Chapitre 49 : Le grand méchant loup
Partie 2
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Le psychomage faisait les cent pas dans son bureau. Depuis deux semaines environ que Poudlard avait rouvert ses portes, Jedusor n'était pas tranquille. Ce n'était pas la première fois qu'il le ressentait mais il y avait de plus en plus de grains de sable qui venaient compliquer ses plans. Cela venait une fois de plus de la même personne : Regulus Black. Ça avait commencé par des regards méfiants que le Serpentard lui avait lancés au début de sa prise de poste. Cela avait continué lorsqu'il avait refusé pour des raisons obscures de ne pas suivre de séances avec lui. Il y avait également des remarques ici et là, cette impression que le 6ème cachait quelque chose.
Et puis, il y avait eu l'attaque et les mots prononcés par Regulus.
Un célèbre proverbe moldu disait "Une fois, c'est une coïncidence, deux fois, c'est du hasard, et trois fois, c'est l'action de l'ennemi."
A présent, le psychomage en était convaincu, Regulus Black agissait contre lui. Le Serpentard n'avait qu'une idée en tête : contrecarrer ses plans. Mais Jedusor avait travaillé trop longtemps pour laisser un vulgaire adolescent réduire son rêve à néant.
Dans un accès de rage, Jedusor balaya d'une main les quelques objets qui se trouvaient sur son bureau. Il avait presque atteint son but. Il s'était fait un nom en exerçant dans différentes institutions réputées. Il avait fait connaître ses talents d'orateur, son intelligence et ses convictions en mettant en place le groupe de parole à Poudlard. Celui-ci avait beau avoir disparu avec l'arrivée des nouvelles directrices, l'objectif avait déjà été atteint. Il avait d'ores et déjà instillé ses idées et la graine du doute et de la méfiance chez beaucoup d'adolescents. Une grande quantité avait dû ramener ces mêmes graines chez eux, discutant avec leurs parents, partageant leur ressentiment et amenant ainsi d'autres options, une autre vision chez ces adultes.
Tom avait ensuite pu se faire une place dans certaines soirées mondaines auprès de familles fortunées, réputées et influentes. Ce n'était peut-être encore qu'un jeune loup mais il se faisait les crocs et lors des prochaines élections, il serait prêt. Il avait beaucoup appris lors de ces fameuses soirées. Notamment comment agir en société, les faux semblants, devant qui s'écraser, à qui lécher les bottes, qui avoir dans sa poche et les pions utiles et sacrifiables. La politique était un jeu de dupes et de mensonges, et le psychomage était doué à ce jeu.
L'ancien Serpentard avait approché diverses familles à qui il avait confié ses ambitions électorales et elles l'avaient toutes soutenu. Il avait déjà les promesses de parrainage et les signatures nécessaires pour sa présentation à l'élection de 1er Ministre. Il ne doutait pas que toutes ces promesses se concrétiseraient le moment venu. Il s'en assurerait.
La célèbre famille Black, qui avait pour principe de ne pas se mêler de politique, avait même accepté d'entrer dans la bataille avec lui le moment venu. C'était une prise de guerre énorme. Il avait tout pour réussir. Dumbledore n'avait plus la sympathie des citoyens et après deux mandats successifs, le ministre actuel n'avait pas réussi à améliorer la vie des gens. Beaucoup lui reprochaient de ne pas comprendre les priorités de la communauté sorcière anglaise. Il était centré sur l'intégration des nés-moldus et des modifications des infrastructures du pays. C'était sans doute nécessaire, mais les nés-moldus ne représentaient qu'un petit pourcentage de la population. Cela ne suffirait pas au Ministre pour se faire réélire.
Jedusor voulait jouer là-dessus. Il comptait parler à cette catégorie de la population qui se sentait oubliée. Il savait ce qui marchait et la peur était un des meilleurs moteurs. Elle avait la capacité extraordinaire d'annihiler tout raisonnement logique. Bien entendu, il ne comptait pas jouer que sur ce terrain-là. Il fallait également parler d'éducation et d'emploi.
L'évasion d'Azkaban, l'attaque de Poudlard et manipuler les élèves avaient été un mal nécessaire. La Grande Bretagne allait mal. Jedusor pensait qu'il était de son devoir d'agir. Il s'en sentait les capacités et le désirait ardemment. Pour lui qui avait grandi dans un orphelinat, qui avait été abandonné et n'avait dû compter que sur lui-même, devenir quelqu'un de si important serait sa plus grande revanche. Il pourrait ainsi montrer à tout un chacun quel puissant sorcier il était, que le pays avait besoin de lui. La population adorait ce genre d'histoire d'ailleurs : l'histoire d'un homme qui ne partait de rien pour arriver au sommet. C'était comme une leçon de vie. Il deviendrait alors un symbole de réussite.
Encore une fois, le psychomage savait ce qu'il devait à Dumbledore malgré tout. Cet homme, il l'avait admiré, fut un temps. Mais il estimait avoir largement payé sa dette et avec le temps, le vieux sorcier n'était devenu que l'ombre de lui-même. Il avait perdu toute sa flamboyance, sa combativité.
Jusqu'à présent, son plan s'était déroulé sans accroc. C'était bien pour cette raison que cela l'agaçait tant ! Comment ? Comment ?! COMMENT ! D'une manière ou d'une autre, Regulus l'avait percé à jour. Il était étrangement ironique qu'il s'agisse du fils chéri de ses principaux alliés. Jedusor ne comprenait pas et cela l'agaçait prodigieusement mais la première chose à faire était de retrouver son calme, pensa-t-il en voyant ses affaires éparpillées par terre. Le psychomage respira un grand coup, passa une main dans ses cheveux et, dans un geste expert, agita sa baguette pour réparer les dégâts.
Il s'installa ensuite derrière son bureau et posa le menton sur son poing fermé. Il devait réfléchir calmement. Son plan parfait comportait visiblement une faille et Regulus s'était engouffré dedans. A présent, il était devenu un caillou plus que gênant dans la chaussure du brun. A quel moment s'y était-il introduit ? Où avait-il commis une erreur ? Telle était la question. L'erreur venait-elle de lui ou de quelqu'un d'autre ? Greyback était mort, il s'en était chargé lui-même. Dolohov était un simple sbire en admiration devant lui et contraint par un Serment Inviolable alors la trahison n'aurait pas pu venir de lui. Jedusor savait également qu'avec le sort dangereux qu'il avait utilisé pour piéger les professeurs, il devait être mort maintenant. C'était une magie qui ne pardonnait pas.
Dumbledore avait dû utiliser un sort similaire pour leur permettre d'aller porter secours aux élèves. Mais l'ancien directeur était un sorcier puissant avec beaucoup de savoir et Jedusor n'avait pas de doute sur le fait qu'il arrive à vivre beaucoup plus longtemps. Néanmoins, il finirait par en mourir. Inévitablement.
Il pensait que cette nouvelle lui ferait quelque chose mais, preuve qu'il s'était complètement détaché du vieux sorcier, il ne ressentait rien. L'homme s'installa plus confortablement dans le fond de sa chaise et poussa plus loin ses réflexions.
Qui ? Comment ? Pourquoi ?! Ces questions tournaient en boucle dans sa tête. Marlene était une réponse potentielle. Elle ne savait pas tout pourtant car il ne lui avait jamais confié clairement ses plans. Pour la visite à Azkaban, il lui avait juste parlé de son frère comme elle semblait en avoir besoin. Ensuite, il l'avait habillement poussée afin qu'elle croie sauver son frère, sa famille. Il avait fait en sorte qu'elle prenne son implication comme une volonté de l'aider. Il avait également mis en avant ses doutes sur les emprisonnements à Azkaban, de quoi expliquer son geste.
Il l'avait mise en confiance pour qu'elle lui parle de tout, qu'elle n'ait plus aucun secret. Elle était alors venue d'elle-même lui demander de l'aide pour son frère, pour qu'il puisse retrouver sa liberté. Le plan d'évasion était alors né. Ils étaient deux dans cette histoire mais, à sa connaissance, Marlene n'avait jamais parlé parce qu'elle risquait plus que lui et aussi parce qu'elle ne s'était probablement même pas rendue compte qu'elle avait été manipulée dès le départ. Jedusor était intelligent, il pouvait retourner la situation à son avantage. Il pouvait dire qu'il avait eu un moment de faiblesse devant la détresse de la jeune fille. Il n'était pas vraiment inquiet de toute façon. Plus que la prison, le psychomage se doutait qu'elle gardait le silence avant tout pour sa famille. Les McKinonn avaient déjà été privés trop longtemps de leur fils, ils ne pouvaient pas, en plus, perdre leur fille aînée.
La Serdaigle avait quitté Poudlard, probablement partie avec sa famille pour retrouver Dorian et essayé de s'établir dans un pays où personne ne connaissait leur passé, où ils pourraient être en paix. Néanmoins, même si Marlene ignorait tout de ses véritables intentions, elle avait pu en deviner une partie. Il lui avait clairement spécifié de libérer Dolohov, c'était exact, mais l'homme était à priori inoffensif et surtout, il était dans le même quartier que Dorian McKinonn à Azkaban. Quant à Greyback, il s'était plus ou moins évadé par ses propres moyens. Bien entendu, Jedusor avait joué un rôle dans cet exploit mais Marlene n'en savait rien. L'ancien Serpentard avait réussi à détourner les plats normalement livrés à la prison pour y insérer un produit augmentant la force lupine. Ce produit n'avait réagi qu'aux gènes de Greyback, restant inoffensif et indétectable pour les autres prisonniers.
Pour ce qui était de l'attaque, l'ancienne Serdaigle n'aurait pas pu le savoir, tout comme il était impossible qu'elle sache pour le Basilic. Heureusement car le psychomage était certain qu'elle aurait parlé si elle avait eu connaissance de l'ensemble de ce qu'il se tramait. Concrètement, la seule information que possédait Marlene McKinonn était qu'il l'avait aidée à faire libérer son frère et d'autres prisonniers. Après ce qu'il s'était passé à Azkaban, ils avaient très peu échangé, comme ils en avaient convenu bien avant.
Le psychomage l'avait surveillée de loin et il n'avait jamais vu de signe de trahison. Une telle faille ne pouvait donc pas venir d'elle, pas complètement en tout cas. En plus, la jeune femme n'était pas proche de Regulus Black et celui-ci l'aurait balancée sans aucun scrupule pour ce qu'elle avait fait.
Encore une piste qui ne menait nulle part.
Qu'en était-il des élèves qui avaient assisté aux réunions et dont le psychomage avait pu être proche ? Tout comme pour ceux qu'il avait eu en séance de consultation, Jedusor ne pensait pas avoir fait d'impair en leur présence.
La seule solution pour découvrir la vérité était de l'obtenir du principal intéressé mais Regulus Black était tout le temps sur ses gardes et ne le laissait pas l'approcher. Jedusor devait donc passer par ses proches. Malheureusement, lors de sa visite chez les Potter, Sirius et James avaient également eu une attitude méfiante à son égard, même s'ils avaient tenté de le cacher.
De plus, James n'était plus à Poudlard et Sirius était comme le vent, fuyant. Il restait encore Severus, ou encore Remus qui avait l'avantage d'être proche des frères Black et de James Potter. Severus était de nature méfiante et pragmatique alors le psychomage n'était pas sûr qu'il accorde une foi aveugle à tout ce qu'était susceptible de lui raconter le Serpentard. Concernant le Préfet en chef, c'était une autre histoire. Il semblait faire dans le sentimentalisme. Il suffisait que son petit-ami appuie les propos de son frère pour que le blaireau plonge à pied joint dans leur histoire.
Remus Lupin était inoffensif. Il était puissant mais stupidement naïf. Il ferait une très bonne cible et Jedusor savait déjà comment faire pour obtenir ce qu'il voulait de lui. Il allait découvrir ce que Regulus Black lui cachait car il ne laisserait rien ni personne se mettre en travers de son chemin. Il attendait ce moment depuis bien trop longtemps. Ce moment où tous les regards seraient enfin braqués sur lui, ou sa valeur serait reconnue, où les gens admettraient qu'il était la seule personne capable de les aider.
Un dirigeant d'exception.
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Remus n'arrêtait pas de relire la même ligne depuis presque dix minutes. Lassé, il referma finalement son livre et le poussa sur un coin de la table. Il était presque l'heure pour lui de retourner dans son dortoir, le couvre-feu approchait. Il était fatigué. La journée avait été plutôt riche pour lui mais surtout, demain soir, ce serait la pleine lune. Remus y pensait constamment. Tant qu'il n'arrivait pas à se concentrer. Le Poufsouffle se demandait comment il allait pouvoir tenir en cours. La journée serait très stressante et probablement n'arriverait-il pas à dormir de la nuit.
Ce qui turlupinait Remus était l'impression que James et Sirius ne semblaient pas prendre en compte la mesure du danger. En même temps, il comprenait la volonté de James d'épargner ses parents. Tout comme il ne pouvait blâmer Sirius de vouloir aider son ami. Il disait d'ailleurs être devenu un Animagus, mais maîtrisait-il sa transformation ? En quoi se changeait-il ? S'il s'agissait d'un petit animal, cela ne servirait pas à grand-chose. Remus ne se pensait pas capable de gérer le loup-garou féroce de James et les premiers pas en tant qu'Animagus de son petit-ami.
Le Préfet-en-chef n'arrêtait pas de penser à la transformation de James et au lieu qui avait été choisi pour l'accueillir. La cabane hurlante était vieille et quelque peu lugubre. Et si le plancher ne tenait pas ? Que feraient-ils si la force de James était suffisante pour défoncer un mur, ou même les assommer ? Les pièces n'étaient pas très grandes et au bout d'un moment, le loup-garou en aurait forcément marre de tourner en rond. De plus, si Remus avait déjà fait face à James un soir de pleine lune, il ne savait pas comment il réagirait cette fois. Peut-être que la peur serait trop forte… La première fois avait été différente parce que Remus n'avait pas eu le choix. Il fallait livrer Dolohov en plus de protéger les autres. Si Remus avait pu faire autrement, il l'aurait fait. Mais il ne regrettait pas pour autant ce qu'il s'était passé car ses choix avaient certainement permis à James de ne pas faire de victime et encore plus de garder son secret.
Le moment de la transformation et tout ce qui se déroulerait dans la cabane hurlante n'étaient malheureusement pas ses seuls sujets d'inquiétude. Il y avait toute l'organisation préalable à cette fameuse nuit. Il fallait penser à la manière dont Sirius et lui allaient pouvoir s'absenter de leur dortoir sans que leurs camarades le remarquent. Il y avait aussi cette histoire de fouille des dortoirs qui pouvait tomber à n'importe quel moment et les probabilités n'étaient pas en leur faveur puisque jusqu'à présent, ils y avaient échappé.
S'ils se faisaient attraper, ils seraient sanctionnés et dans le pire des cas, pourraient même être renvoyés. Il fallait espérer avoir seulement des retenues et des devoirs supplémentaires mais les problèmes ne s'arrêtaient pas là. Il fallait également réussir à sortir du château. Sirius et lui feraient une nuit blanche et ils seraient fatigués le lendemain. Cela allait forcément attirer l'attention. Sans oublier James. Il faudrait s'occuper de lui le lendemain. James et Sirius pensaient-ils à tous ces problèmes techniques ? Remus était persuadé que non alors que lui ne pouvait penser à autre chose.
Le Poufsouffle se leva pour aller ranger son livre puis se balada encore un peu dans les rayons et quitta la bibliothèque. Il y avait encore quelques élèves mais celle-ci n'allait pas tarder à fermer. En marchant dans les couloirs, le Poufsouffle vit le psychomage adossé contre un mur. Il semblait l'attendre. Son regard fixé sur lui l'indiquait du moins, et Remus ralentit, indécis sur la marche à suivre. On l'avait mis en garde contre lui et s'il avait pu faire semblant lors de sa visite avant la reprise des cours, aujourd'hui, ce serait probablement différent. Remus savait que l'homme en face de lui était dangereux. Il savait que Peter était mort à cause de lui.
Avec tout ce qu'il avait déjà en tête, Remus ne se sentait pas de devoir tenir une discussion avec le psychomage. Il ne se pensait pas capable de faire semblant et de ne rien laisser paraître. Mais il ne pouvait pas non plus l'ignorer alors qu'il était évident que Jedusor souhaitait lui parler.
-Bonsoir, Remus, fit Jedusor.
Remus lui répondit d'un signe de tête.
-Je souhaitais te parler si tu as le temps.
-C'est-à-dire que j'allais retourner dans mon dortoir, c'est bientôt le couvre-feu...
-Oui, je le sais bien, ce ne sera pas long. C'est simplement que j'ai eu l'occasion de t'observer plusieurs fois ces derniers jours et j'ai remarqué que quelque chose n'allait pas. Je suis malheureusement seul pour gérer les problèmes et les besoins des élèves après ce qu'il s'est passé. Je dois dire que je manque cruellement de temps pour voir et aider tous ceux qui en ont besoin. Nous n'avons jamais eu l'occasion de nous voir à part au rendez-vous chez toi mais je sais que quelques séances te seraient bénéfiques.
-Ce n'est pas bien grave, je sais que vous êtes occupé.
Remus baissa la tête et se gratta le bras gauche. Il ne savait pas comment mettre fin à cette discussion.
-Quand même, c'est toujours un échec pour moi de ne pas pouvoir aider un élève qui en a besoin.
-Je…je vais bien, je vous assure !
Jedusor fronça les sourcils.
-Il m'a pourtant semblé te voir préoccupé, triste et anxieux.
Remus avala difficilement sa salive. Il s'en voulait de ne pas avoir réussi à cacher ses sentiments. Il se demandait d'ailleurs quand le psychomage avait trouvé le temps de l'observer, lui qui se disait si occupé. Remus ne l'avait pas vu ces derniers jours, ou alors il n'avait pas fait attention. Le problème venait peut-être de là.
-Ce n'est pas grand-chose, bredouilla-t-il encore.
-Pourquoi ne pas me laisser en juger ?
Jedusor se positionna à côté de lui et posa sa main dans son dos pour l'inciter à avancer. Remus le dévisagea un instant, les jambes flageolantes. Il ne voulait pas avancer mais cette main dans son dos, le regard de l'adulte et ce sourire étrangement bienveillant le fit bouger malgré lui. Ils restèrent silencieux tout le long du trajet et arrivés dans le bureau du psychomage, celui-ci l'incita à entrer en premier. Après une hésitation, Remus finit par s'y résoudre, se demandant si l'homme pourrait tenter quelque chose contre lui.
Tout ce qu'il savait de Tom Jedusor, il le savait de Sirius et un peu de James et de Regulus. Il n'avait jamais eu de preuve, pourtant il ne doutait pas un instant des dires de ses amis. Quand on avait accès à certains éléments, beaucoup de choses prenaient tout leur sens. Par exemple, les réunions avaient commencé à son arrivée même si apparemment, il n'y participait pas. Les élèves qu'il avait en consultation avaient changé de comportement. Il en voulait pour preuve Marlene qui avait tout de même libéré des prisonniers ! Mais également Peter. Il savait bien que le psychomage ne leur retournait pas le cerveau, il se servait de leurs peurs et du manque d'assurance de ses élèves pour les pousser à s'affirmer, à ne plus subir leur vie, à lui faire entièrement confiance. Il voulait que toutes ces personnes lui soient redevables.
Et puis, ce ton toujours calme, posé et bienveillant, comme s'il les comprenait. Remus ignorait jusqu'où il jouait la comédie. Était-il véritablement inquiet pour les élèves ? Ou était-ce une couverture pour mieux atteindre son but ? Lorsqu'il regardait dans ses yeux, il ne voyait rien d'autre que ce noir profond et insondable.
-Assieds-toi, je t'en prie, lui enjoignit l'adulte.
Remus sortit de ses pensées pour voir le psychomage poser une tasse de thé sur la table basse. Lui-même en avait une dans la main et il souffla sur sa tasse chaude avant d'en boire une gorgée. Il sourit, appréciant le goût et s'installa dans son fauteuil avant de reporter son regard sur le Poufsouffle. Celui-ci avait encore du mal à comprendre comment il s'était retrouvé dans cette situation. Il s'était senti contraint par Jedusor et avait avancé comme un pantin qu'on dirigeait. A présent, il ne savait plus comment se sortir de cette situation. Comment décliner la proposition du psychomage et lui faire faux bond alors qu'il était déjà dans sa salle de consultation ? Et ce même alors qu'il avait déjà clairement marqué son refus en sortant de la bibliothèque…
Le Poufsouffle était assez embarrassé. Il avait l'impression qu'il ne lui restait plus qu'à subir ce mauvais moment. Remus s'installa sur la place libre et observa sa tasse. Son cœur battait fort et il ne savait pas quoi faire. Il n'avait pas vu Jedusor la préparer, n'avait pas fait attention alors qu'il savait qu'il devait se montrer vigilant. Ou alors devenait-il complètement paranoïaque en imaginant quelque chose d'aussi absurde que la possibilité que le psychomage de l'école tente de l'empoisonner ? Il était fatigué, à fleur de peau et inquiet à l'approche de la pleine lune. Il ne devait pas tout mélanger et rester lucide.
-Tu ne bois pas ? Ne t'en fais pas, il n'a rien à voir avec celui que Dumbledore avait l'habitude de préparer pour ses visiteurs, plaisanta le psychomage.
Jedusor esquissa un sourire et Remus ne put s'empêcher de faire de même. Il s'agissait d'une réponse automatique pour que l'adulte ne se questionne pas sur sa rigidité à son égard.
-Il est à quoi ? demanda Remus, retardant le moment.
Il approcha la tasse de ses lèvres, huma un instant l'odeur et tenta de deviner le parfum. Il ne sentait une légère touche de citron et la chaleur qui s'en dégageait.
-Aux agrumes.
Jedusor but une nouvelle gorgée et après une hésitation, le Poufsouffle fit de même. Il se sentait ridicule à se montrer si méfiant. A force, le psychomage allait trouver son comportement étrange, si ce n'était pas déjà le cas. Après en avoir pris une première gorgée, Remus ne put cacher une légère grimace qui fit sourire l'adulte.
-Un peu fade peut-être ?
Remus ne sut quoi répondre et Jedusor se leva pour aller prendre une coupelle de sucre qu'il posa sur la table basse. Il invita ensuite Remus à se servir. Le Poufsouffle en prit deux qu'il versa dans sa tasse avant de mélanger le thé pour que le sucre fonde. Pendant un instant, aucun d'eux ne prononça un mot. Remus soupira intérieurement. Il trouvait le temps affreusement long et n'avait qu'une hâte, aller dans son dortoir. L'heure du couvre-feu devait être passée à présent. Le châtain but alors son thé en pensant aux sanctions qu'il pourrait avoir si un enseignant le surprenait dans les couloirs sur le chemin du retour. Il devait se dépêcher de finir son thé et de partir.
-Je vois que tu es toujours anxieux, commenta le psychomage, attrapant l'intérêt du Poufsouffle. Et si tu m'expliquais ce qui te préoccupe autant ?
-Vraiment, ce n'est rien…
-Tu as tendance à minimiser tes problèmes, n'est-ce pas ?
Remus cligna des yeux, perdu. Il secoua ensuite la tête et plongea son regard dans le liquide ambré.
-Bien sûr que si, cela se voit sans mal, reprit tranquillement l'adulte. Lorsque j'avais encore Peter en consultation, il me parlait beaucoup de toi. Il t'admirait et avait énormément d'estime à ton égard.
Cela fit trembler les mains de Remus et s'agiter son cœur. Peter…
-Je vois que tout ce qu'il me disait sur toi était vrai, qu'il n'exagérait rien.
-Ce n'est pas vrai, balbutia-t-il. Je n'ai pas été là pour lui à la fin, je n'ai pas su voir qu'il allait mal. J'aurais dû lui pardonner.
Remus s'en voulut aussitôt d'avoir lâché cette information. Il ne devait pas rentrer dans le jeu du psychomage. A tous les coups, celui-ci devait tenter de le manipuler.
-Peut-être est-il temps que tu comprennes que tout ce qui arrive de mal dans le monde n'est pas ta faute, lui fit alors remarquer Jedusor. Il me semble que tu fais peser bien trop de choses sur tes épaules. Tu prends sur toi pour gérer mais je ne sais pas si tu agis ainsi parce que tu penses que les autres n'en sont pas capables, ou parce que tu te sens le devoir de le faire pour épargner les autres.
Remus ne voulait pas écouter ce que lui disait l'adulte mais c'était difficile car ce que le psychomage disait rencontrait une certaine résonance chez lui. Il voulait le contredire, mais les mots restèrent coincés dans le fond de sa gorge, refusant de sortir. Et si le psychomage avait raison ? Le châtain se souvenait avoir pardonné une première fois à Peter parce qu'il pensait qu'il devait le faire pour que leur relation s'arrange, considérant que le Gryffondor était incapable de se remettre en question.
Il avait fait pareil avec Sirius de nombreuses fois. Il s'était écrasé, n'avait rien dit parce qu'il avait considéré que l'un des deux devaient faire un minimum d'efforts pour que leur arrangement bancal n'aille pas droit dans le mur. Une fois de plus, il s'était senti obligé de faire des efforts, des sacrifices, car il y était habitué. Mais sans doute qu'au fond, il pensait les autres incapables de se mettre à sa place, d'aller contre leur nature et leur mauvais caractère. Pourquoi Remus s'infligeait-il ça en permanence ? Même pour cette histoire de pleine lune, il recommençait. Il estimait que Sirius et James étaient complètement à côté de la plaque.
Qu'est-ce que cela voulait dire de lui ? Qu'il ne faisait pas confiance aux autres ? Qu'il s'estimait plus intelligent, plus apte à comprendre les situations et les enjeux ?
-Je ne le fait pas exprès, avoua-t-il.
Après la tentative de Greyback pour le mordre, la vie de Remus avait changé. Il était passé près d'un drame. Depuis, il vivait chaque jour en sachant la chance qu'il avait d'être toujours là, en bonne santé. Il se refusait à perdre du temps en chamaillerie ou en choses futiles. Il n'aimait pas les conflits et ne voulait pas qu'on le déteste. La plupart du temps, il s'excusait même quand il savait qu'il n'était pas en tort, tout cela pour que la situation s'arrange. Il n'aimait pas être fâché avec ses amis. Il savait trop combien chaque instant passé avec ses proches, ceux qu'on aimait, était précieux.
Ses parents avaient été beaucoup sur son dos pendant un temps, à la fois soulagés qu'il aille bien, mais aussi toujours inquiets pour lui. A l'adolescence, ils avaient lâché un peu de leste et Remus s'était efforcé de leur montrer qu'il pouvait prendre soin de lui seul, qu'il n'était plus en danger. Il ne voulait plus que ses parents s'inquiètent constamment pour lui. Il voulait qu'ils reprennent la vie qu'ils avaient mise entre parenthèses le jour de ses 5 ans. Très vite, le Poufsouffle avait remarqué qu'il était plus mature que la plupart de ses jeunes camarades. Cela l'avait attristé car il avait eu du mal à se fondre dans la masse, à se faire des amis. Mais il en avait été aussi un peu agacé, les trouvant parfois idiots, mais n'osant jamais exprimer son opinion.
N'était-il que ça, un hypocrite qui se pensait mieux que les autres car il ne les comprenait pas ? Non, il savait que non. Il s'en voulait pour certaines de ses réactions passées alors il grossissait le trait. Mais prendre conscience qu'il avait ça en lui, cette petite noirceur, ce n'était pas plaisant.
-Il te faut apprendre à relâcher la pression, à faire confiance aux autres et à ne pas tout gérer seul. Qu'est-ce qui occupe tant tes pensées ces derniers temps ? lui demanda une fois de plus Jedusor.
Remus se mordilla la lèvre inférieure. Il ne savait pas quoi dire.
-Je… c'est toute cette compétition qui m'embête. Je ne suis pas habitué. Je n'aime pas ça, je crains que cela crée des conflits entre ceux qui sont récompensés et ceux pénalisés.
-Je comprends, mais ce n'est pas quelque chose qui dépend de toi. Ce sont les nouvelles règles de Poudlard et les gens d'ici l'ont accepté sinon ils seraient déjà partis.
Remus acquiesça. Le brun avait raison.
-N'y a-t-il pas autre chose ? insista le psychomage.
-Vraiment, ce n'est rien, j'ai tendance à m'en faire beaucoup pour pas grand-chose…
Remus reporta son attention sur son thé devenu froid. Il le termina d'une traite et souffla. Il était plus bouleversé qu'il ne voulait bien l'avouer et cela n'avait plus à voir seulement avec la pleine lune du lendemain. A présent que son thé était fini, il estimait qu'il pouvait partir de manière naturelle au moins. Comme il avait plus ou moins répondu aux questions du psychomage, si celui-ci insistait encore, cela deviendrait suspect.
-Je vais y aller.
Remus se leva.
-Je vous remercie de m'avoir écouté mais il faut que je retourne dans mon dortoir.
-Bien entendu. N'hésite pas à revenir frapper à la porte de mon bureau. J'ai un planning rempli mais je pourrai toujours trouver 5 minutes si ça ne va pas.
Le Poufsouffle acquiesça mais il savait qu'il ne reviendrait pas et Jedusor aussi. Ça ne faisait aucun doute.
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-Est-ce que tu as réfléchi à ce soir ? demanda Sirius.
Le couple venait de terminer de prendre le petit déjeuner entouré des membres de leurs groupes respectifs. Sirius avait fait signe au Poufsouffle pour que celui-ci le suive à l'extérieur et qu'ils puissent ainsi discuter tranquillement. Enfin, théoriquement. Les dortoirs ne leur étaient plus accessibles à cette heure-ci et les cours allant bientôt commencer, ils n'avaient pas beaucoup de temps. Sirius avait ainsi tout juste pris le temps de tirer Remus dans les toilettes des garçons avant de lui poser sa première question.
Remus avait un instant observé l'environnement avant de se réintéresser à lui. Il ne devait pas perdre de temps, n'importe qui pouvait débarquer à tout moment.
-Pas vraiment, souffla Remus. J'ai beau prendre le problème dans tous les sens, je ne vois pas comment on va pouvoir y arriver sans se faire attraper…
-Ouais, admit Sirius. Je sais que ça ne va pas te plaire, mais je pense qu'il faut qu'on s'y prépare. La seule chose qu'il faut éviter à tout prix, c'est que les professeurs ou même les directrices apprennent qu'on est parti faire un tour dehors. Si c'est le cas, ça éveillera trop les soupçons et on aura aucun bobard solide à leur donner. J'imagine mal nos camarades nous dénoncer donc pour cette partie-là, c'est pas bien grave. On tentera quand même de faire en sorte qu'ils ne remarquent rien. Si l'un d'eux se réveille plusieurs fois et constate qu'on a été absent toute la nuit, il se posera forcément des questions. Et si on se fait attraper, il sera interrogé.
-Qu'est-ce qu'on peut faire ? soupira Remus. A part espérer qu'ils aient le sommeil bien lourd et tirer nos rideaux, je ne vois pas bien…
-J'ai embobiné Pomfresh pour qu'elle me passe un truc garanti nuit tranquille.
Remus esquissa un sourire, pas surpris par l'initiative du Gryffondor. Sirius haussa les sourcils et se passa une main dans les cheveux.
-Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda-t-il ensuite comme le châtain se mordillait les lèvres.
-Rien, c'est juste…
Remus souffla.
-Je vois que tu as beaucoup pensé à ce soir, à comment faire.
-Bien sûr, ce n'est pas un truc à prendre à la légère ! Je n'ai pas envie que ça tourne mal, James ne se le pardonnerait jamais. Et puis, je n'ai pas envie que t'aies des ennuis.
Sirius posa sa main sur l'épaule du Poufsouffle et celui-ci eut un sourire tendre à son intention. Mal à l'aise, le Gryffondor retira finalement sa main.
-Que t'a passé Pomfresh ? Si c'est une potion ou quoi que ce soit du même genre, ça risque d'être compliqué de leur en administrer, reprit alors Remus.
-Non, t'inquiète. Pas mal d'élèves rencontrent des difficultés pour dormir et suivent un traitement depuis l'attaque. Dans le lot, y en a pas mal qui prennent des potions de sommeil sans rêve mais à force, ça fait moins effet. Le truc qu'elle m'a donné est pour ceux qui ont du mal à trouver le sommeil ou alors qui se réveillent plusieurs fois dans la nuit. C'est comme du parfum. T'asperges ça sur ton visage et tu dors au moins pour plusieurs heures. Le seul hic, c'est que quand tu fais des cauchemars, tu ne peux pas te réveiller tout seul. C'est pour ça que c'est surtout pour ceux qui ont du mal à s'endormir et pas pour ceux qui ont des terreurs nocturnes.
Remus grimaça mais Sirius se contenta d'hausser les épaules. Ils n'avaient plus le choix. Le Gryffondor sortit de son sac les deux fioles qu'il avait partagées à partir de celui de Pomfresh et Remus rangea la sienne précieusement dans son sac. Le couple continua ensuite de s'organiser quant à l'heure à laquelle ils devraient se retrouver et comment ils sortiraient. James avait laissé sa cape d'invisibilité à son meilleur ami, donc sortir du château ne devrait pas représenter une trop grosse difficulté.
Les parents de James, malgré leur désapprobation totale devant la décision de leur fils de ne pas passer la pleine lune à la maison, s'étaient résignés à l'accompagner à la cabane hurlante. De son côté, James avait préféré y aller un jour avant pour pouvoir vérifier que tout était en ordre et se familiariser avec les lieux. Ses parents avaient décidé de l'accompagner pour se faire une idée de l'endroit et ils reviendraient le chercher le lendemain de la pleine lune. Le groupe verrait plus tard pour faire des modifications, changer ou améliorer les points qui n'avaient pas marché pour les prochaines pleines lunes.
-Si Regulus vient te demander des détails pour ce soir, ne lui dis rien, décida Sirius.
Remus fut surpris par sa demande.
-Je préfère qu'il reste en dehors de cette histoire. Il est très préoccupé en ce moment et je ne veux pas qu'il se prenne en plus la tête avec ce qu'il va se passer cette nuit. On va gérer.
-Très bien, fit Remus en esquissant un sourire.
-Encore ce petit sourire !
-Je n'y peux rien, je suis impressionné.
Sirius pouffa.
-Parce que je t'ai emmené aux toilettes et que j'ai menti à Pomfresh ?
-Non, non, rigola le châtain. La dernière fois, quand on avait parlé de la pleine lune pendant la sortie, j'avais l'impression que James et toi n'aviez pas pris tous les paramètres en compte avant de vous lancer dans cette histoire. Je me prenais la tête parce que je m'étais imaginé que je devais tout gérer seul… Je suis désolé de ne pas avoir cru en toi.
-Je suis horriblement vexé ! Bien sûr que j'ai pensé à tout, pour qui tu me prends !
Sirius fit semblant de s'offusquer mais Remus le comprit sans trop de mal.
-Désolé si tu ne m'as pas habitué à agir ainsi.
Sirius leva les yeux au ciel mais ne répliqua pas. Remus fit alors quelque chose qu'il n'avait pas prévu. Il prit Sirius dans ses bras. Probablement parce qu'il avait besoin d'affection, qu'il voulait se donner du courage pour ce soir. Sirius se laissa faire et Remus recula pour plonger son regard dans le sien mais avant que le Poufsouffle puisse faire un nouveau geste vers lui, Sirius s'écarta et sortit de la cabine. Personne n'était rentré dans les toilettes entre temps et tant mieux. N'importe qui aurait trouvé ça suspect de les voir sortir d'une cabine ensemble.
-Les cours vont bientôt commencer, on fait comme on a dit. A ce soir, lança-t-il précipitamment avant de filer.
xXx
Regulus marchait d'un pas lent dans les couloirs de Poudlard. Il n'avait que très peu dormi la nuit dernière. Il n'arrêtait pas de penser à ce qui allait se passer ce soir. Il détestait le fait d'être impuissant, de rester à l'écart. Pire que ça, Sirius ne lui avait pas reparlé pour le tenir au courant des futurs évènements. Le Serpentard trouvait cela assez injuste mais il devait faire avec. Il n'allait pas harceler James pour avoir des réponses, ils s'étaient vus samedi. A l'heure actuelle, l'ancien Préfet devait vouloir se reposer au maximum en prévision de ce qui allait se passer.
Peut-être était-il temps que Regulus se fasse une raison à ce sujet. Il devait préparer son rendez-vous avec l'inspecteur dont lui avait parlé Maugrey de toute façon. Il devait aussi répondre à la lettre que lui avait faite parvenir Hugo et convenir ensemble d'une date pour se voir. Regulus ne devait pas perdre de temps. Si pour l'instant Jedusor n'avait rien tenté, cela ne durerait probablement pas. Le psychomage savait qu'il savait, c'était impossible qu'il ne veuille pas faire quelque chose pour assurer ses arrières ou au moins connaître les informations exactes en sa possession.
En plus de tout ce qu'il avait à gérer, il fallait qu'il continue à assurer à Poudlard. Il voulait vraiment obtenir la récompense, mais également se classer premier pour montrer à tous sa valeur. Le Serpentard n'aimait pas trop les compétitions car c'était le moyen de se comparer aux autres, et généralement ce n'était pas quelque chose qui lui réussissait. Mais cette fois, il voulait prendre les choses différemment. Après tout, c'était le moyen de montrer de quoi il était capable. Il avait toujours eu l'impression de ne pas être reconnu à sa juste valeur, c'était le moment pour lui de briller en quelque sorte. La concurrence était rude alors sans doute qu'il n'y arriverait pas, mais il ferait de son mieux et montrerait des résultats. Il était d'ailleurs plutôt bien classé pour l'instant.
Regulus grimaça. Il n'arriverait pas à dormir ce soir parce qu'il penserait trop à James, son frère et Remus dans la cabane hurlante. Il faudrait pourtant qu'il arrive à se reposer sinon il serait fatigué le lendemain et n'arriverait pas à suivre en cours.
Il soupira ensuite. Cela ne servait à rien de se prendre la tête.
Le Serpentard continua d'avancer dans les couloirs du château. C'était la pause et il y avait beaucoup d'élèves qui discutaient dans les couloirs. Le cadet des Black détestait ça. Ils prenaient de la place pour rien et l'empêchaient d'avancer comme il le souhaitait. Il s'arrêta pourtant de ronchonner lorsqu'il tomba par hasard sur Erd, bonnet sur la tête, la mine basse.
-Erd ? Tu n'as pas dormi dans ton dortoir la nuit dernière, se rappela-t-il alors. Je ne t'ai pas non plus vu ce matin dans la salle commune.
Cela l'avait travaillé un bon moment avant qu'il aille se coucher dimanche. Il avait été curieux à ce sujet et les quelques personnes à qui il avait demandé l'avaient envoyé balader. Personne ne faisait trop attention au 2ème année. Severus aurait peut-être pu le renseigner mais après son entretien avec son maître potionniste, il était resté dans son dortoir et n'en était pas ressorti.
Regulus attendit une réponse de Erd qui ne vint pas. Le 6ème année remarqua alors que contrairement à d'habitude, le Serpentard portait un bonnet sur la tête. Il fronça les sourcils et se demanda bien ce qui avait motivé ce changement.
-Pourquoi portes-tu un bonnet à l'intérieur ? En fait, pourquoi le portes-tu tout court ? Il fait chaud, nous sommes au mois d'avril !
-Ce n'est… c'est mieux comme ça.
L'adolescent semblait mal à l'aise et il voulut repartir mais Regulus se mit devant lui pour lui barrer le chemin.
-Il s'est passé quelque chose ? Où étais-tu la nuit dernière ?
Regulus fixa longuement le plus jeune, voulant à tout prix obtenir une réponse. Le malaise d'Erd était le signe qu'il s'était bel et bien passé quelque chose. Mais quoi donc ? Est-ce que ça c'était passé pendant la soirée organisée par les Gryffondor ou le lendemain ?
Soudain, la voix mal assurée du 2ème année retentit.
-Je dors dans une chambre individuelle à présent.
Regulus fut surpris. Il se rappelait en avoir parlé avec son directeur de maison il y a quelques semaines mais celui-ci avait traité le problème par-dessus la jambe et Erd lui-même n'avait pas bien su à ce moment-là ce qu'il voulait.
-Je ne savais pas que tu avais fait une demande, s'étonna-t-il.
Erd secoua la tête.
-Slughorn a fait la demande en voyant que c'était compliqué avec les autres. C'est mieux comme ça.
La façon dont Erd le disait laissait entendre qu'il subissait la situation et qu'il ne l'avait pas choisi. Une fois de plus, Regulus s'en inquiéta. Il avait l'impression que Erd ne lui disait pas tout.
-Comment c'est arrivé ? Quand j'étais parti voir Slughorn, ça ne semblait pas être sa priorité. Est-ce que c'est vraiment ce que tu veux ?
Même si Regulus pensait que c'était une bonne chose, cela devait rester le choix du 2ème année. Il pouvait comprendre que le Serpentard n'ait pas envie d'être encore plus mis à l'écart en ayant sa propre chambre, loin de ses camarades, de la famille que représentait les Serpentard.
-Je ne peux rien faire !
La voix de Erd s'était faite chevrotante et il écarquilla les yeux d'effroi en se rendant compte qu'il avait parlé à voix haute.
-Il faut que je parte, bredouilla-t-il avant de réussir à filer.
Regulus le regarda partir, dépité. Que cette histoire l'agaçait ! La famille du 2ème année le rejetait, l'école ne faisait même pas mine de s'intéresser à son sort et maintenant, même ses camarades le rejetaient. Ses mâchoires se serrèrent et il souffla pour se forcer à retrouver son calme. Si le Serpentard pensait qu'il allait abandonner si facilement, il se trompait. L'ancien Regulus l'aurait probablement fait, celui qui acceptait tout comme une fatalité. Mais pas le nouveau. Regulus se détourna à son tour et continua à avancer, réfléchissant déjà à ce qu'il pouvait faire.
xXx
Le cœur battant, Remus observa le ciel sombre dehors. Les étoiles brillaient fort et la lune continuait de grossir. Bientôt, elle atteindrait sa position la plus haute dans la nuit noire et la transformation commencerait. Il n'avait plus de temps à perdre. Le Poufsouffle ne se risqua pas à regarder ses camarades, il aurait alors des remords de les avoir aspergés d'un produit contre leur volonté. Ce n'était plus le moment de penser. La journée était passée affreusement vite et la discussion qu'il avait eue avec Sirius plus tôt dans la journée lui avait fait du bien. Même si le Préfet-en-chef savait que c'était impossible que tout se déroule bien, au moins, avoir un plan leur donnait l'impression de ne pas se jeter dans l'inconnu.
Dans la plus grande des discrétions, Remus quitta son dortoir, descendit les escaliers jusqu'à sa salle commune et s'engagea dans le couloir de l'école. Il vit Sirius au dernier moment, quand celui-ci consentit enfin à sortir de sous la cape d'invisibilité. Remus avait bien entendu sursauté et Sirius s'en amusa. Il était absolument certain qu'il répéterait ça à James. Remus n'avait pas envie de s'attarder sur le sens de l'humour de son petit-ami alors il prit place à côté de lui sous la cape et ils avancèrent dans les couloirs. Ils accédèrent sans mal à l'un des passages secrets que connaissait le Maraudeur et arrivèrent à l'extérieur. Ne sachant pas si les abords de Poudlard étaient surveillés, ils préférèrent rester cachés.
Le chemin jusqu'au saule cogneur se fit en silence. Les deux sorciers avaient retiré et rangé la cape d'invisibilité à la moitié du chemin. Après avoir lancé un sort pour immobiliser les branches du saule, ils pénétrèrent par le passage secret avant de remonter jusqu'à la cabane.
-James ? lança Remus avec hésitation en pénétrant dans ce qui pouvait s'apparenter au séjour.
-Salut, les gars, fit James, assis par terre.
Il avait le regard dans le vide et était clairement épuisé. Son teint était pâle et ses épaules voûtées.
-Comment tu te sens ? lui demanda Sirius.
Celui-ci lui jeta à peine un coup d'œil.
-Comme si je n'avais pas mangé et dormi depuis une semaine, grogna-t-il.
-Si ça avait été le cas, tu serais mort, tenta de plaisanter Sirius mais Remus et James le regardèrent bizarrement.
Pour faire passer son embarras, le Gryffondor toussa.
-On va faire un tour pour voir si tout est en ordre, proposa Remus.
James hocha la tête.
Remus entraîna alors Sirius avec lui dans les autres pièces et le châtain fit mine de regarder les fenêtres et les portes. Au fond de lui, il savait que si James décidait de s'échapper, ils ne pourraient pas faire grand-chose. Tant que le loup-garou restait dans la cabane hurlante, tout irait à peu près bien.
-Est-ce que tu avais vraiment besoin de moi pour fixer cette poignée de porte ? J'ai l'impression que tu t'en sors très bien tout seul.
Remus rougit et se détourna de cette fameuse porte.
-C'était juste un prétexte pour pouvoir te parler seul à seul.
-Ah bon ? Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je veux que tu me promettes de faire attention et surtout de ne pas tout de suite t'approcher de James. Je sonderai d'abord son humeur et ses réactions, ensuite seulement tu pourras tenter une approche.
Sirius fronça les sourcils.
-Wow, pourquoi tant de précaution ?
-C'est évident ! Déjà, tu n'as jamais eu affaire à un loup-garou et puis tu n'as pas beaucoup d'expérience en tant qu'Animagus.
-Si c'est ça qui t'inquiète, ne t'en fais pas, Moony, je gère !
-Sirius, c'est très important !
-Je sais. Ça va aller, je te le promets.
Remus le fixa droit dans les yeux et n'y lut que de l'assurance. Il soupira alors avant de s'approcher de son petit-ami. Il passa ses bras autour de ses épaules et posa son front contre le sien. Il ferma les yeux un instant avant de les rouvrir.
-J'ai juste peur pour toi, Sirius.
Ce dernier lui sourit comme pour le rassurer.
-Très bien, je ferai comme tu as dit. Mais si ça ne se passe pas bien, ne t'attends pas à ce que je reste derrière.
Remus acquiesça. Il comprenait. Il était même soulagé car il n'avait pas pensé que Sirius accepterait. C'était bien pour cette raison qu'il avait eu autant de mal à lui en parler. Remus craignait constamment pour le brun. Il avait toujours l'impression qu'il lui cachait quelque chose, qu'il allait plus mal que ce qu'il voulait bien lui faire croire. La plupart du temps, il n'osait pas en parler car Sirius lui disait qu'il allait bien. S'il insistait, celui-ci en aurait probablement marre. Trouver la bonne méthode d'approche n'était pas facile.
-Je t'aime, souffla-t-il.
Sirius sembla gêné par la déclaration et il baissa la tête un instant avant de lui sourire de nouveau. Remus se pencha alors pour l'embrasser mais Sirius se détourna. Il rompit leur étreinte et baissa les yeux. Remus resta immobile un instant, perdu. Alors il n'avait pas rêvé dans les toilettes. Il avait eu l'impression que le lion s'était dérobé lorsqu'il avait voulu l'embrasser et il ne s'était pas trompé.
-Sirius ?
-On devrait y retourner, il ne va pas tarder à se transformer.
-Attends, fit Remus en lui attrapant le bras. Qu'est-ce qui se passe ? Tu ne veux plus que je t'embrasse ?
-Ce n'est pas le moment, éluda le brun.
-Comment ça ? J'allais juste t'embrasser, pas te sauter dessus !
Remus dévisagea tristement son petit-ami.
-Sirius, j'ai l'impression que tu ne supportes plus aucun contact de ma part…
-N'importe quoi, j'adore tes câlins, Moony !
Remus secoua la tête.
-On ne s'est plus embrassé depuis ce qu'il s'est passé à Cardiff.
A ces mots, Sirius soupira.
-Je…je n'y arrive pas, admit-il.
Cette révélation semblait lui coûter et Remus relâcha son bras lorsque Sirius lui tourna le dos.
-A cause de ce qu'il s'est passé quand tu étais jeune… ? hésita Remus. Ou à cause de ce que j'ai fait à Cardiff ?
Remus sentit son cœur se serrer. Il ne pouvait s'empêcher de repenser aux mots du psychomage. Peut-être que sans le vouloir, il avait aggravé les traumatismes du Gryffondor. Après ce qu'il avait vécu, peut-être que sortir avec un homme était devenu compliqué.
-Je ne sais pas, sans doute, soupira Sirius. Parlons-en une autre fois, s'il te plait.
Remus demeura figé, sous le choc. Il n'en croyait pas ses oreilles. Mais surtout, il n'en revenait pas que Sirius lui en parle de cette manière. Ne se rendait-il pas compte du mal qu'il lui faisait en lui annonçant ça ? A travers les mots du brun, le Poufsouffle comprenait qu'il avait une part de responsabilité dans l'état de son petit ami. Il avait trouvé étrange la jovialité de Sirius, cette impression que tout glissait sur lui et qu'il était déterminé à profiter de la vie. Il parlait très peu de ses tourments, de sa tristesse, de ce qu'il avait vécu. Au début, Remus avait pensé que c'était parce qu'il était incapable de le faire avec eux. Avec lui. Mais le problème était plutôt que jusqu'à présent, Sirius n'avait rien dit pour l'épargner. La vérité était qu'apparemment, le Gryffondor ne supportait plus leur proximité. Remus redoutait que ce soit même pire encore…
Mais que pouvait-il dire ? Sirius avait raison, ce n'était pas le moment pour en parler. Remus regrettait amèrement d'avoir abordé le sujet. Il se sentait déprimé et espérait ne pas faire d'erreur à cause de ça. Il s'était pris un coup de massue derrière la tête, ses jambes le portaient à peine. Il suivit néanmoins Sirius et ils retrouvèrent très vite James. Celui-ci ne semblait plus dans son état normal et il ne remarqua pas les yeux embués de Remus, ni même la mine morose de son meilleur ami.
-Vous croyez que je devrais me mettre tout nu ? leur demanda-t-il soudain. Vous savez, pour pas déchirer mes habits…
L'ancien Préfet continua à parler tout seul. Ni Sirius, ni Remus ne lui répondirent. Ils savaient que probablement, il délirait à cause de la lune. La plupart de ses propos n'avait aucun sens. La transformation allait bientôt débuter.
-Hé, mais si je fais ça, vous allez me voir tout nu ! Je ne sais pas si j'en ai envie, soupira James. C'est nul si tu me vois tout nu avant ton frère, Sirius…
Sirius fut troublé, mais tenta de ne pas faire attention aux paroles de son ami.
-Je me sens trop nul, j'aurais dû penser à me préparer. J'aurais dû me raser, tu crois ? Vous n'allez pas dire que j'ai trop de poils ?
-James, s'il te plait, l'interrompit Remus que ces mots commençaient à embarrasser. Ce n'est vraiment pas le moment.
En temps normal, cela l'aurait fait rire mais là, il avait toutes les peines du monde à ne pas pleurer.
-Ouais, je t'assure qu'on s'en fiche de comment tu es tout nu. Comme si on comptait regarder ! Ça nous traumatiserait ! ajouta Sirius.
James éclata de rire avant de brusquement se figer et de passer une main douloureuse sur son visage.
-Faut pas que je rigole, ça me fait mal.
L'ancien Gryffondor fut silencieux quelques minutes avant de repartir dans une diatribe. La transformation tardait à commencer et pourtant, quelques indications sur son imminence étaient là.
xXx
Regulus regarda par la fenêtre de son dortoir. Malgré les rideaux tirés, il pouvait voir le ciel, les étoiles et la lune si pleine. Est-ce que tout allait bien ? James s'était-il déjà transformé ? Que se passait-il exactement ? Tant d'autres questions tournaient dans son esprit. Comme il l'avait supposé plus tôt, impossible de trouver le sommeil et la nuit était encore jeune. Le couvre-feu n'avait retenti que depuis une heure à peine mais ses camarades de dortoir dormaient tous.
Regulus détourna le regard pour essayer de se concentrer une fois de plus sur son manuel. Il avait l'impression de lire la même page depuis tout à l'heure. Il grommela, pointa sa baguette qui lui servait pour s'éclairer et lut avec peine le chapitre qui l'intéressait.
-T'as pas bientôt fini, Black ? grommela Barty dans le lit d'à côté.
Regulus fut curieux de l'entendre. Il avait pensé qu'il était le seul du dortoir à ne pas réussir à trouver le sommeil.
-Tu es réveillé ? dit-il bêtement et cela sembla agacer son camarade.
-Bien sûr ! Impossible de dormir avec ta lumière ! En plus, je n'arrête pas de t'entendre tourner les pages de ton livre et soupirer toutes les deux minutes.
Regulus ne voyait pas le 5ème année mais il supposait vu le ton de sa voix qu'il était plutôt mécontent. Il ne lui répondit pas, estimant qu'il n'avait pas à le faire. Avant qu'ils ne partagent le même dortoir, Regulus n'avait eu que très peu d'interactions avec Barty. Il ne l'appréciait pas, mais ne le détestait pas non plus. A choisir, il aurait simplement préféré être avec son ami.
Depuis la réouverture de Poudlard, la répartition des dortoirs avait changé et les années avaient été mélangées. Cela permettait aux plus âgés d'aider les plus jeunes et au plus jeunes d'être guidés pour faciliter leur intégration. L'initiative plaisait au Serpentard. Rosier n'était peut-être plus là, mais pour rien au monde il n'aurait voulu retrouver ses anciens camarades de dortoir. Trop de mauvais souvenirs. Même s'il n'était qu'avec des inconnus, ce n'était pas bien grave.
-Black ! grommela encore Barty.
-Fous-moi la paix, soupira Regulus. Ce n'est pas ma faute si tu ne peux pas dormir avec de la lumière.
-Pourquoi tu lis à cette heure-là ?
Regulus ne répondit pas alors son camarade se leva et tira à demi son rideau. Regulus serra les mâchoires et darda sur lui un regard noir. Il ne manquait clairement pas de toupet.
-Tu révises, sérieux ? Tu la veux tant que ça cette première place ?
Regulus haussa les épaules. Oui, il la voulait vraiment cette première place, ne serait-ce que pour effacer son échec au Grand Tournoi de duels. Mais ce n'était pas pour ça qu'il bossait bien après le couvre-feu.
Barty avait obtenu sa réponse et ne le voyant pas bouger, Regulus s'avoua vaincu. Le 5ème année n'allait pas le laisser tranquille. Pire, à force de faire du bruit, il allait finir par réveiller tous les autres. Il rangea son manuel, éteignit sa baguette et lança un regard au plus jeune. Il faisait sombre mais avec la lune, une faible luminosité naturelle persistait. Barty avait forcément vu et interprété son regard : c'était le signe pour qu'il retourne se coucher et le laisse tenter de faire de même. Mais le 5ème n'en fit rien et à la place, il s'installa même sur le lit de Regulus, en tailleur.
-Dis, ce qu'il y avait entre Rosier et toi, c'était du sérieux ?
Regulus ne s'était pas attendu à cette question. Pendant un moment, il resta figé, incapable d'articuler le moindre mot. Il ne comprenait pas pourquoi Barty lui parlait de ça maintenant. Rosier l'avait embrassé devant tout le monde dans la salle commune, ne laissant que peu de doutes sur la nature de leur relation. Pourquoi le Serpentard lui posait-il la question ?
-Non, lâcha néanmoins Regulus.
L'idée que les gens puissent croire qu'il ait apprécié le Serpentard, qu'il l'ait aimé, le rebutait.
-Je le savais, confia Barty et Regulus fronça les sourcils. Tu ne voulais pas faire de discours pour lui à la cérémonie alors qu'il t'a presque sauvé la vie. A partir de là, c'était pas compliqué de comprendre qu'il y avait forcément un truc qui clochait, expliqua-t-il.
-Pourquoi ça t'intéresse ? Tu n'es pas un fan de Rosier ?
La majorité des Serpentard l'avait apprécié pour son charisme, son intelligence, sa famille, son pouvoir et sa capacité à convaincre son auditoire. Il était un Serpentard qui ne se reniait pas.
-Je n'avais rien contre lui.
-Pourquoi tu me parles de lui alors ?
Barty sembla hésiter, intriguant le brun. C'était la première fois dans la conversation que le plus jeune ne semblait pas sûr de lui.
-Il y a moins de deux ans, je l'ai surpris alors qu'il se disputait avec une Poufsouffle. Il sortait avec elle à l'époque, je crois. Elle pleurait et lui demandait de l'aide.
-Quoi ? A quel sujet ? s'enquit Regulus, curieux.
-Elle était enceinte.
Le cadet des Black ouvrit de grands yeux surpris.
-Rosier lui a dit qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec elle, qu'elle l'avait certainement piégé ou un truc comme ça.
-Il lui a dit de s'en débarrasser ?
Barty nia.
-Il l'a menacée. Ça m'a fait bizarre, je n'étais pas censé entendre cette conversation alors je suis parti. Rosier dégageait une espèce d'aura… La plupart des Serpentard l'admiraient et ne sentaient pas ce truc dangereux qu'il avait en lui.
Regulus ne dit rien de peur de se dévoiler.
-C'était qui cette fille ? Tu sais si elle lui a obéi ?
-Je n'en sais rien. C'était Marie Glory et je ne l'ai plus jamais revue après ce jour.
Regulus fronça les sourcils, perturbé. Avait-elle quitté l'école ou était-ce autre chose ? Quoi qu'il en soit, il venait d'apprendre que Rosier avait bien plus de défauts et de mauvais côtés qu'il n'avait soupçonné. S'il avait su tout ça avant, ou même s'était montré plus méfiant, jamais il ne se serait approché de lui.
A chaque fois que Regulus pensait à Rosier, il pensait à l'attaque et au crâne écrasé du Serpentard. Cela lui donnait envie de vomir.
Le silence s'étira ensuite dans le dortoir. Après ces révélations, ni lui ni le 5ème année n'avait envie de parler. Une atmosphère pesante flottait dans l'air. Les mots du psychomage tournaient de nouveau dans la tête du brun. S'il n'arrivait pas à tourner la page de ce que Rosier lui avait fait, c'est parce que celui-ci était mort en héros. Il n'avait pas été puni pour ce qu'il lui avait fait. Sa douleur était invisible. Cela le perturbait. Pouvait-il continuer à se taire alors qu'il n'arrêtait pas d'y penser, de se dégouter et de s'en vouloir ?
Soudain, il y eut un gros bruit contre la fenêtre et Barty et Regulus sursautèrent : il s'agissait d'un oiseau, plus précisément l'aigle ronchonnant de Sirius. Regulus se leva précipitamment pour lui ouvrir.
-Dépêche -toi ! Il va réveiller tout le monde ! l'engueula Barty.
Regulus paniqua et ouvrit précipitamment la fenêtre. Il tenta de récupérer la missive que lui avait fait parvenir son frère mais si l'aigle était connu pour son mauvais caractère et son agressivité, ce soir-là, c'était pire. Il s'agitait et faisait des petits bruits bizarres qui inquiétèrent le Serpentard. Regulus tenta une nouvelle approche et après s'être fait frapper par un coup de bec, il parvint à détacher la lettre. L'aigle n'attendit pas plus longtemps pour partir. Son vol était chancelant et Regulus sentit son cœur battre plus vite. Quelque chose clochait.
-J'arrive pas à croire que quelqu'un t'envoie une lettre à cette heure-là… Enfin, c'est probablement le truc le moins bizarre là-dedans. Ce piaf a un problème, on est d'accord ? Il a la rage ou un truc comme ça ? Les maladies moldues sont horribles, marmonna le 5ème année.
Regulus n'écouta pas plus Barty et ouvrit la lettre. Comme il l'avait justement supposé, il s'agissait bien de son frère.
Regulus, on a un problème. C'est urgent, il faut que tu nous aides. Prends une potion calmante et viens-nous retrouver. La transformation de James ne se passe pas bien, il a besoin de toi. Fais-vite, je t'en prie.
Sirius.
Regulus sentit la panique l'envahir. Comment ça, James avait un problème ?! Il pensait que tout avait déjà été réglé, que tout irait bien. Malgré la panique, Regulus ne perdit pas de temps pour se préparer. Il prit sa baguette, enfila une veste sans prendre la peine de se changer et partit après avoir enfilé ses chaussures, la lettre toujours serrée dans sa main.
Barty tenta de l'arrêter.
-Mais qu'est-ce que tu fais ?! Je te rappelle que c'est le couvre-feu !
-Je le sais très bien mais je dois y aller.
-Tu disais il y a moins de 10 minutes que tu voulais la première place ! lui rappela Barty.
-Je n'ai pas le temps de discuter avec toi.
Le 6ème année observa le reste du dortoir. Ses autres camarades continuaient de dormir. Le fait que l'oiseau n'ait réveillé personne relevait du miracle. Il n'avait pas de temps à perdre. A force de discuter avec son camarade, il allait finir par se faire remarquer.
-Qui t'a envoyé cette lettre ? relança le Serpentard.
Regulus serra les dents. Il avait oublié à quel point Barty pouvait être insistant et casse-pied.
-Tu ne voulais pas dormir ? Pourquoi ne me laisses-tu pas ?
-Je n'ai plus sommeil ! Il faudrait être bizarre pour avoir envie de dormir après ce qu'il vient de se passer !
-Si tu le dis.
Barty voulut continuer à argumenter mais le brun lui lança un regard noir, plus qu'excédé.
-Okay, c'est ton problème après tout.
Il haussa les épaules et retourna dans son lit. Comme il lui tournait le dos, le 6ème année ne se préoccupa pas plus de lui.
Regulus ne perdit pas plus de temps et quitta son dortoir. Il agissait dans la précipitation, mais il fallait tout de même qu'il reste prudent et surtout qu'il réfléchisse à la manière dont il allait rejoindre les autres sans se faire attraper. Il n'avait pas de cape d'invisibilité et la carte des Maraudeurs dont lui avait tant parlé Padfoot lui aurait été très utile. Qu'à cela ne tienne, il réussirait coûte que coûte. Il ne pouvait pas se permettre d'échouer.
Le cœur battant et les mains moites, Regulus parcourut les couloirs du château pour se rendre à l'infirmerie, plus facile à cambrioler que la réserve de potions de son maître de maison.
Plus il avançait, plus sa panique se dissipait. Elle n'était même plus qu'un mauvais souvenir quand il parvint enfin à entrer dans l'infirmerie. Celle-ci n'était occupée que par un élève dont les rideaux étaient tirés et il dormait profondément si Regulus en jugeait par ses ronflements irréguliers. Le Serpentard prit la fiole qui l'intéressait et soupira de soulagement. Il n'avait jamais volé avant. Il se souvenait quand il avait tenté de prendre quelque chose à Slughorn pour James et Sirius et qu'il s'était fait attraper. Padfoot lui avait filé un coup de main, mais surtout, il l'avait soutenu.
Là, il était seul, mais il n'était plus le même. C'était fini de trembler et d'avoir peur de mal faire constamment. Fini les hésitations. Regulus voulait être quelqu'un qui agissait, quitte à se tromper. Il avait compris que ce n'était pas grave, que c'était ainsi qu'il apprenait.
Il quitta l'infirmerie et rangea la fiole dans une de ses poches avec la lettre de son frère. Il devait se dépêcher pour aller à la cabane hurlante. Sirius lui disait que James rencontrait des difficultés dans sa transformation, signe qu'il n'avait pas complètement muté. Il fallait qu'il arrive avant qu'il ne soit complètement transformé sinon, peu importe ce qu'il se passerait, ce serait pire encore.
Déterminé et bien décidé à faire taire la peur qu'il avait malgré tout en lui, Regulus prit le chemin d'un des passages de son frère.
xXx
Un nouveau gémissement de douleur échappa à James et Remus se crispa. Il était horrible de voir son ami souffrir ainsi. La première fois qu'il avait vu James sous sa forme de loup-garou, il n'avait pas assisté à sa transformation. Aujourd'hui, il se sentait comme pétrifié, incapable d'agir, de parler. Presque incapable de le regarder. Il n'y avait rien qu'il ne pouvait faire. Pourtant, Sirius tentait quelque chose et Remus l'admirait. Cela devait être encore plus dur pour lui mais il était calme. Il semblait même savoir quoi faire.
Remus se sentait stupide. Hier encore, il se lamentait parce qu'il pensait devoir tout gérer mais au final, il n'avait rien fait et Sirius s'était occupé de tout. Il continuait d'ailleurs. Il était agenouillé près de son ami comme James était recroquevillé par terre alors que ses os craquaient. Il ne le touchait pas, évitait de le regarder dans les yeux et murmurait. Remus ne savait pas quoi, sans doute tout et n'importe quoi. Il s'agissait probablement surtout d'offrir une ancre à son ami.
Un grognement guttural résonna soudain et glaça les sangs des deux sorciers. Le museau de James s'allongea, des griffes apparurent et des poils poussèrent à une vitesse folle.
-Il va changer, il vaut mieux qu'on se transforme maintenant, lança précipitamment Remus.
Sirius acquiesça et s'éloigna de James. Remus, qui était curieux de l'Animagus que pouvait être Sirius, le regarda en silence alors qu'il commençait lui aussi sa mutation. Mais alors qu'il pensait que celle-ci serait lente, qu'il faudrait de la concentration au brun, celui-ci se changea en quelques secondes à peine. A côté de lui se tenait à présent un grand chien noir, semblable au sinistros. Le grand chien se tenait fièrement sur ses pattes, le regard franc, et Remus cligna des yeux. Il avait du mal à croire que Sirius était un Animagus depuis si peu de temps. Habituellement, les gens paniquaient ou ne tenaient pas sur leurs pattes.
Le Gryffondor lui jeta un regard et Remus se dépêcha de se changer en puma en entendant le loup-garou grogner. Il s'était perdu dans ses pensées et avait pris des risques inconsidérés. Sirius et Remus se tinrent ensuite sur leurs gardes et fixèrent James ou plutôt, la bête devant eux. A cet instant, leur ami n'était plus là. Devant eux, un loup-garou adulte se redressait sur ses pattes, toutes griffes et crocs dehors. Il grognait et salivait de colère. Il était noir mais avait quelques poils blancs au niveau du poitrail et du ventre. Ses yeux étaient jaunes et s'étiraient telles des fentes.
Le puma qu'était le Poufsouffle ne put s'empêcher de reculer d'un pas quand celui-ci hurla à la lune et renversa tout le mobilier de la pièce. Il voulait sortir.
Ce manège dura ensuite plus de vingt minutes avant que le loup ne se calme et les observe de nouveau. Il y eut une espèce de jeu de regards, le loup-garou voulant montrer les muscles, jouer à l'alpha. Remus prit alors son courage à deux mains et s'approcha lentement de la bête. Il adopta une position soumise pour ne pas que le loup-garou considère ça comme un affront. Malheureusement, sa stratégie ne marcha pas et James tenta de l'attraper. Remus, qui était plutôt rapide, l'esquiva sans mal et Sirius, resté immobile jusque-là, s'approcha à son tour pour attirer l'attention de James. La bête tenta alors de les faire reculer et de les attraper mais voyant qu'il n'y arrivait pas, il se lassa très vite. Il retourna finalement sa frustration contre les lieux et d'autres objets se brisèrent en tous sens. Sa colère montait. Il était enfermé dans un environnement qu'il ne connaissait pas, avait envie de sortir, de traquer des proies, de déchiqueter des chairs et de courir, courir jusqu'à l'épuisement.
Le loup-garou se sentait enchaîné. Aucune de ses actions n'atteignaient son but alors il retourna sa force contre lui. Les yeux remplis d'effroi, Remus vit la bête se mordre et se griffer violemment. Il n'avait pas pensé à ça. Il n'avait pas imaginé que le loup-garou pourrait souffrir, pourrait être dans un tel état de rage. Il essayait de ne pas penser à James, mais c'était compliqué. Le réveil serait difficile et douloureux pour l'ancien Gryffondor.
Sirius attira soudain son attention et lui fit comprendre qu'ils devaient agir. Remus acquiesça et Sirius et lui tournèrent autour de la bête pour attirer son attention. James les ignora en premier lieu avant de tenter une nouvelle fois de les attraper. Heureusement, Sirius et lui étaient rapides et graciles, se faufilant autour du corps massif du loup-garou.
Après de longues minutes, la bête se calma mais elle se mit à gémir de tristesse et peut-être de douleur aussi. Mais au moins, elle ne s'agitait plus. Les deux Animagi et le loup-garou étaient à moins de deux mètres l'un de l'autre et se regardaient. Parfois, Remus ou Sirius s'approchaient pour tenter de le divertir, le sortir de son ennui. Mais ce que désirait le loup-garou, c'était aller dehors. Malheureusement, c'était un objectif qu'ils ne pouvaient pas le laisser atteindre. Ils ignoraient ce qu'il comptait faire et même si le risque était minime, ils ne pouvaient pas le prendre.
La cabane hurlante devint tristement silencieuse et seuls les grognements d'animaux pouvaient déchirer la nuit.
Le trio trouva finalement un rythme de croisière. La nuit ne faisait que commencer, mais Remus était confiant. Peut-être que tout se passerait bien finalement.
Le Poufsouffle observa James alors que la lune agissait sur lui. Il était si différent de Greyback, tant dans la forme physique que dans ses agissements. Souvent, les attaques de Greyback avaient été décrites comme violentes et sanglantes. Il avait agi lors de ses attaques comme un chasseur avec ses proies, intelligent, cruel et rusé.
A l'inverse, le loup-garou devant lui ne lui renvoyait aucun de ces qualificatifs. Il lui paraissait dangereux, violent, mais aussi triste, perdu et désorienté.
Pour autant, Remus n'avait aucune peine pour la bête devant lui, même si celle-ci n'avait encore commis aucune tuerie. Elle restait dangereuse. Si elle en avait l'opportunité, elle n'hésiterait pas à s'en prendre à un enfant car c'était dans sa nature.
Il en savait quelque chose.
Remus était fatigué. Tout le stress qu'il avait accumulé ses derniers jours le quittait mais il lui restait encore plusieurs heures à tenir. Cela allait être difficile. A ses côtés, Sirius tentait d'attirer la bête en donnant des coups de tête sur son dos et le puma voulut faire de même mais d'un coup, le loup-garou se releva. Il tourna la tête, semblant chercher quelque chose au loin. Remus et Sirius se jetèrent un coup d'œil, surpris.
Ils n'eurent le temps de rien faire que la bête hurla à la lune, les déstabilisant. James se précipita ensuite sur la trappe. Il rua et griffa le bois violemment. Les deux sorciers restèrent immobiles car ce n'était pas la première fois que James tentait de sortir. Il finirait par abandonner.
Mais le loup-garou redoubla d'efforts.
Plus il voyait que ça ne marchait pas, plus il forçait, si bien que le bois commença à craquer et le cadenas céda brutalement. Le puma bondit sur lui pour l'arrêter mais celui-ci l'envoya valdinguer sur le lit. Remus accusa le choc. C'était la première fois que le bête utilisait autant de force contre lui. Il était sonné. Il entendit néanmoins Sirius tenter de retenir son ami par ses grognements, ses coups de crocs dans le vide car Sirius devait faire attention pour ne surtout pas se faire mordre.
Remus se redressa juste à temps pour voir le loup-garou s'engouffrer dans la sortie. Il resta bloqué, choqué. L'impensable s'était produit. Que venait-il de se passer ? Pourquoi d'un coup, la bête avait-elle vrillé ? Sa force avait semblé décuplée et il avait été déterminé, jamais il n'aurait abandonné. Il avait senti dans l'air ou entendu quelque chose dehors.
Le puma s'ébroua et le chien et lui s'élançèrent presque simultanément dehors. Remus avait le cœur au bord des lèvres. Il avait un très mauvais pressentiment.
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Regulus approchait du saule cogneur, il pouvait le voir au loin. Il avait avancé progressivement, se cachant derrière les arbres et observant les horizons. Regulus n'avait jamais aimé sortir la nuit, surtout pour parcourir la forêt interdite et à cette heure-là, elle était particulièrement inhospitalière. Chaque bruit le faisait sursauter. Les ombres dessinées par la lune l'angoissaient. Cette lune, il n'arrêtait pas de la regarder, méfiant. Elle était déjà bien haute.
Regulus s'arrêta soudain, soucieux. Et si James s'était déjà transformé ? Il était peut-être préférable qu'il reste à distance… Mais Sirius lui avait bien écrit qu'il avait à tout prix besoin d'une potion apaisante. Son frère ne l'aurait pas mis en danger. S'il lui demandait de venir, c'est que Regulus ne craignait rien. La vérité était que le Serpentard avait du mal à être calme. Néanmoins, il devait accomplir sa mission.
Et si Sirius l'accusait de manquer de courage ? Il ne pouvait pas laisser James souffrir inutilement parce qu'il doutait. Il avait affirmé à son petit-ami que le fait qu'il soit un loup-garou lui importait peu, qu'il n'avait pas peur de lui. Pourtant, il tremblait et n'avait plus le courage d'avancer.
Regulus se détestait.
Il avait cru avoir changé après avoir rejeté sa famille, après avoir ouvert les yeux sur eux. Dans un premier temps, la colère l'avait aidé à faire face, à faire taire ses peurs et ses doutes, à ne plus penser. Mais au bout du compte, il restait toujours le même. Le petit garçon en manque d'affection qui avait besoin que son grand-frère lui tienne la main pour pouvoir avancer.
Regulus ne voulait plus être ce garçon, il était presque un homme à présent. Il ferma les yeux et des flashs de l'attaque de Poudlard se jouèrent sous ses yeux. Il se souvenait de ce Serpentard qui était mort alors qu'il fuyait les toilettes du 2ème étage. Il se souvenait du Basilic, de Greyback, des cris, du noir. Mais aussi de Rosier et de ses yeux morts, de son crâne écrasé. Il ressentait encore la douleur, la peur, il se sentait suffoqué. Il y avait aussi eu la cérémonie, les regards de tous ces gens sur lui, leur douleur trop forte à surmonter.
Il y avait Rosier, encore, et son crâne écrasé.
Cette déception chez les Serpentard.
Ses silences qui le tuaient.
« Il t'a sauvé la vie et tu ne vas même pas dire un mot pour lui ! »
« Rosier était charismatique, c'est pour ça que les Serpentards l'appréciaient autant. »
« Je t'ai aimé, Regulus, pas de la bonne manière, mais c'est la seule manière que je connaisse. »
« J'ai envie de toi. »
« Fais-un serment inviolable avec moi. Je veux que tu t'abandonnes en échange de ma protection. »
« Je t'aiderai, tu peux avoir confiance en moi. J'ai toujours été de ton côté. »
« Tu aimes ça, sinon tu me repousserais »
« Dors avec moi. »
« J'aime les bruits que tu fais. »
« Jamais tu ne pourras m'oublier. »
-Non, non, NON !
Regulus se mit soudain à hurler. Les larmes dévalèrent ses joues, brouillant sa vue. Il suffoqua de plus belle et se laissa tomber par terre, sur la terre sèche et dure. Il lâcha sa baguette et frappa le sol de toutes ses forces, se fichant de se faire mal. Pourquoi n'arrivait-il pas à oublier ? POURQUOI !
Il cria encore et sa voix se brisa. Il renifla ensuite bruyamment et fixa ses mains, ses poings serrés. Elles tremblaient. Elles ne voulaient pas s'arrêter de trembler, ses mains rougies et égratignées par les coups. Regulus n'avait plus de voix. Il avait mal à la gorge alors il pleura en silence.
Son regard un peu hagard se perdit finalement sur la fiole et sa baguette. Il tendit la main pour les reprendre par automatisme, mais soudain il entendit du bruit plus loin. Ça venait de la cabane hurlante et cela n'avait rien à voir avec le bruit d'une feuille qui tombe par terre, ni d'une branche qui craque ou encore d'un petit animal qui court.
Regulus tenta d'essuyer ses larmes et fixa l'horizon. Au loin, il vit un puma et un loup… Non, c'était un grand chien noir, courir à toute vitesse vers lui. Qu'est-ce qu'il se passait ? Le puma était sûrement Remus, non ? Regulus fronça les sourcils. Le chien devait alors être son frère ! Il eut alors un pincement au cœur en pensant à Padfoot. Lui aussi avait été un chien.
Le Serpentard mit quelques secondes à comprendre que quelque chose n'allait pas. Pourquoi Remus et Sirius étaient-ils dehors ? Où était James ?
Regulus observa autour de lui mais n'eut pas à chercher bien loin. Le loup-garou était juste là, devant ses yeux, à quelques dizaines de mètres. Il était si gros ! Le 6ème année se demandait comment il avait fait pour ne pas le voir avant. Il se releva et se tint sur ses jambes tremblantes. La bête grogna et il fut incapable de bouger.
-Regulus ! cria son frère.
Sirius avait repris forme humaine et le loup-garou s'arrêta, attiré par l'autre être humain. Regulus le dévisagea, fébrile. Que fabriquait Sirius ? Avait-il l'intention de détourner l'attention du loup-garou ? Se sacrifiait-il une fois de plus pour lui ?!
-Cours, Regulus ! lui cria le Gryffondor.
Regulus aurait aimé protester, mais ce n'était pas le bon moment. Il devait se mettre en sécurité s'il voulait que Sirius aussi le soit. Il ne perdit pas de temps et fila à toute vitesse. Il était déjà essoufflé et il ne comprenait pas pourquoi ses jambes étaient toujours tremblantes et lourdes. Son cœur battait si fort qu'il avait l'impression de n'entendre que ça. Non, c'était faux, il entendait autre chose. Les cris de son frère. Mais que criait-il ? Avait-il mal ? Ce n'était pas la seule chose qu'il entendait néanmoins. Il pouvait sentir le loup-garou s'approcher à toute allure. Bientôt, il pourrait sentir son souffle sur lui.
Regulus se retourna brièvement pour vérifier que James était à ses trousses. En même temps, il vit que Remus tentait de le rattraper et plus loin, il aperçut Sirius, affolé, tenter d'attirer l'attention de son ami.
A force de ne pas regarder devant lui, Regulus finit par trébucher. Il se fustigea aussitôt : quel imbécile il faisait ! Il ferma les yeux en sentant James lui bondir dessus. Il sentit très vite le souffle de la bête sur sa nuque et sa salive abondante sur son dos. Le loup-garou dégageait une chaleur étonnante et son aura féroce, sans parler de sa force, le cloua au sol.
Le Serpentard ne pensa même pas à utiliser sa baguette. Il abandonna. Faible jusqu'au bout.
« Jamais tu ne pourras m'oublier. »
Remus bondit sur le loup-garou, tentant de l'éloigner de Regulus, mais la bête n'avait d'yeux que pour le 6ème année. Regulus entendit alors un glapissement et son cœur se serra. Remus était blessé, la bête lui avait fait mal. Est-ce que c'était grave ? Un sort fusa soudain à côté de lui de la part de Sirius mais le loup-garou ne frémit même pas.
-Arrête, James, je t'en prie ! James !
La voix de Sirius le suppliait. Il était à bout de souffle mais continuait néanmoins de courir vers lui.
Le loup-garou arrêta soudain de grogner, s'écarta de Regulus et se tourna vers Sirius. Il grogna à son intention puis reporta son attention sur le Serpentard. Il l'observa, tournant autour de lui, et Regulus finit par se redresser. Il s'assit et fixa également la bête. Il ne comprenait plus rien. Pourquoi n'avait-il pas encore été mordu ?
C'était… C'était comme si le loup-garou ne voulait pas l'attaquer. Ou alors jouait-il avec lui avant de l'achever ?
Remus, qui s'était de nouveau approché, voulut tenter une approche.
-Attends, ne bouge pas, l'arrêta brutalement Regulus.
Le cœur battant et les mains tremblantes, il se leva.
-T'es complètement débile, qu'est-ce que tu racontes ?! Ne reste pas à côté de lui ! s'égosilla son frère.
Remus était encore sous sa forme de puma, mais pas Sirius. Pourquoi donc la bête se focalisait-elle sur lui ? James était-il encore un peu aux commandes ? Il se battait peut-être pour garder le contrôle et faire en sorte que la bête ne le tue pas.
Regulus plongea ses yeux dans ceux sombres et affamés de la bête. Il avala difficilement sa salive et s'empêcha de reculer d'un pas. Il chercha mais ne vit pas l'ombre de James derrière la bête. Et puis, si James était encore aux commandes, il n'aurait jamais blessé Remus. Le puma peinait à tenir sur ses pattes. De plus, Regulus n'avait jamais entendu dire qu'un sorcier pouvait contrôler son loup. Même Greyback, qui était puissant et un loup depuis longtemps, était incontrôlable les nuits de pleine lune et se livrait à un vrai carnage.
Mais les sorciers en savaient encore si peu sur les loups-garous. Presque personne n'allait dans les villages sorciers qui étaient mal vus. Les habitants y étaient souvent rejetés et certains s'amusaient à y faire une chasse au loup dans le but de se débarrasser d'eux.
Pendant un instant, Regulus se demanda si les loups-garous ne devenaient pas méchants et non pas naissaient méchants.
Lentement, le Serpentard s'approcha et tendit sa main à la bête.
-Qu'est-ce que tu fais, Regulus ?! T'es complètement fou ! hurla encore son frère.
Cela ne perturba pas le loup garou qui, à la place, s'approcha lentement de Regulus. Il pencha son gros museau sur sa main, la sentit et grogna. Regulus ferma les yeux alors que le souffle nauséabond de la bête s'écrasait sur lui. Lorsqu'il les rouvrit, il vit James s'écarter de quelques pas et s'asseoir sur la terre sèche. Il ne fit rien de plus mais ne le quitta pas des yeux et Regulus fit de même.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? souffla Remus qui venait de reprendre forme humaine.
-Je ne sais pas, répondit Sirius, fébrile.
Regulus non plus. Il avait le sentiment de vivre un moment miraculeux.
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Remus avait repris sa forme Animagus même s'il n'était pas sûr que cela serve à quelque chose. Sirius avait fait de même car c'était important de ne pas prendre de risque inutile. Le Poufsouffle était encore troublé par ce qu'il venait de se passer. Il n'en croyait pas ses yeux ! Il avait encore le cœur qui battait la chamade et les jambes tremblotantes.
Le puma s'était assis sur son arrière-train de peur de défaillir une fois la dose d'adrénaline passée. Il souffrait au niveau des côtes après avoir pris un violent coup. Il respirait lentement tant il avait mal. Pour l'instant, c'était encore supportable mais quand l'adrénaline ne traverserait plus ses veines, il craignait de s'évanouir de douleur.
Remus revoyait encore la scène, Regulus courant de toute ses forces pour échapper au loup-garou. Sirius avait alors repris forme humaine dans une vaine tentative d'attirer l'attention de James et sauver son petit frère. C'était fou. Remus avait l'impression de réaliser seulement maintenant à quel point Sirius tenait à son frère. Il était prêt à mourir à sa place, ou alors à être mordu puis transformé. Et lui, là-dedans ? Il s'était senti impuissant, incapable de rattraper le loup-garou puis de l'éloigner de Regulus.
Au bout du compte, tout s'était bien passé mais la nuit était encore longue et aucun d'eux ne savait quand les choses pouvaient basculer. Tout le monde était immobile, sur le qui-vive. Regulus était debout à moins de deux mètres de lui, les mains tremblantes. Il jetait des coups d'œil rapides aux différents protagonistes. Il semblait avoir froid et il y avait de la boue sur son pantalon de pyjama.
Remus quant à lui était derrière le loup garou, à deux mètres tout juste. Mais logiquement, en puma, il ne craignait rien. Du moins, pas autant que Regulus. Sirius était plus loin encore. Après que les choses se soient calmées, il avait tenté d'approcher, mais le loup-garou avait scruté avec insistance le moindre de ses mouvements. Regulus avait alors demandé à son frère de ne pas bouger. Au cas où.
Plus d'un quart d'heure s'était écoulé et la situation n'avait pas changé. Les sorciers scrutaient, observaient, analysaient les mouvements de James. Il fallait parer au moindre danger et agir vite. Pourtant, le loup-garou n'avait pas une attitude agressive. C'était plus comme si le prédateur observait un autre prédateur mais qu'il se savait plus puissant, plus féroce. Il ne se sentait pas en danger et était prêt à montrer à tout moment à l'autre qu'il pouvait facilement avoir le dessus. Remus et les frères Black l'avaient bien compris.
-Qu'est-ce qu'on fait ? demanda finalement Remus.
-Là tout de suite ? Je n'en sais rien, souffla Sirius. Mais si on arrive miraculeusement à passer la nuit et que Regulus s'en sort vivant, on aura une longue discussion. Pour l'instant, restons focalisé sur la grosse bête qu'il y a dans la forêt interdite. On est trop à découvert, tout le monde peut le voir.
-Il est peu probable que quelqu'un vienne ici mais c'est un risque que nous ne pouvons pas prendre, approuva Remus. Pour l'instant, James est calme, mais qui sait comment il réagira si une personne de plus entre dans l'équation. Ses réactions sont trop étranges pour qu'on puisse prévoir ce qu'il pourrait faire.
-On peut tenter de retourner dans la cabane hurlante, voir s'il nous suit ? proposa Regulus.
-Si ça ne marche pas, il faudra qu'on s'enfonce plus loin encore dans la forêt pour ne pas rester trop proche de Poudlard, fit Sirius.
Ils acquiescèrent, conscients qu'ils n'avaient pas beaucoup de marge de manœuvre. Remus se mit alors doucement en route, surveillant le loup-garou. Celui-ci grogna au début, puis marcha vers lui avant de regarder le paysage, plus particulièrement la forêt. Il semblait vouloir l'explorer alors que jusque-là, il l'avait ignoré.
Sirius aboya pour attirer son attention et heureusement, le loup-garou se focalisa de nouveau sur eux. Remus guida ensuite le cortège et les frères Black le fermèrent en marchant à proximité de James. Regulus s'était accroché au pelage du chien noir de Sirius.
Remus reprit forme humaine à l'entrée du saule cogneur. Dans la manœuvre, sa blessure se rappela à lui et il masqua au mieux son état. De toute façon, aucune blessure ne pouvait lui faire plus mal encore que ce que lui avait dit Sirius avant la transformation de James. Très vite, le blaireau sentit la grosse bête derrière lui et son cœur battit la chamade.
Remus observa l'entrée et se mordilla les lèvres. Un nouveau problème se posait à eux et il se demandait comment il avait fait pour ne pas y penser plus tôt.
-Je ne pense pas que James passera dans le tunnel, lâcha le Poufsouffle en avisant la grande taille de la bête.
-On est quand même assez loin de Poudlard et généralement, les gens ne viennent pas par là pour éviter de se prendre un coup du saule cogneur, fit remarquer Sirius.
-Du coup, on reste là ? demanda Regulus.
-Remus et moi, on reste là. Toi, tu te débrouilles pour rentrer, décida son frère.
Regulus ne chercha pas à le contredire, il savait que c'était pour le mieux. Il devait avoir l'impression qu'il avait tout gâché.
-Nous n'avons qu'à attendre encore une heure. S'il est toujours calme, Sirius et moi détournerons son attention et tu tenteras de partir, Regulus.
-Très bien, acquiesça-t-il avant de soupirer. Je pensais vraiment bien faire, je ne comprends pas ce qu'il s'est passé. Je pensais que j'aurais le temps de venir avant qu'il ne se transforme, admit-il.
-Mais pourquoi ?! Je t'ai dit je ne sais combien de fois que je ne voulais pas de toi là ! C'est beaucoup trop dangereux ! lui reprocha brutalement Sirius.
James le fixa alors et grogna férocement si bien que de la bave s'écoula de sa gueule entrouverte.
-Doucement, leur rappela Remus.
-Mais… mais dans la lettre, tu me demandais de ve-
-Quelle lettre ? l'interrompit Sirius.
-Celle que tu m'as envoyée il y a une heure !
Comme Sirius ne voyait toujours pas de quoi il parlait, Regulus la lui montra. Remus aussi voulait savoir ce qu'il se passait mais il devait continuer à garder un œil sur le loup-garou et être vigilant.
-Elle est toute déchirée et pleine de boue, j'arrive à peine à déchiffrer un mot, lui fit remarquer Sirius. Mais, Regulus, je ne sais pas qui t'a envoyé ça. Ce n'est pas moi ! Je ne t'ai jamais envoyé de lettre !
Le visage du Serpentard pâlit.
-Ce serait quoi ? Un piège ? Une blague ? Une menace ? paniqua Remus. Attendez, ça veut surtout dire que quelqu'un connait le secret de James ?!
-Non, ce n'est pas possible…On a toujours fait hyper attention. James n'est même plus à Poudlard, comment quelqu'un aurait pu découvrir son secret ?! lui rappela Regulus, inquiet.
-Il vaut mieux qu'on y réfléchisse à tête reposée, soupira Sirius. Gérons un problème à la fois. On verra pour les autres demain.
Remus acquiesça mais Regulus semblait toujours aussi préoccupé.
Les trois amis ne pouvaient pas relâcher leur vigilance mais penser au fait que Regulus avait probablement été envoyé à la mort était effrayant. Malheureusement, ils ne pouvaient pas se déconcentrer, ils avaient une mission à accomplir. Les minutes continuèrent à s'égrener et la nuit passa lentement. Le loup-garou semblait de nouveau calme alors le puma tenta de l'approcher. Il lui montra qu'il voulait jouer et si le loup-garou l'ignora au début, il se prêta bien vite au jeu. Remus fit attention à ne pas faire de geste brusque autant pour ne pas commettre d'imprudence que parce qu'il ne le pouvait pas physiquement. Sirius se joignit à la partie et fit signe à son frère de rentrer discrètement au château. Si jamais il rencontrait un problème quelconque sur le chemin du retour, il n'aurait qu'à lancer un sort en l'air. Grâce à la lumière, ils pourraient le localiser et venir en renfort.
Alors que Regulus reculait doucement pour échapper à la vision de la bête, Remus continua à bondir devant lui. Celui-ci ne le quittait pas des yeux, s'amusant avec lui. Bien entendu, le loup-garou ne contrôlait pas toujours sa force et le Poufsouffle savait que demain, il aurait des problèmes. Mais ce n'était pas cher payé pour aider un ami et surtout faire en sorte qu'il n'y ait pas de blessé cette nuit.
Avant qu'il ne s'en rende compte, Regulus était déjà loin.
Le temps continua à s'écouler. A un moment, le loup-garou ne tint plus en place et ni Sirius ni lui ne parvinrent à le retenir. James s'enfonça dans la forêt, alla s'abreuver à un petit lac et chassa un gibier. Sirius tout comme Remus commençaient à fatiguer. Le puma avait sommeil et malgré les précautions prises ainsi que la vigilance dont ils faisaient preuve, il craignait de voir débarquer un sorcier.
Heureusement, il n'en fut rien. La lune finit par décliner. Le soleil ne tarderait plus à se lever. Tant bien que mal, Sirius et lui attirèrent alors James vers le saule cogneur et James reprit forme humaine un peu avant leur arrivée. Il s'écroula ensuite sans un mot, usé par sa nuit.
Sirius et Remus échangèrent un regard ainsi qu'un sourire, fiers d'avoir pu aller jusqu'au bout. Il leur restait peu de temps avant l'arrivée des Potter pour que ceux-ci prennent la relève.
La nuit était finie. Néanmoins, ils savaient tous les deux qu'il leur restait encore beaucoup à faire. Ce qui s'était passé leur avait appris qu'ils ne pouvaient jamais relâcher leur vigilance. Et que leurs ennuis n'étaient pas finis.
