. Quant à Dorcas et Frank, ils sont inconsolables. La cérémonie est à la fois pleine de tristesse et d'apaisement pour tout le monde. Marlène qui ne peut plus vivre avec le poids de son secret, décidé de tout avouer a Maugrey puis de quitter ensuite la Grande Bretagne. L'aurore apprend que Jedusor est derrière l'attaque et bien d'autre chose encore.
Il est alors déterminer a l'arrêter.
Remus et Sirius qui veulent tenter de tourner le page et ne pas vivre dans l'horreur du jour maudit, s'offre des vacances dans une ville maudit. Si au début. Tout se passe comme dans un rêve, la fin rappellera de douloureux souvenirs a Sirius. Une tragédie de son enfance. Ne pouvant supporter une telle douleur son cerveau va le mettre dans un état particulier où il sera protéger du monde extérieur. Ses proches désespère et Regulus ne veut pas abandonner malgré les diagnostic peu encourageant des psychopathes. Accompagné de James, ils retournent dans la ville ou se trouvait le couple, Regulus comprends alors en voyant la photo d'un certain homme que sa famille cache un lourd secret. Chamboulé il abandonne James et réclame des explications à ses parents. Ceux-ci avoue tout sans honte et Regulus furieux, romp tout contact avec eux. Il est d'ailleurs bien décidé à leur faire payer. James s'inquiète pour lui, de cette violence et de cette colère qu'il voit dans ses yeux.
Alors que le CS de Sirius semble sans aucun espoir, Padfoot fait soudain son retour et fait une demande particulière à Sirius qui accepte. Le Gryffondor ouvre les yeux et souris, de nouveau en pleine forme. Padfoot a t-il vraiment atteint son objectif?
Partie 3
Chapitre 46
.
Renaissance
Ma vie a changé. Moi qui n'aime pas ça et qui craint l'inconnu, je pensais que cela me terrifieraitet me perturberait. James ne l'a pas formulé, mais je sais qu'il était également inquiet à mon sujet. Aujourd'hui encore, il ne me croit pas quand je lui dis que je vais bien. Contre toute attente, je me sens même fort. Ce n'est habituellement pas le genre de situation qui me correspond, mais j'ai pourtant l'impression de me révéler.
Je comprends l'inquiétude de James, je ne peux pas faire autrement. Je sais parfaitement d'où me vient cette énergie, cette niaque : de ma colère, de mon envie de justice.
J'ai toujours cette rage en moi à cause de ce qu'ont fait mes parents. Mais ce n'est plus celle d'avant, celle-ci est beaucoup plus compréhensible, explicable. Elle me guide et m'aide, j'en viens même à me demander comment je faisais pour fonctionner avant. Tout est un peu flou pour moi. Elle est pourtant là, à agir comme une boussole au milieu de la tempête que je traverse.
Je ne peux pas me plaindre. Cette tempête, c'est moi qui me suis plongé dedans.Cette bataille, c'est la mienne. Je ne peux pas faire comme si rien ne s'était passé, je ne peux plus appeler Walburga et Orion, père et mère. La déception a disparu mais elle a laissé place à quelque chose de beaucoup plus dur à gérer et de laid.
En toute honnêteté, je savais que mes parents n'étaient pas des modèles de vertus. Je savais que mon enfance n'aurait pas dû se dérouler ainsi. Quand James m'a craché cette vérité au visage, je ne pouvais plus me cacher. Sirius me l'avait dit, me l'avait crié plein de fois, m'avait supplié d'ouvrir les yeux. J'ai commencé à douter en entendant le récit de certains de mes camarades. Mais ce sentiment n'a pas eu le temps de s'installer. J'étais un Black et les Black sont différents, on me l'a assez rabâché. Padfoot m'a forcé à y voir plus clair. Il m'a également fait comprendre que je n'avais pas à m'en contenter.
Et que dire des Potter ! Ils sont un modèle tellement différent !
J'ai fini par comprendre, mais trop tard. Je voulais faire confiance à Orion et à Walburga, être un bon fils et ne pas leur tourner le dos, même si je savais qu'ils ne le méritaient pas. Ce sontmes parentset je ne pouvais pas les abandonner, pas comme ça. Je les ai aimés…parce que c'estce que j'étais censé faire. Je pensais qu'eux aussi m'aimaient, parce que j'étais leur fils, la chair de leur chair. Je me suis trompé. J'étais le seul à essayer véritablement de me tenir au rôle qu'on m'avait attribué.
C'est pour cette raisonque c'était aussi douloureux.
C'est pour cette raisonque mon ressentiment est si grand. Je suis déterminé à faire ce qui est juste et à me détacher pour de bon d'eux. J'avais l'impression d'avoir eu une bonne enfance parce que je n'avais jamais subi les doloris, ni les coups, et que mes parents m'avaient apporté de l'attention. Je pensais que c'était une forme de joie, de bonheur…d'amour.
Quelle désillusion.
Ils m'ont privé d'une enfance heureuse et ont détruit notre famille. Je leur en veux tellement ! Ce qu'ils ont fait à Sirius, je ne compte pas le laisser passer. Je ne m'en rendais pas compte, mais Sirius a toujours tout fait pour me protéger. Depuis longtemps, il avait compris que j'étais sa seule famille avant qu'il ne trouve James. Il m'aura malheureusement fallu bien plus de temps pour le réaliser.
L'absence de Padfoot avait laissé un vide immense chez moi. C'était douloureux et j'étais persuadé que je ne rencontrerais plus jamais quelqu'un qui me comprendrait aussi bien, qui serait là pour moi comme lui l'a été. Je me suistrompé. Sirius était là, James est là.
Ce qui est arrivé à mon frère a failli nous briser, nous séparer. Je ne savais pas si je pourrais pardonner à Jamesaprès avoir appris de quoi il retournait exactementcar ce qu'il afait s'apparentait à une trahison pour moi. J'avais également du mal à ne pas me dire que s'il avait parlé avant, on aurait pu éviter cette tragédie. On aurait pu agir avant que Sirius ne défaille complètement. Mais j'étais dans l'erreur, j'ai fait porter trop de responsabilité sur ses épaules. A cause de la douleur et du ressentiment je me suis retourner contre lui et avec mes et « si », il devenait un coupable tout désigner. Je regrette la manière dont je me suis comporté avec lui. James n'a pas eu une position facile, celle de celui qui sait mais qui ne peut rien faire, qui n'a pas les armes pour agir. Celui qui supplie l'autre de parler et qui essuie continuellement ses refus.
Je n'aurais pas aimé être à sa place, je ne sais pas comment j'aurais agi si j'avais appris une partie de la vérité par mon frère, plutôt que l'histoire complète par mes parents.
Mon frère n'est plus le même à présent. Je le vois dans ses yeux… Ce genre de traumatisme laisse forcément des traces. Je suis décidé à aller rapporter le crime de mes parents aux Aurors, mais je veux en parler avec mon frère avant. C'est lui la victime dans l'histoire. C'est lui qui verra son intimité, ce qu'on lui a fait, révélé. C'est donc à lui que reviendra la décision finale.
Regulus entendit la porte d'entrée de la maison s'ouvrir et s'arrêta d'écrire. Il referma son journal et le rangea dans son tiroir. Il descendit ensuite au rez-de-chaussée. Remus devait passer aujourd'hui. Le Serpentard était certain que c'était son arrivée qui avait créé ce bruit et il savait ce qu'il allait trouver en entrant dans le salon : Remus serrant de toutes ses forces Sirius contre lui. Il ne pouvait blâmer le Poufsouffle de répéter ce geste encore et encore, lui-même avait cru défaillir la veille. Ce spectacle était toujours aussi beau et permettait également à Regulus de s'assurer une énième fois qu'il n'avait pas rêvé.
Voir Remus dans les bras de Sirius qui était enfin sorti de son état léthargique avait quelque chose de sublime.
Et comme il s'y était attendu, en bas, Sirius souriait, riait et ses yeux pétillaient de nouveau. Son frère était revenu parmi eux.
xXx
Allongée sur son lit, le regard perdu sur le plafond de sa chambre, Lily sentait en elle monter une angoisse qu'elle n'arrivait pas à calmer. Elle savait pourtant à quoi elle devait ce sentiment d'insécurité et d'inconfort. Dans deux jours, Poudlard rouvrirait de nouveau ses portes. La vie allait pouvoir reprendre son cours. Elle aurait dû en être heureuse, elle qui avait mis sa vie sur pause depuis l'attaque, elle qui ne vivait plus vraiment. Elle allait pouvoir tenter d'avancer.
Lily était une combattante, une acharnée dans son quotidien, mais depuis sa blessure à la jambe, elle n'arrivait pas à reprendre le dessus. Elle ne pouvait pas croire qu'il s'agissait simplement de sa blessure, de la possibilité qu'elle ne guérirait jamais. Bien sûr, c'était dur à accepter, d'autant plus si on prenait en compte que son avenir était compromis et qu'exercer un métier serait difficile, sans parler des soins et de la douleur qu'elle ressentirait presque quotidiennement. Mais elle se connaissait, il lui en fallait plus que ça pour l'abattre.
La perte de ses amis, l'hécatombe qui avait frappé l'école, l'avait sonné. Elle ne pouvait repenser à Alice sans pleurer. Son amie n'aurait pas voulu la voir ainsi mais c'était plus fort qu'elle. Lily avait eu le temps de croiser son regard. Elle aurait dû pouvoir la prévenir. Alice avait péri en tentant de les sauver. Si seulement Lily avait pu tuer le Basilic avant... Elle se sentait tellement coupable. Continuer sans Alice… Elle ne savait pas si elle en serait capable, surtout sachant qu'elle aurait pu faire la différence.
Plus rien n'allait et elle se demandait depuis quand sa vie lui avait échappé. Il y avait cette attaque tragique mais bien avant, il y avait eu cette visite à Azkaban. Même le Tournoi de Duels qui aurait dû être une chance pour elle n'avait pas été à la hauteur de ses attentes. Elle n'avait fait qu'une piètre prestation et avait pu mesurer avec plus d'ampleur la haine de certains Sang-Pur envers ceux qu'on appelait Sang-de-Bourbe. Il y avait eu James et ce qui s'était passé avec Severus. Cette fichue liste qui avait semé la discorde. Le viol de Pamela. Et tant d'autres choses encore. Et ce, juste cette année.
Lorsque Lily avait compris qu'elle avait des pouvoirs, elle avait trouvé ça fantastique. Malheureusement, cela l'avait éloigné de sa grande sœur. Mais pas seulement, de ses anciens amis également. Sa condition l'obligeait à garder le secret et l'empêchait d'être totalement qui elle était. Sa lettre à Poudlard avait été la clé qui la mènerait à un monde meilleur, où tout était possible. Mais à présent, la magie s'était dissipée. Elle n'était plus éblouie ni fascinée.
Le monde magique renfermait une noirceur qu'elle n'avait pas soupçonnée et aujourd'hui, elle n'était plus sûre de vouloir y appartenir, si tant est qu'un jour, elle y trouve sa place. Avant, elle voyait son avenir en tant que psychomage ou médicomage mais même à ce sujet, elle n'en était plus sûre. Elle remettait tout en question et arrivait même à se dire que peut-être, elle avait gâché 7 années de sa vie à Poudlard. Si finalement elle ne cherchait pas à exercer un métier dans le monde magique, pourquoi avoir travaillé si dur ?
Elle ne pouvait pas tout jeter, elle le savait bien. Elle avait rencontré des gens merveilleux à Poudlard. Des gens merveilleux qui souffraient bien plus qu'elle en ce moment et pour qui elle n'avait pas eu de pensée ces derniers jours. Quelle égoïste faisait-elle ! La reprise était dans deux jours. Allait-elle attendre ce délai pour être une bonne amie ? Elle n'avait rien fait d'autre que ruminer et le résultat n'était pas très concluant. Il ne fallait pas qu'elle continue ainsi, elle était sur une mauvaise pente et elle refusait de descendre encore plus.
Lily pensa à Sirius et à ce qui lui était arrivé. Elle avait envoyé une lettre en réponse à celle de James qui lui avait appris la nouvelle, mais celui-ci ne lui avait pas répondu. Elle n'avait pas cherché plus loin… Et maintenant, elle s'en voulait. Allait-il mieux ? Que lui était-il arrivé exactement ? Le Gryffondor avait été si bref, elle avait à peine saisi l'essentiel.
Il y avait Severus également. Lily n'avait pas été très sympa avec lui à la cérémonie d'adieu de leurs camarades. Elle n'avait pas voulu le rabaisser, c'était simplement qu'elle n'avait pas été capable de prendre des pincettes. Elle avait joué les fières, refusant d'être traitée en infirme par un Severus qui la surprotégeait. Le Serpentard avait été blessé par les paroles de James et encore plus par le fait qu'elle accepte l'aide du Gryffondor alors qu'elle avait refusé la sienne. Lili savait plus ou moins que son meilleur ami ressentait un complexe d'infériorité par rapport au Gryffondor. Essentiellement à cause du physique et de la popularité de James, mais également parce qu'il craignait toujours de ne pas être assez pour elle, de faire moins bien que James.
Une partie d'elle trouvait cela ridicule. Severus ne pouvait pas tout remettre en question et douter simplement parce qu'un ami lui avait rendu service. Pourtant, la rousse savait que ce n'était pas aussi simple. Elle était même convaincue que si elle ne l'avait pas repoussé avec véhémence quelques minutes plus tôt, celui-ci n'aurait probablement rien dit. Depuis toujours, Lily avait été un sujet de querelle entre les deux hommes. Ils étaient très différents mais surtout, ils avaient aimé la même fille.
Même lorsqu'elle avait été avec James, ce dernier n'avait pas pu s'empêcher de mener la vie dure au Serpentard. Severus non plus n'avait pas été en reste et Lily se souvenait encore de l'énergie que le brun avait mis à descendre le Gryffondor, à le critiquer. Mais tout ça était derrière eux ou du moins, cela en prenait la voie. James, avec difficulté, avait réussi à tourner la page. Il la considérait maintenant comme une amie et il n'y avait pas d'autres sentiments entre eux que de l'amitié, Lily le savait. Elle connaissait James et il aurait été incapable de jouer la comédie aussi longtemps même pour tenter de la reconquérir.
Severus avait du mal à le comprendre. Il avait même encore du mal à réaliser qu'elle l'avait choisi. Dans sa vie, il avait été constamment rabaissé alors il ne percevait pas sa valeur car personne ne le lui avait jamais appris à s'aimer. Et au lieu de se montrer patiente et aimante, Lily n'avait fait que le repousser sans penser à ses sentiments. Elle l'admettait : ce jour-là, lors de la cérémonie, elle n'avait pas bien agi avec lui. Elle s'était sentie mal pour tout un tas de raisons et elle avait projeté sa propre colère sur lui. Elle aurait dû savoir que Severus ne dirait rien, encaisserait en silence. Il avait l'habitude d'être traité comme un chien, notamment par son père. Lily se sentait si mal d'avoir agi ainsi… Elle n'avait pas valu mieux que cet homme qu'elle détestait tant.
A présent, Lily devait en quelque sorte faire amende honorable. Pour le rassurer, sans doute que lui confirmer ses sentiments était une bonne idée. Mais ce faisant, elle ne s'attaquerait pas au cœur du problème. Lily ne savait pas si elle pensait de la bonne façon ou si c'était une manière de fuir une mise à nu dont elle ne se sentait pas le courage d'assumer.
La rousse soupira.
Quoi qu'elle décide, elle se devait d'agir. Il était temps qu'elle sorte de son cocon, qu'elle se remette à vivre. Elle avait peut-être le sentiment d'être morte le jour de l'attaque, mais ce n'était pas le cas.
Lily était restée chez elle des jours entiers. Elle n'avait vu et parlé à personne. Le Serpentard ne devait pas être le seul à ne pas avoir une bonne opinion d'elle. Lily repensa encore à Sirius. Pourquoi restait-elle chez elle alors qu'un de ses plus proches amis allait si mal ? Qu'aurait pensé Alice de ses agissements, de son comportement égoïste ? Lily souffrait, mais ce n'était pas la seule et au lieu de s'isoler, le mieux était de se serrer les coudes. Les Gryffondor étaient une très grande famille, ils étaient toujours là les uns pour les autres. C'était la seule vérité dont Lily ne douterait jamais.
Déterminée, la rousse sortit de son lit, bien décidée à aller rendre une visite surprise à Sirius et à James. Elle avait hâte de les voir et espérait que l'état du batteur s'était amélioré depuis la dernière lettre de James.
xXx
James fronça les sourcils devant l'attitude étrange de son ami. Il n'avait jamais vu Sirius agir ainsi auparavant. Et même s'il savait que ce qui lui était arrivé ces derniers jours l'avait bouleversé, il y avait des limites.
-Est-ce que tu tripotes vraiment tes fesses ?
Sirius était devant le miroir plein pied de sa chambre et avait effectivement les deux mains sur son postérieur. Il se tourna légèrement vers James qui se trouvait dans l'entrebâillement de la porte et le fixait avec un air circonspect.
Sirius sourit et relâcha ses rondeurs.
-Peut-être, admit-il. Mais je n'y peux rien !
Il tourna le dos à son ami.
-Tu as vu comment je suis bâti ?! Purée, j'avais oublié que j'étais aussi bien foutu ! Ça fait du bien d'avoir de nouveau 18 ans !
James secoua la tête, amusé.
-C'est une manière de voir les choses. Et tu sais quoi, je suis tellement content que tu ailles bien que je vais tolérer ton comportement narcissique encore quelques jours.
-Monsieur est trop aimable.
Il était vraiment agréable de revoir son ami si joyeux, si plein de vie, même si parfois, James s'inquiétait de la manière dont agissait Sirius. Cette guérison soudaine et presque miraculeuse l'interrogeait. Ils ignoraient tous pourquoi Sirius était d'un coup sorti de son état catatonique. Était-ce réellement la visite de Remus qui avait changé quoi que ce soit ? Ou était-ce juste le temps qui avait fait son œuvre ? Les psychomages avaient pourtant été formels sur son état. James se demandait même si son ami n'exagérait pas sa joie pour ne pas les inquiéter. Dans tous les cas, ils étaient tous bien décidés à le surveiller de près.
Ses parents avaient même émis l'hypothèse qu'il était préférable pour Sirius de rester un peu plus longtemps à la maison pour se reposer mais le Gryffondor avait insisté pour pouvoir retourner à Poudlard. Il avait dit en avoir besoin et Euphémia et son mari avaient abdiqué, mais n'avaient pas lâché sur la visite d'un psy régulièrement. James avait observé son ami, craignant qu'il refuse. Il se souvenait du mur contre lequel il s'était fracassé lorsque lui-même avait tenté de lui faire entendre raison à ce sujet.
Mais à sa grande surprise, Sirius avait accepté. Il avait affirmé qu'il ne se sentait pas prêt à leur parler de ce qu'il avait vécu, mais qu'il pourrait essayer de se débarrasser de ses démons totalement avec l'aide d'un professionnel.
Sirius avançait et prenait vraiment un bon chemin. Son attitude l'émouvait assez. Il était triste de ne pas pouvoir retourner à Poudlard avec lui, surtout pour pouvoir veiller sur lui, mais il savait que Regulus ne le lâcherait pas d'une semelle. Sirius n'était plus seul. Il les avait et surtout, il aurait l'aide d'un professionnel. Il ne fallait plus que le brun garde tout pour lui jusqu'à exploser de nouveau.
Plus jamais.
-Mais c'est vrai que tu es canon, lâcha James. Tu sors ? Un rendez-vous avec Remus peut-être ? le taquina t-il.
Les amoureux s'étaient vus la veille, mais James pouvait comprendre qu'ils ne pouvaient se passer l'un de l'autre trop longtemps. Lui était chanceux, il vivait carrément avec son copain même s'il n'allait pas beaucoup le voir dans les prochaines semaines.
-Au risque de te décevoir, non.
Sirius passa une main dans ses cheveux et lui lança un sourire taquin.
-Je vais avoir un moment privilégié avec mon bébé. Juste un tour de la ville afin de m'aérer un peu.
-Euh… Je ne sais pas si c'est bien prudent, lui fit remarquer son ami.
-Ne t'inquiète pas, James, je me sens bien. Je pète la forme ! exulta-t-il ensuite. Je serai rentré d'ici une heure.
James hésita à le retenir mais Sirius passa à côté de lui. Peut-être devait-il en référer à ses parents ? Sirius posa alors sa main sur son épaule comme pour calmer ses inquiétudes et interrogations. James savait que le Gryffondor n'appréciait pas plus que ça l'attention particulière dont il faisait preuve, mais il ne disait rien parce qu'il savait que ses proches en avaient besoin. Sans doute Sirius pouvait-il aller au moins une heure dehors seul pour profiter d'un vent de liberté.
-Sirius, où vas-tu ? fit soudain Regulus.
Le Serpentard les regarda tour à tour, suspicieux. Il venait de surgir comme s'il avait attendu en embuscade le moment propice. James se demanda même un instant si ce n'était pas de son frère que Sirius souhaitait s'éloigner quelques minutes. Regulus était celui qui se montrait le plus méfiant quant à cette soudaine guérison. Bien sûr, tout le monde avait été choqué et inquiet, mais les deux différents médicomages qu'ils avaient fait venir leur avaient dit que tout allait bien. Comme Sirius lui-même le disait, il était en pleine forme.
Les Potter avaient envie de les croire et ils n'avaient d'ailleurs pas de raison de douter d'eux. Regulus était simplement tout le temps sur ses gardes. Il fallait dire qu'il avait beaucoup à penser en ce moment et il restait souvent des heures dans sa chambre à se renseigner sur ce qu'il devait faire pour que Orion et Walburga payent. James craignait d'ailleurs que son intérêt devienne une obsession même si Regulus lui avait assuré que ce ne serait pas le cas. Mais comment le croire alors qu'il n'avait quasiment que ça en tête ? Le Serpentard oubliait que bientôt, il partirait pour Poudlard et qu'ils ne se verraient alors que très rarement.
Néanmoins, James ne se voyait pas lui faire ce genre de remarques. Cela pesait peu devant les problèmes que les frères Black rencontraient.
-Pourquoi tu ne dis rien ? insista Regulus, les sourcils froncés.
James, n'ayant pas envie d'être accusé de quoi que ce soit et surtout ne voulant pas se retrouver entre les deux frères, balança son ami sans scrupule.
-Sirius veut sortir seul pendant une heure. Sur sa moto en plus, ajouta-t-il.
Sirius lui fit les gros yeux.
-Oh, James…par Merlin, tu es une lavette, soupira-t-il.
-Quelque chose comme ça oui. Mais c'est ce qui me garantit la paix de mon ménage.
Il fronça les sourcils puis rigola.
-Lavette, ménage, tu as compris ?
-C'est pas mal ! le félicita Sirius.
Regulus soupira et croisa ses bras.
-Tu devrais te reposer, fit-il remarquer à son frère.
-Je vais bien ! s'exclama le brun. C'est moi le grand frère, c'est à moi de prendre soin de toi, pas l'inverse !
-N'importe quoi. Tu as besoin qu'on prenne soin de toi aussi de temps en temps, souffla le Serpentard.
-J'apprécie énormément, mais laisse donc cette tâche à Remus.
Regulus leva les yeux au ciel.
-Il faut aussi qu'on parle de la procédure qu'on va lancer contre Orion et Walburga. Tu passes ton temps à fuir la discussion mais je ne peux pas faire ça sans ton accord.
James tiqua à l'appellation. Après ce que les Black avaient fait, Regulus ne les considérait plus comme ses parents. Il le savait, mais entendre qu'il utilisait désormais leurs prénoms pour les désigner, il n'avait pas pensé qu'il irait jusque-là. Cela prouvait d'ailleurs qu'il voulait complètement se détacher d'eux.
-Ce n'est pas que je fuis, souffla Sirius. C'est simplement que c'est dur pour moi d'en parler. J'ai juste envie d'oublier et de passer à autre chose, mais je sais que tu as raison et qu'on ne peut pas les laisser s'en tirer comme ça. Même si je n'en ai pas envie tout de suite, je sais que quand je lancerai le processus pour nettoyer toutes les merdes qu'ils m'ont faites, j'aurai besoin de savoir qu'ils vont payer. J'ai juste besoin de temps, mon… Regulus. Mais tu peux déjà te renseigner. On sera deux dans cette bataille.
Regulus voulut ajouter quelque chose mais Sirius se dépêcha de filer à l'anglaise. James le regarda alors partir en souriant, rassuré comme toujours par cette vitalité, cette joie de vie qu'il démontrait. Il finit pourtant par croiser le regard sombre du 6ème année et déglutit avec difficulté.
-Quoi ?
-Tu ne m'as été d'aucune utilité ! s'agaça le Serpentard.
-On n'allait pas le retenir contre sa volonté !
Regulus s'apprêtait à argumenter mais James posa son index sur ses lèvres boudeuses.
-On ne peut pas toujours être derrière son dos, ce ne serait pas sain pour lui ni pour nous. Je sais que ça t'inquiète et c'est également mon cas, mais être trop sur lui ne fait que lui rappeler ce qu'il a vécu. Tu l'as entendu, non ? Il veut pouvoir passer à autre chose et on ne peut pas être un rappel constant de ce qu'il a vécu sinon il s'éloignera.
-Très bien…
James se passa une main gênée dans les cheveux, se demandant s'il n'avait pas été trop loin. Mais puisque Regulus le regardait avec ses petits yeux et son air boudeur habituel, c'était le signe qu'il n'était pas fâché, juste embêté. Celui lui donnait envie de sourire : il le trouvait vraiment mignon.
On sonna alors à la porte et pendant un instant, le Maraudeur crut qu'il s'agissait de Sirius qui revenait déjà parce qu'il avait oublié quelque chose. Mais de quoi pouvait-il bien avoir besoin à part de sa moto pour un tour dehors ? Et puis, le Gryffondor était ici chez lui. Depuis le temps, il ne sonnait plus avant d'entrer.
Curieux, James délaissa Regulus pour aller voir. Il descendit à toutes jambes les escaliers alors que Regulus le suivait plus tranquillement. Fleamont était en train de discuter avec leur visiteur et même si James savait que c'était malpoli d'attendre derrière quelqu'un, il ne put s'empêcher d'avancer. Il eut ensuite un énorme sourire en découvrant son identité.
-Lily ! s'écria-t-il, ravi.
Son père s'écarta in extremis lorsqu'il la serra dans ses bras.
-Salut, James, sourit-elle.
Il la garda longtemps contre lui et fut rappelé à l'ordre par un raclement de gorge. Il ignorait s'il venait de son père mais il s'écarta alors pour la laisser entrer.
-Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda-t-il.
-Je viens voir comment va Sirius. Dans ta dernière lettre, tu disais qu'il n'allait pas bien et je n'ai pas eu de nouvelle depuis.
-Oh oui, c'est vrai !
-Comment va-t-il ? insista-t-elle.
-Beaucoup mieux. Tu prends des nouvelles très tard il faut dire, intervint Regulus.
Lily fut troublée un instant par la réponse du brun.
-Tu viens de le rater en plus, ajouta le Serpentard.
James se tourna vers Regulus et lui lança un regard interrogatif. Il voyait le trouble de Lily et voulut dédramatiser la situation.
-C'est gentil d'être passée en tout cas. On va pouvoir prendre le temps de parler un peu. Depuis le temps que ça ne nous était pas arrivé !
James fut heureux de la voir sourire un peu. Il la guida alors jusqu'au salon où ses parents se trouvaient. Ceux-ci restèrent juste quelques minutes le temps de saluer la rousse et de prendre de ses nouvelles. James savait que ses parents adoraient Lily et ils avaient accueilli à bras ouvert la Gryffondor les quelques fois où elle était venue. La belle fille idéale. C'était étrange de se retrouver dans cette situation mais il n'y avait pas de gêne à avoir. Aujourd'hui, Lily venait simplement prendre des nouvelles.
Juste pour s'assurer que la situation n'était pas inconfortable pour Regulus, James lui jeta un coup d'œil. Il affichait une expression neutre. Installé à l'écart sur le bureau du salon, il prit ensuite un livre au hasard qu'il commença à lire.
James soupira et se concentra sur Lily.
-Je vais nous préparer du thé !
-Veux-tu que je m'en charge mon chéri ? demanda Euphémia
-Je vais me débrouiller.
James savait que ses parents devaient sortir et ne voulait pas les retarder. Même si en toute honnêteté, il aurait apprécié ne pas se retrouver seul entre son ex et son petit-ami. Mais bon, ils étaient entre adultes et rien n'indiquait que ça allait mal se passer. Le problème venait principalement de Regulus qui avait du mal avec la Gryffondor. Lily, elle, n'avait aucun a priori sur le Serpentard et avait toujours été courtoise avec lui. Malgré tout, elle ignorait que James entretenait une relation avec le 6ème année.
James prépara le thé en se persuadant que tout allait bien. Quand il revint au salon pourtant, ni Lily ni Regulus n'avaient bougé et il régnait un silence de mort. La rousse lui fit un sourire un peu embêté.
-Et voilà !
Il lui tendit une tasse.
-C'est une tâche simple alors normalement, il est bien fait !
-Je n'ai encore rien dit, lui fit -elle remarquer, amusée.
-Tu disais toujours que j'avais deux mains gauches et que je ne pouvais rien faire seul, lui rappela-t-il, sournois.
-C'est parce que tu utilisais ta magie pour tout : faire ton lit, mélanger ton thé,… Et tu ne savais même pas qu'un œuf à la coque cuisait 3 minutes !
-Qui sait ce genre de truc ? s'indigna son ami.
-Pas toi, rit-elle. Je suis pratiquement sûre que je viens de te l'apprendre !
-Exactement, avoua-t-il.
James alla déposer la tasse de Regulus sur le bureau où il lisait toujours et le Serpentard quitta son livre un instant des yeux pour le remercier.
-Pour en revenir à Sirius, qu'est-ce qui lui est arrivé exactement ? demanda ensuite Lily.
James s'apprêtait à répondre mais Regulus le devança.
-C'est personnel. Des problèmes familiaux.
Lily fronça les sourcils.
-Je croyais qu'il avait complètement coupé les ponts avec ses parents. Ils lui ont créées des problèmes ?
-C'est plus compliqué que ça et je ne peux pas trop t'en dire. Sirius le fera peut-être, ajouta James. Il a eu du mal à tout encaisser, il était renfermé sur lui-même et on n'arrivait pas à le ramener vers nous. Mes parents ont fait venir des psychomages, sans grand succès. Et puis d'un coup, il est sorti de son état catatonique et est venu nous voir en pleine santé, c'était génial !
-Il allait mieux juste comme ça ?
La rousse était dubitative et James pouvait la comprendre, lui-même en doutait parfois encore.
-On dirait bien mais on le surveille de près au cas où. Il a accepté d'être suivi. Sirius a toujours beaucoup souffert mais a également tout gardé pour lui. Il faut qu'il apprenne à faire confiance et à se confier.
-C'est une bonne chose. J'étais loin d'imaginer qu'il avait tant de problèmes...
James comprenait. A Poudlard, Sirius avait si bien donné le change que lui-même avait failli passer à côté de ses cauchemars. Il but une gorgée de son thé alors que Lily reposait le sien, attendant qu'il refroidisse légèrement. Il sourit, se rappelant que Lily avait du mal à manger quand les plats ou les boissons étaient trop chauds. Le Préfet observa alors discrètement sa jambe et se demanda s'ils pouvaient en parler. Il décida finalement de tenter le coup. Lily lui ferait savoir si elle n'était pas à l'aise avec le sujet.
-Comment tu vas ? Tu n'avais pas l'air en forme à la cérémonie.
-C'est…
Lily secoua la tête.
-Ça dépend des jours. Le jour de la cérémonie n'était pas un bon jour, avoua-t-elle.
-L'opération n'était pas supposée te guérir complètement ?
-Si, répondit-elle dans un sourire triste. Mais soigner une telle blessure causée par un Basilic s'est avéré plus difficile que prévu. Une autre opération a été programmée pour la fin de l'été.
-Ça va marcher, j'en suis sûr ! affirma James, optimiste. La première était peut-être trop précoce. Ta jambe devait être un peu trop abîmée pour subir une telle opération.
-Je l'espère.
James vit dans le regard de Lily qu'elle ne partageait pas son enthousiasme. Peut-être même qu'elle aurait aimé qu'il s'abstienne d'être si catégorique. Il y avait en effet une chance pour que ça ne marche pas. James le savait et Lily ne devait pas vouloir se faire de faux espoirs. Mais si elle n'y croyait pas, ça ne marcherait pas non plus. James se souvenait ainsi à quel point il avait été mal en point à cause de l'intoxication à la magie noire. Son cœur avait même arrêté de battre pendant quelques minutes. S'il ne s'était pas battu, si le personnel médical n'avait pas tout tenté pour le sauver et si ses parents n'avaient pas espéré jusqu'au bout, le résultat n'aurait peut-être pas été le même.
-Comment tu vas ? répéta-t-il.
Les yeux de Lily se remplirent soudain de larmes et James s'en voulut de ne pas avoir vu avant sa détresse. Avec ce qui était arrivé à Sirius, il n'avait pas pris la peine de prendre des nouvelles de ses amis. Que ce soit Lily ou même Frank qui devait encore être dévasté par la perte d'Alice.
-Tu peux tout me dire, Lily, la pressa-t-il doucement.
-Hé bien, comme je te l'ai dit, il y a des jours avec et des jours sans… Mais c'est difficile tous les jours… Je me sens tellement diminuée, incapable…
Il esquissa un doux sourire pour l'encourager à continuer et c'est ce qu'elle fit. Elle parla de sa douleur parfois insupportable malgré son traitement. De l'incertitude qu'elle avait concernant son avenir. Mais surtout, de cette colère qu'elle ressentait pour ce qui lui était arrivé, du rôle qu'elle avait dû jouer alors qu'elle n'avait rien demandé, de cette innocence brisée. Lily semblait avoir perdu foi en ce qu'était ou devait être le monde magique. Cette colère était perceptible dans chacun des mots de la Gryffondor, dans sa posture et dans son regard. Elle semblait devoir s'y accrocher pour ne pas sombrer.
James ne s'était jamais penché sur ce qu'il s'était passé à Poudlard, pas de cette manière en tout cas. Il était vrai que les élèves avaient été plongés dans un cauchemar et que les professeurs garant de leur bien être avaient manqué à leur tâche. Tout comme les Aurors qui s'étaient avérés incapables de capturer les fugitifs avant qu'ils ne commettent l'irréparable. Mais il ne voulait pas se lancer dans la recherche d'un coupable parfait. Marlene était responsable d'avoir cru les mensonges de Jedusor et d'avoir fait évader des prisonniers. Même Sirius, Remus et lui n'étaient pas innocents. Ils auraient dû la dénoncer et ainsi donner de nouvelles pistes aux Aurors. Que dire concernant Jedusor et tous leurs doutes…
Les responsabilités étaient multiples, mais il ne fallait pas oublier que les véritables coupables restaient le psychomage et les deux acolytes ayant décidé de détruire leurs vies.
Lily soupira et tenta de prendre son verre qui avait dû refroidir depuis le temps mais en tentant de l'attraper, elle le renversa sur la table basse. Le liquide tiède s'écoula alors rapidement, tachant le sol du salon.
-Je suis désolée ! s'excusa-t-elle aussitôt.
-Pas grave. Ça arrive à tout le monde d'être maladroit. Tu ne t'es pas fait mal ?
Lily ne répondit pas, le regard bloqué sur la tasse renversée. Elle serra alors une de ses mains sur sa cuisse.
-Je vais nettoyer, finit-elle par dire.
-Mais non laisse, je vais m'en occuper.
James sortit sa baguette mais Lily donna un violent coup dans la table qui envoya la tasse se fracasser par terre.
-Je t'ai dit que j'allais le faire ! Je suis encore capable de faire un truc aussi simple, bon sang !
Il y eut un silence et James la dévisagea, choqué. C'était la première fois qu'il entendait la lionne s'emporter de cette manière. Il ne la reconnaissait pas. Elle sembla cependant très vite se rendre compte de ce qu'elle venait de faire car elle eut honte.
-Je suis désolée, je suis sur les nerfs en ce moment…
-Ce n'est pas grave, la rassura-t-il.
Il nettoya d'un coup de baguette pour que ce ne soit plus un sujet et voulut proposer une autre tasse à la rousse étant donné que celle-ci n'avait pas pu goûter à la précédente.
-J-je…je vais y aller.
-Déjà ?
-Oui, je… je suis fatiguée et ma jambe me fait mal.
Elle se releva difficilement et James voulut l'aider mais ne sachant comment il serait reçu, il demeura finalement immobile.
-Est-ce que ça va aller ? demanda-t-il quand même.
-Oui.
Elle hocha la tête comme pour s'en convaincre et James la regarda partir, se demandant si c'était bien sûr. Il soupira à son départ et se laissa tomber lourdement dans un des fauteuils du salon. Regulus ne lisait plus son livre et le regardait, le visage sceptique.
-Je ne sais pas comment elle fait, souffla James après un moment. Ça crève les yeux qu'elle va mal mais elle tente de rester forte. C'est vraiment une fille courageuse.
Regulus haussa les sourcils.
-Une fille courageuse ? On n'a pas dû voir la même chose. Elle n'a fait que se plaindre et geindre.
-Quoi ? fit James, choqué.
Il observa Regulus, attendant qu'il s'explique, qu'il nuance ses propos ou même les retire, mais rien. Il ne pouvait pas dire ça de Lily alors qu'elle souffrait tant !
-Tu es sérieusement en train de la critiquer ? s'indigna-t-il finalement.
Regulus garda le silence, son visage fermé. James ne pouvait pas en croire ses oreilles. Il avait déjà pu constater à de nombreuses reprises que Regulus ne portait pas la rousse dans son cœur mais il ne savait pas si c'était juste à cause de la relation qu'il avait eu avec elle ou si c'était plus profond. Il espérait seulement sincèrement que ça n'avait aucun rapport avec les origines de la Gryffondor car il serait terriblement déçu. Cela irait même au-delà de ça, James avait des valeurs et même l'amour ne pourrais jamais les lui faire oublier, ou renier.
-Tu ne peux pas dire ça d'elle. Tu ne sais pas ce qu'elle a vécu ! lui fit-il ensuite remarquer.
-Oh si, je sais, elle a été gravement blessée à la jambe en tuant le Basilic. C'est une héroïne pour tout le monde sorcier. Elle a perdu des proches, comme d'autres, et ce n'est certainement pas la seule non plus à avoir été blessée ou vu des horreurs. Tu veux que je te rappelle combien de personnes sont mortes ? Toi-même tu es devenu un loup-garou ! termina-t-il en se levant.
-Ouais et on sait tous que c'est bien pire que d'avoir la jambe foutue ! s'emporta le Gryffondor.
-Ce n'est pas ce que j'ai dit, répliqua Regulus.
Le Serpentard s'approcha du brun dans un souci d'apaiser les choses.
-Elle fait simplement comme si elle était celle qui était le plus à plaindre alors que tout le monde a vécu un cauchemar là-bas. Tu as été confronté à Greyback et tu as cru que tu allais mourir. Moi, je ne te lâcherai pas et je sais que tes parents et Sirius seront également là mais la vie qui t'attend sera tellement plus dure que ce que tu as connu auparavant. Et toi et moi, on sait que tu es habitué à toujours avoir ce que tu veux et que tu ne sais pas vraiment comment le monde marche à l'extérieur de la bulle protectrice de ton foyer.
-Ouais, bon, tenta de protester James.
Regulus resta silencieux quelques secondes et James sentit qu'il voulait lui confier quelque chose d'important.
-Moi, il…il m'arrive encore de revoir le visage de Rosier, son crâne écrasé à peine reconnaissable, avoua-t-il alors dans un souffle. C'est si fort que parfois, je me retrouve plongé de nouveau là-bas. L'odeur, le bruit, les sensations sont si vives que ça semble vrai. Je me réveille mais les images restent et je dois me pincer pour être sûr d'être bien réveillé. Ça me rend fou, murmura-t-il douloureusement. Et il n'y a pas que moi et toi, il y a aussi Sirius et Severus. Même si pour mon frère, sa vie est plus un cauchemar sans fin dont il ne peut pas espérer se réveiller pour pouvoir y échapper. En plus, je ne parle que de ce que je connais très bien. Crois-moi, je ne dis pas ça au sujet d'Evans pour être méchant. C'est simplement qu'elle fait tout pour inspirer la pitié et la sympathie mais refuse qu'on la plaigne et qu'on l'aide. Tu ne peux pas dire que sa réaction n'avait rien d'hystérique tout à l'heure.
-C'est… parce qu'elle ne va vraiment pas bien.
-Je sais, mais elle n'ira pas mieux si elle s'enferme dans cette espèce de cercle vicieux qu'est la colère et cette sorte d'apathie et de tristesse. Et toi, tu ne l'aides pas en agissant ainsi. Elle a besoin d'être bousculée ou elle va finir par vriller.
James dévisagea Regulus. Il l'admirait tellement, lui et cette maturité dont il pouvait faire preuve à tout instant. Il venait de l'avouer, il faisait des cauchemars si réels de ce qu'il avait vécu à Poudlard mais n'en parlait pourtant jamais. Il pouvait être dur et tranchant, mais ce n'était pas quelqu'un de méchant. Il bridait juste ses émotions pour pouvoir penser de manière rationnelle.
Il avait tant d'admiration pour l'adolescent qui lui faisait face. Ce que lui disait Regulus était inquiétant, mais il y face d'une certaine manière, il partageait ce qu'il ressentait.
-Comment tu fais ?
Regulus inclina légèrement la tête dans une parfaite attitude d'incompréhension.
-Pour être encore debout malgré tout ce qui t'es arrivé ? précisa James. Pour ne pas craquer, être encore si solide ? Tu as encore la force de te battre pour Sirius malgré tout ce que ça implique et la façon dont tu dois te sentir après la découverte de ce que tes parents ont fait. Et ce alors qu'on sort quand même d'une attaque meurtrière contre Poudlard !
Le regard de Regulus ne vacilla pas lorsqu'il répondit.
-Je continue d'avancer et de me battre. J'ai eu une éducation stricte où la faiblesse n'était pas permise. C'est la seule manière que je connais pour ne pas faillir ni faiblir alors je continue d'avancer sans trembler. Ce n'est pas parfait et j'ai déjà eu des ratés, mais c'est comme ça que j'y arrive. Et si je peux encore continuer à sourire et que j'ai cette volonté de fer, c'est surtout grâce à toi, admit-il ensuite. Aujourd'hui, je sais que je ne suis pas seul et ça change tout.
James sourit, heureux de constater que Regulus avait réussi à assimiler cet élément. Il le prit dans ses bras et déposa un baiser sur sa joue qui tira une petite moue au Serpentard.
-Tu me fais complètement craquer ! s'amusa-t-il.
-Tu deviens trop mièvre pour moi, soupira alors Regulus.
-Pour moi aussi, pouffa James.
Ils éclatèrent de rire.
xXx
Maugrey n'en revenait toujours pas. Cela faisait bien deux jours qu'il avait appris la nouvelle et il n'arrivait pas à la digérer. Le seul fugitif qu'ils avaient réussi à capturer était mort. La nouvelle aurait dû le plonger dans une période de rage incommensurable. Il avait bossé nuit et jour sur cette affaire avec ses collègues. A cause de l'état de santé préoccupant de l'homme, il n'avait pas pu procéder à des interrogatoires poussés. Tout cette prévention avait été faite dans le but de ménager l'homme qu'ils avaient capturé.
Et il était mort !
Maugrey se retenait à grand peine de casser quelque chose, un verre par exemple, dans le seul but d'évacuer une partie de sa rage.
A présent, l'Auror savait ce qui allait se passer. La direction allait boucler l'enquête puisque de toute façon, ils n'auraient jamais le fin mot de l'histoire. Le seul fugitif encore en fuite était introuvable et le resterait probablement pour toujours. Le bureau n'avait aucune piste, aucune idée d'où commencer. Il n'avait pas non plus les effectifs pour se lancer dans une telle mission. La direction, sous la pression du ministre de la Magie, clôturerait l'enquête et déclarerait que les deux fugitifs avaient agi seuls dans le but de se venger de la société sorcière par le biais de Poudlard et de ce que l'école représentait. Avec un discours rodé, cela passerait bien.
Mais qu'allait-elle répondre si des gens demandaient plus d'informations et ne se contentaient pas de ces réponses toutes faites ? Comment allait-elle expliquer le fait que Dolohov et Greyback avaient pu rentrer dans le château, tout saccager, avoir un timing et une organisation si parfaite ? Il leur avait forcément fallu un complice. A qui les autorités allaient faire porter le chapeau ? Un des personnels morts ? Un elfe corrompu ? Pour éviter que le chaos et la perte de confiance ne s'installent, les responsables politiques pouvaient être prêts à tout.
Maugrey vivait ça comme un échec et il n'était pas sûr de pouvoir abandonner si facilement. Ce n'était pas lui. Mais Maugrey savait que ce n'était pas comme cette histoire de bracelet. C'était trop grand pour qu'il puisse se permettre d'enquêter seul.
Il n'avait qu'une seule carte à jouer mais il l'avait déjà utilisée de nombreuses fois. A force, celle-ci s'était étiolée, abîmée et était devenue inutile. Combien de fois avait-il tenté de faire parler Marlene McKinonn ? Si elle n'était toujours pas décidée alors que les choix qu'elle avait fait avaient mené à un tel massacre, il n'y pouvait plus rien. Il ne pouvait pas utiliser la torture sur elle, c'était une limite qu'il se refusait à franchir. Il avait également le sentiment qu'elle n'était pas une véritable coupable mais davantage le pion d'une affaire qui la dépassait à présent. Il ne pouvait pas lui faire du mal parce que ça le frustrait de ne pas avoir réussi.
Maugrey alla dans sa cuisine se servir un verre. Il avait besoin de boire. Exister en cet instant lui demandait un effort incommensurable. Il venait aussi d'apprendre que Dumbledore venait d'abandonner ses fonctions de directeur et que très bientôt, une procédure pour déterminer son rôle et surtout son insuffisance dans l'attaque de Poudlard serait lancée. Maugrey ne savait qu'en penser. Il n'était pas sûr que l'homme le mérite. Il se souvenait de Dumbledore en tant que directeur comme un homme un peu effacé mais qui avait à cœur le bien-être de ses élèves. Il avait quand même réussi par il ne savait quel miracle à briser le sort qu'avait lancé Dolohov et permis aux professeurs d'enfin aller secourir leurs élèves.
Mais cela ne pesait pas bien lourd au vu du nombre important de victimes. Les parents l'avaient lâché et sans eux pour le soutenir, le directeur était fini.
La rentrée était pour bientôt et cela promettait d'être un sacré bordel…
Cela fatiguait le jeune homme d'avance. Il avait désespérément besoin d'une bonne nouvelle.
On sonna soudain à la porte et il soupira. Il n'avait pas envie d'aller ouvrir. Personne ne venait jamais chez lui car il n'aimait pas. Le français avait essayé une fois de le convaincre mais Maugrey n'avait pas flanché. Penser à son ami le fit songer à nouveau à Dumbledore. Hugo Leroy était-il au courant des déboires de son vieil ami ?
La sonnette retentit encore, de quoi ramener l'Auror au présent. Il se dirigea finalement vers la porte et l'ouvrit, prêt à renvoyer son visiteur, mais se figea en voyant qu'il s'agissait de Regulus Black. Que faisait-il là ? Il était certain que le Serpentard n'avait jamais eu son adresse, pas de sa part en tout cas. Il n'avait pas envie de perdre son temps avec le 6ème année, peu importe ce qu'il avait à lui dire. Il avait passé une suffisamment mauvaise journée comme ça ! Il s'apprêtait à lui claquer la porte au nez mais le Serpentard sortit de son mutisme.
-S'il vous plaît, lâcha Regulus, mal à l'aise. C'est Remus qui m'a indiqué où vous trouvez.
-Eh bien, il n'aurait pas dû. Si tu voulais me voir, il fallait te présenter au bureau des Aurors pendant les heures d'ouverture.
-Ce que j'ai à vous dire, je ne pouvais pas le faire là-bas.
-Ça ne m'intéresse pas dans ce cas.
Il s'apprêtait à prendre congé mais une fois de plus, Regulus l'arrêta.
-C'est au sujet d'Orion et de Walburga Black.
Il fit une pause avant de reprendre.
-Je sais que vous n'avez jamais porté notre famille dans votre cœur et je viens vous offrir le moyen de les envoyer en prison.
Maugrey fronça les sourcils. Contrairement à ce que Regulus pensait, cette nouvelle ne le faisait pas bondir de joie. Elle aurait dû, mais l'Auror se méfiait. Le cadet des Black était-il vraiment prêt à trahir sa famille ? Il avait du mal à y croire. Qu'avait-il à y gagner ? Pourquoi venir le voir lui ? Et surtout, si le Serpentard ne mentait pas, il aurait dû faire ce genre de déclaration au bureau des Aurors ou à la police magique suivant l'importance de l'affaire.
D'un autre côté, Maugrey savait mieux que quiconque combien il était difficile de coincer Orion et Walburga. La police magique subissait de la pression de leur part, on parlait même de pots-de-vin. Quant aux Aurors, avec toutes les affaires qu'ils avaient déjà à traiter, si le ou la plaignante n'avait pas un dossier solide, il était difficile pour eux de lancer des investigations. De plus, suivant la nature de la plainte, s'ils avaient plus grave ou plus urgent à traiter, celle-ci pouvait rester en suspens un moment. Bien entendu, l'Auror ne parlait même pas de l'armée d'avocats de la famille toujours au rendez-vous pour leur mener la vie dure…
Avec ce système de défense bien rodé, les Black s'en sortaient toujours. Pourquoi aujourd'hui serait-il différent ? Regulus Black venait t-il le voir parce qu'il savait qu'il avait une réputation d'acharné et qu'il était prêt à sortir des clous pour cela ? Maugrey ne savait pas trop que penser de cette possibilité et une partie de lui se méfiait du fils chéri de cette satanée famille.
-Donne-moi une bonne raison de t'écouter et de te faire confiance.
-J'ai besoin qu'ils payent, énonça calmement Regulus. J'ai confiance en vous pour ça, je sais que vous êtes intègre.
-J'aimerais dire la même chose de toi.
-Je me fiche bien de ce que vous pensez de moi. Le fait est que j'ai besoin de vous et vous avez besoin de moi.
Quel culot, pensa-t-il. Mais cet état d'esprit lui plaisait.
Maugrey sourit. Il s'écarta alors pour laisser entrer le 6ème année. Ils s'installèrent dans son minuscule salon et se regardèrent sans rien dire durant plusieurs secondes. Maugrey observa intensément le brun. Il ne comptait pas lui proposer à boire et avait hâte d'entendre ce qu'il pouvait bien avoir à lui dire.
-Je t'écoute.
-J'accuse Walburga Black de meurtre avec préméditation, avec la participation de son mari. Ils ont fait entrer un moldu au 12, Square Grimmaurd et l'ont tué après l'avoir torturé. Mais ce n'est pas tout…
La voix de Regulus vacilla. Il détourna ensuite le regard un instant et Maugrey, attentif, attendit la suite. Son cœur battait la chamade. C'était une bombe que venait de lâcher le cadet. S'il arrivait à prouver ce qu'il disait, effectivement, les Black ne s'en sortiraient pas. Même un bon avocat ne pourrait leur éviter la prison ferme.
-Je les accuse également de maltraitance et j'en ai la preuve.
Maugrey retint avec difficulté son sourire triomphant. Enfin une bonne nouvelle dans le dédale des déceptions des derniers jours.
xXx
Pamela ne savait quoi faire. Demain, dans la journée, elle devrait prendre le train pour retourner à Poudlard. Il ne lui restait que quelques heures pour se décider. En recevant sa lettre pour l'informer de la date et des dispositions prises pour que tout se passe bien, elle avait répondu favorablement avant de changer mille fois d'avis. Ses parents et sa petite sœur étaient très inquiets pour elle. Ils ne le disaient pas, mais ils désiraient qu'elle reste. Pourtant, Poudlard représentait tellement et ils avaient été si fiers d'apprendre qu'ils avaient une fille spéciale.
La Serdaigle était perdue. Lors de la cérémonie, elle avait tenu le coup mais là, ce serait différent. Elle le verrait tous les jours et elle n'était pas sûre de ne pas craquer de nouveau comme lorsqu'elle avait accompagné le groupe chargé de livrer Dolohov. Les jours qui avaient suivi, elle n'était pratiquement pas sortie de sa chambre, bouleversée par sa terrible découverte. Elle n'arrivait toujours pas à se rappeler exactement ce qui s'était passé ce soir-là, mais des bribes commençaient à lui revenir. Et surtout, Nott s'était presque trahi tout seul. Car Pamela en était certaine, c'était lui qui lui avait fait du mal ce soir-là. Et dire qu'il avait ensuite osé agir normalement avec elle ! Cela lui donnait envie de vomir.
Nott avait voulu sortir avec elle avant qu'elle ne se mette brièvement en couple avec Rosier. Elle l'avait envoyé balader de manière peu aimable et il s'était visiblement senti humilié. Mais elle n'avait pas aimé sa manière d'agir, cette importance qu'il se donnait. Il avait eu l'air trop conquérant. Il ne correspondait pas au type de Pamela. Rosier non plus habituellement, mais lui avait pris le temps de la courtiser longuement et elle avait apprécié. Et même si elle avait appris ensuite que tout avait été faux chez lui, il l'avait tout de même fait se sentir importante.
Cela avait forcément dû énerver Nott, mais il n'avait rien dit. Rosier était son ami après tout. La Serdaigle était également convaincue qu'il n'avait pas voulu ébruiter le râteau qu'il s'était pris. De toute façon, ça n'avait pas marché avec Rosier, bien entendu. A la fin, c'était même devenu invivable. Pamela s'en était mordue les doigts quand elle s'était rendue compte combien Rosier pouvait être néfaste. Il cachait mieux son jeu encore qu'elle ne l'avait pensé.
Il l'avait même totalement descendue en public quand leur relation s'était terminée. Pamela n'était déjà pas beaucoup appréciée des autres, mais le Serpentard s'était fait une joie d'en rajouter, lui donnant une réputation sulfureuse et vénale. La plupart des élèves avaient préféré le croire. Et peut-être s'était-elle très mal défendue, mais personne ne lui avait donné le bénéfice du doute non plus.
Elle imaginait à peine ce qu'il avait pu raconter d'horrible à ses amis, dans l'intimité de son dortoir. Il avait dû s'en donner à cœur joie, exagérant les faits et donnant des détails inutiles. Pamela l'avait compris bien trop tard, mais Rosier était un pervers narcissique. Il prenait son pied à rabaisser les autres, à se rendre indispensable et aimait se faire passer pour quelqu'un de génial. A présent, il était mort et Pamela pouvait dire qu'il ne lui manquerait pas. Il avait emporté son secret dans sa tombe car ils devaient être très peu à Poudlard à connaître son vrai visage.
Nott avait été le meilleur ami de Rosier. Il l'appréciait, peut-être même l'admirait-il. Ils se ressemblaient beaucoup en fin de compte. Échaudée par sa relation avec le blond, Pamela s'était promis de faire plus attention par la suite. Elle aurait dû tenir son engagement, cela lui aurait épargné bien des ennuis. Elle ne se souvenait plus très bien comment elle en était venue à se rapprocher de Nott. Elle l'avait toujours rejeté et il avait suffi d'une soirée où elle avait un peu trop bu. La tristesse lui avait donné envie de se sentir aimée, consolée, importante. Ce n'était pas toujours facile de faire face aux critiques et aux calomnies, ça ne l'était même jamais. Parfois, il arrivait qu'elle craque.
Elle aurait dû se consoler avec quelqu'un d'autre que Nott. Elle avait commis l'erreur de l'embrasser, et même d'aller plus loin encore. Et même s'ils n'étaient pas allés jusqu'au bout, le lendemain, elle l'avait regretté et le lui avait bien fait sentir. Il avait été furieux et l'avait accusé de se servir de lui. Son animosité contre elle n'avait cessé de grandir depuis. Mais si la blonde ne s'était pas rappelée de tous ces éléments avant, c'était bien parce que cette histoire datait.
Après un temps, Rosier avait recommencé à se conduire normalement avec elle. La Serdaigle avait alors pensé que ça n'avait été qu'une rancune passagère comme tant d'autres chez des adolescents. Le pire était qu'elle s'était sentie coupable d'avoir pensé qu'il était malade et dangereux au vu de son comportement.
Mais elle s'était trompée. C'était lui qui lui avait fait croire qu'elle se trompait, qu'il n'était pas si horrible. C'était le propre des pervers narcissiques. Ils parviennent à retourner la situation à leur avantage alors même qu'ils n'ont aucune excuse. En quelques mots, ils inversent la tendance. Ils deviennent les victimes, et les victimes les coupables. Et alors, il fallait s'estimer chanceux d'être pardonné, de pouvoir encore les côtoyer.
Dans cette histoire, elle ne savait pas qui était le pire entre Nott et Rosier. Dans tous les cas, ces deux-là faisaient la paire. Aussi dégénérés l'un que l'autre.
Après avoir rejeté une énième fois Nott, Pamela n'avait plus fait attention à lui. Elle avait naïvement pensé qu'il était passé à autre chose.
Ce n'était pas le cas et il l'avait attaquée de la pire des manières. Cela avait-il été prémédité ou alors avait-il agi parce que l'occasion s'était présentée ? S'étaient-ils croisés par hasard ou était-ce prévu ? Dans tous les cas, Pamela ne voulait pas laisser passer son acte. Mais était-elle réellement prête à se lancer dans une telle bataille ? Elle n'était même pas sûre de la bataille en question dont elle parlait.
On sonna alors à la porte et Pamela s'empressa d'ouvrir. Elle se jeta aussitôt dans les bras de son amie. Elle avait fait venir Marlene à cette heure-là parce qu'elle serait seule à la maison et pourrait donc parler plus librement. Elle avait réfléchi à sa situation pendant des jours et malheureusement, elle n'était pas plus avancée. La seule chose dont elle était certaine, c'était qu'elle ne devait pas chercher à affronter cette situation seule car seule, elle ne l'était pas. Elle avait une amie sur qui compter qui avait vécu quelque chose de similaire.
-Est-ce que ça va ? Ta lettre n'avait rien de rassurante, commença Marlene.
-C'est…
La blonde ne savait pas par où commencer. Heureusement, Marlene était une fille intelligente et elle la comprenait bien. Parfois, Pamela s'étonnait encore de leur rapprochement. Elle avait trouvé une véritable amie en elle, une meilleure amie. Ce n'était pas pareil qu'avec Severus car parfois, elle avait envie d'épargner le Serpentard et pouvait se taire sur ses propres difficultés. Mais dans l'amitié qu'elle partageait avec son aînée, c'était Marlene qui prenait soin d'elle et c'était tellement agréable.
-C'est Nott, lâcha-t-elle.
Son nom avait sonné étrangement dans sa bouche.
-C'est-c'est lui... Je le vois m'attendre en mâchouillant son fichu morceau de nougat. Je le vois me frapper, encore et encore…
Elle trembla, ferma les yeux pour se calmer, mais c'était pire. Elle se rappelait de la douleur, de son regard haineux. Le moment où il l'avait basculé à terre, lorsqu'il avait déchiré sa robe. Elle avait crié, elle en était certaine. Elle avait dû lui demander d'arrêter, tenter de se défendre, mais son regard… Il n'avait montré aucune pitié. Il avait levé sa baguette pour lancer un sort. A partir de là, ses souvenirs étaient encore plus flous. Seule la douleur persistait, encore et toujours.
-C'est lui, répéta-t-elle. C'est lui qui nous a fait du mal et il doit payer.
Elle éclata en sanglots et Marlene la prit dans ses bras. Pamela s'accrocha à elle si fort qu'elle était certaine de lui faire mal, mais la 7ème année ne flancha pas. A cet instant, elle était son roc dans la tempête et Pamela pouvait puiser dans sa force pour rester debout. Elle mit de longues minutes à se calmer. Elle s'écarta ensuite pour regarder Marlene et la remercier mais fut surprise de l'expression que la Serdaigle lui renvoyait. Pour une fois, elle lui montrait un visage peu sure d'elle, mal à l'aise, rempli de doutes.
-Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais tu seras bien entendu la première au courant, expliqua-t-elle pour tenter de la rassurer. Il doit payer pour ce qu'il nous a fait.
-Pamela, l'interrompit Marlene. Il faut que je te dise quelque chose.
Pamela fronça les sourcils.
-Il faut que ce soit clair parce que je ne veux plus avoir l'impression de te mentir ni que tu te méprennes sur ma douleur, souffla Marlene. Je n'ai pas été violée ni agressée.
-Je le sais, tu me l'as déjà dit. Mais ce n'est pas parce qu'il n'a pas eu le temps de te faire plus de mal que ça ne fait pas de toi une vict-
-Non, non, l'interrompit-elle de nouveau. Tu ne comprends pas. Nott ne m'a rien fait. Marlene soupira.
-Il vaut mieux que je te dise tout, la direction doit déjà être au courant et ce n'est plus qu'une question de temps avant que les élèves ne le sachent aussi…
-De quoi tu parles ?
-Je n'ai pas été attaquée par un élève ou qui que ce soit ayant un lien avec Poudlard. J'étais dehors quand c'est arrivé. J'avais enfreint le couvre-feu pour aller me promener, souffler,... Des raisons stupides.
Elle secoua la tête.
-Je me suis trop éloignée et je suis tombée sur des Triswalker. Ce sont eux qui m'ont infligé toutes ces blessures.
Pamela vacilla. Elle avait du mal à y croire.
-Pourquoi n'avoir rien dit avant ? murmura-t-elle.
-Je te l'ai dit.
-C'est faux! s'écria-t-elle alors. Tu as menti, tu m'as menti ! Tu savais qui t'avait fait du mal et que ça n'avait aucun lien avec ce qui m'étais arrivé ! Tu prenais à peine le temps de me détromper tellement tu voulais garder ton secret ! Et moi, je me suis confiée à toi… Si j'avais su…
-Je suis désolée, je te jure que je ne voulais pas te mentir, murmura Marlene.
-C'est trop tard.
Pamela retint avec difficulté de nouvelles larmes. Marlene semblait également anéantie mais, et alors ? Elle avait cru en son amitié sincère et lui avait parlé de choses si difficiles ! Ce mensonge donnait l'impression à la blonde que ce qu'elle avait partagé n'avait pas autant compté pour Marlene que pour elle. C'était cette attaque, cette agression, le fait d'avoir subi quelque chose de similaire qui les avait fait se rapprocher. Sans ça, elles ne seraient jamais devenues amies, Pamela le savait. Cette amitié avait débuté avec des mensonges… Amitié, était-ce vraiment le cas ? Marlene la considérait-elle réellement comme une amie ? Elle avait plutôt l'impression de s'être fait des films, se confiant, se sentant enfin comprise alors qu'elles n'avaient rien en commun.
-Sors, lui demanda-t-elle doucement.
Pamela vit Marlene accuser le coup. Elle sentait dans ses mots et dans son regard que ses excuses étaient sincères et sa repentance était peut-être honnête, mais cela n'enlevait pas le mal qu'elle lui avait causé. Peu importe qu'il s'agisse en réalité d'un malencontreux malentendu, que finalement, la blonde se soit emballée toute seule, car au bout du compte, Marlene ne l'avait jamais détrompée. Elle ne lui avait pas dit la vérité. C'était bien pour cette raison que Pamela se sentait si en colère, si trahie. Avec la 7ème année, elle avait pensé pour la première fois pouvoir parler avec quelqu'un qui la comprenait au moins en partie.
Une forte amitié s'était forgée au fur et à mesure du temps, une confiance. Mais que valait cette amitié si au bout du compte, elle se basait sur des mensonges ?
-Je sais que tu ne dois plus avoir une très bonne opinion de moi, souffla Marlene. Et probablement que tout est de ma faute, mais je te promets que je ne pensais pas à mal, que j'ai essayé de faire au mieux. Même si en réalité, je pense que je me suis surtout montrée égoïste...
Pamela ne répondit pas car elle avait déjà tout dit et il était bien trop tôt pour elle pour tenter de la comprendre. Et Marlene avait beau montrer de la peine face à cette situation, la blonde se demandait si cela la touchait vraiment. Pour finir, Marlene quitta les lieux sans qu'elles n'échangent un mot de plus.
xXx
Se rendre à la gare après tout ce temps était étrange pour Regulus. Il avait réellement cru qu'il ne retournerait jamais à Poudlard. Il ressentait tout un tas de choses en cet instant. C'était dur à définir mais l'émotion qui prédominait était surtout le soulagement. Retourner à Poudlard donnait l'illusion qu'il retournait à une vie normale. Ce n'était pas vrai, bien sûr, mais ce n'était pas tout à fait faux non plus. Les choses avaient été bien pires avants et cela relevait presque du miracle que Regulus ait réussi à affronter toutes les épreuves mises sur sa route jusque-là.
Il aurait d'autres épreuves à affronter néanmoins, il le savait, mais celles-ci, il les avait choisies. Regulus connaissait plus ou moins les conséquences d'attaquer ses parents et comptait s'y préparer. Il était lucide sur la suite des événements. Il avait beau être en colère, détruit par ce secret de famille, il restait pragmatique, rationnel. Traiter cela comme des informations, des données extérieures, l'aidait à ne pas flancher, à ne pas pleurer la nuit ou à s'en prendre à n'importe qui parce que cela devenait trop dur.
James disait que ça ne pouvait pas marcher aussi simplement, qu'il ne pouvait pas décider d'enfermer ses sentiments et les laisser sortir seulement quand ça l'arrangeait. Peut-être, mais Regulus y penserait quand ça deviendrait un problème. Pour le moment, il fonctionnait, alors il allait continuer à avancer ainsi.
Le 6ème année était déterminé à prendre sa part de responsabilité dans l'affaire. C'était la dernière fois que Sirius irait à Poudlard. C'était sa dernière chance de profiter encore un peu de la fin de son adolescence, du cadre particulier de l'école de magie. Le Serpentard voulait protéger son frère mais celui-ci n'était pas d'accord. Il lui demandait même d'arrêter de s'inquiéter pour lui. Mais ce n'était pas facile. Sirius ignorait la culpabilité qui menaçait d'engloutir Regulus. Il s'en voulait tellement de n'avoir rien vu. Le pire étant qu'il avait été jaloux de son frère et que parfois, il s'était montré dur avec lui.
Il l'avait abandonné.
Alors aujourd'hui, il n'avait pas le droit de relâcher ses efforts. Il n'en avait pas le temps, il devait se battre sur plusieurs fronts.
Le psychomage était plus qu'une grosse épine dans le pied. Le Serpentard avait bien réfléchi et avait dû reconnaître que malgré toutes les mises en garde de Padfoot, de ses conseils et de ses propres efforts, il n'avait pu empêcher aucun des plans de Jedusor de se réaliser. Face au puissant sorcier, il était malheureusement impuissant. James avait réussi à le convaincre de parler de tout ce qu'il savait à un adulte. Arrêter Jedusor n'était pas de sa responsabilité et il n'avait pas à porter ce poids seul.
Avec le groupe, ils s'étaient déjà mis d'accord pour en parler au français, mais une fois que celui-ci serait au courant, peut-être Regulus pourrait-il se confier à d'autres personnes encore.
Euphémia et Fleamont Potter étaient sans doute les adultes en qui il avait le plus confiance à l'heure actuelle. Malheureusement, Regulus ne pensait pas que tout leur révéler soit une bonne idée. Il y avait bien réfléchi et en était venu à la conclusion que les parents de James ne pourraient pas faire grand-chose de plus. Euphémia était mère au foyer et Fleamont gérait tranquillement son entreprise de produits capillaires magiques. Ils n'avaient pas le profil pour affronter quelqu'un comme Jedusor. Mais ils étaient respectés et aimés alors avoir leur soutien donnerait au moins du crédit à ce qu'il dirait. Regulus avait besoin de quelqu'un de puissant, d'actif au sein de la communauté sorcière anglaise et de respecté. Le directeur remplissait très bien ce rôle. Regulus n'était pas ravi mais il allait devoir le faire.
Le 6ème année n'était pas comme son frère, James ou même Remus à avoir une foi aveugle en l'illustre sorcier. Regulus ne voulait pas lui donner un blanc seing. L'homme n'avait pas toujours fait les bons choix. Le Serpentard n'oubliait pas que s'il avait signalé le Basilic il y a de cela bien longtemps, une partie du massacre aurait pu être évitée. La rumeur circulait que le directeur était au courant et n'avait pas agi. Les raisons importaient peu car aujourd'hui, elles seraient dures à expliquer. C'était cela que n'appréciait pas Regulus chez le vieux sorcier, les secrets qu'il gardait sous prétexte que c'était mieux ainsi. Ce n'était pas possible, surtout quand la vie de tant de personnes était en jeu.
Ils devraient très vite déterminer s'ils devaient en parler au directeur. Hugo Leroy connaissait bien le vieux sorcier alors une fois mis au courant des malversations et des crimes du psychomage, le français pourrait probablement bien les conseiller. Enfin, Regulus ne voulait pas faire de plan sur la comète car se précipiter ne servirait à rien. Il fallait déjà en parler à Leroy et s'il voulait bien, il pourrait prendre le relais, et pourquoi pas gérer ça avec Dumbledore.
Ensuite, tout ce qu'il se passerait ne serait plus de son ressort. Attaquer ses parents en justice allait déjà lui demander toutes ses forces. Quand l'affaire sortirait, il lui faudrait gérer le côté médiatique. C'était certain, une famille si puissante et controversée touchée par une histoire de cette ampleur, les journalistes allaient adorer. Regulus ne voulait pas y penser pour l'instant. Maugrey lui avait dit que ce serait dur et il le découvrirait bien assez tôt, il serait prêt. Avec Sirius, ils feraient face.
Le brun jeta un nouveau coup d'œil à son frère qui, lunettes de soleil sur le nez, continuait d'avancer dans la gare. Il semblait joyeux et serein à la fois. Il émanait de lui une sorte de sérénité qui était plaisante à voir. Il y eut soudain du bruit, des battements d'ailes, et quelques secondes après, Fumseck se posa sur son épaule gauche. Regulus sourit, toujours heureux lorsque l'oiseau magique était à ses côtés. Il avait été si inquiet lorsqu'il avait été blessé ! Bien entendu, il s'était vite rétabli, mais tout de même ! Il tenait beaucoup à lui. Petit à petit, le phénix avait commencé à lui faire confiance et cela allait au-delà du fait que son maître et compagnon l'avait confié au Serpentard. Fumseck commençait réellement à l'apprécier et c'était gratifiant pour le cadet des Black.
-Arrête de rêvasser, Regulus, sinon tu vas te faire mal.
Sirius venait de lui attraper le bras pour l'arrêter avant qu'il ne se prenne un des innombrables poteaux de la gare. Regulus rougit d'embarras et remercia son frère. Ils continuèrent ensuite de marcher jusqu'à un wagon mais alors qu'ils allaient entrer, ils s'arrêtèrent en voyant Remus courir vers eux, trimballant difficilement ses quelques affaires non rétrécies avec lui.
-Moony ! hurla Sirius. Il ouvrit grand ses bras et le Poufsouffle s'y engouffra.
Regulus se demandait comment ils faisaient pour agir ainsi et ignorer si aisément tous les regards qu'on leur portait. Regulus lui-même aurait forcément trouvé ça affligeant à une autre époque. Mais Remus avait failli perdre la personne qu'il aimait le plus au monde et Sirius… Eh bien, personne ne trouvait de logique à sa manière d'agir habituellement alors…
En sachant ce par quoi ils étaient passés, le Serpentard ne pouvait être que touché par ce genre de scène.
-Je suis content de retourner à Poudlard avec toi, confia alors Sirius au Poufsouffle.
Remus sourit.
-Sans James, ce ne sera pas la même chose, lui fit tout de même remarquer le châtain.
-Je ferai avec. Je ne suis pas seul, c'est fantastique pour moi.
Ils échangèrent un long regard où ils se disaient sans doute silencieusement à quel point il tenait l'un à l'autre et Regulus détourna le regard, mal à l'aise. James lui manquait terriblement. Il regrettait de ne pas avoir davantage profiter de sa présence à Poudlard tant qu'il avait pu. Il espérait seulement que l'ancien Préfet allait s'en sortir seul chez lui.
Mais il ne voulait pas trop penser à James. Le Gryffondor avait pris sa décision et même si ça n'avait pas été facile, il était sûr de lui. Regulus savait pourquoi il avait fait ce choix et il ne voulait pas le faire douter ou remettre encore une fois son choix en question. James ne pouvait plus avoir une vie normale alors que Sirius et lui pouvaient encore essayer.
Voyant que le couple n'était pas décidé à se lâcher, le Serpentard décida finalement de ne pas les attendre et monta dans le train, les incitant ainsi à le suivre et c'est ce qu'ils firent. Il les entendait toujours discuter derrière lui. Parfois, Regulus était étonné de voir qu'ils avaient autant de choses à se dire. Sirius semblait avoir toujours quelque chose à raconter, plus encore qu'avant.
Comme ça ne paraissait pas si intéressant que cela, Regulus se concentra plutôt sur son avancée dans les différents wagons. Il fut vite frappé par le fait que ceux-ci étaient bien plus vides qu'habituellement. Il y avait bien entendu plus d'élèves qu'à la cérémonie mais si on comparait au taux de remplissage habituel du train, ça n'avait rien à voir.
Regulus se demandait si toutes les personnes qui n'étaient pas venues l'avaient fait à cause de ce qu'il s'était passé. Par peur, ou même parce qu'ils n'avaient plus confiance en Poudlard et allaient l'année prochaine faire leur rentrée dans un autre établissement magique. Poudlard avait beau être réputé, d'autres écoles étaient en mesure de fournir un enseignement tout à fait adapté et complet aux jeunes sorciers. Regulus lui ne s'imaginait pas autre part qu'à Poudlard, mais c'était sa vision.
Il était également possible que certaines personnes aient décidé de s'accorder plus de temps, de repos loin de Poudlard pour se remettre des derniers évènements tragiques. Ils pourraient ensuite revenir après l'été et passer la classe au-dessus. En soit, on ne leur avait donné que peu de temps pour se remettre, panser leurs blessures et tourner la page. Moins de trois semaines s'étaient écoulées depuis l'attaque du château. Ce n'était pas assez, mais Poudlard ne pouvait pas non plus rester fermé indéfiniment. Des gens avaient besoin de l'école. Elle représentait un foyer, une source de revenus, ou même un refuge.
Il restait un peu plus de deux mois avant la fin de l'année. La majorité des 7ème année devaient être présents pour pouvoir passer leur diplôme. C'était surtout chez les plus jeunes qu'il en manquait. Le Serpentard avait envie de retrouver ses amis, surtout Severus. Il avait senti le jour de la cérémonie que le 7ème année en avait gros sur le cœur, qu'il n'allait pas bien et pas seulement à cause de ce qu'il s'était passé à Poudlard.
Mais ce ne fut pas le futur potionniste qu'il trouva en premier, mais bien Erd, le 2ème année. Il était seul. Le wagon était vide et le petit adolescent avait les genoux repliés et une capuche rabattue sur sa tête. Il faisait plutôt chaud alors sa tenue l'étonna. En le voyant ainsi, le cadet des Black abandonna l'idée de retrouver ses amis et s'approcha. Derrière lui, Remus et Sirius lui annonçèrent qu'ils continuaient et il acquiesça.
-Bonjour.
Regulus n'avait jamais été du genre à s'occuper de plus jeune ou à vouloir jouer au modèle. Habitué au rôle du petit frère ou à être tout simplement le plus jeune dans un groupe, il ne savait pas comment agir avec ceux qui étaient moins âgés que lui. Jusqu'à présent, il avait fait sa vie sans trop chercher à aider son prochain ou à se montrer plus vigilant avec les autres. Il le reconnaissait. Ce n'était pas qu'il était égoïste, c'était qu'il ne savait pas faire autrement. Regulus avait toujours été entouré mais jusqu'à l'arrivée de Padfoot, personne n'avait jamais vraiment pris soin de lui.
S'il était autant impliqué pour la cause animale, c'était parce qu'il était admiratif et curieux. Mais il ne s'agissait pas que de ça. Les animaux et même les êtres magiques, contrairement aux humains ou aux sorciers, ne mentaient pas et ne possédaient aucun des vices des humains. Ils pouvaient aimer d'un amour inconditionnel et ne jamais trahir. Ils menaient leurs vies de manière simple sans chercher à tromper, à s'enrichir ou à faire du mal. Ils étaient également capables d'accomplir tellement de choses alors que les hommes, malgré leur pouvoir, restaient fragiles et limités.
L'attaque de Poudlard l'avait prouvé.
Mais pour une fois depuis longtemps, Regulus avait envie de s'investir auprès de quelqu'un, d'essayer de comprendre Erd.
-Bonjour, répéta-t-il.
L'adolescent sursauta et le regarda, les sourcils froncés. Il finit par lui répondre mais d'une toute petite voix. Son regard s'attarda ensuite un instant sur Fumseck lorsque le phénix s'installa sur une des places libres, perché sur un siège et observant le paysage.
Regulus s'installa face au 2ème année et l'observa. Il voulait lui demander comment il allait, comment ses parents avaient réagi face à sa situation, s'il n'appréhendait pas le retour à Poudlard. Et tant d'autres choses encore ! Mais devant l'attitude méfiante du 2ème année, il n'osa rien dire et se contenta de rester assis à côté de lui en silence. Il espérait qu'au moins, par ce geste symbolique, Erd comprendrait qu'il n'était pas seul, qu'il pouvait lui parler au besoin.
xXx
Severus jeta un coup d'œil rapide à la Grande Salle. Celle-ci n'avait plus rien à voir avec celle qu'il connaissait. Seulement trois tables de taille moyenne occupaient l'espace et il n'y avait plus les emblèmes ni les couleurs des quatre maisons. Autour de lui, il entendait les autres élèves faire le même constat et commenter. Ils étaient tous perdus, ne sachant pas ce qu'ils devaient faire ni où s'asseoir.
Pour cette reprise de cours, les élèves n'avaient eu que très peu d'informations. Seulement la date et l'heure ainsi que la nouvelle répartition des dortoirs étant donné qu'ils étaient moins nombreux. Même pour les classes et les emplois du temps, ceux-ci ne leur étaient pas parvenus. De quoi en questionner plus d'un. Severus avait vite compris, et cela se confirmait avec la Grande Salle, que tout Poudlard allait changer et qu'il devrait vite s'y faire.
Voyant qu'ils étaient perdus, une voix forte retentit pour les orienter. Il s'agissait de Minerva McGonagall qui faisait également son entrée dans la pièce.
-Chers élèves, Poudlard vous souhaite de nouveau la bienvenue. L'habituel discours de reprise de cours va pouvoir avoir lieu et il sera ensuite suivi du dîner. Je vous invite donc à vous installer où vous le souhaitez, les places sont libres. Vous n'avez pas d'inquiétude à avoir, tout vous sera expliqué en temps et en heure, débita-t-elle en marchant jusqu'à la table des professeurs.
Severus la regarda évoluer, suspicieux. La directrice de la maison des lions lui avait paru étrange, presque résignée, peu concernée. McGonagall avait toujours été une enseignante dure, mais juste et impliquée auprès de ses élèves. Alors que là, son discours avait été distant. Elle ne les avait même pas regardés. Que se passait-il, bon sang ? Pressé d'avoir des informations, le Serpentard s'exécuta, saisissant la chaise à ses côtés et s'y installant. D'autres l'imitèrent, toujours aussi perdus, puis petit à petit, tout le monde finit par prendre place. Le brun observa les gens autour de lui et remarqua au loin Lily entourée de la plupart de ses amis. Frank et Marlene n'étaient pas là. Avaient-ils décidé de ne pas revenir finalement ?
C'était fort possible et chacun était libre de faire comme il le souhaitait. Malheureusement, Severus lui ne pouvait faire l'impasse sur Poudlard. Il avait besoin d'un tremplin pour pouvoir s'assurer un avenir. Dans quelques semaines à peine, il aurait un entretien avec un maître potionniste. Il fallait qu'il s'entraîne et étudie assidûment pour pouvoir réussir. Poudlard était le seul environnement qui pouvait lui fournir le matériel et la connaissance pour préparer son avenir.
Et puis, il y avait Lily aussi. Jamais Severus ne renoncerait à un seul instant avec elle. Il pouvait le dire à présent, ce qui s'était passé à Poudlard avait fragilisé leur relation. A la cérémonie, il n'avait pas reconnu sa Lily. Pourtant, il ne pouvait lui tenir rigueur de ses mots. Elle les avait prononcés à cause de la douleur. La distance et le silence qui avaient suivi étaient de leur fait à tous les deux. Chacun avait eu besoin de prendre du temps pour soi, respirer et digérer. Mais à présent, ils pouvaient se retrouver et Severus était bien décidé à aider sa petite-amie, à la retrouver. Elle avait besoin de lui et il était prêt à faire tous les efforts du monde.
Il y eut finalement du mouvement vers la table des professeurs et de l'agitation parmi les élèves. Severus s'y intéressa également. Ils allaient enfin savoir ce qui se passait. Il observa les enseignants prendre place. Ils étaient tous là, même Hagrid, alors qu'il n'était que garde-chasse. Enfin, tous sauf un. Dumbledore brillait par son absence. A la place qu'il aurait dû occuper se trouvaient deux femmes.
Une petite blonde, la trentaine, qu'il reconnut tout de suite : Amélia Bones, une figure qui montait depuis peu au Ministère. En ces temps de crise, elle était la seule à garder une côte de popularité au plus haut. Elle était aussi connue pour avoir fait un bon parcours lors du Tournoi de duels il y a deux ans. Dans sa famille, il y avait également beaucoup d'Aurors talentueux. A ses côtés, son exact opposé, une grande brune à l'air froid. Severus ne la connaissait pas, mais il se dégageait d'elle une aura puissante et ferme.
Que faisaient-elles à Poudlard ? Étaient-elles à l'origine des changements ? Où était Dumbledore ? Severus était circonspect. Il craignait que ces deux femmes soient deux envoyés du Ministre. Si c'était le cas, leur mission était sûrement de se mêler du travail de leurs professeurs et d'imposer aux élèves des règles qu'ils ne pourraient suivre. Des règles strictes, une ligne de conduite exemplaire à suivre pour pouvoir au plus vite redorer le blason de l'école. Montrer que les politiques géraient bien la situation. Que cette attaque les avait atteints, mais qu'ils restaient néanmoins debout. Severus craignait qu'on leur en demande trop, alors que la plupart ne s'était pas encore remis de l'attaque. Beaucoup en était encore au stade d'accepter ce qu'il s'était passer. Severus ne savait pas bien ce qui lui faisait penser tout ça, probablement tous les changements apporter à Poudlard qui ne pouvait être signe que de renouveau.
-Bonjour à tous, commença Amélia Bones. Je suis sûre que vous devez tous être très curieux alors laissez-moi mettre fin à votre supplice. Pour cette fin d'année, Poudlard fait peau neuve. C'est une mesure nécessaire pour pouvoir tenter d'avancer et laisser derrière nous la tragédie de l'attaque. Les règles de l'école seront différentes, son fonctionnement également. Tout cela dans le but de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Vos professeurs et votre psychomage seront bien entendu toujours les mêmes et rempliront leurs rôles avec application, celui de vous enseigner tout le savoir qu'ils possèdent et faire leur possible pour que vous obteniez vos ASPICS lors de votre dernière année. Et bien entendu, vous aidez à grandir, être là pour vous et vous accompagnez vers le dur chemin qu'est la vie d'adulte.
Elle fit une pause et regarda sa collègue brune. Severus était troublé. Il craignait de comprendre quel était le rôle de ces deux femmes. A côté de lui, des 4èmes année chuchotaient sur l'identité de la brune et sur Dumbledore. Plus personne n'avait entendu parler de lui après la cérémonie d'adieu.
-Je suis Elvi Mundock, se présenta la brune avec un fort accent russe. A partir d'aujourd'hui, je serai la co-directrice de Poudlard.
-Je suis Amélia Bones, je serai votre deuxième co-directrice, approuva sa collègue.
-Nous dirigerons à présent à deux cette école de magie. Nous sommes à l'origine de tous les changements que vous avez déjà remarqués et de ceux à venir, expliqua Elvi. Des règles strictes seront à respecter pour le bon fonctionnement de Poudlard en plus de celles déjà existantes. Nous ne laisserons rien passer. Finies les escapades nocturnes et les petits tours des idiots écervelés. Poudlard est une école, mais également une communauté où il vous faut apprendre à vivre ensemble. Des avantages et des punitions seront distribués par vos professeurs mais également par tout le personnel de l'école.
-Nous ne ferons pas cette année de coupe des maisons pour des raisons évidentes. Un classement des élèves toutes années confondues sera organisé à la place. Il est d'ores et déjà disponible dans le hall et ce sera probablement une idée qu'on maintiendra l'année prochaine.
L'année prochaine… Bones signifiait ainsi qu'il faudrait également compter sur elles par la suite. Severus assimilait au compte-goutte toutes ces informations. C'était sans doute trop pour lui, il avait du mal à réagir.
-Le meilleur élève à la fin de chaque année se verra offrir un cadeau exceptionnel pour récompenser ses résultats. Pour cette année, il s'agit d'un voyage immersif de trois jours auprès d'une tribu de vélane, annonça fièrement Bones.
Il y eut des exclamations de joie et d'excitation. Surtout de la part des garçons. Severus n'était pas particulièrement emballé, mais il reconnaissait tout de même que le jeu en valait la chandelle. Si la plupart des idiots à ses côtés s'imaginaient juste passer plusieurs jours auprès de belles créatures, il ne s'agissait pas que de ça. Les vélanes étaient de puissantes créatures magiques, difficiles à approcher et encore méconnues. Les traditions, la hiérarchie, leurs pouvoirs, mais également des ingrédients bien spéciaux qui rentraient dans l'élaboration de potions souvent difficiles à obtenir. Ou simplement leur histoire très ancienne et si envoûtante.
-Vous vous imaginez bien que les punitions seront à la hauteur des récompenses, rappela Elvi. Poudlard va changer alors faites-vous-y vite ou il sera difficile pour vous de rester.
Un froid accompagna la déclaration de la brune. La blonde se racla alors la gorge et tenta un sourire.
-Bon appétit !
Sur ces mots, la nourriture apparut sur les tables.
xXx
Cela faisait tout juste deux jours que les cours avaient repris et Remus ne savait encore que penser de la nouvelle organisation de l'école. Presque tout avait changé. La répartition des maisons ne semblait plus avoir beaucoup d'importance, elle restait simplement symbolique. Dans les classes, ils étaient regroupés par année, mais surtout par niveau et les cours étaient axés sur leurs capacités et leurs lacunes. Ce qui n'étaient pas plus mal, cela permettait aux élèves un peu en retard ou qui avaient plus de mal d'apprendre à leur rythme. Cela permettait également aux professeurs de préparer des cours plus adaptés.
Le problème était que cela donnait des groupes de classes déséquilibrés. La classe plus avancée à laquelle il appartenait comptait seulement 7 élèves alors que la dernière en comptait 26. De plus, compte tenu de la différence de niveau, leurs devoirs n'étaient pas les mêmes et leurs notes comptaient double pour le classement. Autrement dit, pour espérer obtenir la récompense, il fallait déjà réussir à monter dans le premier groupe. Chaque élève pouvait en faire la demande et il était alors soumis à un examen écrit puis oral.
Et le plus gros problème était bien sûr que Remus ne pouvait même pas être avec Sirius ! Le Gryffondor avait les capacités pour être dans le premier groupe, mais peu sérieux dans les études, il n'avait jamais fait de réels efforts. Il se contentait d'avoir la moyenne pour ne pas avoir à bosser plus que prévu et Remus était un peu énervé contre lui. Il lui avait dit qu'il fallait vite qu'il fasse une demande pour qu'il soit dans le même groupe. Malheureusement, Sirius n'avait pas eu l'air pressé, ni vraiment d'en avoir envie.
« On verra », avait-il seulement dit.
Remus imaginait très bien que le 2ème groupe lui convenait : les devoirs n'étaient pas trop durs, juste assez compliqués pour montrer ses capacités et se rassurer quant aux ASPICS, mais pas assez pour lui prendre beaucoup de son temps libre.
Fichu Sirius ! Il ne changerait jamais !
Depuis ce qu'il s'était passé au début du mois, Remus avait du mal à être séparé de son petit-ami. Pourtant, il ne voulait pas se montrer étouffant et il imaginait très bien que Sirius, au contraire, avait besoin de respirer. Peut-être qu'être dans des groupes différents n'était pas plus mal, même si ça ne lui faisait pas plaisir.
En tout cas, c'était encore une journée où il ne pourrait pas voir Sirius avant la fin des cours. Le midi, ils devaient en effet manger avec leur groupe. Au final, Remus ne pouvait retrouver ses amis, les gens de sa maison et son petit-ami qu'en fin d'après-midi. Heureusement, il avait encore le petit-déjeuner, le dîner et la soirée pour profiter d'eux. Dans son groupe, il ne connaissait réellement que Lily, Dorcas et Severus. Les autres étaient de vagues connaissances ou même des personnes à qui il n'avait jamais adressé la parole.
Isabel, sa meilleure amie, lui manquait. Elle était dans le même groupe que Sirius et il savait que contrairement au brun, elle aurait du mal à monter.
Il voulait passer du temps avec elle avant les cours. Il se dépêcha donc de se préparer. Il retrouva ainsi son amie en sortant de ses dortoirs. Ils quittèrent leur salle commune et se dirigèrent vers la Grande Salle. Ils passèrent dans le hall où le classement qui était déjà accroché. Les notes ne faisaient pas tout. Les bonnes actions, comme seconder des professeurs dans des missions scolaires, ou la discipline et la bonne tenue du dortoir ainsi que les travaux personnels pouvaient jouer, tout comme les manquements au règlement. Le règlement était d'ailleurs aussi accroché dans le hall, ainsi que dans les dortoirs et dans la Grande Salle.
Ce qui gênait vraiment Remus, c'étaient bien ces fichues règles.
-Il est interdit de sortir de son dortoir après le couvre-feu.
-Si un élève obtient plus de trois notes en dessous de la moyenne dans l'année, il redoublera.
-Les relations amoureuses doivent rester discrètes, les démonstrations d'affection dans les lieux publics sont strictement interdites.
-Les punitions sont à la convenance de l'autorité enseignante et du personnel. Tout manque de respect à l'autorité fera l'objet de sanctions graves.
-Une fouille des dortoirs sera mise en place de manière aléatoire.
-Toute triche sera punie d'un renvoi immédiat des élèves concernés.
Remus n'aimait pas ce règlement. Pas qu'il soit contre les règles car elles permettaient aux gens de vivre en communauté. Le problème était cette impression qu'aucune erreur n'était permise et de faire peser des sanctions à chaque faux pas. Sans oublier cette compétition intense qui s'était installée avec l'affichage et la mise à jour du classement. Bien entendu, c'était également le cas à l'époque de Dumbledore, mais ce n'était pas pareil. Avant, il s'agissait d'une compétition entre les maisons où on pouvait se soutenir et apporter chacun sa pierre à l'édifice, combler les lacunes de certains et s'encourager. Dans une compétition individuelle, on ne développait pas d'esprit d'équipe. On était seul et face à l'appât du gain, on trouvait peu de soutien, surtout qu'avec le travail individuel que chacun avait à fournir, les élèves disposaient de peu de temps pour les autres.
Les fouilles aléatoires gênaient aussi le Poufsouffle. Elles n'avaient pas lieu d'être. Le dortoir était leur espace personnel et les adultes ne devaient pas pouvoir y entrer sans leur autorisation. C'était une question de confiance. C'était leur chambre, un endroit intime et probablement le seul où ils pouvaient être vraiment eux-mêmes.
Et puis, qu'espéraient-ils y trouver ?
A part empêcher Sirius de préparer de nouvelles frasques, il ne voyait pas bien. Cela dit, sans James, le châtain n'était pas sûr que le Gryffondor soit si actif.
Et puis, avait-il besoin de parler de la règle sur la discrétion amoureuse ? Même si Sirius et lui étaient déjà obligés de s'appliquer cette règle, même s'ils pouvaient se prendre dans les bras et se montrer proches l'un de l'autre, il restait un couple d'homme. C'était toujours moins facile de s'embrasser en public ou de se tenir la main sans attirer des regards. Tant qu'ils restaient plus ou moins ambiguë, cela jouait en leur faveur. Après tout ils ignoraient comment les élèves, le personnels et les professeurs pouvaient réagir. Il n'y avait pas eu trop de réaction concernant le supposé « couple » Evan et Regulus. Du moins Regulus ne s'était pas épanché dessus.
De plus, le Poufsouffle sentait que le Gryffondor n'avait pas envie plus que ça de lancer une révolution quelconque. Pas pour avoir le droit de l'embrasser à la vue de tous en tout cas. A part les câlins, Sirius ne semblait pas accepter plus de rapprochement physique de sa part. Remus s'en fichait pour l'instant, Sirius avait sans doute besoin de temps pour pouvoir de nouveau être totalement à l'aise avec lui, à retrouver une vie normale. Pour les autres couples qui ne rencontraient pas de problèmes, Remus ne trouvait pas ça juste pour eux.
Remus savait bien qu'il n'était pas le seul à ne pas être enchanté par toute cette surveillance, cette recherche de l'excellence, mais personne n'osait trop rien dire. Poudlard venait de rouvrir, ce qui relevait en soit du miracle. Il fallait attendre de voir comment cela allait marcher. Et puis, il était évident que Poudlard devait changer pour qu'une telle tragédie ne puisse pas se reproduire.
Il ne servait à rien de regretter Dumbledore. Il n'était plus là et chacun avait dû s'y faire. Néanmoins, il manquait à Remus. Sans lui, l'école de Poudlard n'était plus la même.
-A quoi tu penses ? lui demanda Isabel alors qu'ils entraient dans la Grande Salle pour petit-déjeuner.
-A rien, sourit Remus.
Ils rejoignirent Sirius et ses amis de Gryffondor. Le brun sourit au blaireau et s'installa près de lui. Remus observa ses yeux gris pétillants et se persuada qu'aujourd'hui encore, tout irait bien.
xXx
Moins d'une semaine après la reprise des cours, James continuait d'essayer de s'habituer à être seul, à réaliser qu'il ne serait peut-être pas diplômé. Bien entendu, ses parents avaient commencé à se réunir avec d'autres parents pour soumettre l'idée de faire passer les Aspics en candidat libre au rectorat et au ministre de l'Éducation. Mais rien ne leur certifiait qu'elle serait prise en compte. James voyait que c'était important pour eux d'essayer. Lui ne savait pas bien quoi faire de ses journées. Pas grand-chose à vrai dire. Il se sentait assez seul. Au moins, Fumseck était avec lui car Regulus l'avait renvoyé en catastrophe en découvrant que Dumbledore n'était plus là.
Regulus ignorait si Fumseck pourrait revenir à l'école de magie. En plus de l'organisation, il fallait que les deux nouvelles directrices valident son arrivée. James savait que cette situation frustrait Regulus. Le Serpentard était supposé prendre soin de lui et voilà que James se retrouvait obligé d'occuper ce rôle. En soit, cela ne le gênait pas, mais Fumseck n'appréciait pas qu'il le côtoie de trop près. Probablement un des effets de sa transformation. Il ne s'entendait plus forcément très bien avec les autres espèces. Il espérait seulement que sa chouette n'allait pas soudain se mettre à le rejeter ! Pour l'instant ça allait, même si elle lui jetait parfois des regards méfiants, il l'avait depuis 7 ans, leur relation de « confiance » ne pouvait disparaître du jour au lendemain.
En cette rentrée, James avait appris que les changements étaient nombreux à Poudlard. Celle sur le changement de direction était sans doute la plus grande.
En à peine une semaine, les Black et lui s'étaient envoyé une quantité énorme de lettres. James n'avait pas grand-chose à dire mais Sirius et Regulus si et ça lui allait très bien. Ils lui avaient surtout parlé du nouveau Poudlard, de ces co-directrices, des cours et de l'ambiance générale. James était partagé. Il avait à la fois envie d'y être pour le voir de lui-même, et il était en même temps soulagé de ne pas être surveillé et contrôlé. Mais ils n'avaient pas parlé que de ça.
Ils avaient également évoqué le sujet Frank Londubat.
James avait été réellement attristé de savoir que Frank n'avait pas pu retourner à Poudlard. Mais sans Alice, comment aurait-il pu se sentir bien ? Chaque endroit le lui aurait rappelé. Sirius et lui s'inquiétaient pour l'ancien gardien. Déjà après l'attaque, il n'avait pas été très loquace, répondant très peu à leurs lettres. Et puis, à la cérémonie, il avait eu l'air si apathique, incapable de lever la tête, ni même de parler pour Alice. Son regard avait été terne, éteint.
James avait promis à Sirius qu'il essayerait d'aider Frank mais pour l'instant, l'ancien Gryffondor n'avait répondu à aucune de ses lettres. James ne savait pas s'il devait encore attendre ou tenter directement une approche. Il ne voulait pas brusquer son ami. Il imaginait bien que Frank n'était pas encore prêt. Il lui fallait faire son deuil et personne n'avait le droit de lui reprocher de mettre trop de temps pour se remettre de la perte d'Alice.
James n'avait encore jamais perdu d'être proche et c'était quelque chose que Frank pourrait lui reprocher : ne pas le comprendre. Alice avait compté pour lui, mais sa peine n'était rien en comparaison de celle du lion. Pourtant, James aussi souffrait. Alice lui manquait. Surtout depuis qu'il avait décidé de la voie qu'il allait suivre à présent. Il y avait réfléchi des jours durant et même s'il n'était pas certain, il pouvait toujours se lancer. Si ça ne marchait pas, ce n'était pas la mer à boire. Il était un tout jeune actif et il montait sa première affaire, il aurait le temps d'en monter d'autres et de connaître la réussite si jamais le succès n'était pas au rendez-vous dès le début. James voulait être libre et faire ce qu'il aimait. Expérimenter lui donnerait de l'expérience. Et puis, il avait du temps à perdre !
Se tromper lui faisait moins peur qu'avant. A vrai dire, il était même impatient et excité. Il voulait voir s'il était capable de réussir, jusqu'où il pourrait aller. Mais surtout, James voulait voir s'il serait en mesure d'aider et d'informer les gens, comme lui en avait eu besoin à une époque. Détenir une information était avoir du pouvoir. Cela menait à la connaissance et permettait également d'être mieux armé pour pouvoir affronter ce que la vie réservait.
James ne cherchait pas le profit. Il était sûr qu'il aurait tout juste de quoi vivre, mais ce n'était pas son objectif premier. Il avait la chance de faire partie d'une famille fortunée, de ne pas être dans le besoin. Cet avantage lui offrait un plus grand choix pour faire ce qu'il désirait réellement. De plus, il aurait également l'avantage de pouvoir être libre en étant son propre patron, de voyager comme il le désirait. Il avait vraiment envie de se lancer dans cette voie et ce n'était pas une décision prise sur un coup de tête. Il allait simplement devoir le faire comprendre à ses parents…
Il redoutait un peu ce moment. Malheureusement, il n'avait pas le choix. Il avait besoin de leur soutien. L'ancien Gryffondor ignorait comment fonctionnait le monde du travail, ses parents feraient de bons conseillers. Et puis, s'investir dans son tout nouveau projet l'aiderait à ne pas trop se sentir seul ni à penser à Poudlard. Tous ces nouveaux changements l'inquiétaient assez et cela devait être encore plus bouleversant pour les étudiants, mais il ne pouvait rien y faire.
Par-dessus tout, James ne pouvait s'empêcher de penser à Regulus et s'inquiéter pour lui. Le Serpentard ne s'était pas livré sur ses sentiments dans ses lettres, et ce malgré toutes les perches que James lui avait tendues. Le brun lui avait tout de même fait promettre de se reposer sur lui quand ça n'allait pas, et même quand ça allait. James ne savait pas trop quoi penser. Dans ses lettres, Regulus ne laissait rien paraître. Parfois, l'ancien préfet se demandait si Regulus avait encore en mémoire la conversation qu'ils avaient eu lorsqu'il était revenu de chez ses parents.
C'était dur d'être loin de la personne qu'on aimait, surtout quand celle-ci vivait des moments difficiles. Regulus avait contacté Maugrey qui l'avait orienté vers un enquêteur spécialisé pour les abus qu'avait subi Sirius et les maltraitances que leur avaient infligées Orion et Walburga toutes ces années. Un rendez-vous était programmé au début du mois prochain et les deux frères devraient y assister tous les deux. Si l'enquêteur jugeait qu'ils avaient assez d'éléments, il lancerait ensuite une procédure et les frères Black devraient alors prendre un avocat et se préparer pour un procès.
Pour l'assassinat du moldu, Maugrey et deux autres de ses collègues étaient sur l'affaire et se relayaient pour obtenir des preuves. Ces deux affaires se traitaient de manière indépendante, mais étaient pourtant intimement liées.
Il n'y avait pas que Regulus qui gardait sous scellé ses émotions, Sirius aussi le faisait. Et il était très fort à ce jeu-là. James ne pouvait pas dire que ses sourires n'avaient pas l'air sincère, qu'il n'avait pas l'air plus serein, plus épanoui. Mais justement, après ce qu'il avait vécu, cela paraissait bien trop beau pour être vrai. Mais peut-être qu'il se trompait. Après tout, personne ne réagissait de la même façon aux mêmes événements.
Peut-être que c'était lui qui se prenait trop la tête.
Poudlard lui manquait énormément. James n'aurait rien pu faire de plus en étant au château et aurait même probablement mis ses camarades en danger mais Poudlard représentait la vie, l'aventure, l'amusement. Alors que chez lui, il s'ennuyait la moitié du temps. Pour ne pas flancher et se montrer morose, le lion se rassurait sur la partie logique de sa décision. Dumbledore n'était plus à Poudlard, les deux nouvelles co-directrices ne lui auraient probablement pas permis de rester. Cacher sa condition lui aurait demandé trop de sacrifices.
C'était mieux comme ça. Là, il n'avait qu'une chose à faire : se concentrer sur la création de son magazine !
Prêt à se lancer, l'ancien Gryffondor sortit de chez lui pour aller trouver ses parents dans le jardin. Celui-ci était immense, tout comme leur demeure, et magnifiquement fleuri. Dans le fond du jardin, il y avait même des arbres fruitiers et James avait passé du temps enfant allongé dans l'herbe, profitant de l'ombre et mangeant quelques fruits avec gourmandise à son réveil.
James pouvait comprendre pourquoi ses parents aimaient y passer autant de temps.
-Ça va, mon fils ? lui demanda son père à son arrivée.
James acquiesça et remonta ses lunettes dans un geste nerveux, ne sachant pas comment aborder le fameux sujet avec ses parents. Il redoutait que ceux-ci s'emballent car cela leur arrivait bien trop souvent.
Sa mère, qui venait de terminer d'arroser magiquement les fleurs, s'approcha alors de lui tandis que son père le regardait.
-Oui, oui, tout va bien, dit-il pour que ses parents ne s'inquiètent pas davantage.
-Tant mieux. Pendant un instant, j'ai eu peur qu'il y ait un problème, admit sa mère.
-Mais non, contra-t-il.
-Tu n'aurais pas dit la même chose si tu avais vu ton visage, rigola son père.
James grimaça, c'est qu'il était plutôt nerveux. Il prit une grande inspiration pour tenter de se donner du courage. Il avait l'attention de ses parents, ce n'était pas le moment de faire machine arrière. Et puis, peu importe comment il y réfléchissait, il n'y avait pas mille façons de dire ce qu'il avait à dire. L'ancien Gryffondor se racla la gorge, puis se lança.
-J'ai quelque chose à vous dire, commença-t-il.
Il attendit un instant que ses parents comprennent et entendent le sérieux de sa voix. -Euh…on avait parlé il y a quelques jours de mon avenir et je vous ai dit que je souhaitais travailler.
James se détestait d'avoir l'air si peu sûr de lui. Il ne devait montrer aucune faille pour convaincre ses parents, il le savait. S'il se montrait trop hésitant, il se laisserait encore influencer et finirait par faire quelque chose qui ne l'inspirait pas vraiment. Comme passer ses ASPICS. Mais pour ce sujet, il était trop tard pour revenir en arrière. Quelque part, il comprenait même pourquoi ses parents insistaient autant.
-Je comprends mieux pourquoi tu prends ce ton si solennel, fit sa mère. Mais i peine quelques jours, tu ne savais pas encore ce que tu voulais faire.
-Hé bien, j'ai pris ma décision.
-Si vite ? s'étonna son père. N'est-ce pas un peu précipité ? Il vaut mieux que nous regardions d'abord les activités professionnelles qui te tentent et que tu pourras faire sans trop de difficultés. Ensuite, tu pourras faire des stages et te décider.
-Ton père a raison, James. Ne sois pas trop pressé. De toute façon, avant toute chose, il faut que tu obtiennes ton diplôme de fin d'année. Si tu as l'impression de tourner en rond, tu peux toujours donner un coup de main à ton père avec son entreprise de produits capillaires.
Son père acquiesça, apparemment tenté par l'idée, mais James eut un sourire embarrassé. Voilà que ses parents recommençaient…
-Ce n'est pas vraiment dans mes plans, je veux réussir par moi-même, rappela-t-il. Je sais que vous vous inquiétez mais il ne faut pas. J'ai confiance en moi, mon projet va marcher.
Euphémia et son mari échangèrent un regard.
-De quoi s'agit-il ? demanda Fleamont.
-Je vais créer un magazine.
Fleamont et Euphémia échangèrent encore un regard, mais l'enthousiasme commençait à être là. James sourit plus franchement, excité à l'idée de leur partager son projet.
-Un magazine ? Mais c'est génial, James, et ambitieux ! Tu peux y arriver si tu es épaulé. As-tu déjà une idée de ta ligne éditoriale ? A moins que tu ne comptes en acheter un ? Être propriétaire d'un magazine serait aussi une bonne idée… Ton père et moi te soutiendrons financièrement, lui assura aussitôt sa mère.
-Merci, ça me rassure car je vais avoir besoin de vous. Je me lance dans un gros projet ! admit-il. Je vais faire un magazine qui parlera de sexualité, d'identité et de romance. Je réserve également une grande place à la prévention. J'ai déjà plein d'idées en tête ! En plus, il n'y a pas beaucoup de propositions sur le marché alors si je me débrouille bien, je peux cartonner. Alors, vous êtes avec moi ?!
James vit peu à peu l'enchantement quitter le regard de ses parents, mais il garda son enthousiasme.
-Quoi ?! s'étrangla finalement son père.
Sa mère semblait elle incapable de dire un mot de plus et soudain, l'ancien joueur de Quidditch comprit mieux pourquoi ses parents ne s'étaient jamais attardés sur l'éducation sexuelle avec lui. Le pire était que leur gêne commençait à l'atteindre. A présent que James s'était confié, il ignorait comment poursuivre cette conversation.
-Ce n'est pas du tout ce à quoi vous pensez, ajouta-t-il, les joues rouges..
Il ignorait à quoi pensaient exactement ses parents mais il était sûr qu'ils étaient complètement dans le faux. Il pouvait le voir à leur air inquiet, presque affolé.
xXx
-Vous n'avez pas réussi, répéta Maugrey, sous le choc.
L'information transmise par son collègue lui fit un coup au moral. Il savait qu'obtenir le papier qu'avait exigé Marlene pour parler serait difficile. C'était bien pour cette raison qu'il ne s'y était pas risqué. Dawlish, bien plus expérimenté et respecté dans le milieu, était en plus dans les petits papiers du ministre de la Défense. C'était pour ça qu'il l'avait sollicité. Apprendre que même lui avait échoué le déstabilisait.
L'Auror avait pourtant été sûr de son coup, il avait même baladé la Serdaigle durant des jours en affirmant que c'était en bonne voie et qu'elle-même avait intérêt à respecter sa part du marché. Ils avaient entretenu de nombreux échanges depuis et petit à petit, l'Auror s'était fait moins sévère envers la jeune femme. A présent, il voulait entendre ses explications pour se faire un avis. Que s'était-il passé pour que la Serdaigle bascule et accepte de déclencher une telle catastrophe ? Maugrey avait en plus appris qu'elle avait arrêté ses études à Poudlard.
Une partie de lui se demandait si le discours qu'il lui avait servi la dernière fois qu'ils s'étaient vus avait fait mouche. Marlene n'avait pas le profil d'une dangereuse criminelle, la culpabilité la rongeait. L'Auror avait pu le constater et si elle n'arrivait plus à faire bonne figure, ses amis se rendraient vite compte que quelque chose n'allait pas. En creusant, peut-être même arriverait-il à découvrir ce qui lui gâchait la vie. On ne pouvait vivre éternellement avec un secret, surtout si on n'avait pas les épaules pour le supporter.
Il était plus facile de mentir à des inconnus qu'à des proches.
Marlene était mûre, ses confidences prêtes à être cueillies. Maugrey ne pouvait pas échouer maintenant.
-Merde ! ragea soudain l'Auror. On se démène comme des fous, ils pourraient au moins nous soutenir un peu !
Il soupira ensuite.
-Qu'est-ce qu'on va faire ?
Dawlish esquissa un sourire résigné.
-Tu sais, Maugrey, dès tes débuts, j'ai su que tu deviendrais un Auror exceptionnel. Tu n'es pas avide de gloire et tu as une éthique, tu fais du super boulot et possède une bonne intuition.
Le mentor de Maugrey sortit un papier de sa poche et le tendit à son collègue. Celui-ci le prit, surpris. Il parcourut rapidement le document du regard et écarquilla les yeux. Il n'y comprenait plus rien. Il s'agissait du fameux papier.
-Je croyais…
-Il s'agit du papier officiel, signé avec le sceau du ministre de la Magie. Il est valide. L'Auror soupira.
-Néanmoins, il ne provient pas du Ministre, celui-ci n'a pas voulu donner son accord malgré tous mes efforts. J'ai donc profité d'une de ses absences pour pouvoir récupérer ce dont j'avais besoin.
-C'est insensé ! s'écria Maugrey.
Même lui n'aurait jamais osé faire ça… Enfin, peut-être.
-Si ça se sait, je perdrais mon poste et ma licence, je risque gros, reconnut Dawlish. Mais si j'ai décidé malgré tout de prendre le risque, c'est parce que j'ai confiance en ton jugement et je crois également que cette fille peut nous révéler bien des choses.
-Je ne sais pas si elle acceptera de parler, douta soudainement Maugrey.
-Elle le fera, affirma son mentor. Le papier est valide, je suis le seul qui risque quelque chose. On lui expliquera la situation en lui rappelant d'être discrète. Peu importe les raisons qui l'on poussé à faire ce qu'elle a fait, aux yeux de la loi, si les faits sont avérés, c'est une criminelle. Elle a joué sa dernière carte avec cette proposition, elle ne peut plus rien tenter à présent.
Maugrey acquiesça.
Il était admiratif de l'état d'esprit de Dawlish. Il aurait aimé être aussi calme, mais était de nature trop impulsive. Il était jeune et devait encore s'améliorer. La confiance que son mentor plaçait en lui, jamais il ne la trahirait. Il ne pouvait pas. Pas quand Dawlish faisait partie des rares personnes à reconnaître son travail et son talent.
Ils étaient deux dans l'histoire et donc, il ne pouvait pas le laisser seul affronter les conséquences. Si jamais ça devait mal se passer, il ne le laisserait pas tomber. Il ne pouvait pas le dire maintenant au plus vieux parce que celui-ci chercherait à l'en empêcher, mais il le ferait. En plus de toutes les qualités dont l'avait loué Dawlish, Maugrey était fidèle.
C'est motivé, mais avec l'impression d'être bien seuls pour éclaircir cette affaire, que les deux Aurors se mirent ainsi en route pour le lieu de rendez-vous qu'ils avaient fixé avec la Serdaigle. Ils transplanèrent. Marlene était déjà là et semblait ailleurs, perdue dans cette immense plaine à l'extérieur de la ville. Avec une bonne vue, il était même possible de deviner l'architecture de la fameuse ville sorcière, Godric's Hollow.
La jeune sorcière était habillée tout de noir, une capuche sur la tête. Ses mains crispées sur sa baguette lui donnaient tout d'une fugitive. Elle était loin de passer inaperçue pour un promeneur. Mais cette allure, sombre et apeurée, était la preuve que Marlene ne contrôlait plus rien et n'allait pas tarder à vriller.
A leur arrivée, elle ne les salua même pas.
-Vous avez ce que je vous ai demandé ?
Maugrey grogna. Cette fille prenait vraiment une mauvaise pente. S'il ne désirait pas autant avoir ses informations, il ne la laisserait pas libre. Son état psychologique était fragile et à ce stade, elle pouvait être un danger pour n'importe qui, mais surtout pour elle-même.
-Oui.
Dawlish sortit le papier et Marlene voulut s'en emparer mais celui-ci se déroba. La Serdaigle fronça les sourcils et commença à se triturer les mains. Sa baguette s'agitait distraitement et dangereusement alors Maugrey garda un œil dessus. Le visage de la jeune sorcière était cerné et pâle. Elle évitait de croiser leurs regards et observait les alentours. Malgré le marché qu'ils avaient passé, elle craignait visiblement d'être trahie et arrêtée.
-Pourquoi vous ne me le donnez pas ? demanda-t-elle, nerveuse.
-Je dois vous expliquer quelque chose avant, fit Dawlish.
Maugrey resta en retrait, silencieux. Pour ce genre de choses, son mentor était bien meilleur que lui. L'Auror était impatient et n'avait qu'une hâte, enfin connaître la vérité. Dawlish continua pour sa part à rassurer la Serdaigle et lui assurer qu'elle ne risquerait rien avec le papier qu'il lui fournirait.
-Vous êtes sûr ? s'inquiéta Marlene.
Elle regarda encore une fois le papier qu'elle avait enfin en mains.
-Nous sommes les seuls à risquer quelque chose, alors que nous n'avons rien à nous reprocher, intervint finalement Maugrey et Marlene le dévisagea, troublée par ses dires.
Elle comprenait ce que cet homme sous-entendait. Dawlish, mal à l'aise, se racla la gorge.
-Bien, nous avons respecté notre part du marché. A votre tour.
Marlene observa encore son papier, celui qui lui promettait une liberté à elle et à sa famille. Maugrey grinça des dents. Une fois sur deux, cette fille l'exaspérait. Est-ce qu'elle comprenait même tout ce qu'elle les obligeait à faire ? Non, bien sûr que non. Elle était bien trop égoïste pour s'en rendre compte.
-Ce n'est plus le moment d'hésiter, s'agaça Maugrey.
Il se fit rappeler à l'ordre par son mentor même si celui-ci partageait son avis.
-Jeune fille, c'est votre dernière chance de faire le bon choix.
Maugrey la vit alors sur le point de craquer. Elle leva les yeux vers le ciel, retenant avec difficulté ses larmes.
-Je vais tout vous dire. Peu importe combien tout ça peut avoir l'air dingue, c'est la vérité. Je ne sais pas tout mais je ne chercherais pas à vous cacher des informations.
-Nous n'avons pas pu nous procurer du veritaserum alors nous n'aurons pas le choix que de vous croire, rappela Dawlish.
Marlene acquiesça, mais elle semblait néanmoins blessée.
Pour autant, il n'y avait pas de place ici pour les états d'âmes. Les deux Aurors étaient ici pour une seule chose et déterminés à l'obtenir.
Voilà, ils y étaient. Ce moment, Maugrey l'avait attendu durant des mois. L'attente avait été insupportable, mais jamais il n'avait désespéré, ce n'était pas son genre. Mais en observant la Serdaigle, il avait l'impression qu'ils s'étaient tous les deux perdus dans cette bataille. Alors que Marlene commençait à livrer sa vérité, l'Auror sentit son cœur battre plus vite, ses sens s'aiguiser.
Il allait avoir la réponse à la question qu'il se posait le plus, et ce n'était pas qui était le coupable : que s'était-il passé exactement ? Pourquoi avait-elle fait tout ça ? Ses proches et ses professeurs n'avaient que des éloges à faire à son égard. Comment une jeune femme si talentueuse, si belle et forte, avait pu devenir cette personne fragile, l'ombre de ce qu'elle avait été un jour ? Il avait mal en la voyant ainsi et il ne comprenait pas d'où venait cette douleur.
Marlene eut du mal à débuter et l'Auror la comprenait. Il devait être difficile de mettre des mots, de tenter d'expliquer l'inexplicable. Mais elle continua, fit de son mieux et petit à petit, cela sembla venir plus naturellement. Le rythme devint ensuite précipité, le débit parfois incompréhensible. Marlene semblait simplement vouloir se débarrasser de ce poids, juste extraire sa douleur. Maugrey l'écouta encore et encore, ne pensant pas à l'interrompre pour la questionner. Il était tout simplement sans voix. Tout semblait si fou.
La Serdaigle accusait Tom Jedusor de l'avoir incitée à faire évader des prisonniers, de manigancer quelque chose de grave et d'être même potentiellement derrière l'attaque de Poudlard. Elle lui mettait tout sur le dos sans jamais parler de ses propres fautes.
Quand les Aurors essayèrent d'avoir plus de renseignements, elle botta en touche. Elle était vague dans ses explications, disait ne pas en savoir plus que ce que l'homme avait bien voulu lui confier. La confiance l'avait empêché de douter de lui, d'être trop curieuse, puis la culpabilité avait pris le relais.
Maugrey ne savait que penser. Il espérait sincèrement ne pas s'être fait avoir.
Pour tout crime, il y avait un mobile et pour l'instant, il ignorait quel pouvait bien être celui du psychomage. Il allait devoir s'intéresser à lui et à son passé pour le déterminer.
Au lieu de les aider à y voir plus clair, Marlene avait sans doute amené plus de mystère encore.
