Résumé du chapitre précédent :

Du côté de Poudlard, la décision était dure à prendre, mais le trio décide de révéler à James ce qu'il s'est réellement passé lors de la pleine lune lors de la semaine off de l'école. Ils ignorent encore comment un tel désastre à bien put se produire, c'est alors que Remus avance une hypothèse. Jedusor aurait trouvé le moyen de lui soutirer les informations, mais il ignore encore comment. En discutant avec Sirius et Remus, Regulus remarque le malaise entre les deux et questionne son frère. Il apprend alors avec stupeur qu'ils se sont séparés, d'où la gêne.

Ne se sentant pas le droit de s'immiscer dans la vie sentimentale de son frère, Regulus se contente de garder cette information dans un coin de sa tête. En attendant, il continue de garder un œil sur Erd et de supporter Barty, qu'il commence d'ailleurs à apprécier. Pour se faire, il échange des lettres avec Monica, une spécialiste des loups-garous. Elle reste son dernier espoir, car il sait qu'il ne peut pas aider le 2ème année seul. À présent qu'il s'est disputé avec Severus, Regulus à l'impression d'être revenu au point de départ. Il est attristé, mais campe sur ses positions et le 7ème année aussi.

Après une séance émouvante avec la nouvelle psychomage, elle accepte mieux ses douleurs et accepte l'idée que sa place n'est peut-être plus à Poudlard, en vue des traumatismes que cela réveille en elle.

Après sa visite à Poudlard, Hugo rend visite à Dumbledore en quête d'aide et de réponse. Mais il est surpris de retrouver son ami qui n'a plus grand-chose de l'illustre sorcier. Fatigué par les manigances et les attentes, Albus aspire à la paix et à la tranquillité. Il prodigue néanmoins un conseil au français en l'orientant vers l'enfance du sorcier et ses origines.

Motivé, Hugo se rend donc à l'orphelinat pour tenter de comprendre qui était Tom Jedusor. Mais une fois là-bas, il a une étrange sensation et est étonné par le comportement et les récits des personnes encore en poste qui ont connu l'homme. Il apprend également qu'une autre personne se disant journaliste à posé des questions similaires sur Jedusor. De retour à son hôtel, il a la surprise de tomber sur le psychomage qui le menace et lui apprend de terrible vérité. Pourtant l'explorateur ne veut pas y croire, il pense qu'il s'agit de manigance pour le déstabiliser. Il est perdu et en piètre enquêteur, ne sait plus quoi faire.


Chapitre 53 : Les origines du mal

Partie 2

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Pamela se blottit dans les bras de Severus. Elle était vraiment reconnaissante d'avoir un ami comme lui, qui se souciait d'elle ainsi. Qui ne la jugeait pas et n'était pas tenté de la laisser tomber pour se préserver de ses problèmes.

Au début, la blonde avait approché le Serpentard parce qu'il était son type d'homme, pensait-elle. Mais en toute honnêteté, c'était davantage parce que depuis sa relation compliquée avec Rosier, elle avait préféré des relations sans contraintes, éphémères et purement physiques. Surtout avec des garçons qu'elle savait peu populaires, un peu effacés, gauches et sans expérience ou très peu avec les filles. Elle n'en avait pas pris conscience avant, mais cela avait été sa manière de se préserver. Elle ne voulait plus jamais ressentir ce qu'elle avait vécu avec Rosier. Elle voulait être celle qui avait le pouvoir et non plus celle qui craignait l'autre.

La Serdaigle avait pensé que Severus serait juste une conquête de plus. Il s'était avéré amusant et mignon dans sa timidité. Il était amoureux de quelqu'un d'autre, d'où sa réticence, mais en lui cédant, il avait aussi eu l'impression de profiter d'elle. À croire qu'il avait vu clair dans son jeu depuis le début. Pamela avait eu du mal à le convaincre que la situation lui convenait.

Ils avaient commencé à se rapprocher durant les vacances de la Toussaint. Le château avait été pratiquement vide, ce qui avait facilité leurs rencontres. Par la force des choses, ils avaient été amenés à se fréquenter en dehors de la salle sur demande qui accueillait leurs ébats. À cette époque, Pamela avait eu le choix entre passer du temps avec le Serpentard, sympathiser avec un Poufsouffle de 2ème année, renouer avec son ex qu'elle ne supportait plus, ou encore tenter de parler avec Regulus Black qui l'ignorait à chaque fois que ses yeux se posaient sur elle à l'époque. Il n'avaient rien en commun et c'était un solitaire.

Elle avait préféré Severus. C'était le meilleur choix, elle en avait la confirmation aujourd'hui.

Avec Lily, il l'avait soutenue lors de son dépôt de plainte et il continuait de le faire, surtout quand ça n'allait pas. Pour Pamela, Severus était un peu comme son meilleur ami, sa plus belle rencontre à Poudlard.

-J'ai reçu une lettre. Il va y avoir un procès et la date a déjà été décidée, lâcha-t-elle soudain.

Severus, qui lisait un livre, se figea. Pamela lui jeta un coup d'œil pour voir la raison de son mutisme et vit alors son regard se voiler de tristesse.

-C'est une bonne chose, ça veut dire qu'on t'a écoutée et qu'on te donne la possibilité d'obtenir la justice que tu mérites, répondit-il finalement.

-Je ne sais pas, fit Pamela en détournant le regard et en se pelotonnant de nouveau contre son ami.

Son regard se perdit un instant sur le mobilier de la salle sur demande.

-Je pense que la tenue du procès ne veut pas dire qu'on me croit, ni que le verdict ira dans mon sens, mais simplement qu'il y a des éléments. Ça s'est passé à Poudlard, il y a eu un examen médical effectué par Pomfresh, des documents relatant… ce qu'il s'est passé. Les Aurors sont même venus enquêter à un moment. Je pense que ce que j'ai subi n'est plus à prouver, je ne mens pas. Le problème c'est, va-t-on me croire alors que j'accuse Nott ? Ce n'est pas n'importe qui, ou plutôt ses parents ont du pouvoir. Les miens ne sont que des moldus.

Elle souffla et sentit ses lèvres trembler. Ses yeux s'humidifièrent.

-Oh par Merlin, je vais devoir le dire à mes parents…

Pamela éclata subitement en sanglots et Severus passa sa main dans son dos pour tenter de la réconforter.

-Ça ira, tu n'as rien fait de mal. Ce sera dur pour eux à entendre, mais vu ce que tu me dis d'eux, je suis sûr qu'ils ne feront rien d'autre que te soutenir et s'inquiéter pour toi.

-Je n'ai pas envie de leur causer des soucis ! Ils sont si fiers de moi juste parce que je suis une sorcière ! J'ai honte et je n'ai pas envie que l'image qu'ils ont de moi change…

Elle sentit Severus se tendre et tenta de sécher ses larmes. Elle savait bien que le Serpentard n'était pas à l'aise dans ce genre de situation. Elle ne voulait pas l'embêter plus encore. Contre toute attente cependant, il reprit la parole.

-Tes parents sont tes alliés, ne crains pas leurs réactions. Ce sont des gens bien. J'en suis certain. Réjouis-toi plutôt parce que bientôt, tu n'auras plus à croiser Nott, et moi non plus.

Pamela ferma les yeux, essayant d'imaginer le reste de son année sans la personne qui avait abusé d'elle. Ce serait une victoire plus qu'une réparation. Elle espérait tellement qu'il paye enfin, que Nott arrête de se pavaner, de se penser invincible et que tout lui était dû.

-Oui, c'est quelque chose sur lequel je peux me concentrer sans trop de mal. C'est plus facile que de penser à mes parents et au fait qu'il va me falloir un avocat.

Elle grimaça.

-Il vaut mieux que tu parles à tes parents d'abord, lui fit remarquer Severus. Il va falloir que tu choisisses l'avocat avec eux, surtout que tu ne peux pas en payer un toi-même.

Il se gratta ensuite la joue, gêné.

-Je pourrais t'accompagner si tu ne veux pas leur annoncer seule.

-Merci, souffla-t-elle. Mais je ne sais même pas s'il me sera possible de m'absenter pour aller les voir. Ce n'est pas comme si je pouvais rentrer chez moi puis revenir à Poudlard comme ça me chante. Mais tu sais quoi ? Je crois que ça me va. Dès que je m'imagine leur faire face et leur dire ce qui m'est arrivé, j'ai envie de vomir tellement ça me stresse. Me dire que je ne serais pas obligée de leur faire face et de voir leur réaction me soulage.

-Je peux comprendre, souffla Severus à son tour.

Pamela sourit et déposa un baiser sur la joue de son ami.

-Je ne te mérite tellement pas.

Severus baissa la tête.

-N'importe quoi.

-Tu as tellement de mal à accepter les compliments ! s'amusa-t-elle ensuite. Tu es vraiment quelqu'un de bien, Severus.

-Tout le monde ne pense pas comme toi…

-Comment ça ? s'étonna Pamela.

-Non, rien.

Severus secoua la tête. Il n'avait pas l'air de vouloir en parler.

xXx

-Je suis tellement content de pouvoir te voir ! Tu sais que ça me donne une énergie folle ? Tu es tellement beau, Regulus, tu me manques !

Le Serpentard ne sourcilla même pas face aux belles paroles de l'ancien Gryffondor. James lui rebattait les oreilles depuis des jours. Le couple se parlait régulièrement depuis que Sirius avait bien voulu laisser sa moitié de miroir à son petit frère. Depuis, le couple se contactait tous les soirs, juste après le dîner. Regulus se dépêchait de remonter dans son dortoir, laissé libre. Généralement les élèves en profitaient pour traîner à table, passer du temps avec leurs amis que ce soit à l'extérieur ou dans les différentes salles communes. Sans parler de tous ceux qui continuaient à réviser dans la salle d'étude, ou encore à la bibliothèque.

Regulus avait donc le champ libre et pouvait discuter avec James sans se soucier de tous ses camarades autour ni se sentir obligé de s'isoler. Bien entendu, il mettait tout de même un sort de silence mais il avait au moins une demi-heure de tranquillité. C'était déjà beaucoup, mais insuffisant si on prenait en compte le débit ultra rapide et ininterrompu de son petit-ami.

Cela lui convenait. Regulus n'avait jamais été un grand bavard. Enfin, sauf si on le lançait sur le sujet des animaux magiques. Mais que James parle beaucoup ne le gênait pas. Ça évitait les silences. Le Serpentard préférait écouter que parler. Il avait toujours considéré qu'on en apprenait plus ainsi. Que l'ancien Gryffondor soit une pipelette ne voulait d'ailleurs pas dire qu'il ne savait pas écouter, c'était quelque chose que le brun faisait également très bien.

-Tu es tellement embarrassant, James Potter, quand vas-tu grandir ? se désola-t-il. Tu me répètes ça tous les jours !

-Mais c'est vrai ! J'ai tellement envie de te serrer dans mes bras et de t'embrasser ! Je veux te voir rougir parce que je t'aurais chuchoté des mots tendancieux à l'oreille et t'écouter rouspéter que tu veux bosser ! J'ai déjà réfléchi à des techniques pour que tu cèdes à mon corps de rêve ! J'ai tellement d'énergie que je me suis mis au sport et je commence à voir des résultats !

Il continua à parler, à raconter des choses invraisemblables en passant du coq à l'âne à plusieurs reprises, et Regulus ne put s'empêcher de sourire.

-Respire, James, lui rappela-t-il au bout d'un moment. Qu'est-ce qui te rend aussi intenable ?

Habituellement, James était tout le temps énergique et c'était pire quand il était avec Sirius mais là, c'était différent. On aurait presque dit qu'il avait pris une potion énergisante. Il souriait tant qu'il se plaignait d'avoir des crampes au visage !

-C'est juste que c'est parti avec mon équipe ! lui avoua James. On a commencé la rédaction du magazine. Tu imagines ! J'ai une équipe ! Je suis en train d'écrire et je suis tellement inspiré, j'ai déjà écrit trois articles ! Bon, il faut que je les soumette aux autres pour voir si ça leur convient mais je suis inarrêtable !

James se frappa la tête et Regulus se demanda s'il devait s'inquiéter pour sa santé mentale.

-Je vois, se contenta-t-il de dire.

-J'aime tellement comment on fonctionne ! Ce n'est pas simple parce que chacun bosse un peu chez soi, sauf Frank et moi car on a la possibilité de se voir régulièrement. J'espère que si ça marche, on pourra avoir un bureau pour bosser tous ensemble. Ce serait tellement plus vivant et plaisant ! Et puis, tu m'apporterais mon repas le midi, rigola-t-il.

-Dans une autre vie peut-être, le recadra Regulus. À t'entendre, tu n'es pas le chef, vous êtes tous sur un pied d'égalité. Ne crains-tu pas de ne pas être pris au sérieux si tu ne te comportes pas comme un patron et que tu es trop proche de tes employés ? Car même si vous vous entendez tous bien, tu restes leur chef et eux tes salariés, ajouta-t-il.

-Je sais, mais je n'aime pas me dire qu'il faut que j'agisse comme un petit chef ! Je déteste qu'on me donne des ordres et je crois que c'est un peu pareil pour tout le monde. J'ai envie que mon équipe se sente bien, il n'y a que de cette manière qu'ils feront du bon boulot. Je suis nul pour engueuler les gens ! Je t'enverrai toi ou Severus, rigola-t-il encore. Sirius serait du genre à faire le mariole et Remus aime la discipline mais il est incapable d'être dur avec qui que ce soit. Ou attends, Lily serait également parfaite dans ce rôle ! Ou alors j'envoie ma mère !

-Plus personne ne te prendra au sérieux si tu envoies ta mère pour maintenir l'ordre dans ton magazine, sourit tristement Regulus.

À l'évocation du nom de Severus en effet, il avait eu un petit pincement au cœur. Il tenta cependant tant bien que mal de ne pas penser à sa dernière dispute avec son ami Serpentard.

-Tu as certainement raison. Mais je suis un fils à maman, qu'est-ce que j'y peux ! s'esclaffa encore James. Enfin, tu sais, si je veux réussir, c'est aussi pour que mes parents soient fiers de moi. J'ai envie de leur montrer que ce magazine vaut le coup et qu'ils n'en auront pas honte.

-Ils le seront. En tout cas, moi, j'ai hâte de l'avoir entre les mains.

-Tu es mon meilleur soutien, tu me donnes la force d'aller au bout !

Regulus haussa un sourcil.

-Je suis pratiquement sûr que tu n'as pas besoin de moi pour être à fond dans ton projet.

-Probablement, mais tu m'aides à ne pas m'éparpiller ! Et puis, au-delà de ça, ça me fait plaisir que tu me soutiennes autant !

Regulus fut troublé par les paroles de James et l'émotion qu'il lui transmettait. Il s'allongea sur son lit et regarda le brun pendant quelques secondes sans rien dire. Il examina juste son visage, ses yeux expressifs, son sourire communicatif et ses lunettes de travers.

-Mes parents ont enfin obtenu la réponse à leur demande pour le passage des Aspics en candidat libre, continua James. Le ministre a dit oui alors je vais devoir me mettre aux révisions très prochainement mais je n'ai pas envie d'y penser, surtout avec la sortie imminente de mon magazine. Je n'ai pas du tout la tête à ça…

-Tu leur as promis, James.

-Je sais, souffla-t-il.

-Tu sais, au fond, je ne pense pas que ce soit une mauvaise idée. Tu pourrais le regretter si tu ne le fais pas. Je comprends que tu n'aies pas la tête à ça mais tu es intelligent, je suis sûr que tu vas réussir. Et puis, les notes ne sont pas très importantes si tu ne comptes pas poursuivre tes études.

-Alors là, c'est sûr que je ne vise pas la note parfaite ! Je me contenterai largement de la moyenne. L'année prochaine, ce sera à toi, lui rappela-t-il ensuite. Profite de ta jeunesse, mon petit !

James se mit à rire et Regulus leva les yeux au ciel.

-Bon assez parlé de moi, même si j'ai encore beaucoup à dire ! Il faut que je garde un peu de suspens, histoire que tu répondes à mon appel demain !

Regulus esquissa un sourire et se demanda bien ce qu'il pouvait raconter. Il n'avait pas très envie de parler de sa dispute avec Severus. Il ne se sentait toujours pas prêt à évoquer le fait qu'il échangeait régulièrement des lettres avec une spécialiste des loups-garous non plus. Il voulait l'annoncer à James lorsqu'il le verrait et non pas à la va-vite, surtout s'ils devaient bientôt raccrocher. Il pensait bien à quelque chose, mais il n'était pas sûr que ce soit à lui de l'annoncer. Et puis, il détestait que cela sonne comme une diversion pour ne pas parler de ses propres soucis.

-Hum… Est-ce que tu as parlé avec Sirius ces derniers temps ? demanda-t-il prudemment.

-Oui ! Tu sais bien que ma moitié et moi ne pouvons pas passer plus de quelques heures sans avoir d'interaction !

-C'est sérieux, James.

James perdit son sourire. Il fronça les sourcils et se raidit visiblement.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? Sirius aurait dû me dire quelque chose ?

-Peut-être, je ne sais pas. Il ne semblait pas vraiment vouloir me le dire en tout cas mais maintenant que je le sais, je peux difficilement me taire.

-Dis-moi.

-Remus et lui se sont séparés et je ne comprends pas pourquoi.

James écarquilla les yeux. Visiblement, il tombait des nues.

xXx

Ce matin-là, Regulus était de bonne humeur. Il avait entendu dire que le cours de soins aux créatures magiques allait être spécial. Il supposait que c'était forcément dans le bon sens. En tout cas, il n'avait qu'une hâte, c'était d'y être ! Il espérait qu'il y aurait des animaux magiques rares mais cela pouvait tout aussi bien être autre chose, comme le cours qui se tient dans un endroit protégé sur le territoire d'un animal magique que les sorciers côtoient peu.

Au bout du compte, peu importait ce que ce serait, Regulus était certain que ce serait génial. Ce cours était toujours fantastique. Le Serpentard se dépêcha ainsi pour pouvoir arriver dans les premiers. Après avoir couru quelques mètres et évité habilement les quelques élèves insouciants peu pressés d'aller en cours et qui gênaient le passage dans les couloirs, Regulus arriva finalement à bon port. Il y avait déjà quelques élèves, mais ce n'était pas grave. Il pouvait facilement se faufiler pour être au premier rang. Il avait réussi sa mission.

Le professeur était également déjà présent et discutait avec une femme que Regulus n'avait jamais vue et à laquelle il ne prêta pas attention. Le Serpentard scrutait plutôt ce qu'il voyait autour de lui. Il cherchait l'animal magique qu'il serait susceptible d'étudier aujourd'hui, la cause de ce jour si spécial. Mais il ne vit rien. Peut-être que la bête arriverait plus tard ? À moins que, contrairement à ses espérances, il s'agisse davantage d'une intervention. Les sourcils froncés, Regulus observa de nouveau la personne qui discutait avec son professeur. Elle était de dos et portait une longue cape noire et orange. Cela manquait de goût, mais le Serpentard n'allait pas la juger pour si peu.

Le reste des élèves enfin présents, le professeur de soins aux créatures magiques se décida à leur prêter attention. Pour cela, il dût interrompre une conversation très animée et enjouée avec son interlocutrice.

-Bonjour. Comme vous le savez déjà, aujourd'hui, notre cours sera légèrement bouleversé, annonça le professeur et Regulus l'écouta religieusement.

Il tendit le bras vers son invitée qui s'avança devant la classe de 6ème année dissipée.

-Voici Monica Martin. C'est une sorcière française réputée pour ses nombreux travaux sur la lycanthropie. Elle vit depuis plusieurs années en Grande-Bretagne et a déjà reçu un prix pour ses recherches.

Regulus cacha avec difficulté sa surprise. Il s'agissait de la spécialiste des loups-garous dont lui avait parlé Hugo et avec qui il avait commencé à échanger il y a plusieurs jours ! Il ne pensait pas la voir ici ! Était-ce une intervention prévue depuis un long moment ? Ce serait tout de même une drôle de coïncidence et étrangement, Regulus n'y croyait pas trop. Surtout vu la façon dont Monica Martin la regardait. Il était évident qu'elle savait déjà qui il était, même s'ils ne s'étaient jamais vus. Elle avait dû demander l'information à son professeur qui, déjà sous le charme, avait cédé sans problème.

Regulus ne savait que penser de cette rencontre. Il n'avait jamais exprimé dans ses lettres le souhait de la rencontrer. Il avait donc l'impression d'y être forcé. L'experte s'était plusieurs fois montrée insistante pour une rencontre et surtout, pour en savoir plus sur ces fameux loups-garous spéciaux que le Serpentard connaissait. Il ne faisait aucun doute que c'était sa curiosité qui l'avait poussée à venir à Poudlard. Bien entendu, le cadet des Black n'excluait pas que sa venue soit un pur hasard. Mais dans tous les cas, la spécialiste aurait les réponses à ses questions. Tout le monde connaissait la situation de Erd ici, ce n'était pas un secret.

Regulus voulait voir les choses du bon côté. Si Erd et Monica Martin se rencontraient, l'experte pourrait peut-être l'aider à comprendre ce qui lui arrivait mais surtout, le 2ème année déciderait seul de lui parler ou non de sa situation. Même si Regulus voulait bien faire, peut-être qu'il prenait trop à cœur ce qui arrivait au 2ème année. La preuve était qu'il s'était même disputé avec son ami pour de mauvaises raisons. Il s'était enfin débarrassé de la charge qu'était d'empêcher Jedusor de nuire et voilà qu'il se rajoutait un autre fardeau. À croire qu'il était celui qui rendait tout compliqué. Même si Erd était jeune, il était en droit de connaître la vérité et de décider ce qu'il voulait.

Cette rencontre était donc peut-être un mal pour un bien. Et alors, Regulus n'aurait plus la sensation de mentir, d'avoir des secrets. Jusqu'à présent, il n'avait pas trouvé le temps de parler au demi-loup-garou. Probablement que depuis qu'il échangeait des lettres à son sujet avec une étrangère et les révélations de Severus, il n'avait pas non plus trouvé le courage…

Malgré la surprise, sa joie ne retomba pas. Le 6ème année écouta ainsi avec respect tout ce que leur raconta la spécialiste. Si quelques élèves firent exprès d'être dissipés car ils jugeaient probablement qu'un cours sur les loups-garous était inintéressant, beaucoup furent curieux. Après tout, ils n'y connaissaient presque rien, sans oublier que Poudlard avait été attaqué par le plus connu d'entre eux.

Une heure plus tard, à la fin du cours, Monica l'approcha et Regulus vit la mine déçue de son professeur : il était certain qu'il aurait aimé discuter encore plus avec elle.

-Bonjour, Regulus, j'espère que tu n'es pas en colère que je me sois imposée ici, commença-t-elle lorsqu'ils se furent éloignés dans un couloir désert.

Le Serpentard prit le temps de réfléchir à la réponse.

-Non. Je comprends pourquoi vous avez décidé de venir.

Elle sourit, étonnée.

-Hugo m'a menti, tu es un jeune homme tout à fait charmant. Je me disais aussi que quelqu'un avec une si belle écriture ne pouvait qu'être bon.

Regulus ne sut pas quoi répondre. Qu'est-ce que l'explorateur avait bien pu dire à son sujet ?

-Pouvons-nous discuter un peu ?

Regulus acquiesça. Il pensait qu'elle s'empresserait plutôt d'aller trouver le garçon qui l'intéressait tant.

-Oui, c'était mon dernier cours de la journée.

Elle sourit encore et Regulus se détendit un peu plus. Cette femme avait un sourire communicatif. Ils marchèrent vers le lac en silence, s'éloignant lentement des autres élèves.

-Je me dois de te le dire, mais ta première lettre m'a surprise. En bien, cela dit. Habituellement, les gens ne s'intéressent pas vraiment aux loups-garous. D'ailleurs, j'ai pu voir avec mon intervention que c'est un sujet qui fait encore grincer des dents. C'est quelque chose qui t'intéresse vraiment ? lui demanda-t-elle.

Elle s'était arrêtée aux abords du lac. Elle regardait l'horizon, émerveillée par l'endroit. Regulus hocha la tête, mais la spécialiste ne le vit pas. Elle s'installa par terre et après hésitation, il fit de même. Il regarda dans la même direction que Monica, espérant voir ce qui la subjuguait tant. Malheureusement, il ne vit rien.

-Connais-tu Greyback ? fit-elle soudain.

La question le surprit.

-Oui, tout le monde le connaît, répondit Regulus.

Elle le regarda et secoua la tête en souriant.

-Non, je veux dire, est-ce que tu le connais pour ce qu'il était et pas seulement pour ce qu'il est devenu ? Ce que la société a fait de lui.

-Je ne comprends pas.

Regulus l'entendit souffler et sur son visage jusqu'à présent souriant, de la tristesse apparut. Il comprit alors que si ce n'était pas son cas, Monica avait connu le terrible personnage. Contrairement à ce que laissaient paraître les gens à l'évocation de son nom, la spécialiste semblait triste et nostalgique et non pas écœurée et apeurée.

-Le connaissiez-vous bien ? L'avez-vous connu avant sa transformation ? demanda-t-il, curieux.

-On ne peut pas vraiment dire que je le connaissais bien, nous vivions simplement dans le même village et je le croisais souvent. En vérité, j'étais surtout proche de sa fiancée.

-Greyback avait une fiancée ?!

Regulus n'en revenait pas. Mais peut-être n'aurait-il pas dû être si surpris. Il était évident que l'individu avait dû avoir une vie avant d'être un loup-garou et se mettre à mordre de petits enfants innocents.

-C'était quelqu'un de bien, soupira-t-elle. Sa fiancée était folle de lui. Ils avaient des projets ensemble, ils parlaient même d'avoir des enfants après s'être mariés. Une vie tout à fait banale de personnes ordinaire. Ils étaient simples…

-Que s'est-il passé ?

Le Serpentard n'arrivait pas à imaginer un Greyback plus jeune et doux comme un agneau. La transformation seule n'avait pas pu le changer à ce point.

-La bêtise humaine, tout simplement. La population n'a pas une très bonne image des loups-garous, et je pèse mes mots. C'est vrai que c'est beaucoup dû aux actions de Greyback. Mais avant qu'il ne commence à se déchainer, il n'y avait pas de bête sanguinaire qui semait la terreur, simplement des accidents par-ci par-là. Les gens ont toujours craint les loups-garous. On ne peut pas les blâmer, ils sont très effrayants après tout. Greyback a fait une mauvaise rencontre, ça a été dur pour lui. Sa fiancée et lui savaient qu'on les pointerait du doigt, qu'ils perdraient tous leurs amis, qu'on les regarderait de travers. Ils ont essayé de le cacher. Greyback a même essayé de rompre avec elle pour la préserver. Cela l'a rendue furieuse.

Monica sourit, attendrie par le souvenir.

-Greyback apprenait lentement à se faire à sa nouvelle vie. Il n'a pas lutté, ce qui a rendu l'adaptation plus facile, comme pour beaucoup de choses. C'étaient les autres le plus compliqué. Quand son secret a été découvert, les gens du village ont eu peur. Ils voulaient qu'il parte et il l'a envisagé. Mais pour aller où ? Il savait qu'il serait traité partout pareil. Et puis, il se sentait chez lui là-bas. Maria, sa fiancée, a subi des critiques et beaucoup de pression. Je l'ai vue souffrir de la situation, elle venait se confier à moi quand elle n'en pouvait plus. Elle se taisait devant lui pour alléger sa peine.

Regulus hocha seulement la tête. En apprendre plus sur Greyback était une aubaine, même s'il était mort à présent. Il était vrai qu'il s'était souvent demandé comment l'homme avait pu agir ainsi, se montrer si cruel. Bêtement, il avait pensé qu'il était simplement fou, que c'était déjà une mauvaise personne et que sa transformation n'avait rien changé.

Beaucoup de gens se faisaient mordre et pour autant, ils ne basculaient pas comme Greyback. La politique du pays sur les animaux magiques et les loups-garous en particulier n'avait probablement rien arrangé. Ils étaient traqués et on leur refusait de vivre une vie normale. Ils n'avaient pas les mêmes droits que les sorciers, et ce n'était pas que les loups-garous. Sans parler des Triswalker et des Gominas qui pouvaient être considérées comme dangereuses, il y avait les elfes, les sirènes ou encore les vélanes qui n'étaient pas classés dans les catégories à risque.

Regulus en connaissait les raisons.

La pureté du sang. Des croyances anciennes les avaient tenus à l'écart. Et dire qu'il avait jusqu'alors profité de ce système.

Connaître le passé de Greyback, c'était l'humaniser et ne plus faire de lui la bête assoiffée de sang qu'on décrivait, le meurtrier. Découvrir que lui aussi avait vécu des choses, que n'importe qui aurait pu être à sa place, était troublant.

Le Serdaigle pensa à Maria, la fiancée de Greyback. Comme lui, elle n'avait pas abandonné l'homme qu'elle aimait. Pourquoi cela n'avait-il pas suffi ? Les images de la dernière pleine lune lui revinrent alors en mémoire. James l'avait chassé et il avait eu si peur ! Il ne savait toujours pas pourquoi il ne l'avait pas attaqué. Lorsqu'il avait senti son souffle bestial sur lui, il avait pensé sincèrement que c'était la fin.

Machinalement, le brun se mit à arracher des touffes d'herbes par terre. Il jeta ensuite un coup d'œil à la française qui regardait le lac et les clapotis de l'eau.

-Comment faisait-il les soirs de pleine lune ? voulut savoir Regulus.

Il imaginait mal comment un loup-garou adulte dans un village sans structure pour le retenir avait bien pu faire pour éviter un carnage. Il était bien placé pour savoir que même avec toute la bonne volonté du monde, c'était presque mission impossible. Surtout qu'il imaginait bien que Greyback n'avait pas d'Animagus à proximité pour l'aider à passer plus sereinement ses nuits difficiles.

-Il n'était pas enfermé, il n'en avait pas besoin.

Regulus fronça les sourcils. Parlait-elle toujours de Greyback ? Il avait du mal à y croire. Il était bien connu que les loups-garous étaient dangereux durant une seule nuit et c'était lors des pleines lunes. Ils devenaient des bêtes sanguinaires, dangereuses et inarrêtables ! Il se mordilla les lèvres en se faisant la réflexion que ce n'était peut-être pas le cas de tout le monde. Il en connaissait un qui avait pu résister à l'appel du sang. Greyback avait mordu James, avait-il donc la même capacité ? Et Erd alors ?

Soudain, tout s'embrouillait dans sa tête.

-Comment est-ce possible ? On entend partout que les loups-garous doivent être enfermés les soirs de pleine lune pour qu'ils ne commettent pas de boucherie. Dans les livres, il est même dit qu'à ce moment-là, ils sont comme des bêtes assoiffées de sang que rien n'arrête.

-Certains, oui. Ceux qui se débattent avec ce qu'ils sont devenus, qui haïssent cette partie animale d'eux. En agissant ainsi, ils sont alors en perpétuel conflit, rejettent leur moitié et alors, la bête leur fait payer. Muselée continuellement, elle se déchaîne à la lueur de la lune. Mais il y a aussi ceux pour qui cela se passe bien, enfin aussi bien que possible, et dont on n'entend jamais parler. Les Gouvernements ne s'y connaissent pas et ne veulent pas en entendre parler. Les loups-garous ont une mauvaise image, alors pourquoi se donner cette peine ? Ils ont aussi cette crainte que s'ils véhiculent une image plus nuancée et parlent des loups-garous inoffensifs alors qu'il y a des attaques et accidents tous les ans, on ne les accuse de mentir, de ne pas prendre la menace au sérieux. Il y a tout un tas de raisons à leur silence. Certaines sont entendables, d'autres sont à vomir. À cause du manque de prise en charge, les loups-garous sont chassés, obligés de vivre isolés, ou alors font le choix de se déclarer et de subir l'injustice toute leur vie. Et puis, il y a ceux, comme Greyback, qui finissent par sombrer et se transformer en ce qu'il y a de plus laid au monde.

-Une bête sanguinaire, avide de destruction, comprit Regulus.

Avait-il décidé de changer de voie simplement en signe de rejet et de rébellion du gouvernement ? L'homme avait des idées bien arrêtées et c'est vrai que même si son envie d'augmenter la population lupine et d'obtenir de meilleurs droits était considérée comme irrecevable par beaucoup, cela restait une revendication d'ordre politique. Dans le monde de Padfoot, il avait été un des plus fervents serviteurs de Voldemort, même si leur objectif était resté différent. Mais une fois de plus, Regulus sentait qu'il y avait autre chose.

-Vous avez parlé de bêtise humaine, rappela Regulus. Les habitants de votre village ont voulu le chasser eux-mêmes ?

Le Serpentard pensa à Erd, à ce qu'il avait vécu à Poudlard de la part de ses propres camarades. Il avait été seul face à une horde. Des personnes en colère, apeurées et déterminées. Severus avait été là et cela avait sans doute limité les conséquences. Du moins, le 6ème année voulait le croire.

-Oui, reprit la spécialiste, sortant ainsi le brun de ses pensées. C'était violent alors je vais te passer les détails.

Elle souffla et croisa les bras sur sa poitrine, se recroquevillant un peu.

-Ils s'en sont également pris à Maria. Ils étaient comme fous ! J'avais du mal à reconnaître mes voisins que je croisais tous les jours... C'étaient des parents, des instituteurs, des travailleurs, des bénévoles, des gens normaux qui avaient tout simplement basculés. Je ne sais pas comment c'est arrivé, ni à quel moment. Je ne pourrai pas non plus pointer les responsables. J'étais là pourtant, à essayer vainement de les raisonner, mais je n'ai rien vu.

Sa voix se fit vacillante.

-Maria est morte. On ne l'a pas remarqué tout de suite, puis un cri a retenti et tout s'est arrêté. Elle était innocente et tentait simplement de défendre l'homme qu'elle aimait. La horde s'est évaporée d'un coup. Ils voulaient partir au plus vite pour se dédouaner de la catastrophe qui venait de se produire. Je suis restée avec Greyback. J'ai vu sur son visage passer beaucoup d'émotions mais alors que j'étais dévastée, je pouvais voir au fil des minutes la rage prendre possession de lui. C'est ce jour-là qu'il a complètement changé. C'était Maria qui le gardait du bon côté, elle était son lien avec sa vie d'avant, celle qui l'aidait à accepter sa nouvelle vie. C'était la femme de sa vie et son loup l'appréciait aussi. Sa perte n'a pas brisé que l'homme, elle a également brisé le loup. Il est resté cloîtré chez lui. Il n'est ressorti qu'à la pleine lune suivante et a fait son premier massacre. Même moi, il ne m'a pas reconnu. Il aurait pu me tuer comme les autres si je ne m'étais pas protégée. J'ai condamné ses actions, mais je comprenais ce qui lui avait pris. C'était sa vengeance. Du moins, je le croyais. Malheureusement, ce n'était pas une simple vengeance car il ne s'est jamais arrêté. S'il a longtemps ciblé les enfants, c'est pour détruire ce bonheur que lui ne connaîtra jamais. Celui d'avoir une famille, d'être entouré de ceux qu'il aime.

Regulus n'arrivait pas à y croire. Il n'aurait jamais imaginé que l'homme si infâme que la population sorcière détestait avait un passé si triste ! Peut-être aurait-il dû s'en douter. Même les criminels avaient des blessures. Pour autant, pouvait-il pardonner ce qu'il avait fait ? Non, la perte de sa fiancée ne pouvait tout excuser. Greyback avait commis des atrocités, tué et transformé des enfants innocents. Il avait détruit des vies et il avait payé pour ça.

-As-tu changé d'avis à son sujet maintenant que tu connais son passé ? lui demanda-t-elle.

-Non, répondit-il. Mais je le comprends un peu plus.

xXx

Cette discussion avait remué Regulus. Il en avait appris plus sur un homme qu'il avait probablement en partie mal jugé. À part cette spécialiste des loups-garous, qui connaissait le vrai Greyback ? Qui se souvenait de cette Maria ? À présent qu'il connaissait la vérité, Regulus avait l'impression de porter une partie de son fardeau. Monica lui avait expliqué que c'était après ce qu'il s'était passé qu'elle avait décidé de se professionnaliser dans cette voie. Elle souhaitait aider les gens à mieux comprendre les loups-garous, les accepter et éviter que ce genre de catastrophe ne se reproduise. Vainement, elle avait aussi espéré pouvoir arrêter l'homme, le ramener dans le droit chemin. Malheureusement, il était mort comme il avait vécu, dans la souffrance et dans la colère.

Le Serpentard avait pu constater que la spécialiste des loups-garous aimait ce qu'elle faisait. Elle était émotionnellement impliquée. Elle était sincère dans sa démarche d'aider les sorciers à mieux comprendre les loups-garous. La française lui avait également raconté quelques-unes de ses excursions dans des villages de loups-garous. Il était difficile d'avoir accès à ce genre de lieu. Ils étaient d'ailleurs tenus secrets et Regulus ignorait comment elle avait fait pour obtenir une si précieuse information. Certainement grâce à de bons contacts.

La longue discussion que le Serpentard avait eue avec Monica l'avait convaincu de lui octroyer ce qu'elle demandait tant : une discussion avec Erd. Pour ne pas que le 2ème année ne panique, Regulus avait décidé de parler avec lui pour le préparer à ce qui allait suivre, mais surtout lui donner la possibilité de refuser.

Regulus appréhendait néanmoins de faire face au 2ème année. Cela faisait plusieurs jours qu'ils ne s'étaient pas parlé. Il espérait que Erd ne serait pas fermé à l'idée et surtout, ne le rejetterait pas pour s'isoler encore plus.

Le Serpentard s'arrêta un instant devant la nouvelle chambre individuelle de Erd. Il était bientôt 19h, les cours étaient finis depuis longtemps. Comme à présent le cadet des Black ne voyait plus le 2ème lors des repas, il supposait qu'il prenait même ses repas dans sa chambre.

C'était triste, mais surtout cela l'isolait alors forcément, c'était plus difficile encore pour le Serpentard d'aller vers les autres. L'isoler, c'était montrer qu'il était dangereux, qu'il était différent et ne devait pas être avec les autres.

Slughorn avait eu là une bien mauvaise idée. Regulus lui-même avait été favorable à cette l'idée au tout début, mais pas comme ça. À croire que leur directeur de maison n'avait pas bien étudié le sujet et pris en compte la situation difficile du garçon qui avait vu sa vie basculer le jour où il avait été attaqué par Greyback. Mais était-ce si étonnant ? Slughorn avait toujours été du genre opportuniste et il faisait souvent du favoritisme dans ses cours. Il octroyait plus d'attention et d'intérêt aux élèves qu'ils jugeaient meilleurs et dignes d'intérêt. Pour les autres, c'était service minimum. Ce n'était pas dans une école publique comme Poudlard qu'il aurait dû officier, mais dans une école privée. Malheureusement, la renommée n'était pas la même, ce qui, une fois de plus, avait dû justifier son choix.

Regulus secoua la tête. Il savait très bien ce qu'il était en train de faire. D'une certaine manière, il tentait de remettre toute la faute sur le professeur de potions. Cela lui enlevait sa propre culpabilité et lui permettait également de dédouaner Severus. Mais pour être juste, il fallait admettre que comme l'avait si justement signalé la spécialiste des loups-garous, c'était toute la communauté sorcière qui était coupable. La bêtise humaine, cette peur irrationnelle de l'inconnu, de ce qui est différent.

Prenant son courage à deux mains, Regulus frappa à la porte pour s'annoncer. Il y eut du bruit puis la voix fluette du 2ème année retentit.

-Qui est-ce ?

-C'est Regulus Black.

Il y eut encore quelques secondes de silence, puis la porte grinça légèrement en s'ouvrant. Erd le regarda et soupira de soulagement en constatant qu'il s'agissait bien de lui. Jusqu'à présent, le cadet des Black pensait que personne n'était venu voir Erd mais vu sa méfiance, il s'interrogea. Peut-être que finalement, des gens étaient venus et pas forcément en ami, d'où sa prudence.

-Bonjour, je viens voir si tu es bien installé. Tu te fais discret ces derniers temps.

Erd eut l'air de se sentir coupable car il baissa simplement la tête sans rien dire. Regulus ne sut pas quoi dire d'autre. Il était habitué à échanger avec des personnes qui avaient du répondant, qui parfois tentaient de l'écraser ou encore d'avoir de l'ascendant sur lui. Des personnes à côté de qui, généralement, il avait du mal à exister, comme son frère qui l'effaçait totalement ou encore ses cousines qui lui en avaient fait voir de toutes les couleurs mais également les fortes têtes de sa maison. Pourtant, à sa façon, Erd le désarçonnait totalement.

Malgré ce qu'il avait vécu, Regulus ne s'était jamais laissé faire. Il aurait voulu baisser les bras quelquefois, mais abandonner et se laisser faire n'avait pas été une option. On ne lui en avait jamais laissé le choix et c'était triste à dire, mais c'était doute ce qui lui avait permis de tenir, ou plutôt ce qui l'avait obligé à tenir.

Le 2ème année devait s'endurcir sinon, il n'irait pas loin et sa vie deviendrait un enfer, et pas seulement à cause de ce qu'il était devenu. Mais c'était quelque chose dont ils parleraient une autre fois. Monica Martin les attendait dans la roseraie, il ne pouvait pas la laisser seule trop longtemps.

-Pourrais-tu venir avec moi ? J'ai quelqu'un à te présenter.

-Qui ça ? s'étonna le plus jeune.

-Tu verras. Tu me fais confiance, non ?

-Oui, tu es probablement la seule personne qui en a encore quelque chose à faire de moi, murmura-t-il alors. Je ne peux même plus sortir en dehors des cours, je ne supporte plus la manière dont on me regarde. J'ai tout le temps peur qu'on s'en prenne à moi…

Sa voix se brisa et Regulus sentit son cœur se serrer. Il tenta maladroitement de le réconforter en posant sa main sur son épaule mais cela n'eut pas beaucoup d'effet. Les lèvres de Erd tremblèrent et il renifla, tentant tant bien que mal de retenir ses larmes. Finalement il se laissa aller et se jeta dans les bras de Regulus qui se crispa malgré lui.

-Je ne veux plus être ici, j'en ai marre ! Mais je suis obligé de rester…Il n'y a rien pour moi dehors, je suis tout seul ! Je pensais que ce serait moins pire ici, mais c'est juste…

Il ne termina pas sa phrase et pleura de plus belle. Regulus se sentit impuissant. Erd allait si mal, il n'aurait pas dû attendre si longtemps pour retourner le voir. Le Serpentard le lui avait bien dit, il était son seul soutien à Poudlard.

Qu'avait-il vécu entre les quatre murs de sa chambre ? Obligé de prendre ses repas seul, redoutant de sortir, n'ayant plus d'amis, lâché par son maître de maison.

-Je suis désolé, lâcha Regulus, faute de mieux.

Erd prit de grandes inspirations pour se calmer avant de lâcher Regulus. Le 2ème année rougit ensuite de gêne, embarrassé de s'être laissé aller.

-Il y a quelqu'un qui pourra peut-être t'aider. C'est une dame très gentille qui pourra te parler de ta condition et comment faire pour vivre à présent.

-Vraiment ? renifla Erd. Je ne sais pas… Je n'ai pas envie qu'on me regarde encore comme une curiosité, comme un monstre… Si je suis mal à l'aise ou stressé, mes oreilles vont encore sortir et je n'ai pas envie de voir la peur et le dégoût chez les autres. C'est trop dur…

-Elle ne le fera pas, je te le promets.

Erd sembla hésiter encore quelques secondes, puis acquiesça. Néanmoins, Regulus voyait bien qu'il n'était pas totalement convaincu. Le 6e année espéra alors du plus profond de son cœur que Monica pourrait aider le jeune adolescent. Sinon, il s'en voudrait de lui avoir fait miroiter quelque chose qui ne se réaliserait pas.

-D'accord…

xXx

Nott inspira un bon coup. Il devait se calmer et ne rien laisser paraître. Personne n'était au courant mais cela n'en restait pas moins humiliant d'être interrogé par la police. Il n'en revenait toujours pas. Il avait reçu une convocation en début de semaine et n'avait pas mis longtemps à comprendre pourquoi on le convoquait. Après tout, Pamela Alton avait été assez idiote pour tout lui révéler. Il n'en restait pas moins surpris qu'elle ait osé aller jusqu'au bout de sa démarche.

Mais cela n'avait pas d'importance. Qu'elle vienne tout lui rapporter avant lui avait permis de ne pas être pris au dépourvu. Il s'était bien débrouillé lors de son interrogatoire. Il avait prévenu ses parents qui avaient immédiatement fait appel à l'avocat de la famille. Celui-ci lui avait expliqué quoi dire, quoi faire et surtout lui avait assuré que tout irait bien. Il ne lui avait pas demandé s'il était innocent ou coupable. Ce n'était pas le juge mais son avocat. Son devoir était de le défendre, pas de chercher la vérité.

Nott avait confiance en lui. Il le fallait, sa famille le payait suffisamment cher comme ça. De plus, il savait que l'hystérique Serdaigle n'avait pas grand-chose contre lui. Il ne savait pas jusqu'où irait cette histoire, mais il ne s'en faisait pas, elle serait très vite réglée.

Peut-être qu'au début, sa toute nouvelle réputation en prendrait un coup, mais cela ne durerait que quelques jours à peine. C'était le jeu et il était prêt pour le combat. Nott était plus déterminé que jamais à faire pleurer la blonde. Elle regretterait d'avoir ouvert la bouche. Lorsqu'on décidait de s'attaquer à quelqu'un, il fallait bien réfléchir à qui. Certaines marches étaient bien trop hautes pour être gravies et la famille Nott, puissante famille de Sang-Pur, en était une.

S'il faisait ce que son avocat lui disait et qu'il ne perdait pas son calme, tout irait bien. Ce matin, lorsque le policier l'avait interrogé, il avait répondu à toutes les questions, s'était montré patient et courtois. Il avait fait bonne impression à coup sûr. Malheureusement, cela ne voulait pas pour autant dire qu'il l'avait convaincu. Mais le fait qu'il ne s'énerve pas, qu'il soit cohérent et coopératif avait pourtant dû jouer en sa faveur. Malgré tout, à cause de cette convocation au poste de police, le Serpentard avait dû manquer quelques heures de cours. Cela avait éveillé la curiosité de certains de ses camarades qui n'avaient pas hésité à l'interroger. Il était impossible d'avoir une vie privée ou des secrets à Poudlard et Nott avait dû inventer un bobard.

Malgré son énervement, le 7ème année devait continuer à garder son calme jusqu'à la fin de la journée. Il devait continuer à maintenir l'image forte et respectueuse qu'il s'était forgée après l'attaque de Poudlard. Il était devenu le nouveau Prince des Serpentards, une place qu'il aimait beaucoup. Il tenait donc à la garder.

Alors il agirait à l'abri des regards, comme il en avait l'habitude.

En fin de journée après le repas, Nott quitta ainsi ses amis, le visage souriant. Sourire qu'il perdit aussitôt dès qu'il fut seul. Il marcha rapidement vers le parc. Il savait que parfois, Pamela aimait marcher au bord du lac. Elle qui étudiait sans relâche pour rendre fiers ses parents, avait parfois besoin de s'aérer l'esprit en profitant de beaux paysages. C'était une habitude qu'elle avait déjà à l'époque où elle avait fréquenté Rosier, Nott le savait bien.

Malheureusement, elle pouvait aussi être ailleurs et alors, il devrait la chercher partout dans le château tout en espérant ne pas attirer l'attention. Peu importe, il devait la trouver ce soir. Coûte que coûte. Il était si furieux qu'il ne pouvait pas attendre le lendemain pour la confronter.

Le Serpentard eut un énorme sourire en apercevant la Serdaigle non loin du lac. Il s'approcha d'elle à grands pas et fut à ses côtés en quelques secondes seulement.

-Bonsoir, Pamela !

Elle sursauta face à son ton mordant. Enfin face à elle, il ne lui laissa pas le temps d'en placer une et saisit discrètement son bras qu'il se retint de tordre sous la colère.

-Je vois que tu as décidé de me pourrir la vie, cracha-t-il. Grâce à toi, j'ai été interrogé par la police. Je ne te remercie pas.

Pamela recula d'un pas et tenta timidement de se dégager. Les yeux noirs, Nott s'approcha d'elle jusqu'à pouvoir lui murmurer la suite à l'oreille.

-Tu crois que tu as souffert cette nuit-là ? Ne me fais pas rire, ce qui t'attend sera 100 fois pire. Je vais te détruire, tout le monde sait ici que tu es une fille facile, une petite nymphomane qui ne peut pas passer une semaine sans se faire sauter. Tu es misérable et tu n'es personne, contrairement à moi. Tu vas vite te rendre compte que tu as fait une grosse erreur. Maintenant, je vais partir et te laisser profiter de ta dernière soirée tranquille car à partir de demain, je vais rappeler à tout le monde quel genre de personne tu es. Ne crois pas que parce que tu t'es mise à trainer avec Lily Evans, cela fait de toi une fille respectable. Tu as mérité ce qui t'es arrivé. Après tout, c'est ce qui arrive quand on joue avec le feu.

Nott la lâcha, expira un bon coup et apprécia pendant quelques secondes la terreur qu'il perçut dans les yeux de la jeune femme. Il opéra ensuite un demi-tour sans rien ajouter de plus.

xXx

Ce jeudi matin, quand James ouvrit la porte, il eut la surprise de trouver Hugo Leroy sur le seuil de sa maison. Le français ne l'avait pas prévenu et, pris dans les préparatifs de son magazine, James n'avait pas vraiment eu le temps de penser à autre chose. Ni de voir grand monde. Il était donc heureux de voir le blond. Du moins, jusqu'à ce qu'il se rappelle qu'à force de rester des heures dans sa chambre, celle-ci ne ressemblait plus à grand-chose. Et lui non plus d'ailleurs.

Il tenta de faire abstraction de ses mauvaises pensées et réfléchit aux possibles raisons de la visite de l'explorateur. Les parents de James étant présents, le blond et lui devraient discuter dans sa chambre pour éviter que les Potter ne sachent que leur fils chéri avait décidé de s'attaquer à un homme dangereux. Mais dans cette chambre, il y avait aussi… des choses compromettantes. Le cerveau de James fila soudain à toute allure, créant des plans et imaginant des situations alors qu'il n'avait pas encore répondu à la salutation d'Hugo.

-James ? s'inquiéta celui-ci. Tout va bien ?

-Oui, bonjour ! sursauta le loup-garou. C'est étonnant de te voir ici aujourd'hui. Mais je t'en prie, entre !

Alors que le brun s'écartait pour le laisser entrer, il entendit son père approcher. Il grimaça, se fustigeant de ne pas avoir été assez rapide. En quelque sorte, il aurait aimé cacher la venue de l'explorateur. Inconscient des tourments de son fils, Fleamont s'approcha d'eux.

-Mon chéri, nous avons un visiteur ? demanda-t-il avant de voir le français et à la vue de l'homme, le père du Gryffondor eut un énorme sourire.

-Bonjour, monsieur Potter, je suis désolé de débarquer ainsi, s'excusa Hugo. Ce n'est pas très poli de ma part.

-Ce n'est rien, voyons ! James, conduis donc notre invité au salon. Je vais faire préparer du thé pour lui.

-Ce ne sera pas la peine, papa. Euh…

James hésita sur les mots à utiliser.

-Leroy et moi avons à discuter en privé, ce ne sera pas long.

-Peut-être, mais ce serait très impoli de ne pas au moins lui proposer quelque chose à boire.

-Que se passe-t-il ? fit Euphémia en apparaissant.

Avant que sa mère ne décide de s'en mêler à son tour, James décida de céder.

-Tu as raison, papa. Pourquoi ne pas prendre du thé et te détendre cinq minutes, ça me laissera le temps de rendre ma chambre plus présentable, fit-il alors à l'adresse d'Hugo.

Il ne chercha pas à décrypter les expressions de ses parents et encore moins celle d'Hugo, il s'empressa juste de filer dans sa chambre pour ranger ses affaires. Cela lui prit bien dix minutes et il eut besoin de cinq minutes de plus pour décider s'il devait se débarrasser de sa vieille peluche qui trônait dans le coin de son lit. Ne sachant pas comment Leroy pourrait réagir au fait qu'un jeune homme majeur ait encore une peluche – même si elle servait plus de déco qu'autre chose et qu'il la gardait plus comme un souvenir que par besoin - James décida de la ranger dans son placard.

Il inspira ensuite un bon coup et sortit de sa chambre. Il s'arrêta finalement de nouveau, réfléchissant à ce qui allait maintenant se passer. Hugo était là à cause de Jedusor, il en était sûr. Avait-il déjà trouvé des informations ? James était curieux, mais également un peu inquiet. Effectivement, il craignait que l'explorateur soit venu lui annoncer de mauvaises nouvelles…

Il descendit alors le retrouver, prêt à entendre ce qu'il avait à lui dire.

James trouva le français en grande discussion avec ses parents. Les Potter étaient fans de l'explorateur. L'ancien Gryffondor était certain qu'ils devaient le harceler et lui poser tout un tas de questions. Cela devait gêner le français, mais il était tout simplement trop poli pour les rembarrer. Ou peut-être qu'il aimait ça, ce n'était pas impossible non plus.

James vit sa mère glousser et eut une moue de dépit. C'était embarrassant, mais c'étaient ses parents. De plus, il était pratiquement immunisé avec tout ce que ceux-ci lui avaient déjà fait lors des innombrables rentrées à Poudlard. Miséricorde, il se trainerait l'image d'un fils à papa et maman jusqu'à ses 40 ans !

-Maman, papa, Hugo est plutôt pressé, les interrompit-il en arrivant.

En vérité, il n'en savait rien du tout mais il savait que c'était un argument qui ne souffrirait aucune contestation auprès de ses parents.

-Oh, bien sûr, nous sommes navrés ! s'excusa Fleamont.

Leroy le rassura d'un signe de la main.

-Nous vous remercions d'avoir bien voulu tenir compagnie aux vieilles personnes que nous sommes, ajouta Euphémia.

-Maman, râla James.

Il n'aimait pas quand ses parents faisaient référence à leur âge, surtout depuis que ceux-ci avaient tenu à discuter avec lui de l'après. Ses parents n'étaient pas vieux. Ils n'étaient plus tout jeunes, c'était différent.

-Ne vous inquiétez pas, tout le plaisir était pour moi.

Hugo leur sourit avant de suivre James dans sa chambre. Le loup-garou ferma ensuite la porte derrière lui et hésita à lancer un sort de silence, mais ne le fit pas. Il avait confiance en ses parents. Ils n'étaient pas du genre à écouter aux portes et encore moins à fouiller dans ses affaires. Il avait de la chance, surtout que les Potter auraient eu plus d'une raison de le faire lorsqu'il allait encore à Poudlard. En effet, Sirius et lui avaient mis en place une multitude de mauvaises blagues et en avaient même testé quelques-unes dans la chambre de l'ancien capitaine de Quidditch.

-Une fois encore, je suis désolé de passer à l'improviste, fit Hugo. Je n'étais pas censé venir aujourd'hui, mais j'ai finalement changé d'avis. J'évite d'être trop prévisible et surtout d'utiliser les moyens de communication traditionnels.

-C'est si terrible que ça ? s'inquiéta James.

L'explorateur prenait de grandes précautions, c'était que cela devait être plutôt grave. Pour toute réponse, le blond soupira.

-J'ai commencé à enquêter sur Tom Jedusor. Après à peine quelques jours, je peux dire sans problème qu'il est évident que vous ne m'avez pas menti à son sujet. Je suis d'abord allé voir Albus et il m'a confié que lui aussi se méfiait quand il était encore le directeur de Poudlard.

James écarquilla les yeux.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé pour qu'il pense ainsi ?

Hugo haussa les épaules et eut un sourire contrit.

-Je ne sais pas, il est resté plutôt vague. Il m'a simplement dit qu'au bout d'un moment, Jedusor avait arrêté de cacher ses intentions. Il le trouvait mystérieux et dégageait quelque chose de dangereux. C'est un manipulateur, il semblait jouer une partie d'échecs avec Albus et s'il était si confiant, c'était parce qu'il avait plusieurs coups d'avance. Il s'était assuré de gagner. Il a dû imaginer tout un plan avant même d'intégrer Poudlard.

-C'est probable. Faire évader des prisonniers d'Azkaban n'est généralement pas une idée qui vient dans la nuit.

-Albus m'a conseillé de chercher des informations avant sa venue à Poudlard, avant qu'il ne commence à travailler dans le monde magique, et c'est ce que j'ai fait. J'espérais découvrir à quel moment il avait décidé de se lancer dans un plan si compliqué. Mais en réalité, j'avais très peu d'espoir. Je me serais contenté d'éléments pour le comprendre, ce qui aurait déjà été énorme. Je suis allé à l'orphelinat où il a grandi et j'ai eu une sensation bizarre après ma visite que je ne saurais expliquer. À part ça, rien de très intéressant. Enfin, si.

-Quoi ?

-Il semble que quelqu'un d'autre cherche des informations sur lui.

James fronça les sourcils.

-C'est bizarre, il s'est mis d'autres personnes à dos ?

-Je ne sais pas. C'est possible que ses agissements douteux aient aussi inquiété et éveillé les soupçons d'autres personnes. En tout cas, d'une manière ou d'une autre, il a été mis au courant de ce que je faisais car il est venu me trouver après ma visite à l'orphelinat pour me menacer.

James le dévisagea, sidéré. Et le français lui disait ça tranquillement ! C'était pourtant quelque chose d'inquiétant, surtout quand on savait de quoi l'individu était capable !

-Au fond, ce n'est pas si étonnant que ça, il avait déjà menacé Regulus après tout, lui fit remarquer Hugo devant son air interdit. Une fois de plus, il confirme sa culpabilité. Je pense que malgré les précautions que vous avez prises, il a dû apprendre la raison de ma venue à Poudlard. Je ne pense pas qu'il compte réellement s'en prendre à Regulus, ce serait trop risqué. Par contre, ce serait plus simple de me faire taire.

-Et tu n'as pas peur ?!

-Je ne me demande pas si j'ai peur ou non, je me contente d'agir car c'est ce qu'il faut faire. Je ne peux pas laisser un homme comme lui en faire à sa guise. Je suis désolé, je n'ai que très peu d'informations, mais je tenais tout de même à passer.

-Oui, je comprends. Au moins, maintenant, on sait qu'il est au courant de ce qu'on prépare. Peut-être qu'il espionne Sirius, Regulus ou Remus. Il va falloir qu'ils soient prudents. Tu devrais également faire attention.

-Je n'y manquerai pas, je n'ai pas vraiment envie de mourir bientôt ! répliqua le blond, pince sans rire.

Et même si l'évènement ne prêtait pas à rire, James fit de même.

-Hum, en fait, je dois t'avouer que si je suis passé aujourd'hui, ce n'est pas seulement à propos du psychomage de Poudlard.

James fronça les sourcils.

-Ah bon ? Il y a autre chose ?

-Oui, mais c'est beaucoup moins dramatique. Les papiers de Fumseck sont prêts alors je suis venu le récupérer. Je vous remercie Regulus et toi de vous en être occupé jusque-là.

-Oh…

James ne sut pas quoi dire. Il pensa simplement à son petit-ami qui n'avait pas pu voir le phénix depuis des semaines et qui en plus, ne pourrait pas lui dire au revoir. Mais Fumseck appartenait au français, le Serpentard savait qu'il allait venir le récupérer un jour.

-Oui, bien sûr. Suis-moi.

James emmena le français dans la pièce qu'occupait Fumseck et alors qu'il marchait, le brun ne put s'empêcher de penser aux révélations du blond. Jedusor avait donc été jusqu'à le menacer. Il n'avait donc peur de rien ?! À moins qu'il se sente inarrêtable et ne pense pas que le français puisse représenter une quelconque menace. Et dire qu'à la base, Remus, les frères Black et lui avaient décidé d'en parler justement pour le dissuader de continuer ses méfaits… C'était quelque peu raté.

Cela restait néanmoins étrange. Hugo Leroy, s'il n'avait pas le pouvoir de le mettre hors d'état de nuire, restait un sorcier puissant. Il pouvait le gêner, l'empêcher d'agir, car il était fort. Tout le monde le savait. Il était le gagnant du Grand Tournoi de duels.

James se frotta la tête. Il ne fallait probablement pas tenter de comprendre un psychopathe comme Tom Jedusor. Il devait juste prévenir ses amis pour que ceux-ci restent sur leurs gardes. L'ancien Gryffondor détestait être loin de Regulus. Et si cette fois, Jedusor passait à l'action ? S'il lui faisait du mal ? Il se rassura en pensant que Sirius préfèrerait mille fois prendre sa place que de laisser son frère souffrir mais alors, il s'inquiéta pour son meilleur ami.

Ce n'était pas simple d'être loin d'eux. Il avait l'impression de suivre ce qu'il se passait à distance sans pouvoir rien faire.

James ouvrit finalement la porte du bureau et se décala pour laisser l'explorateur entrer. Fumseck était toujours méfiant à son égard, il préférait donc se tenir éloigné et éviter de croiser son regard de peur que l'animal s'imagine qu'il le provoquait d'une manière ou d'une autre.

Il ne dit rien pendant plusieurs minutes, observant simplement Leroy.

-J'y pense, fit-il soudain. Si Tom Jedusor t'a menacé, c'est peut-être parce qu'il voulait que tu arrêtes de chercher dans son passé.

Le blond cessa de caresser la tête du phénix et se tourna vers lui.

-C'est probable. Je ne sais pas si c'était parce que j'étais sur une bonne piste ou tout simplement pour que je ne dérange pas ses plans. Pour être honnête, enquêter, faire des suppositions et suivre des pistes, ce n'est pas mon fort. J'ai l'impression de ne pas être dans mon milieu naturel.

James ne sut pas quoi dire. Il était vrai qu'ils en avaient beaucoup demandé au blond. C'était un simple explorateur.

-Mais j'ai une idée pour l'arrêter et j'ai besoin que vous me fassiez entièrement confiance sur ce coup-là.

-Qu'est-ce que tu comptes faire ?

-Demander de l'aide à quelqu'un de confiance.

James fit la moue mais acquiesça.

-Regulus a une totale confiance en toi alors je vais avoir également confiance dans tes décisions.

Au lieu de le voir heureux ou même soulagé, James vit alors Hugo détourner le regard. Il se remit à caresser la tête de Fumseck avant de le faire monter sur son épaule gauche.

-Je me demandais… comment va Regulus ? Jedusor n'a pas tenté de le menacer à nouveau ?

-Je ne crois pas, il ne m'a rien dit en tout cas, répondit James car il savait que Regulus était capable de lui cacher quelque chose comme ça.

-Tant mieux.

Hugo fixa le brun sans rien dire avant de se racler la gorge.

-Je suis désolé, il faut que j'y aille.

James acquiesça et raccompagna Hugo jusqu'à la sortie. Le brun avait néanmoins l'étrange impression qu'une sorte de malaise s'était installé et que c'était la raison pour laquelle le français était parti.

xXx

Après la visite surprise et désagréable de Jedusor, Hugo avait réfléchi à la suite. Ça n'avait pas été facile car il avait été perturbé par les révélations du psychomage. Il avait essayé de ne pas y penser car il savait que tout ça n'était qu'une habile diversion de l'homme mais il avait cogité jour et nuit. Il ne savait pas s'il devait retourner voir Albus et lui parler de ce que le brun lui avait dit. Probablement Jedusor le souhaitait-il. L'orienter vers d'autres problèmes et lui faire perdre son temps. Quelques minutes plus tôt, face à James, lorsque celui-ci avait parlé de Regulus, il s'était également rappelé ce que lui avait dit le psychomage.

Il s'était senti mal à l'aise et de peur de laisser échapper quelque chose, ou même que son attitude n'interroge James, il était parti.

Il devait arrêter d'y penser, il le savait. Il ne devait pas perdre son temps avec de possibles mensonges.

Mais était-ce réellement une perte de temps ?

Hugo ne savait pas s'il était prêt à faire face à son vieil ami. À le confronter. Albus Dumbledore l'avait-il approché seulement parce qu'il était le petit-fils de son ancien amant ? Mais comment être sûr que cet homme était bien son grand-père ? Hugo ne connaissait pas grand-chose de l'homme et cette possibilité ne l'enchantait pas. Il avait beau ne pas connaître dans les détails l'histoire autour de Gellert Grindelwald, il savait toutes les mauvaises choses qu'il avait faites. Il était si différent d'Albus. Comment ces deux hommes avaient-ils pu se fréquenter ?

En réalité, cette partie-là de l'histoire ne le concernait pas vraiment. La seule chose qu'avait décidée le blond pour l'instant était de garder les révélations de Tom Jedusor pour lui et de changer d'hôtel. Il était évident qu'il n'était plus en sécurité dans l'ancien. Pourtant, il ne savait pas combien de temps il pourrait rester dans celui où il était actuellement. Le mieux serait de se déplacer fréquemment. L'autre décision qu'avait prise le français était de parler à Maugrey.

Après une seule rencontre, il avait été atteint et était perdu. De plus, le blond était un explorateur, pas un enquêteur. Malheureusement, Hugo en connaissait peu sur le fonctionnement de la Grande-Bretagne et il n'avait pas ses entrées auprès des bonnes personnes. Enfin, avec son statut de dernier gagnant du grand Tournoi de duels, il manquait de discrétion.

Il fallait que l'anglais bougon soit son sauveur.

Plus tôt dans la journée, le français s'était donc rendu dans le bureau des Aurors où il avait demandé à voir l'homme. Il avait été très surpris d'apprendre que l'Auror était en congé pour une durée indéterminée. Enfin, on lui avait fait comprendre qu'il était en congé et que sa date de retour n'était pas connue. Et il ne serait certainement pas le premier informé lors de son retour. Dépité, Hugo avait dû se résoudre à se rendre directement chez l'anglais. Il ne connaissait pas son adresse exacte mais lorsque son ami et lui avaient passé une après-midi dans un bar moldu, Maugrey lui avait parlé du quartier où il résidait et de ses habitudes.

Ce n'était pas grand-chose, mais c'était déjà pas mal. En plus d'avoir laissé une note à son lieu de travail et envoyé un courrier, il allait devoir jouer à l'investigateur pour se rendre chez lui, encore. Le blond espérait que ce ne serait pas trop long et compliqué. Il n'avait pas envie que d'honnêtes citoyens appellent la police parce qu'il aurait l'air d'un rôdeur.

N'ayant aucune information probante autre que le quartier où le sorcier résidait, le blond dû ainsi interroger les commerçants et les passants. Certains refusèrent tout simplement de lui répondre, ne voulant pas perdre leur temps. Il y avait également ceux qui désirèrent lui parler simplement parce qu'ils l'avaient reconnu et non pas pour l'aider. Et puis, il y avait toutes ces personnes qui prenaient le temps de réellement l'écouter, mais qui n'avait aucune idée de qui pouvait bien être cet Alastor Maugrey.

Finalement, l'explorateur se retrouva bien embêté et il se demanda s'il n'avait pas mal compris le châtain quand celui-ci lui avait dit habité ici. Après tout, ses descriptions coïncidaient simplement avec l'endroit.

Hugo pensait qu'une personne comme Maugrey ne passerait pas inaperçue, surtout par rapport à son tempérament. Sans oublier qu'il était Auror, ce n'était pas rien. Ça créait du prestige et cela rassurait les habitants du quartier de savoir qu'en cas de problème, une personne plus que compétente pouvait agir très vite.

Après presque une demi-heure de recherche et alors qu'il allait abandonner, voyant dans sa mésaventure le signe qu'en parler n'était pas une bonne idée, le blond tomba finalement sur le gérant du café qui avait entendu qu'il cherchait Maugrey. C'était son propriétaire et l'Auror habitait l'immeuble au-dessus du café. Après lui avoir signé un autographe et l'avoir remercié pour son aide, Hugo fila vers sa destination.

Il ne prit pas le temps de réfléchir ni de préparer un quelconque discours avant de frapper. Il pensa simplement à ce qu'il avait fait plus tôt : est-ce que montrer ouvertement qu'il cherchait à entrer en contact avec l'Auror n'était pas dangereux ? Jedusor semblait avoir un œil partout et être au courant de presque tout. Hugo tenta de se raisonner. Si l'homme avait sans aucune doute plusieurs coups d'avance, il était impossible pour lui de tout prévoir ni même de tout savoir.

L'explorateur n'eut pas le temps de se plonger plus en profondeur dans ses réflexions que la porte de l'appartement s'ouvrit. Maugrey lui fit face, les sourcils foncés et un sac à la main. Il semblait être sur le départ et Hugo décida d'entrer tout de suite dans le vif du sujet car il savait que sinon, son ami ne l'écouterait pas.

-Je dois te parler de quelque chose de très important, lui dit-il le plus sérieusement du monde.

-Qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne devrais pas être en France ?

-C'est une longue histoire.

-Je n'ai pas envie de l'entendre alors, soupira Maugrey.

Il chercha à passer à côté de lui pour partir mais le blond le retint.

-C'est très important, vraiment. Ça concerne l'attaque de Poudlard, chuchota-t-il.

Le visage de l'Auror changea et il sembla hésiter avant d'ouvrir de nouveau la porte de chez lui

-Vite alors, je suis très occupé. Je dois quitter la Grande Bretagne dans l'heure.

L'explorateur ne se fit pas prier. Il entra à la suite de l'anglais et ne s'attarda pas sur la décoration de l'appartement. Il s'installa sans y avoir été invité en face du propriétaire des lieux qui resta debout. Maugrey ne lui proposa pas à boire et le fixa avec intérêt et curiosité.

Hugo ne savait pas comment amener le sujet sur la table. Il comprenait mieux l'angoisse qu'avaient pu ressentir Regulus, Sirius et Remus. Il avait l'impression de se retrouver à leur place. Il commença alors par le début, cette entrevue qu'il avait eue à Poudlard, puis sa rencontre avec Albus, ses recherches à l'orphelinat et enfin sa confrontation avec Jedusor. À la fin de son récit, Maugrey avait l'air ennuyé. Pourtant, le blond n'avait pas l'impression qu'il ne le croyait pas. C'était autre chose.

-J'enquête déjà dessus, soupira finalement Maugrey. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je me suis mis en congé…

Hugo n'en crut pas ses oreilles. C'était une bonne nouvelle ! Ça lui évitait la tâche compliquée que de devoir le convaincre !

-Marlene McKinonn m'a tout avoué en échange de la liberté de son frère, ajouta son ami.

-C'est génial, ça veut dire qu'avec son témoignage, on a déjà une preuve contre lui !

-Ce n'est pas aussi simple, grogna l'Auror. McKinonn voulait quelque chose que le bureau ne pouvait pas lui donner, j'ai donc dû m'arranger pour qu'elle l'obtienne tout de même. Ensuite, elle a parlé. Elle l'a fait une seule fois et puis a décidé de tourner la page. Sa famille et elle ne sont plus en Grande-Bretagne et je crois bien qu'elle ne veut plus rien avoir à faire avec son pays d'origine ni Tom Jedusor.

-Et le bureau des Aurors ne va rien faire ? s'étonna le blond.

-Pas sans éléments concrets, et c'est ce que j'essaie de leur fournir.

L'explorateur n'arrivait pas à y croire mais en même temps, il s'y était attendu.

-Je suis également passé à l'orphelinat où avait grandi Tom Jedusor. Je ne sais pas ce que tu en as pensé, mais j'ai eu un sentiment étrange, poursuivit Maugrey.

-Moi aussi, il y avait quelque chose de faux chez eux quand j'ai évoqué le psychomage. Comme si le directeur répétait un texte sans même savoir de quoi il était en train de parler, acquiesça le blond.

-J'ai eu le même sentiment. Pour moi, leurs souvenirs ont été modifiés ou recréées.

Le français esquissa un pauvre sourire. Il en était venu à la même conclusion.

-Que comptes-tu faire à présent ? lui demanda Maugrey.

-Pardon ? fit-il, perdu.

-Maintenant que tu sais que je m'en occupe, qu'est-ce que tu vas faire ? Tom Jedusor t'a menacé et on sait tous les deux que ce n'étaient pas des paroles en l'air. Il vaudrait mieux que tu retournes en France.

Hugo fronça les sourcils.

-Non, j'ai promis à Regulus que je m'en occuperais et je vais le faire. De plus, il y a quelque chose que Jedusor a dit et qui m'a… perturbé.

-Quoi donc ?

-Que lui et moi sommes pareils.

Il se souvenait que Dumbledore lui avait dit de chercher du côté des origines du psychomage. Il n'y avait pas pensé tout de suite mais en se remémorant les paroles du brun, il se demandait si Jedusor n'avait pas tout comme lui, une filiation spéciale.

-J'ai une idée que je dois tester, je vais continuer à creuser dans son enfance et même avant.

Maugrey n'eut aucune expression spécifique et ne tenta pas de le dissuader.

-Très bien. De mon côté, je vais aller faire un tour à Durmstrang.

Hugo en fut si surpris qu'il en bégayât mais Maugrey l'ignora.

-C'est l'endroit où il a travaillé le plus longtemps, j'ai envie de savoir comment il en est venu à aller là-bas et s'il avait déjà pensé à faire ce qu'il a fait à Poudlard.

-Ca semble logique. J'espère que ça donnera quelque chose, approuva finalement le blond.

-Et moi donc. Tiens-moi régulièrement au courant de ce que tu trouves.

Hugo hocha la tête.

-Je ne te retiens pas.

L'explorateur ne put qu'esquisser un sourire. Maugrey était toujours le même. Mais il y avait quelque chose dans son sérieux, dans sa froideur et sa logique qui rassurait le blond.

-À bientôt, se contenta-t-il de dire avant de partir et de permettre au châtain de reprendre le cours de sa journée.

xXx

Depuis 10 minutes déjà, Remus tentait de faire comprendre à Pomfresh quel était son problème. Ce n'était pas simple, lui-même ne savait pas bien ce qu'il avait. Il était néanmoins sûr d'une chose, il allait mal et ça n'avait rien de naturel. Le Poufsouffle avait beaucoup repensé à la dernière conversation qu'il avait eue avec les frères Black, celle où il avait relaté les souvenirs brumeux qu'il avait de sa discussion avec Tom Jedusor. Remus avait tenté de se replonger dans ses souvenirs, sans grand succès. Focalisé sur sa rupture avec Sirius, il s'était morfondu, apitoyé sur son sort et avait même eu l'impression d'être plus bas que terre. Il avait pensé que ce n'était dû qu'à son chagrin et à chaque fois qu'il avait tenté de remonter la pente, c'était si dur qu'il glissait plus bas encore.

Son état l'inquiétait et le questionnait. L'angoisse et la fatigue prenaient encore plus de place chez lui. Une spirale infernale s'installait. Plus il essayait d'aller mieux, plus il se sentait étrangement mal. C'était sa meilleure amie qui avait tiré la sonnette d'alarme en lui faisant comprendre qu'elle s'inquiétait car s'il semblait aller bien de l'extérieur, à l'intérieur, il paraissait s'éteindre petit à petit.

Le Poufsouffle avait alors repensé à la triste mésaventure qui avait frappé James avant le Grand Tournoi de duels. Son ami avait fini dans un état critique à St-Mangouste. À la suite de cet événement, il était arrivé à Remus de se dire que s'il avait fait plus attention, il aurait pu voir que le Gryffondor allait mal. Après tout, James n'avait pas été dans son état normal des jours avant que tout bascule. Mais il n'avait pas fait attention aux signes.

Isabel était sa meilleure amie. Il se devait de l'écouter, d'autant plus que lui-même ne comprenait pas bien ce qui lui arrivait. Peut-être qu'il se faisait des idées et qu'il tentait de se rassurer en se disant que s'il agissait de manière pitoyable, c'était parce que le psychomage lui avait fait quelque chose et non pas parce que Sirius l'avait quitté. Il pouvait se tromper, il n'était d'ailleurs pas dupe. Il y avait de grandes chances pour que tout ça soit son imagination.

Mais il y avait une maigre possibilité pour qu'il ait raison, alors il devait persévérer.

Ce qui était arrivé à James l'avait suffisamment marqué et inquiété, il n'avait pas envie de subir le même sort. D'attendre jusqu'à ce qu'il soit trop tard.

À cette heure-ci, il aurait donc dû être en cours et Remus allait avoir des points en moins sur le classement de l'école. Mais quelle importance ! Ces derniers jours, il avait été si peu sérieux par rapport à ses cours qu'il avait abandonné l'idée d'obtenir une quelconque première place, c'était même le cadet de ses soucis.

-Je vais t'ausculter, c'est vrai que tu n'as pas bonne mine ! décida Pomfresh.

Remus fut reconnaissant de ne pas devoir négocier avec elle plus longtemps. Un peu perdu, il suivit les directives de l'infirmière qui commença par lui poser des questions simples sur sa santé et son ressenti. Elle commença ensuite à lui faire un bilan de santé et le Poufsouffle dut se peser. Pomfresh prit aussi sa tension, vérifia son audition et sa vision avant de passer à quelques tests plus poussés. Le châtain fit preuve de patience et observa avec nervosité l'infirmière. Il craignait à tout moment qu'elle lui annonce une mauvaise nouvelle.

Presque une heure plus tard, Pomfresh revint vers lui avec les résultats de ses tests. Remus observa les documents dans ses mains, l'estomac noué.

-Tu m'as l'air de faire un peu d'anémie, ce qui expliquerait ton teint pâle et ta fatigue mais à part ça, tout va bien. Je vais m'empresser de te donner une potion revitalisante et une autre qui t'aidera à stabiliser ton métabolisme, mon grand !

Elle lui pinça la joue droite en souriant et Remus ne put que grimacer.

Comme elle le lui avait indiqué, elle alla dans sa réserve pour lui chercher de quoi aller mieux. Remus quant à lui ne savait comment prendre ce diagnostic. De l'anémie ? C'est tout ? Il n'arrivait pas à y croire, son instinct lui disait qu'il avait autre chose. Il se sentait différent ces derniers jours. Comme s'il s'éteignait lentement et irrémédiablement.

Pomfresh revenait déjà et le Poufsouffle n'avait pas encore trouvé comment la convaincre de chercher encore sans la vexer.

L'infirmière mit la fiole de potion sous son nez en lui expliquant qu'il devait en prendre une certaine quantité maintenant puis le reste cette nuit avant de dormir. Elle enchaîna avec tout un tas d'autres recommandations et Remus sentit son cœur battre plus vite. Ses mains devinrent moites. Il ne savait pas comment se sortir de cette situation et il était complètement effrayé par ce qui lui arrivait.

Même si une partie de lui savait que c'était faux, il voulait croire dans le diagnostic de Pomfresh. Elle avait des diplômes, avait étudié et savait mieux que lui s'il souffrait d'une quelconque maladie. Mais il le sentait au plus profond de son être, Jedusor avait fait quelque chose et d'une manière ou d'une autre, il avait obtenu les informations qu'il voulait grâce à lui. Il s'était servi de lui et Remus ne pouvait pas l'accepter.

-Est-ce que… Pourrait-on faire d'autres examens ? souffla-t-il finalement.

-Mais je viens de t'en faire ! À part l'anémie, tu vas très bien, mon grand !

-C'est-à-dire que…

-J'ai déjà passé presque une heure avec toi, mon garçon, ce n'est pas parce qu'il n'y a personne d'autres qui a besoin de soins que je n'ai rien à faire.

-Je sais bien, je suis désolé de vous embêter, mais je me sens vraiment bizarre. J'ai l'impression qu'il y a une énergie négative au plus profond de moi…

Pomfresh fronça les sourcils et Remus sentit qu'il devait continuer à argumenter.

-En fait, je crois qu'il m'est arrivé quelque chose.

Il se racla la gorge, anxieux sous le regard insistant de la sorcière. Il devait être plus clair s'il ne voulait pas que Pomfresh ne s'impatiente de ses bêtises et le mette dehors. Il savait qu'elle accordait beaucoup de temps et d'intérêt au bien être des élèves, c'était bien pour ça qu'elle l'écoutait et qu'elle tentait de le comprendre.

-J'ai des souvenirs confus depuis un certain soir. Je ne me souviens pas du trajet de la salle d'étude à mon dortoir. Je suis constamment fatigué et j'ai les nerfs à fleur de peau. Je vois tout en noir et j'ai mal à la poitrine. Je m'inquiète peut-être pour rien à cause de l'attaque de Poudlard et de ce qui est arrivé à James Potter mais…

Pomfresh croisa les bras sous sa poitrine et jeta un coup d'œil aux potions qu'elle avait pris pour lui.

-Eh bien, mon garçon, je sais que tu es quelqu'un de sérieux et il est évident que tu ne bases pas tes dires sur des mensonges. Je m'en voudrais de passer à côté de quelque chose de grave. Une bonne infirmière ne doit jamais négliger les symptômes de son patient.

Elle esquissa un sourire et Remus en fut soulagé.

L'instant d'après, Pomfresh s'agitait dans tous les sens. Elle prépara Remus pour effectuer un prélèvement de sang, lui fit boire d'autres potions et alla à son bureau pour analyser tous ces prélèvements tranquillement. Durant ce temps, Remus put aller patienter sur un des nombreux lits disponibles. Il attendit durant un long moment. L'infirmerie était silencieuse et il n'aimait pas le silence car ça lui permettait d'entendre avec trop de force la petite voix dans sa tête qui s'apitoyait encore sur son sort et voulait pleurer son amour perdu. Des jours avaient passé depuis que Sirius avait rompu. Il était temps de se rendre compte qu'il n'avait pas fait ça sur un coup de tête.

Deux élèves vinrent successivement solliciter l'infirmière pour des bobos mineurs et finalement, ce ne fut qu'en début d'après-midi que la longue attente prit fin pour le châtain.

Pomfresh poussa un cri, le réveillant de sa sieste. Il bondit alors de son lit et s'approcha d'elle. Elle était affolée. Il voulut lui demander ce qu'elle avait trouvé, mais elle fixa sur lui un regard désolé et inquiet.

-Reste là, mon garçon, je dois aller prévenir les directrices… et les Aurors.

-Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?

Elle détourna le regard.

-Je-je dois y aller. Regagne ton lit, je reviens très vite.

Remus était terriblement inquiet. Pomfresh avait à peine pris le temps de le rassurer, ce qu'elle faisait toujours habituellement. C'était une indication de la gravité de la situation.

Le Poufsouffle n'aimait pas ne pas savoir, attendre dans l'angoisse. Mais il n'avait pas le choix. A présent seul, il était obligé d'attendre. Il n'avait plus les cartes en mains.