Chapitre 49 : Le grand méchant loup

Partie 1

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Remus accompagné de ses amis se rendaient à Pré-au-Lard. Les navettes avaient été vite prise d'assaut, cette journée, beaucoup l'avait attendu avec impatience. Il fallait dire que c'était enfin le grand jour. Aujourd'hui, les élèves de Poudlard allaient pouvoir retourner à Pré-Au-Lard. Remus, comme une grande partie des apprentis sorciers, attendait ce moment avec impatience. Ils ne s'y rendraient pas tous, certains parce qu'ils n'avaient pas eu les autorisations parentales, d'autres parce qu'ils ne voulaient pas, craignant les risques qu'ils pouvaient encourir.

Le Poufsouffle ne voulait pas penser à cette éventualité. S'il commençait à réfléchir et à anticiper le moindre danger, il ne ferait plus rien. Il savait ce que c'était que d'avoir peur tout le temps. Il y avait été confronté très jeune après la tentative d'attaque de Greyback. Et puis, sans que ce soit aussi grave, le Poufsouffle avait appris très tôt à être sur ses gardes, ne serait-ce que par rapport à sa sexualité. Il avait toujours plus ou moins redouté les réactions des gens, le traitement qu'on pourrait lui réserver, mais également les jugements.

L'attaque de Poudlard avait été différente car il avait vu la mort de près. Il avait sincèrement pensé qu'il était possible qu'il ne s'en sorte pas. Il avait dû affronter le danger seul, sans possibilité de se cacher derrière quelqu'un. Il avait été engagé dans une bataille pour la survie.

Pour toutes ces raisons, il était déterminé à profiter de chaque occasion que la vie lui donnait à présent. Mais tout le monde ne réagissait pas pareil après des épreuves traumatisantes. Son petit ami respirait la joie de vivre, le bonheur, l'envie et la paix par exemple. C'était perturbant et semblait même trop beau pour être vrai ! Le Gryffondor n'avait pas encore commencé ses séances avec le psychomage, c'était donc dur de croire que le lion allait si bien sans aide extérieure. Mais c'était possible et Remus voulait y croire. Sirius était sérieux à propos de sa santé. S'il allait mal, il le dirait, il en était convaincu. De plus, cela ne pouvait annoncer que du bon : ce secret avait véritablement agi comme un poids l'entraînant dans les abîmes et maintenant qu'il l'avait identifié, Sirius s'en était détaché.

Le Poufsouffle avait tout de même hâte de voir comment le brun se sentirait après ses séances avec le psychomage. Car même si tout semblait aller bien, cela pouvait ne pas durer, ou encore n'être qu'une façade. Ce que le châtain craignait le plus était un contre-coup du même genre que celui qu'il avait traversé après cette sortie à Cardiff.

Remus ne savait pas trop comment se sentir à ce propos. Devait-il être content d'avoir permis à Sirius de pouvoir se libérer de son passé et de surmonter son traumatisme ? Le blaireau ne voyait pas vraiment les choses de cette façon et il n'oublierait jamais l'état catastrophique du lion. Il s'en voudrait probablement toute sa vie pour cette souffrance. De plus, Sirius ne lui avait toujours pas parlé clairement de ce qu'il avait vécu, de ce qui avait causé son état. Remus n'osait pas non plus trop lui en parler de peur de le replonger dans de mauvais souvenirs. Il y avait également la possibilité que le brun n'éprouve jamais l'envie ni le besoin de lui parler de son secret de famille.

Sirius avait évoqué avant la rentrée le fait que ce n'était pas quelque chose dont il voulait discuter avec les autres. Néanmoins, il était d'accord pour voir un professionnel car il savait qu'il en avait besoin et c'était l'essentiel. Les seuls faits dont le châtain pouvait être certain était qu'un adulte avait trouvé la mort au Square Grimmaurd lorsque Sirius et Regulus étaient encore jeunes. La personne en question avait commis des actes répréhensibles et après sa disparition, les Black n'avaient plus reparlé de lui, ni même signalé sa mort.

Sirius l'avait vu mourir et c'était ce qui avait causé son traumatisme. Cette information-là, son petit-ami avait bien voulu la partager avec lui. Pour le reste, il avait discuté avec James et Regulus et avait pu comprendre en quoi ces actes répréhensibles consistaient. Il ne connaissait pas les détails car personne à part Sirius ne pouvait en parler et il ne désirait pas le faire avec eux. Remus pouvait le comprendre. Probablement n'aurait-il pas supporté la vérité. Surtout quand il imaginait qu'une personne avait pu faire du mal à un enfant et que cet enfant était Sirius.

Il lui était arrivé depuis la reprise de Poudlard de pleurer dans son lit la nuit sur le mal qu'on avait fait à cet enfant innocent. Remus pouvait voir les yeux gris de Sirius supplier pour que son calvaire cesse, que quelqu'un l'aide. Remus adorait ses parents et il s'était toujours senti chanceux qu'ils soient si ouverts, si bienveillants. Il avait su dans un sens que c'était presque un privilège ou du moins, il avait pensé que c'était le cas. Finalement, il n'en prenait réellement conscience que maintenant.

Il avait envie de parler de ce qu'il s'était passé avec Sirius. Le Poufsouffle se sentait coupable de se sentir mal mais il n'était pas la victime dans l'histoire. Sirius faisait de son mieux pour aller de l'avant, il était capable de sourire, de profiter de la vie. Remus devait le soutenir et respecter ses choix, l'accompagner vers la guérison et être un pilier pour lui.

Tout ce qu'il pouvait faire pour Sirius, c'était être là pour lui. Revoir James et tous leurs autres amis qui avaient fait le choix de ne pas revenir à Poudlard allait faire du bien à tout le monde.

Il y avait autre chose dont il était sûr et c'était le fait que tout le monde s'était rapproché après ce qu'il s'était passé. Bien entendu, les Serpentard avaient tenté de faire ce qu'ils savaient faire de mieux, rester entre eux et ne compter que sur eux. Mais le nouveau système mis en place par les deux co-directrices les avait empêchés de se replier sur eux, et ce n'était pas plus mal. Cela avait permis aux Serpentards de comprendre que tout le monde les acceptait, qu'ils n'avaient pas besoin de se défendre, que personne ne les considérait comme des ennemis. Ils avaient des divergences d'opinion sur de nombreux sujets, mais ce n'était que secondaire.

Cela n'avait pas d'importance car ils faisaient tous partie de la même famille, celle de Poudlard.

Remus eut un sourire chaleureux en observant Dorcas et Severus parler. Dans leur groupe d'amis, ils étaient tous différents, que ce soit par leurs maisons, leurs âges, leurs caractères ou plus encore leurs valeurs ou leur statut. Pourtant, ils étaient tous amis et s'appréciaient.

C'était important et c'était un trésor inestimable que Jedusor et les fugitifs d'Azkaban n'avaient pas réussi à détruire.

-Pourquoi tu souris comme ça ? lui demanda Sirius.

Remus détourna le regard pour fixer quelques secondes son petit ami.

-Pour rien, bredouilla-t-il. J'étais perdu dans mes pensées.

Sirius sourit plus largement.

-J'ai hâte que notre petite réunion commence. Qui aurait cru que les notre groupe d'amis deviendraient aussi grand ?! Toutes les maisons sont mélangées entre elles, c'est génial !

Le groupe d'amis fit une entrée remarquée aux Trois Balais. Très vite, ils trouvèrent James, assis seul à une immense table, et Remus s'approcha de lui, suivi par les autres qui prirent place.

-Je ne pensais pas qu'on serait aussi nombreux ! J'ai bien fait de demander une immense table !

Sirius vint enlacer brièvement son ami et voulut s'installer à côté de lui.

-Désolé, cette place est pour Mini-Black.

Sirius ouvrit de grands yeux, scandalisé.

-C'est une trahison ! s'insurgea-t-il. Mais comme tu as l'air sur le point de vomir tes tripes et que tu es blanc comme un cul, je ne vais rien dire. En plus, l'un à côté de l'autre, je peux vous appeler fesse gauche et fesse droite, répliqua-t-il d'un air faussement indigné.

James esquissa un sourire, amusé, et son meilleur ami lui tira la langue. Sirius avait raison : James n'était pas beau à voir. Il avait d'énormes cernes sous les yeux et était très pâle. Le châtain savait très bien pourquoi il était dans cet état. La pleine lune approchait à grands pas et le pauvre devait être exténué en plus d'avoir les nerfs à fleur de peau. Peu s'intéressaient à la discussion des Maraudeurs, occupés à regarder le pub comme s'ils y venaient pour la première fois. Remus s'étonna même que Sirius ne soit pas déçu que sa blague n'ait fait rire que lui.

Même James était déjà passé à autre chose.

Il fit ainsi un signe à Regulus qui fronça les sourcils, mais acquiesça. Il tira derrière lui Erd, le 2e année qu'il semblait avoir pris sous son aile depuis la reprise. Le brun ne se formalisa pas de cet invité non prévu et le salua. Il manquait dans la voix de James sa chaleur habituelle, mais ce n'était pas grave.

xXx

Severus ne se sentait pas à l'aise. Il avait l'impression que malgré la joie que chacun ressentait d'être là, personne ne l'était vraiment. Tout particulièrement ce petit Serpentard qui, depuis quelques jours, suivait le 6e année partout avec un air morose. Le Serpentard connaissait plus ou moins sa situation et savait pourquoi l'adolescent était si souvent seul. En toute honnêteté, Severus ne savait pas comment agir avec Erd. Sa condition jouait beaucoup mais au-delà, Severus ne le connaissait tout simplement pas.

Même si la gêne et le malaise du 2e année étaient évidents, ce n'était pas le seul à être perturbé par ces retrouvailles. Pamela, Bhavana et Diane n'avaient pas l'habitude de traîner avec le groupe de Gryffondor et se jetaient des coups d'œil comme pour décider qui allait se lancer la première. Au contraire, Remus et Isabel étaient comme deux poissons dans l'eau.

Cette situation était perturbante. Frank et Marlene n'étaient pas là. Étaient-ils en retard ou n'allaient-ils pas venir ?

-Est-ce qu'on attend encore un peu avant de commander ? hésita Lily.

-Je ne pense pas qu'ils vont venir, souffla Isabel.

Aucun d'eux n'avait de nouvelles de leurs amis qui manquaient à l'appel. Comme s'ils avaient décidé de couper définitivement les ponts avec eux.

-Ça m'arrange parce que j'ai une faim de loup ! lança alors James.

Il esquissa ensuite un faible sourire et Regulus lui jeta un long regard, comme pour le rappeler à l'ordre.

-Est-ce que ça va, James ? demanda Pamela. Tu n'as pas l'air d'aller bien.

-C'est vrai qu'on t'a connu plus rayonnant, fit Bhavana.

-Tu es malade ? demanda Severus qui espérait que l'ancien Gryffondor n'avait pas fait la bêtise de se pointer ici alors qu'il était possiblement contagieux.

-Mais non, c'est juste les symptômes du manque.

Ils regardèrent tous James, curieux.

-Du manque ? releva Lily.

-Le manque de ma moitié !

James tendit la main vers Sirius qui l'attrapa et ils se regardèrent dans les yeux pendant plusieurs secondes en souriant bêtement.

Entre les deux, Regulus soupira bruyamment avant de se prendre la tête dans les mains.

-Vous me fatiguez tellement, murmura-t-il.

-C'est vrai que je n'arrive toujours pas à croire que tu as décidé de ne pas revenir à Poudlard, lança Diane.

-Si on m'avait dit un jour que James et Sirius pourraient se trouver à plus d'une heure l'un de l'autre, se moqua gentiment Lily.

-Tu as bien du courage de les supporter, Regulus.

Severus le pensait sincèrement. Il connaissait bien son ami et se demandait comment celui-ci faisait au quotidien.

-C'est vrai que quand vous êtes ensemble, vous êtes infernaux ! ajouta Pamela.

-Jamie, j'ai l'impression qu'on passe pour des êtres horribles alors que c'est tout le contraire.

-Arrête de te mentir à toi-même, répondit Regulus.

Sirius n'ajouta rien de plus et se contenta de caresser affectueusement les cheveux de son frère qui fit la moue. Severus fronça les sourcils de son côté. Potter ne devait pas être le seul à être malade. En bientôt 7 ans, Severus n'avait jamais vu Sirius agir ainsi, surtout avec son frère.

-Bon et si on commandait à manger ? J'ai toujours faim en ce qui me concerne ! rappela James.

Comme tout le monde acquiesçait, Severus prit son menu. Pour la boisson, il ferait probablement comme tout le monde, une bière-au-beurre. Au moment de passer commande, tout le monde parla en même temps, donnant bien du travail à la pauvre serveuse.

Avant de venir, Severus avait craint de s'ennuyer ou d'être pour une raison ou une autre, mis à l'écart. Mais ce n'était pas le cas. Depuis l'attaque, les gens acceptaient de se mélanger plus facilement et tout le monde semblait plus ouvert. Cela n'aurait pas pu avoir lieu avant, Severus le savait. Ce rapprochement, ce début de paix et d'acceptation entre les sorciers aurait probablement eu lieu un jour, mais l'attaque avait précipité les choses.

Severus observa un instant Lily. La rousse était assise non loin de lui et ne lui faisait pas tout à fait face. Le Serpentard avait l'impression que ce qu'il s'était passé à Poudlard avait gâché à tout jamais la relation qu'il avait avec elle. Malgré toute la bonne volonté du monde, il n'arrivait pas à se rapprocher d'elle, à l'apaiser, à passer cette barrière, cette colère que la rousse semblait ressentir constamment. Le brun ignorait si Lily agissait ainsi seulement avec lui ou si ses amis avaient droit au même traitement. Il avait envie d'en discuter avec Dorcas ou Sirius, qui étaient très proches de la rousse, mais il ne s'en sentait pas le courage. Il n'était pas proche d'eux et concernant le Gryffondor, c'était une manière polie de dire qu'ils avaient seulement arrêté de se faire la guerre il n'y a pas si longtemps. Le Serpentard pensait aussi à la honte et à la déception qu'il ressentirait si jamais on lui disait que tout allait bien. Il saurait alors que le problème venait de lui.

Il n'était pas prêt à l'entendre et à en tirer les conséquences.

Severus se demandait s'il s'y prenait mal ou si la vérité était qu'il n'avait pas la méthode pour aider sa petite-amie. Il y avait également la possibilité qu'elle ne veuille pas de son aide. Il était impuissant, tout simplement. Peut-être que seul le temps pourrait faire son œuvre.

Aujourd'hui pourtant, elle souriait, parlait et rigolait. Le brun espérait que ce n'était pas qu'une attitude de façade.

-C'est génial de pouvoir se retrouver, on devrait se réunir à chacune de nos sorties à Pré-Au-Lard ! s'enthousiasma Isabel.

-Si on fait ça, les gérants vont être ravis ! On va augmenter leur chiffre d'affaires ! commenta Diane Carter.

En effet, les élèves de Poudlard représentaient la majorité de la clientèle des commerçants du village. Ils venaient toujours en nombre le week-end et consommaient ou achetaient beaucoup. Pré-Au-Lard restait un petit village et pendant les semaines de fermeture de Poudlard, le village avait tourné au ralenti.

Severus n'avait jamais eu beaucoup d'amis et se retrouver avec autant de personnes était encore un peu nouveau pour lui. Avant, il avait toujours affirmé qu'il restait seul parce qu'il préférait ne pas s'entourer d'idiots. La vérité était qu'il ne savait pas comment se faire d'amis et qu'il avait craint de laisser des gens l'approcher car c'était leur laisser la possibilité de lui faire du mal. On se moquait constamment de lui et Lily avait été la seule à se montrer douce et gentille. La confiance nécessaire pour se dévoiler, pour approcher les autres, il avait mis du temps à la développer. Il s'était servi du sarcasme et du dédain comme défense, ne se rendant pas compte que son précieux bouclier était devenu une barrière.

Alors même si cette sortie l'avait fait grogner toute la soirée de la veille et encore ce matin, au bout du compte, il était content d'être venu.

-Vous êtes bien encore des étudiants pour vouloir passer votre temps libre dans les bars ! Mais moi maintenant, je suis dans la vie active, je suis un homme occupé ! lança James.

-Tes parents veulent que tu passes tes Aspics, ça veut dire que tu peux encore être considéré comme un élève.

Regulus sourit devant la mine morose du brun.

-Tu vas passer tes examens de fin d'année ? s'étonna Pamela.

-Les Potter vont faire une demande au ministre de l'Éducation pour les élèves qui veulent passer leurs Aspics en candidat libre, expliqua Regulus.

-C'est une super idée ! Comme ça, ceux qui ont arrêté Poudlard ne seront pas pénalisés pour débuter des études quand ils seront prêts !

Lily acquiesça aux propos de Remus. Pendant quelques secondes, elle eut même l'air assez songeuse.

-Pour ceux qui en ont envie mais moi, ce n'est pas mon cas, grogna James.

-Ça ne m'étonne pas, lâcha Severus.

James le regarda mais ne répliqua pas et Severus se rendit compte après coup que son ton n'avait pas forcément été courtois. Il avait voulu répliquer sur le ton de l'humour mais ça n'avait pas pris. Il n'était pas doué pour échanger avec James.

-J'ai d'autres projets mais je vais devoir m'y plier, surtout si je veux faire ce que je veux, poursuivit le Gryffondor.

-Quel genre de projet ? fit Sirius, curieux.

-Je te le dirai plus tard, il y a trop d'oreilles chastes ici, promit-il à son meilleur ami avec un clin d'œil. Et je crains aussi qu'on me vole mon idée ! Enfin, je peux quand même vous dire que dans les mois à venir, je prévoie de voyager. J'ai envie de découvrir le monde, de voir comment il fonctionne ailleurs. De nouveaux paysages, d'autres façons de faire quoi.

-Wow, James, depuis quand es-tu si mature et philosophe ? Je ne te savais pas une âme de baroudeur ! lança Dorcas.

-Exactement, même si je ne sais pas ce que ça veut dire.

-Tu as bien changé. Tu es complètement différent de l'époque où on est sorti ensemble, intervint Bhavana.

À la table tout le monde les fixa, la plupart apprenant qu'ils avaient eu une relation passée. James eut d'ailleurs un rire un peu gêné.

-Ça date, heureusement que je ne suis plus le même.

-Tu es devenu plus moche ! se moqua la Serpentard. Tu as vraiment une tête de mort-vivant.

-La ferme ! se vexa l'ancien lion. Je me souviens pourquoi ça n'a pas duré nous deux, t'es une vraie langue de vipère !

Tout le monde éclata de rire. On leur apporta ensuite leurs plats et ils purent tous enfin commencer à manger. Il y eut alors un silence, chacun préférant déguster son plat et savourer l'instant.

-Je ne comprends pas pourquoi Marlene n'est pas venue, fit Sirius après un instant. J'ai beau me creuser la tête, je ne vois pas. Les raisons pour lesquelles elle a arrêté Poudlard se devinent sans mal mais pourquoi ne pas garder contact avec nous ? Même Frank nous donne plus de nouvelles alors qu'on ne peut pas dire que ses lettres soient très longues ni très régulières. Mais depuis qu'il a perdu Alice, il s'est replié sur lui-même alors je suppose que pour lui, c'est déjà beaucoup…

-C'est vrai, on arrive à peine à avoir de ses nouvelles. Ses lettres sont toujours très courtes et ne peuvent que nous laisser imaginer dans quel état il est, souffla Dorcas.

-Mais Marlene… Pourquoi elle n'est pas revenue ? Pourquoi elle nous ignore ? s'inquiéta Diane.

-Peut-être qu'elle a juste voulu laisser tout ce qui lui rappelait l'attaque derrière elle. Qu'elle cherche à s'épargner, se protéger en laissant le passé et tout ce qui est susceptible de lui rappeler de mauvais souvenirs derrière elle, supposa Edmont.

Le jeune Serpentard ne connaissait pas la Serdaigle et jusqu'à présent, il n'avait pas trop osé intervenir. Edmont était pourtant de nature plutôt joviale et très sociable. Mais c'était toujours impressionnant de se retrouver avec autant de monde, et surtout plus âgé. La moitié du groupe se connaissait bien, avait une bonne dynamique et ce n'était pas facile de s'y faire une place. A part lui, tout le monde semblait connaître la Serdaigle, il avait donc voulu donner un avis extérieur car cela pourrait les aider à y voir plus clair.

-J'ai vu Marlene un peu avant que les cours reprennent. Je pense qu'elle a décidé de ne pas revenir parce qu'elle avait trop honte, lâcha Pamela, amère.

-Honte ? releva Regulus.

-De quoi ? Elle n'est pas responsable de ce qui est arrivé à Poudlard, fit Lily.

Comme à chaque fois que ce sujet revenait sur le tapis, ceux qui étaient au courant du rôle qu'avait joué Marlene se crispèrent.

-Si elle s'en veut d'avoir fait libérer des prisonniers, elle se trompe. Elle était sous impérium, il ne faut pas qu'elle tente de porter sur ses épaules ce qui est arrivé à Poudlard, souffla Isabel.

-Si elle se sent responsable, les professeurs ou encore les Aurors le sont cent fois plus qu'elle, approuva Severus.

-Ce n'est pas à propos de ça, soupira Pamela. Elle m'a avoué qu'elle avait menti sur son agression…

Lily fronça les sourcils.

-Comment ça ? demanda Bhavana. Marlene a été agressée ?

-Tu parles de la fois où elle est restée plusieurs jours à l'infirmerie ? s'enquit Severus à son tour.

Pamela acquiesça.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? la pressa Lily.

Remus retint sa respiration. Il savait très bien de quoi parlait la Serdaigle mais il doutait que McKinonn ait révélé ce qu'il s'était réellement passé la nuit où son frère et elle avaient failli mourir, attaqués par des Triswalker. Il se souvenait encore très bien de la jeune femme refusant mordicus de dire quoi que ce soit, alors même qu'elle était gravement blessée. James, Sirius et lui avaient pratiquement dû l'emmener contre son gré voir Pomfresh.

Le Poufsouffle était curieux d'entendre la suite. A vrai dire, il se demandait même comment le mensonge de la Serdaigle avait pu tenir aussi longtemps. Qu'avait-elle dit exactement ? Il l'avait toujours ignoré et peu de gens avaient été dans la confidence a priori.

-C'est quoi cette histoire ? A voir vos têtes, j'ai l'impression qu'il s'agit de quelque d'assez impressionnant et d'inquiétant, s'étonna Edmond.

-Les détails ne sont pas importants, bredouilla Pamela, prise au dépourvu devant l'intérêt qu'elle avait soulevé. Le vrai sujet, c'est qu'elle a menti pour expliquer son passage à l'infirmerie et je ne comprends pas pourquoi.

Lily sembla vouloir répliquer mais Regulus intervint.

-Ce n'est pas si étonnant, elle était étrange depuis Azkaban de toute façon. Cela l'a probablement plus marqué qu'on l'avait imaginé. Il n'y a pas que cette histoire d'infirmerie, il y a également le sujet du Tournoi. Elle avait refusé de postuler aux cours particuliers et ses amies ont parlé de sa distance et de son étrange froideur.

Les autres ne purent qu'acquiescer. McKinonn avait été différente depuis ce qu'il s'était passé dans la prison magique, personne ne pouvait le nier.

-A propos de Marlene, ajouta timidement Diane. J'ai une amie qui n'habite pas loin de chez elle et elle m'a dit que ça fait plusieurs jours que la demeure des McKinonn est vide.

-Quoi ?

Sirius fronça les sourcils.

-Qu'est-ce que ça veut dire ? s'interrogea Dorcas.

-Qu'en plus de ne plus donner de nouvelles, elle est tout simplement partie, soupira Isabel.

Il y eut un nouveau silence. Tout le monde était choqué. C'était sa vie, ses choix et ils ne pouvaient rien y faire. Néanmoins, ils ne comprenaient pas pourquoi elle les bannissait ainsi de sa vie. Qu'arrivait-il à leur amie ?

Certains d'entre eux eurent comme un sentiment d'échec et de culpabilité. Celui de ne pas avoir su voir la détresse de leur amie, de ne pas avoir pu la soutenir. Lily et Dorcas furent particulièrement tristes de l'apprendre. Elles ne comprenaient pas le choix de Marlene, mais cela faisait bien longtemps qu'elles avaient du mal à la cerner.

Toutes ces interrogations sans réponses étaient autant de mauvaises nouvelles qui les peinaient. Terminer le repas sur cette note donna un goût amer à cette rencontre.

xXx

Après le repas, chacun s'était séparé en petits groupes. Si certains avaient éprouvé le désir de retourner au château pour se reposer ou terminer des devoirs, d'autres avaient préféré continuer de se balader dans les rues du village magique. Remus, Sirius, James et Regulus avaient fait le choix de s'isoler pour pouvoir discuter librement. Ils avaient décidé de se poser sur un des murets qui bordaient l'entrée de la ville.

Regulus avait du mal à se concentrer sur ce que les autres disaient. Il n'arrêtait pas de penser à Erd. Il avait pensé qu'inviter l'adolescent à leur sortie lui permettrait de lui changer les idées, et surtout de lui faire comprendre qu'il n'était pas seul. Il était important qu'Erd comprenne qu'il ne devait pas s'enfermer, que même si c'était dur, il pouvait avoir une vie « normale ». Regulus était bien déterminé à rester à ses côtés et à l'aider. Il se sentait plus ou moins responsable depuis ce qu'ils avaient vécu lors de l'attaque. Le Serpentard avait été rejeté par ses parents et les professeurs semblaient ne pas s'intéresser à son cas, ou alors considéraient qu'ils avaient mieux ou trop à faire.

Choqué par ce que son directeur de maison lui avait appris, Regulus n'avait pas osé demander confirmation au 2ème année. Cette sortie aurait donc dû permettre à Erd de se changer les idées. Même si cela avait été maladroit, les autres avaient fait de leur mieux pour l'intégrer. Malheureusement, le Serpentard n'avait pas réussi à se détendre. Cela venait peut-être de la différence d'âge mais en tout cas, Erd ne s'était visiblement pas senti à sa place.

Le 6ème année se demandait si Erd se sentirait moins isolé s'il savait qu'il n'était pas le seul à avoir fait les frais de Greyback. Mais cela changerait-il réellement quelque chose ? James n'était pas à Poudlard et le 2ème année continuerait à souffrir, à être pointé du doigt et exclu.

C'était injuste. Bien des personnes se retrouvaient dans une situation difficile après ce qu'il s'était passé. Mais pour Erd, c'était différent. Déjà parce qu'il était très jeune et aussi parce qu'il était victime de discrimination. Regulus n'était pas dégoûté par lui pour autant. Il était parfois sur ses gardes mais il n'avait pas peur. C'était fascinant et merveilleux de voir qu'on pouvait découvrir chaque jour des nouveautés sur la magie et les créatures magiques.

-A quoi tu penses encore ? le taquina son frère.

-A Erd, répliqua Regulus.

-Le 2ème année ? s'étonna James. Je n'ai pas compris pourquoi il était là.

-C'est le protégé de Regulus, expliqua Sirius et James fronça les sourcils.

-C'est un des 2ème année que Peter a tenté de protéger contre Greyback. Il a été partiellement contaminé et c'est assez compliqué pour lui de ce que j'ai cru comprendre, lui apprit Remus.

-Comme tout le monde sait qu'il a été mordu, la plupart des gens ont peur de lui, approuva Sirius.

-Je ne savais pas. Ça ne doit pas être facile pour lui. À côté, j'ai l'impression de tricher… À part vous, personne ne sait ce qui m'est arrivé, reconnut James.

Il resta ensuite silencieux quelques secondes, semblant réfléchir à quelque chose.

-Vous pensez que si les autres étaient au courant ils continueraient de me parler ?

-Je ne sais pas, avoua Remus. Il est impossible de prédire la réaction des gens. Tu pourrais être surpris ou déçu.

-Je trouve ça injuste. Que ce soit pour toi ou pour Erd, aucun n'a une situation facile. Erd m'a expliqué qu'il ne pouvait pas se transformer les soirs de pleine lune et c'est vrai que contrairement à toi, il n'a pas changé lors de la nuit de l'attaque. Néanmoins, ses attributs de loup peuvent sortir s'il ressent des émotions trop fortes. C'est perturbant, je le conçois, et ça peut même faire peur au début… Mais je ne me suis jamais senti en danger en sa présence.

-Je reconnais bien là la grande âme de mon petit Serpentard ! s'exclama James.

Regulus leva les yeux au ciel.

Il ne trouvait pas que son comportement bienveillant devait être souligné, et encore moins félicité. C'était normal et s'ils vivaient dans un monde plus tolérant, tout le monde agirait ainsi. Pourtant, il savait bien que le changement demandait du temps. Regulus avait une fascination pour les créatures magiques, la magie ancienne et les tribus de la communauté sorcière. Il ne considérait rien comme acquis. Les sorciers dirigeaient mais cela ne voulait pas dire qu'ils avaient tous les droits. Beaucoup l'oubliaient, mais le territoire magique de Grande-Bretagne ne leur appartenait pas, ils le partageaient avec des centaines d'autres espèces.

-Tu es sûr que venir était une bonne idée ? fit soudain Sirius. Tu n'as pas arrêté de te plaindre que tu avais faim, mais tu n'as pas mangé grand-chose finalement.

-C'est cette histoire sur Marlene, ça m'a coupé l'appétit, affirma James.

Regulus fit la moue, peu dupe. Remus et Sirius ne l'étaient pas non plus. James semblait épuisé. La pleine lune approchait et il n'aurait pas dû venir.

-Je suis surpris que tes parents t'aient laissé venir, remarqua le Serpentard.

-Je sais qu'ils s'inquiètent pour moi mais je suis un adulte. Ils ne peuvent pas m'empêcher de faire ce que je veux, ou presque.

-Ttu ne devrais pas forcer, insista Remus.

-En parlant de ça, il faut que vous m'aidiez, soupira James. Mes parents veulent me garder à la maison, ils pensent que s'ils protègent une pièce et qu'ils m'enchainent, ça suffira.

-Tu n'es pas du même avis, constata Remus.

-Non. Tu m'as vu lors de ma première transformation. C'est trop dangereux, il y a trop d'habitations près de chez nous et les sorts ne durent que quelques heures en général. Je refuse de prendre le moindre risque pour mes parents.

-Que veux-tu faire ? s'enquit Sirius.

-Hé bien… Padfoot avait parlé de la cabane hurlante, ça pourrait être une bonne idée. Ce ne serait que temporaire.

-Padfoot ? releva Remus alors que Sirius semblait se tendre.

-Un correspondant, répliqua Regulus en lançant un regard noir à l'ancien Gryffondor.

-C'est une longue histoire, marmonna finalement Sirius.

-Comme tant d'autres, souffla le Poufsouffle.

Il y avait encore tant de choses qu'on lui taisait. Le châtain avait compris depuis le temps qu'il était le seul dans le groupe à ne pas avoir toutes les cartes en main. Il se doutait que si on ne lui disait pas tout, c'était pour une bonne raison, mais ce n'était pas facile à accepter pour autant.

Regulus, qui voulait éviter que le malaise s'installe, relança le brun.

-Tu voudrais aller dans la cabane hurlante ?

-C'est éloigné et personne ne s'aventure jamais par là-bas. Je me barricaderai et avec le saule cogneur, même si j'arrive à sortir de la pièce dans laquelle je serai, j'éprouverais toutes les peines du monde à sortir. Du moins, je crois.

James souffla.

-J'avoue que je n'ai pas encore eu le temps de bien y réfléchir, mais tout vaut mieux que rester chez moi.

-Je comprends, je ne voudrais pas non plus mettre mes parents en danger. Je suppose que vu l'échéance, on n'a pas vraiment beaucoup de possibilités, se résigna Remus.

-Ton plan comporte beaucoup de failles, James, soupira Regulus.

-Comme quoi ?

-Déjà, tu seras bien trop fatigué pour venir jusqu'à la cabane hurlante seul. Tu n'auras sans doute pas les capacités pour lancer tous les sorts et t'isoler. Je ne parle pas non plus de comment ton loup réagira au fait d'être enfermé. Tu pourrais aussi te blesser à défaut de pouvoir t'en prendre à quelqu'un. Ah, et j'oubliais le réveil. Qui s'occupera de toi, te lavera, soignera tes blessures et t'habillera ?

James grimaça. Regulus avait toujours la mauvaise habitude de jouer le rabat-joie.

-Je pourrais t'aider, proposa Remus. Pour les sorts, mais également à canaliser ton loup-garou.

-C'est trop dangereux, contra James.

-Tu sais bien que non. Sous ma forme Animagus, je ne crains rien ou presque.

-Il a raison, James, remarqua Sirius.

Regulus haussa un sourcil en entendant son frère. C'était étonnant qu'il ne cherche pas à dissuader son petit ami. Même si Remus avait raison, cela n'était pas non plus sans risque. Sans parler du fait que sortir du château était hautement plus compliqué qu'avant l'attaque.

-En revanche, si tu y vas, je viens aussi. A deux, ce sera moins dangereux.

-Tu n'y penses pas ! s'emporta Remus.

Il se leva et regarda le Gryffondor avec effarement mais Sirius tira sur sa main pour qu'il se rassoit.

-Ne t'inquiète pas, je sais ce que je fais. Moi aussi je suis un Animagus, je ne suis pas du genre à prendre de risque inutile. Enfin, la plupart du temps.

Regulus fixa son frère, les yeux ronds. Que venait-il de dire ?! Vu la manière dont ils regardaient tous les trois le batteur, celui-ci n'avait informé aucun d'eux. Cette information semblait sortir de nulle part ! Son frère ne disait-il pas cela simplement pour pouvoir être présent avec Remus et James ? Avec tout ce qu'ils avaient vécu, quand avait-il trouvé le temps de se consacrer à cette tâche difficile ?

Sans parler de l'état catatonique dans lequel le brun avait été plongé pendant plusieurs jours, il y avait eu la cérémonie, le cas Jedusor à gérer, mais aussi les retombées de l'attaque. Le cerveau de Regulus tournait à plein régime. Il avait du mal à analyser convenablement la situation. Son frère était devenu un Animagus ? Mais comment ?! Ce n'était pas à la portée de n'importe qui ! Avait-il fait comme le Poufsouffle ? Si c'était le cas, Sirius avait plongé dans l'illégalité.

-Qu'est-ce que tu viens de dire ? demanda Remus, interloqué.

-J'ai réussi à devenir un Animagus. J'avais déjà accompli les premières étapes avant que les fugitifs n'attaquent l'école. Quand j'ai su que tu avais été mordu, James, j'ai redoublé d'efforts pour réussir et ainsi t'aider dans ce genre de situation.

-Wow, je n'arrive pas à y croire ! Et tu nous annonces ça comme ça…

James tenta de mettre de l'émotion et de l'admiration dans sa voix, mais sa fatigue était la plus forte.

Regulus fit la moue en observant son frère recevoir les félicitations timides et étonnées de ses amis. Petit à petit, le 6ème année comprenait que son frère – et James également au début – tentaient depuis plusieurs mois de devenir des Animagi avec l'aide du Préfet en chef. Avaient-ils eu pour but de former un trio d'Animagus pour accomplir des tâches et des quêtes quelconques ? Personne ne l'avait tenu au courant. On ne lui avait pas fait confiance. Même à l'époque où Remus lui avait sauvé la vie sous sa forme Animagus, on avait tenté de lui faire croire qu'il avait simplement rêvé.

Compte tenu de ces éléments, il était étonné que son frère n'ait pas attendu qu'il ne soit plus là pour annoncer cette grande nouvelle à ses amis. Pour le Serpentard, un grand mystère planait encore autour de cette histoire. Il était jaloux que son frère ait réussi un tel exploit mais il se sentait mal de ne pas pouvoir partager la joie des autres. Il se sentait même un peu exclu, comme une pièce rapportée parce qu'il ne connaissait pas toute l'histoire.

À présent, il comprenait mieux les réactions que pouvait avoir Remus, notamment quand ils évoquaient Padfoot ou encore quand ils ne lui fournissaient que peu d'informations sur leurs sources concernant Jedusor.

Cela faisait un moment que Regulus n'avait pas décroché un mot mais aucun des trois autres jeunes hommes ne sembla le remarquer, ni même s'en inquiéter. Cela agaça le Serpentard. Il observa alors ce qui se passait autour de lui. Tout était plutôt calme. L'entrée qu'ils avaient empruntée n'était que peu utilisée, seulement par quelques habitants ou encore par ceux qui désiraient utiliser le champ un peu plus loin pour pique-niquer. L'entrée principale, plus touristique, était plus pratique. En plus de desservir quasi directement la grande avenue et les magasins du village, les moyens de transport public y passaient de manière régulière.

Regulus avait envie de partir, mais il ne le ferait pas. Il savait que ce serait complètement futile et surtout immature.

-Moi aussi je veux devenir un Animagus, lâcha-t-il soudain.

Il réussit instantanément à attirer l'attention de ses amis.

-Quoi ? fit James.

-Hors de question ! répondit Sirius, catégorique.

-Mais pourquoi ? s'agaça Regulus. Remus et toi l'avez bien fait alors ne viens pas me dire que c'est interdit et que je vais avoir des ennuis ! Tu ne m'en crois pas capable ? se vexa-t-il..

-Ce n'est pas ça, Regulus, tenta de le calmer le blaireau. Ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Et même si tu ne veux pas l'entendre, c'est interdit d'entamer cette démarche. Je n'aurais pas dû le faire et je n'étais pas pour que Sirius et James tentent l'expérience non plus.

-Mais aucun de vous ne regrette, leur fit remarquer le 6ème année.

-Ne cherche pas à négocier, Regulus, c'est non. Tu crois que je ne sais pas pourquoi tu veux faire ça ? s'énerva son frère.

Sirius n'était pas né de la dernière pluie et il connaissait la raison pour laquelle son frère voulait venir avec eux. Si être un Animagus signifiait pouvoir passer les pleines lunes avec James, l'épauler, s'assurer qu'il ne fasse de mal à personne et ne s'en fasse pas non plus, bien sûr qu'il allait vouloir être de la partie. Mais où étais donc ce petit frère craintif qui s'assurait toujours de respecter les règles et de ne pas sortir du cercle ? Depuis quand agissait-il comme un petit Gryffondor complètement inconscient ? Pour autant, il était difficile pour Sirius de lui tenir un discours moralisateur, surtout vu ce que Remus et lui allaient faire. Mais il agissait en tant que grand frère. Il ne pouvait pas laisser Regulus aller au-devant du danger et ne rien dire.

James, chez qui la lumière se faisait petit à petit, écarquilla les yeux. Il plongea alors un regard triste dans les yeux bleu gris de son petit-ami.

-Je refuse que tu fasses ça, souffla l'ancien lion.

Regulus trouvait toute cette situation injuste.

-Vous ne pouvez pas décider pour moi. Je ne vois pas pourquoi Remus et Sirius pourraient prendre ce risque et pas moi !

-Sirius et moi serons assez de deux pour calmer la bête. Pas besoin de mettre une personne de plus en danger. De plus, tu es plus jeune, c'est normal que nous cherchions à te préserver. Tu as déjà tant à faire, termina Remus et Regulus savait qu'il parlait de la démarche qu'il s'apprêtait à lancer contre ses parents mais également la prochaine visite du français.

-C'est injuste, fit-il néanmoins.

-Je sais, je ne te demande pas de nous comprendre. Mais respecte notre décision, s'il te plait, fit son grand frère plus doucement.

xXx

L'après-midi était déjà bien avancée et James aurait aimé rester plus longtemps. Malheureusement, son état ne le lui permettait pas. Il était temps pour lui de rentrer et Regulus s'était proposé de le raccompagner. Sirius et Remus auraient bien aimé venir aussi, mais James avait décliné. Il était fatigué à cause de la pleine lune, et non pas mourant : une seule personne pour l'accompagner était largement suffisant.

-Tu es sûr ? Si tu tombes, ce n'est pas Regulus avec son petit gabarit qui pourra te rattraper !

Regulus grinça des dents. Sirius arrivait avec un talent incroyable à le faire sortir de ses gonds. Cependant, il préféra ne pas répondre. Il savait très bien que ce n'était pas de la provocation mais l'humour particulier du batteur. Remus salua James et entraîna alors le Gryffondor malgré ses protestations.

L'ancien Préfet les regarda partir, un sourire aux lèvres. Il était évident qu'il ne souhaitait qu'une chose, passer un moment seul avec le Serpentard. Le couple n'avait pas pu discuter comme ils l'auraient voulu aux Trois Balais et quand Regulus était à Poudlard, ils échangeaient des lettres régulièrement, mais ce n'était pas suffisant. Se voir en vrai, se toucher, se parler directement et voir les expressions de l'autre, entendre son rire… ça n'avait pas de prix. Surtout que Regulus traversait une période difficile et James avait l'impression de ne pas faire ce qu'il fallait pour le soutenir.

C'était ce sentiment qui lui faisait parfois dire qu'il aurait dû continuer Poudlard. Au moins pour pouvoir être aux côtés de Regulus et pouvoir l'épauler. Bien sûr, ce n'était pas parce qu'il n'était pas avec lui qu'il ne pouvait pas l'aider. Dans les faits, ça ne changeait même pas grand-chose. Mais James aimait Regulus et il avait envie d'être tout le temps à ses côtés. Heureusement que le Serpentard pouvait compter sur son frère et Remus. Revoir Severus et Edmont devait également lui faire du bien. Il aurait besoin du soutien de ses amis quand l'histoire sur ses parents sortirait. Car ils le savaient tous, cette affaire ne resterait pas longtemps secrète pour la communauté sorcière de Grande-Bretagne.

Enfin seuls, James demanda donc au plus jeune comment il allait. Regulus répondit négligemment. Comme d'habitude, le Serpentard ne se montrait pas très bavard. James savait pourtant que Regulus était allé voir l'Auror Maugrey pour commencer les démarches visant ses parents. De cette rencontre, le brun n'avait pas dit grand-chose, à part qu'il avait donné tous les éléments à l'Auror et que celui-ci devait le recontacter. James devrait visiblement s'en contenter. Il savait que ça n'avait pas été une décision facile ni un moment agréable et il s'agissait de souvenirs douloureux. S'il insistait, il avait peur de raviver une douleur que le 6ème année peinait à gérer.

Du côté de Hugo Leroy, cela semblait avancer plus vite. Les deux amis avaient ainsi échangé plusieurs lettres dernièrement et le français devait venir dans les prochains jours. Regulus comptait alors lui parler de Jedusor et de tout ce qu'il savait. Dans un premier temps, il préférait le faire seul et ensuite, les autres pourraient venir pour répondre aux éventuelles questions du blond, mais aussi pour décider ensemble de la suite.

Cela semblait si loin à l'ancien Gryffondor. La seule échéance qu'il était capable de voir était la pleine lune qui approchait. Il ne pensait qu'à ça. Il agissait différemment et ce n'était pas juste dû à la fatigue. Et dire que ce serait pire quand celle-ci serait passée… La pleine lune n'avait beau être qu'une seule nuit par mois, cela n'empêchait pas qu'il soit impacté sur plusieurs jours et cela n'avait rien d'agréable.

Les autres n'imaginaient aucunement les efforts qu'il avait dû fournir pour venir aujourd'hui. Son cerveau tournait au ralenti et il n'arrivait pas à se concentrer. Il se sentait également à fleur de peau, constamment sur le qui-vive. Mais le pire était ses pensées obsédantes… James avait l'impression d'être redevenu un homme de Cro-Magnon avec des besoins primaires. C'était frustrant et assez humiliant. Il se voyait mal confier à ses amis qu'il ne pensait qu'à dormir, manger, assouvir d'autres besoins comme aller aux toilettes ou plus problématique, avoir des relations sexuelles. Si pour un jeune homme de 18 ans cela n'avait rien d'étonnant, chez James, à l'approche de la pleine lune, ça devenait presque une obsession.

Aux Trois Balais, il avait demandé à avoir Regulus à côté de lui, ce qui avait été une grossière erreur. En effet, il avait dû se battre contre lui-même pendant tout le repas pour ne pas se jeter sur lui et sentir son odeur entêtante. Le brun était heureux que les cours à Poudlard aient repris. Ainsi, c'était plus facile pour lui à gérer. Qu'aurait-il fait avec le beau Serpentard dans la même maison que lui ? Sa chambre à quelques mètres de la sienne, le voir lorsqu'il sortait de la salle de bain, sentir son odeur lorsque Regulus venait dans sa chambre, dans son lit...

Jusqu'à présent, James avait tenté de continuer sa vie normalement, refusant de croire que parce qu'il était devenu un loup-garou, celle-ci était gâchée. Bien sûr, il savait que des choses lui étaient devenues impossibles et que sa vie ne serait plus jamais pareille, mais il n'avait pas imaginé que cela aurait un tel impact. Quelquefois, il ne se reconnaissait plus et en même temps, il se disait que c'était toujours lui.

-James, l'appela Regulus à quelques pas devant lui. Est-ce que ça va ? Tu as l'air perdu dans tes pensées.

Le plus âgé acquiesça pour ne pas l'inquiéter mais celui-ci haussa un sourcil.

-Tu veux t'asseoir un peu ?

James observa les alentours et remarqua la petite ruelle envahie d'encombrements et de poubelles non loin. Il esquissa un sourire à l'attention du brun et le tira à sa suite. Lorsque Regulus remarqua son manège, il fronça les sourcils, pas très emballé à l'idée de se perdre dans ce genre d'endroit.

-Si je ne te connaissais pas si bien, je pourrais craindre que tu tentes de m'égorger à l'abri des regards.

James retint un rire et s'enfonça plus loin dans la petite ruelle. Il s'agissait d'un cul-de-sac, mais ça lui allait très bien. Il vérifia ensuite qu'ils n'étaient pas visibles depuis la rue principale et prit le Serpentard dans ses bras. Il avait eu envie de le faire depuis qu'il l'avait vu tout à l'heure et il ne voulait pas repartir sans avoir pu l'avoir contre lui au moins quelques secondes. Il savait qu'ils ne se reverraient pas tout de suite et cela le rendait un peu morose. Il ferma les yeux, profitant de l'instant. Il se sentait bien. S'il ne faisait pas attention, il était sûr qu'il s'endormirait. Être avec Regulus l'apaisait et mettait un peu d'ordre dans son cerveau.

-Jam-James…

Regulus grimaça. L'ancien joueur de Quidditch s'appuyait de tout son poids sur lui et il n'était pas vraiment léger.

-Désolé.

James s'écarta légèrement du brun et le regarda. D'une main, il balaya certaines de ses mèches rebelles, dégageant ainsi son regard. Il posa ensuite son front contre celui de Regulus et soupira.

-Ça va, tu tiens le coup ? lui demanda encore l'ancien Gryffondor..

-J'évite de me poser la question, je n'ai pas d'autre choix que d'aller au bout, James.

-Bien sûr que si, repose-toi sur moi ! Là, tout de suite, je n'en ai pas l'air, mais je suis solide !

-J'ai du mal à y croire, sourit Regulus.

De ses mains, le Serpentard encadra son visage, caressant ses joues. Ses pouces s'attardèrent alors quelques secondes sur les cernes visibles. Le brun savait qu'il devait vraiment avoir une tête horrible et il espérait sincèrement qu'aucun de ses amis lors du repas ne s'imaginait que c'était dû à autre chose qu'à une intense fatigue.

-Ne me regarde pas comme ça, ça me donne envie de dévorer tes lèvres.

James eut un sourire contrit. Il n'avait probablement pas utilisé le bon mot, mais c'était littéralement ce qu'il ressentait. Il se souvenait encore de ce qu'il s'était passé juste avant d'avoir sa forte poussée de fièvre. Il avait cette impression d'acte manqué. Même si finalement, qu'il se soit senti mal ou non n'aurait rien changé à la finalité. Regulus l'avait repoussé, ne se sentant pas d'aller plus loin.

-Pourquoi pas, fit timidement Regulus. Tout le monde se doute déjà plus ou moins que je suis attiré par les garçons… Je ne pense pas que qui que ce soit puisse nous voir, mais c'est toi qui vois, termina-t-il, les joues rouges.

James esquissa un sourire. Il se souvenait avoir eu une discussion plutôt animée avec le Serpentard à ce sujet il y a déjà quelques mois. C'était avant l'attaque de Poudlard, une autre époque. Regulus ne le croyait pas lorsqu'il disait qu'il tenait à lui. À ce moment-là, il pensait qu'il s'agissait d'un jeu, ou encore que cet intérêt qu'il avait éveillé chez James disparaîtrait. Regulus s'était toujours considéré comme celui qui avait le plus à perdre dans cette relation. Là, il changeait radicalement de discours et faisait comme si c'était James qui avait quelque chose à perdre, comme sa réputation par exemple. Il était celui qui était connu comme un don Juan. On risquait de le regarder différemment. Pour Regulus, c'était déjà trop tard.

-Mais c'est déjà tout vu, tu sais bien que je suis incapable de te résister…

James accentua son sourire avant de poser ses lèvres sur celles du plus jeune. Une envie se réveilla en lui et une douce chaleur commença à l'envahir alors qu'il goûtait la bouche tentatrice de son petit ami. Il avait envie de tellement plus. De ne jamais quitter ses bras, de continuer à s'abreuver de ses soupirs et de son goût sur sa langue. Néanmoins, James savait que dans l'état dans lequel il était, son self-control était inexistant. Et puis, il se sentait vraiment fatigué, même pour embrasser langoureusement son petit-ami alors qu'il en avait rêvé depuis qu'il l'avait vu plus tôt.

Il s'écarta ainsi bien trop vite et Regulus lui jeta un regard étrange, un mélange entre la frustration et l'incompréhension.

James souffla un bon coup et tenta de changer de sujet.

-Je voulais amener Fumseck pour que tu puisses le voir un peu. Je me disais que ça te ferait plaisir.

-Évidemment ! réagit immédiatement le 6ème année. Pourquoi tu ne l'as pas fait ?

-Il était réticent à me laisser l'approcher, soupira le plus âgé. Avant, c'était toi qui ne voulais pas que je le touche, maintenant c'est lui, blagua-t-il. Je suis sûr qu'il a senti le changement en moi et préfère garder ses distances.

-Oh, ne put que réagir le Serpentard.

C'était probable et il le savait.

-Je suis désolé, James.

-Je vais m'en remettre, ne t'inquiètes pas. Hugo doit bientôt venir le chercher de toute façon. Tu comptes le reprendre à Poudlard pour pouvoir passer encore un peu de temps avec lui avant ?

-J'aimerais bien, mais je ne me suis pas encore renseigné auprès de la direction. Avant, Dumbledore m'aidait, là ce sera différent. On a beaucoup de travail personnel à fournir en dehors des cours, ce n'est pas toujours simple.

-Eurk, grimaça James. Je suis content de ne plus être à l'école. C'est horrible de perdre son temps à apprendre des trucs par cœur !

Regulus leva les yeux au ciel.

-Parlons de quelque chose de plus intéressant ! C'est bientôt ton anniversaire, non ? Regulus acquiesça.

-Tu seras encore en cours, mais on pourrait tenter de s'organiser un truc le week-end, surtout s'ils vous laissent sortir, non ? Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?

Le Serpentard haussa les épaules.

-Je veux juste que tout s'arrange, confia-t-il.

-Ce n'est pas un vrai cadeau ! Sois égoïste, pense à toi et dis-moi ce que tu veux ! insista James.

Regulus fit la moue et prit quelques secondes pour réfléchir.

-Passer une journée tranquille avec toi, lâcha-t-il.

-Et la nuit aussi ? le taquina l'ancien Gryffondor.

Regulus rougit et lui donna une tape sur l'épaule quand celui-ci éclata de rire.

-Désolé, fit-il mais Regulus garda son air boudeur.

Cela faisait plaisir à James. Il se souvenait avoir demandé la même chose au Serpentard lors de son anniversaire. Ils étaient vraiment sur la même longueur d'onde. Enfin, même si à l'époque, le Serpentard n'avait pas accédé à sa requête !

James observa la rue principale et ce qu'il pouvait voir d'où il se trouvait, c'est-à-dire pas grand-chose. Il aurait aimé rester plus longtemps avec le brun mais malheureusement, il avait un magicobus à prendre. S'il ne rentrait pas à l'heure prévue, ses parents allaient en faire toute une histoire.

-Bon, fit-il alors qu'il commençait à s'éloigner du brun. Je suppose qu'on ne se reverra qu'à ce moment-là. Je pense que je ne recommencerai à t'écrire que dans plusieurs jours, je ne sais pas combien de temps je vais mettre à me remettre de lundi soir…

Un voile de tristesse passa sur le visage de Regulus à ces mots. James savait qu'il s'inquiétait pour lui, qu'il avait l'impression d'être mis à l'écart. Mais il était intelligent et pragmatique et savait que c'était avant tout pour sa sécurité.

-Prends soin de toi, lança Regulus qui resta dans la ruelle pour le regarder partir.

xXx

-Je suis étonné de voir à quel point tu ne te lasses pas d'appuyer sur ce bouton. Pourtant, au bout de la dixième fois, il n'y a plus vraiment de surprise, commenta Remus.

-Qu'est-ce que j'y peux ? répondit Sirius. Je trouve ça fascinant de me balader ici ! Découvrir les nouveaux produits du magasin m'avait manqué !

-Je vois ça. Tes yeux s'illuminent comme ceux d'un enfant à Noël.

Remus sourit, ravi de voir le bonheur et l'émerveillement chez le brun. Sirius ne mentait visiblement pas quand il disait que cela lui avait manqué. Le temps avait dû lui sembler bien long pour qu'il ait cette impression de redécouverte.

-Peut-être que si tu ne comptes rien acheter, nous pourrions rentrer ? proposa le Poufsouffle après un autre moment à déambuler dans la boutique.

Sirius le regarda et eut un sourire d'excuse à son intention.

-Désolé, je te fais perdre ton temps.

-Tu sais bien que non, mais Honeyduke va bientôt fermer et je ne peux pas terminer une journée ici sans m'acheter ma fameuse boite de chocolats !

-Oh oui ! Ne t'inquiète pas, je ne suis pas prêt de l'oublier !

Sirius posa l'objet qu'il avait dans les mains et suivit le châtain. Les mains dans les poches, le brun se dirigea vers la sortie en observant ce qu'il y avait autour de lui, sa joie et sa fascination toujours visibles. Remus était vraiment soulagé de voir le Gryffondor apaisé et heureux. Il avait pourtant encore du mal à y croire, surtout quand il repensait à ce qu'il s'était passé. En quelque sorte, le châtain sentait Sirius enfin en paix avec lui-même.

-Tu sais, Moony, si tu continues à en manger autant, tu vas finir par empâter ! blagua le Maraudeur.

Remus fit la moue.

-C'est n'importe quoi, je n'en mange pas tant que ça. Je fais très attention tout le temps, j'ai bien droit à quelques écarts !

Sirius rit.

-Je sais. Même si tu essayais, tu ne pourrais pas résister de toute façon ! Tu es parfait comme tu es, mon Moony.

Remus se sentit rougir. Il n'avait plus l'habitude que le Gryffondor le nomme ainsi et cela lui faisait bizarre, mais ça lui plaisait aussi.

Le couple marcha côte à côte, évitant avec efficacité la foule compacte de la fin d'après-midi. C'était toujours très compliqué d'accéder au magasin de confiseries peu avant qu'elle ne ferme car tout le monde s'y précipitait. Sirius et Remus avaient manqué d'organisation, mais le Poufsouffle n'avait pas eu le cœur à presser son amoureux.

-Reste près de moi, fit Sirius en passant son bras autour de ses épaules pour l'attirer à lui.

Les gens pressés de finir leurs achats ou encore de rentrer chez eux ne faisaient que peu attention aux autres. Remus jeta un regard à son petit-ami, touché par son geste, et heureux de cette proximité. Depuis son réveil, Sirius agissait différemment avec lui. Enfin, c'était compliqué. Il était toujours le même, mais le brun mettait de la distance entre eux. Le couple ne s'était plus tenu la main ni embrassé depuis qu'ils étaient revenus à Poudlard. Remus ne voulait pas trop y penser car il était heureux tant qu'il était avec le Gryffondor. Et puis, avec les nouvelles règles strictes de l'école, ce n'était facile pour aucun couple en général…

Tout lui allait tant qu'il pouvait être avec Sirius. Il avait réellement cru le perdre pour toujours le jour où il l'avait perdu de vue dans cette ville moldue.

La plupart des craintes du châtain ne s'étaient pas envolées, mais il ne voulait pas étouffer Sirius en se montrant trop inquiet ou encore trop prévenant. Le Gryffondor était un oiseau libre, il devait sentir qu'il n'était pas contraint, que ce soit physiquement, mentalement ou par la peur de ses proches.

xXx

-C'est cool que tu aies pu acheter tes fameux chocolats ! Tu vois, tu n'avais pas besoin de t'inquiéter, lui fit remarquer Sirius quand ils ressortirent une demi-heure plus tard.

-Tu plaisantes, j'espère ? Il ne restait qu'un paquet, j'ai dû pousser quelqu'un pour pouvoir me le procurer ! confia-t-il, embarrassé.

-Le vilain Poufsouffle ! se moqua son petit-ami.

Remus secoua la tête et avec Sirius, ils quittèrent enfin Pré-Au-Lard en direction des navettes magiques. À présent que l'euphorie de la sortie était passée, le blaireau pensait à la prochaine pleine lune. Le châtain comprenait pourquoi James voulait garder le secret sur sa condition, il n'y avait qu'à voir la manière dont Erd était perçu et traité. Mais à l'approche de la date fatidique, Remus commençait à douter. C'était dangereux et même à deux, il n'était pas sûr de pouvoir gérer la situation. Sirius et lui feraient face à un loup-garou adulte, affamé et avide de sang.

Feraient-ils le poids ?

Il était vrai que les loups-garous n'éprouvaient pas un attrait particulier pour les animaux, mais il était impossible de prédire à 100% que la situation ne dégénèrerait pas…

Remus avait envie de partager ses doutes avec Sirius mais il n'osait pas. Au fond, il savait déjà ce que le Gryffondor lui dirait, alors Remus se taisait. Le Poufsouffle était comme ça, il n'osait pas aller contre l'avis des autres. Il soupira, espérant qu'il ne paierait pas cette forme de lâcheté plus tard.

De toute façon, il ne pouvait plus revenir en arrière. James ne lui avait rien demandé d'autre que de l'aider à faire entendre raison à ses parents. C'était lui seul qui avait proposé d'être avec lui pour la pleine lune. Remus ne pouvait faire autrement que d'aider un ami. Peut-être que pour une fois, il aurait dû réfléchir avant d'écouter son cœur. A présent, Sirius aussi s'était embarqué dans cette histoire et lui ne renoncerait pas.

Remus n'avait qu'une parole de toute façon et James comptait sur lui alors il allait devoir faire taire ses inquiétudes ou s'assurer que tout se passerait bien lundi soir.

-Ça va ? lui demanda Sirius une fois qu'ils eurent pris place dans la navette.

Remus opina.

-C'est…je pense juste à lundi, admit-il.

Sirius ne répondit pas et d'autres élèves vinrent prendre place dans la navette.

Le trajet sembla affreusement long au Poufsouffle. Il trompa son ennui en observant à travers la fenêtre le paysage défiler à toute vitesse. Il ne prêta que peu attention aux autres élèves et aux récits de leurs fantastiques journées. À un moment, il leur jeta tout de même un coup d'œil et put voir que les deux filles ne discutaient plus avec leurs amis. Elles observaient Sirius et souriaient tout en se faisant des messes basses.

Remus savait ce qui leur passait par la tête, cela arrivait tout le temps après tout. Il observa Sirius, voulant voir si lui aussi l'avait remarqué, si comme d'habitude, il avait son petit sourire de séducteur lorsqu'il remarquait qu'il plaisait à quelqu'un. La majorité du temps, il ne le faisait pas exprès et s'en fichait bien. Il était juste extrêmement vaniteux. Mais à sa grande surprise, le Gryffondor regardait dans sa direction, songeur.

-Qu'est- ce qu'il y a ? lui demanda-t-il.

Sirius lui sourit et lui annonça qu'ils en parleraient après.

Remus remarqua alors que son ami semblait préoccupé. Il se demanda si ça avait à voir avec James et la pleine lune, s'ils partageaient les mêmes doutes. Il fut heureux lorsqu'ils quittèrent enfin la navette. Il entraina Sirius, s'éloignant précipitamment des autres. Les deux filles furent déçues, mais Remus n'en était que plus heureux.

Ils ne rentrèrent pas tout de suite au château, il y avait trop de gens. De plus, le couple voulait profiter encore d'être tous les deux en dehors de Poudlard.

-Quelque chose ne va pas ? s'inquiéta le châtain.

-Je pensais à Marlene, avoua Sirius.

Remus tenta de cacher sa surprise.

-Tu penses qu'elle est vraiment partie ? Qu'elle se soit enfuie ? poursuivit le brun.

Remus prit quelques secondes pour y réfléchir sérieusement.

-Ça m'en a tout l'air. Si c'est vraiment le cas, c'est une surprise. Mais en même temps, ce n'est pas si étonnant. Elle avait trop à perdre. On connaissait son secret. Je pense aussi que Marlene éprouvait de réels regrets, ça a dû devenir trop dur ces dernières semaines avec l'attaque. Mentir à tout le monde, avoir l'impression que l'attaque est de sa faute…

Sirius souffla, l'air triste.

-Si elle a réussi à convaincre ses parents de partir, de tout quitter, elle a dû au moins leur dire une partie de la vérité.

Remus n'y avait pas pensé mais c'était fort probable. On ne pouvait pas tout quitter du jour au lendemain sans une bonne raison.

-Tu penses que son frère était avec eux ? Qu'ils sont partis pour être ensemble ?

-Pour quoi d'autre ? C'est pour ça qu'elle l'a fait évader en premier lieu.

Remus ne répondit pas.

-Une partie de moi se dit que c'est injuste qu'elle ne réponde jamais de ses actes. L'autre se dit qu'elle a déjà assez souffert comme ça, avoua le châtain.

-C'est une manière de voir les choses.

Sirius voulut dire quelque chose, mais hésita avant de se lancer.

-Je suis quand même triste de me dire que je ne la reverrai probablement plus jamais.

Remus baissa les yeux.

-Moi aussi, je n'ai pas été tendre avec elle la dernière fois qu'on s'est parlé. Elle voulait s'excuser et je n'ai rien voulu entendre. Elle me disait qu'on faisait tous des choix discutables pour ce qu'on pensait juste. J'ai été méprisable avec elle, lui affirmant que ce ne serait jamais mon cas, que je ne serais jamais lâche comme elle…

Remus se sentit mal et eut la gorge nouée en repensant à Peter, à la manière dont leur amitié s'était finie. Il s'était obstiné et aujourd'hui, il le regrettait encore tellement. De la même manière qu'il regrettait ses réactions face à son ancien meilleur ami, il regrettait les mots qu'il avait jetés à la figure de la Serdaigle.

-Elle avait raison, je l'ai critiquée alors que j'ai fini par faire bien pire qu'elle. J'ai torturé un homme, Sirius…

Il sentit ses yeux s'embuer et renifla. Il avait honte de se laisser aller mais Sirius le prit dans ses bras et Remus soupira de soulagement.

-C'était mon idée et tu ne l'aurais jamais fait si j'avais été capable d'aller jusqu'au bout. On était deux, ne l'oublie jamais.

Ils ne dirent rien pendant un instant. Remus ne savait même pas qu'il se sentait si affecté par le départ de Marlene avant qu'ils n'en parlent tous les deux. Après tout, il n'avait jamais vraiment été ami avec la Serdaigle. Des connaissances tout au plus. Aux Trois Balais, il s'était senti gêné et regrettait que cette histoire se finisse ainsi. Mais là, avec Sirius qui reconnaissait sa propre tristesse, son incompréhension, Remus s'était laissé aller. Il espérait sincèrement que maintenant, où qu'elle soit, Marlene était heureuse.

-J'espère que tout ira bien pour elle à présent.

-Je l'espère aussi. L'avantage, c'est qu'au moins, Jedusor n'est plus un problème pour elle.

Remus espérait que ce soit vrai.

xXx

-Nous devrions faire une pause, je ne crois pas que ce soit bon que tu forces autant.

Severus observa Lily boiter. Il voyait l'agacement se lire sur son visage. Elle était fatiguée et ce n'était pas étonnant après avoir déambulé dans tout le village une grosse partie de la journée. Le Serpentard le savait, ils auraient dû rentrer tout de suite après le repas aux Trois Balais. Ce n'était pas sérieux. Pas seulement par rapport à Lily, mais pour lui aussi. Son entretien était demain et ils auraient dû réviser, préparer son argumentation, choisir ses vêtements, pourquoi pas même s'entraîner. Ensuite, il aurait mangé un repas léger puis se serait couché de bonne heure.

Il aurait éventuellement même pu solliciter Regulus pour ses cheveux. Il ne savait jamais comment utiliser tous les produits que lui avait passés le 6e année. Ils vivaient tellement dans deux mondes différents ! Pour se laver le visage, Severus n'avait toujours utilisé que de l'eau alors que le Serpentard faisait un gommage une fois par semaine et utilisait une espèce de savon minéral tous les soirs. Bien entendu, il ne parlait pas de la crème hydratante qu'il utilisait à l'occasion quand le temps était trop frais.

Enfin, cela faisait aussi dire au 7e année que même les gens beaux devaient fournir des efforts pour le rester. C'était quelque peu rassurant.

S'il réussissait son entretien, Severus entrerait dans un Nouveau Monde et il était déterminé à ne plus être le même qu'à Poudlard. Il voulait commencer à s'aimer, qu'on le prenne au sérieux, qu'on remarque son talent et qu'il puisse enfin s'épanouir. Mais plus que tout, il voulait que sa relation avec la rousse change.

Malgré tous ses efforts, le Serpentard n'arrivait pas à combler la distance que sa petite-amie avait instauré. À chaque fois qu'il essayait, il se heurtait à sa dureté, à sa colère, à ses sarcasmes. Lily avait changé. Le problème était qu'il n'était pas sûr qu'elle redevienne comme avant même si sa jambe guérissait.

-Nous devrions faire une pause, insista Severus. Nous n'aurions pas dû venir.

Lily s'arrêta et soupira.

-Peux-tu arrêter de toujours être négatif ?

-J'essaie simplement de t'aider, tu te pousses toujours au-delà de tes limites.

-Et toi, tu me ralentis ! J'en ai marre de t'entendre geindre à longueur de journée ! Je ne suis pas une incapable !

Il y eut un instant de silence pendant lequel Severus ne sut comment réagir. À présent, il avait l'impression que la rousse ne cherchait même plus à ne pas le blesser. C'était évident que ce n'était pas agréable et le brun ne comptait plus le nombre de fois où Lily lui avait fait du mal avec ses mots. Généralement, il n'osait rien dire. Il lui trouvait des excuses et c'était facile. Elle venait de vivre un évènement traumatisant, elle avait dû tuer un Basilic, elle avait vu sa meilleure amie mourir… Elle boiterait probablement pour le reste de sa vie, son avenir était incertain.

-Je ne comprends pas pourquoi tu me fais du mal comme ça, souffla-t-il.

En voyant le regard coupable de Lily, il regretta aussitôt. Ces mots lui avaient échappé. Qu'allait-il faire maintenant si la Gryffondor lui disait que ça ne marchait pas, qu'ils ne se comprenaient plus et qu'il était préférable qu'ils fassent une pause ou pire, qu'ils se séparent ?

-Ce n'est pas ce que je voulais dire, tenta-t-il maladroitement.

-Je ne sais pas, répondit Lily alors qu'elle baissait la tête. La vérité, c'est que c'est plus fort que moi. Le pire, c'est que je ne le pense même pas…

Severus en fut atterré. Il se mordilla les lèvres, accusant difficilement le coup.

-C'est probablement parce que tu m'en veux, souffla-t-il et Lily fronça les sourcils. Tu me fais payer un truc, Lily et ça ne peut qu'être par rapport à l'attaque.

-Non, non, ce n'est pas ça, Severus. Tu n'es pas responsable de ce qu'il s'est passé, le rassura-t-elle.

-Je n'étais pas pour qu'on aille à l'infirmerie. Je t'ai laissé aller au-devant du danger alors que je suis resté à l'abri dans la Grande Salle. Si tu regardes bien, je suis le seul à ne pas avoir été véritablement blessé. Je suis celui qui s'en est le mieux sorti.

Severus serra les poings. Avait-il manqué de courage lors de l'attaque ? Tout le monde avait été blessé, d'autres avait subi plus encore et lui, qu'avait-il perdu ?

Le fait que Lily tarde à répondre ne fit que confirmer ses propos. Il releva difficilement la tête, prêt à affronter son jugement. Mais sur le visage de Lily, il n'y avait plus aucune colère ni de ressentiment. Elle lui renvoyait juste une immense tristesse.

-Je ne savais pas que pendant tout ce temps, tu pensais tout cela.

Severus ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais aucun mot n'en sortit, pas même un son. Lily lui prit alors la main et l'attira jusqu'à un banc pour qu'ils puissent s'asseoir. Elle souffla et le brun put sentir sa nervosité.

-Je sais que dernièrement, j'agis de la pire des manières avec toi et que je suis tout le temps en colère ou frustrée. Mais sache que tu n'as rien fait de mal et que je t'aime, Severus. S'il te plait, n'en doute jamais. Même quand j'agis comme une sombre idiote.

Sa voix se fit chevrotante et elle eut du mal à retenir ses larmes.

-C'est juste que je retiens tellement de choses en moi… J'ai toujours agi en fonction des autres, pour les autres. J'ai essayé de recoller maintes fois les morceaux avec ma grande sœur, de faire comme si ses piques ne m'atteignaient pas pour que ma mère ne se sente pas coupable ou même désolée. J'ai dû couper les ponts avec de nombreux amis d'enfance parce que c'était trop compliqué par rapport aux secrets que je garde. Le pire est sans doute ce rythme, cette excellence que je m'impose à Poudlard pour prouver que j'ai ma place ici. J'ai l'impression de faire constamment des sacrifices et de ne jamais avoir de récompense. Ma jambe ainsi que l'attaque, c'était juste la goutte d'eau. Je trouve ça tellement injuste ! Pourquoi moi ? Tout ce que j'ai fait avant n'a servi à rien !

Elle secoua la tête.

-Je ne sais plus ce que je veux, ni qui je suis. J'ai l'impression que le monde magique ne m'a apporté que de mauvaises choses….

Elle s'essuya le coin des yeux pour effacer les larmes qui menaçaient de couler.

-Lily, fit Severus, bouleversé par ses confidences.

-Ce n'est pas toi que je déteste, mais moi. Parce que je me sens faible, diminuée et incapable de remonter la pente. Je suppose qu'il m'est juste plus facile de passer mes nerfs sur toi parce que je sais que jamais tu ne m'abandonneras. J'ai honte de moi. Tout ça parce que je n'arrive pas à affronter mes faiblesses !

Elle fondit soudain en larmes et des passants, interpellés, les observèrent d'un air curieux. Severus les ignora et prit sa petite-amie dans ses bras. Il avait bien vu que Lily n'allait pas bien, mais il ne se serait jamais douté que c'était à ce point-là. Elle était complètement bouleversée et perdue. L'attaque l'avait marquée de manière violente et pérenne.

-Tu n'es pas faible, Lily, c'est normal que tu craques, que tu aies du mal à gérer. Tu es humaine, tu as juste atteint tes limites. S'il te plait, arrête de me repousser et repose-toi sur moi. Je ne t'abandonnerai jamais.

Elle ne lui répondit pas, mais il sentit qu'elle resserrait ses bras autour de lui.

xXx

En entrant dans la salle commune des rouges et or et en observant tous ces Gryffondors si bruyants, Regulus se demanda s'il pouvait encore retourner dans son dortoir. Au loin, il croisa le regard de son grand frère et il sut qu'il était à présent trop tard. La prochaine fois, il tenterait d'être plus rapide ou il dirait non dès le début. A ses côtés, il savait que Severus était aussi mal à l'aise que lui et cela le rassurait assez. Comme son ami avait un entretien important le lendemain, il avait prévu de ne pas rester longtemps. Regulus s'arrangerait pour partir en même temps que lui.

Pamela invita alors Severus à la rejoindre et tous deux s'installèrent avec les autres, au centre de la pièce. Des boissons et des snacks beaucoup trop sucrés étaient dispersés sur la table basse. Remus avait ramené son tourne-disque et une musique moldue s'élevait déjà dans la pièce. Ce n'était pas fort pour que les élèves puissent continuer à discuter. De plus, personne ne voulait attirer l'attention des professeurs ou encore de Rusard. Cela ne ressemblait pas encore tout à fait à une fête, c'était plus un grand rassemblement.

Tout le monde serait rentré pour le couvre-feu qui était repoussé d'une heure le week-end et Regulus supposait qu'après la belle journée à l'extérieur qu'ils avaient eu aujourd'hui, beaucoup avaient envie de prolonger le rêve. Le brun observa son ami et la Serdaigle. Regulus savait que Severus n'était venu que parce que Pamela avait appréhendé de s'y rendre seule. Cela avait arrangé Regulus qui, à part son frère et Remus, n'était pas très proche des Gryffondor. Il pensa alors à James et à combien il aurait aimé qu'il soit là.

Après un soupir, le 6eme année rejoignit son frère qui lui fit une accolade.

-Je suis content que tu sois venu.

-Avais-je le choix ? lança-t-il d'un air dramatique.

Sirius sourit.

-On a toujours le choix. Ne fais pas comme si c'était un supplice, je sais que tu aimes plus ton grand frère que ta tranquillité.

Regulus se renfrogna, prêt à protester, mais Sirius reprit la parole.

-Quant à moi, sache que je t'aime plus que tout. Tu es mon nord, Regulus.

Le Serpentard fronça les sourcils. Il ne comprenait pas la référence. Pourtant, il avait l'impression que son grand frère venait de dire quelque chose dont il n'avait pas l'habitude et qui était horriblement gênant. Il voulut l'interroger mais déjà, quelqu'un criait pour proposer de faire un jeu.

-On y va ? lui demanda Sirius.

Regulus acquiesça : le temps passerait plus vite s'il tentait de s'amuser.

Il se mêla aux autres et remarqua qu'Edmont et sa petite amie étaient là. Rien d'étonnant. Elisa était à Gryffondor après tout.

Sans grande surprise, ils jouèrent aux jeux habituels par petits groupes. La musique était rythmée et quelques-uns chantaient et dansaient plus loin dans la salle. Remus parlait vigoureusement avec Isabel et un Serdaigle à côté du tourne-disque. Regulus surprit alors le regard de son frère qui fixait le même endroit avec intensité.

Regulus haussa un sourcil à son intention lorsque leurs regards se croisèrent.

-Ça me rappelle des souvenirs, lui confia-t-il.

Le 6eme année fronça les sourcils, se demandant si c'était le tourne-disque, la soirée ou alors juste le fait de regarder Remus de loin qui lui rappelait des souvenirs. Ces derniers jours, Sirius semblait soit extrêmement heureux, soit étrangement nostalgique. Pour autant, le brun n'eut pas le loisir d'y penser plus longtemps. Déjà, on lui demandait d'être plus réactif et de jouer !

Très vite, ils changèrent d'activité et quelqu'un opta pour un jeu de devinettes. C'était moldu et très peu d'entre eux savaient ce que c'était. Mais ils étaient tous curieux et surtout, ils pouvaient tous jouer. Ils firent plusieurs petits groupes et on expliqua aux néophytes de quoi il s'agissait. Regulus fut soulagé de se retrouver dans le même groupe que son frère et son amoureux avec Edmont et Isabel.

-Erd ne voulait pas venir ? lui demanda Isabel qui s'était habituée à voir les deux Serpentard ensemble.

-Non. Et puis, je ne suis pas sûr qu'on aurait laissé une 2ème année entrer à ce genre de soirée.

Edmont rigola.

Le jeu commença et Lily fut la première à jouer pour son groupe. Elle dut imiter un oiseau et faire deviner le mot en moins d'une minute. Regulus, qui prenait toujours tout au sérieux, observa la manière dont jouaient ses concurrents. Il étudia ainsi la raison pour laquelle certains arrivaient à faire deviner les mots et d'autres se trompaient. Mais surtout, il regardait comment ne pas être ridicule. Il comprit néanmoins très vite que c'était impossible et que c'était sans doute ce qui faisait le charme du jeu.

Il commença à se détendre et éclata même de rire quand Severus dût imiter un Hippogriffe. C'était agréable parce que cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ri comme ça.

-J'ai hâte de te voir à l'œuvre, le taquina son frère et Regulus se renfrogna.

Heureusement, quand ce fut le tour de leur groupe, Edmont se proposa pour faire deviner le mot. Il lut le papier avec le mot à faire deviner et soupira. La minute réglementaire débuta et il resta bien dix secondes sans rien faire avant qu'Isabel ne lui crie de faire quelque chose.

Cela réussit à débloquer Edmont qui pointa Remus du doigt et celui-ci pencha la tête, perdu. Le 5e année fit ensuite semblant de manger quelque chose, mima des cercles au niveau de son ventre et mit finalement ses mains sur ses joues, son expression reflétant le bonheur.

-Chocolat ! crièrent en cœur Isabel, Sirius et Regulus.

Edmont valida et tout le monde éclata de rire. Remus rougit alors et donna un coup de coude à son petit-ami.

Le jeu continua mais comme ils étaient nombreux, tout le monde ne put pas passer et beaucoup en furent soulagés. Regulus en faisait évidemment partie. Le temps fila et le jeu prit fin. Dans moins d'une heure, tout le monde devrait partir. Regulus chercha alors Severus du regard, étonné que celui-ci soit encore là. Il discutait avec Lily et Dorcas. Regulus hésita à partir. Il s'amusait bien, peut-être pouvait-il rester jusqu'au bout finalement…

-A quoi tu penses ? l'interrogea son frère.

-Rien. Juste que c'est agréable d'avoir de nouveau des moments comme ça, avoua-t-il.

Sirius ne put qu'acquiescer.

Regulus savait néanmoins que ça ne durerait pas. Lundi, il serait déjà temps pour eux de se réveiller et d'affronter la dure réalité de la vie. Quoique lui n'aurait pas grand-chose à faire pour une fois. Il le regrettait d'ailleurs. C'était plus dur d'attendre sans pouvoir être au cœur de la bataille. Et si quelque chose se passait mal ? S'ils avaient besoin de lui ? Il ne pouvait s'empêcher de s'interroger, de s'inquiéter alors même qu'il savait qu'il ne serait d'aucune utilité, que sa présence ne changerait rien. C'était plus fort que lui.

Si seulement il était un Animagus comme son frère et Remus ! Il aurait dû y penser plus tôt. Regulus regrettait de ne pas avoir demandé à Padfoot lorsque l'esprit était encore là. Il avait été un Animagus, il aurait pu lui dévoiler le secret de ce pouvoir. Mais avant que James ne soit mordu, il ne pensait pas qu'il aurait besoin d'une telle compétence.

-Comment as-tu fait ? demanda le Serpentard à son frère.

La musique était toujours présente. Les gens avaient arrêté de jouer et dansaient, profitant des derniers instants. Personne ne faisait attention à eux. Pourtant, Sirius choisit de l'emmener en haut dans son dortoir. Visiblement, le Gryffondor avait tout de suite deviné de quoi son frère parlait.

-J'espère que tu ne me poses pas la question parce que tu cherches encore un moyen de venir. De toute façon, même si je te le disais, tu n'y arriverais pas à temps. Il te faudrait un an, voire plus. Ce n'est pas quelque chose que tu peux accomplir comme ça.

-Je sais, j'ai bien compris que je n'aurais pas d'aide de ta part, bouda le 6eme année.

Regulus s'installa sur le lit qu'il pensait être à son frère et Sirius le rejoignit.

-J'aimerais juste savoir comment tu as fait. C'est si soudain. Ça m'interpelle, c'est tout.

Sirius détourna le regard et se passa une main nerveuse dans les cheveux.

-J'ai déjà dit que James et moi avions commencé il y a plusieurs mois. On a raté un nombre incalculable de fois. Après l'évasion, ce n'était plus notre priorité, James était agacé de rater, je crois qu'il n'en avait plus trop envie. Moi, j'ai continué un peu comme ça. J'avais réussi à accomplir plus de la moitié des étapes lorsque Poudlard a été attaquée. J'ai juste voulu ne pas gâcher la chance que j'avais quand j'ai appris que James était un loup-garou.

-Mais comment tu as fait lorsque tu étais à Cardiff et ensuite quand tu étais alité ? C'est possible de continuer même si tu n'es pas totalement conscient ? s'étonna Regulus.

À cet instant, le Serpentard put voir le visage de son frère se fermer. Apparemment, il n'était pas suffisamment à l'aise pour rentrer dans les détails.

-Écoute, j'ai réussi, c'est le principal, non ?

Le Gryffondor était sur la défensive et cela surprit le brun.

-Pourquoi tu n'as rien dit tout de suite ?

Sirius fronça les sourcils, ne comprenant pas le sens de sa question.

-Personne ne savait, tu aurais pu le dire bien avant que la première pleine lune n'arrive, précisa Regulus.

-Je voulais vous faire la surprise, répondit le Gryffondor en haussant les épaules.

Regulus voulut l'interroger une fois de plus, mais Sirius ne lui en laissa pas le temps.

-Ça suffit avec cet interrogatoire, tu n'as pas envie de savoir ce que je suis ?

Les yeux de Regulus se mirent alors à briller d'enthousiasme. Son frère le connaissait bien.

-Le sinistros, répondit Sirius.

Regulus perdit son sourire et devint blême. Le lion tenta alors de contenir son sourire, mais n'y parvint pas et Regulus comprit que son frère s'amusait à ses dépens, une fois de plus.

-Tu es tellement immature, râla-t-il.

-Je suis juste un gros chien noir ! Quoique, je peux prétendre être un loup à ceux qui n'y connaissent rien !

Regulus sourit.

-Padfoot aussi était un gros chien noir.

Sirius ne répondit pas.

xXx

-Je ne pensais pas que tu viendrais, et encore moins que tu resterais aussi longtemps, lança Lily.

Severus haussa les épaules. Lui-même était encore étonné.

-Je ne comptais pas venir mais dans mon dortoir, je passais mon temps à stresser et à penser à demain. Je ne suis même pas sûr de dormir cette nuit.

-Tu as bien fait de venir, ça te permet de te détendre. Tu peux même boire du thé ou prendre un bain quand tu rentreras dans ton dortoir, ce genre de méthode fonctionne à coup sûr, lança Dorcas.

Lily acquiesça. Elle attrapa ensuite la main de Severus pour la serrer dans la sienne. Le futur potionniste ne s'y était pas attendu et il rougit. Dorcas lui souriait également et cela lui paraissait irréel.

Lily n'avait plus agi ainsi avec lui depuis tellement longtemps. Cela datait de bien avant l'attaque. Cela lui rappelait l'époque avant qu'elle ne sorte avec James, où ils avaient été si proches et inséparables. La rousse lui avait certifié qu'elle allait fournir des efforts et qu'elle n'avait rien contre lui. À cet instant, elle prouvait qu'elle n'avait pas menti et qu'elle désirait réellement retrouver une relation plus paisible et stable.

-Je vais essayer le thé et je prendrai un long bain demain matin, lâcha-t-il, la voix incertaine.

Il se racla ensuite la gorge pour se reprendre.

-Je t'admire, Severus, fit soudain Dorcas.

Le Serpentard haussa un sourcil.

-Je veux dire, tu sais ce que tu veux faire, tu es motivé et tu te donnes les moyens pour y parvenir.

-C'est vrai, continua Lily. Pour ma part, je suis au stade où je ne sais même pas si je veux rester dans le monde magique après Poudlard.

Severus sentit son cœur se serrer. Lily l'avait évoqué plus tôt et il espérait de tout son cœur qu'elle change d'avis. Elle était une sorcière extraordinaire et le monde magique aurait besoin de son talent dans l'avenir. Mais il ne pouvait pas lui dire de rester juste parce qu'il n'avait pas envie qu'ils soient séparés. Lily éprouvait un mal à être dans le monde magique et s'il persistait, ce serait dur pour elle de rester.

-Je te comprends, je suis également totalement perdue. Jusqu'à présent, la seule chose à laquelle je pensais était d'être enfin première quelque part. A présent, ça ne me semble plus si important que ça alors que le système mis en place aurait enfin permis de valoriser mes efforts. Je crois que je réalise seulement maintenant que ma vie à Poudlard à une fin…

Severus pouvait sentir la tristesse dans la voix de Dorcas. Il ne lui avait jamais trop parlé avant mais à présent, il se rendait compte que c'était une chouette fille, équilibrée et gentille.

-Enfin bon, ce soir, on n'est pas là pour ruminer nos échecs et notre peur de l'inconnu. Le but est de passer le maximum d'énergie positive à ce très cher Severus qui est si stressé ! rigola Lily.

-Je t'imagine tellement être tout crispé devant ton futur maître d'apprentissage, pouffa Dorcas. Après, peut-être que ce n'est pas très grave, je crois que je n'ai jamais vu de potionniste cool. M. Lavoir est très rigide de ce que j'ai entendu dire.

Severus ne pouvait pas lui donner tort.

-Je crois que ça me rassure, je ne saurais pas comment agir avec quelqu'un de trop amical, révéla-t-il.

Lily acquiesça et ils continuèrent de parler, de l'encourager. A un moment, le sujet de la conversation changea et cela alla très bien au Serpentard. Cela lui permit de penser à autre chose. Quand il fut temps de partir, il le regretta. Il aurait aimé rester plus longtemps pour discuter avec Dorcas et Lily.

xXx

M. Lavoir, le maître potionniste, se leva et Severus sut ainsi que l'entretien était fini. L'homme n'avait rien laissé paraître durant la demi-heure qui venait de s'écouler. En vérité, il n'avait pas non plus beaucoup parlé. Lavoir n'était pas connu pour sa bonhomie ou encore sa conversation. Beaucoup lui reprochaient même son air sinistre et sa difficulté à s'ancrer dans son temps. Severus n'en avait que faire. Ce qui l'intéressait était le savoir que l'homme lui promettait, mais surtout les conditions de son apprentissage.

Le psychomage Jedusor avait fait jouer ses relations pour lui et avait réussi à lui dégoter de très belles offres. Dans le lot, il y avait le meilleur potionniste de son temps. Généralement, celui-ci avait 3 ou 4 apprentis dans l'année. Severus aurait aimé inscrire sur son CV qu'il avait eu la chance d'être formé par le meilleur. Malheureusement, la réputation du numéro 1 s'étiolait. On le disait fatigué, moins présent. Il laissait beaucoup de son travail à ses apprentis et s'en attribuait le mérite. Bien entendu, il les formait, mais avec 4 nouveaux apprentis tous les ans à raison de 3 années d'études, cela devenait compliqué de consacrer tout le temps nécessaire à chaque individu.

Lavoir n'avait pas la réputation de son confrère, mais Severus se retrouvait en lui. Il venait d'un milieu difficile et s'était construit seul. Surtout, Lavoir avait vu son potentiel et désirait réellement s'occuper de lui, lui donner sa chance. Il serait dur, mettrait un point d'honneur à ce que les traditions soient respectées et les bases dûment apprises, mais Severus était prêt. Il était prêt à tout pour enfin quitter le foyer familial. Son père ne lui manquerait pas. A priori, ce dernier n'attendait même que ça. Cela faisait si longtemps qu'ils ne partageaient plus rien. Les coups et les insultes ne manqueraient certainement pas au Serpentard.

Ce qui adviendrait de son père par la suite, ce n'était plus de son ressort. Cela l'avait travaillé au début, quand l'idée de son départ avait commencé à devenir plus concrète. Une part de lui avait appréhendé ce moment, s'était même inquiétée pour lui. Il s'était trouvé ridicule. Il n'aurait dû ressentir que du bonheur à l'idée de quitter ce monstre, ce père abusif et violent. Malheureusement, il restait son père, l'homme qui l'avait élevé et vu grandir. Et malgré tout le mal qu'il lui avait fait, Severus ne pouvait oublier les années de bonheur lorsque sa mère était encore là.

Néanmoins, de cet homme qu'il avait tant admiré, il ne restait plus rien qu'un alcoolique rongé par le chagrin et la violence. Il trouvait sa vie si minable, mais était incapable de changer. La frustration lui faisait passer ses nerfs sur son fils trop chétif, trop faible, trop bon pour se défendre.

Pour se dégager de ce sentiment de culpabilité à l'idée de l'abandonner, Severus avait dû se rappeler tout ce qu'il avait subi. Il ne devait pas hésiter, ne pas avoir de regret. Son père n'en avait jamais eu à son égard. Il avait choisi de lui faire du mal et de s'enfoncer dans la misère.

C'était ainsi.

De plus, le Serpentard avait suffisamment à faire pour se rajouter des problèmes.

-J'ai pu recueillir un grand nombre d'éléments de réponses pour savoir si une collaboration est possible. Je vous le répète, mais j'ai bien aimé ce que vous avez montré lors du Tournoi, même si le résultat n'a pas été à la hauteur. Passer la sélection est déjà remarquable.

-Merci, dit-il.

Lavoir n'était pas du genre généreux en compliments alors cela lui faisait plaisir.

-J'ai également pu commencer à recueillir les appréciations de vos professeurs et votre bulletin de notes. J'ai eu de premiers bons retours, ma foi. Cela s'annonce bien, je crois.

Severus acquiesça, craignant de dire une bêtise au dernier moment.

-Je vais prendre encore quelques jours pour réfléchir et vous donnerai ma réponse sous quinzaine. Je n'ai pas l'habitude de faire durer le suspense mais à priori, je ne vois pas de raison de ne pas vous prendre en apprentissage. Continuez à travailler dur, soyez exemplaire et surtout ne faites pas de vagues. Je n'aime pas les ennuis inutiles. Évitez également de vous faire remarquer.

-Bien entendu. Je vous remercie encore de me donner ma chance.

-Ce n'est pas encore fait, rappela Lavoir.

Severus ne put qu'esquisser un sourire crispé.

Les deux hommes échangèrent ensuite une poignée de main et Severus quitta le bureau qu'avait mis à disposition l'école. Une fois la porte fermée, le Serpentard relâcha enfin la pression. Il l'avait fait. A présent, il n'avait plus qu'à attendre. Le reste n'était pas de son ressort.

Le brun avait envie de partager sa joie avec sa copine, de lui raconter comment cela s'était passé. Il n'avait envie de partager ce moment qu'avec elle. Néanmoins, Severus avait discuté la veille avec Lily et il savait qu'elle doutait d'elle, de son avenir, de tout. Alors qu'elle était si malheureuse, était-ce vraiment une bonne idée d'aller mettre en avant son propre bonheur ? Elle l'avait soutenu la veille et cela lui avait fait tellement plaisir. S'il revenait déjà lui parler encore de son entretien, n'en aurait-elle pas marre ? Il ne voulait pas avoir l'air insistant ou jouer les faux modestes en parlant de ses craintes alors qu'au bout du compte, tout s'était bien passé.

Il était sans doute préférable qu'il ne dise rien. Si Lily lui posait la question, il lui répondrait néanmoins volontiers. Et puis, cela avait beau être en bonne voie, rien n'était encore fait. Peut-être valait-il mieux qu'il attende. S'il se précipitait trop, il risquait de se porter la poisse.

Résolu, le brun prit le chemin de sa salle commune. Il avait encore du temps pour réviser avant le repas du soir. Tout le long du chemin, Severus repensa à son entretien et même s'il ne voulait pas trop espérer, tout s'était si bien passé qu'il avait l'impression d'avoir déjà son ticket. Bien entendu, si finalement il n'obtenait pas ses ASPICS, il pourrait dire adieu à sa formation. Mais il ne s'en faisait pas trop pour ce point-là. En toute modestie, il avait de bonnes notes et en bossant bien, il pouvait largement s'assurer son diplôme.

Perdu dans ses pensées, le brun ne remarqua qu'au dernier moment que Erd se trouvait assis par terre, juste devant la porte de la salle commune des Serpentard. L'adolescent était replié sur lui-même, semblant même vouloir se tapir dans l'ombre. Néanmoins, malgré tous ses efforts, Severus les voyait clairement : ses oreilles et ses griffes acérées dépassaient. Celles-ci avaient abîmé ses chaussures qui étaient à présent trouées.

Severus eut un mouvement de recul. Erd ne l'avait pas encore remarqué et le Serpentard ne savait pas quoi faire. Que s'était-il passé ? Devait-il prévenir un professeur ? Le brun ne pouvait pas le cacher, il n'était pas à l'aise. Il n'était pas comme Regulus, à avoir une sorte de fascination pour toutes les bêtes curieuses. Severus appréciait Erd et était véritablement touché par sa situation mais malgré l'innocence de l'adolescent, il n'oubliait pas qu'une bête féroce sommeillait en lui. Sa réaction était normale, d'autres auraient même fait pire que lui.

-Severus ?

Erd se leva, visiblement soulagé de le voir.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Severus, prudent.

-Je-je ne sais pas. Les autres se sont énervés contre moi et j'ai perdu le contrôle. Ils ont eu peur, je crois. Ils m'ont frappé et m'ont mis dehors…

Erd observa ses mains, laissant Severus choqué par son récit. Il comprenait que sa transformation ait pu créer un vent de panique mais le frapper ! Il avait seulement 12 ans…

-Je pense qu'il faut prévenir un professeur, suggéra-t-il, perdu. Regulus est-il au courant ?

Erd secoua la tête. Il fit alors un pas vers le 7ème année, mais celui-ci recula précipitamment et Severus s'en voulut quand il vit la tristesse dans le regard du plus jeune.

-Quelqu'un est déjà parti chercher le professeur Slughorn. Je ne sais pas ce qui va m'arriver... J'essaie de faire disparaître tout ça, mais je n'y arrive pas ! s'écria-t-il soudain, à bout de nerfs.

Il montra ses griffes alors que ses oreilles se dressaient.

Erd regarda alors derrière Severus et celui-ci fit de même. Il vit leur directeur de maison arriver au pas de course, sa baguette levée. Il était accompagné de trois autres élèves, des Serpentard qui avaient dû aller le dénicher pour qu'il règle le problème.

Severus commença à s'inquiéter de la tournure que prenait la situation. Hier encore, il partageait un repas avec le 2 ème année et tout le monde semblait tendu. Et si ça se terminait mal ?

-Severus ? l'interpella Erd, inquiet.

Le 7e année ne savait pas quoi faire. Slughorn allait-il se servir de sa baguette ? Si c'était le cas, il valait peut-être mieux qu'il ne reste pas dans le chemin. Enfin, un professeur ne pouvait pas faire usage de la force sur un élève comme ça. Erd était plus terrorisé et stressé que dangereux à cet instant. Du moins le pensait-il. Severus ignorait également comment le jeune Serpentard pouvait réagir lorsqu'il se sentait acculé.

-Il n'est pas dangereux, il est juste chamboulé, fit Severus à l'adresse de son directeur tout en espérant ne pas se tromper.

-Qu'est-ce que tu fous, Snape ? s'agaça un de ses camarades.

-T'es de son côté, tu ne vois pas que c'est un monstre ? réagit un autre.

-Cela suffit ! tonna leur directeur de maison. Retournez dans vos dortoirs, je m'occupe de la suite.

Severus hésita. Ses camarades, eux, ne se firent pas prier pour retourner dans leur salle commune, en sécurité.

-Ne me laisse pas seul, l'implora Erd. J'ai peur !

Severus pouvait le comprendre, il avait été brimé plus tôt par ses camarades. Mais là, il s'agissait d'un adulte responsable de lui et de sa sécurité. Tout se passerait bien.

Severus se détourna et rentra lui aussi dans la pièce. Il tenta de se convaincre qu'il avait fait le bon choix. Il n'en avait pas d'autres de toute façon, il ne pouvait aller contre un ordre de son directeur de maison, surtout pour Erd qu'il connaissait à peine. Et puis, personne ne comprendrait qu'il prenne la défense ou même qu'il s'inquiète pour la créature que l'adolescent était devenu.

Lavoir le lui avait bien rappelé, il ne devait pas faire de vague et encore moins se mettre dans des situations gênantes ou pouvant être jugées polémiques.

Pourtant, Severus ressentait une espèce d'amertume en lui. Celle de ne pas avoir fait le bon choix.

xXx

La fin de journée avait été épuisante pour Lily. Elle était soulagée que celle-ci soit enfin finie et qu'elle puisse se reposer. A partir de demain, la rousse allait pouvoir utiliser la chambre que sa directrice de maison avait réussi à lui trouver. Cela faisait un moment que Lily avait fait la demande, mais elle savait que McGonagall avait fait tout son possible. Lily n'avait pas prévu de l'utiliser tous les soirs de toute façon. Par exemple, le week-end, elle serait dans son dortoir avec ses amies. Le reste de la semaine, cela dépendrait de son état de fatigue.

Dorcas avait proposé de l'aider à déménager certaines de ses affaires le lendemain, ainsi le lundi soir elle pourrait choisir de rester en bas si elle le désirait. Cela lui ferait bizarre de dormir seule, Lily ayant toujours connu les dortoirs à Poudlard. Et même si chez elle, Lily avait une chambre pour elle seule, il y avait suffisamment de bruit, de vie dans la maison pour qu'elle ne se sente pas isolée. A Poudlard, ce serait différent. Entendre du bruit alors qu'il n'y avait personne aux alentours, qu'elle ne pouvait pas savoir à quoi ça correspondait l'angoisserait. La rousse en était certaine.

Lorsqu'elle était seule, elle redoutait de penser à l'attaque, de se replonger dans ce jour maudit.

Lily soupira, entra dans la douche et accrocha sa serviette sur la porte avant de faire couler l'eau. Elle ne voulait pas trop y penser. Son seul désir était de profiter de sa nuit et d'être en pleine forme demain pour bien entamer sa semaine. Peu de temps après être entrée dans la salle de bain, la rousse entendit un groupe de trois filles entrer à son tour. Elles bavardaient. Comme la Gryffondor ne reconnaissait aucune des voix, elle comprit que ce n'était pas ses amies, ni même des filles de son dortoir.

La rousse se savonna et lorsque ses mains pleines de mousse passèrent sur ses jambes, elle s'arrêta. Elle fixa pendant de longues secondes sa cicatrice. Elle ne la trouvait pas moche, même si ne l'embellissait pas non plus. Elle se fichait bien de sa cicatrice en réalité mais Lily était heureuse de pouvoir tout de même la cacher. La lionne n'aurait pas aimé voir tous les jours dans le miroir la preuve de ce qu'elle avait traversé. Elle boitait et tout le monde la scrutait bien assez comme ça. Avec cette cicatrice, tant qu'elle ne se mettait pas en jupe courte, personne ne verrait rien.

Sa priorité était de guérir. Elle verrait pour la coquetterie et la mode plus tard.

Lily activa de nouveau l'eau chaude et commença à se rincer quand d'un coup, la porte de la cabine à droite de la sienne claqua brusquement. Elle se figea et jeta des coups d'œils apeurés autour d'elle alors que sa respiration s'emballait. Sa tête se mit à tourner et elle crut soudain entendre les cris du Basilic. C'était horrible, elle avait l'impression d'être de nouveau là-bas alors qu'elle savait bien que c'était faux.

Lily se laissa tomber par terre et se couvrit les oreilles pour échapper aux bruits alors que des larmes se mettaient à dévaler ses joues.

L'eau lui tomba dans les yeux et sa position lui fit mal. La Gryffondor savait ce qu'il se passait. Elle savait également qu'il fallait qu'elle se calme. Elle tenta alors de bouger et tant bien que mal, mit sa tête entre ses genoux. Elle se concentra ensuite sur le bruit de l'eau mais rien n'y fit. Pire, elle revoyait dans sa tête le moment où Alice était morte. Tout avait l'air si réel…. Un cauchemar dont elle ne pouvait pas s'échapper.

Elle frappa soudain sa jambe abimée et retint difficilement une exclamation de douleur. Elle reprit ensuite un peu pied avec la réalité et put de nouveau se concentrer sur le bruit de l'eau. Son sentiment d'oppression la quitta. Elle se remit à respirer normalement et il lui sembla même distinguer les bruits aux alentours.

Elle ne sut pas combien de temps elle resta ainsi, mais les trois filles quittèrent bientôt la salle de bain.

Lily se releva, termina de se rincer, se sécha et mit son pyjama avant de quitter à son tour la pièce.