Chapitre 52 : Les origines du mal

Partie 1


Résumé du chapitre précédent :

Après avoir hésité un long moment, Regulus, Remus et Sirius passent enfin aux choses sérieuses et préviennent Hugo de la situation. Celui-ci bien qu'ébranlé, décide de les aider à coincer Jedusor en tentant d'en apprendre plus sur lui. Pour ce faire il décide de demander de l'aide à son mentor et ami. Malheureusement Albus est introuvable depuis sa démission et il ignore si le sorcier acceptera de sortir de sa retraite pour lui venir en aide.

Regulus profite de la visite du français pour se renseigner sur les loups-garous. Il veut venir en aide à Erd et James et pouvoir répondre à certaine interrogation. Hugo lui donnera alors le contact d'une femme experte à ce sujet.

Du côté de Remus et Sirius c'est toujours compliqué. Remus n'accepte pas la manière dont ça s'est fini entre eux et se berce d'illusion. Il se confie à son amie de toujours, Isabel.

Grace au piège que Jedusor avait tendu à Remus, il a pu assister à la réunion des trois élèves avec l'explorateur et à donc pu obtenir beaucoup d'information. Il se méfie de Hugo et pense qu'il serait préférable de l'éliminer car trop dangereux. Il prend toujours plus de risque pour arriver à son but, mais ne peut renoncer, enivré par l'adrénaline du risque et le sentiment de toute puissance.

Pamela après avoir rassembler tout son courage et épauler de Severus et Lily, décide de porter plainte contre Nott pour faire entendre sa voix et obtenir justice. Elle remarque lors de cette sortie tout les trois que malgré quelques rapprochements, le couple est de plus en plus distant.

Le jour de ses 17 ans, Regulus décide de laisser tout ses problèmes de côté et veux profiter d'une journée de détente avec son petit ami. Il ne veut pas penser à Jedusor, à la situation de Erd et à ce que lui cache Severus, ni à Barty qui continu de fouiner et qui est beaucoup trop perspicace et encore moins au cadeau qu'il a reçu de ses parents. Avec James ils profitent de retrouver un semblant de normalité et d'un moment intime qu'il avait autant redouté qu'attendu avec impatience.


Hugo Leroy s'arrêta un instant pour observer le paysage. Le village était presque désertique. Depuis presque une heure qu'il marchait, il n'avait vu que quatre personnes âgées et deux chiens qui faisaient la sieste à l'entrée du village. Les maisons étaient petites et se ressemblaient. Il y avait énormément de verdure et le temps était agréable. C'étaient les seules choses positives qu'avait pu trouver le français au sujet de l'endroit. Il n'arrivait pas à croire que Dumbledore vivait ici. Certes, le vieux sorcier avait toujours recherché le calme et la sérénité, mais le petit village sorcier allait bien au-delà. Une si faible population donnait un sentiment d'isolement à l'explorateur. Le village avait son charme, mais il était éloigné de tout et difficilement accessible.

Malgré tout, plus Hugo avançait dans Humington, plus il lui était facile de comprendre pourquoi l'ancien directeur de Poudlard avait fait le choix de s'installer ici. Dans ce village, il était tranquille et rien ne pouvait lui rappeler son ancienne vie et surtout ce qu'il s'était passé à Poudlard. Le français savait que son vieil ami portait douloureusement la responsabilité de ce qu'il s'était produit à l'école. Il n'y avait pas que les élèves qui avaient été touchés dans leurs chairs et dans leurs âmes. L'ancien directeur avait dû se sentir horriblement coupable. Cet exil, c'était comme sa pénitence. Il avait, semble-t-il, tenu à l'écart tous ses amis, ses proches et ses collègues. Était-ce également une punition qu'il s'imposait ?

Le français trouvait cela bien triste et avec cette visite, il comptait faire comprendre à son vieil ami qu'il serait toujours de son côté. Il avait besoin de lui, le monde sorcier avait encore besoin de lui !

Après plusieurs jours à tenter de communiquer avec son vieil ami, l'ancien directeur avait enfin accepté qu'il passe lui rendre une petite visite. Une fois encore, Albus n'avait pas été en mesure de refuser quoi que ce soit à son très cher protégé.

Hugo était donc là, marchant dans des rues désertes jusqu'à sa précieuse destination, une petite maison en bois avec un toit rouge. C'était la seule du village à avoir un peu de couleur. Elle était aussi à l'écart. C'était ici que vivait l'illustre sorcier depuis qu'il avait décidé de quitter son poste à Poudlard. Il menait une vie tranquille dans un endroit que peu de monde connaissait. Hugo n'aurait jamais cru que Dumbledore soit du genre à prendre sa retraite, ni même qu'il pouvait vivre dans un endroit si calme. Sans vouloir être méchant, il trouvait que le village manquait clairement de vie et de gaieté.

Une fois devant la maison au toit rouge, la porte s'ouvrit sans même qu'Hugo n'ait besoin de frapper. Cela ne l'étonna qu'à peine. Il avança et lança un salut énergique pour s'annoncer malgré tout. Il s'arrêta ensuite au salon et observa les autres pièces autour de lui. La maison ne comportait qu'un seul étage, une cuisine minuscule ouverte sur le séjour et des portes fermées. Il n'y avait rien à observer, pensa-t-il. De toute façon, son hôte ne lui en laissa pas le temps car Dumbledore surgit sur sa gauche, le surprenant.

Albus n'avait pas tant changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Peut-être avait-il perdu quelques kilos mais sa barbe était toujours aussi longue, son visage aussi ridé et ses vêtements, bien que sobres, étaient toujours de mauvais goût.

Heureux de le revoir, l'explorateur l'étreignit brièvement et Albus lui rendit son étreinte avec chaleur. Il invita ensuite le français à s'asseoir et agita sa baguette pour leur servir du thé et des gâteaux. Ils se sourirent sans échanger un mot pendant plus de cinq minutes, entamant les biscuits et leurs thés.

-C'est reposant ici, lâcha soudain Hugo.

Dumbledore sourit.

-Tu n'aimes pas du tout, se moqua le plus vieux, peu dupe.

-Je n'irai pas jusque là, tempéra le français. Mais il est vrai que je ne pourrai pas vivre ici, je ne suis même pas certain de pouvoir rester 24h ! Ça n'a pas l'air de plaire à beaucoup de personnes d'ailleurs. J'ai croisé très peu de gens. Même les animaux ont fui ! Les deux chiens qui sont encore là le sont probablement parce que l'un est aveugle et que l'autre a de l'arthrose, pauvre bête !

Par principe le français ne détestait rien et n'avait pas d'avis fermé, il voulait toujours se laisser une chance de changer d'avis. A l'entendre, Dumbledore se contenta donc de sourire de plus belle.

-Comment se passent tes explorations ? Je suis étonné que depuis le Grand Tournoi de duels, tu ne sois pas déjà reparti à l'aventure, lui fit-il remarquer.

-J'en ai une en préparation, mais je n'ai pas prévu de partir prochainement. J'ai des choses qui me retiennent malheureusement.

-Rien de trop grave, j'espère ?

Encore cette sincère inquiétude, cet intérêt pour lui. Hugo ne releva pas. Il y était habitué.

-J'ai bien peur que si. Mais vous pouvez peut-être m'aider, Albus.

-J'en doute. Je me fais vieux, je ne suis plus bon à grand-chose maintenant…

Le français fut triste de l'entendre parler de lui ainsi.

-Ne dites pas ça, voyons. Vous êtes un grand sorcier, un héros qui a combattu le célèbre mage noir Grinderwald et dirigé Poudlard durant des années ! Vous êtes aussi un ami précieux.

Durant sa tirade, Hugo avait pu voir le vieux sorcier se tendre, comme mal à l'aise, mais le vieux sorcier ne lui laissa pas le temps de l'interroger.

-Je suis heureux que Poudlard ait pu rouvrir si vite. Tout semble aller bien pour l'instant. Il est important que les enfants puissent reprendre une vie normale et passer leurs diplômes, reprit Dumbledore.

Hugo fronça les sourcils. L'ancien directeur tentait-il de changer de sujet ? Il ne se laissa pas perturber.

-J'y suis passé récemment. Je suis allé voir Regulus Black, son frère et Remus Lupin. En fait, si j'ai dû repousser mon départ, cela a beaucoup à voir avec eux.

Le français fit une pause, observant les réactions de son homologue. Ils échangèrent alors un long regard et Hugo tenta de comprendre pourquoi Dumbledore agissait ainsi. Pourquoi se tenait-il à l'écart du monde, de tout ? Il y avait de la culpabilité, mais ce n'était pas tout. Hugo repéra alors ses yeux bleus cernés, fatigués et ternes. A cet instant, il comprit. Dumbledore était tout simplement usé. Il ne se sentait plus à la hauteur pour occuper le rôle d'exemple, de héros qu'on attendait de lui. Il n'en avait plus envie non plus. Il était âgé et aspirait simplement à la paix, à des responsabilités qu'il pourrait sans problème assumer sans se sentir écrasé par les attentes, ne plus se trahir pour réussir pour un but qui lui importait peu.

En le voyant ainsi, le français se sentit coupable d'être venu le déranger.

-Qu'est-ce qui te tourmente donc ? lui demanda finalement Dumbeldore.

-Il s'agit de Tom Jedusor.

Albus ne fut pas surpris.

-Vous n'avez pas l'air étonné, lui fit remarquer Hugo. Savez-vous ce qu'il a fait ? Est-ce à cause de lui que vous avez décidé de prendre votre retraite ?

-Peut-être.

Albus soupira. Il ne semblait pas vouloir développer.

-Les élèves que je suis allé voir m'ont dit qu'ils étaient certains qu'il avait fait évader les prisonniers d'Azkaban et qu'il était probablement derrière ce qu'il s'était passé à Poudlard, lui révéla alors le jeune sorcier.

Le blond n'obtint pourtant presque pas de réaction du plus vieux et il fronça les sourcils. Y avait-il quelque chose que Dumbledore ignorait ? Hugo était perturbé et les réactions du plus vieux ne l'aidaient pas à le comprendre. Il était obligé de se faire ses propres conclusions et celles qui se construisaient dans son esprit ne lui plaisaient pas du tout. Il ne voulait pas penser que l'ancien directeur de Poudlard avait tout su des agissements du psychomage et n'avait rien fait pour l'en empêcher. Il serait terriblement déçu…

-Je savais qu'il était dangereux, mais j'ignorais à quel point, admit finalement son vieil ami. J'ai tenté de l'arrêter tant qu'il en était encore temps. Étant celui qui l'avait fait venir à Poudlard, je me sentais responsable. Malheureusement, il est habile et s'est construit un cercle de soutiens solides. Il était dur de le faire partir dans ces conditions. La seule chose que j'ai pu obtenir est son départ à la fin de l'année. Il a probablement accepté parce que cela servait ses intérêts. Je ne pensais pas avoir gagné contre lui, mais j'étais certain de ne pas avoir perdu, que je pouvais dissiper les ombres maléfiques qu'il faisait planer sur le château. Je me suis trompé, lâcha-t-il soudain. Je me suis frotté à lui et je me suis brûlé les ailes. Je ne sais plus faire ça, Hugo. Me battre, faire les bons choix. Je laisse ça aux autres. Certains diront que c'est de la lâcheté, j'opterais plutôt pour de la sagesse. J'ai fait entrer le loup dans la bergerie et ce n'est même pas ma pire décision… Peux-tu le croire ?

Non, il ne pouvait pas.

Mais il n'était pas à la place du vieil homme. Il le connaissait depuis peu finalement. Il ignorait par quoi Albus avait bien pu passer, ses blessures accumulées au fur et à mesure du temps dont certaines semblaient loin d'être guéries.

Pendant un instant, il se retrouva à court de mots.

Il avait dit à Regulus qu'Albus les aiderait, qu'il serait un soutien de poids. Quelle désillusion.

-Comment faire pour l'arrêter ? demanda-t-il finalement. Faut-il prévenir les Aurors ?

-Tu peux essayer, mais je te le déconseille. Il n'y a rien contre lui, pas de preuve. Si cela avait été le cas, je sais que ces garçons l'auraient déjà fait. Si je ne peux pas me prononcer pour Sirius Black, son frère et Remus Lupin ont la tête sur les épaules. Ils l'auraient donc fait depuis belle lurette. De plus, si cela venait à se savoir, cela te mettrait en danger et d'une manière ou d'une autre, tu finirais comme moi.

-Cela ne me fait pas peur, argua Hugo.

-Ne parle pas trop vite.

Le français avait l'impression d'être dans une impasse mais il ne voulait pas se résigner. Si tout ce que Regulus et ses amis lui avaient raconté était vrai, il devait agir !

-Je ne peux pas pardonner ce qu'il a fait. Tant d'adolescents innocents sont morts, d'elfes qui faisaient juste leur travail ! Dans quel but ? Que cherche-t-il à faire ?

-Je nourris les mêmes sentiments que toi. Quant à son but, il y a trois raisons qui peuvent pousser un homme à agir ainsi.

-L'argent, le pouvoir ou une femme, approuva l'explorateur.

Quelque chose lui disait que les actions du psychomage n'avaient rien à voir avec une femme mais il était difficile de trancher entre les deux premiers. Il connaissait peu l'individu. L'argent était le mobile par excellence, mais Hugo ne voyait pas en quoi toutes les actions passées du psychomage pouvaient le mener à une quelconque richesse. Restait le pouvoir.

-Si tu veux en apprendre plus sur lui, le mieux est de te plonger dans son enfance. Découvre quel genre d'enfant il était pour comprendre l'adulte qu'il est à présent, lui suggéra alors Albus.

L'explorateur esquissa un sourire. Une fois de plus, son ami parlait en énigmes et préférait lui donner des indices plutôt que les réponses qu'il demandait. Sur ce point-là, il n'avait pas changé du tout !

xXx

Plusieurs jours après ce qu'il s'était passé lors de la pleine lune, chacun avait eu le temps de digérer les évènements. Ils avaient tous les trois tenté de comprendre et il était temps qu'ils partagent leurs analyses. Remus et les deux frères avaient donc décidé de se réunir pour discuter de ce sujet sensible dans la roseraie, là où personne ne les dérangerait. Regulus souhaitait également discuter d'un sujet qui le préoccupait et qui avait aussi à voir avec cette fameuse nuit maudite.

Devaient-ils révéler à James ce qu'il s'était passé cette nuit-là ?

Lorsqu'ils s'étaient vus à Pré-au-Lard, il s'était senti mal de lui mentir. Jusqu'à présent, il s'était dit qu'il le faisait pour son bien, pour le préserver car James s'en voudrait s'il apprenait qu'il avait failli lui faire du mal. Mais surtout, il ne voudrait plus jamais que ses amis soient présents lors de la pleine lune. Regulus s'était répété ces mots pour tenir et se soulager à la fois. Mais depuis la journée qu'il avait passée avec son petit-ami, une autre musique se jouait dans sa tête. Et si James ne lui pardonnait pas de lui avoir caché la vérité ?

Le Serpentard n'était pas stupide. Il savait qu'un jour ou l'autre, l'ancien Gryffondor apprendrait la vérité. Pas forcément demain, ni dans un mois, mais peut-être dans un an ou moins encore. Et alors, quelle excuse pourrait-il lui servir ? James n'accepterait jamais d'entendre que c'était pour son bien. Regulus lui-même le prendrait mal si les rôles étaient inversés. Il voulait en parler avec son frère et le Poufsouffle, et ainsi prendre une décision ensemble.

Il n'oubliait pas que celui qui connaissait le mieux James restait son frère.

Perdu dans ses pensées, Regulus continuait de se triturer l'esprit sans savoir quoi faire. Après cette parenthèse qu'il s'était offerte avec son amoureux, il était revenu dans l'enfer de sa vie quotidienne. Comme il aurait aimé que sa journée à Pré-au-Lard ne se termine jamais… Regulus le savait, ce jour-là avait été la plus belle journée qu'il avait pu passer jusque-là.

Le 6ème année esquissa un sourire un peu niais à ce souvenir et Sirius, qui marchait à côté de lui, l'observa du coin de l'œil.

-Tu as l'air différent, mon frère.

Regulus s'arrêta au beau milieu du couloir et jeta un regard surpris à Sirius.

-Depuis quand m'appelles-tu ainsi ? Ne fais pas ça, c'est gênant ! J'ai l'impression que ce n'est pas toi mais plutôt que quelqu'un a pris possession de ton corps !

Sirius partit d'un grand éclat de rire.

-Si tu détournes le sujet comme ça, c'est qu'il s'est passé quelque chose. C'est James ? s'enquit-il d'un air malicieux.

Sirius n'en savait rien mais il aimait taquiner son frère et évoquer son meilleur ami était le meilleur moyen d'y parvenir. Aussitôt pourtant, les joues de Regulus se colorèrent de rouge, ce qui amusa le Gryffondor. Malgré la moquerie évidente de son frère, le 6ème année ne put s'empêcher de sourire finalement. Regulus passa alors une main dans ses cheveux et continua à avancer, évitant avec une belle habileté les autres élèves.

-Tu es vraiment amoureux, hein ?

Regulus jeta un regard gêné à son frère.

-Tu n'es pas obligé de me répondre, je le sais déjà de toute façon.

-N'importe quoi, protesta faiblement le Serpentard.

-Je te jure ! rigola Sirius. Je t'ai observé pendant longtemps après tout. Tu as l'air heureux et tu n'imagines pas à quel point je le suis pour toi !

Sirius passa son bras autour des épaules de son frère et ensemble, ils marchèrent jusqu'à la roseraie où les attendait Remus. Regulus observa son frère du coin de l'œil. Parfois, Sirius semblait si différent. Regulus ressentit alors cet apaisement qu'il n'avait éprouvé qu'en présence de Padfoot jusque-là. Peut-être qu'inconsciemment, il faisait un transfert. Son esprit, après l'avoir longtemps refusé, acceptait enfin que d'une manière ou d'une autre, Sirius et Padfoot étaient semblables.

Regulus avait-il changé comme l'avait mentionné son frère ? Une partie de lui se sentait effectivement différent après ce que James et lui avaient fait. Mais ce n'était pas réel concrètement, du moins cela ne pouvait pas être visible. C'était seulement dans sa tête, dans son cœur.

Regulus se demanda soudain comment se passerait sa prochaine rencontre avec James. Durant le 3e week-end du mois de mai, juste avant la dernière ligne droite des examens au mois de juin, les élèves seraient autorisés à retourner chez eux. Le Serpentard serait alors autorisé à revoir son petit-ami et ils passeraient un week-end entier ensemble.

Bien entendu, ils ne seraient pas seuls. Pas qu'il ait déjà l'intention de remettre le couvert ! Ou peut-être… Si James en avait envie… peut-être que Regulus pourrait également se laisser tenter.

-Ah, en parlant de James, il m'a demandé de te passer mon miroir, lâcha soudain Sirius.

Regulus sortit soudain de ses pensées.

-Pardon ?

-Ma moitié de miroir, répéta le Gryffondor. Frank a offert un miroir magique à James à son anniversaire, tu ne te souviens pas ?

Regulus secoua la tête.

-On peut se parler en instantané et même se voir grâce à ça. Apparemment, tu lui manques tant qu'il ne peut pas attendre quelques semaines de plus, chuchota vicieusement l'aîné à son oreille.

Regulus eut envie de le frapper. Il détestait son frère quand il agissait ainsi.

Les Black n'échangèrent pas un mot de plus jusqu'à arriver à la roseraie. Remus était déjà là, debout devant un parterre de fleurs. Il les observait en silence, une certaine nostalgie dans le regard. Dès qu'il entendit la porte s'ouvrir cependant, Remus se redressa et il sembla au Serpentard que son frère perdait son sourire. Il paraissait même vouloir se faire tout petit derrière lui.

-Bonjour, lança le Poufsouffle.

Il chercha un moment Sirius du regard mais une fois de plus, Sirius l'évitait et Regulus put lire la peine immense que cela provoqua chez le Poufsouffle. Il n'y comprenait plus rien. S'était-il passé quelque chose entre eux ? Il avait l'impression d'avoir raté un élément important. Il se sentait même coupable de ne rien avoir vu avant.

Même si le 6e année était à la fois curieux et inquiet, il savait que ce n'était pas le moment.

Sirius lança alors la conversation en rappelant ce qu'il s'était passé et ce qu'ils savaient. Quelqu'un avait tenté de blesser, voire de tuer Regulus en l'envoyant face à un loup-garou une nuit de pleine lune. Pour ce faire, on avait utilisé le lien entre les deux frères et l'oiseau teigneux du 7ème année. Celui-ci en était d'ailleurs mort.

-Remus et moi avons déjà pu en discuter et on se dit qu'il y a de grandes chances pour que la personne derrière tout ça soit Jedusor. Après tout, il a perdu une fois son calme contre toi et t'as menacé, Regulus. Tu lui fais peur d'une certaine façon. C'est la personne qui a le plus de raison au monde de vouloir se débarrasser de toi.

Regulus ne pouvait pas donner tort à son frère. C'était une logique implacable.

-Il est capable d'ensorceler un hibou. C'est probablement un jeu d'enfant pour lui, tout comme d'imiter l'écriture de Sirius, appuya Remus.

-Vous croyez qu'il va recommencer ? s'enquit Regulus.

-Peut-être. Tant qu'il ne se fera pas attraper, il essaiera probablement, souffla Sirius.

Il fallait qu'Hugo fasse au plus vite mais Regulus savait que le français faisait déjà de son mieux. Il ne pouvait pas lui demander l'impossible non plus.

-Je ne comprends toujours pas comment il a pu apprendre la vérité sur James. Vous pensez qu'il le sait depuis l'attaque ? Qu'il l'a vu se transformer ? soupira le Serpentard.

-C'est une possibilité, admit Sirius.

-Mais je suis pratiquement sûr qu'une fois sorti de la pièce où il était enfermé avec les autres professeurs, il est venu à ma rencontre et a tué Greyback. McGonagall était avec lui. Si lui l'avait su, elle aussi alors. Je pense que ni l'un ni l'autre n'aurait gardé une telle découverte secrète.

Sirius et lui se plongèrent dans d'intenses réflexions à ces mots. Ils avaient beau se creuser les méninges, ils ne trouvaient aucune réponse qui les satisfaisait.

-Je…, lança Remus avec hésitation. C'est peut-être de ma faute, souffla finalement le Poufsouffle.

Sirius et Regulus le dévisagèrent, étonnés.

-Je savais que je devais rester éloigné de lui et c'est ce que j'ai fait, commença-t-il. Mais un jour, il est venu me trouver et la suite est un peu floue. Il me proposait d'aller parler dans son bureau.

-Quoi ?! explosa Sirius. Il t'a fait quelque chose ?!

-Je ne sais pas, je ne crois pas. Mais je ne voulais pas le suivre et pourtant, je l'ai fait. C'était comme si je ne pouvais pas lutter… Je ne me souviens pas du trajet jusqu'à son bureau. Je me dis qu'il a peut-être utilisé l'impérium sur moi ou quelque chose qui y ressemble. La suite est plus nette. Il m'a proposé du thé et a essayé de jouer à l'adulte sérieux et compatissant. Il m'a parlé de Peter, m'a demandé de ne pas enfermer ma douleur et de me reposer sur les autres. Ensuite, je suis enfin parvenu à partir.

-Tu penses qu'il a pu t'arracher des informations ? demanda Regulus.

-Je ne peux pas me prononcer. Mais s'il n'a pas appris pour James lors de l'attaque, ça ne peut être qu'à ce moment-là. Je suis désolé…

-Ne te sens pas coupable, Remus, tu n'as rien fait de mal. On savait qu'il allait agir de toute façon. On ne se laissera pas faire et on restera soudé ! lança le Serpentard.

Regulus n'arrivait pas à savoir si le Poufsouffle était soulagé ou non par ses paroles. Un silence s'installa, chacun réfléchissant et assimilant ce qu'il venait de se dire. Regulus hésita alors à parler de James.

-Je me demandais…

Il releva les yeux et vit que Sirius et Remus se regardaient d'une étrange façon. Quand son frère capta son regard cependant, il tenta de lui dissimuler une expression coupable pour adopter un air neutre.

-Qu'est-ce qu'il y a ? l'encouragea le châtain.

-Je me posais des questions par rapport à James, reprit Regulus. Je me demande si on fait bien de ne pas lui dire ce qu'il s'est passé pendant la pleine lune. Je ne veux pas qu'il soit en colère contre moi quand il l'apprendra…

-Je ne pense pas que James soit capable d'être réellement énervé contre toi, sourit Sirius devant la mine inquiète de son frère. Mais je comprends ce que tu veux dire. Ne pas lui dire tout de suite était une bonne idée mais maintenant que le temps a un peu passé, peut-être qu'il sera en mesure de l'entendre ? Ce sera moins violent. Tu en penses quoi, Moony ?

-Je, je…

Remus bégaya un instant face au regard du brun et, mal à l'aise, ils détournèrent le regard l'un de l'autre. Regulus haussa un sourcil, à nouveau étonné, mais Remus se racla la gorge.

-Il vaut mieux qu'il l'apprenne directement de nous plutôt qu'il l'entende par mégarde, s'énerve et ne nous laisse pas lui donner d'explication. J'ai également peur qu'il se déteste après ça.

-Il faut juste trouver la bonne manière de lui parler, approuva Regulus.

-On pourrait le faire lors des quelques jours de break qu'on aura avant la dernière ligne droite des examens, proposa le Gryffondor.

Regulus acquiesça, quelque peu soulagé. C'était un fardeau qu'il n'avait pas envie d'assumer seul.

Ayant évoqué tous les sujets souhaités, le trio se sépara. Remus resta encore un moment entouré des fleurs, le regard perdu au loin, et le Serpentard le quitta comme il l'avait trouvé plus tôt. Sur le chemin du retour vers le château, Regulus pensa à l'atmosphère étrange entre le couple. Pouvait-il interroger son frère à ce sujet ? Ne serait-il pas indiscret ? Remus était également son ami et depuis ce qu'il s'était passé à Cardiff, Regulus était constamment inquiet pour son aîné. Et si jamais il passait à côté d'une information importante pour plus tard ? Peut-être pouvait-il les aider, tout comme eux-mêmes l'avaient fait de nombreuses fois pour lui.

-Il s'est passé quelque chose entre Remus et toi ?

Sirius lui jeta un coup d'œil avant de détourner le regard. Il ne dit rien, gardant les lèvres closes et le visage grave. Regulus eut alors l'impression qu'il n'aurait pas de réponse mais il en obtint une peu avant d'arriver au château.

-Nous avons rompu.

xXx

Maugrey relisait pour la énième fois la liste qu'il avait pu se procurer. Dessus étaient marquées dans le détail les personnes avec qui Tom Jedusor avait été vu lors des soirées mondaines auxquelles il avait participé en début d'année. Elle n'était pas complète mais suffisamment aboutie pour fournir de premiers éléments de réponse au châtain. Son mentor l'avait aidé dans cette tâche et il en était bien heureux. Rassembler toutes ses informations s'était avéré fastidieux.

Jedusor avait multiplié les apparitions à ce moment-là alors qu'à présent, il se faisait bien calme. Quelque chose disait à l'Auror qu'il avait probablement atteint l'objectif qu'il s'était fixé. En continuant ses recherches, il avait également découvert que le psychomage avait rencontré plusieurs des contacts qu'il s'était faits à ses soirées dans des cadres plus personnels. Et ce plusieurs fois.

L'homme semblait se construire un réseau important. Mais dans quel but ?

La plupart des personnes étaient des hommes blancs, Sang-Purs, avec un statut social important. Une partie non négligeable était également engagée en politique ou était des mécènes. Maugrey pouvait-il en tirer tout de suite des conclusions ou devait-il faire attention et fouiller plus encore ? Mais comment ? Se fournir la liste avait déjà été compliqué, et cela resterait la partie la plus facile du travail. Aller parler à ces gens, de Jedusor de surcroît, éveillerait les soupçons. Maugrey était de plus certain qu'aucune de ces personnes ne lui parlerait de son plein gré. Surtout si celles-ci avaient des choses à cacher. Et Maugrey le savait bien, ces gens-là n'aimaient pas que les Aurors fouillent dans leurs affaires, ni ne s'intéressent de trop près à eux.

Même si ce n'était pas une grande avancée, l'Auror avait donc découvert vers quel genre d'inclinaison le psychomage se portait, mais également qu'il avait besoin de soutien de poids et d'argent pour atteindre son but.

Malheureusement, ce n'était pas assez. Il avait besoin de comprendre sa manière de penser, de connaître ses points faibles, ses points forts…

Jusqu'à présent, il n'avait pas découvert grand-chose d'incriminant sur lui. À croire que cet homme était un parfait criminel et ne commettait jamais d'erreur. Mais d'expérience, l'Auror savait que c'était faux. Si tout semblait lui sourire aujourd'hui, c'était parce qu'il avait dû préparer son plan depuis des années. Il n'avait rien laissé au hasard et sans doute effacer toutes les preuves de son infamie. Mais était-il remonté assez loin ?

Maugrey avait envoyé une requête à son collègue Dawlish pour qu'il puisse lui faire parvenir des informations sur le passé du psychomage. Grâce à son aîné, il avait découvert qu'avant de venir travailler à Poudlard, Jedusor avait officié en Russie dans la célèbre école de magie Durmstrang. Il avait d'ailleurs bénéficié d'une certaine popularité, en plus d'avoir été chaudement recommandé à Dumbledore par le directeur de l'école.

Encore avant cela, sa fiche était peu remplie. Il avait suivi une formation de psychomage et occupé quelques petits postes de tuteur pour des familles fortunées. À croire que c'était le seul cercle social qu'il acceptait de fréquenter ! Le psychomage avait pourtant passé une bonne partie de son enfance et le début de sa vie d'adulte chez les moldus. Dawlish n'avait pu que se procurer le nom de l'orphelinat dans lequel il avait grandi et le nom de son premier employeur. Maugrey espérait être chanceux pour une fois et obtenir enfin des informations capitales.

Le châtain avait décidé de commencer par le tout début de la vie de l'homme, l'endroit qui l'avait vu grandir avant qu'il n'arrive à Poudlard : l'orphelinat. Apprendre que Jedusor avait grandi sans parents et n'avait jamais été adopté n'avait fait ni chaud ni froid à Maugrey. Il n'allait certainement pas plaindre ce criminel. Certaines personnes disaient que si certains hommes devenaient des monstres, c'était fortement dû à une enfance terrible et à un environnement défaillant, favorisant la noirceur. Maugrey ne voulait pas penser ainsi. Il ne donnait jamais de circonstances atténuantes aux criminels. Les excuses, ils les laissaient aux avocats et aux familles des bourreaux.

Le fait que Jedusor n'ait pas eu la chance de grandir dans une famille aimante ne jouait en rien avec ce qu'il était devenu aujourd'hui selon lui. Lui-même avait dû grandir seul, privé très tôt de ses parents. Pour autant, il n'avait pas dans l'idée d'aller commettre des tueries de masse. Pourtant, Merlin savait qu'il avait souffert dans le passé. L'Auror avait dû ravaler sa colère et sa frustration à ne plus savoir qu'en faire. L'éducation jouait, mais la nature profonde également. Une personne mauvaise, faible mentalement et qui avait certaines inclinaisons, irait plus facilement vers le crime, se laisserait tenter avec moins de difficultés. Le châtain n'était pas sûr de trouver grand-chose dans l'orphelinat où avait grandi le psychomage mais d'une certaine manière, les origines de son mal pouvaient s'y trouver.

À 10h, l'Auror se présenta ainsi à l'orphelinat vêtu d'habits moldus dans un souci de discrétion. Il ne devait pas se faire remarquer et tenter de convaincre les adultes qui s'occupaient des enfants qu'il était simplement là pour enquêter sur les conditions de travail et les difficultés que représentait le travail de ceux qui s'occupaient des orphelins. Il avait au préalable fait une demande pour visiter l'endroit en mettant en avant une mise en lumière de ces enfants en attente d'une famille. Il espérait qu'avec cette couverture, le fait qu'il pose des questions paraisse normal.

-Bonjour, vous devez être David O'Connor, le salua le vieux directeur en lui ouvrant la porte.

Maugrey acquiesça et suivit l'homme à l'intérieur. Il pouvait déjà entendre les bruits des meubles qu'on déplaçait et les voix des enfants qui criaient, couraient et jouaient. Il allait devoir se montrer fort à partir de maintenant. L'Auror avait en horreur les jeunes enfants...

Maugrey avait quelque peu modifié son physique, déjà parce que ses cicatrices au visage attiraient malheureusement bien trop l'attention et faisaient peur à certains, mais aussi parce que Tom Jedusor ne devait pas apprendre qu'il était venu ici. En plus de ses cicatrices, il avait donc changé de coupe de cheveux et la couleur de ses yeux. Il espérait que cela serait suffisant.

-Nous sommes heureux de recevoir la visite d'un journaliste et nous espérons tous ici que votre article donnera plus de visibilité à ces enfants. Vous savez, encore trop peu de personnes se tournent vers l'adoption. C'est vrai que ce n'est pas facile et que les démarches sont longues mais pour beaucoup d'enfants, c'est leur dernier espoir et ils attendent avec impatience d'enfin avoir une famille.

-Je comprends. Néanmoins, je dois vous dire que j'habite une petite ville et que mon article n'aura qu'une petite place dans le journal. Je ne voudrais pas vous donner de faux espoirs.

-Ne vous en faites pas, cela sera déjà beaucoup.

Devant l'engouement du directeur, Maugrey se sentit un peu coupable de le mener en bateau.

-Pouvons-nous aller dans votre bureau pour discuter ? demanda-t-il.

L'homme s'empressa d'acquiescer et en traversant le long couloir supposé le mener au bureau, Maugrey observa les tableaux d'enfants accrochés au mur, à la recherche du moindre indice. Jedusor avait fréquenté l'endroit il y a longtemps. Il avait ensuite été approché par Dumbledore pour faire son entrée à Poudlard. L 'Auror se demandait quel genre de souvenir les gens ici pouvaient bien garder de lui.

Pendant environ 10 minutes, Maugrey tenta de donner le change et posa des questions bateau. Il prit des notes tant bien que mal. Il ne pouvait pas utiliser la magie et le directeur avait un tel débit ! Au bout d'un moment, il jugea qu'il pouvait enfin rentrer dans le vif du sujet.

-Récemment, un de vos anciens pensionnaires a beaucoup fait parler de lui, commença-t-il, l'air de rien.

Le directeur fronça les sourcils, curieux.

-Il s'agit de Tom Jedusor. Il officie en tant que psychologue de renom. Beaucoup de personnes parlent de son ascension, du fait qu'il ait commencé avec rien et qu'il soit quasiment au sommet. Il est un bel exemple de réussite… Pouvez-vous m'en dire plus sur lui ?

-Tom Jedusor ?

Le directeur paraissait perdu.

Cela faisait longtemps, cela n'avait rien d'étonnant. Maugrey sortit alors de sa poche la photo de l'enfant que le psychomage avait été. Même avec ça, le directeur mit du temps avant que la mémoire ne lui revienne. Maugrey se demanda alors si l'enfant avait été si discret qu'il n'avait pas marqué les esprits. Il avait du mal à y croire.

-Tom Jedusor, mais oui ! Je me souviens de lui. Nous l'avons recueilli alors qu'il était encore tout jeune. Il est parti au début de l'adolescence. Nous n'avons plus jamais eu de ses nouvelles. Quel plaisir d'apprendre sa réussite ! fit le directeur, ému.

-Que pouvez-vous me dire sur lui ? demanda l'Auror.

Le vieil homme se plongea dans d'intenses réflexions.

-Cela fait longtemps, ma mémoire n'est plus aussi bonne…

Il croisa les bras.

-C'était un jeune brillant. Il ne faisait pas de bêtises et était apprécié de ses camarades. Pourtant, il était souvent seul. Il rêvait d'enfin partir d'ici, de découvrir le monde.

Maugrey aurait aimé avoir plus d'informations. Tout ce que lui disait le directeur était des éléments plutôt insignifiants mais c'était sans aucun doute déjà formidable qu'il se souvienne de Tom Jedusor. L'Auror s'était plutôt attendu à devoir fouiller dans les documents de l'orphelinat.

Pour ne pas paraître suspect, Maugrey n'insista pas plus au sujet de l'homme qui l'intéressait. Le directeur ne se méfiait pas, il lui avait dit tout ce qu'il savait.

Après leur entrevue, le directeur accepta de faire visiter l'orphelinat à l'étranger. La demeure était vieille mais bien entretenue. Les meubles étaient tous en bois et les seules touches de couleurs résidaient dans les dessins des enfants. Si Maugrey n'avait pas le droit de leur parler, il pouvait néanmoins s'entretenir à loisir avec les employés de l'orphelinat. Il discuta ainsi brièvement avec une employée proche de la retraite du nom de Lilith. Au début, comme le directeur, elle mit du temps à se souvenir du brun. Puis elle se fit bavarde et lui raconta exactement la même chose que le vieil homme. Ce qui perturba Maugrey, c'est qu'elle employa les mêmes mots.

Ne voulant pas s'éterniser, il se débrouilla pour se retrouver seul quelques minutes dans le bureau et chercha le dossier de Jedusor. Il le copia puis décida de s'en aller avant qu'il ne finisse par se trahir d'une manière ou d'une autre. Le châtain n'était pas un bon comédien, il ne pouvait pas donner le change éternellement.

Il eut finalement un pincement au cœur quand, en partant, le directeur lui rappela l'espoir qu'il avait au sujet de son article. Pour faire diminuer sa culpabilité, Maugrey se rappela que ce n'était pas un simple papier qui pouvait changer la vie d'un enfant.

xXx

Le matin au petit déjeuner, Regulus reçut une bien étrange lettre et Barty, qui surveillait ses faits et gestes, n'en loupa pas une miette. Regulus avait renoncé à le tenir à l'écart. Le 5e année s'ennuyait à l'approche des examens et trouvait la vie du jeune Black très intéressante. Si Regulus s'en était plaint au début, à présent il laissait couler. Cela ne le gênait pas tant que ça. Du moins, tant que le 5e année restait loin de ses petits secrets.

-C'est rare que tu reçoives des lettres, commenta Barty.

-Et toi donc, répondit Regulus.

Il n'avait pas souvenir d'avoir vu le plus jeune recevoir une seule lettre depuis le début de l'année. Barty s'en portait bien alors cela ne devait pas être si grave. Le 5ème année était une personne à part chez les Serpentard. Il ne recherchait pas la popularité ni la réussite alors que chez les verts et argent, c'était plutôt la course perpétuelle pour les obtenir. Regulus ignorait si le plus jeune était apprécié chez ses comparses. A bien y réfléchir, il passait plutôt inaperçu chez les Serpentard. Il était souvent seul, si bien qu'il était possible qu'il n'ait pas d'amis. C'était probablement pour cette raison qu'il collait autant Regulus. Il s'ennuyait et vivait par procuration à travers ses tourments.

Barty était du genre détaché, mais cela pouvait tout aussi bien n'être qu'une façade. Regulus ne pouvait s'empêcher de le trouver calculateur et ambitieux. Malheureusement pour le cadet des Black, quand Barty avait une idée en tête, il ne l'avait pas ailleurs, mais Regulus s'en fichait. Depuis la reprise de Poudlard, il se sentait isolé. Que ce soit réel ou un simple ressenti n'y changeait rien, il ne le vivait pas très bien. Avoir une personne qui lui tournait autour l'empêchait de trop y penser et probablement Barty devait-il ressentir la même chose.

Regulus observa alors l'adolescent, tentant de lire à travers lui, mais il n'obtint qu'un haussement de sourcil du concerné qui mangeait bruyamment son petit déjeuner. Il abandonna et se concentra sur sa lettre.

Sans plus de cérémonie, il l'ouvrit. Il ne connaissait pas l'expéditeur, une femme du nom de Monica Martin. Cela sonnait très français et Regulus se demanda un instant si ce n'était pas l'experte en loup-garou dont l'explorateur lui avait parlé. Après avoir lu les premières lignes, il en eut la confirmation. Il arrêta alors sa lecture, indécis. Il ne savait pas ce que l'experte allait lui dire. Peut-être était-il plus prudent de lire cette lettre seul, et non pas à côté de la fouine qu'était le 5ème année. Regulus était assez étonné de noter à quel point Barty était malin, observateur et discret.

Il replia la lettre, méfiant, et l'observa pendant plusieurs secondes. Il ne s'était pas attendu à ce que l'experte en loup-garou lui envoie si vite un courrier. Il se sentait pris au dépourvu. Il ne savait pas encore ce qu'elle lui avait dit qu'il se demandait déjà s'il devait lui répondre, comment et pour dire quoi. Le cadet des Black se sentit nerveux même s'il n'aurait pas dû car Hugo l'avait prévenu que cela arriverait.

Ne voulant pas angoisser inutilement, Regulus décida finalement de lire la lettre jusqu'au bout. Il ne pouvait pas attendre plus longtemps avant de savoir ce que cette Monica Martin disait. Il devait simplement s'assurer que Barty garde les yeux très loin de sa lettre.

Monica Martin se présenta en quelques lignes et expliqua que Hugo Leroy lui avait parlé de la situation du camarade qu'il connaissait. Elle parla de son métier, décrivant en quoi il consistait exactement car il était plutôt méconnu, voire mal vu. Au milieu de sa lecture et alors que Regulus réfléchissait à ce métier bien particulier et à ses conditions, Barty l'interpella.

-Sors de tes rêveries, Black. Si tu ne te dépêches pas, tu vas être en retard à ton premier cours.

Il n'obtint aucune réponse car Regulus l'entendit à peine. Pour lui, il s'agissait plus d'un bruit de fond qui n'arriverait pas à le déconcentrer. Barty soupira alors puis s'en alla, jugeant que Regulus faisait bien ce qu'il voulait.

À la fin de sa lettre, Monica Martin lui faisait part de son envie d'échanger des lettres avec lui. Plus tard, s'il se sentait suffisamment en confiance, ils pourraient même se voir. En attendant, elle pourrait lui passer un ou deux ouvrages qu'elle avait écrits sur le sujet. Et puis, elle lui conseilla de parler d'elle à sa fameuse connaissance car même si elle ne le connaissait pas encore, elle avait très envie de le voir.

Regulus rangea sa lettre. La Grande Salle était presque vide. S'il ne se dépêchait pas, il serait effectivement en retard. Alors qu'il se hâtait dans les escaliers, il repensa à Erd et à James. Il avait envie de les aider mais il avait l'horrible sentiment d'agir dans leur dos. Surtout que ni l'un ni l'autre ne lui avait demandé quoi que ce soit.

La veille, il avait pu parler avec James grâce au miroir magique et Regulus s'était senti un peu gêné au début. Mais James n'avait pas été mieux alors cela l'avait rassuré. La gêne s'était heureusement vite estompée et le couple avait pu se parler comme il le faisait habituellement. Regulus ne savait pas encore s'il allait lui parler de la lettre, de cette Monica Martin. Peut-être le ferait-il en même temps qu'il lui parlerait de la pleine lune lorsque son frère et lui rentreraient à Godric's Hollow.

xXx

Lily entra dans le bureau de la nouvelle psychomage de l'école. C'était l'une des trois psychomage missionnés aux côtés de Jedusor et d'un autre confrère qui avaient été chargés d'aller voir les élèves pour tenter de les aider à surmonter la dure épreuve qu'avait représentée l'attaque.

La plupart des élèves qui avaient eu la chance de l'avoir en consultation en avaient été plutôt satisfaits. Pour eux, elle était tout aussi compétente que Jedusor. Mais d'autres disaient que c'était différent, que Tom Jedusor avait quelque chose de plus. Le psychomage donnait l'impression de mieux vous comprendre et parfois, vous n'aviez pas besoin de vous exprimer, il vous comprenait quand même. La nouvelle tentait de deviner, faisait des propositions pour les aider à placer des mots sur leurs maux, se trompait aussi. Elle n'avait pas beaucoup d'expérience et elle les connaissait moins bien également. Certaines filles disaient néanmoins éprouver moins de difficultés pour se confier à elle, notamment concernant certains sujets plus intimes.

Depuis l'attaque de Poudlard, Lily avait fait de nombreuses demandes de rendez-vous avec le psychomage de l'école. À chaque fois, elle avait obtenu des réponses similaires, toutes négatives et justifiées. Avec ce qu'il s'était passé, Jedusor était débordé et il n'avait pas le temps pour elle, comme pour beaucoup d'autres élèves. Lily n'avait rien dit. Qu'aurait-elle pu faire ? Elle avait simplement accepté la situation, comme d'habitude. Et puis, elle en avait eu marre. Elle sombrait de jour en jour et devait continuer à faire la gentille fille. La rousse avait déjà vu des personnes faire des scandales et obtenir ce qu'ils désiraient ensuite alors parfois, elle regrettait d'être trop polie, trop compréhensive.

Lily avait tout de même pu voir Tom Jedusor une fois, ce qui était probablement déjà pas mal. Elle savait que les délais à St-Mangouste ou dans le privé étaient plus acceptables, mais cela représentait un certain coût, surtout pour des suivis de séances. La Gryffondor venait d'une famille modeste et elle ne voulait pas mettre ses parents en difficulté, d'autant qu'elle bénéficiait d'une solution alternative. Effectivement, à l'école, cela avait au moins le bénéfice d'être gratuit et plus simple étant donné que le professionnel n'était pas loin. Pour autant, rien ne se passait et elle n'allait pas attendre éternellement qu'une place se libère auprès de Tom Jedusor, peu importe tous les éloges qu'on faisait à son sujet. Elle avait besoin d'aide et elle en avait besoin maintenant. La Gryffondor avait hâte de se faire son propre avis sur la nouvelle professionnelle mais surtout, d'enfin pouvoir se débarrasser de ce qu'elle avait sur le cœur, de se libérer.

Elle voulait comprendre la noirceur qui l'habitait depuis peu. Elle ne voulait plus avoir l'impression de souffrir constamment et d'être terrorisée.

La psychomage la salua chaleureusement quand Lily peina à décrocher un simple bonjour. Elle s'installa sur un fauteuil en velours noir, mal à l'aise, et attendit. La psychomage lui proposa un thé, des sucreries ou encore des gâteaux. Lily releva à peine la tête. La manière dont la jeune femme lui avait proposé toutes ces choses lui avait fait penser un instant à Dumbledore. Elle refusa poliment et la psychomage s'empressa alors de lui demander la raison de sa visite.

L'angoisse commença à monter chez Lily. Que dire ? Comment le dire ?

-Est-ce que ça a un rapport avec l'attaque ? Si c'est le cas, tu peux en parler sans craintes. Beaucoup d'élèves viennent me voir à ce sujet. Ça a été un évènement très traumatisant et il est difficile d'en sortir, peu importe que cela se soit passé il y a quelques mois et que les responsables soient morts.

Les mains de Lily tremblèrent. L'information ne provoquait chez elle qu'une angoisse de plus. À croire que rien ne pouvait l'apaiser.

-Bien entendu, si tu désires évoquer un autre sujet, tu en as tout à fait le droit. Je suis là pour tous les élèves et tous leurs problèmes.

-Non, c'est… c'est bien par rapport à l'attaque.

La psychomage croisa ses jambes et regarda un instant Lily, toujours avec bienveillance, un discret sourire aux lèvres.

-Lors de l'attaque, tu as beaucoup fait parler de toi, commença la psychomage pour l'encourager. Lily Evans, courageuse Gryffondor qui s'est dressée aux côtés de Sirius Black pour tuer le Basilic. Tu es une jeune femme bien héroïque, c'est d'autant plus admiratif vu ton jeune âge. Malheureusement, tu as dû payer un lourd tribut. Comment se passe la rééducation ? On m'a informée que tu devais parfois t'absenter pour faire suivre ta jambe.

-Ce n'est pas… je ne souhaite pas parler de ça, lâcha la rousse.

-Très bien, je m'excuse. J'aurais d'abord dû te demander si tu étais à l'aise d'évoquer le sujet.

Lily ne répondit rien. Elle comprenait à présent pourquoi on disait qu'elle pouvait être maladroite, qu'elle n'arrivait pas aussi bien à décrypter les émotions que Jedusor. Mais elle n'allait pas lui en vouloir pour ça, elle ne faisait que son travail. Et puis, si elle lui avait posé la question, c'était avant tout parce que ça l'intéressait et qu'elle s'inquiétait. Du moins, c'était de cette manière que Lily préférait le voir.

-En fait, depuis l'attaque, c'est vrai que ma jambe me fait souffrir et qu'elle me cause bien des difficultés. À ce jour, je ne sais pas si je retrouverais un jour ma pleine mobilité... Mais ce n'est pas ce qui me perturbe le plus. Ce sont tous les à-côtés…

Lily prit une grande inspiration.

-Je fais des crises d'angoisses, j'ai peu d'appétit et je dors mal la nuit. J'adorais apprendre de nouvelles choses avant mais à présent, j'ai l'impression de tout faire par automatisme, par habitude… Je n'ai plus goût à rien. Je me demande ce que je fais là. Je me pose des questions sur moi, sur Poudlard. Quand je repense à l'école, je repense tout de suite à l'attaque et à rien d'autre. J'en viens à me demander si ce n'est pas être ici qui me rend malade…. Quel genre de masochiste suis-je pour rester dans un lieu traumatisant alors que ça me fait tant de mal ?

Lily eut alors un sourire triste.

-Mais à chaque fois que je songe à partir, je pense à tous mes efforts passés, ma famille, mes rêves d'antan. Je ne veux pas abandonner, mais je ne sais même plus pourquoi je me bats.

-Je vois, fit la psychomage lorsque la Gryffondor se tût enfin. Tu te mets beaucoup de pression. Tout ce que tu m'as décrit, le manque de sommeil, les crises d'angoisses, sont autant de signes d'alerte que t'envoie ton corps. Tu dois l'écouter. Tu es revenue à Poudlard mais tu n'y étais visiblement pas prête. Cela te donne un sentiment d'échec de ne pas réussir à remonter la pente et crée de l'amertume.

-Mais l'examen final est dans un mois tout au plus, je ne peux pas abandonner maintenant ! lui fit remarquer Lily.

-Et pourquoi pas ? Tu pourras toujours retenter ta chance plus tard. Un diplôme, ça se repasse. J'ai même entendu dire que l'option d'un passage en candidat libre était étudiée en ce moment au ministère de l'Éducation. Il y a des solutions, ne t'en fais pas. Tu es une jeune femme intelligente, cela se voit, et tes notes le prouvent, tes professeurs sont unanimes à ce sujet. Ces Aspics ne seront qu'un papier qui poussera les autres, ceux qui n'auront pas conscience de tes capacités à le croire sans aucun doute. Mais finalement, ce n'est qu'un bout de papier.

La psychomage la contempla tranquillement.

-Les capacités, tu les as déjà, Lily. Je reconnais toutefois que pour des études, il est bien plus facile d'avoir ce fameux bout de papier. Mais ce n'est pas la priorité. La priorité, c'est toi et ta santé physique et mentale. Écoute-toi, Lily. Si tu persistes à ignorer ta douleur, ton corps te lâchera sans que tu ne puisses rien y faire et les conséquences seront terribles.

-Ce n'est pas facile, avoua la jeune fille. Si j'arrête d'avancer, j'ai l'impression que je vais tomber…

-C'est normal, ce n'est pas évident de reconnaître que quelque chose ne va pas et qu'on doit se reposer. Plus tôt, tu as dit que si tu arrêtais, c'était comme abandonner. Pour toi, c'est donc quelque chose de négatif ?

-Bien sûr ! s'exclama Lily. Il n'y a rien de glorieux à partir sur un échec ! Et puis, cela donne l'impression de quelque chose d'inachevé. On reste sur des questions. 'Si j'avais tenu, si j'avais continué, le résultat aurait pu être différent'. Abandonner, c'est se priver de la possibilité que tout se finisse bien. J'ai beaucoup sacrifié pour être là où j'en suis.

-De quel genre de sacrifices parles-tu ? releva la psychomage.

-Eh bien, j'ai dû accepter de me séparer de mes parents très jeune, de vivre dans un monde différent qui ne m'accepte pas totalement, lui expliqua Lily. Je dois faire mes preuves pour ne pas qu'on pense que je vaux moins qu'un autre car je suis une moldue. Avant l'accident, tout cela avait un sens mais à présent, je me demande à quoi bon. Je suis perdue…

-C'est pour cette raison que tu te fixes pour objectif d'obtenir les Aspics ? Ainsi, cela donne au moins une explication à tes efforts de ces jours interminables ?

Lily esquissa un sourire amer.

Pendant le quart d'heure qui suivit, la psychomage tenta de lui faire comprendre qu'elle n'avait pas à se mettre une telle pression. Qu'il fallait qu'elle se repose, qu'elle se concentre sur sa guérison. Mais surtout, qu'elle ne devait pas prendre à la légère tous ses maux. De plus, la psychomage lui promit de se renseigner sur la possibilité de passer ses Aspics en candidat libre. Si cela s'avérait possible, Lily pourrait rentrer chez elle en continuant à apprendre à son rythme tout en suivant ses soins.

Lily ne l'admit pas tout de suite, mais rien que l'idée la soulageait déjà. Malheureusement, elle n'eut pas le temps d'évoquer plus encore le sujet car sa séance était déjà finie. C'était passé si vite, elle avait encore tant à dire ! À la fin de l'heure, elle prit un prochain rendez-vous et sortit du bureau. Elle croisa alors un autre élève qui attendait son tour.

Sur le chemin pour aller dans la nouvelle chambre qu'elle occupait, Lily pensa à Severus. Si elle partait, ils se verraient alors beaucoup moins. Mais n'était-ce pas plus mal ? Ainsi, il n'aurait plus à subir ses sautes d'humeur et ses remarques désobligeantes. Lily serait alors soulagée de ne plus le blesser, de ne plus se dire que c'était trop, qu'il allait finir par ne plus le supporter ni la supporter. Après la sortie tous ensemble dans le village magique, ils avaient réussi à renouer mais ça n'avait pas duré. À croire que la rousse était incapable de contrôler ses émotions.

Comme la psychomage l'avait justement pointé, elle était devenue amère et elle reportait ses sentiments négatifs sur son meilleur ami et petit-ami. Elle qui avait pourtant toujours été habituée à garder ses tracas pour elle, ses douleurs… Elle ne pouvait plus s'arrêter. Son vase était plein de craquelures et avait débordé voilà bien des semaines.

Et si s'éloigner de Poudlard lui permettait non seulement d'aller mieux, mais aussi de sauver son couple ? Elle ne voulait pas que Severus, qui l'avait toujours aimée, ne voit plus en elle qu'une jeune femme aigrie et handicapée !

La Gryffondor regagna sa chambre, pensant déjà à ce qu'elle pourrait évoquer lors de sa prochaine séance avec la psychomage.

xXx

Toute la journée, Regulus avait pensé à ce moment, à ce qu'il allait dire, comment le dire. Il avait décidé qu'il ne devait pas trop s'en faire finalement. Ce n'était qu'une discussion avec un ami après tout. Le Serpentard ne voulait plus repousser l'inévitable malgré tout. Les non-dits créaient de la distance entre Severus et lui. Parler de ce qu'il s'était passé n'allait pas simplement lui permettre de découvrir la vérité, mais également de mettre cette histoire derrière lui.

Le 6ème année ne comprenait toujours pas comment en quelques heures, un événement si important avait pu se produire et faire naître de lourds secrets entre deux amis. Regulus avait pu, une fois de plus, voir à quel point son directeur de maison laissait à désirer. Il en avait déjà eu des preuves auparavant. Slughorn aimait autant enseigner que Sirius aimait les repas de famille. La plupart du temps, Regulus avait l'impression qu'il faisait son marché, à la recherche d'élèves prometteurs qui pourraient en plus donner un petit coup de pouce à sa carrière. Il n'était pas fait pour Poudlard, aussi doué soit-il.

Le devoir de Slughorn était d'aider Erd et il ne l'avait pas fait. Il avait simplement caché le problème. A première vue, la mise à l'écart d'Erd était pourtant une bonne chose. En effet, qui à Poudlard ne rêverait pas d'avoir sa propre chambre, son espace personnel ? Surtout que dans la situation du 2ème année, c'était plus que nécessaire. Ainsi ne subirait-il plus les regards des autres et n'aurait-il plus à craindre qu'on s'en prenne physiquement à lui. Même si Regulus remettait en cause la manière dont cela avait été fait, il ne niait pas que cela serait arrivé un jour où l'autre et que c'était probablement pour le mieux. Ce qui l'inquiétait était qu'Erd n'avait pas de soutien de la part de l'école. Aucun professeur ni les directrices ne l'aidaient à s'intégrer et ne lui expliquait ce qui lui arrivait ni ce qui l'attendrait dans le futur. Il était seul et obligé de se débrouiller alors qu'il n'avait que 13 ans.

Son cas importait beaucoup à Regulus, peut-être parce qu'il avait vu le meilleur ami du 2ème année mourir. Après tout, il avait été le premier à tomber face au Basilic. Erd et lui s'étaient en quelque sorte soutenus durant l'attaque. Et même si le cadet des Black avait un peu plus de mal à l'admettre, quand il regardait Erd, il pensait aussi à James. Est-ce que James serait mis au banc de la société de la sorte si son secret était découvert ?

La réponse était oui, sans aucun doute. Tout le monde ne le lâcherait pas, mais ce serait difficile pour lui plus encore que pour Erd car James se changeait les soirs de pleine lune.

Il n'y pouvait rien, il s'inquiétait constamment pour l'ancien Gryffondor.

Ces éléments en tête, une partie de Regulus savait qu'il ne servait à rien de s'acharner à vouloir connaitre ce qu'il s'était passé le fameux soir où Erd avait été sorti du dortoir. Si Severus se montrait si secret, c'était probablement davantage parce qu'il se sentait honteux de ne pas en avoir fait plus que parce qu'il avait quelque chose à se reprocher. Il savait comment était le 6ème année. Il voulait sans doute s'épargner ses jugements ou sa morale. Regulus reconnaissait qu'il pouvait parfois se montrer très critique.

L'histoire pouvait s'arrêter là et Regulus s'était d'ailleurs promis de ne plus insister si une fois de plus, Severus bottait en touche. Si son ami avait au moins essayé, il ne pourrait pas lui en vouloir sur quoi que ce soit. C'était inconcevable pour lui que Severus n'ait pas bougé un doigt pour aider Erd. Severus n'était pas un couard. S'il n'était pas du genre à agir bêtement, il n'aurait pas non plus laissé quelqu'un dans le besoin seul contre tous. Surtout quelqu'un qu'il connaissait.

Néanmoins, plus Regulus avançait dans les couloirs du château pour retrouver son ami, plus l'angoisse montait. C'était ridicule, mais il n'y pouvait rien. Il avait beau se répéter qu'il allait juste discuter avec son ami, il n'arrivait pas à s'enlever de la tête cette sensation étrange qui lui disait que les choses allaient mal se passer.

Cela venait peut-être du fait que mise à part à cause de cette histoire, Severus et lui s'étaient peu vus et ne s'étaient pratiquement pas parlé ces dernières semaines. Au fil du temps, les deux amis avaient commencé à s'éloigner. Regulus ignorait si c'était à partir du moment où Severus s'était mis en couple avec Lily, et donc avait logiquement passé plus de temps avec elle, ou si c'était plus récent. Si cela remontait à l'attaque. A bien y réfléchir, les deux Serpentard n'avaient pas une seule fois évoqué ce qu'ils ressentaient à la suite de l'attaque du château.

Il fallait dire que ni Severus ni Regulus n'étaient du genre à s'épancher ou à parler à cœur ouvert. C'était leur plus gros problème. Trop souvent, ils laissaient pourrir les choses.

Alors même s'ils y mettaient du leur aujourd'hui, arriveraient-ils à faire ce qu'ils n'avaient jamais pu jusqu'ici ? Regulus l'espérait profondément.

Ainsi, en ouvrant les portes de la salle d'étude, son coeur battait si fort qu'il n'entendait plus que ça. Regulus tenta de se calmer et après quelques secondes, il parvint à se composer un visage neutre.

Ce fut avec cet air froid et distant que le 6ème année alla s'asseoir à côté de son aîné. Personne ne fit attention à lui. Tous les élèves présents dans la salle d'études travaillaient d'arrache-pied pour les examens à venir. Les élèves ne parlaient pas, ne faisaient pas un bruit, tournaient simplement les pages de leurs livres alors que leurs yeux dansaient au-dessus des lignes pour retenir le plus d'informations possible.

Ce n'était pas le meilleur endroit pour avoir une discussion. Regulus espérait d'ailleurs qu'on n'allait pas le virer de la salle. Severus n'allait pas apprécier qu'il s'impose de cette manière mais Regulus avait-il d'autres choix ? Cette histoire aurait dû être réglée depuis longtemps.

-M'éviterais-tu par hasard ? lança-t-il ainsi à Severus.

Il s'en voulut aussitôt. Il avait répété un texte et s'était rassuré de bien entamer la conversation mais il s'était précipité et avait oublié tout son plan.

Severus lui jeta un regard perdu, confirmant son impression qu'il avait mal commencé la discussion. Son ami secoua ensuite la tête et se concentra de nouveau sur son devoir d'arithmancie qui était à rendre pour la fin de semaine.

-Je suis simplement occupé. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, j'ai une échéance importante qui m'attend dans un mois. Il y a aussi le fait que dans 2 semaines, le classement sera définitif. J'aimerais vraiment avoir la première place, je pense que ça ferait bien auprès de mon maître d'apprentissage.

-Tu cherches encore à l'impressionner, releva Regulus.

Il tira la chaise en face du Serpentard et s'installa à côté de lui. La salle d'étude n'était qu'à demi remplie. Les élèves présents révisaient pour la plupart en groupe. À l'approche des examens, les 5ème et 7ème année avaient le nez dans les bouquins une grande partie de la journée, ou de la nuit. Regulus était bien heureux d'échapper à tout ça. Le château était à la fois calme, encore dans l'après-coup de l'accalmie qui avait suivi les nouvelles règles de l'école. Mais en même temps, en pleine tempête. Les 5ème et 7ème année étaient anxieux, passaient leur temps à courir partout et les professeurs, en vue de la prochaine échéance, ne donnaient pratiquement plus de devoirs. Ceux-ci se tenaient d'ailleurs disponibles pour répondre aux questions des étudiants.

Même si Severus était bon élève, il ne faisait pas exception. Lui aussi était gagné par la frénésie des révisions. Le Serpentard avait mis les bouchées doubles et il travaillait tant qu'il en avait l'air malade. Son visage était cerné et Regulus le trouvait très moche ainsi, mais son ami ne lui avait pas demandé son avis. C'était dommage, lui qui avait fourni tant d'efforts en début d'année pour prendre soin de lui et avoir un physique plus avantageux, si ce n'est acceptable.

-Je croyais qu'il avait déjà accepté de te prendre en apprentissage en septembre ? ajouta Regulus, réalisant soudain qu'il y avait peut-être eu un changement dont il n'avait pas eu vent. Tu devrais lui signifier qu'il ne peut pas changer d'avis ainsi, il s'est déjà engagé. N'avez-vous pas signé une sorte de contrat ?

-Ça n'a rien à voir, c'est juste que je me dis que ce serait un plus d'être officiellement le meilleur élève de Poudlard. J'ai l'esprit de compétition, je désire gagner.

Cela n'étonna pas le cadet de la famille Black.

-Je suis rassuré si ce n'est que ça. Je pensais réellement que tu m'évitais, avoua alors le 6e année.

-Pourquoi ferais-je ça ? soupira l'autre Serpentard. Le monde ne tourne pas autour de toi.

Regulus fronça les sourcils, surpris par la pique. Il comprenait que le 7ème année n'ait pas envie d'être dérangé, mais il n'était pas obligé d'être désagréable. En agissant de la sorte, Severus prouvait au 6ème année qu'il n'avait pas rêvé l'éloignement qui se créait entre eux. Le pire était que le plus âgé semblait s'en ficher alors qu'il n'était pas trop tard pour tenter de résoudre la situation.

Severus, loin des tourments du plus jeune, soupira. Il avait l'impression que sa concentration le quittait peu à peu. C'était toujours pareil avec Regulus. Il arrivait, exigeait, et se fichait bien que le pauvre Serpentard qu'il était soit déjà occupé.

-Je n'ai jamais dit ça, souffla Regulus.

-Je n'ai pas beaucoup de temps, Regulus, soupira encore Severus. Je suis très occupé et j'avoue que si ce n'est pas urgent voire vital, je préfèrerais qu'on discute une autre fois.

-Ce n'est pas vital mais…

Regulus grimaça. Il se rappelait ce qu'il s'était promis plus tôt : si Severus fuyait encore la conversation, il n'insisterait pas. Il n'aurait sans doute pas dû, mais une part de lui était soulagée de simplement laisser tomber.

-C'était simplement au sujet d'Erd, avoua-t-il.

-Il ne s'est rien passé de particulier, soupira Severus. Je ne suis pas au courant de grand-chose. Apparemment, ce jour-là, des élèves s'en sont pris à Erd et il a perdu le contrôle. Les autres ont eu également peur et l'ont mis dehors. Je suis arrivé à ce moment-là. J'ai essayé de le calmer, pensant que si un adulte le voyait dans cet état, il aurait encore plus de problèmes. Ensuite, Slughorn est arrivé et la suite, tu la connais.

Regulus croisa les bras sur son torse. Il connaissait bien son ami et sentait que celui-ci lui cachait quelque chose. S'il ne s'était agi que de cela, celui-ci n'en aurait pas fait un mystère pendant si longtemps.

-Tu n'as pas essayé d'intercéder en sa faveur ? Erd te connait un peu, il aurait pu retrouver son calme si t-

-Tu n'as pas écouté ce que je viens de dire ? J'ai essayé. Si tu n'es pas content, tant pis, il fallait être là. J'étais seul pour essayer de l'aider alors que tu faisais je ne sais quoi !

Severus se sentait accusé et acculé par son ami. Il n'avait pas l'impression que Regulus était là pour avoir des réponses, mais pour le juger. Il n'avait pas la tête à parler de ça, il avait ses propres problèmes en plus d'être stressé et fatigué par les examens qui approchaient. Il n'avait envie que d'une seule chose, s'enfermer dans une pièce et dormir pendant 100 ans. Mais il ne pouvait pas. C'était maintenant qu'il devait fournir tous ses efforts, quitte à y laisser sa santé. Il prendrait soin de lui plus tard.

La sécheresse avec laquelle son ami lui répondit étonna le plus jeune. Pourquoi Severus se braquait-il ainsi ? Et puis, Regulus n'aimait pas qu'il rejette la faute sur lui. Severus ne pouvait pas lui reprocher de ne rien faire pour le 2ème année. Il était littéralement le seul à se soucier de lui et à essayer de l'aider !

-Tu n'as pourtant pas eu une grande utilité si on regarde les résultats, fit-il alors remarquer vertement au 7e année.

Voyant que la discussion commençait à prendre un tournant dangereux, Regulus souffla pour se calmer. Il était là pour discuter avec son ami, pas se disputer avec lui. Surtout qu'au final, Severus n'y était pour rien dans la mise à l'écart du 2ème année.

-Je suis désolé, soupira-t-il finalement, mais le brun ne lui laissa pas le temps de continuer.

-Au moins, j'ai essayé car j'aurais pu ne rien faire ! s'énerva Severus. C'est même ce que j'aurais dû faire, j'ai eu de la chance que mon maître d'apprentissage n'ait pas eu vent de cet incident !

-Comment ? De quoi parles-tu ?

Regulus n'y comprenait rien. Pourquoi une fois de plus, ce fameux sorcier faisait encore irruption dans la conversation ? Depuis le début, Severus ramenait systématiquement les mêmes sujets sur la table, lui-même et son avenir ainsi que ses notes. Il continuait, sans même se rendre compte que cela ne plaisait pas au brun.

-A mon entretien, il m'a clairement fait comprendre que je ne devais pas faire de vagues, qu'il ne voulait pas de trouble-fête. J'ai essayé d'aider Erd, mais tous les autres Serpentard le rejetaient déjà ! Il avait des griffes et des crocs, je ne savais pas bien quoi faire. Je disais qu'il n'était pas dangereux, mais je n'étais pas sûr d'y croire moi-même. J'ai été soulagé quand Slughorn est arrivé car je me disais qu'il allait pouvoir gérer et que je n'aurais pas à me mettre en porte à faux.

Regulus garda le silence, chamboulé. Il était déçu sans savoir pourquoi. Comme il l'avait imaginé, Severus avait cherché à faire quelque chose mais, seul contre tous, il avait dû se résoudre à se ranger à l'avis du plus grand nombre. Pourtant, si le 6ème année avait été là, il n'aurait pas agi de la même manière. Mais c'était parce qu'il se sentait responsable du 2ème année et il était bien obligé de l'admettre, ce dernier était déjà mis au banc des Serpentard. Alors un peu plus ou un peu moins…

A présent qu'il avait obtenu des réponses de la part de son ami, il y voyait plus clair. Malgré tout, il ne savait pas quoi faire de ces nouvelles informations. Il avait voulu savoir mais cela ne l'avançait pas plus pour aider Erd. Il baissa la tête, comme accablé, et soupira longuement.

Severus observa la déception se peindre sur le visage de Regulus. Il jeta un coup d'œil à ses cours puis de nouveau au visage défait du brun. Cette conversation lui avait donné mal à la tête et il n'était pas sûr qu'après le départ du plus jeune, il arriverait encore à potasser ses cours. Tout cela parce que Regulus avait voulu avoir une discussion maintenant ! Le problème était que Severus n'avait pas le temps. Mais au-delà, il n'avait plus de patience. Il soutenait Pamela et s'inquiétait beaucoup pour elle. Il avait coupé les ponts avec son père et devait gérer ses sentiments à ce sujet. Il devait tenter de grappiller la moindre minute pour réviser toujours plus. Et il y avait Lily. Lily et sa colère, ses pleurs et ses peurs.

C'était véritablement lourd à porter. Pas une seule fois ces derniers jours, Regulus ne lui avait demandé comment il allait. Pourtant, il aurait aimé qu'au moins une personne s'inquiète pour lui. Mais non, le 6ème année était trop préoccupé par un adolescent qu'il connaissait à peine, simplement parce qu'il était discriminé.

-Tu n'as pas l'air ravi, lui fit-il remarquer d'une voix acerbe.

Regulus releva les yeux et fit la moue.

-Effectivement.

Il soupira de nouveau et Severus grinça des dents. Il décida alors que s'il ne disait rien quand il s'agissait de Lily, il ne se laisserait pas faire avec Regulus.

-C'est facile pour toi de porter des jugements de valeur. Tu peux faire ce que tu veux, tu n'es jamais inquiété de rien. Tu auras toujours quelqu'un pour te soutenir, tu ne sais pas ce que c'est d'être seul et de faire face à la vraie difficulté.

Regulus haussa les sourcils, interloqué. Il ne comprenait pas pourquoi le 7ème année s'emportait soudain. Il aurait dû le calmer, tenter de comprendre, mais à cet instant, il ne pouvait pas penser clairement. Derrière les propos de son ami, il n'avait pu entendre que les reproches. Il sentit alors la colère monter d'un cran.

Cette discussion était un désastre depuis le début. Il était difficile d'avoir une conversation posée avec quelqu'un qui ne désirait pas échanger de toute façon. Regulus recula brusquement, faisant grincer les pieds de sa chaise sur le parquet. Le bruit attira l'attention des élèves qui n'avaient pas encore compris qu'il se passait quelque chose et en un instant, il y eut une vingtaine de paires d'yeux sur eux. Habituellement, le 6ème année n'aimait pas être au centre de l'attention mais pour l'heure, il s'en fichait bien.

-Tu te trompes, je sais très bien ce que c'est de souffrir et de traverser des difficultés.

Severus le fixa, les lèvres serrées.

-Peut-être, admit-il. Mais tu as toujours ton idiot de frère ou ce bon samaritain de Potter prêt à voler à ton secours. Moi, je n'ai que moi, je ne peux pas me permettre d'échouer.

Il était vrai que Regulus pouvait compter sur son frère, et heureusement vu sa famille défaillante. Et c'était bien parce que James avait un grand cœur que son frère et lui avaient pu se réfugier à Godric's Hollow l'été dernier. Mais, et alors ? Parce qu'il avait des gens sur qui compter, il n'avait pas le droit de se plaindre ? De craquer ? Severus ignorait tout de la souffrance qu'il avait subie jusque-là.

Regulus prit une longue respiration tremblante. Il n'était pas là pour lui, mais pour Erd. Il ne devait pas dévier du sujet principal.

-J'ai été bête de penser que je pouvais compter sur toi. Tu es comme tous les autres, égoïste et opportuniste.

Severus lui jeta un regard noir.

-Je m'en fiche bien de ce que tu penses de moi ! Tu es bien le dernier de qui je veux recevoir des leçons. Je n'arrête pas de te dire que j'ai fait au mieux ! Je le connais à peine ce 2ème année, je n'allais pas prendre le risque de me mettre les autres Serpentard à dos ni de me faire mal voir auprès de mon maître d'apprentissage ! Tu appelles ça de l'égoïsme et de l'opportunisme, j'appelle juste ça de la logique et du bon sens. Slughorn est là pour gérer les problèmes de Erd. Arrête de vouloir te prendre pour un justicier. À force de traîner avec des Gryffondor, tu oublies que tu n'es pas comme eux !

Severus avait parlé d'un ton froid, comme s'il dispensait une leçon au plus jeune. Regulus entendit quelqu'un rire et puis deux ou trois personnes se mettre à parler peu discrètement de leur prise de bec. Il eut honte et fut terriblement blessé par la manière dont lui avait parlé Severus. Ainsi pensait-il, comme les autres Serpentard, qu'il n'était plus digne d'eux.

Il ne chercha pas à avoir le dernier mot car au fond, il s'en fichait bien. De toute façon, il était convaincu que Severus n'admettrait jamais avoir tort. Pour sa part, il ne reviendrait pas sur ses mots ni sur son jugement. Les autres pouvaient continuer à se moquer de lui pour sa proportion à défendre les animaux magiques, à vouloir en apprendre plus sur eux et à admirer toutes formes de magie. Personne ne l'avait jamais compris de toute façon.

Personne à part Leroy qui partageait en quelque sorte sa passion.

Pendant un temps, il avait pensé que même si Severus ne partageait pas son admiration, au moins la comprenait-il. Apparemment non. Il avait dû le trouver bizarre, mais ne pas dire un mot sur ses réelles pensées.

Le 6ème année avait l'horrible impression qu'il venait de perdre un ami. Et pas n'importe lequel, le premier ami qu'il s'était fait seul. Severus l'avait aidé à se défendre en occlumencie, l'avait soutenu contre Rosier et l'avait sorti de sa solitude. Regulus l'avait aidé à prendre confiance en lui et l'avait empêché d'insulter Lily. Il lui avait également permis de s'ouvrir aux autres.

Pourquoi tout ça ne comptait-il plus ? Ils avaient vécu des choses fortes ensemble et en un instant, c'était comme si les mois passés n'avaient jamais existé.

Regulus préféra prendre la porte.

Dès qu'il fut hors de la salle d'étude cependant, Regulus regretta ses mots et son emportement. Il avait toujours été du genre à réagir bien trop vite et à attaquer pour se défendre. Mais l'amitié ne marchait pas comme ça et tout était devenu si compliqué avec Severus. L'année scolaire touchait à sa fin et le 7e année allait partir pour faire son apprentissage alors que lui serait seul à Poudlard, de nouveau. C'était peut-être le chemin qu'ils étaient supposés prendre depuis le début. Tout le monde savait qu'il était difficile de garder des amitiés construites durant sa scolarité.

N'était-ce pas pour le mieux finalement ? Regulus n'arrivait pas à s'y résoudre. Il ne savait pas quoi faire mais vu la manière dont le 7ème année lui avait parlé et même s'il regrettait ses paroles, il estimait que ce n'était pas à lui de faire le premier pas.

xXx

Après une visite rapide et des discussions animées et enrichissantes, Hugo s'apprêtait à sortir de l'orphelinat où Tom Jedusor avait passé une partie de son enfance. Mais avant qu'il n'atteigne la sortie, le directeur l'arrêta pour le remercier une fois de plus de sa visite. Le blond ne put qu'esquisser un sourire embarrassé. Il se faisait l'effet d'un escroc à mentir à ce pauvre homme. Malheureusement, à ce stade de l'enquête, il ne pouvait se permettre d'avoir des scrupules. Albus lui avait parlé de l'orphelinat où avait grandi Tom Jedusor et lui avait conseillé de s'y rendre. Il lui avait expliqué comment il avait trouvé l'enfant, comment il l'avait approché et comment il avait pu intégrer Poudlard. L'explorateur ne comprenait pas bien en quoi ces informations pouvaient être si importantes, mais il ne devait négliger aucune piste. Il doutait que l'ancien directeur lui ait donné des indications futiles.

Néanmoins, ça restait étrange pour le blond de se trouver là. Quelque part, l'histoire de la rencontre entre l'enfant qu'avait été le brun et Dumbledore lui rappelait la sienne. Lui aussi avait rencontré le directeur de Poudlard étant jeune, même si cela ne s'était pas fait dans les mêmes conditions. Il était déjà à BeauxBâtons, mais quelque part, comme pour Tom Jedusor, sa rencontre avec l'emblématique sorcier l'avait sorti de la monotonie et lui avait ouvert d'autres perspectives.

Comment et pourquoi le psychomage avait-il basculé vers les ténèbres ? La réponse était-elle réellement dans son enfance ? Le français n'en était pas sûr. Il n'avait pas appris grand-chose de cette visite. Alors qu'il s'apprêtait à quitter les lieux, il n'avait qu'un sentiment étrange.

Le personnel avait beau lui avoir semblé sympathique, dès qu'il s'était mis à parler de Tom Jedusor, quelque chose de faux avait commencé à sonner chez eux.

-J'espère que vous obtiendrez de nombreux dons, fit Hugo.

-Je l'espère aussi, la bâtisse a bien besoin d'être rénovée. Mais nous sommes déjà chanceux de voir que grâce à un ancien pensionnaire, notre orphelinat fait parler de lui en bien.

L'explorateur se gratta la tête, gêné. Pour ne pas que sa visite paraisse suspecte, il s'était fait passer pour un journaliste. Étonnant que son subterfuge ait si bien marché.

-Entre vous et le journaliste du début de la semaine, j'ai bon espoir, continua le vieil homme.

-Un autre journaliste ? releva Hugo.

-Oui, lui aussi est venu me parler de Tom Jedusor.

Hugo fronça les sourcils.

-Qui était-ce ? A quoi ressemblait-il ? Peut-être que je le connais et si c'est le cas, je pourrais prendre contact avec lui pour que nous écrivions un article en commun.

Le directeur lui répondit, peu méfiant. C'était un mot qui le qualifiait bien. Malheureusement pour l'explorateur, la description ne lui disait rien. En même temps, il ne connaissait pas grand monde. C'était dommage. Cette information, aussi minime soit-elle, aurait pu l'aider. L'explorateur ne pensait pas que ce soit une coïncidence. Si cette personne cherchait vraiment à en apprendre plus sur le psychomage, c'était forcément un sorcier. Dans quel but ? Pour l'arrêter ? Il l'ignorait. La seule chose dont il pouvait être sûr, c'était qu'il n'était pas seul sur le coup. Une fois de plus, il remercia le directeur et s'en alla.

Il était déçu de ne pas avoir obtenu plus d'informations. Devait-il reprendre contact avec Regulus, Sirius et Remus ? Mais pour leur dire quoi ? Il n'avait pas grand-chose, mais il ne pouvait pas non plus les laisser sans nouvelles trop longtemps. Hugo était vraiment dépité. Il avait pensé en allant à l'orphelinat obtenir des informations capitales. C'était ce que le discours et les conseils de Dumbledore lui avaient laissé penser. Le vieux sorcier n'était pas du genre à donner des informations sans réfléchir, il parlait en énigmes et en savait souvent plus que ce qu'il voulait bien dire.

Peut-être que Hugo n'aurait pas dû écouter ses mots, mais plutôt essayer de comprendre le sens caché derrière ? Il lui avait dit d'aller à l'orphelinat, de chercher à comprendre ses origines et de décrypter quand le sorcier avait commencé à fomenter ses plans. Il n'avait pas pu imaginer ça dès l'orphelinat alors qu'il ne savait même pas qu'il était un sorcier ! Ce n'était donc pas là que tout s'était joué. Mais qu'y avait-il d'important dans cet orphelinat ? On ne lui avait rien dit de particulier. À moins que ce ne soit pas ce qu'il s'était passé là-bas qui était important, mais plutôt autour.

Les origines de Jedusor avaient dû commencé bien avant.

Les origines… qui était-il réellement ?

C'était un sorcier puissant, tant qu'il avait attiré l'attention de Dumbeldore qui était venu le voir en personne. Tous les sorciers connaissaient des manifestations magiques étant jeunes, c'était d'ailleurs ainsi que l'on savait si tels enfants auraient bien des pouvoirs et ne seraient pas un cracmol. Le psychomage avait dû connaître ce genre d'épisodes. Hugo sentait qu'il tenait quelque chose, il devait creuser de ce côté-là. Mais malgré son envie et sa lucidité, il avait peur de passer à côté de quelque chose. Il s'était lancé dans une activité qu'il ne maîtrisait pas.

Sur le chemin du retour jusqu'à son hôtel, le français pensa à ce qu'il devait faire. En entrant dans l'établissement, il ne croisa pas grand monde. C'était un hôtel sorcier de qualité moyenne, mais qui avait au moins le mérite de rentrer dans son budget. Malheureusement, être explorateur ne payait pas très bien !

En approchant de sa chambre, le français eut un mauvais pressentiment qui se confirma lorsqu'il fut devant la porte. Il en était certain, quelqu'un était rentré dans sa chambre. Comme l'hôtel était classique et n'avait pas une très grande sécurité, le français avait préféré, si ce n'était se protéger, au moins assurer ses arrières et surtout savoir s'il était surveillé. Il avait visiblement bien fait. Il sortit sa baguette, méfiant, et ouvrit doucement la porte. Il se figea alors en voyant le psychomage de Poudlard debout, dos à lui, qui observait l'extérieur.

-Vous savez qu'il est illégal d'entrer chez quelqu'un sans sa permission ? lui jeta-t-il. Devrais-je attendre vos explications ou faire venir sur le champ la police magique ? Quoique dans votre cas, les Aurors seraient plus avisés.

Jedusor se tourna vers lui, un fin sourire aux lèvres. Hugo ferma alors la porte de sa chambre d'hôtel et s'avança de quelques pas. Ils s'observèrent ainsi en silence pendant un instant, chacun sur ses gardes.

-Je ne sais pas ce que l'on vous a raconté sur moi, mais je viens en ami. Je ne suis pas l'horrible monstre que vous pensez que je suis. Ne croyez pas tout ce que ce cher Regulus raconte sur moi.

Hugo fronça les sourcils.

-Comment savez-vous ce qu-

-Voyez-vous, l'interrompit le psychomage, ce jeune homme est perturbé mentalement. Il est en détresse et serait prêt à raconter n'importe quoi pour oublier ce qui lui est arrivé.

-Vous essayez de discréditer un témoin ? Désolé, c'est une technique qui ne marche pas avec moi.

Leroy serra sa baguette. Apparemment, le psychomage était au courant qu'il en avait après lui, mais également que Regulus lui avait parlé et probablement raconté tout ce qu'il savait.

-Ce ne sont pas des mensonges. La vérité est qu'il a été agressé sexuellement par Rosier Evans, son petit-ami de l'époque. Enfin, je ne sais pas si on peut appeler ça une agression, c'était plus un arrangement entre eux. Le cadet des Black avait accepté les termes du contrat après tout.

Hugo tenta de cacher son trouble mais n'y parvint pas et il vit son homologue sourire. Cela le répugna. Était-ce vrai ou était-ce une simple tentative pour le perturber ? Dans tous les cas, le plus vieux avait voulu le déstabiliser et il avait réussi.

Regulus…

-J'aimerais que vous sortiez avant que je n'appelle les Aurors.

-Appelez-les si cela vous chante, je ne fais rien de mal. Je doute même qu'ils se déplacent pour ça.

Hugo ne pouvait lui donner tort. Maugrey viendrait peut-être mais concernant ses collègues, c'était moins sûr.

-Je sais que vous essayez de m'intimider. Vous êtes au bord du gouffre, vous n'avez pas tellement d'autres choix. Malheureusement, je suis déterminé à ne pas vous laisser vous en tirer. Rien de ce que vous raconterez ne me fera arrêter.

Il sortit sa baguette et la pointa sur lui.

-Cela dit, vous pouvez toujours tenter d'utiliser la force.

Hugo esquissa ensuite un sourire, lui faisant comprendre qu'il était prêt à en découdre.

-Vous êtes bien un français avec vos manières de rustre, soupira Jedusor. Enfin bon, quand on pense à vos origines, cela n'a rien d'étonnant. Vous savez, Hugo Leroy, je ne vous déteste pas. J'aimerais d'ailleurs que l'on s'entende tous les deux. J'admirais votre grand-père après tout.

-Mon grand-père ? Vraiment ? Vous le connaissiez ? Et moi qui pensais que vous n'aviez que la quarantaine ! Vous utilisez de bien vilains subterfuges, mais c'est vrai qu'il est plus facile de tromper son monde avec un tel visage !

Jedusor grinça des dents.

-Continuer à faire le malin tant que vous le pouvez encore.

Jedusor soupira ensuite comme pour se calmer.

-J'adorerais vous enlever votre insolence et votre accent hideux. Hélas, je crois que je ne peux plus rien pour vous, Dumbledore a eu une trop mauvaise influence. Contrairement à moi, vous n'avez jamais su vous émanciper, regretta-t-il.

-Ne me comparez pas à vous, nous n'avons rien en commun.

Jedusor le regarda un instant sans rien dire, avant de faire quelques pas dans sa direction.

-Vous ne lui ressemblez pas du tout, peut-être juste le regard. Mais c'est surtout sa magie et son immense pouvoir qu'il vous a légué.

-J'ignore de qui vous parlez. Mon père était un cracmol et ma mère une moldue, j'en suis un également, répliqua Hugo.

-C'est faux. Votre grand-mère et son entourage devaient avoir honte de vos origines, quelles imbéciles. Il n'y a pas à rougir de savoir que le sang du plus grand mage noir à ce jour, Gellert Grinderwaldt, coule dans vos veines.

-Grinderwaldt ? répéta Hugo.

Il secoua la tête, comme pour faire disparaître les paroles du psychomage. Il ne devait pas céder à sa manipulation.

-Vous ne me croyez pas ? Demandez donc à votre grand ami, lui connaît la vérité, répondit le psychomage dans un sourire mielleux. Après tout, Gellert était son plus grand amour.

Un sentiment de malaise prit place chez le Français lorsque Jedusor passa à côté de lui et il sentit la chair de poule parcourir son corps.

-Aujourd'hui était juste une visite de courtoisie. Vous pensez savoir des choses sur moi, mais vous ne savez rien. Cependant, il n'y a aucun de vos secrets que j'ignore. Que ce soit les vôtres ou ceux de vos idiots de camarades qui pensent pouvoir m'arrêter. Je suis fort, puissant et charismatique, personne ne m'arrive à la cheville. Le monde sorcier a besoin de moi et je ne vous laisserai pas vous mettre sur mon chemin.

Jedusor quitta la chambre d'hôtel sur ces mots.

Hugo relâcha alors sa respiration qu'il n'avait même pas eu conscience d'avoir retenue. Il resta quelques secondes debout, sonné. L'explorateur ne s'était jamais demandé s'il avait peur de Tom Jedusor, ni même réellement pris en compte les risques qu'il encourrait en répondant à la demande de Regulus. En quelques secondes à peine, le psychomage lui avait fait comprendre qu'il ne reculerait devant rien pour atteindre ses objectifs et que s'il n'était lui-même pas prêt à tout perdre, il ferait mieux d'abandonner.

Le Français prit une grande inspiration et vérifia que la porte de sa chambre était bien fermée puis alla s'asseoir sur son lit. Il se prit la tête dans les mains et réfléchit à ce qu'il venait de se passer. Le brun lui avait fait de sacrées révélations. C'était peut-être complètement faux mais il pouvait y avoir une part de vrai. Hugo ne voulait pas l'imaginer.

Comment le psychomage pouvait-il être au courant d'autant d'informations ?! Ils s'étaient vus pour la première fois lorsque Hugo était venu donner des cours particuliers avant le Grand Tournoi de duels. Ils s'étaient à peine vus, à peine parlés, comment pouvait-il connaître autant de choses sur lui ?!

Le Français s'était toujours posé des questions sur sa famille, ses origines. On lui avait dit que sa grande puissance devait forcément venir de quelque part mais Hugo ne s'en était jamais préoccupé. Il avait grandi entouré de parents aimants, avec un père avec si peu de capacités magiques qu'il était considéré comme cracmol. Ses grands-parents, il ne les connaissait pas. Sa grand-mère était morte jeune et son père ne lui avait jamais parlé de son grand-père. Si Jedusor avait raison, il comprenait pourquoi.

Il n'y avait pas que ça qui s'expliquait, mais aussi l'intérêt étrange d'Albus Dumbeldore pour un adolescent qui se démarquait tout juste à l'école. Hugo soupira. Il était rempli de questions et en même temps, il s'en voulait de prêter autant d'intérêt à ce que lui avait raconté le psychomage. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Tom Jedusor était effectivement très fort pour s'introduire dans la tête des gens !

Gellert Grinderwaldt serait son grand-père... Il ne savait pas si c'était si choquant qu'il n'arrivait pas à réagir ou si savoir que Albus avait entretenu une relation particulière avec le sorcier qui avait fait trembler le monde sorcier écrasait tout.

Il ne voulait pas y réfléchir. En quelque sorte, il était reconnaissant à son cerveau de se focaliser là-dessus. Il ne voulait surtout pas penser aux révélations faites au sujet de Regulus. Il ne pouvait s'agir que de mensonges. Il le fallait...

En venant le voir, Tom Jedusor avait espéré le déstabiliser et lui faire comprendre qu'il ne se laisserait pas faire, qu'il attaquerait le premier. Le message était très bien passé.

-Bordel... !


C'est le début des vacances ! J'espère que vous aurez tous et toutes l'occasion de profiter. Quant à moi je m'excuse du délai, la pause à durer plus longtemps que prévu ^^'.

Je suis contente de vous retrouver et de me replonger dans cette histoire, j'ai retrouvée toute ma motivation et mon inspiration. En plus c'est bientôt la Japan Expo!

Le prochain chapitre arrivera dans deux semaines ou dix jours. A bientôt.